Ch. Pupin, Le Neurone et les hypothèses histologiques sur son mode de fonctionnement R. Deyber, État actuel de la question de l'amœboïsme Micheline Stefanowska, Les appendices terminaux des dendrites cérébraux et leurs différents états physiologiques Manouélian, Société de Biologie, 19 février 1898 Mathias Duval, L'amœboïsme du système nerveux. La théorie histologique du sommeil. Les nervi nervorum - compte-rendu ; n°1 ; vol.4, pg 438-449

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L'année psychologique - Année 1897 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 438-449
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1897
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Alfred Binet
Ch. Pupin, Le Neurone et les hypothèses histologiques sur son
mode de fonctionnement__**__R. Deyber, État actuel de la
question de l'amœboïsme__**__Micheline Stefanowska, Les
appendices terminaux des dendrites cérébraux et leurs
différents états physiologiques__**__Manouélian, Société de
Biologie, 19 février 1898__**__Mathias Duval, L'amœboïsme du
système nerveux. La théorie histologique du sommeil. Les nervi
nervorum
In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 438-449.
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Binet Alfred. Ch. Pupin, Le Neurone et les hypothèses histologiques sur son mode de fonctionnement__**__R. Deyber, État
actuel de la question de l'amœboïsme__**__Micheline Stefanowska, Les appendices terminaux des dendrites cérébraux et
leurs différents états physiologiques__**__Manouélian, Société de Biologie, 19 février 1898__**__Mathias Duval, L'amœboïsme
du système nerveux. La théorie histologique du sommeil. Les nervi nervorum. In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 438-
449.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1897_num_4_1_2922ANALYSES 438
passages successifs de ces cellules. On voit que d'abord la chromo-
phile se rassemble un peu vers la périphérie et les grains augmentent
de grandeur (flg. 2 et 3), puis la chromophile se concentre autour du
noyau et les grains de chromophile diminuent beaucoup en nombre
et augmentent considérablement en volume (fig. 4 et 5).
Tels sont les effets observés par l'auteur ; relativement au volume
des cellules, l'auteur ne conclut rien de précis ; s'il y a une influence
sur ce volume elle n'est pas nette.
Victor Henri.
J. SOURY. — La thermométrie cérébrale. Rev. philosophique,
août 1897, n° 4, p. 388-407.
Etude critique où l'auteur passe en revue les travaux de ces der
nières années sur la température cérébrale dans ses rapports avec
les phénomènes psychiques. Les principales études analysées sont
celles de Schiff (Arch, de physiologie, 1869-1870), Tanzi(Reggio-Emilia,
1889), Dor ta et surtout Mosso (la Temperalura del cervello). Nous
notons que l'auteur accepte de confiance les résultats des expériences
de Kiesow ; ils sont cependant bien critiquables.
A. Binet.
A. THOMAS. — Le cervelet (Elude anatomique, clinique et physiolo
gique). Paris, Steinheil, 1897, 356 p. et 107 flg.
Nous espérons pouvoir, dans notre prochaine Année, faire une revue
générale du cervelet. Pour le moment, nous nous contenions de
reproduire la conclusion de l'étude de l'auteur : « Le cervelet doit
être considéré comme un organe se développant comme les voies de
la sensibilité, avec lesquelles il entre en effet en rapport chez l'adulte
par plus d'un faisceau ; il enregistre des excitations périphériques et
des impressions centrales, et réagit aux unes et aux autres ; il n'est
pas le siège d'un sens particulier, mais le siège d'une réaction parti
culière mise en jeu par diverses excitations ; cette réaction s'applique
au maintien de l'équilibre, dans les diverses formes d'attitudes ou de
mouvements, réflexes, automatiques, volontaires ; c'est un centre
réflexe d'équilibration. »
A. B.
REVUE GÉNÉRALE SUR L'AMŒBOÏSME DU SYSTÈME NERVEUX
Ch. PUPIN. — Le Neurone et les hypothèses histologiques sur son
mode de fonctionnement (Théorie histologique du sommeil). Slein-
heil, Paris, 1896.
R. DEYBER. — Etat actuel de la question de l'amœboïsme. Steinheil,
Paris, 1898. PHYSIOLOGIE ET HISTOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 439
MICHELINE STEFANOWSKA. — Les appendices terminaux des
dendrites cérébraux et leurs différents états physiologiques ( Tra
vaux de laboratoire de V Institut Solvay). Bruxelles, 1897, p. 1-58.
