Chronique (H. P.) - compte-rendu ; n°1 ; vol.43, pg 829-844

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L'année psychologique - Année 1942 - Volume 43 - Numéro 1 - Pages 829-844
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1942
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Henri Piéron
Chronique (H. P.)
In: L'année psychologique. 1942 vol. 43-44. pp. 829-844.
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Piéron Henri. Chronique (H. P.). In: L'année psychologique. 1942 vol. 43-44. pp. 829-844.
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retardée Bien que jusqu'en ce tome 1947, soit consacré nous fait aux un devoir années de 1942 ne pas et 1943, arrêter sa notre parution, chro
nique à ces années déjà lointaines. Dans le tome double précédent, nous
avions rendu compte des événements psychologiques jusqu'à la fin de
1944, événements constitués surtout par des disparitions hélas bien nomb
reuses. Et, cette fois encore la grande faucheuse, continuant son œuvre
néfaste, se charge d'alimenter d'une funèbre liste notre revue rétrospective.
NÉCROLOGIE
I. — France
— G. Dumas (6 mars 1866-13 février 1946). — C'est au seuil de
sa quatre-vingtième année que Georges Dumas a été emporté dans
sa petite ville de Lédignan où il séjournait depuis 1939, n'ayant fait
depuis lors que de rares apparitions à Paris, souffrant d'une gêne de
la marche et d'une cécité dont une opération tardive venait de le
débarrasser en partie, sans que sa magnifique sérénité se soit trouvée
à aucun moment atteinte.
Élève de l'École Normale Supérieure en 1886, agrégé de philoso
phie en 1889, étudiant en médecine, docteur en 1896 avec une
thèse sur les États intellectuels dans la mélancolie, professeur au Collège
Chaptal (1894-1902), chef du laboratoire de psychologie de la clinique
des maladies mentales de la Faculté de Médecine en 1897 (et jusqu'à
sa retraite), docteur es lettres en 1900 avec une thèse principale sur
la Tristesse et la Joie, successeur de Pierre Janet comme chargé de
cours de psychologie expérimentale à la Faculté des Lettres, titularisé
en 1912, membre de l'Académie de Médecine en 1926, de l'Académie
des Sciences morales en 1932, membre d'honneur de presque toutes
les Académies de l'Amérique du Sud, G. Dumas a eu une carrière
toute droite et singulièrement bien remplie, sans que sa retraite
en 1936 ait interrompu son activité.
Fondateur, avec Pierre Janet, du Journal de Psychologie normale
et pathologique, Secrétaire général, puis Président de la Société
française de Psychologie, il dirigea un Traité de Psychologie, élaboré
avant la première guerre mondiale, paru en 1923-1924, vite épuisé
et repris sous une forme élargie comme Nouveau Traité de Psychologie,
dont la 2e guerre mondiale a retardé l'achèvement (t. I en 1930,
t. 7 et 8 en cours).
L'œuvre psychologique de G. Dumas, orientée par Ribot vers la
pathologie mentale, où ses qualités de finesse et de pénétration, de
sympathie humaine, d'autorité naturelle, lui permettaient une. CHRONIQUE 830
analyse puissante et profonde, est large et solide. Il alliait un talent
littéraire d?exposition à un souci de rigueur scientifique qui lui faisait
fréquenter les laboratoires de physiologie et consulter toujours les
compétences les plus sûres.
Il s'était particulièrement intéressé à l'affectivité, qui joue un si
grand rôle dans les maladies mentales, et aux émotions dans leurs
formes d'expression et dans leur nature profonde. Il avait traduit
en 1895 le libre de Lange sur les -Émotions où était développée la
théorie périphérique, en 1903 le livre de William James sur la Théorie
de rémotion, très voisine de celle de Lange. Après ses thèses, il publiait^
en 1906, sur Le Sourire et V expression des émotions, un petit ouvrage
resté classique, et il rédigea les chapitres sur les émotions dans ses
deux Traités.
Il préparait un Traité complémentaire de Psychopathologie, et peu
avant sa mort, il corrigeait les épreuves de son ouvrage longuement
médité sur Le Surnaturel et les Dieux.
Dès 1906, il avait consacré une étude pénétrante à Saint-Simon
et Auguste Comte (Psychologie de deux Messies positivistes), dans
un esprit d'analyse psychopathologique.
