Comptabilité agricole et système de production : l'embouche bas-normande au début du XIXe siècle - article ; n°2 ; vol.37, pg 320-343

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1982 - Volume 37 - Numéro 2 - Pages 320-343
Farm Accounts and Production Systems : an Economic Assessment of Cattle-Fattening in Lower Normandy in the Early 19th Century
This article draws on the example of a large farm and its accounting records for a study of little-known form of speculation : steer-fattening. Using an accounting model incorporating a special breakdown of expenses, the author analyzes the income of the husbandman and his farm and attempts to define the economic rationale behind his choices, both past and future. This calls for a description of the production system. In addition to a high per capita output, this system is characterized by its hyperspecialization and its twin dependence on the market as an outlet for its products, of course, but also as a source of raw material, that is lean cattle. These factors help to explain the geographical pattern of cattle-fattening in 18th century and early 19th century France.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1982
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Bernard Garnier
Comptabilité agricole et système de production : l'embouche
bas-normande au début du XIXe siècle
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 37e année, N. 2, 1982. pp. 320-343.
Abstract
Farm Accounts and Production Systems : an Economic Assessment of Cattle-Fattening in Lower Normandy in the Early 19th
Century
This article draws on the example of a large farm and its accounting records for a study of little-known form of speculation :
steer-fattening. Using an accounting model incorporating a special breakdown of expenses, the author analyzes the income of
the husbandman and his farm and attempts to define the economic rationale behind his choices, both past and future. This calls
for a description of the production system. In addition to a high per capita output, this system is characterized by its
hyperspecialization and its twin dependence on the market as an outlet for its products, of course, but also as a source of raw
material, that is lean cattle. These factors help to explain the geographical pattern of cattle-fattening in 18th century and early
19th century France.
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Garnier Bernard. Comptabilité agricole et système de production : l'embouche bas-normande au début du XIXe siècle. In:
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 37e année, N. 2, 1982. pp. 320-343.
doi : 10.3406/ahess.1982.282845
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1982_num_37_2_282845AGRICOLE ET SYST ME DE PRODUCTION COMPTABILIT
embouche bas-normande au début du XIXe siècle
exploitation agricole dans sa fonction de production identifie trop souvent
avec la cerealiculture et un moindre degré avec la viticulture élevage apparaît
toujours dans une position subordonnée soit comme instrument de travail et
producteur engrais soit comme ressource appoint Une telle situation dont
témoigne le tome II de Histoire de la France rurale recouvre une large réalité
mais traduit également la faiblesse quantitative et le caractère récent des études
centrées sur les pays dont élevage constitue une composante essentielle voire
quasi exclusive
Deux régions bas-normandes le pays Auge et le Be sin traditionnellement
tournées vers élevage ont entamé aux xvne et xvnie siècles un processus qui va les
amener la monoculture de herbe2 La découverte un livre de compte augeron
du début du xixe siècle qui autorise une restitution comptable selon des critères
modernes et invite des comparaisons avec les descriptions et les données
quantitatives éparses collectées par ailleurs permet enfin une analyse systémique de
embouche bas-normande3 Bref un bilan individuel combiné la réintroduction
du temps et de espace qui débouche sur un essai explication de la localisation des
activités spéculatives embouche
es cadres du document entreprise agricole
Grand propriétaire terrien bas-normand le comte Louis-Thibaud Dubois
régicide est contraint exil lors de la Restauration4 Avant de partir pour
Bruxelles il confie son domestique et facteur la gestion de ses biens normands
