Caractères discrets et « recrutement » des ensembles sépulcraux - article ; n°3 ; vol.2, pg 171-177

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1990 - Volume 2 - Numéro 3 - Pages 171-177
DISCRET TRAITS AND SEPULCHRAL ORGANIZATION Summary. — Processes and hypotheses for research into the « grouping » of one or several discret traits shared by individuals in a cemetery or a collective grave are discussed. One of the most important elements is the statistical testing of the matching of archaelogical and discrete traits distributions. It is important to develop multivariate analyses in order to quantify the importance of the familial relationships and permit the generalization of data.
Résumé. — La démarche et les hypothèses nécessaires à la recherche de concentration de sujets présentant un ou plusieurs caractères discrets en commun sont précisées. Un des éléments les plus importants reste l'adéquation entre sous-ensembles archéologiquement pertinents et sous-groupes d'individus, ce qui devrait pouvoir être testée statistiquement. Par ailleurs, il semble nécessaire de développer des analyses multivariées permettant des conclusions générales.
7 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Éric Crubezy
Pascal Sellier
Caractères discrets et « recrutement » des ensembles
sépulcraux
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, tome 2 fascicule 3-4, 1990. pp.
171-177.
Abstract
DISCRET TRAITS AND SEPULCHRAL ORGANIZATION Summary. — Processes and hypotheses for research into the «
grouping » of one or several discret traits shared by individuals in a cemetery or a collective grave are discussed. One of the
most important elements is the statistical testing of the matching of archaelogical and discrete traits distributions. It is important to
develop multivariate analyses in order to quantify the importance of the familial relationships and permit the generalization of
data.
Résumé
Résumé. — La démarche et les hypothèses nécessaires à la recherche de concentration de sujets présentant un ou plusieurs
caractères discrets en commun sont précisées. Un des éléments les plus importants reste l'adéquation entre sous-ensembles
archéologiquement pertinents et sous-groupes d'individus, ce qui devrait pouvoir être testée statistiquement. Par ailleurs, il
semble nécessaire de développer des analyses multivariées permettant des conclusions générales.
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Crubezy Éric, Sellier Pascal. Caractères discrets et « recrutement » des ensembles sépulcraux. In: Bulletins et Mémoires de la
Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, tome 2 fascicule 3-4, 1990. pp. 171-177.
doi : 10.3406/bmsap.1990.1756
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1990_num_2_3_1756et Mém. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, n.s., t. 2, n° 3-4, 1990, pp. 171-178 Bull,
CARACTÈRES DISCRETS ET ORGANISATION
DES ENSEMBLES SÉPULCRAUX
E. Crubézy et P. Sellier*
Résumé. — La démarche et les hypothèses nécessaires à la recherche de concentration
de sujets présentant un ou plusieurs caractères discrets en commun sont précisées. Un des
éléments les plus importants reste l'adéquation entre sous-ensembles archéologiquement per
tinents et sous-groupes d'individus, ce qui devrait pouvoir être testée statistiquement. Par
ailleurs, il semble nécessaire de développer des analyses multivariées permettant des con
clusions générales.
DISCRET TRAITS AND SEPULCHRAL ORGANIZATION
Summary. — Processes and hypotheses for research into the « grouping » of one or
several discret traits shared by individuals in a cemetery or a collective grave are discussed.
One of the most important elements is the statistical testing of the matching of archaelogi-
cal and discrete traits distributions. It is important to develop multivariate analyses in order
to quantify the importance of the familial relationships and permit the generalization of data.