Au cours de la guerre de 1914, où il s'était engagé comme aide-
major, il fit de nombreuses observations sur les troubles mentaux
de guerre, dont il tira un ouvrage sur Troubles mentaux et troubles
nerveux de guerre (1919), à côté d'un petit livre, avec H. Aimé, sur
Névroses et Psychoses de guerre chez les Austro-Allemands (1918).
Ses leçons cliniques à Sainte-Anne avaient eu un extraordinaire
succès, et par elles, une influence profonde s'est exercée, non seul
ement sur les jaunes philosophes, mais sur de nombreux littérateurs.
Comment ne pas rappeler l'influence étonnante qu'il exerça dans
tous les pays de l'Amérique latine et particulièrement au Brésil, où
son humanisme profondément imprégné de latinité trouvait pleine
audience. Il avait été fait citoyen d'honneur de Rio de Janeiro et
en était légitimement fier.
— Ed. Toulouse. — Du même âge à peu près que Georges
Dumas, Ed. Toulouse est décédé à 82 ans, le 19 janvier 1947, d'une
affection pénible qu'il subissait avec la calme sérénité qui le caractér
isait. Esprit indépendant, soucieux de rationalité et d'ordre, indif
férent aux honneurs^ épris du seul succès de ses idées, et de la réalisa
tion de ses projets, dont il abandonnait volontiers aux autres les
avantages, il aurait été facilement ignoré dans les coulisses où il se
tenait obstinément, s'il n'était pas entré en contact avec le grand
public par ses articles du Journal qui avaient eu un retentissement
se traduisant par des afflux impressionnants de missives de ses
lecteurs qui cherchaient en lui un conseiller et un guide. Les recueils
de ses articles pleins à la fois de sagesse et d'audace, admirablement
écrits, constituent une remarquable série dß volumes.
Il était arrivé très vite comme chef de service à l'Asile de Villejuif
et avait obtenu du directeur de l'Enseignement supérieur, Louis Liard,
éminemment compréhensif, que lui fût confiée la direction d'un
Laboratoire de Psychologie expérimentale auprès de l'ÉcoLe Pratique
des Hautes Études. C'est en 1900 que j'étais devenu son collabora- .
CHRONIQUE *831
teur dans ce Laboratoire où je restais auprès de lui jusqu'en 1912r
et notre amitié resta toujours très étroite.
Préoccupé de la question du génie et de ses rapports éventuels
avec la folie. Ed. Toulouse 'avait entrepris très tôt des enquêtes auprès
de quelques grands hommes, Emile Zola, Henri Poincaré, le sculp
teur Dalou, etc., et il «n publia partiellement les résultats (Emile
Zola, 1897 ; Henri Poincaré, 1909). Mais il s'était aperçu que les
méthodes d'investigation n'étaient pas suffisamment précises pour
ces applications à la psychologie différentielle. Aussi nous demanda-
t-iü, à N. Vasohide et à moi-même, d'élaborer avec lui cette Technique
de Psychologie expérimentale dont la lre édition parut en 1904, et
qui joua un rôle important pour le progrès en France de la Psycho
technique.
Son^ effort pour le développement .de la prophylaxie mentale a eu
également en France des résultats féconds. Fondateur de la Ligue
d'Hygiène mentale, créateur du premier service ouvert de Psychiatrie
à l'Hôpital Henri-Rousselle, entouré de laboratoires parmi lesquels
celui ;de psychologie appliquée dirigé par J.-M. Lahy, il a montré
tout ce que le traitement et la prévention des maladies mentales
pouvaient tirer des techniques scientifiques. La réunion de ses
laboratoires en un Institut de l'École Pratique des Hautes Études,
sa participation à un d'Université, lui donnèrent une parti
culière autorité.
Il fonda une série de Sociétés, de Sexologie avec Simonnet, de
Biotypologie avec H. Laugier, et il projetait encore une Société de
Gérontologie, pour le développement des études sur la vieillesse qui
viennent justement de prendre, aux États-Unis, une place de premier
plan.
Remueur d'idées, mais préoccupé de faire passer dans le plan
des applications sociales les progrès obtenus par les recherches scienti
fiques, Ed. Toulouse a certainement joué en France un rôle dont on
n'a généralement pas soupçonné toute l'étendue et la portée.
