Code imagé et traitement séquentiel - article ; n°3 ; vol.86, pg 329-347

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L'année psychologique - Année 1986 - Volume 86 - Numéro 3 - Pages 329-347
Summary : Imaged coding and serial processing.
The superiority of pictures on words in memory tasks is often reversed when serial recall and serial reconstruction are used. It is generally admitted that this result indicates that image coding is processed by a non sequential processing system contrary to verbal coding. Exp. I Partly replicated this result (with presentation times from 120 ms to 1920 ms). Nevertheless, pictures are not recalled worse (in order) than words on shorter times (contrary to the classical results of Paivio et Csapo, 1969) and serial recall seems to interfere with free recall capacity. So Exp. II was conducted to test the hypothesis that some specific strategies are involved when the recall is serial ; learning is probably necessary for the subjects to develop these strategies. The results indicate that with training, pictures are superior to words above 480 ms with serial recall and serial reconstruction as in free recall. In Exp. III, vocalization conditions during memorization and the lexical characteristics of items were controlled because lexical (and auditory) coding was suspected to improve serial storage. Results show that with loud voice vocalization, serial recall is superior for pictures than for words and the same result is obtained with vocalization suppression. These results do not support the hypothesis of a non sequential system for the processing of pictures. Sequential processing seems to be more a matter of specifie strategies.
Key words : processing of order, imaged coding.
Résumé
La supériorité des dessins sur les mots dans des tâches de mémoire paraît le plus souvent inversée lorsque le rappel ou la reconnaissance porte aussi sur l'ordre des informations ; on admet généralement que ce résultat indique que le code imagé correspond à un système de traitement non séquentiel de l'information contrairement au code verbal. L'expérience I montre effectivement que les dessins ne sont plus supérieurs aux mots en rappel dans Vordre (pour des temps de présentation allant de 120 ms à 1 920 ms) ; cependant les dessins ne sont pas inférieurs aux mots aux temps courts (contrairement aux résultats classiques de Paivio et Csapo, 1969) et la consigne de rappel dans l'ordre semble interférer avec la capacité de rappel. L'expérience II est basée sur l'hypothèse que des stratégies particulières sont utilisées pour le stockage dans l'ordre et qu'un apprentissage est nécessaire ; les résultats indiquent cette fois une supériorité des dessins sur les mots dès le temps de 480 ms en rappel dans l'ordre et en reconstitution dans l'ordre, comme en rappel libre. Dans l'expérience III, on contrôle à la fois des conditions de vocalisation lors de la présentation et des caractéristiques lexicales des items, avec l'idée que le code lexical pourrait être un code essentiel dans le stockage de l'ordre des informations : on trouve en effet que la verbalisation à voix haute des dessins rend leur rappel dans l'ordre très efficace par rapport aux mots, mais on trouve également qu'en condition de suppression de la vocalisation (tâche de concurrence verbale) les dessins restent nettement mieux rappelés dans l'ordre que les mots. Ces résultats ne confirment pas l'hypothèse d'un système de traitement non séquentiel pour le codage des dessins. Le traitement séquentiel parait être plus une question de stratégie que de système de traitement.
Mots clés : traitement séquentiel, code imagé.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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Alain Lieury
Françoise Calvez
Code imagé et traitement séquentiel
In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°3. pp. 329-347.
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Lieury Alain, Calvez Françoise. Code imagé et traitement séquentiel. In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°3. pp. 329-347.
doi : 10.3406/psy.1986.29153
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1986_num_86_3_29153Abstract
Summary : Imaged coding and serial processing.
The superiority of pictures on words in memory tasks is often reversed when serial recall and serial
reconstruction are used. It is generally admitted that this result indicates that image coding is processed
by a non sequential processing system contrary to verbal coding. Exp. I Partly replicated this result (with
presentation times from 120 ms to 1920 ms). Nevertheless, pictures are not recalled worse (in order)
than words on shorter times (contrary to the classical results of Paivio et Csapo, 1969) and serial recall
seems to interfere with free recall capacity. So Exp. II was conducted to test the hypothesis that some
specific strategies are involved when the recall is serial ; learning is probably necessary for the subjects
to develop these strategies. The results indicate that with training, pictures are superior to words above
480 ms with serial recall and serial reconstruction as in free recall. In Exp. III, vocalization conditions
during memorization and the lexical characteristics of items were controlled because lexical (and
auditory) coding was suspected to improve serial storage. Results show that with loud voice
vocalization, serial recall is superior for pictures than for words and the same result is obtained with
vocalization suppression. These results do not support the hypothesis of a non sequential system for
the processing of pictures. Sequential processing seems to be more a matter of specifie strategies.