I. — INTRODUCTION
Les caractères discrets sont des variations anatomiques codés comme présents
ou absents. Le terme « discret » est employé suivant le sens du latin classique dis-
cretus « séparé », (ce qui n'empêche pas forcément de distinguer différents sta
des). En ce sens, ces caractères s'opposent aux caractères à variation continue,
tels que les caractères ostéométriques. Ceci permet d'individualiser, au sein d'une
sépulture ou d'une nécropole, des sous-groupes d'individus possédant un ou plu
sieurs de ces caractères. Si ces sont associés à des sous-ensembles
archéologiquement pertinents (même tombe, même zone topographique du cimet
ière, ou similitude du matériel funéraire ou de l'architecture, etc.) il y a alors
une concordance entre données biologiques et archéologiques (Sellier, 1987 ; Cru
bézy et Sellier, 1990). Cela démontre que l'organisation de l'ensemble funéraire
n'est pas aléatoire mais repose (en partie au moins) sur des données biologiques
qu'il convient d'analyser. Cela pose alors plusieurs problèmes concernant d'une
part « la valeur biologique » accordée à ces caractères, notamment leur détermi
nisme familial, et d'autre part la valeur accordée à la concordance entre données
biologiques et archéologiques et à l'importance quantitative des phénomènes
observés.
* Laboratoire d'Anthropologie, Université de Bordeaux I, U.A. 376 du C.N.R.S., avenue des Facult
és, 33405 Talence. 172 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
IL — CARACTÈRES DISCRETS : CLASSIFICATION ET DÉTERMINISME
Tous les caractères discrets, osseux ou dentaires, n'ont pas, en ce qui concerne
leur développement, la même origine. Leur classification, en plusieurs catégories
est une démarche classique qui remonte aux premières études du siècle dernier (hi
storique dans Sellier, 1983; 6-41). Bien que ces catégories soient très discutables,
car fondées le plus souvent sur des présupposés (le type de mise en place des carac
tères), elles n'en fournissent pas moins « a set of workable criteria by wich analy
ses can proceed » (Saunders, 1989).
On distingue habituellement :
— des caractères qui correspondent, chez l'adulte, à une ossification ou à une
synostose incomplète, de sutures habituellement totalement synostosées à cet âge,
ou à la persistance d'un stade foetal ou immature ;
— des caractères qui résultent de l'ossification d'éléments anatomiques habi
tuellement formés par du cartilage, un ligament ou de la dure-mère ;
— des os suturaires, fontanellaires et surnuméraires. Ce sont des os qui sont
notés soit dans les sutures et à l'emplacement des fontanelles, soit des os qui, habi
tuellement, ne sont pas rencontrés et qui « s'intercalent » généralement entre deux
autres ;
— une présence/absence d'orifices et sillons, a priori vasculaires et/ou ner
veux. La présence ou l'absence de foramina représente, classiquement, des varia
tions de nombre, de position ou de situation d'afférences ou d'efférences vasculo-
nerveuses. Cette catégorie est la plus « ambiguë » dans la mesure où si « the fo
rmation of the foramen is not the structural variation under consideration » (Richts-
meier et McGrath, 1986), le caractère doit être classé parmi les éléments définis
précédemment.
— Divers autres caractères, moins facilement classables peuvent être définis :
variations de nombre ou de position des facettes articulaires, etc.
Cette classification est basée sur l'aspect et sur la « mise en place » supposée
des caractères. Elle n'en fournit, en aucun cas, ni le déterminisme ni les modes
de transmission. En ce qui concerne ces derniers on a fait appel pendant long
temps (Ossenberg, 1969) aux concepts de l'hérédité quantitative. La « susceptibil
ité » de l'individu à présenter un caractère serait sous la dépendance de plusieurs
gènes, situés sur des sites chromosomiques différents, et sous celle de facteurs du
milieu. Le caractère apparaîtrait dès que la « susceptibilité » atteindrait un seuil
« critique ». En fait, ce modèle ne fournit pas d'hypothèses sur les facteurs env
ironnementaux pouvant parfois à eux seuls expliquer certaines concentrations. Ainsi
il est apparu (cf. la revue de G. Hauser et G.F. De Stephano, 1989) que suivant
les séries de nombreux caractères étaient liés à l'âge et/ou au sexe ou aux défor
mations crâniennes et qu'il pouvait exister des liaisons entre certains facteurs nutri-
tionnels ou des atteintes pathologiques et des caractères discrets (Bocquet- Appel,
1984 ; Reiman et al., 1978).