MANOUÉLIAN. — Société de Biologie, 19 février 1898.
Mathias DUVAL. — L'amœboïsme du système nerveux. La théorie
histologique du sommeil. Les nervi nervorum. Revue scientifique,
12 mars 1898.
Les lecteurs de Y Année ont été tenus exactement au courant des
progrès de cette question si importante pour la psychologie. Un pre
mier article d'Azoulay a été publié à un moment où la question était
encore dans le domaine des hypothèses. Azoulay a résumé, avec les
figures de ses remarquables préparations, tout ce qu'on savait sur
l'histologie des neurones, il a exposé et critiqué la célèbre hypothèse
de Mathias Duval et de Lépine. Cette hypothèse peut être exposée
dans les termes suivants que nous empruntons à Duval :
« Les neurones s'articulent entre eux par simple contiguïté, les
ramifications terminales d'un prolongement cellulifuge (cylindre -axe)
venant se ramifier dans la proximité immédiate des ramifications
d'un prolongement cellulipète (prolongement de protoplasma) du
neurone suivant. Ainsi est définitivement substituée à l'ancienne idée
de continuité entre les éléments (Gerlach), la notion de pure contiguïté
(Cajal, Kölliker, Retzius, Gehuchten, etc.).
» Puisqu'il n'y a pas continuité, ce qui serait état définitif, perman
ent, immuable, mais simple contiguïté, ce qui comporte des varia-
lions en plus ou moins, on est naturellement amené à se demander
si précisément ces ramifications de substance protoplasmique dispo
sées dans le voisinage les unes des autres, ne seraient pas suscepti
bles de se rapprocher ou de s'écarter plus ou moins par le fait de la
contractililé de ce protoplasma ; telle est essentiellement l'hypothèse
de l'amœboïsme nerveux. »
Cetle hypothèse a servi, on se le rappelle, à expliquer le sommeil
et l'anesthésie par une rupture temporaire des contacts.
Depuis cette époque, un auteur belge, Demoor, a cherché à rem
placer l'hypothèse par un fait vérifié l. Dans une étude intitulée la
Plasticité morphologique des neurones, il rapporte diverses expé
riences sur les animaux ; il empoisonnait les animaux par léther ou
la morphine, ou en les soumettant à des excitations fortes pendant
un certain temps. Des fragments de cerveau enlevés à ces animaux
et à des animaux témoins avaient montré que l'excitation prolongée
et l'empoisonnement des centres nerveux produisent une modifica
tion caractéristique dans les prolongements protoplasmiques des
neurones ; ces prolongements, au lieu de présenter un calibre homo-
(1) Année psychologique, II, p. 255. 440 ANALYSES
gène, présentent des varicosités plus ou moins grandes, réunies par
des fils très fins. C'est ce qu'on appelle l'état perlé, qui serait caracté
ristique de la fatigue et de l'empoisonnement ; mais il est juste de
remarquer que ces résultats ont été critiqués par différents auteurs,
et attribués par eux à des erreurs de technique.
Nous avons à parler, cette fois-ci, de divers travaux nouveaux.
Quelques-uns ne sont que des comptes rendus, par exemple le travail
Fig. 89. — Cellule nerveuse munie de ses appendices pyriformes.
de Pupin, et celui plus récent de Deyber. D'autres sont des recherches
originales ; ce sont celles de Mlle Stefanowska et de Manouélian.
MUe Stefanowska, qui appartient au même laboratoire que
Demoor et a profité de ses conseils, a repris la question où l'avait laissée. Elle a porté son attention, non sur l'état perlé
des filaments protoplasmiques, mais sur leurs épines. On appelle
épines des aspérités de forme définie que certains auteurs ont signa
lées dans les filaments protoplasmiques, et que Cajal a le premier
décrites ; ces épines ont été niées depuis par Semi-Meyer, qui n'a pas PHYSIOLOGIE ET HISTOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 441
pu les retrouver en employant, au lieu de la méthode de Golgi au
chromate d'argent, la méthode du bleu de méthylène, en injection
sous-cutanée ; le bleu colore bien les filaments protoplasmiques des
neurones, mais il ne met en évidence aucune épine (Ueber eine
Verbindungsweise der Neuronen. Arch. f. mikr. Anat., Bd. XLVII,
Heft 4, 1896). Kölliker partage ce scepticisme. Cajal, un peu ému par
ces réserves, a repris l'étude des épines avec le bleu de méthylène, et
constaté que la méthode employée (celle des injections sous-cutanées
et celle de l'imbibition de morceaux frais dans une solution de bleu
exposée à l'air) ne colore pas les épines ; mais, avec son esprit ingé
nieux, il a trouvé une variante de la méthode du bleu qui permet les
colorations des épines et les met en pleine évidence.
