Compte rendu d'un séjour d'étude au Laboratoire de Conditionnement du Pr J. Konorski - article ; n°1 ; vol.63, pg 51-83

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L'année psychologique - Année 1963 - Volume 63 - Numéro 1 - Pages 51-83
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1963
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G. Lelord
J. Massion
A. Fessard
Compte rendu d'un séjour d'étude au Laboratoire de
Conditionnement du Pr J. Konorski
In: L'année psychologique. 1963 vol. 63, n°1. pp. 51-83.
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Lelord G., Massion J., Fessard A. Compte rendu d'un séjour d'étude au Laboratoire de Conditionnement du Pr J. Konorski. In:
L'année psychologique. 1963 vol. 63, n°1. pp. 51-83.
doi : 10.3406/psy.1963.27026
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1963_num_63_1_27026NOTES
Centre dbEtuàes de Physiologie nerveuse (C.N.R.S.)
COMPTE RENDU D'UN SÉJOUR D'ÉTUDE
AU LABORATOIRE DE CONDITIONNEMENT
DU Pr J. KONORSKI
par G. Lelord et J. Massion1
AVANT-PROPOS
de A. Fessard
Tout a été dit, et même un peu plus qu'il n'était justifié — compte
tenu de l'époque et du contenu positif d'une grande œuvre — sur la
rigidité dogmatique, les faiblesses et, jusqu'à un certain point, l'action
stérilisante du pavlovisme originel. Dans un livre lucide et riche en
réflexions pénétrantes [16], l'un de ceux qui furent formés à cette école,
J. Konorski, n'a pas craint de porter un jugement sévère sur plusieurs
points de la théorie générale du fonctionnement cérébral selon Pavlov.
1. C'est au titre de boursiers, l'un de l'Académie polonaise des Sciences
l'autre du ministère de la Santé de Pologne, dans le cadre des accords culturels
franco-polonais, que nous avons eu l'occasion d'effectuer à Varsovie, en
mars 1962, un séjour de trois semaines, destiné à prendre contact avec les
chercheurs et les méthodes d'expérimentation de l'Institut Nencki que dirige
le Pr Konorski. L'intérêt de ce voyage a dépassé largement notre attente.
Agrémenté par un accueil très chaleureux, notre stage à Varsovie a bénéficié
d'une organisation sans défauts : sous la haute direction du Pr Konorski,
un programme fut établi qui nous permit de prendre contact avec chaque
chercheur et de connaître ses lignes de recherches et ses préoccupations expé
rimentales. De plus, nous avons eu l'occasion d'assister à de nombreuses
séances de conditionnement et de participer nous-mêmes à l'élaboration de
réflexes alimentaires du type II.
Nous ne prétendons pas donner ici une revue générale des travaux effec
tués sous la direction du Pr Konorski. Ce sont les notes prises sur le vif au
moment même de notre visite dans chaque laboratoire qui ont servi de base
à notre exposé. Le lecteur désireux d'approfondir ces données pourra se référer
au livre de Konorski et à la collection des Ada Biologiae Experimentalis, où
sont publiés la majorité des travaux du laboratoire.
Que le Pr et ses collaborateurs trouvent ici l'expression renouvelée
de notre admiration pour leurs beaux travaux, et de notre reconnaissance pour
la sollicitude dont ils ont entouré notre séjour.
Nous exprimons également vive gratitude aux Prs D. Albe-Fessard
et A. Fessard, parrains de ce voyage ; ce sont eux qui nous ont demandé de
rédiger, pour L'Année psychologique, le compte rendu que l'on va lire. 52 NOTES
Mais, au contraire de ceux qui se contentèrent de critiquer ou d'apporter
au système des retouches secondaires, Konorski, continuant d'exploiter
à la tête d'une école fort active les ressources infinies de la méthode du
conditionnement, se présente aujourd'hui comme l'heureux pionnier
de deux élargissements décisifs de la théorie primitive. Celle-ci, sou
cieuse de préserver sa pureté, s'était délibérément écartée des explications
fondées soit sur les concepts de la psychologie classique, soit sur les lois
élémentaires de la neurophysiologie analytique. Konorski, sans répudier
ce qu'il jugeait solide dans les schémas pavloviens, est l'un de ceux qui
ont le plus contribué à rétablir les contacts avec les deux grandes
disciplines classiques, les enrichissant du même coup de données nouv
elles.
