Boum Massénia, capitale de l'ancien royaume du Baguirmi - article ; n°2 ; vol.37, pg 215-244

De
Journal de la Société des Africanistes - Année 1967 - Volume 37 - Numéro 2 - Pages 215-244
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1967
Lecture(s) : 22
Nombre de pages : 31
Voir plus Voir moins

A. M. D. Lebeuf
Boum Massénia, capitale de l'ancien royaume du Baguirmi
In: Journal de la Société des Africanistes. 1967, tome 37 fascicule 2. pp. 215-244.
Citer ce document / Cite this document :
Lebeuf A. M. D. Boum Massénia, capitale de l'ancien royaume du Baguirmi. In: Journal de la Société des Africanistes. 1967,
tome 37 fascicule 2. pp. 215-244.
doi : 10.3406/jafr.1967.1422
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1967_num_37_2_1422BOUM MASSÉNIA,
CAPITALE DE L'ANCIEN ROYAUME DU BAGUIRMI
PAR
Annie M.-D. LEBEUF
Les ruines de l'ancienne capitale du royaume barma, Boum Massénia, sont situées
au sud de la plaine tchadienne, en un lieu particulièrement isolé, à 75 km à l'est
du Chari et 20 km au nord-nord-ouest de son affluent oriental le Bahr Erguig, lat. :
ii° 33, long. : 160 40, sur la rive septentrionale duquel s'élève le nouveau Massénia,
préfecture du Chari-Baguirmi et résidence actuelle de la famille royale. La route
qui relie cette dernière ville à Fort-Lamy franchit au kilomètre 23 l'enceinte de
terre de l'ancienne cité ; usée par le temps, ce n'est plus qu'une longue ondulation
sinueuse que l'observateur averti distingue avec peine tant le site est boisé. Aucun
autre vestige n'est visible de la route qui, cependant, pendant quelques kilomètres,
prend la coloration rose des briques provenant des anciennes constructions et ayant
servi à son remblayage. Un étroit sentier conduit à un vaste ensemble de ruines,
pans de murs et éboulis de briques cuites, correspondant au palais royal, à la mos
quée et à plusieurs habitations de notables. Elles émergent d'une dense végétation
de mimosées et de graminées qui recouvrent la totalité de l'ancien espace urbain.
Bum Mas{e)na ou В б Mas(e)na tire son nom du mot mas 1, tamarinier en barma,
et na, prénom de la femme peule que la tradition situe à l'origine de la ville 2 ;
certains informateurs disent également que na est un démonstratif, mas{e)na signi
fiant ce tamarinier-là ; bum ou Ьъ désigne localement l'enceinte de terre crue qui
enserre certaines villes et par extension là ville fortifiée elle-même.
L'ancienne capitale barma ne fut jamais une place commerciale importante,
mais la résidence des mbâg, de leur cour et de leur gouvernement depuis une époque
mal située correspondant à la fondation du royaume, au XVe ou xvie siècle 3, jusqu'en
1898, date à laquelle sur ordre du sultan Gaorang, elle fut définitivement aban
donnée. Celui-ci ne pouvant soutenir le siège que préparait Rabeh fit incendier
sa propre ville. Détruite de fond en comble, ses habitants dispersés, elle est depuis
lors une ville morte *. Quelques bergers peuls ou arabes, derrière leurs troupeaux
1. Tamarindus indica.
2. Cf. Barth, H., Travels and Discoveries in North and Central Africa, Longman et Co, Londres, 1857, V. Ill,
p. 433 ; Pâques, V., Origine et caractères du pouvoir royal au Baguirmi,/. Soc. Africanistes, t. XXXVII, fasc. 2,
1967, p. 183 et ss.
3. Cf. Barth, H., Travels and Discoveries..., V. Ill, p. yj ; Urvoy, Y., Histoire de l'empire du Bornou, Mémoire
de l'IFAN, Dakar, 1949, p. 66, 86-89, 96.
4. Chevalier, A., L'Afrique centrale française, Challamel, Paris, 1907, p. 340. SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES 2l6
sont seuls à hanter les lieux déserts qui, pourtant, demeurent chargés d'un sou
venir où se mêlent à la fois respect et épouvante. Dans le petit cimetière qu'abritait
autrefois l'enceinte du palais royal trois tombes sont encore l'objet de soins jaloux
de la part des derniers dignitaires du mbag qui en interdisent l'accès aux étrangers
tandis qu'isolément, les Barma viennent y déposer des offrandes.