charge de faire enregistrer les dépenses et les recettes par huissier local Le
résultat environ 70 folios couverts une écriture fine et serrée retracent au jour le
jour et pendant 14 ans mars 1816-février 1830 la vie du domaine du Bais
Cambremer et de son régisseur Pierre Prout5 Ce registre sépare nettement les
recettes et les dépenses et surtout isole les transactions sur le bétail6 Cette première
esquisse de bilan été systématisée Intéressé ici par la seule unité de production on
éliminé la rente foncière qui ne lui est pas rattachée des rentes viagères aux GARNIER EMBOUCHE NORMANDE
fermages ainsi que les dépenses relatives au comte sa famille et au château Ces
derniers considérés comme exogènes entreprise agricole aussi bien au niveau du
travail que de la direction bien il ait selon la définition classique faire-valoir
direct7 Cela crée quelques problèmes ïaffectation moins au niveau des dépenses
alimentaires faciles circonscrire que de entretien des bâtiments8 La partition
été réalisée au prorata du revenu cadastral 120 pour le manoir près de 40 pour
les bâtiments exploitation pressoir écurie grange boulangerie maisons9
De mars 1816 février 1824 les enregistrements se caractérisent par leur
extrême minutie rien est oublié du cent de porette repiquer larceny ou
mort au rat Les six années suivantes détaillent encore les recettes diverses les
achats et les ventes de bestiaux mais huissier relève seulement le montant global
des autres dépenses consignées dans trois petits registres perdus depuis lors 10 Elles
correspondent approximativement en moyenne annuelle aux dépenses de la
période précédente11 Malgré quelques données assises sur ans le compte
entreprise présenté en annexe en est pas moins représentatif pour ensemble
de la période 1816-1829
La minutie des relevés permet-elle induire leur exactitude Plus prosaïque
ment a-t-il du coulage et combien Le régisseur subit un double contrôle
permanent par huissier sauf entente plus épisodique par le comte et ses fils aux
séjours quand même fréquents Enfin Prout ne semble guère être enrichi aux
dépens de son maître Il achète peine ha sur les 23 vendus en 1838 000 que
lui et sa femme servante et gouvernante avaient pu facilement économiser sur
leurs gages 12 il coulage il doit être limité
Instrument essentiel du contrôle propriétaire le registre comptable a-t-il
autres fonctions moyen améliorer la gestion voire outil un diagnostic plus
élaboré prélude des tentatives pour augmenter la rentabilité de entreprise On
déjà remarqué enregistrement distinct des transactions sur le bétail en contrepar
tie il faut rappeler que les autres recettes et dépenses ne sont pas ventilées selon leur
type ou leur origine Surtout il sur le registre ni balance comptable annuelle
globale ni balance spécifique aux bestiaux saufen 1818 et en 1829 mais seulement
clearings généraux au début des années 1824 et 1830 Si ce dernier apurement
calcule la différence en recette entre vente et achat de bestiaux depuis 1824 il ne
agit nullement apprécier le bilan une activité les ufs maigres achetés la
fin de 1823 et vendus gras en 1824 ont pas été incorporés dans les dépenses
mais seulement une étape dans établissement de la balance comptable générale
Enfin ces mises au net espacées et ans ne représentent pas le solde de
entreprise ni même le bilan des revenus normands le comte et sa famille ayant
trop souvent re ou versé des sommes passées en comptabilité En bref Louis
Dubois ne connaît pas vraiment ses revenus il recherche de rentabilité celle-ci
apparaît pas dans la comptabilité et relève plus de moyens empiriques que de
critères objectifs
Un registre bien banal dans ses intentions et son utilisation un registre qui
permet extraire pendant 14 ans la comptabilité priori fiable et commune une
unité de production agricole Au total un registre unique et irrempla able autant
que les documents cadastraux permettent de reconstituer assise territoriale de la
propriété
Une propriété dont les limites ne varient guère entre 1816 et 1829 cf fig
Tout juste peut-on relever achat une parcelle un tiers hectare en 1820 et
regretter incertitude sur la date de vente des ha de la cour Paquet entre 1825 et
321 LE MONDE RURAL
1834 13 La période 1816-1829 constitue un intermède entre des achats constants et
les premiers démembrements La politique obstinée de concentration foncière du
