Changement d'attitude et fausse attribution : effet de la centration sur le comportement de soumission - article ; n°3 ; vol.104, pg 517-535

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L'année psychologique - Année 2004 - Volume 104 - Numéro 3 - Pages 517-535
Résumé
Dans le paradigme de la soumission forcée (ou de la soumission induite), les sujets réduisent classiquement leur dissonance en modifiant leur attitude dans le sens d'une rationalisation du comportement de soumission. On sait toutefois qu'un tel changement d'attitude n'est pas systématiquement observé. Il n'est plus observé notamment en présence d'une source de fausse attribution (effet de fausse attribution). Les deux expériences rapportées montrent qu'il suffit de recentrer les sujets sur leur comportement de soumission pour retrouver le changement d'attitude. Dans la première expérience, les sujets sont conduits à rédiger un essai contraire à leur conviction en présence d'une source de fausse attribution (ultrasons) ou en son absence (sans ultrasons). La moitié des sujets sont invités à lire leur essai et à comptabiliser les arguments qu'il contient (avec centration), l'autre pas (sans centration). Comme attendu les sujets de la situation ultrasons/centration rationalisent leur comportement de soumission contrairement aux sujets de la situation ultrason / sans centration. La seconde expérience montre que c'est le dénombrement des arguments qui est le facteur déterminant.
Mots clés : fausse attribution, dissonance, centration, soumission forcée, changement d'attitude.
Summary : Attitude change and misattribution : effect of focus on contrattitudinal behavior
In the forced compliance paradigm, subjects reduce their dissonance by changing their attitude. When subjects realise the problematic behavior in the presence of a source of misattribution, no attitude change is observed (misattribution effect). Our two experiments show that a change in attitude is observed if the subjects' attention is focused on their counterattitudinal behavior. In the first experiment, subjects were requested (choice condition) to write a counterattitudinal essay in the presence of a source of misattribution (ultrasound) or in the absence of a source of misattribution (no ultrasound). Half of the subjects were asked to read and number their counterattitudinal arguments (focus), the other half were not asked (no focus). As expected, the subjects in the ultrasound/focus situation rationalized the counterattitudinal ad contrary to the subjects in the ultrasound/no focus situation. The second experiment shows that the counting of arguments is a determinant factor in attitude change.
Key words : misattribution, dissonance, focus, forced compliance, attitude change.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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M.-E. Martinie
Robert-Vincent Joule
Changement d'attitude et fausse attribution : effet de la
centration sur le comportement de soumission
In: L'année psychologique. 2004 vol. 104, n°3. pp. 517-535.
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Martinie M.-E., Joule Robert-Vincent. Changement d'attitude et fausse attribution : effet de la centration sur le comportement de
soumission. In: L'année psychologique. 2004 vol. 104, n°3. pp. 517-535.
doi : 10.3406/psy.2004.29677
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2004_num_104_3_29677Résumé
Résumé
Dans le paradigme de la soumission forcée (ou de la soumission induite), les sujets réduisent
classiquement leur dissonance en modifiant leur attitude dans le sens d'une rationalisation du
comportement de soumission. On sait toutefois qu'un tel changement d'attitude n'est pas
systématiquement observé. Il n'est plus observé notamment en présence d'une source de fausse
attribution (effet de fausse attribution). Les deux expériences rapportées montrent qu'il suffit de
recentrer les sujets sur leur comportement de soumission pour retrouver le changement d'attitude. Dans
la première expérience, les sujets sont conduits à rédiger un essai contraire à leur conviction en
présence d'une source de fausse attribution (ultrasons) ou en son absence (sans ultrasons). La moitié
des sujets sont invités à lire leur essai et à comptabiliser les arguments qu'il contient (avec centration),
l'autre pas (sans centration). Comme attendu les sujets de la situation ultrasons/centration rationalisent
leur comportement de soumission contrairement aux sujets de la situation ultrason / sans centration. La
seconde expérience montre que c'est le dénombrement des arguments qui est le facteur déterminant.
Mots clés : fausse attribution, dissonance, centration, soumission forcée, changement d'attitude.