En 1966, accompagnés de trois notables nous nous y sommes rendues à plusieurs
reprises.' Un croquis du site fut dressé ; il fut complété par le plan que leva la même
année M. Besson, alors attaché à l'Institut National Tchadien pour les Sciences
humaines au titre de la Coopération.
Ces documents qui servirent de base à notre étude furent examinés et inter
prétés à la lueur de plusieurs données. En premier lieu, celles de Barth qui, ayant
séjourné deux mois dans la ville — de mai à juillet 1852 — , en laisse une descrip
tion détaillée accompagnée d'un croquis 1. En second lieu, celles que fournissent
le plan de l'actuelle préfecture du Chari-Baguirmi, le nouveau Massénia, où s'élève
une résidence royale organisée sur le même type que l'ancienne. Enfin, celles
recueillies auprès des Barma relatives à l'origine de leur cité, au rôle des groupes
fondateurs, à la répartition et l'agencement de l'espace urbain en fonction de l'an
cienne organisation politique et du système de représentation du monde, la capi
tale du royaume apparaissant comme l'expression privilégiée de leurs conceptions
relatives à l'Univers.
L'ANCIEN ET LE NOUVEAU MASSÉNIA
Relevé des ruines.
Le plan de la vHle est sensiblement concentrique. La muraille d'enceinte, en terre
crue, effondrée (PI. I, a) n'atteint qu'en quelques points 3 à 4 m. de haut, sa
largeur mesurant alors 5 à 6 m. Elle se développe sur 6,5 km environ suivant
un ovale irrégulier dont le grand axe est orienté nord-ouest-sud-est et délimite
ainsi une surface qui, dans sa plus grande longueur, mesure 2,300 km et, dans
sa plus grande largeur, 1,570 km. Elle est interrompue à dix-neuf reprises par
des brèches dont quatorze marqueraient l'emplacement d'anciennes portes et
deux le passage de la route automobile. Les portes sont distribuées irrégulièrement
de telle sorte que l'on en compte une au nord, deux au nord-ouest, quatre à
l'ouest, deux au sud-ouest, deux au sud, une au sud-est, une à l'est et une au
nord-est. Seule celle du sud-ouest (4, fig. 1 a) comporte encore actuellement un
encadrement de bois. La route automoMle, parallèle au grand axe, traverse la partie
nord-est de la ville s'écartant du rempart de 400 m au maximum. Une vaste dépres
sion sablonneuse de 150 à 200 m de large, le ba mbag, sépare l'espace urbain suivant
son grand axe en deux parties distinctes ; elle suit d'est en ouest un tracé curviligne
se séparant en deux branches aux deux tiers de sa longueur, l'une rejoignant l'ouest,
l'autre obliquant au nord ; en saison des pluies elle constitue un véritable marigot
qui ne peut être franchi à gué. Des tas de briques cuites ont été notés en deux em
placements à proximité de la muraille, l'un au sud-ouest, dans la ville, l'autre
1. Barth, H., Travels and Discoveries..., V. Ill, p. 388 et ss. BOUM MASSÉNIA, CAPITALE DE L* ANCIEN ROYAUME DU BAGUIRMI 217
К
N
H
A 6
Illustration non autorisée à la diffusion
TURUL
8RIQUES
TESSONS de POTERIE
PORTES
SECTIONS
MARIGOT
ROUTE
Fig. га. — Plan des ruines de Boum Massénia (levé Par M. P.-J. Besson). I, II, tas de briques cuites; III,
demeure des mbàg {g^r) ; IV, mosquée ; V, demeure de la čikotma ; VI, demeure du ngaraman.; VII, demeure
d'un notable ; VIII, tessons de poterie (éch : 1 /16.000e env.).
au sud-est, extérieurement (I et II, fig. i a). Les ruines sont localisées sur la rive
méridionale du ba mbag, au sud-est, centre de l'ancienne agglomération et dans la
zone nord-ouest. L'ensemble le plus important marque l'emplacement de l'an
cienne résidence royale, de la mosquée et de plusieurs édifices, constructions en
briques cuites dont il ne subsiste que quelques pans de murs.