En 1928, publiée dans nos Comptes rendus de la Société de Biologie
(Section polonaise), paraissait une note de S. Miller et J. Konorski [23],
présentant un type de réflexe conditionnel, dit du « deuxième type », qui
différait notablement par son schéma du type proprement pavlovien.
Dans son désir d'échapper coûte que coûte au verbalisme de la psychol
ogie subjective, Pavlov avait choisi comme témoin un type de réponse
conditionnable simple et dépourvue de conséquences, le plus souvent
la sécrétion salivaire, parfois le mouvement de retrait d'une patte,
événements « terminaux » ne jouant aucun rôle dans l'application du
stimulus de renforcement. En faisant au contraire intervenir des réponses
motrices qui sont suivies de l'octroi d'une récompense ou de l'annulation
d'une punition, Konorski retrouve les conditions de dressage de la psy
chologie animale classique et celles des apprentissages naturels, où
prédominent les comportements moteurs adaptés. C'est là un enrichi
ssement capital du schéma de la réflexologie conditionnelle en même
temps qu'un trait d'union entre ceux qui s'y tiennent et ceux qui se
réfèrent dans leurs explications aux concepts généraux d'adaptation,
de « loi de l'effet », d'anticipation, de motivation.
Mais Konorski apparaît également sur un autre plan comme l'artisan
de la première heure d'un rapprochement dont la fécondité s'affirme
aujourd'hui avec éclat. Pavlov et ses élèves avaient fréquemment
opposé la méthode des réflexes conditionnels aux méthodes classiques
de la neurophysiologie analytique, considérant la première comme seule
capable d'aboutir à une « vraie » physiologie du cerveau. Le livre de
Konorski est d'abord une tentative sincère pour réconcilier Pavlov et
Sherrington. Son auteur essaye de trouver dans les schémas sherring-
toniens des mécanismes réflexes spinaux les bases d'une explication
analytique, à l'échelle neuronique, de la formation dans le cortex
cérébral des liaisons temporaires et de leurs diverses modalités. Il y
ajoute une hypothèse personnelle sur la plasticité du système nerveux
central. Tentative méritoire, qui apparaît aujourd'hui prématurée,
mais qui amorçait un rapprochement nécessaire, devenu irrésistible
depuis que le progrès des techniques d'exploration électrophysiologique
du cerveau permet d'étudier l'activité locale des structures chez l'animal MASSION. SÉJOUR AU LABORATOIRE DU Pr J. KONORSKI 53 LELORD,
éveillé exécutant ses performances. On peut dire que la liaison est main
tenant faite entre les deux sortes d'approches expérimentales, qui sont
en quelque sorte complémentaires [6, 24].
L'école de Konorski s'est surtout distinguée, sur le plan expérimental,
en associant à la méthode du conditionnement du second type celle des
ablations corticales localisées. Mais Konorski poursuit en même temps
son effort de rapprochement entre écoles physiologiques différentes en
envoyant plusieurs de ses élèves se former à l'étranger aux méthodes
de l'électrophysiologie cérébrale. C'est ainsi que deux d'entre eux,
Mlle Jankowska et M. Bruner, sont venus travailler chez nous ; le second
y est encore. En réciprocité, deux de nos collaborateurs, MM. Lelord
et Massion, sont allés passer quelque temps à l'Institut Nencki de
Varsovie. C'est ce qu'ils y ont vu et appris qu'ils exposent dans les
pages qui suivent.
I. — ÉTUDE DE LA RÉPONSE CONDITIONNÉE DE TYPE II
ET DE SES RELATIONS
AVEC LE RÉFLEXE CONDITIONNÉ CLASSIQUE
ET LES COMPORTEMENTS CONDITIONNÉS
par G. Lelord
Si, au cours du conditionnement alimentaire classique de Pavlov,
l'attitude et la motricité du chien n'étaient pas sans faire l'objet d'obser
vations, c'est le réflexe salivaire que l'on considérait sans exception
comme le témoin fondamental du conditionnement.
Au contraire, dans les travaux anglo-saxons qui, parallèlement et
vers la même époque, étudiaient l'apprentissage chez le rat, l'obser
vation essentielle était le comportement d'ensemble de l'animal, les
réponses de type sécrétoire étant plus rarement analysées isolément.