— C'est très prématurément, à l'âge de 49 ans, que Dagmar
Weinberg a été emportée de façon presque foudroyante, le
15 novembre 1946, après avoir eu sa santé ébranlée par les obligations
d'une vie clandestine au cours des années d'occupation.
Elle avait fait ses études aux Universités de Moscou et de Berlin
de 1916 à 1920 avant de venir à Paris où, après avoir obtenu la
licence de philosophie et le diplôme de psychologie appliquée', elle
était entrée, comme collaboratrice de Toulouse et de Lahy au
Laboratoire de Psychologie du Service de Prophylaxie mentale, puis
H. Laugier lui avait confié le Laboratoire psychotechnique des
Chemins de fer de l'État à Viroflay, et bientôt aussi le Laboratoire
de Biométrie du Centre national de la Recherche scientifique. Sa
connaissance des langues, le polonais, le russe, l'allemand, l'anglais,
lui permettait de se tenir au courant de la littérature internationale,
et d'avoir des contacts féconds avec les savants étrangers dans les
réunions internationales, et en particulier dans les conférences de
psychotechnique. Elle assurait, comme secrétaire, la publication de
la revue Biotypologie. Ses recherches de psychologie appliquée étaient 832* CHRONIQUE
élaborées avec la rigueur de la statistique mathématique, et se déve
loppaient dans le sens de nouvelles méthodes de tests adaptées aux
buts multiples qu'elle poursuivait : sélection, apprentissage, orienta
tion scolaire. Ses travaux de docimologie avec H. Laugier resteront
comme des documents solides, de valeur définitive (« Le facteur subject
if dans les notes d'examen», Année Psychologique, 1927 et 1930. —
La Correction des épreuves écrites, 1936, et Recherches sur la solidarité
et V indépendance des aptitudes intellectuelles, 1938, publication de la
Commission Carnegie).
— Maurice Halbwachs venait d'être appelé au Collège de
France pour occuper une chaire de psychologie collective quand il
fut arrêté par les Allemands en 1944, et déporté à Buchenwald où
il devait mourir en mars 1945.
Élève de Durkheim, mais plus préoccupé de problèmes actuels
dans nos civilisations modernes, que d'études sur les peuples primitifs,
il se livra à des études de sociologie économique et de psychologie
sociale. C'est aux facteurs sociaux qu'il ramenait Les Causes du suicide
{livre de 1930). Son ouvrage sur Les Cadres sociaux de la mémoire (1925)
était destiné à montrer l'insertion des actions sociales dans les méca
nismes mentaux que l'on n'a l'habitude d'envisager que dans le
cadre de l'individu. Soucieux de précision il avait développé l'usage
des méthodes statistiques.
Né en 1877, ancien élève de l'École Normale, agrégé de philoso
phie, docteur en droit et docteur es lettres, il avait enseigné la socio
logie à l'Université de Strasbourg, puis à la Sorbonne, après avoir
suppléé Simiand au Conservatoire National des Arts et Métiers.
— André Tilquin, agrégé de philosophie, avait été l'élève de
Guillaume et s'était orienté vers la psychologie objective. Ses thèses,
très remarquables, de 1942, sur le Behaviorisme, dont il avait pour
suivi une pénétrante analyse, et sur La Toile géométrique des Araig
nées, résultat d'expériences prolongées ingénieuses et patientes,
permettaient de compter sur lui comme sur un maître. Il venait
d'entrer dans l'enseignement supérieur, à la Faculté des Lettres
de Grenoble, quand, à la sortie d'un de ses cours, il succomba à
un arrêt subit du cœur, à l'âge de 55 ans, le 4 mai 1945.
— Deux des collaborateurs de L'Année Psychologique Al. Chweit-
zer, attaché de recherches au Centre national de la Recherche, et
Mme Goldman, ont été victimes de la barbarie allemande ; le premier,
arrêté- quand il participait activement à la résistance, a disparu
depuis le 23 mai 1944, sans qu'on ait plus eu aucune nouvelle ; la
seconde, déportée à Auschwitz, fut passée au four crématoire.