La demeure des mbàg, ggr, comprend encore les vestiges d'une vingtaine de
maisons et un cimetière, cet ensemble étant circonscrit par une enceinte de bsrique
cuites épousant la forme d'un rectangle irrégulier (III, fig. i a). Orienté sensiblement
est-ouest, ses plus grands côtés, nord et sud, mesurent respectivement 245 et 240 m SOCIETE DES AFRICANISTES 2l8
H
D К
M
N
Ech. 10 M.
Fig. i b. — Coupes des ruines de la muraille de Boum Massénia (établies par M. J.-P. Besson).
de long et les plus petits, est et ouest, 215 et 182 m. Les façades orientale et occi
dentale étaient primitivement percées en leur centre d'une porte. Les ruines des
habitations, localisées vers l'ouest et le centre, sont en pisé ou en briques cuites,
elles ont un plan circulaire ou quadrangulaire (PI. I, b) ; la plupart d'entre elles,
comme nous le verrons, ont pu être identifiées. Au nord-est, une aire en forme de
losange — 39 m de long sur 31 de large — délimitée par un muret arasé constitue
le cimetière, кэЪгг ; il s'ouvre par une seule porte, située au nord. Trois tombes
formées chacune d'un petit tumulus sont rassemblées au sud-ouest. L' ANCIEN ROYAUME DU BAGUIRMI 210, BOUM MASSÉNIA, CAPITALE DE
Hors les murs du palais, au nord-ouest de l'entrée principale (porte occidentale)
et à proximité s'élève la mosquée (IV, fig. i a) ; c'était un édifice de briques cuites
à plan quadrangulaire, mesurant 20 m de côté. Au sud du palais, les vestiges d'un
bâtiment mesurant 18 m de long sur 17 de large et ne comportant qu'une seule
ouverture située à l'ouest serait l'ancienne demeure de la čikotma, fille aînée du
mbâg (V, fig. 1 a). Au nord-est de la porte orientale du palais subsistent les fonda
tions d'une vaste enceinte de forme irrégulière, sorte de losange dont l'angle nord-
ouest est flanqué d'un rectangle, l'ensemble mesurant 82 m de long sur 50 de
large ; il s'agirait de l'ancienne résidence du ngaraman (VI, fig. 1 a).
Dans les autres parties de la ville, les ruines sont actuellement peu discernables
étant donné la densité de la végétation ; néanmoins fut relevé l'emplacement de
deux habitations isolées, en briques cuites à 1 km environ à l'O.-N.-O. du palais
(VII, fig. 1 a). Au noid-ouest de la ville, sur les deux rives de la branche occidentale
du ba mbâg, une grande quantité de tessons de poterie jonche le sol (VIII, fig. 1 a).
Plan et commentaire de Barth.
Comparons ce relevé au croquis publié par Barth qui l'accompagne du com
mentaire suivant (fig. 2) :
« mas-ena s'étend sur un terrain plat d'une étendue considérable, mais dont la
moitié seulement est habitée. Le quartier principal se trouve au milieu de l'espace au'
qu'entourent les murailles délabrées de la ville, nord et à l'ouest du palais du
sultan. Quelques quartiers isolés et quelques groupes d'habitations sont dispersés
aux alentours. Le tout est d'une circonférence d'environ 31/2 lieues. La parti
cularité caractéristique de la ville consiste en une sorte de bassin (beda) qui la tra
verse d'occident sur l'orient... se remplit d'eau dans la saison des pluies... coupant
ainsi toute communication entre les parties septentrionale et méridionale de la
ville...
« Le palais royal fut construit il y a au moins 50 ans et il est même probable qu'il
remonte à plus d'un siècle. Il forme un rectangle dont la face principale, au N.-O.,
mesure 1500 à 1600 yards. Les murs ont 10 pieds à la base, et 15 à 20 de hauteur.
La porte d'entrée est faite d'épaisses planches de bois cerclées de fer. En entrant,
on pénètre dans une cour à ciel ouvert où était située à l'est une grande construc
tion oblique en terre crue, la salle d'audience. Mitoyenne à cette dernière était la
maison du kadamange ou zerma... tandis que plus loin, à l'ouest, une autre hutte
constituait le hall d'entrée des appartements privés du Sultan. Toute la partie
S.-E. du palais, séparée par un mur, était réservée aux princesses...