Key words : processing of order, imaged coding.
Résumé
La supériorité des dessins sur les mots dans des tâches de mémoire paraît le plus souvent inversée
lorsque le rappel ou la reconnaissance porte aussi sur l'ordre des informations ; on admet généralement
que ce résultat indique que le code imagé correspond à un système de traitement non séquentiel de
l'information contrairement au code verbal. L'expérience I montre effectivement que les dessins ne sont
plus supérieurs aux mots en rappel dans Vordre (pour des temps de présentation allant de 120 ms à 1
920 ms) ; cependant les dessins ne sont pas inférieurs aux mots aux temps courts (contrairement aux
résultats classiques de Paivio et Csapo, 1969) et la consigne de rappel dans l'ordre semble interférer
avec la capacité de rappel. L'expérience II est basée sur l'hypothèse que des stratégies particulières
sont utilisées pour le stockage dans l'ordre et qu'un apprentissage est nécessaire ; les résultats
indiquent cette fois une supériorité des dessins sur les mots dès le temps de 480 ms en rappel dans
l'ordre et en reconstitution dans l'ordre, comme en rappel libre. Dans l'expérience III, on contrôle à la
fois des conditions de vocalisation lors de la présentation et des caractéristiques lexicales des items,
avec l'idée que le code lexical pourrait être un code essentiel dans le stockage de l'ordre des
informations : on trouve en effet que la verbalisation à voix haute des dessins rend leur rappel dans
l'ordre très efficace par rapport aux mots, mais on trouve également qu'en condition de suppression de
la vocalisation (tâche de concurrence verbale) les dessins restent nettement mieux rappelés dans
l'ordre que les mots. Ces résultats ne confirment pas l'hypothèse d'un système de traitement non
séquentiel pour le codage des dessins. Le traitement séquentiel parait être plus une question de
stratégie que de système de traitement.
Mots clés : traitement séquentiel, code imagé.L'Année Psychologique, 1986, 86, 329-347
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université Bennes 2, Haute Bretagne1
CODE IMAGÉ ET TRAITEMENT SÉQUENTIEL
par Alain Lieury et Françoise Galvez2
SUMMARY : Imaged coding and serial processing.
The superiority of pictures on words in memory tasks is often reversed
when serial recall and serial reconstruction are used. It is generally admitted
that this result indicates that image coding is processed by a non sequential
processing system contrary to verbal coding. Exp. I Partly replicated this
result (with presentation times from 120 ms to 1920 ms). Nevertheless,
pictures are not recalled worse (in order) than words on shorter times
(contrary to the classical results of Paivio et Csapo, 1969) and serial recall
seems to interfere with free recall capacity. So Exp. II was conducted to
test the hypothesis that some specific strategies are involved when the recall
is serial ; learning is probably necessary for the subjects to develop these
strategies. The results indicate that with training, pictures are superior
to words above 480 ms with serial recall and serial reconstruction as in
free recall. In Exp. Ill, vocalization conditions during memorization and
the lexical characteristics of items were controlled because lexical (and
auditory) coding was suspected to improve serial storage. Results show
that with loud voice vocalization, serial recall is superior for pictures
than for words and the same result is obtained with vocalization suppression.
These results do not support the hypothesis of a non sequential system for
the processing of pictures. Sequential processing seems to be more a matter
of specific strategies.
Key words : processing of order, imaged coding.
1. 6, avenue Gaston-Berger, 35000 Rennes.
