Compréhension de la coréférence des pronoms personnels chez l'enfant et l'adulte - article ; n°1 ; vol.77, pg 79-94

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L'année psychologique - Année 1977 - Volume 77 - Numéro 1 - Pages 79-94
Résumé
Dans une recherche sur la compréhension de la référence des pronoms personnels sujets chez les enfants (de 6 à 14 ans) et chez les adultes on a montré que :
— Les PRO anaphoriques sont compris plus précocement que les PRO exophoriques, les plus jeunes enfants ayant tendance à rechercher le réfèrent à l'intérieur de la phrase. La compréhension des PRO exophoriques se trouve facilitée significativement par l'opposition du genre du PRO et des SN de la phrase.
— Les enfants les plus jeunes « préfèrent » transgresser les règles lexicales que changer les rôles. Autrement dit, la stratégie de non-changement de rôle, qui consiste à conserver dans les deux propositions les mêmes relations fonctionnelles, est généralisée à des cas où elle n'est pas pertinente.
— La stratégie lexicale qui consiste à prendre en considération les marques du PRO et des SN apparaît plus tardivement ; à 9;9, quand le PRO précède le SN au lieu de le suivre, on observe encore des transgressions lexicales.
— L'ambiguïté de la référence du PRO n'est détectée spontanément qu'à 14;5, détection qui implique lexistence de réelles capacités méta-linguistiques.
Summary
In an experiment on the comprehension of pronominal reference by children (6;11 to 14;5) and adults it was shown that :
— Anaphoric pronouns are understood earlier than exophoric pronouns, the younger children having a tendency to seek for the referent within the sentence. The comprehension of exophoric pronouns is significantly faci-litated by the contrast of gender between PRO and NPs.
— The younger children « prefer » to transgress lexical rules rather than to change roles. In other words, the strategy of role shift that consists in maintaining the same functional relation in the two clauses is generalized to sentences to which it is not relevant.
— The lexical strategy that takes into account the marks of PRO and NPs is developed at a later age. Lexical transgressions are still observed in the 9;9 age group when PRO cornes before the NP.
— The ambiguity of the reference of PRO is not detected spontaneously before 14;5. This detection implies the existence of metalinguistic abilities.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1977
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M Kail
Madeleine Léveillé
Compréhension de la coréférence des pronoms personnels
chez l'enfant et l'adulte
In: L'année psychologique. 1977 vol. 77, n°1. pp. 79-94.
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Kail M, Léveillé Madeleine. Compréhension de la coréférence des pronoms personnels chez l'enfant et l'adulte. In: L'année
psychologique. 1977 vol. 77, n°1. pp. 79-94.
doi : 10.3406/psy.1977.28180
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1977_num_77_1_28180Résumé
Résumé
Dans une recherche sur la compréhension de la référence des pronoms personnels sujets chez les
enfants (de 6 à 14 ans) et chez les adultes on a montré que :
— Les PRO anaphoriques sont compris plus précocement que les PRO exophoriques, les plus jeunes
enfants ayant tendance à rechercher le réfèrent à l'intérieur de la phrase. La compréhension des PRO
exophoriques se trouve facilitée significativement par l'opposition du genre du PRO et des SN de la
phrase.
— Les enfants les plus jeunes « préfèrent » transgresser les règles lexicales que changer les rôles.
Autrement dit, la stratégie de non-changement de rôle, qui consiste à conserver dans les deux
propositions les mêmes relations fonctionnelles, est généralisée à des cas où elle n'est pas pertinente.
— La stratégie lexicale qui consiste à prendre en considération les marques du PRO et des SN apparaît
plus tardivement ; à 9;9, quand le PRO précède le SN au lieu de le suivre, on observe encore des
transgressions lexicales.
— L'ambiguïté de la référence du PRO n'est détectée spontanément qu'à 14;5, détection qui implique
lexistence de réelles capacités méta-linguistiques.
Abstract
Summary
In an experiment on the comprehension of pronominal reference by children (6;11 to 14;5) and adults it
was shown that :
— Anaphoric pronouns are understood earlier than exophoric pronouns, the younger children having a
tendency to seek for the referent within the sentence. The comprehension of exophoric pronouns is
significantly faci-litated by the contrast of gender between PRO and NPs.
— The younger children « prefer » to transgress lexical rules rather than to change roles. In other
words, the strategy of role shift that consists in maintaining the same functional relation in the two
clauses is generalized to sentences to which it is not relevant.
— The lexical strategy that takes into account the marks of PRO and NPs is developed at a later age.