Abstract
Summary : Attitude change and misattribution : effect of focus on contrattitudinal behavior
In the forced compliance paradigm, subjects reduce their dissonance by changing their attitude. When
subjects realise the problematic behavior in the presence of a source of misattribution, no attitude
change is observed (misattribution effect). Our two experiments show that a change in is
observed if the subjects' attention is focused on their counterattitudinal behavior. In the first experiment,
subjects were requested (choice condition) to write a essay in the presence of a
source of misattribution (ultrasound) or in the absence of a source of misattribution (no ultrasound). Half
of the subjects were asked to read and number their counterattitudinal arguments (focus), the other half
were not asked (no focus). As expected, the subjects in the ultrasound/focus situation rationalized the
counterattitudinal ad contrary to the subjects in the ultrasound/no focus situation. The second
experiment shows that the counting of arguments is a determinant factor in attitude change.
Key words : misattribution, dissonance, focus, forced compliance, attitude change.L'année psychologique, 2004, 104, 517-535
Équipe Savoir, cognitions et pratiques sociales,
Université de Poitiers1
Laboratoire de psychologie sociale, de Provence2
CHANGEMENT D'ATTITUDE ET FAUSSE ATTRIBUTION :
EFFET DE LA CENTRATION
SUR LE COMPORTEMENT DE SOUMISSION
Marie Amélie MARTINIE1 et Robert- Vincent JOULE2
SUMMARY : Attitude change and misattribution : effect of focus on
contrattitudinal behavior
In the forced compliance paradigm, subjects reduce their dissonance by
changing their attitude. When subjects realise the problematic behavior in the
presence of a source of misattribution, no attitude change is observed
( misattribution effect) . Our two experiments show that a in attitude is
observed if the subjects' attention is focused on their counterattitudinal
behavior. In the first experiment, subjects were requested (choice condition) to
write a counterattitudinal essay in the presence of a source of misattribution
(ultrasound) or in the absence of a source of misattribution (no ultrasound) .
Half of the subjects were asked to read and number their counterattitudinal
arguments (focus), the other half were not asked (no focus). As expected, the
subjects in the ultrasound/focus situation rationalized the
act contrary to the subjects in the ultrasound/no focus situation. The second
experiment shows that the counting of arguments is a determinant factor in
attitude change.
Key words : misattribution, dissonance, focus, forced compliance, attitude
change.
1. Équipe Savoir, cognitions et pratiques sociales, Université de Poitiers,
Département de Psychologie, 97, avenue du Recteur Pineau, 86000
e-mail : marie.amelie.martinie@univ-poitiers.fr
2. Laboratoire de psychologie sociale, Université de Provence, 29, avenue
Robert-Schuman, 13621 Aix-en-Provence, e-mail : joule-rv@aixup.univ-aix.fr 518 Marie Amélie Martinie et Robert- Vincent Joule
INTRODUCTION
Que le changement d'attitude soit la voie de réduction de la
dissonance la plus étudiée ne fait pas de doute. Dans le para
digme de la soumission forcée, les sujets réduisent classiquement
leur dissonance en ajustant a posteriori leur attitude à leur
conduite de soumission. On sait toutefois que le changement
d'attitude n'est pas systématiquement observé. Il n'est plus
observé notamment lorsque les sujets peuvent faussement imput
er leur éveil (arousal, Zanna et Cooper, 1974 ; 1976) à une
source extérieure de tension (pilule prétendument excitante,
lunettes ou lampes inconfortables, photographies erotiques,
détecteur de mensonges, etc.). Cette absence de changement
d'attitude peut donner à penser qu'en présence d'une source de
fausse attribution le sujet n'est pas en état d'éveil après avoir
réalisé un acte contrattitudinel. Les résultats obtenus par Croyle
(1985) vont dans ce sens. Croyle (1985) a, en effet, observé une
modification de l'activité galvanique traduisant une baisse de
l'état d'éveil en présence d'une source de fausse attribution.