Ces épines ne méritent pas leur nom ; elles ont une forme piri-
forme, et sont munies d'un très court et mince pédicule qui s'implante
perpendiculairement sur le rameau, donnant aux prolongements
protoplasmiques l'aspect d'un arbre dont les branches, au lieu de
feuilles, seraient élégamment garnies d'une multitude de petits fruits
ovoïdes. Aussi l'auteur propose-t-il de les appeler appendices piri-
formes. Il y en en a de grands et de petits ; il y en a quelques-uns de
géants ; ils sont disposés tout autour des filaments. Ils manquent
constamment sur certaines parties des neurones, sur le cylindre-axe
et sur le corps de la cellule. C'est un moyen bien simple de distinguer
le cylindre-axe et les autres prolongements. Enfin, leur présence est
liée à l'âge de l'animal. Chez une souris âgée d'un jour, les appen
dices piriform.es manquent totalement; ils sont encore très rares
chez la souris âgée de cinq jours, et ils deviennent nombreux chez la
souris de dix jours, sans être cependant aussi nombreux que la adulte. Pour bien les observer, il faut faire des coupes minces.
L'apparition tardive des appendices piriformes dans l'éeorce céré
brale indique qu'ils sont en rapport avec le développement des fonc
tions psychiques.
L'auteur admet en outre que les variations considérables que
présentent les appendices piriformes dans leur aspect et dans leur
nombre prouvent que ces appareils terminaux peuvent rentrer
complètement dans le dendrite sans que celui-ci soit atteint par une
altération visible ; cette disparition momentanée ou définitive suffi
rait pour amener la rupture du contact entre les dendrites d'un
neurone et l'appareil terminal d'un neurone voisin.
Les expériences ont consisté à sacrifier des petits animaux, souris
et cobaye, après avoir électrisé leur cerveau pendant un certain
temps : ces excitations, qu'elles soient portées directement sur le
cerveau, ou qu'elles aient lieu par l'intermédiaire des nerfs, ont pour
effet constant la diminution d'un certain nombre d'appendices pir
iformes. Cette peut aller lorsque les excitations sont fortes,
jusqu'à la complète disparition. On peut conclure de ce fait à la
mobilité et même à la contractilité des appendices piriformes. On a ANALYSES 442
pu remarquer que, d'une manière générale, les neurones des couches
superficielles du cerveau sont moins atteints que ceux des
profondes par les excitations ; en outre la plus forte excitation
n'atteint jamais la totalité d'un territoire local ; à côté des régions
cellulaires dont les prolongements sont profondémentaltérés, on trouve
des groupes plus ou moins importants d'apparence normale ; d'où
l'auteur conclut que la cellule serait destinée à des excitations déter
minées, et qu'il y aurait entre les neurones d'une même région une
division du travail.
Cette étude importante est une confirmation des hypothèses avan
cées par Lépine et Duval, qui, constatant que d'après les nouvelles
recherches de Cajal, les éléments nerveux ne sont pas en continuité,
mais en contiguïté, avaient supposé que le contact pouvait cesser ou
se produire, par suite d'une mobilité des extrémités protoplasmiques,
et que la suppression du contact pouvait expliquer l'anesthésie et le
sommeil. Le travail de Mlle Steianowska nous montre que les append
ices piriformes des dendrites sont mobiles, ce qui est une confirma
tion de l'hypothèse.