En ce qui concerne l'héritabilité de ces caractères discrets (probabilité pour qu'ils
soient transmis héréditairement dans une série donnée), elle a pu être calculée dans
certains groupes (Berry, 1978 ; Saunders et Popovitch, 1978 ; Sj^vold, 1984 par
exemple). Si elle est parfois élevée, il n'en demeure pas moins que pour d'autres
elle est souvent très faible et que des facteurs autres que génétiques doivent être
soupçonnés. CARACTÈRES DISCRETS ET ORGANISATION DES ENSEMBLES SÉPULCRAUX 173
En ce qui concerne la génétique de ces caractères, elle est presque totalement
inconnue même si la participation, notamment pour certains caractères résultant
de l'ossification d'éléments anatomiques habituellement formés par du cartilage
ou un ligament, de certains gènes homéotiques ou de leur système de régulation
a pu être envisagée (Crubézy, 1991).
L'ensemble de ces constatations montre que la totalité des caractères étudiés
ne peuvent être expliqués par un modèle unique. La biologie arrivera peut-être
à préciser la signification exacte des séquences à homéobox de Г ADN. Celles-ci
sont soupçonnées d'intervenir dans les mécanismes de segmentation. Leurs mutat
ions pourraient être à l'origine de certains caractères discrets dont la prédomi
nance familiale est connue dans certaines séries. Il est aussi possible que, pour
certains caractères (torus mandibulaire par exemple : Ossenberg, 1969) le mode
de transmission soit mixte : la susceptibilité serait sous le contrôle d'un gène majeur
dont l'action serait modulée par d'autres gènes et par des facteurs de milieu. La
majorité des autres caractères apparaissent actuellement comme des caractères poly-
factoriels, déterminés par des facteurs d'origine génétique et mésologique. Ils sont
donc fonction d'un pool génétique et d'un environnement particulier ainsi que d'une
interaction particulière entre génotype et environnement. Dès lors il ne faut pas
s'étonner de résultats, que certains auteurs jugent « aberrants », car s'écartant trop
sensiblement de ce qui est connu pour d'autres populations ou pour d'autres grou
pes très éloignés dans le temps et l'espace. Cette dernière constatation montre par
ailleurs l'impossibilité actuelle de définir des « listes types » de caractères qui dans
toutes les séries pourraient systématiquement être considérés comme des « mar
queurs familiaux ».
Actuellement lors des études des ensembles funéraires il semble donc néces
saire d'intégrer les caractères discrets à un faisceau de données où archéologie et
anthropologie jouent des rôles complémentaires. Au vu des données précédentes
et de Phéritabilité des caractères discrets dans certaines séries il semble que la con
cordance entre données biologiques et archéologiques résulte dans de nombreux
cas d'un certain déterminisme familial, basé sur la parenté, de sous-ensembles
archéologiques. Dépasser le terme de regroupement familial, pour identifier vér
itablement les liens de parenté entre individus, semble impossible sans tomber dans
des simplifications abusives. En fait, il faut garder à l'esprit au moment de l'inte
rprétation 6 éléments :
1) Plus que l'interprétation familiale, qui est l'hypothèse privilégiée, c'est la
répartition des individus en sous-groupes archéologiquement pertinents qui reste
le résultat fondamental.
2) Les regroupements « familiaux », ou de « sujets apparentés », sont ceux
de sujets génétiquement liés, et aucun lien familial précis (père, fille, cousin, etc.)
ne peut être précisé.
3) Certaines concentrations pourraient plus que d'autres être considérées comme
familiales. Ce sont celles qui sont définies à partir de regroupements de caractères
discrets, dont des études portant sur des séries où le degré de parenté était connu
ont montré qu'un déterminisme familial existait. Cependant en raison du déte
rminisme polyfactoriel des caractères discrets il ne s'agit que d'un « maximum de
vraisemblance » que nous ne pouvons pas chiffrer.
4) Ces concentrations représentent les regroupements familiaux mis en év
idence ; d'autres existaient peut-être, mais ils n'ont pu être détectés. 174 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
5) Ce qui est recherché ce sont les regroupements de sujets apparentés et non
les sujets apparentés (ils ne sont sûrement pas limités aux regroupements).