C'est le mérite du Pr Konorski d'avoir, dans un travail effectué avec
Miller [23], intégré le mouvement au conditionnement classique et jeté
un pont entre le réflexe conditionné salivaire et les comportements
appris. Ce nouveau type de réflexe conditionné appelé par ses auteurs
« réflexe conditionné de type II » utilise le plus souvent le chien comme
animal d'expérience et conserve un protocole expérimental classique ;
pourtant la réponse étudiée n'est pas la salivation, mais le plus souvent
un mouvement limité d'un membre. La méthode salivomotrice [15]
permet d'ailleurs l'observation simultanée des deux types de réponses.
Rappelons que, dans le cas du réflexe classique (type I), si un animal
répond de façon inconditionnelle à un stimulus donné, un stimulus pr
imitivement inefficace qui le précède acquiert au bout d'un nombre
suffisant de renforcements le pouvoir de produire seul la même réponse.
Le réflexe de type II se distingue du précédent par l'introduction
dans le stimulus conditionnel d'un élément moteur (mouvement passif
ou actif) à la suite de l'élément sensoriel (qui peut être simplement cons
titué par l'ambiance), lequel après quelques renforcements devient
capable de déclencher à lui seul le mouvement. Ici donc, la réponse motrice précède le stimulus de renforcement au lieu de le suivre comme
dans le réflexe défensif classique (de type I), où la réaction motrice
conditionnelle, en outre, ne fait que copier la réaction inconditionnelle.
Les travaux du laboratoire du Pr Konorski recherchent de façon
générale les modifications que subissent les mouvements conditionnés
après l'ablation, la lésion ou la stimulation de diverses structures du
système nerveux central. Mais les faits observés peuvent être utilisés
à des fins différentes et c'est ainsi que les expériences peuvent tendre à
déceler les mécanismes mêmes du conditionnement, à établir le rôle de
diverses structures centrales dans un comportement, à étudier l'influence
des ablations sur les étapes de la formation du mouvement.
C'est à l'étude des processus qui sous-tendent le conditionnement,
fondée sur l'observation des modifications du mouvement conditionné,
que sera consacrée cette première partie. Dans un premier paragraphe,
nous donnerons un aperçu des méthodes du conditionnement de type II,
puis nous verrons comment diverses lésions et ablations le modifient.
I. — ■ Méthodes de conditionnement du mouvement
Ces méthodes [16] visent à obtenir dans un premier temps la réalisation
d'un mouvement conditionné en réponse à un stimulus déterminé,
dans un deuxième temps à obtenir de l'animal qu'il ne réponde qu'à
ce stimulus et qu'il s'abstienne d'effectuer le mouvement lorsque l'on
donne un stimulus différent du premier (différenciation pavlovienne).
Le permettant d'obtenir le mouvement conditionné sera
appelé positif, le stimulus qui provoque les phénomènes accompagnant
l'abstention du mouvement sera appelé négatif.
On emploie également un stimulus (sonore) dont les caractères sont à
la fois négatifs (lorsqu'il entend ce stimulus l'animal doit attendre et
s'abstenir d'effectuer le mouvement) et positifs (après ce temps d'attente
l'animal doit effectuer le : c'est le stimulus à renforcement
différé. Les réponses à ces trois types de stimuli seront successivement
étudiées.
A) Les mouvements conditionnés au stimulus positif
Nous en étudierons deux principaux, ceux du réflexe alimentaire de
flexion, et ceux du réflexe défensif d'évitement, qu'il convient de ne pas
confondre avec le de simple retrait (conditionnement défensif
classique de type I).
1° Le réflexe alimentaire de flexion du membre antérieur est l'un
des plus utilisés. Pour l'établir au laboratoire, le chien est placé dans
une cabine séparée de l'expérimentateur par un sas ; une lucarne permet
d'observer le comportement de l'animal. Au cours de la première séance
le chien est simplement introduit dans la cabine, il présente alors une
réaction de curiosité et parcourt la pièce en reniflant tous les endroits,
tous les objets qu'il trouve sur son passage ; il se familiarise ainsi avec le MASSION. SÉJOUR AU LABORATOIRE DU Pr J. KONORSKI 55 LELORD,
local de l'expérimentation. Au cours de la deuxième séance, un aide
place le chien sur une table mise au centre de la cabine et limite les
déplacements de l'animal par la pose d'un harnais léger placé à la racine
des quatre membres. Devant la table est placé un plateau percé d'un
orifice circulaire dans lequel défileront un à un des bols remplis de
nourriture. La commande de cet appareil distributeur de récompense
est assurée par l'expérimentateur. A quatre ou cinq reprises au cours
de cette séance, celui-ci déclenche l'apparition d'un bol ; le chien porte
alors rapidement son museau vers l'orifice du plateau pour absorber
la nourriture.