Le travail de Manouélian n'a pas encore été publié ; on ne le connaît
que par une courte note à la Société de Biologie, et une leçon de son
maître Mathias Duval. Voici ce qu'en dit ce dernier auteur :
« Aux recherches précédentes on avait pu objecter qu'il ne s'agissait
pas de faits réellement physiologiques, mais d'altérations produites
dans les cellules, soit par l'arrivée jusqu'à elles de substances ch
imiques, soit par l'action d'excitations tout à fait anormales (electri
sation, electrocution). Et en effet, dans la plupart de ces expériences,
on avait amené la mort des animaux par une morphinisation ou une
etherisation portées jusqu'à l'extrême, ou bien par l'action violente
de l'électricité. M. Manouélian a voulu opérer dans des conditions
plus normales : il a voulu amener le sommeil par la fatigue. A cet
effet, s'adressant à des souris, il les a soumises à des excitations
incessantes, les agitant, les piquant dans leur cage, de façon à ne
pas leur laisser prendre le moindre instant de repos pendant plus
d'une heure. Alors ces animaux tombaient épuisés, haletants, en
instance de sommeil, le plus souvent ils se montraient insensibles à
de nouvelles excitations ; ils dormaient par excès de fatigue. Ce sont
las cellules nerveuses de ces animaux qu'il a comparées avec celles
d'animaux semblables, n'ayant subi aucun traitement particulier. Les
pièces ont été, dans les deux cas, fixées exactement par les mêmes
réactifs (méthode rapide de Golgi-Cajal). Dans ces conditions,
M. Manouélian a observé une série de faits entièrement confirmatifs
de ceux des auteurs précédents. Les épines des ramifications dendri-
tiques (cellules pyramidales) ont disparu chez la souris fatiguée; en
même temps, ses ramifications présentent des renflements en boule.
C'est surtout vers les extrémités des ramifications que se montrent
ces renflements; mais à un état plus prononcé, ils apparaissent aussi PHYSIOLOGIE ET HISTOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 443
sur la tige du panache. Quelques-unes de ces varicosités sont des
boules énormes; point n'est besoin de l'immersion pourles constater;
elles sautent aux yeux même à un faible grossissement. Parfois ces
varicosités représentent de grosses olives et une branche, ou bien la
tige du dendrite est alors figurée par une série d'olives mises bout à
bout, la portion rétrécie qui les sépare pouvant être encore relativ
ement épaisse. On a l'impression qu'il a fallu une forte rétraction
dans le sens de la longueur pour produire de tels épaississements, de
telles dilatations dans le sens de la largeur. On pense, en présence de
ces images, à celle d'une sangsue vue comparativement dans l'état
Fig. 90. — Cellule empanachée moyenne du bulbe olfactif de la souris
adulte, épuisée par la fatigue; grossissement 350 diamètres. Les den-
drites présentent un état perlé; par suite de la formation des renfl
ements en boule, le bouquet protoplasmique se trouve rétracté, il n'a plus
de contact avec l'arborisation de la fibrille olfactive voisine, qui, elle-
même, est devenue légèrement variqueuse. (Figure inédite qui est com
muniquée à l'Année par M. Manouélian.)
d'élongation et dans l'état de rétraction en boule. Parfois l'épaissis-
sement siège au niveau d'une bifurcation ; il y forme alors une masse
triangulaire étoilée qu'on pourrait prendre pour un petit corps cel
lulaire.
« Ces dispositions se constatent non seulement sur les ramilications
du panache, mais encore sur les prolongements protoplasmiques ba-
silaires, c'esl-à-dire ceux qui parlent des parties latérales de la base
de la pyramide. Souvent enfin, le corps de la cellule lui-même est
modifié; il est devenu ovoïde, globuleux; on a peine à reconnaître
une cellule pyramidale. 444 ANALYSES
« On constate des modifications semblables dans les prolongements
de protoplasma des cellules de Martinotti (cellules à cylindre-axe
ascendant de la couche des cellules polymorphes).
« Nous l'avons dit, ces constatations ont été faites sur des animaux
fatigués, c'est-à-dire sans l'intervention d'aucun agent chimique; elles
sont donc doublement précieuses pour nous, et par leur valeur dé
monstrative absolue et par ce fait qu'elles augmentent la valeur
des observations antérieures en renversant les objections qu'on aurait
pu faire à celles-ci.