comte Dubois trouve son apogée au tribunal civü de Pont- Eyeque le
24 avril 1812 se porte adjudicataire ïune ferme environ 24 ha le lieu-Huet
dont il obtient la jouissance complète et définitive en septembre 1815 La
propriété augmente brusquement de plus de moitié de 44 68 ha ce qui est pas
sans répercussions sur la gestion et la productivité allant ailleurs pas
obligatoirement dans le sens une amélioration au moins court terme
Les limites de exploitation se laissent moins facilement cerner que celles de la
propriété De 1816 1824 21 pièces de terre ont fait objet de travaux divers et
relèvent de la gestion directe du régisseur soit 55 ha cf fig De même pour la
petite parcelle prise ferme puis achetée en 1820 cela on rattachera par
hypothèse ha herbe répartis en cinq pièces en raison de leur proximité du
manoir et de leur nature de culture qui accorde parfaitement avec la spécialisation
de la production Quant aux cinq parcelles qui restent plusieurs facteurs incitent
considérer il agit des terres données ferme sous le nom de lieu-Huet Ces
114 ha entièrement consacrés aux labours entrent mal dans le cadre une
exploitation qui récolte quelques gerbes de grain deux années sur huit Achetées en
1812-1815 ces terres usurpent pas leur nom et le loyer re par le régisseur
autour de 800 correspond bien au fermage moyen per par les propriétaires
augerons entre 1815 et 1824 15 Au total une exploitation de 55 57 ha qui se
caractérise par une remarquable concentration géographique génératrice de
substantielles économies échelle Seule la cour Paquet distante environ km
nécessite la rétribution une gardienne herbage cet avantage oppose un
handicap incorporation récente des 13 ha herbe du lieu-Huet Le charge
ment optimal un herbage est-à-dire la quantité et origine des ufs maigres
il convient mettre pâturer nécessite une longue pratique
Sur une exploitation qui articule le long de trois ruisseaux la répartition des
types de culture étonne guère labours 35 ha dont 015 plantés) prés 39 ha
herbages clairs 328 ha vergers 166 ha jardins 04 ha16 Pourtant écrasante
domination de herbe naturelle 93 ne doit pas faire illusion ces prairies
permanentes sont le résultat du travail des hommes entendez une transformation
des labours en herbages Le nom même de couture atteste orientation ancienne des
109 ha situés sur Cambremer des parcelles Bouet et de la Salle En 1811 date des
derniers relevés sur le terrain pour élaboration du plan cadastral ces pièces sont
toujours en labours état de section enfin les considère comme tels ce
une surcharge indique une nouvelle utilisation la pâture autrement dit
herbage Si ces mutations révèlent un type de mise en valeur en expansion et
avèrent bénéfiques terme grâce une meilleure adaptation aux conditions
naturelles elles en constituent pas moins un handicap lors des premiers exercices
comptables cause des faibles rendements fourragers initiaux Ces derniers
expliquent en partie le mauvais classement cadastral de ces parcelles 3e classe
plus encore ils sont largement responsables conjointement avec incorporation du
lieu-Huet des faibles chargements des années 1816-1818 40 ufs annuelle
ment engraissés contre 48 pour la période 1819-1829 En bref une exploitation
complètement remodelée juste au début de notre comptabilité mais une exploita
tion remembrée géographiquement et spécialisée économiquement
En effet les quelques labours qui restent 35 ha sont envahis par le trèfle et le
sainfoin Il faut attendre 1822 et 1823 pour un ou deux ha soient relevés et GARN ER EMBOUCHE NORMANDE
Couture
Bouet
Cour des Fontaines
Le Mesnil
Pré de la Cour
des Fontaines
Jardin Meslier
Km
PONTFOL
5r Cour Paquet EXPLOITATION
assuré
Faire-valoir direct
probable
Pris ferme puis acheté en 18 20
Terres probablement données ferme
PROPRI
Achat du lieu-Huet 1812-1815
Parcelle vendue entre 1825-1834
500
FIG Le Bais 1816-1829 Propriété et exploitation LE MONDE RURAL
ensemencés afin de permettre indispensable régénération des prairies artificielles
Une véritable monoculture de herbe et un type élevage tout aussi spécialisé que
résument parfaitement les achats et les ventes opérés de 1816 1829 ufs 657-
654 vaches et génisses 1-17 veaux -7 chevaux 0-3 porcs 2-3 ovins 2-0 En clair
rien que le uf tout pour le uf un uf que on engraisse mais que on