Lexical transgressions are still observed in the 9;9 age group when PRO cornes before the NP.
— The ambiguity of the reference of PRO is not detected spontaneously before 14;5. This detection
implies the existence of metalinguistic abilities.Année psychol.
1977, 77, 79-94
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée1
associé au C.N.R.S., Université René-Descarles
et E.P.H.E., 3* section
COMPRÉHENSION DE LA CORÉFÉRENCE
DES PRONOMS PERSONNELS
CHEZ L'ENFANT ET L'ADULTE
par Michèle Kail et Madeleine Léveillé
SUMMARY
In an experiment on the comprehension of pronominal reference by
children (6;11 to 14;5) and adults it was shown that :
— Anaphoric pronouns are understood earlier than exophoric pronouns,
the younger children having a tendency to seek for the referent within the
sentence. The comprehension of exophoric pronouns is significantly faci
litated by the contrast of gender between PRO and NPs.
— The younger children « prefer » to transgress lexical rules rather
than to change roles. In other words, the strategy of role shift that consists
in maintaining the same functional relation in the two clauses is generalized
to sentences to which it is not relevant.
— The lexical strategy that takes into account the marks of PRO and
NPs is developed at a later age. Lexical transgressions are still observed
in the 9;9 age group when PRO comes before the NP.
— The ambiguity of the reference of PRO is not detected spontaneously
before 14;5. This detection implies the existence of metalinguistic abilities.
INTRODUCTION
Qu'est-ce que l'enfant doit apprendre en ce qui concerne le
système pronominal ? La compétence linguistique relative aux
pronoms implique des dimensions variées. Les unes ont trait à
la situation de communication (distinction locuteur/auditeur,
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris. 80 MÉMOIRES ORIGINAUX
celui dont on parle...) ; les autres concernent les caractéristiques
sémantiques et lexicales du réfèrent (animé/non animé, marqué
du trait [± mâle], [± singulier], etc.).
A ces dimensions, il convient d'ajouter la connaissance de
règles syntaxiques, voire syntaxico-sémantiques, mises en évi
dence par la grammaire generative, en particulier la règle de
pronomirialisation obligatoire (PRO). Rappelons brièvement que,
dans la conception chomskyenne classique, les pronoms person
nels ne sont pas écrits directement dans la base, mais sont issus
de la transformation PRO qui opère sur deux syntagmes nomi
naux (SN) structuralement identiques et coréférentiels. Cette
conception, qui se heurte à des difficultés, a conduit certains à
envisager les problèmes de coréférence en majorant les aspects
sémantiques, ce qui ne va pas sans poser de nouveaux problèmes,
comme le montre Fauconnier (1974). Les pronoms auxquels nous
nous intéressons appartiennent à la classe des déictiques. Les li
nguistes utilisent le terme de déixis pour rendre compte de la rela
tion spatio-temporelle ou séquentielle d'un énoncé ou d'une partie
d'énoncé exprimée par un pronom par exemple, avec le monde
extérieur ou avec un énoncé antérieur. La déixis peut être réalisée
de diverses façons : temps, aspect, par référence à ce qui a été
dit antérieurement, ou par référence à une connaissance commune
au locuteur et à l'auditeur. On parle de pronom personnel (ou
démonstratif) anaphorique quand il se réfère à un syntagme
nominal antérieur ou à un syntagme nominal qui suit dans la
phrase.
L'étude des productions spontanées de l'enfant (Huxley,
1970) montre que les pronoms anaphoriques (par exemple he,
she...) apparaissent à un âge précoce et qu'à 2 ans 1/2-3 ans leur
utilisation dans des phrases simples est correcte. Toutefois, ces
observations n'apportent qu'une information limitée sur l'évolu
tion de la capacité des enfants à utiliser ou comprendre des
pronoms dans des situations variées, ce qui légitime le recours à
des recherches expérimentales qui, menées dans des contextes li
nguistiques (ou extra-linguistiques) variés, mettent en œuvre des
situations diverses (production, compréhension, reproduction) et
permettent de répondre aux questions posées par l'acquisition
du système pronominal. Peu de recherches expérimentales ont
néanmoins été menées. Dans ses travaux concernant
de la syntaxe chez l'enfant, C. Chomsky (1969) a suggéré l'idée
que les règles de référence pronominale sont plus fondamentales M. KAIL ET M. LÉVEILLÉ 81
et plus générales que les règles appliquées à d'autres constructions
syntaxiques. Dans une expérience, elle présente à des enfants
(5;0 à 8; 10) trois types différents de pronominalisation selon que
la référence du pronom est restrictive ou non ; elle montre l'exis
tence d'erreurs à différents âges pour les structures où il n'y a pas
identité entre le pronom et le nom, mais elle note en même temps
que son échantillon de sujets est trop restreint pour que les résul
tats obtenus soient vraiment valides.