Ainsi, l'éveil serait trop faible pour appeler sa réduction. Les
résultats récemment obtenus par Cooper (1998) vont encore plus
loin, puisqu'ils montrent que la confrontation à une source de
fausse attribution peut conduire à une immunisation des sujets
contre la dissonance cognitive. Cooper (1998), en effet, a montré
que des sujets amenés à rédiger un texte contraire à leur attitude
en présence d'une source de fausse attribution, lors d'une pre
mière étude, ne changeaient pas d'attitude lors d'une seconde
étude conduite par un nouvel expérimentateur et dans laquelle,
comme dans l'expérience princeps de Festinger et Carlsmith
(1959), ils étaient amenés, cette fois en l'absence de toute source
de fausse attribution, à dire à un pair que la tâche fastidieuse qui
l'attendait était au contraire très intéressante. Cooper (1998) en
a conclu que les sujets en présence d'une source de fausse attr
ibution, lors de la première étude, avaient appris à ne pas ressent
ir la dissonance. C'est cet apprentissage qui pour lui permet de
comprendre pourquoi ensuite, bien qu'il n'y ait plus de source de
fausse attribution, les sujets — en quelque sorte immunisés
contre la dissonance cognitive — ne changent pas d'attitude lors
de la seconde étude. Changement d'attitude et fausse attribution 519
Est-ce à dire qu'un sujet qui a été placé en présence d'une
source de fausse attribution dans le paradigme de la soumission
forcée ne peut plus ressentir de la dissonance ? Nous ne le pen
sons pas. Certaines recherches montrent clairement, en effet,
que si la voie du changement d'attitude n'est pas empruntée en
présence d'une source de fausse attribution, d'autres voies de
réduction de la dissonance peuvent l'être, et notamment celle
de la rationalisation en acte (Fointiat 1996, 1998 ; Beauvois,
Joule et Brunetti 1993) ou celle de la trivialisation (Simon,
Greenberg et Brehm, 1995 ; Martinie et Joule, 2000). Dans une
expérience de Fointiat (1996), par exemple, les sujets étaient
amenés à prendre la décision de boire un verre de vin, alors
qu'ils n'en avaient pas envie, en présence versus en l'absence
d'une source de fausse attribution (en l'occurrence : un détec
teur de mensonge). Il est observé qu'en présence de la source de
fausse attribution les sujets ne modifient pas leur attitude (effet
classique de fausse attribution) mais sont significativement plus
nombreux à accepter de boire ultérieurement un demi-litre de
vin (effet de rationalisation en acte). Dans une expérience de
Martinie et Joule (2000), par exemple encore, les sujets étaient
amenés à rédiger des arguments contraires à leurs convictions
en présence versus en l'absence d'une source de fausse attribu
tion (des photographies erotiques). Il est observé qu'en présence
de la source de fausse attribution les sujets ne modifient pas
leur attitude (effet classique de fausse attribution) mais jugent
moins convaincants1 les arguments qu'ils ont pu trouver (effet
de trivialisation2).
En somme, en situation de fausse attribution les sujets
empruntent la voie de la rationalisation en acte ou celle de la tr
ivialisation, mais pas celle du changement d'attitude. Reste à
comprendre pourquoi. Il est probable qu'en présence d'une
1. Le recours à la méthode des juges nous a permis de nous assurer que cet
effet de trivialisation ne s'expliquait pas par une production d'arguments moins
convaincants en présence d'une source de fausse attribution qu'en l'absence
d'une telle source.
2. Une telle façon d'appréhender la trivialisation ne doit pas étonner. La
trivialisation revient chez Festinger lui-même (1957, p. 264) à réduire le taux
global de dissonance en diminuant l'importance d'un des éléments cognitifs
impliqués dans une relation de dissonance. D'ailleurs, déclarer que les argu
ments que l'on vient de trouver ne sont pas vraiment convaincants alors que
l'on doit, par consigne, des arguments convaincants est une façon de ne
pas assumer pleinement le comportement de soumission. Marie Amélie Martinie et Robert- Vincent Joule 520
source de fausse attribution, une grande partie de l'attention du
sujet soit captée par cette source. Si le sujet est ainsi décentré de
son comportement contrattitudinel, on peut comprendre qu'il
ne soit pas sensible au désaccord entre ce comportement et son
attitude privée et qu'il n'éprouve donc pas cet état d'éveil parti
culier qu'est l'état de dissonance. Il en irait certainement autre
ment si le sujet se trouvait centré sur son comportement
contrattitudinel juste avant le recueil de l'attitude post-
expérimentale (variable dépendante), c'est-à-dire au moment de
la mesure du travail de réduction de dissonance. C'est probable
ment ce qui se passe lorsque la variable dépendante concerne la
voie de la rationalisation en acte ou celle de la trivialisation. En
effet, les mesures de rationalisation en acte et de trivialisation
recentrent, nous semble-t-il, nécessairement le sujet sur son
comportement de soumission.