6) Les regroupements « familiaux », ou de « sujets apparentés », sont ceux
de sujets génétiquement liés, et c'est la « parenté biologique » qui est ainsi repé
rée, et en aucun cas la « parenté sociale » qui était en fait la seule qui comptait
dans la structure du groupe.
Par ailleurs, si cette interprétation familiale peut être contestée, la concordance
entre biologie et archéologie renvoit à des facteurs de milieux et identification de
sous-groupes sociaux semble tout aussi capitale.
III. — LES CARACTÈRES DISCRETS DANS L'ÉTUDE DES SÉPULTURES
ET DES NÉCROPOLES
Feustel et Ullrich (1965) furent les premiers à envisager l'approche de la filia
tion biologique sur la base d'un ensemble de caractères (a posteriori contestables...).
Si leur étude de la sépulture collective de Niederbôsa a un rôle historique majeur,
il n'en demeure pas moins qu'elle est finalement peu convaincante. En effet ces
auteurs ont individualisé deux sous-groupes qui correspondraient à une biparti
tion de la sépulture. Malheureusement celle-ci n'a pas été reconnue in situ et s'il
y a bien deux sous-ensembles biologiques, leur association à deux sous-groupes
archéologiquement pertinents n'est pas démontrée.
Par la suite pour des ensembles funéraires pour lesquels il y avait de meilleu
res données de terrain, une origine familiale pour des sous-ensembles archéolog
iquement pertinents fut proposée ; squelettes provenant des mêmes chambres sépul
crales des cimetières égyptiens d'Assouan (Rosing, 1982), sépultures regroupées
et de même orientation des cimetières médiévaux du sud-ouest de la France de
Rivel et de Canac (Crubézy, 1986, 1988), et les « cases » d'inhumation de La
Chaussée-Tir ancourt déjà reconnues sur des arguments archéologiques et sédimen-
tologiques (Sellier, 1983, 1987). Dans ce domaine, les exemples se multiplient et
rares sont les études anthropologiques de cimetière qui ne livrent pas des observa
tions de ce type (cf. articles de M. Sansilbano Collilieux et de J. Blondiaux et
L. Buchet ce volume) ; toutefois la prudence reste souvent de rigueur face aux
sous-ensembles considérés par les anthropologues comme « archéologiquement per
tinents ». En effet la proximité topographique souvent évoquée entre sépultures
semble avoir une pertinence variable suivant les auteurs, et il est rare que la con
cordance entre les données archéologiques et biologiques soit l'objet de tests sta
tistiques de la part des chercheurs... Par ailleurs l'équivalence entre similitude de
certains caractères discrets et filiation des individus ne peut pas être acceptée sans
réserve car il faut compter avec la multiplicité des rapports biologiques possibles
et l'éventualité d'une consanguinité assez forte qui fait que le coefficient de parenté
de nombreux sujets peut être très proche.
Les auteurs ayant procédé à ces études ont généralement tous insisté, à la suite
des anglophones travaillant sur les différences entre groupes (Saunders, 1989), sur
les problèmes (non insurmontables) d'observation (erreur pour un même et pour
deux observateurs différents). Par ailleurs, il faut résoudre (différemment suivant
les auteurs) les problèmes posés sur les éventuelles expressions incomplètes de cer
tains caractères (pont osseux partiellement fermé, dédoublement ou multiplicité CARACTÈRES DISCRETS ET ORGANISATION DES ENSEMBLES SÉPULCRAUX 175
des orifices, etc.) et tenir compte de leur apparition bilatérale ou non. Il faut sur
tout dans chaque série éliminer ou traiter séparément les caractères liés à l'âge
et/ou au sexe, ceux associés à d'éventuelles pathologies (anémies) ou traces de
carences (hypoplasies de l'émail dentaire) plus ou moins facilement repérables. Il
faut ensuite sélectionner des caractères non corrélés entre eux, sous peine d'obser
ver des concentrations de plusieurs caractères ne reflétant en fait qu'une redon
dance de l'information. Cela implique au départ une « batterie » de caractères crâ
niens et infra-crâniens assez large (les études prennent souvent en compte dès le
départ plus de vingt caractères) car ce sont souvent des caractères rares (dans la
série) qui permettent de distinguer des sous-groupes d'individus dans le « bruit