« Devant le palais s'étend une large place... sur le côté occidental se trouve la
maison du fâcha l... et à l'est, la mosquée, de petites dimensions...
« Les autres' côtés sont occupés par les résidences des principaux dignitaires, le
manja, le zerma et le barma. La rue principale rejoint depuis cette place la partie
N.-O. de la ville ; elle est longée par les habitations des notables. Lorsque cette rue
traverse le Béda, sur la rive nord, elle croise une autre rue principale, qui, en ligne
droite, mène à la porte d'où part la route d'Abu-Gher 2 et la place du marché...
1. Ou paiia, chef des armées.
2. Abu Gern de la carte au 1/200 000e de l'I. G. N. ; les Barma disent Abgar et font dériver ce terme de abu gerûn
litt : [le] père [des] cornes, sous-entendu, le rhinocéros. .
il '§ «
с л j С S 2 ■s g я -ъ
2 S G °
5 « rt
ею g g S -s ri в s л о
I î 1 -s 1
2 1
îiïffl
Jal s- •- 5 iS á S Г о g ^ „ S S _ •a ï i i -S a S g 1 r á 8 1 .5* I § 1 -s I § 1 1 I * 3Z S. £ îl
С _ fe 1 * a 5 S 5 -s 8 | 5 S Sb A •3 -a š s 5 to gi « « •41 W •« BOUM MASSÉNIA, CAPITALE *DE L'ANCIEN ROYAUME DU BAGUIRMI 221
Le bahr est bordé par des doum et autres arbres, tandis que, du côté ouest, près du
marché ainsi que dans le sud-est de la ville sont aménagées de grandes étendues
en jardins potagers...
« La ville présente un aspect délabré... le mur d'enceinte est par endroit si délité
que les portes ont perdu de leur importance, néanmoins il en existe encore neuf en
usage... La plupart sont situées au sud tandis qu'il n'y en a pas une seule vers le
nord, ce quartier étant si abandonné qu'il est couvert d'une dense végétation » x.
A cette lecture nous sommes frappés par l'exagération des dimensions attribuées
tant à la ville qu'aux édifices royaux. A. Chevalier qui se rendit sur les lieux ci
nquante ans plus tard reprend d'ailleurs les indications de Barth et parle d'une
enceinte de 15 à 20 km de tour 2. Comme il ne peut s'agir d'un autre rempart que
celui dont le plan fut relevé par M. Besson, on peut penser que les mesures pro
posées par ces auteurs résultent d'une supposition et ne furent pas contrôlées sur
le terrain. D'autre part, l'orientation générale du plan, le tracé de l'enceinte, la dis
position du palais royal, la répartition des portes et leur nombre diffèrent. En
revanche, le cours du ba mbag que Barth appelle beda, terme dont nous n'avons pas
retrouvé l'étymologie, est sensiblement le même 3. Il ne subsiste rien des rues prin
cipales, des demeures qui les bordaient, et les indications fournies ne permettent
pas l'identification des ruines que nous avons relevées. Il est cependant possible
que la zone occidentale des rives du ba mbâg où le sol est couvert de tessons de
poterie corresponde au quartier auquel Barth fait allusion comme étant le plus
ancien de la ville. « Suivant une coutume sacrée, écrit-il, les rois du pays à leur
retour d'une expédition guerrière sont obligés de camper parmi les ruines du plus
vieux quartier de la ville, dans la zone occidentale » 4, emplacement qui, pour
certains, serait un site sao.
Les divisions de la ville.
Le nouveau Massénia.
L'étude du croquis que nous avons dressé de l'actuel Massénia éclaire davantage
le plan de l'ancienne capitale ou, tout au moins, il permet de vérifier sur le terrain
les dires des informateurs à son sujet. Ceux-ci prétendent, en effet, que la distr
ibution des quartiers dans la nouvelle préfecture est comparable à celle qui existait
dans le Boum et que l'orientation et la disposition intérieure du palais royal sont
les mêmes. Il convient d'ajouter cependant que ces assertions ne sont valables qu'en
partie, le plan et l'organisation de cette nouvelle ville s'étant considérablement
transformés au cours des dernières décennies. Cette agglomération s'est développée
lors de l'arrivée des Européens autour du petit village de Tchekna, suivant la vo
lonté du mbâg Gaorang qui en faisait sa nouvelle capitale tandis que les Européens