2. Cette recherche a été réalisée avec le concours du Centre commun
d'Etudes de Télévision et Télécommunications, département esa (Cesson-
Sévigné) (contrat n° esa 5021) et nous remercions Patrick Salliot pour ses
suggestions. Nous remercions également Jean- Yves Edelman, Georges
Cerdan et Gabriel Camilla du Service audio-visuel de l'Université qui ont
réalisé les enregistrements vidéo. 330 A. Lieury et F. Calvez
Alors que les dessins (ou autres représentations figuratives,
Denis et de Pouqueville, 1976-1977) sont généralement mieux
restitués que des mots dans les tâches de mémoire non séquent
ielle, il est classique de considérer depuis Paivio et Gsapo (1969,
1971 ; Paivio, Philipchalk et Rowe, 1975 ; Hautekeete, 1978)
que les dessins perdent leur supériorité dans les tâches de mémoire
séquentielle, mémoire immédiate dans l'ordre, apprentissage
sériel et reconstitution (ou reconstruction) dans l'ordre (dans
cette dernière tâche, le sujet dispose des items et doit reconstituer
leur ordre de présentation).
Paivio et Csapo (1971) attribuent cette non-supériorité des
dessins sur les mots, à la spécialisation de deux systèmes séparés
de traitement de l'information. Le système visuel « est spécialisé
pour le parallèle du sens spatial, c'est-à-dire que les
images sont organisées spatialement, non temporellement ou
séquentiellement... » ; « inversement, le système verbal est spécial
isé pour le traitement séquentiel ». Gomme le notent ces auteurs,
la théorie du double codage (la supériorité habituelle des dessins
est due au fait qu'ils bénéficient d'un double codage, imagé et
verbal, grâce à la dénomination des dessins) permet de prévoir
que la différence entre les dessins et les mots ne sera pas la même
à des temps différents de présentation. De fait, pour un temps
court (187,5 ms) les dessins sont moins correctement reconstitués
dans l'ordre que des mots, alors que les deux types d'items sont
aussi bien reconstitués dans l'ordre pour le temps de 500 ms,
où le double codage peut opérer (Paivio et Csapo, 1971).
Cependant d'autres recherches indiquent une supériorité des
dessins sur les mots (avec une technique de reconstitution de
l'ordre, Nelson, Reed et McEvoy, 1977), ou montrent que le
rappel de l'ordre des dessins varie en fonction de certains facteurs :
familiarité de la forme (Del Castillo et Gumenik, 1972) ; simil
itude figurative entre les dessins d'une même liste (Nelson et al.,
1977). Sachant que les des expériences de Paivio et
Csapo sont de simples contours en noir et blanc, il est possible
que l'infériorité des dessins sur les mots en présentation rapide
soit plus liée à la pauvreté des indices figuratifs stockés qu'à une
déficience du stockage dans l'ordre ; l'expérience I aura pour
objet de vérifier, pour une gamme étendue de temps de présen
tation, si l'utilisation de dessins colorés et réalistes permet un
rappel dans l'ordre supérieur au rappel des mots. D'autre part,
il est difficile de supposer qu'un système de traitement est en soi Code imagé et traitement séquentiel 331
capable ou non de traiter séquentiellement l'information sachant
que la restitution dans l'ordre des informations verbales est loin
d'être automatique et repose sur des mécanismes et des straté
gies complexes (Lee et Estes, 1981). D'ailleurs, en toute logique,
il faut rappeler que dans la plupart des expériences comparant
les dessins aux mots, les mots sont des mots écrits (c'est le cas
chez Paivio et Csapo, 1969, 1971) et qu'ils sont donc d'abord
traités dans un système visuel avant d'être recodés en auditif ou
en lexical ; on ne voit donc pas pourquoi un système visuel
permettrait un stockage de l'ordre pour ces dessins particuliers
qu'on appelle caractères alphabétiques et ne permettrait pas ce
stockage dans l'ordre pour d'autres dessins. Il est plus vraisemb
lable de penser que ce sont des mécanismes ou des stratégies
supplémentaires qui permettent de coder l'ordre. S'il existe des
stratégies pour le rappel dans l'ordre, une situation d'apprentis
sage devrait les rendre possibles, ce qui sera étudié dans l'expé
rience II.