« Sur ces mêmes animaux M. Manouélian a étudié l'état des cellules
mitrales du bulbe olfactif. Sur tous les prolongements de celles-ci
existent des boules chez les animaux fatigués; mais c'est surtout
dans les ramifications qui prennent part à la constitution d'un gl
omérule olfactif que ces boules sont intéressantes à étudier. Par le fait
de leur présence sur les ramifications, celles-ci, devenues plus courtes
et moins nombreuses, forment une arborisation plus lâche ; les mailles
du glomérule sont devenues plus larges. Souvent la tige protoplas-
mique qui va du corps de la cellule mitrale au glomérule est devenue
plus épaisse et présente de gros renflements olivaires presque conti
nus. Cette tige s'est évidemment raccourcie et le fait est évident,
tangible ici, car dans le glomérule correspondant la ramification
dendritique de la cellule mitrale s'est légèrement écartée de l'arbori
sation terminale, cylindraxile, de la cellule olfactive. Nous avons eu
sous les yeux deux ou trois pièces où cette désarticulation est évidente :
les arborisations, qui se pénètrent à l'état normal, se sont écartées
comme les doigts des deux mains qui se séparent après s'être entre
lacés (flg. 89).
« Une question qui a fort embarrassé les partisans, même les plus
convaincus, de l'amœboïsme nerveux, c'est celle de se rendre compte
pourquoi et comment des arborisations pouvaient être incitées soit à
se rapprocher, soit à s'éloigner. Cette difficulté a apparu surtout à
propos de la manière de voir de Cajal, lequel, dans une théorie que
nous n'avons pas eu le temps de développer ici (on en trouvera l'e
xposé et la critique dans le mémoire d'Azoulay cité ci-dessus), admet
Famœboïsme, mais le transporte des cellules nerveuses aux cellules
de la névroglie. Comment concevoir, lui a-t-on dit, que des
névrogliques puissent avoir la volonté ou un automatisme suffisant
pour entrer en action et s'interposer ou cesser de s'interposer entre
les éléments nerveux ?
« Or, dirons-nous, admettons pour un instant la théorie de l'amœ-
boïsme névroglique de Cajal; il est évident que tout y serait expli
cable s'il nous était permis de concevoir des fibres nerveuses centri
fuges venant ordonner, venant commander et régler les mouvements
des cellules de névroglie. Mais ces fibres centrifuges pourraient aussi
bien venir régler, commander les mouvements protoplasmiques des
ramifications des cellules nerveuses proprement dites; ce seraient des .
PHYSIOLOGIE ET HISTOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 445
éléments nerveux agissant sur d'autres éléments nerveux, pouvant
en modifier en plus ou moins le fonctionnement, c'est-à-dire le cont
act. Or la physiologie nous fait connaître un grand nombre de phé
nomènes de ce genre, et quelques faits anatomiques sont singulièr
ement suggestifs à cet égard.
« Pour rappeler d'abord les faits physiologiques, avant de passer
aux données anatomiques, toute l'histoire des nerfs vaso-dilatateurs et
de leur action sur les vaso-constricteurs, comme celle des nerfs modér
ateurs cardiaques, n'est autre chose que celle d'éléments nerveux
venant suspendre l'activité d'autres éléments nerveux ; semblable est
sans doute l'action de tous les nerfs dits inhibiteurs, modérateurs,
frénateurs. Mais passons aux faits anatomiques.