— Parmi les victimes de l'occupation figure le philosophe
Georges Politzer, dont, les conceptions originales se trouvaient
«xposées dans son livre, qui eut un grand retentissement, Critique
des Fondements de la Psychologie ; et dans les deux numéros qui paru
rent de la Revue de concrète qu'il avait fondée (1928-1929).
Il fut fusillé comme otage au Mont- Valerien le 23 mai 1942, avec
■d'autres intellectuels communistes. Fils d'un médecin hongrois
(né le 3 mai 1903), venu en France en 1930, agrégé de philosophie
-en 1926, c'était une intelligence originale et extrêmement brillante. CHRONIQUE é'S'é
■ — H. Roger, ancien doyen de la Faculté de Médecine de Paris,
esprit très largement ouvert, et rationaliste convaincu, après avoir
été professeur de pathologie générale et de physiologie — dirigeant
avec L. Binet la publication d'un important Traité de Physiologie
en 12 volumes — , s'était pendant sa retraite penché sur les questions
psychologiques. Il avait publié en 1941 une Physiologie de l'instinct
et de l'intelligence dans la Bibliothèque de Philosophie scientifique.
Ses Éléments de Psychologie physiologique parurent au moment même
de sa mort, survenue en avril 1946, à l'âge de 86 ans.
— Maurice Dide est mort dans un camp d'Allemagne où il avait
été déporté, il était né le 3 juin 1873. Docteur es lettres, médecin
des Asiles, chargé de cours de psychologie pathologique à l'Université
de Toulouse, il avait été à Rennes le collaborateur de Bourdon.
Parmi ses publications, on peut citer ses livres sur Les Idéalistes pas
sionnés (1913), Les Émotions et la Guerre (1917), et son Introduction
à l'étude de la Psychogénèse (1926).
— C'est également au cours de sa déportation à Auschwitz qu'est
décédé, à l'âge de 66 ans, en 1945, le Pr Lévy-Valensi qui venait
de succéder dans la chaire de clinique des maladies mentales de
Paris, au Pr H. Claude, mort à son tour le 29 novembre 1945.
D'autres neurologistes et psychiatres ont disparu pendant les mêmes
années, comme Achille Souques (6 février 1860-25 décembre 1944),
un des derniers élèves de Charcot, Jean Abadie (le 24 mars 1946),
ancien professeur de clinique des maladies mentales à Bordeaux,
Jules Froment (juin 1946), professeur de clinique médicale à Lyon,
connu surtout pour ses travaux de psychopathologie du langage, les
médecins d'asile Roger Dupouy (9 juillet 1945), à l'âge de 68 ans,
Hebri Meuriot, Halberstadt et Jacques Vie, secrétaire général
de la Société Médico-Psychologique, en 1946.
— Nous signalerons encore les décès du pédagogue Félix Pecaut
(24 avril 1946), du sociologue Gaston Richard (décédé à l'âge
de 95 ans en 1945), du Dr Robert Faillie, chargé du cours de phys
iologie du travail au Conservatoire national des Arts et Métiers, âgé
de 50 ans seulement (3 novembre 1945), du biologiste Métalnikoff
(octobre 1946), de l'Institut Pasteur, qui avait mis en évidence des
réflexes conditionnels chez les Protozoaires et dans les processus
d'immunité, de l'ingénieur Lacape (septembre 1946), qui avait
poursuivi des recherches sur l'analyse des électrencéphalogrammes,
de Mme Marguerite Combes, née Bonnier (20 novembre 1946),
qui avait consacré une série d'études à la psychologie sociale des
fourmis.
II. — Grande-Bretagne
— Ch. Spearman. — En septembre 1945 est décédé à l'âge d^
82 ans un des psychologues dont la réputation mondiale était la
plus grande et l'influence la plus profonde, et qui maintenait sans
défaillance une activité scientifique féconde.
Spearman était né à Londres le 10 septembre 1863. Il avait
commencé sa carrière dans l'armée, ce qui, disait-il, avait été la
grande erreur de sa vie. Préoccupé des problèmes philosophiques,
l'année psychologique, xuh-xliv 53 834 CHRONIQUE
il avait commencé déjà, comme officier, dans diverses garnisons,
des études de morale et de psychologie. Puis il avait été à Leipzig
se mettre à l'école de Wundt. En 1900, rappelé comme commandant
militaire à Guernesey, il entreprit ses premières recherches expéri
mentales sur des écoliers, avec application de méthodes statistiques,
dont il développa les techniques avec beaucoup de force et d'original
ité, en utilisant le calcul de corrélations, mettant au point la méthode
fondée sur les rangs qui permet de dégager un coefficient qui porte son
nom.