élève pas exploitation du Bais constitue-t-elle un exemple représentatif des
entreprises agricoles du pays Auge
Certainement pas pour ensemble de la région même strictement délimitée par
les vallées de la Dives et de la Vie ouest et le bassin de la Touques est Les
labours occupent encore au début du xixe siècle une superficie égale la moitié des
surfaces en herbe les ovins sont presque aussi nombreux que les bovins et les
vaches représentent pour le moins 25 du cheptel bovin 17 Beaucoup plus
sûrement si on en tient aux innombrables vallées et aux premières pentes qui
constituent une bonne moitié du pays Auge peut-être 40 000 ha herbe et le
uf régnent presque sans partage et les exploitations de plus de 20 ha
majoritaires en forment ossature 18
Le système élevage augeron
Le système de production des vallées augeronnes se caractérise par son
hyperspécialisation et sa dépendance économique et géographique tout autant que
par une certaine adaptation aux conditions que faute de mieux appellerai
naturelles
Les natures de culture et les transactions sur le bétail ont largement permis de
brosser cette spécialisation qui est en rien modifiée par les autres productions
animales son départ en exil le comte laisse sur exploitation outre quelques
ufs hiver et quatre chevaux nécessaires aux travaux agricoles et aux
déplacements du régisseur deux laitières et un porc La production 000 litres de
lait par an ne donne lieu aucune commercialisation il est vrai elle représente
une consommation moyenne environ un litre par personne et par jour Il faut
quelquefois même acheter du beurre Quant au nombre de porcs un ou deux il est
encore plus caricatural au moins pour une exploitation de 57 ha Il faut voir le
double effet de la faiblesse du cheptel laitier qui laisse peu de sous-produits et
absence de récolte céréalière Le son des huit neuf sommes de blé achetées et
moulues pour la consommation des hommes ne permet pas engraisser un
nombre suffisant de porcs pour donner naissance un commerce lucratif Vaches et
porcs sont uniquement élevés pour assurer autoconsommation même ils
procurent quelques recettes grâce notamment aux veaux et quelques vaches
grasses ces laitières réformées Une autoconsommation évaluée au maximum
170 pour le lait et 300 pour les porcs environ de la production 19 92 du
produit animal alimente donc les circuits commerciaux 86 revenant aux seuls
ufs Remarquable insertion dans le marché autant que la deuxième grande
production les fruits entretient un commerce tout aussi spéculatif que embouche
des ufs
Monoculture de herbe et du uf ont un corollaire la dépendance
Dépendance du des marché plaines pour céréalières écoulement voisines des produits pour la nourriture cet égard des il convient augerons de
rappeler le rôle prépondérant de Paris malgré son éloignement près de 200 km GARNIER EMBOUCHE NORMANDE
dont la consommation 75 80 000 ufs et seulement 10 000 vaches par an
vers 1810-1820 ressemble étonnamment la production augeronne20 Plus encore
dépendance envers un marché approvisionnement pour obtenir la matière
première indispensable est-à-dire des ufs maigres En effet tous les ufs
engraissés ont été achetés Les veaux nés au Bais sont vendus ou élevés pour
remplacer les laitières réformées aucun ne sera conservé pour un engraissement
adulte ultérieur21
Pour son approvisionnement herbager parcourt presque tout Ouest mais les
diverses régions concourent de fa on très inégale Des 571 ufs achetés de 1817
1828 le pays Auge en fournit seulement 31 soit 55 96 qui le classent bon
dernier22 Le Bocage normand de Thury-Harcourt Condé-sur-Noireau malgré
sa proximité détient également une part du marché fort modeste 96 Si le
Cotentin fournit un contingent respectable 23 96 essentiel est ailleurs Plus
précisément dans le Maine dont les foires monopolisent près des deux tiers du
marché des maigres Bas et surtout Haut-Maine tout en livrant un certain
contingent de ufs jouent cette occasion le rôle de marché relais
Anjou et le Poitou soit par des ventes directes soit en approvisionnant les foires
mancelles procurent essentiel des animaux achetés par le régisseur23
Cette localisation des acquisitions de Pierre Prout ressemble fort la géographie
des achats des emboucheurs augerons du xvine siècle voire pour une large part