Au cours des séances suivantes, l'association va être faite entre un
son, un mouvement et la nourriture. Chaque fois que l'expérimentateur
donne le son, l'aide placé dans la cabine saisit le membre antérieur droit
du chien et le pose sur le plateau ; puis l'apparition d'un bol est pro
voquée et le chien mange la nourriture. Dix à quinze associations ana
logues sont pratiquées dans chaque séance à des intervalles d'une à
trois minutes. De temps à autre, on donne le son sans que l'aide inter
vienne de manière à observer si l'animal effectue lui-même le mouvement
de la patte vers le plateau.
Au bout de quelques séances, les réponses de ce type deviennent
très régulières, l'aide a quitté la pièce et le chien pose seul sa patte sur le
plateau dès qu'il entend le son.
Cette méthode utilise donc au début le mouvement passif, commandé
par l'aide. Un conditionnement voisin peut être obtenu et même plus
rapidement si l'on utilise un mouvement actif. Par exemple, avant tout
conditionnement, si après avoir distribué quelques bols pleins on fait
apparaître un bol vide, le chien impatient fléchit la patte et la place
sur le plateau pour gratter le bol. Si ce mouvement spontané est aussitôt
récompensé par l'apparition d'un nouveau bol plein, le conditionnement
du mouvement peut être obtenu en quelques associations.
2° Dans le réflexe défensif d'évitement, le stimulus inconditionnel
utilisé initialement chez le chien comportait la pénétration d'une
solution acide dans sa gueule. Dans cette expérience, l'animal tente
d'éliminer ce liquide par des mâchonnements de rejet identiques à ceux
qu'il présente lorsqu'un os est coincé entre ses dents. Le son annonce
l'arrivée de l'acide et provoque le mâchonnement. Si, après avoir fait
entendre le son, on fléchit la patte du chien, mais dans ce cas sans intro
duire l'acide, le chien apprend progressivement à fléchir la patte dès
qu'il entend le son, pour éviter l'arrivée de ce stimulus inconditionnel
« désagréable ».
Ce réflexe d'évitement présente certaines particularités :
1) C'est une réponse à Vabsence de stimulus inconditionnel puisque,
lorsque le chien effectue le mouvement, il n'est pas stimulé par l'acide ;
2) Le mouvement conditionné de la patte se substitue au mâchon
nement conditionné qui disparaît progressivement ;
3) Bien que le stimulus inconditionnel ne soit pas appliqué, le mouve- NOTES 56
ment conditionné apparaît très régulièrement au son et peut même per
sister pendant plusieurs semaines sans renforcement. Cette stabilité
s'accroît si, à chaque essai, on interrompt le son dès que le chien a
effectué le mouvement. L'acide que l'on introduit dans la gueule du
chien peut être remplacé par un jet d'air projeté sur l'oreille ou par
différents agents douloureux ou désagréables.
Le stimulus inconditionnel qu'on utilise le plus souvent pour obtenir
un réflexe d'évitement est actuellement le choc électrique. Ce stimulus
peut être appliqué aussi bien chez le chat que chez le chien. Dans les
expériences effectuées chez le chat (S. Soltysik, K. Zielinski), l'animal
est placé dans une cabine, le choc est délivré par une grille métallique
qui en constitue le plancher. Une planchette émerge d'une des parois
latérales. L'animal saute d'abord sur la planchette dès qu'il reçoit le
choc, puis ultérieurement dès qu'il entend le son qui annonce le choc.
On réduit alors progressivement la surface de la planchette de telle
sorte que seul un de ses bords dépasse l'intérieur de la cabine. Lorsque
l'on donne le son, le chat appuie sur ce qui n'est plus qu'un levier et
évite ainsi le choc.
Deux stades apparaissent nettement au cours du conditionnement.
Dans les premières séances, le chat est effrayé, agité, il miaule, il parcourt
toute la pièce, se précipite sur la planchette, souvent il urine, perd ses
matières. Au contraire, les séances suivantes montrent un animal
immobile, figé, placé exactement au niveau du levier et effectuant un
mouvement parcimonieux d'une patte pour éviter le choc.