« C'est spécialement dans la rétine et dans l'organe olfactif qu'on
rencontre les fibres centrifuges qui doivent nous occuper. Évidem
ment dans les divers centres de substance grise, notamment dans
l'écorce cérébrale et cérébelleuse, on en rencontre d'analogues ; mais
c'est seulement dans les organes des sens sus-indiqués, pour lesquels
la physiologie classique se contenterait de fibres toutes centripètes,
que se pose nettement un problème nouveau. Il est bien démontré
aujourd'hui que toutes les fibres du nerf optique ne proviennent pas
des cellules ganglionnaires de la rétine. Un certain nombre de ces
cylindres-axes ont leur cellule d'origine dans les masses grises cen
trales (eminence antérieure des tubercules quadrijumeaux, corps
genouillé externe, couche optique), et se terminent dans les couches
profondes de la rétine (couche des grains internes, spongioblastes de
Cajal), par des arborisations libres. Ces fibres optiques d'origine cen
trale ont été découvertes par Ramon y Cajal et Van Gehuchten dans
le nerf optique des oiseaux. Cajal, qui a retrouvé leurs arborisations
terminales dans la rétine de tous les vertébrés, suppose que ces fibres
ont pour fonction d'agir sur les prolongements des spongioblastes ou
cellules amacrines. Dans son travail récent sur la rétine (Journal de
V Anatomie, 1896), il confirme ses premiers résultats, répond aux
objections faites par Dogiel et s'exprime ainsi : « Le fait déjà indiqué
par nous, dans des publications antérieures, de la distribution exclu
sive de ces branches à la sous-zone des spongioblastes, sans que ja
mais on les voie déborder dans la couche des cellules bipolaires, donne
une grande force à une opinion que nous avons émise. Nous admett
ons, en effet, que les spongioblastes, par l'intermédiaire des fibres
centrifuges, font partie intégrante d'une chaîne conductrice et que,
recevant par ces fibres une excitation née dans le cerveau, ils la trans
mettent à l'articulation qui existe entre les expansions protoplas-
miques des cellules ganglionnaires et le panache descendant des
cellules bipolaires. » Ces lignes de Cajal ne renferment-elles pas
implicitement l'hypothèse que nous venons de proposer d'une manière
plus explicite : une excitation née dans le cerveau est transmise à
l'articulation de deux neurones sensitifs ! Mais ce ne peut être que 446 ANALYSES
pour modifier l'état de cette articulation à un certain moment, pour,
en un mot, provoquer, par amœboïsme de ces prolongements, des
contacts plus ou moins intenses selon l'étal d'attention commandé
par le cerveau.
« Après la rétine, l'appareil olfactif. « Dans le bulbe olfactif, dit Cajal,
presque toutes les fibres qui forment les petits faisceaux séparant les
groupes de grains sont la simple continuation des cylindres-axes des
cellules mitrales et fusiformes. Mais il existe aussi des fibres ner
veuses centrifuges qui se ramifient librement et sur une grande
étendue entre les grains, auxquels elles amènent probablement quel
que impulsion du cerveau. »
Jusqu'à présent, ces fibres centrifuges n'avaient été poursuivies que
jusque dans la couche des grains. Dans un travail récent (Société de
biologie, 19 février 1898), M. Manouélian vient deles poursuivre, chez
la souris et chez le chat, jusqu'au niveau des glomérules olfactifs, c'est-
à-dire jusqu'au niveau d'un des plus beaux types d'articulation entre
neurones. Ces fibres, dit Manouélian, les unes rectilignes, les autres
flexueuses, ont en général un parcours horizontal dans la substance
blanche, puis elles se coudent brusquement, souvent à angle droit,
abordent la substance grise, la traversent dans une direction oblique
ou perpendiculaire et pénètrent dans les glomérules. Pour y observer
leur terminaison avec une parfaite netteté, il faut, dans les préparat
ions, choisir certains glomérules où, à l'exclusion de tout autre él
ément, une seule fibre centrifuge a été imprégnée; on voit alors cette
fibre se résoudre en une arborisation à ramuscules courts et ténus,
qui se terminent par de petits boutons. Les préparations de Manouél
ian sont on ne peut plus démonstratives à cet égard (fig. 90).
« Dans certaines coupes de bulbe olfactif de souris, où les glomérules
étaient imprégnés, nous avons vu ces fibres entrer dans le glomérule
où il était impossible de les suivre. Mais, dans d'autres, ces fibres
centrifuges seules étaient imprégnées et les glomérules étaient sim
plement indiqués par des taches grises assez visibles sur le fond
homogène de la coupe ; alors on voit les ramifications terminales des
fibres cylindraxiles centrifuges se détacher sur le fond grisâtre
estompé, qui représente le glomérule olfactif. Nous avons examiné
plusieurs préparations semblables ; elles nous paraissent une démonst
ration irréfutable de l'existence de ces fibres nerveuses centrifuges
et de leur terminaison au niveau de l'articulation des prolongements
cylindres-axes des neurones olfactifs périphériques avec les prolonge
ments de protoplasma des neurones olfactifs centraux.
« Mais ce n'est pas tout ; un certain nombre de ces fibres centrifuges
se terminent certainement, d'après les préparations de M. Manouélian,
au niveau des grains du bulbe olfactif. Or on voit partir de ces grains
des prolongements qui descendent et vont se terminer dans un gl
omérule. Nous aurions donc ici une disposition entièrement homol
ogue à celle que Cajal nous a fait connaître pour la réline. Les grains

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