celle des engraisseurs bessins Ainsi de 1791 1794 Jacques-Georges Roger garnit
ses pâturages avec des ufs achetés en Poitou au Mans Mayenne au Lude
Sablé Saint-Lô Saint-Pierre-sur-Dives...24 Dans le Be sin Gabriel Simon
régisseur Saint-Germain-du-Pert une ferme appartenant Monsieur de Vassy
fréquente vers 1750 les mêmes marchés ou les mêmes types de foire que Pierre
Prout Tout juste tient-il compte de la situation plus occidentale de son entreprise
Mais avec 56 des 223 ufs achetés de 1746 1748 Fougères et Rennes
marchés relais occupent pour le Be sin une position tout aussi dominante que celle
du Maine pour le pays Auge Il est vrai Saint-Germain-du-Pert on engraisse
également des vaches de réforme qui proviennent essentiellement de élevage
laitier local25 En bref une géographie fort ancienne puisque dès 1736 le
subdélégué de Bay eux constate les ufs maigres achètent). dans les
provinces du Maine et de Bretagne... quelquefois les marchands herbagers sont
obligés aller aux foires et marchés du Poitou en trouvant pas suffisamment et
assez forts pour mettre dans les pâturages26
Localisation séculaire mais aussi bassin approvisionnement qui varie en
fonction de la demande Un siècle plus tard le Bais enregistre ces variations
annuelles surtout le recours aux marchés éloignés tend accroître De 1817-1822
1823-1828 la part du pays Auge est réduite néant de 112 07 96 celle du
Cotentin chute de 282 96 18 96 le Bocage reste stable quant au Maine-Anjou-
Poitou il progresse de moitié environ 50 après de 75 De telles variations
caractéristiques une période charnière démontrent abord les facultés adapta
tion de embouche augeronne mais en soulignent aussi les limites La possibilité
acheter des ufs maigres localement ou distance raisonnable explique en
partie la réussite bas-normande Mais essor du marché des gras qui étend la zone
approvisionnement des maigres accroît les risques de concurrence..
Une embouche trop dépendante du marché une embouche également
dépendante ou adaptée des conditions naturelles Les premiers achats de ufs
et de vaches commencent la fin de septembre Saint-Come-du-Mont en
32S MONDE RURAL LE
Cotentin et vont se poursuivre au début de décembre aussi bien pour Pierre
Prout que pour Gabriel Simon cf fig Mais ces acquisitions ïhiver demeurent
limitées ïabord par la faible pousse hivernale de herbe réservée en priorité aux
derniers ufs gras ensuite par des provisions de foin assez restreintes enfin ar
un prix achat nettement plus élevé au printemps 268 contre 245 francs
Blottis demère les haies ces ufs vont adapter pendant toute la mauvaise
saison des herbages beaucoup plus riches que leurs pâtures ordinaires et de ce
fait graisser plus rapidement au printemps28
St GERMAIN-DU-PERT 1746-1748 LE BAIS 1816-1829
235 Boeufs r119 Vaches
654 Boeufs
ss
SXt
10 îsS
SSSSi SK
agi
SCEAUX POISSY jt 1736- 1738 1812 SCEAUX POISSY
Boeufs Vaches *Normands Calvados 20
29455 Boeufs
10
AMJJASOND
1812 SCEAUX POISSY
Manche
JFMAMJJASOND FIG Ventes animaux gras
FIG Achats animaux maigres
En noir les vaches en pointillé les ufs GARNIER EMBOUCHE NORMANDE
La grande période achat commence avec la Chandeleur de Montebourg et va
se poursuivre de foire en foire fin juin-début juillet essentiel étant
concentré sur les mois de mars avril et mai aussi bien pour Prout que pour
Simon Bel exemple de concordance interrégionale et multiséculaire entre le
pays Auge et le Be sin entre le xvme et le xixe siècle
Les achats peine terminés herbager surveille déjà le finissage des
premiers ufs gras est-à-dire il doit juger du moment le plus favorable pour
vendre Entreprise difficile où interviennent état de animal la pousse de herbe
et les prix pratiqués sur les marchés précédents Mais les périodes de vente sont
suffisamment tranchées pour en fin de compte embonpoint de animal soit le
facteur déterminant cf fig Prout vend ses ufs gras de juillet septembre
et en décembre-janvier La faiblesse des levées en octobre-novembre qui est
pas motivée par une variation saisonnière des prix ne se retrouve pas sur les
courbes de approvisionnement parisien en ufs et vaches de Normandie en 17
et en ufs du Calvados en 1812 29 Toutefois ces courbes intègrent des éléments
extérieurs au pays Auge particulièrement les animaux engraissés dans le Plain la
région de Carentan et le Be sin La vente de ces derniers représentée par Saint-