Dans les recherches visant à étudier le processus de rationa
lisation en acte, les sujets sont par exemple amenés à prendre la
décision de boire un verre de vin, nous l'avons vu, mais encore à
prendre la décision de se priver de tabac pendant dix-huit heu
res ou celle de sauter un repas avant de se voir proposer respec
tivement de bcirc im uerni-iitre de vin, de se priver de tabac
durant trois jours ou de sauter deux repas. Le taux d'ac
ceptation de cette requête (variable dépendante) permet alors
de mesurer la rationalisation en acte. Comment le sujet pourr
ait-il ne pas penser à la décision qu'il vient juste de prendre de
boire un verre de vin ou de se priver de tabac pendant dix-huit
heures ou encore de sauter un repas (comportements contratti-
tudinels) lorsqu'on lui propose respectivement de boire un
demi-litre de vin, de se priver de tabac durant trois jours ou de
sauter deux repas ?
De la même manière, dans les recherches visant à étudier le
processus de trivialisation, les échelles de trivialisation1 (varia
bles dépendantes) sont telles que le sujet ne peut que repenser à
son comportement contrattitudinel au moment où il est con
fronté à elles. Comment pourrait-il, par exemple, ne pas penser à
l'argumentaire qu'il vient de rédiger (comportement contratti
tudinel) lorsqu'on lui demande si les arguments qu'il vient
1. Depuis (Simon Greenberg et Brehm, 1995) la trivialisation est appré
hendée, dans la plupart des recherches, au travers d'un indice comportant
4 items. Changement d'attitude et fausse attribution 521
d'élaborer sont ou ne sont pas convaincants ou lorsqu'on lui
demande s'il accorde ou pas de l'importance au fait d'avoir
rédigé de tels arguments (mesures de trivialisation) ? Il semble
donc bien que les mesures de rationalisation en acte et de trivia
lisation recentrent de fait le sujet sur son comportement (com
portement est écrit deux fois) contrattitudinel.
En résumé, les résultats montrent qu'un sujet qui a été placé
en présence d'une source de fausse attribution dans le paradigme
de la soumission forcée peut emprunter la voie de la rationalisa
tion en acte (pour synthèse voir Joule, 1996 ; Beauvois et Joule,
1996) et celle de la trivialisation (voir Martinie et Joule, 2000 ;
Joule et Martinie, 2000).
Contrairement aux mesures de rationalisation en acte et de
trivialisation qui, nous venons de le voir, recentrent le sujet sur
son comportement de soumission, les mesures d'attitudes — telles
qu'elles sont habituellement pratiquées en tout cas — peuvent
permettre au sujet de faire l'économie d'une telle recentration.
Effectivement, tout est fait, d'un point de vue méthodologique,
pour que le sujet ne puisse pas établir de lien entre le comporte
ment que l'expérimentateur a su obtenir de lui et ses attitudes
privées. Dans nombre de recherches, par exemple, le contrattitudinel est obtenu par un premier expérimentat
eur, l'attitude post-expérimentale étant, quant à elle, recueillie
par un autre expérimentateur dans le cadre, soi-disant, d'une
nouvelle recherche n'ayant strictement rien à voir avoir avec la
première.