y installaient un poste administratif. Désormais préfecture du Chari-Baguirmi,
1. Barth, H., Travels and Discoveries..., V. Ill, p. 388 et ss.
2. Chevalier, A., L'Afrique centrale ..., p. 340-341.
3. Escavrac de Lauture, P. H. S., d', Mémoires sur le Soudan, Extrait du Bulletin de la Société de Géographie,
Arthus Bertrand, 1855-1856, p. 90-91, écrit au sujet de cette dépression « la capitale est bâtie sur les deux bords
opposés d'un étang de forme allongée nommée maé manga » cette dénomination est d'autant plus intéressante
qu'elle correspond au nom attribué à un des groupes fondateurs de la ville (cf. infra p. 223).
4. Barth, H., Travels and Discoveries..., V. Ill, p. 403. 222 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
sa population, d'un millier d'habitants environ, comprend, outre des Barma, de
nombreux Sara, des Boa, des Kanouri et une importante colonie haoussa.
La ville s'étend autour du palais royal et de la grand'place, jabuko, considérés
comme le centre, dan ; suivant son grand axe est-ouest elle est divisée en deux
parties principales : gai fosa, côté droit, au nord, gai gili, côté gauche, au sud,
cette division fondamentale se retrouvant, comme nous le verrons, à l'intérieur
de la demeure du mbag. Au côté droit correspondaient autrefois deux quartiers,
au nord-ouest, celui du mbarma, et au nord-est, celui du ngaraman, au côté gauche
également, celui du patià, au sud-ouest, et celui du kirima, au sud-est, ces quatre
dignitaires occupant à la cour une position privilégiée.
De nos jours, il n'existe plus que deux quartiers barma dirigés par le ngaraman
et le mage tandis que s'est considérablement développé le nombre des ressortissants
sara et haoussa, en particulier, qui constituent trois quartiers : deux sont situés
sur l'ancien quartier du patia, celui des Sara originaires de Daba et de Moundou,
et celui des Gambay où cohabitent des Boa, et au nord-est le quartier haoussa.
L'ancien Massénia.
Cette division bipartite et quadripartite de la ville se retrouve dans l'ancienne
capitale qui était partagée suivant un axe joignant la porte principale, tarângol,
à celle dite turlil. Cet axe ne traversait pas l'ancien palais qui, cependant, était lui-
même divisé en deux parties suivant l'axe joignant ses deux portes dénommées
de la même façon. Notons que, si dans le nouveau palais comme dans l'ancien,
tarângol est face à l'occident et turlil face à l'orient, les portes de l'enceinte de l'an
cienne capitale auraient eu une dénomination inversée. Malgré sa position excent
rique, la demeure royale était considérée comme étant le centre de la ville, ce qui
est confirmé par Barth. La voie est-ouest était appelée dab dana (litt. : lieu centre).
Une seconde voie, sensiblement nord-sud, la croisait, dite dab kalak (litt. : lieu
croix). Comme dans l'actuel Massénia, la ville était partagée en quatre parties
attribuées, suivant la même orientation, aux quatre principaux dignitaires. Ces
deux voies traversaient le Ba Mbang qui ne semble pas avoir établi une limite entre
les quartiers. Dans les deux villes, le palais s'ouvre à l'occident sur la place prin
cipale où sont situés, au nord, la grande mosquée et, au sud, le marché, chaque
quartier possédant sa propre mosquée. Les forgerons étaient établis dans le quart
ier du ngaraman, sur la rive septentrionale du Ba Mbang. Dans le Boum, les étran
gers, peu nombreux, n'auraient pas formé de quartiers indépendants mais, suivant
leur origine ,ils étaient répartis dans les quartiers de la façon suivante : les Boulala
dans celui du patia, les Peuls celui du mbarma, les Haoussa dans celui du
ngaraman et les Babalya dans celui du kirima.
La demeure du mbâg.
Le palais actuel.