Professeur au Collège de l'Université de Londres, de 1911 jusqu'à
sa retraite (après y avoir été lecteur de 1906 à 1911), ancien président
de la British Psychological Society, membre de la Royal Society,
il a publié quelques ouvrages fondamentaux, dans lesquels il a déve
loppé sa conception sur les mécanismes de la pensée et la nature de
l'intelligence (The nature of intelligence and the principles of cognit
ion, 1923. A measure of intelligence, 1925. The abilities of Man, 1927,
traduit en français sous le titre Les Aptitudes de V Homme). Il pour
suivait, avec la collaboration de divers chercheurs, des travaux
étendus d'application de tests et d'élaboration statistique au sujet
de la place et de la nature du facteur général qu'il avait mis en
évidence, et ses conclusions dernières ont paru dans un article pos
thume du British Journal of Psychology.
Vif, ardent, d'une exquise courtoisie, Ch. Spearman était un char
mant compagnon, resté merveilleusement jeune.
— C. S. Myers. — - Le 12 octobre 1946, survenait, assez brus
quement, d'une pneumonie, le décès du fondateur et directeur
honoraire du National Institute of Industrial Psychology, qui
a joué un si grand rôle pour le développement de la psychologie
appliquée en Angleterre, et dont on venait de fêter en sa présence
le 25e anniversaire.
Élève de l'Université de Cambridge en 1891, Myers devint
docteur en médecine en 1901 et docteur es sciences en 1909. Profes
seur au King's College à Londres en 1901, il retourna comme lecteur
de psychologie expérimentale à l'Université de Cambridge en 1906,
et y resta jusqu'en 1922, quand il prit la direction de son Institut
à Londres. Il fut psychologue consultant aux armées avec le grade
de lieutenant-colonel pendant la guerre de 1914-1919. Éditeur du
British Journal of Psychology, de 1911 à 1924, il fut le premier
président de la British Psychological Society, et présida, à Oxford,
le VIIe Congrès international de Psychologie, en 1923. Il était membre
de la Royal Society.
Ses premiers travaux furent consacrés à la psychophysiologie
sensorielle et à l'anthropologie ; il participa à la grande expédition
de Cambridge au détroit de Torres en 1900, s'intéressant dès lors
aux problèmes d'ethnologie et de sociologie, et en particulier à la
musique primitive, à laquelle il a consacré de nombreuses publications
et deux livres (en 1911 et 1913). Mais, en même temps, il enseignait
la psychologie expérimentale avec travaux de laboratoire, publiant
deux excellents ouvrages : A Text- Book of experimental Psycho
logy (1909) ; An Introduction to experimental Psychology (1911). Puis .
' 835 CHRONIQUE
il s'adonna entièrement aux applications de la psychologie, médic
ales et industrielles. On peut citer, dans cette direction, les livres
suivants : Present day Applications of Psychology (1918) ; Mind
and Work (1921) ; Industrial Psychology in Great Britain (1925) ;
Ten Years of Industrial (1932) ; Shell-shock in France
1914-1915 (1940).
Il a donné son autobiographie dans le 3e volume publié par
Murchison en 1936, de V History of Psychology in Autobiography.
Myers avait, avec son flegme bien britannique, une netteté et une
franchise éminemment sympathiques ; c'était un ami dévoué et
fidèle.
- — Fr. Aveling, décédé en 1941, à l'âge de 66 ans, avait fait ses
études à l'Université de Louvain où il avait passé le doctorat en
philosophie. Il était venu en 1922 comme lecteur au King's College,
à Londres, où il fut nommé ensuite professeur. Il avait étudié les
processus supérieurs de pensée et les phénomènes de volition et de
conation. Sa thèse de Louvain était consacrée à une théorie du pro
cessus cognitif expérimentalement éprouvée. Il a publié en 1927
The Mind et Directing mental energy.