On conclura des développements précédents que dans les
situations de soumission forcée, la confrontation à une source de
fausse attribution n'a pas, durablement en tout cas, immunisé
les sujets contre la dissonance cognitive, sinon ces derniers
n'auraient pas eu besoin de recourir, dans les recherches qui
viennent d'être évoquées, à la voie de la rationalisation en acte
ou à celle de la trivialisation. Si la confrontation à une source de
fausse attribution n'a pas pour conséquence l'immunisation des
sujets, on devrait pouvoir, en les centrant sur leur comporte
ment contrattitudinel en phase post-expérimentale, retrouver le
changement d'attitude faisant traditionnellement défaut dans
les situations de fausse attribution. Cette hypothèse générale a
été testée dans une première expérimentation. Marie Amélie Martinie et Robert- Vincent Joule 522
EXPÉRIMENTATION 1
VUE D'ENSEMBLE
Dans un plan factoriel 2x2, les sujets (des étudiants et des étudiantes)
de Lettres de l'Université de Provence étaient amenés à rédiger des argu
ments favorables à une sélection pour entrer à l'Université. Tous les sujets
étaient déclarés libres d'accepter ou de refuser de rédiger l'argumentaire.
La moitié d'entre eux étaient informés qu'ils seraient, durant la recherche,
soumis à des ultrasons (source de fausse attribution), l'autre moitié ne rece
vant pas cette information (ultrasons vs sans ultrason). L'argumentaire
rédigé, la moitié des sujets étaient invités à lire à haute voix les arguments
trouvés et à les compter, l'autre pas (centration vs sans centration) . En
phase post-expérimentale, on mesurait l'attitude des sujets envers la sélec
tion. L'expérimentation comprend en outre deux groupes contrôles (hors
plan). Dans le premier (groupe contrôle 1), on mesurait simplement
l'attitude des sujets, dans le second (groupe contrôle 2), les sujets étaient
amenés, avant la mesure d'attitude, à rédiger l'argumentaire dans un
contexte de non-choix (situation de non-dissonance).
HYPOTHESES
Hypothèses préalables
Nous attendions un effet classique de dissonance en situation de sou
mission forcée standard : attitude plus favorable à la sélection en situation
sans ultrason/sans centration que dans les deux conditions contrôles (hypo
thèse préalable 1 et 1 bis). Nous attendions un effet classique de fausse
attribution en situation de fausse attribution standard : moindre change
ment d'attitude en situation ultrason/sans centration qu'en situation sans
ultrason/ sans centration (hypothèse préalable 2).
Hypothèses principales
Nous attendions un changement d'attitude dans la situation ultra
son/ centration. Autrement dit les sujets de cette situation devraient avoir
une attitude plus favorable à la sélection que les sujets des deux conditions
contrôles (hypothèse principale 1 et 1 bis) et que les sujets de la situation de
fausse attribution standard, c'est-à-dire de la situation ultrason/sans centra
tion (hypothèse principale 2). En d'autres termes, en présence d'une source
de fausse attribution, nous nous attendions à retrouver l'effet classique de
dissonance chez les sujets qui ont été recentrés sur leur comportement con-
trattitudinel. Changement d'attitude et fausse attribution 523
SUJETS
II s'agit de 120 étudiants (hommes et femmes) de premier cycle de
l'Université de Provence, n'effectuant pas de cursus de Psychologie. 80
d'entre eux ont été affectés aléatoirement dans les quatre situations expéri
mentales et 40 d'entre eux dans les deux conditions contrôles. Sur les
80 sujets expérimentaux, 2 sujets ont dû être éliminés : un en situation cen-
tration/ 'ultrason pour avoir refusé de s'exposer aux ultrasons et un autre en
situation centrationl sans ultrason pour avoir refusé de rédiger l'essai con-
trattitudinel. En définitive, n = 19 dans la situation centrationl ultrason et
dans la situation centrationl sans ultrason et n — 20 dans les deux autres
situations expérimentales. Aucun des 20 sujets du groupe contrôle 1 ne dut
être éliminé. En revanche, un sujet du groupe contrôle 2 refusa d'écrire
l'argumentaire, par conséquent n — 19 dans cette condition contrôle.
MÉTHODE
Les sujets étaient recrutés sur le campus universitaire, pour prendre
part à une recherche non rémunérée, d'une durée de dix minutes environ,
censée porter sur la question de la sélection pour entrer à l'Université. Ce
n'est qu'au laboratoire que les sujets ayant bien voulu suivre l'expér
imentateur étaient informés de ce qui était précisément attendu d'eux. La
passation était individuelle.