Élevé au centre de la capitale, son large rempart de terre crue enserre un ensemble
de maisons 1 et de cours à ciel ouvert ; haut de 4 m environ, il affecte la forme d'un
1. Il existe quatre types principaux de maisons : le plus ancien, qui se trouve plus particulièrement dans les
villages kubar, est dit buti, maison rectangulaire dont les parois et la toiture sont en paille ; le second, originaire des MASSÉNIA, CAPITALE DE i/ ANCIEN ROYAUME DU BAGUIRMI 223 BOUM
rectangle dont les petits côtés s'ouvrent en leur rmlieu par une porte. A l'est, turlil
est une simple brèche, tandis qu'à l'ouest, tarângol, revêt un aspect monumental
(fig. 3 ; i, 2). Elle consiste en deux tours rectangulaires à étage, couvertes en terrasse,
reliées par un porche (PI. II, b). Celle du nord est appelée porio mbarma, celle du
sud, porio patia — le terme de porio étant réservé à un type particulier d'édifice au
sommet duquel n'accèdent que certains personnages 1 — , la terrasse du passage cen
tral étant réservée au mbàg. Intérieurement, le vaste espace circonscrit par l'enceinte
est partagé en deux parties principales de dimensions sensiblement égales par un
mur qui s'élève perpendiculairement à la façade méridionale et rejoint la façade
nord après un décrochement aux deux tiers de sa longueur. La première, à l'ouest,
est réservée à la vie publique du mbâg, la seconde, à l'est, correspond à ses appar
tements privés et au quartier féminin.
La partie occidentale comprend principalement, le bureau du mbâg (fig. 3 ; 3),
longue maison de briques de type européen, faisant face à l'entrée principale ;
il est encadré au nord-ouest, au sud-ouest et au sud-est par les habitations de trois
de ses fils ngar murba, ngar bidiri et ngar daba formées chacune de plusieurs mai
sons abritées par un enclos de paille (fig. 3 ; 4, 5, 6). A mi-chemin entre l'entrée et
le bureau sont encore visibles les vestiges de la pièce circulaire, surnwe tombol, qui,
il y a quelques années encore, abritait le tambour royal (fig. 3 ; 7). A l'ouest et à
l'est de l'habitation de ngar murba s'élèvent quatre maisons réservées aux gardes
et à leur famille (fig. 3 ; 8) et quatre autres pour les adim 2, serviteurs du palais
(fig. 3 ; 9), au nord, un petit abri où réside une vieille femme peule gardienne des
troupeaux du mbâg (fig. 3; 10). Toujours dans l'angle nord-ouest, à proximité
de l'enceinte, sont situés le hangar appelé udgma, où se déroulent les cérémonies
d'intronisation des dignitaires (fig. 3 ; 11) et, adossés à l'enceinte elle-même, les
ruines d'une maison précédée d'une véranda, kwyt et dab mage (litt. : maison [et]
abri [du] Mangue) (fig. 3 ; 12), où autrefois le mbâg donnait ses audiences, le ven
dredi, à la sortie de la mosquée. Cette dernière est une construction rudimentaire,
en paille (fig. 3 ; 13), abritée, en partie, par un mbaya 8 près duquel est construit
temporairement, lors des cérémonies d'intronisation du mbâg, la maison où ce der
nier effectue sa retraite, kwýt mbese. Derrière la mosquée, à l'est, une maison
isolée est celle du sonoma 4 (fig. 3 ; 14) et, plus à l'est encore, se trouve une
en paille comportant deux ouvertures, l'une au nord, l'autre au sud, sans attribu
tion précise (fig. 3 ; 15).
La partie orientale à laquelle on accède par une seule porte est réservée aux
appartements du mbâg et de ses épouses. Elle est divisée suivant l'axe général est-
ouest en deux parties par une large allée dite chemin du galop qui relie la pièce
réservée comme chambre à coucher au mbâg (fig. 3 ; 16) à la porte orientale, turlil,
rives du Chari, est appelé dslam, maison ronde aux murs de pisé et à toit conique en chaume reposant directement
sur les parois sans le support d'un pilier central ; le troisième, également répandu dans les différentes régions du
pays, est dit kurnu, maison rectangulaire aux murs de pisé et au toit de paille en coupole reposant sur un pilier
central ; le quatrième, kosa, importé de l'ouest, correspond à la maison en pisé, rectangulaire, couverte en
terrasse.
1. Ces contractions sont à rapprocher des guti et sor des Kotoko, cf. Lebeuf, A. et J.-P., Monuments symbol
iques de Logone-Birni, /. Soc. Africanistes, t. XXV, 1955, p. 31 et ss. . ,
2. Litt. : eunuque, en arabe.
3. Sorte de Ficus.
4. Dignitaire du palais.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.