— L'éditeur, de 1920 à 1936, du British Journal of Medical
Psychology, Th. W. Mitchell, est décédé en 1944, à l'âge de 75 ans,
II s'intéressait particulièrement aux dédoublements de personnalité,
et fut président de la « Society for Psychical Research ». Il a publié
plusieurs ouvrages : The Psychology of Médecine (1921) ; Medical
Psychology and Psychical Research (1922) ; Problems in Psychopa-
thology (1927).
— Sir Percy Nunn (28 décembre 1870-12 décembre 1944),
avait été un des fondateurs de la British Psychological Society, dont
il présida à ses débuts la section d'éducation. Il publia, en 1920,
son ouvrage fondamental : Education, its data and first principles.
— C'est un tout jeune collaborateur de Bartlett au Laboratoire
psychologique de Cambridge, qui a succombé des suites d'un accident
le 7 mai 1945 : Kennet J. W. Craik, n'avait que 31 ans. Docteur
en 1940, on lui doit 78 travaux à partir de 1937, la plupart poursuivis
en accord avec l'effort de guerre de la science anglaise, sur la vision
principalement (liste donnée dans le British Journal of Psychology,
t. 36, p. 116). On était en droit de fonder sur lui les plus grands espoirs.
— Signalons encore la mort à Sydney en août 1944, du philo
sophe G. F. Stout, qui fut l'éditeur de Mind de 1892 à 1920, et,
en 1941, celle de Sir Oliver Lodge (né le 12 juin 1851), bien connu
pour sa participation aux recherches métapsychiques en lesquelles
il avait foi.
III. — États-Unis
— E. B. Delabarre (25 septembre 1863-16 mars 1945), avait
été l'élève de Brown University (1882-1883), avant d'aller à Berlin
pour revenir à Harvard (1888-1890) et retourner encore en Europe,
devenant docteur de l'Université de Fribourg (1891) et passant une 836 CHRONIQUE
année au Laboratoire de Psychologie de la Sorbonne où il poursuivit
des recherches sur l'influence que l'attention exerce sur les phéno
mènes respiratoires (Revue Philosophique, t. 17, p. 639).
Il donna à la lre Année Psychologique (1894) une étude d'ensemble
sur les laboratoires de psychologie en Amérique. Il publia ensuite
des recherches diverses de à l'Université Brown, où il
rentra comme professeur associé, puis (1896), comme professeur
titulaire de psychologie jusqu'à sa retraite, après avoir dirigé une
année le Laboratoire de Psychologie de l'Université Harvard.
— En octobre 1945, W. B. Cannon, le célèbre professeur de
physiologie de la Harvard Medical School, à Boston, est décédé, à
l'âge de 74 ans (né le 19 octobre 1871). Ses travaux essentiels sur la
psychophysiologie des émotions sont bien connus, et l'on peut consi
dérer comme un ouvrage fondamental, en ce domaine, son livre :
Bodily changes in pain, hunger, fear and rage, dont la lre édition date
de 1915. On sait qu'il donnait à l'adrénalinémie, dans l'émotion,
un rôle fonctionnel de premier plan et considérait l'émotion comme
un véritable instinct viscéral.
— J. M. Fletcher (1873-1944), un maître de l'acoustique, a
consacré, dans les laboratoires de la Bell Telephone Cy, un magnifique
ensemble de recherches aux questions du mécanisme psychophysiol
ogique de l'audition.
— En 1945, Clarence Stone Yoakum est décédé. Après avoir
enseigné la psychologie appliquée au Carnegie Institute of Techno
logy (1919-1924), il devint professeur à l'Université de Michigan
où il enseignait le « Personnel Management », collaborateur de
Bingham au Journal of Research. Il avait été conduit à
la psychologie appliquée, après diverses recherches, en particulier
de animale, et un séjour (1906-1918) à l'Université du
Texas comme chef du département de philosophie et psychologie,
par sa collaboration active à l'élaboration des méthodes de sélection
dans l'armée américaine dans la guerre de 1914. Il publia avec
Yerkes en 1920 le livre bien connu : Army mental tests.
— John J. B. Morgan (23 août 1888-16 août 1945), de la
Northwestern University, où il avait institué une clinique psychol
ogique, s'était occupé des anormaux, publiant plusieurs ouvrages
sur la question (The Psychology of the unadjusted school Child, 1914.