Chez le chat, comme chez le chien, la stabilité du réflexe d'évitement
est très grande. Différentes théories sont proposées pour expliquer le
fait que ce réflexe conditionné soit stable bien que non renforcé.
Soltysik, se basant sur une hypothèse du Pr Konorski, montre que
le mouvement d'évitement ou plus exactement les influx proprioceptifs
nés de ce mouvement possèdent les propriétés d'un réflexe inhibiteur.
En effet, chez le chien, la tachycardie qui apparaît dès le début du
son conditionné fait place à une bradycardie dès que l'animal a effectué
le mouvement [25]. Chez le chat, certaines variations du conditio
nnement en fonction du protocole expérimental des premières séances
confirmeraient aussi le caractère inhibiteur du mouvement d'évitement.
Si le son n'est pas associé au choc dès le début de l'expérience, mais
seulement après que l'animal ait appris à interrompre le stimulus désa
gréable par un appui sur le levier, le conditionnement se fera mal. La
« liaison » du son au choc excitateur semble nécessaire à la formation du
conditionnement, et l'établissement trop précoce d'un autre couple choc-
mouvement inhibiteur empêcherait la formation de cette liaison [26].
Cette propriété inhibitrice du mouvement qui peut empêcher la
formation du réflexe conditionné d'évitement expliquerait justement
la grande stabilité de ce réflexe lorsque celui-ci est formé (Soltysik,
Zielinski). LORD, MASSION. SÉJOUR AU LABORATOIRE DU Pr J. KONORSKI 57 LE
B) Les phénomènes conditionnés
d'abstention au stimulus négatif
Gomme le conditionnement classique, le conditionnement de
type II utilise des stimuli « inhibiteurs » (stimulus différentiel donné à
plusieurs reprises sans jamais être combiné avec l'alimentation). Gomme
nous le verrons ultérieurement, mieux que la salivation, le mouvement
conditionné met bien en évidence que ces stimuli provoquent non pas
simplement l'absence, la suppression active d'une réponse, mais bien
un autre type de réponse.
1° Phénomènes conditionnés d'abstention
a) Dans le conditionnement alimentaire, deux types d'abstention
sont observés :
— abstention dans Vintervalle de temps entre les stimulations. Au
début du conditionnement, le chien a tendance à poser à tout moment
sa patte sur le plateau. Peu à peu, il distingue le son stimulus positif
qui annonce la récompense, et le silence stimulus négatif, durant
lequel il n'est pas récompensé. Il fléchit alors la patte dès qu'il
entend le son, mais il s'abstient d'effectuer ce mouvement entre les
stimulations ;
— abstention au stimulus négatif. Si on donne deux stimulations,
S 1 toujours suivie de nourriture, S 2 ressemblant à S 1 jamais suivie
de nourriture, ces deux stimulations provoquent d'abord le même
mouvement, ensuite, peu à peu, le chien s'abstient d'effectuer le
mouvement conditionné lorsque l'on fait entendre S 2.
b) Dans le conditionnement défensif d'évitement, les phénomènes
d'abstention sont plus difficiles à obtenir car très rapidement le stimulus
positif n'est plus renforcé : l'animal appuie sur le levier dès qu'il entend
un son positif et il évite ainsi le choc. Gomme il effectue le même mouve
ment lorsqu'il entend un autre son, il lui est impossible de « deviner »
que s'il n'effectuait pas ce mouvement à ce nouveau son, il ne recevrait
pas de choc. Cependant, en allongeant la durée des stimulations et
en les faisant se chevaucher de façon particulière, Mme Fonberg puis
K. Zielinski et S. Soltysik sont parvenus à réaliser un stimulus négatif
d'évitement. Dès qu'il entend ce stimulus, le chat présente des phéno
mènes d'abstention très apparents, se recroqueville sur la grille de sa
cage, mais il n'effectue pas le mouvement d'évitement.
Les phénomènes conditionnés d'abstention qui apparaissent dans ce
conditionnement défensif d'évitement ne se limitent donc pas seulement
à l'absence ou à la suppression du mouvement conditionné, mais ils
s'extériorisent sous des aspects variés. Dans le conditionnement al
imentaire pendant le silence et au moment du stimulus négatif, des
mouvements et attitudes très complexes sont également observés :
le chien piétine la planche de la table, ou il maintient ses pattes rigides,
figées dans une position d'extension forcée ; il ébauche parfois des 58 NOTES
mouvements de la tète vers le plateau ou au contraire à l'opposé du
plateau ; parfois seule la mimique est modifiée, la position des oreilles,
l'orientation des yeux, etc.