D'autre part, la non-supériorité des dessins pour le rappel
de l'ordre apparaît paradoxale lorsque le temps de présentation
permet le double codage : en effet si le code verbal code mieux
l'ordre des informations, on ne voit pas pourquoi la composante
verbale du double codage des dessins ne permet pas ce codage ;
à moins, et ce sera une de nos hypothèses, que le de
l'ordre nécessite un code lexical ou même auditif en plus d'un
codage sémantique (identification conceptuelle du dessin) ; nous
essaierons donc de dissocier, dans une expérience III, différentes
composantes du codage verbal des dessins.
EXPÉRIENCE I
Cette étude a pour but de vérifier si le dessin perd son effica
cité, par rapport au mot, dans une situation de mémorisation
dans l'ordre d'une séquence. Paivio et Csapo (1969) qui avaient
trouvé des résultats négatifs n'avaient utilisé que deux durées
de présentation, 187,5 ms et 500 ms. Or, il est possible qu'en
fonction de la difficulté que représente le rappel dans l'ordre, le
double codage ne puisse être réalisé que pour des durées de pré
sentation plus élevées. L'objectif de l'expérience est donc de
comparer la mémorisation et le rappel dans l'ordre de séquences 332 A. Lieury el F. Calvez
de 9 dessins ou de 9 mots pour 5 durées de présentation : 120, 240;
480, 960 et 1 920 ms.
D'autre part des dessins colorés ont été utilisés pour rendre
possible l'utilisation d'un plus grand nombre d'indices figuratifs.
Enfin, chaque dessin (ou chaque mot) apparaît sur l'écran pen
dant toute la durée de présentation et non, comme chez Paivio
et Gsapo pendant un temps plus court (ces auteurs utilisent un
film de 16 vues par seconde : pour le temps court, une vue du
stimulus est suivie par 2 « blancs » tandis que pour le temps long,
le est suivi de 7 « » ; la différence entre les deux
temps de présentation est donc produite uniquement par la diff
érence de temps interstimulus). Bien que les recherches soient en
désaccord sur la possibilité d'autorépéter des caractéristiques
figuratives pendant le temps interstimulus (Shaffer et Shiffrin,
1972 ; Graefe et Watkins, 1980) et bien que l'encodage imagé
puisse se prolonger pendant le début du temps interstimulus,
il est probable que la présentation réelle du stimulus pendant
tout le temps de permet d'encoder le maximum
de détails (Intraub, 1980).
MÉTHODE
DISPOSITIF, LISTES ET MONTAGE VIDÉO
Les items, dessins ou mots écrits en caractères d'imprimerie, sont
présentés en vidéo grâce à un magnétoscope Umatic et un moniteur
couleur (largeur = 40 cm ; hauteur = 30 cm) situé approximativement
à 2 m du sujet. Le montage vidéo se fait trame par trame ; la durée
d'une trame étant de 40 ms, les durées de présentation sont des multi
ples de 40 ms : 120, 240, 480, 960 et 1 920 ms. Ces durées sont choisies
selon une progression géométrique (de raison 2) afin d'obtenir une
gamme étendue de durées d'environ 100 ms à environ 2 s. Chaque item,
mot ou dessin, apparaît pendant toute la durée de présentation ; la
durée interstimulus est négligeable en technique vidéo. Chaque liste
est constituée de 9 items comme chez Paivio et Csapo afin de permettre
une comparaison des résultats. Chaque sujet voit 5 listes de 9 dessins
non ambigus pour chacune des 5 durées de présentation et 5 listes de
mots (correspondant à d'autres concepts que ceux des dessins), soit au
total 90 items. Comme chaque mot apparaît sous forme de dessins pour
la moitié des sujets, nous avons sélectionné un total de 90 colorés,
réalistes et non ambigus (imagier du Père Castor, Ed. Flammarion) ;
la non-ambiguïté a été estimée par quatre juges. Dans les conditions
« mots », les mots sont enregistrés en lettres minuscules au moyen d'un Code imagé et traitement séquentiel 333
titreur vidéo, trame par trame, et apparaissent en noir sur fond blanc
au milieu de l'écran, sans toutefois occuper autant de place que la plupart
des dessins ; une lettre occupe 2 cm de large et 1 cm de haut (si la lettre
est petite comme « c », ou 1,5 cm si elle est grande comme « d ») de sorte
que le mot « montre » occupe 12 cm de large sur 1,5 cm de haut alors
que son dessin occupe 16 cm de large sur 30 cm de haut ; certains
dessins comme celui du « lion » occupe tout l'écran, 40 cm de large sur
30 cm de haut.