The Psychology of abnormal people 1928).
— W. V. Richmond (30 juillet 1876-5 juillet 1945), de l'Hôpital
Sainte-Elisabeth à Washington, était un psycho-clinicien, qui s'inté
ressait à l'adolescence ; il publiait en 1927 The adolescent girl.
— Zoologiste à qui l'on doit de belles études expérimentales
sur le rôle de l'homochromie chez les poissons, F. B.. Sumner
(1er août 1874-6 septembre 1945), enseignait la biologie à l'Institut
océanographique de l'Université de Californie.
— Signalons encore la mort prématurée, en 1944, de R. R. Wil-
loughby (né le 20 avril 1896), de Clark University qui avait été le
collaborateur de Hunter pour l'édition des Psychological Abstracts,
et la disparition à l'âge de 69 ans, le 23 juillet 1941, du biologiste CHRONIQUE 837
G. A. Coghill, qui a consacré d'importantes études au développement
des réflexes, dans la vie embryonnaire, et a publié en 1929 un impor
tant ouvrage : Anatomy and the problem of Behavior.
IV. — Autres pays
— En Belgique, le vénérable Van Biervliet qui avait été pro
fesseur à l'Université de Gand et avait publié des recherches expéri
mentales sur la mémoire, est décédé le 27 juin 1945, à l'âge de 86 ans.
— En Hollande, Mme Biegel, qui dirigeait le Laboratoire psycho
technique du Service des Postes à Amsterdam, s'est suicidée pendant
l'occupation dans le camp de concentration où elle était détenue,
au moment où elle allait être déportée en Allemagne.
— En Tchécoslovaquie, au cours de l'occupation, sont décédés
le Pr Seracky, qui dirigeait les services psychotechniques de Prague,
et avait présidé la VIIe Conférence internationale de Psychotech
nique dans cette ville en 1934, et le professeur de neuro-psychiatrie,
Ladislas Haskovec (mort le 16 janvier 1944), ancien élève à
Paris de Charcot et de Gîey, qui avait présidé en 1930, à New- York,
le Ier Congrès international d'Hygiène mentale.
— En Suisse, est mort le 17 décembre 1944 Otto Veraguth
(né le 13 mai 1870) qui fut élève à Paris, en 1896, de Charcot, Brissaud
et Pierre Marie, président d'honneur de la Société suisse de Neurolog
ie, dont l'ouvrage de 1908, Das psycho galvanische Reflex-phänomen
est resté célèbre.
— En Italie, on a signalé la mort, le 16 septembre 1941, du
professeur de physiologie de Gênes Pietro Tullio, dont les recherches
sur les fonctions de l'oreille ont fait l'objet d'un livre bien connu
{VOrecchio, 1928), celle de l'ingénieur Enrico Gatti (1861-1941), qui
avait consacré des études à la psychologie appliquée, de A. Filippini
(1874-1942), psychotechnicien des Chemins de fer, qui avait participé
au Congrès international de Psychologie de Paris, en 1937, et Cesare
Colucci (1865-1942), qui avait dirigé l'asile de Naples et enseigné
la psychologie expérimentale et la psychologie pédagogique à l'Uni
versité de cette ville, successeur de de Sanctis à la présidence de la
Societa italiana di Psicologia.
— En Hongrie le célèbre Pr Paul Ranschburg de Budap
est (né le 3 janvier 1870), qui menait une vie retirée à la suite
des persécutions raciales, a été tué au cours d'un bombardement.
Son œuvre expérimentale, en particulier dans l'étude de la mémoire,
a été considérable. Il avait collaboré au volume jubilaire en l'hon
neur de Th. Ribot.
— Le Pr Kurt Huber, de l'Université de Munich (né le
14 octobre 1893), qui avait publié des recherches psychologiques sur
la musique et des études sur la théorie des voyelles, a été exécuté
en 1943, pour avoir participé à une conspiration contre le nazisme,
et le philosophe Cassirer, dont les belles études sur la pensée
et le langage étaient bien connues en France par sa collaboration
au Journal de Psychologie est mort en exil.
l'année psychologique, xliii-xliv 53*

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