Dans une recherche portant sur le rôle de l'accentuation du
pronom dans la compréhension de son réfèrent, Maratsos (1973)
reprend l'analyse d'Akmajian et Jackendoff (1970) selon laquelle
la présence d'un accent contrastif change la référence du pronom.
Il propose à des jeunes enfants (3;0, 4;0, 5;0) les phrases suivantes
à mimer : « Susie jumped over the old woman and then she
jumped over Harry » (avec she non accentué (Susie) ou accentué
(old woman)) et « Susie bumped into the old woman and then
Harry bumped into her » (avec her non accentué (old woman)
ou accentué (Susie)). Ainsi l'accent aurait une fonction de signal
concernant le changement de rôle du pronom et de son anté
cédent. Maratsos montre que les pronoms non accentués sont
compris par les trois groupes d'enfants. La compréhension des
pronoms non accentués est interprétée à la lumière d'une stra
tégie cognitive visant à introduire le moins de changement
possible d'un événement à un autre. En revanche, la compréhens
ion des pronoms accentués qui implique de renoncer à cette
« stratégie naturelle » de traitement pose des problèmes aux
enfants les moins avancés qui les traitent comme des pronoms
non accentués. Chipman (1974) confirme que la compréhension
chez les jeunes enfants (de 3;0 à 7;3) de phrases où le pronom a la
même fonction que son antécédent (ex. : « The boy washes the
girl and then he knocks over the other boy ») est meilleure que
celles où les fonctions sont différentes (ex. : « The boy washes the
girl and then she knocks over the other boy »). De plus, l'analyse
des erreurs révèle toute l'importance de cette stratégie de non-
changement des rôles.
Nos recherches antérieures, concernant la reproduction des
phrases relatives (Kail, 1975), qui ont souligné la difficulté des
jeunes enfants à établir des liens entre deux propositions, sug
gèrent l'existence de difficultés dans la compréhension des
pronoms. Le but de la recherche présentée est d'étudier les stra
tégies de compréhension mises en œuvre dans la détermination MÉMOIRES ORIGINAUX 82
du SN de référence de pronoms (PRO) à la 3e personne du singul
ier d'une part par les enfants et d'autre part par les adultes. Ces
pronoms apparaissent dans des phrases contenant une principale
et une subordonnée. Quelles sont ces stratégies ?
1. La stratégie lexicale
Les sujets peuvent utiliser la présence des marques lexicales
(genre, nombre) du PRO nom pour déterminer le SN de référence
auquel le pronom se réfère. Toutefois, plusieurs questions se
posent dès ce niveau : les plus jeunes enfants utilisent-ils effect
ivement ces marques, à partir de quel moment ? Les pronoms
singuliers sont-ils plus précocement acquis que les
pluriels comme le suggère l'analyse de Waryas (1973) ? Les
pronoms marqués du trait [ — ■ mâle], sont-ils ou non maîtrisés
plus tôt que les pronoms marqués du trait [+ mâle] ?
Toutefois, dans certaines phrases (ex. : « Hélène a embrassé
Marie quand elle est entrée dans la pièce »), la présence des
marques lexicales ne suffît pas pour déterminer sans ambiguïté
le SN de référence. Pour ces phrases ambiguës deux interpréta
tions de la coréférence sont possibles qui renvoient à deux stra
tégies distinctes :
2. La stratégie de non-changement de rôle
Les sujets peuvent utiliser une stratégie de compréhension
qui consiste à conserver dans la deuxième proposition (contenant
le pronom) les relations fonctionnelles de la première ; ainsi
l'agent de la première proposition est également considéré
comme agent de la seconde. Dans notre exemple, « elle » se réfère
alors à « Hélène ». Comme nous l'avons rappelé précédemment,
des recherches ont montré que cette stratégie est utilisée par les
enfants très jeunes (3;0 et 4;0) et généralisée abusivement à des
cas où elle ne s'applique pas (conduisant les enfants à trans
gresser les règles lexicales). Une telle stratégie fondée sur le
parallélisme des fonctions a été discutée dans nos recherches sur
la reproduction des relatives (Kail, 1975).