SITUATION 1 : SANS ULTRASON / SANS CENTRATION
Cette situation correspond à une situation standard de soumission
forcée. Une fois le sujet installé dans le laboratoire, l'expérimentateur
disait : « Tu sais peut-être que la sélection pour entrer à l'Université est une
question plus que jamais d'actualité. La meilleure façon d'aborder un objet
de polémique est de demander aux personnes concernées leur avis, notam
ment leurs arguments pour ou contre la sélection. Je demande donc aux étu
diants de me donner leurs arguments. J'ai maintenant assez d'arguments
contre la sélection pour entrer à l'Université, mais j'ai encore besoin
d'arguments pour. Je te demande donc de me fournir uniquement des argu
ments pour la sélection pour entrer à l'Université. Evidemment, tu es libre
d'accepter ou de refuser. » Puis — en cas d'acceptation — l'expérimentateur
donnait au sujet une feuille sur laquelle était écrit en gros caractères la
phrase : Pour la sélection pour entrer à l'Université suivie de 10 tirets placés
les uns au-dessous des autres. S'étant assuré que le sujet avait bien de quoi
écrire, il disait : « Tu es prêt, on va commencer, tu disposes de cinq minut
es. » Les cinq minutes écoulées, l'expérimentateur récupérait l'argument
aire et procédait au recueil de la VD. Il invitait alors le sujet à se situer sur
une échelle d'appréciation en 9 points allant de 1 (totalement défavorable)
à 9 (totalement favorable) au-dessus de laquelle était écrit : « En ce qui
concerne la sélection pour entrer à l'Université, je suis personnellement. » Marie Amélie Martinie et Robert- Vincent Joule 524
SITUATION 2 : SANS ULTRASON / CENTRATION
Cette situation est identique à la situation 1, mais avant de recueillir
la VD, l'expérimentateur disait : « Peux-tu lire à haute voix tes argu
ments ? » Après lecture, il disait : « Pour toi, il y a combien d'argu? » L'expérimentateur attendait que le sujet ait donné un nombre
avant de dire : « Peux-tu écrire sur ta feuille le nombre d'arguments que tu
as trouvés ? »
SITUATION 3 : ULTRASON / SANS CENTRATION
Cette situation correspond une situation de fausse attribution stan
dard. Elle est strictement identique à la situation 1, mais l'exp
érimentateur faisait croire au sujet qu'il serait, durant la recherche, soumis
à des ultrasons censés chasser les souris du laboratoire, mais présentant
l'inconvénient de provoquer chez l'homme un état de tension désagréable.
Ici, l'expérimentateur disait : « Je dois d'abord te dire quelque chose.
Cette salle permet d'entreposer du matériel, et on s'est rendu compte qu'il
y avait des souris. On a rien contre les souris, mais elles détériorent le
matériel. Alors on a été obligé d'agir en conséquence. On utilise, en fait,
cet appareil dont la fonction est J'émettre des ultrasons qui éloignent les
souris (l'expérimentateur montrait une sorte d'oscilloscope avec des lumiè
res rouges et vertes clignotantes). Ces ultrasons ne sont évidemment pas
nocifs pour la santé, mais ils peuvent engendrer un état de tension,
d'énervement. Ne t'inquiète donc pas si tu te sens un peu tendu... c'est
l'appareil. De toute façon ta tension se dissipera très vite en sortant de
cette pièce. »
SITUATION 4 : ULTRASON/CENTRATION
Cette situation est identique à la situation 2, mais l'expérimentateur
faisait croire au sujet qu'il serait soumis à des ultrasons.
Condition contrôle 1 (hors plan)
Dans cette première condition contrôle, les sujets devaient dès leur
arrivée au laboratoire se situer sur l'échelle relative à la sélection pour
entrer à l'Université, leur participation à la recherche s'arrêtant là.
Condition contrôle 2 (hors plan)
Dans cette seconde condition contrôle, la procédure est strictement
identique à celle de la situation expérimentale 1 (sans ultrason / sans cen-

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