de fond » général de la population. Cette dernière notion est d'ailleurs la plus préoc
cupante. Il apparaît en effet que pour mettre en évidence (lorsqu'ils existent) les
regroupements de sujets apparentés dans les sépultures et les nécropoles il fau
drait (Crubézy, 1989) que chacun puisse être défini par un caractère discret indé
pendant de l'âge, du sexe, de différents facteurs d'environnement, et qu'il soit
rare dans le groupe observé, sous peine de définir d'immenses concentrations de
sujets reflétant en fait leur appartenance à un même « pool » de population. Il
apparaît en fait que la chance de trouver un caractère rare sur quelques squelettes
joue un rôle non négligeable, et que généralement seules quelques
sont repérées dans les nécropoles. La question posée est alors de savoir dans quelle
mesure les résultats observés ne sont pas à la limite de l'anecdotique (Sjtfvold,
1976-1977). L'avenir devrait reposer sur l'emploi de techniques multivariées pre
nant en compte plusieurs caractères. Par le passé Ullrich (1969) avait introduit
une notion numérique dans ses observations ; chaque caractère recevait une valeur
en fonction de son importance dans la série. En fait, cette méthode repose sur
une série de présupposés génotypes et phénotypiques très discutable, particulièr
ement lorsqu'il s'agit de définir la valeur de chaque variable (Sj0vold, 1976-1977).
En fait l'avenir semble appartenir à l'analyse factorielle des tableaux de distance
entre individus définis chacun par plusieurs caractères répondant aux conditions
précédemment définies (Crubézy, 1991). En effet, si le tableau de distances entre
les différents sujets à un certain déterminisme familial et si dans le cimetière la
distance entre individus dépend des liens familiaux, alors l'image euclidienne obte
nue doit pouvoir être mise en parallèle avec le plan des sépultures. Des résultats
pertinents ont été obtenus dans le cadre de la nécropole méroïtique de Missiminia
(Soudan) ; associées aux analyses uni variées de plus de cinquante caractères, elles
permettent d'avancer qu'il existait des liens familiaux entre une partie des sujets
des tombes comportant plusieurs individus ainsi qu'entre sujets des tombes adja
centes (Crubézy, 1991). Par ailleurs, cette méthode, lorsque l'on différencie les
sexes, permet de savoir si l'organisation de la nécropole à un moment donné était
plutôt fondée sur les relations entre hommes ou entre femmes. L'analyse anthro
pologique combinéejilors aux données archéologiques, historiques, ou ethnogra
phiques permet éventuellement d'apprécier dans quelle mesure ces règles d'inhu
mation pouvaient correspondre aux règles d'alliance et de résidence.
IV. — CONCLUSIONS
C'est une démarche en plusieurs étapes qui doit guider l'étude des caractères
discrets en contexte funéraire : énoncé clair des hypothèses de départ concernant
les sous-ensembles considérés comme archéologiquement pertinents, étude en SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 176
analyse univariée de plusieurs caractères afin de sélectionner ceux indépendants
de l'âge, du sexe et d'un maximum de facteurs d'environnements, puis projection
sur plan des caractères retenus afin d'apprécier dans quelle mesure il existe une
concordance entre données archéologiques et biologiques. Cette première partie,
classique, a constitué les premières étapes de la recherche. L'on ne pourra plus
à l'avenir s'en contenter car le risque serait grand de généraliser à partir de don
nées particulières portant sur des sous-ensembles archéologiques ne faisant pas syst
ématiquement l'unanimité. L'avenir réside donc dans l'utilisation, d'une part, de
statistiques permettant de tester l'adéquation soupçonnée entre archéologie et bio
logie et, d'autre part, de celle d'analyses multivariées permettant de faire la part
de l'anecdotique et du général. Dans ce domaine, comme ailleurs en archéologie
ou en anthropologie des populations du passé, il semble évident que les sites pour
lesquels les squelettes seront le plus finement datés, les mieux conservés et ceux
pour lesquels l'environnement archéologique et éventuellement historique sera le
mieux connu fourniront les résultats les plus intéressants.
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