3. La stratégie de proximité ou de dislance minimale
Pour les phrases à référence ambiguë, il existe une autre
stratégie qui consiste à prendre pour réfèrent le SN le plus proche
du pronom. Dans notre exemple, « elle » se réfère alors à « Marie ». M. KAIL ET M. LÉVEILLÉ 83
Dans la recherche présentée ici nous cherchons à répondre
aux questions suivantes :
1) Peut-on mettre en évidence une évolution génétique en
ce qui concerne l'utilisation de ces différentes stratégies ?
2) Gomment la détection de deux interprétations possibles
de la même phrase, mettant en jeu des stratégies distinctes,
s'établit-elle ? L'idée étant ici que l'examen d'une même phrase
sous deux angles distincts implique l'existence de réelles capacités
métalinguistiques qui se construisent progressivement.
De plus, cette recherche centrée sur la compréhension des
pronoms anaphoriques concerne également celle des pronoms
exophoriques, pour lesquels le réfèrent du PRO, extérieur à la
phrase, constitue un implicite non exprimé dans celle-ci (ex. :
« Elle a relevé le blessé et le pharmacien a appelé le médecin »).
Nous nous intéressons à l'évolution avec l'âge de la capacité à
traiter une information implicite, en particulier au rôle que la
stratégie lexicale peut jouer dans la compréhension de ce type
de pronoms.
EXPÉRIENCE
1. Matériel linguistique
Afin de dégager les particularités de l'évolution génétique concer
nant les stratégies envisagées, nous avons présenté un ensemble de
phrases qui varient :
a) Selon le degré d'ambiguïté de la référence du PRO. Trois types de
phrases sont distingués selon qu'elles sont ambiguës (B et A) ou non
(G) :
— Phrases C : non ambiguës, pour lesquelles la seule utilisation des
marques de genre et de nombre du PRO suffit pour déterminer le SN
de référence : « Quand il est arrivé dans la classe, la maîtresse a salué
le directeur. »
— Phrases B : pour lesquelles la convergence des deux stratégies
mentionnées conduit à une interprétation privilégiée de la phrase :
« Dès qu'il est monté dans le train, Stéphane a vu Jacques. » En effet,
la stratégie de non-changement de rôle fait que l'agent de la deuxième
proposition sera pris comme agent de la première (« Stéphane ») de même
que la stratégie de distance minimale conduira à choisir « Stéphane ».
— Phrases A : pour lesquelles la référence du PRO est ambiguë :
« Hélène a embrassé Marie quand elle est entrée dans la pièce », la diver
gence des deux stratégies conduisant à attribuer la référence du PRO
à l'un ou l'autre des syntagmes (ici nom propre). 84 MÉMOIRES ORIGINAUX
On peut remarquer que dans toutes les phrases B, le PRO précède
le SN alors que dans les phrases A, il le suit. Ceci nous a conduit à
construire deux listes I et I' telles que les phrases A de I soient les B
de I' et réciproquement, par simple permutation de l'ordre des propos
itions. La même permutation interliste a été réalisée pour les phrases C.
b) Selon le lieu de la référence :
— interne à la phrase : c'est le cas des phrases A, B, C ;
— extérieure à la phrase : cas des phrases D : « II a relevé le blessé
et le pharmacien a appelé le médecin. » L'hypothèse que nous vou
lions tester par l'introduction de ces phrases D est qu'avec l'âge, les
enfants sont de plus en plus capables de rechercher un réfèrent
extérieur à la phrase, les petits ayant tendance à chercher le
réfèrent à l'intérieur de celle-ci. Cette tendance devrait être d'autant
plus nette que les marques lexicales du PRO sont compatibles avec
celles des syntagmes de la phrase.
On a donc introduit deux catégories de phrases D réparties dans les
deux listes I et I' :
Dl : non-compatibilité des marques du PRO et des SN de la phrase,
ex. : « Elle a relevé le blessé et le pharmacien a appelé le médecin. »
D2 : compatibilité, ex. : « II a relevé... »
Les deux listes I et V contiennent 16 phrases (4 phrases par type).
2. Sujets et procédure expérimentale
Cinq groupes d'enfants (20 enfants par groupe) d'école primaire et
d'un CES parisien se répartissent comme suit1 : CP (6;11) ; CEI (7;7) ;
CM1 (9;9) ; 5* M (13;4) ; 4° M (14;5).
Préalablement, nous avons soumis 20 adultes à l'épreuve dans le
double but :
— d'avoir le pattern des réponses de l'adulte pour les différents types
de phrases ;
— de tester l'adéquation de notre matériel concernant la distinction
des phrases A et B du point de vue du degré d'ambiguïté.