PLAN D'EXPÉRIENCE ET PROCÉDURE
Le plan d'expérience est factoriel : chacun des 24 sujets passe
dans toutes les conditions, les 2 modes de présentation (dessins ou mots)
et les 5 durées de présentation. L'expérience est composée pour chaque
sujet de 10 cycles de présentation-rappel : 5 cycles avec des dessins et
5 cycles avec des mots ; chaque cycle correspond à une durée de présent
ation. Les 5 cycles se déroulent selon un ordre décroissant pour la durée
de présentation, afin d'éviter des effets de surprise pour les grandes
vitesses de présentation. Quatre sous-groupes ont été constitués pour
les contrebalancements. La moitié des sujets passe dans l'ordre « dessin-
mot » et l'autre moitié dans l'ordre inverse ; chaque groupe est subdivisé
de sorte que les items qui apparaissent sous forme de dessins pour un
sous-groupe apparaissent sous forme de mots pour l'autre sous-groupe.
Le rappel est verbal et dans l'ordre ; en conséquence, la consigne
pour chaque sujet est de mémoriser puis de rappeler chaque séquence
de 9 items dans l'ordre ; à cet effet, le sujet dispose d'un carnet de
réponses, une page par séquence, avec 9 cases pour écrire les réponses
verbales ou celles correspondant aux dessins en fonction de leur position
dans la séquence de présentation.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
Deux analyses ont été menées sur les réponses des sujets.
La première concerne le rappel dans l'ordre : on ne compte
comme correctes que les réponses exactes rappelées dans la posi
tion sérielle correcte. La seconde analyse porte sur les réponses
correctes mais sans prise en compte de la position sérielle de
rappel. Dans les deux cas, une analyse de variance pour deux
facteurs croisés a été conduite : le facteur « mode de présentation
dessins/mots » et le facteur « temps de présentation ».
En ce qui concerne le rappel dans l'ordre (fig. 1), le temps
de présentation permet une augmentation du rappel, F(4/99)
= 22,32, p < .0005 mais les dessins ne sont pas mieux rappelés 334 A. Lieury et F. Calvez
Rappel moyen Dessins dans l'ordre
Mots
3'
1.
120 240 4B0 960 19Z0
Temps de présentation ( en ms
Fig. 1. — Rappel dans l'ordre de dessins et de mots
en fonction du temps de présentation
Serial recall of pictures and words as a funcUon of presentation time
que les mots correspondants, F(l/99) < 1, non significatif. Il
n'existe pas non plus d'interaction qui indiquerait une supé
riorité des dessins pour les temps de présentation supérieurs,
F(4/99) < 1, NS ; en particulier les dessins ne sont toujours
pas mieux rappelés que les mots au temps de présentation le
plus long (1 920 ms) comme l'indique une comparaison partielle,
F(l/99) = 2,23, non significatif.
A l'inverse, les dessins ne sont pas inférieurs aux mots pour
les temps courts de présentation comme c'était le cas chez Paivio
et Gsapo (1969, 1971). On peut supposer que cette différence est
due au fait que les dessins sont réalistes et colorés et qu'il n'y a
pas de temps interstimulus, ce qui au total permettrait un
encodage plus riche.
Afin d'étudier plus finement la performance des sujets, une
analyse a été menée sur la totalité des bonnes réponses, sans Code imagé et traitement séquentiel 335
tenir compte de l'ordre. L'augmentation du temps de présen
tation permet un meilleur rappel, F(4/99) = 39,67, p < .0005.