Germain-du-Pert en 1746-1748 et par la Manche en 1812 plus étale au Bais
culmine en octobre Surtout Pierre Prout outre les achats qui appellent en
Cotentin la fin du mois de septembre tient surveiller diriger voire participer
la récolte des fruits qui justement opère en octobre-novembre
La différence entre les périodes achat et de vente constitue après avoir
défalqué arbitrairement jours pour les voyages sinon la durée engraissement
proprement dite du moins le temps passé dans les herbages Celui-ci varie de 187
236 jours pour une moyenne de 211 jours au Bais de 186 237 jours pour une
moyenne de 206 jours Saint-Germain-du-Pert30 Ces variations annuelles
tiennent certainement au climat est-à-dire la pousse plus ou moins forte et
précoce de herbe aux conditions du marché qui précipitent ou retardent de
quelques jours les ventes mais aussi la présence ou absence de ufs maigres
hiver Ainsi en 1819 et en 1828 où les achats ont commencé seulement en février
et en mars on obtient 205 et 200 jours contre 217 pour la moyenne des années
ufs hiver Ces quelque 65 mois embouche dans le pays Auge et dans le
Be sin ressemblent méprendre aux ou mois nécessaires partu
avril. pour engraisser un uf vers 1950 31 Une nouvelle fois homogénéité
interrégionale et multiséculaire même si animal est plus tout fait le même32
Le nombre de ufs gras et maigres qui pâturent dans les herbages aux
différentes époques de année présenté figure accorde parfaitement avec la
croissance de herbe Il pouvait difficilement en être autrement avec seulement
74 ha de prairies naturelles et artificielles et vaches et chevaux il faut nourrir
toute année
En définitive quelques menues différences ne peuvent occulter la remarquable
concordance spatiale et séculaire des approvisionnements des durées et des
époques engraissement entre le Bessin-Cotentin et le pays Auge Il existe une
embouche bas-normande dont le pays Auge par ampleur de sa spécialisation
herbagère et le choix presque exclusif du uf animal noble par excellence
constitue le pôle dominant Les herbagers et le pays Auge sont des intermédiaires
qui valorisent un produit et une situation Comme tous les intermédiaires ils sont
dépendants des éleveurs et des acheteurs mais ils peuvent aussi être des
intermédiaires obligés donc maîtres des marchés Des qui ont
327 MONDE RURAL LE
Moyenne mensuelle 1817-1828
Boeufs
FIG Nombre de ufs maigres au milieu du xixe siècle
adapté leur activité aux conditions naturelles ce qui ailleurs suppose une
compétence technique Sont-ils pour autant performants
Bilan économique
La productivité résultat des techniques et des méthodes de production mises en
uvre et le solde financier forment les deux volets une tentative de bilan Dans
un cas une somme de facteurs propres entreprise et la région dans autre
intervention non négligeable de facteurs externes
Pierre Prout et sa femme sont les seuls travailler temps complet sur
exploitation Il serait juste inclure un domestique recensé parmi les journaliers
dans le compte exploitation présenté en annexe Certes Pierre le Sieur comptabi
lise ses journées mais du 13 octobre 1817 au 23 décembre 1820 il totalise
894 jours de travail 280 jours par an qui lui sont réglés en trois mémoires de 313
408 et 173 jours En bref trois permanents Pour le reste le régisseur fait appel soit
des tâcherons parfois rétribués année comme le taupier soit des journaliers
payés en général 50 centimes beaucoup plus rarement 80 centimes mais alors ils
ne sont pas nourris33 Au total exploitation du Bais nécessite 66 unités de travail
annuel U.T.A.)34
ment intègrent étale besognes les en cumul hiver foins importance certainement des activités en qui peu les besoins passant restent regains exigeantes temporelles du de plus par la embouche travail et période les étale sur surtout fruits la complémentaires que temps de période et au le grande dans cidres fauchage-fanage-bottelage printemps-été-automne partiel les Même en activité régions automne-hiver 36 détermine les U.T.A. ne 219 céréalières doivent de une étonne salaires sans pas activité Cela élagage des compter faire autant recensés va refus relativement illusion grossière des diverses et que haies pour des Ils le
chardons) ces touffes herbe un peu sure que les ufs laissent dans les herbages

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