La technique utilisée est la suivante : l'E. lit la phrase, ex. : « Hélène
a embrassé Marie quand elle est entrée dans la pièce », puis après un
bref délai (traitement) pose au sujet les deux questions suivantes :
« Qui est entré dans la pièce ?» « Qui a embrassé Marie ? » Seule la réponse
à la première question est pertinente pour l'analyse. La réponse à la
1. Nous remercions Mme la Directrice de l'Ecole de la rue des Vertus
(Paris, IIIe) et M. le Directeur du CES du boulevard Saint-Marcel (Paris, Ve)
ainsi que les enseignants de ces établissements pour leur aimable accueil. M. KAIL ET M. LÉVEILLÉ 85
seconde permet de contrôler que le sujet ne répond pas au hasard. Chez
les enfants la réponse à la première question est soit « Hélène » (notée
sujet) soit « Marie » (notée objet). Chez les adultes, pour les phrases A,
les deux réponses ont été données spontanément (notées « ambiguë).
RÉSULTATS
Préalablement, nous présentons les résultats obtenus par le
groupe des adultes.
Tableau I
Pourcentage de réponses selon le type de phrase (adultes)
Dans les colonnes, les réponses indiquent que le sujet ou
l'objet de la proposition ne contenant pas le PRO est choisi
comme réfèrent de celui-ci, ou encore que la référence est ambiguë
ou extérieure à la phrase.
Réponse
Sujet Objet Ambiguë
Type de phrase S 0 rieure
1,3 Exté
8,7 11,3 80 A) SV1OPi?OV2 12,5 83,7 3,8 B) PRO Vx S V2 O
50 48,7 C)
1,2 1,2 97,6 D)
Ces résultats montrent que les phrases A sont bien comprises
comme ambiguës puisque les adultes ont donné spontanément
cette réponse ; de plus, quand les phrases ne sont pas envisagées
comme ambiguës, on remarque que l'une ou l'autre des interpré
tations est choisie à peu près identiquement (8,7 %, 11,3 %).
Conformément à notre analyse, les phrases B reçoivent une
interprétation très privilégiée (83,7 %). Par conséquent, les
phrases A et les phrases B sont nettement différenciées. Quant
aux phrases C et D les résultats sont très clairs : pour les phrases C,
quelle que soit la place du PRO et la fonction du SN de référence,
il n'y a pas d'erreur ; de même, les pronoms exophoriqùes des
phrases D sont bien envisagés comme tels.
Nous analysons maintenant l'évolution génétique des réponses
selon les différents types de phrases. 86 MÉMOIRES ORIGINAUX
1. Phrase D
Dl : « Elle a relevé le blessé... »
D2 : « II a le »
Tableau II
Pourcentage de réponses pour les phrases Dl
(non-compatibilité des marques lexicales)
et des phrases D2 (compatibilité)
Erreurs BR
S 0 Autre Extérieure
CP (6;11) :
Dl 20,6 14,3 65,1
D2 40,1 20,6 8,8 30,5
CEI (7;7) :
Dl 22,7 9,8 2,3 65,2
16,3 2,1 46,7 D2 34,9
CM1 (9;9) :
4,5 Dl 2,7 92,8
D2 20,3 9,4 70,3
5e (13;4) :
Dl 100
D2 19 2,8 78,2
4e (14;5) :
Dl 100
D2 5,6 94,4
Comme l'indique le tableau II, avec l'âge augmente la
recherche d'un réfèrent extérieur à la phrase, tant pour les
phrases Dl que pour les phrases D2. Quand la référence est
envisagée comme interne à la phrase, elle concerne essentiell
ement le sujet de la deuxième proposition. La comparaison des
bonnes réponses pour les phrases Dl et D2, pour les enfants de
6;11 [i = 7,60 S. à a< .001), de 7;7 {t = 4,28 S. à a < .001)
et 9;9 (t = 2,0 S. à a < .05) révèle très clairement que la recherche
du réfèrent à l'extérieur de la phrase est facilitée quand il y a
non-compatibilité des marques lexicales de genre du PRO et
des SN de la phrase. Il semble donc bien que la capacité des
sujets à utiliser une information implicite se développe progres
sivement. De sorte que l'utilisation de la stratégie lexicale peut
soit induire le choix erroné d'un SN de la phrase comme réfèrent,
soit suggérer l'extériorité du réfèrent en l'absence de correspon
dance des marques de genre.

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