Contrairement à ce qui se passait pour le rappel dans l'ordre,
les dessins sont mieux rappelés que les mots, mais seulement pour
le temps de présentation le plus long, de 1 920 ms, F(l/99) = 14,72
p < .0005.
On observe donc que ce n'est qu'en fonction d'une situation
de rappel dans l'ordre que les dessins ne sont pas mieux rappelés
que les mots. Cependant, dans une précédente recherche (Lieury
et Calvez, 1986) utilisant le même matériel et les mêmes temps
de présentation, les dessins étaient mieux rappelés que les mots
à partir de 480 ms, en rappel libre. Il est possible que la consigne
de rappel dans l'ordre ait provoqué un blocage des stratégies
naturelles utilisées par chaque sujet, ou qu'un manque d'entra
înement pour ce genre de tâche ait perturbé les sujets.
EXPÉRIENCE II
Le but de cette expérience est de créer une situation d'apprent
issage de la mémorisation de l'ordre des informations, mots ou
dessins. En effet, nous venons de voir dans l'expérience I que le
rappel libre des dessins reste très faible par rapport aux mots
lorsque les résultats ne tiennent pas compte du bon ordre des
réponses ; cette performance médiocre qui n'apparaît pas lorsque
la consigne est celle d'un rappel libre (Lieury et Calvez, 1986)
peut être interprétée par un manque de préparation des sujets.
Une situation d'apprentissage devrait donc éviter l'effet de sur
prise face à cette tâche particulière, et surtout permettre aux
sujets d'élaborer une stratégie efficace de rappel dans l'ordre au
cours des essais.
Gomme les résultats de l'expérience I indiquent une contami
nation possible du rappel libre par la stratégie de rappel dans
l'ordre, la consigne de rappel libre sera donnée dans un groupe
indépendant. Enfin, une situation de reconstitution de l'ordre
est organisée pour un troisième groupe afin d'évaluer la possi
bilité qu'une moindre efficience des dessins soit due à la difficulté
supplémentaire de les rappeler verbalement. 336 A. Lieury et F. Calvez
METHODE
La technique générale et le matériel de l'expérience précédente
ont été repris. Mais cette fois, chaque cycle présentation-rappel est
répété 4 fois ; en d'autres termes, il y a 4 essais d'apprentissage pour la
même liste.
Les conditions de récupération, rappel libre, rappel dans l'ordre et
reconstitution de l'ordre, sont les 3 modalités d'un facteur intersujets :
36 sujets sont répartis dans chacun des trois groupes indépendants
correspondant aux trois conditions.
Dans la condition « rappel libre », les sujets doivent rappeler par
écrit les mots présentés ou les mots correspondant aux dessins présentés,
dans l'ordre qu'ils désirent ; le rappel de la liste de chaque essai est fait
sur des pages différentes d'un carnet de réponses.
Dans la condition « rappel dans l'ordre », les sujets doivent rappeler
les items dans une des neuf cases correspondant à la position sérielle
de l'item la liste ; de même que pour la condition précédente, le
rappel de chaque essai d'apprentissage se fait sur une page différente
d'un carnet de réponses.
Dans la condition « reconstitution de l'ordre », les 9 mots ou les
9 dessins de la liste sont présentés sur des cartons et en désordre, le
sujet doit les disposer selon l'ordre original de présentation.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
Les trois conditions ont été analysées séparément :
RAPPEL LIBRE
Une analyse de variance sur les trois facteurs croisés, essai,
mode (dessin/mot), temps, indique que l'apprentissage introduit
une amélioration globale du rappel, F(3/440) = 14,80, p < .0005,
et que le temps permet également une augmentation du rappel,
F(4/440) = 13,20. Comme il n'y a pas d'interactions avec le fac
teur « essai » (essai X mode : F(3/440) = 1,33 ; essai X temps :
F(12/440) = 0,88 ; mode X temps : F(4/440) = 1,19), les ana
lyses suivantes concerneront spécifiquement le mode de présen
tation pour chaque essai.
Les dessins sont mieux rappelés que les mots à l'essai 1,
F(l/99) = 9,29, p < .005 ; des comparaisons partielles ind
iquent que cet effet est significatif à partir du temps de présenta-

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