C) Les phénomènes d'abstention et les mouvements
après attente au stimulus à renforcement différé
La méthode du réflexe conditionné retardé a été bien décrite dans
le conditionnement salivaire classique. Dans cette méthode, le son ne
dure pas seulement quelques secondes, mais est prolongé pendant une
demi-minute à une minute au plus, et l'apparition de la nourriture est
retardée. Après un certain nombre de répétitions de ces sons prolongés
à renforcement retardé, l'animal ne salive plus dès le début du son,
mais plus tard, peu de temps avant le début de l'alimentation.
Les réflexes avec attente [20], très étudiés dans le laboratoire du
Pr Konorski, se distinguent du réflexe conditionné retardé de type I,
tant par la nature de la réponse étudiée (ce n'est pas la salivation mais le
mouvement) que par la distribution des stimulations (le son est bref
et l'apparition de la nourriture plusieurs dizaines de secondes après la
fin de cette stimulation n'est alors plus seulement retardée mais différée).
a) Dans le réflexe alimentaire de locomotion avec attente (W. Lawicka),
l'animal évolue dans une vaste chambre en forme de losange dont les
deux angles aigus et un angle obtus sont occupés par des distributeurs
d'alimentation. Dans le dernier angle est placé le compartiment de
l'expérimentateur et, devant lui, une plate-forme de départ où se
trouve l'animal. Chaque distributeur d'alimentation est muni d'une
source sonore.
Au cours de l'expérience, un signal sonore venant, soit de droite,
soit de gauche, soit du fond de la pièce, sera donné à plusieurs reprises
à des intervalles de temps convenables. Il indique à l'animal qu'à cet
endroit vient d'apparaître un bol plein de nourriture. Quelques essais
seulement sont nécessaires pour que l'animal se dirige sans la moindre
erreur vers l'angle de la pièce d'où est parti le signal sonore afin de manger
le contenu du bol. Ce réflexe de locomotion vers la nourriture est si
constant et d'apparition si précoce chez le jeune animal que certains
auteurs ne le considèrent pas comme une réponse conditionnée.
Mais l'établissement de ce réflexe peut être rendu difficile si l'expér
imentateur, après avoir donné le signal, retient l'animal pendant un temps
plus ou moins long, pouvant atteindre une minute ou davantage. L'attente
à laquelle est soumis l'animal fait apparaître divers types d'erreurs.
Celui-ci ne se dirige plus régulièrement vers le distributeur qui avait
été signalé par le son. Parfois, il se rend au plateau vers lequel il se trouve
lui-même présentement orienté ; d'autres fois il revient vers le plateau où
il avait reçu la récompense précédente (conditionnement en « un essai »).
En somme, dans les deux cas, le « bon » signal semble avoir été oublié,
ce qui paraît traduire un trouble de la mémoire récente. Un signe souvent
retrouvé chez le chat [21] s'opposerait à cette interprétation ; l'animal MASSION. SÉJOUR AU LABORATOIRE DU Pr J. KONORSKI 59 LELORD,
après être allé dans la mauvaise direction, se corrige spontanément et se
rend aussitôt après au plateau qui venait d'être signalé. Dans tous les
cas, cette attente semble modifier ce qu'on pourrait appeler une échelle
des valeurs. Le « bon » signal perd sa valeur localisatrice et la valeur qui
oriente le chat devient soit la « trace » de la récompense passée (persévé-
ration), soit l'ensemble des afférences de la position prise par l'animal
juste au moment où il est libéré (actualisation). Fait essentiel, ces
erreurs observées au début du conditionnement disparaissent après
quelques essais chez l'animal normal. Le chien comme le chat peuvent
répondre correctement dans près de 100 % des cas même dans des expé
riences où la récompense est différée de plusieurs minutes.
b) Pour les phénomènes conditionnés d'abstention après attente
(H. Chorazyna), les expériences sont effectuées sur le chien, placé dans la
pièce sur la table du conditionnement de type II habituel. Les stimulat
ions sont groupées en « ensembles » de deux sons successifs séparés par
un intervalle de 5 à 15 secondes. Le premier ensemble est constitué par
deux sons identiques, le second par deux sons de hauteurs différentes.
On sait que dans les expériences classiques de différenciation le chien
qui répond habituellement à un son déterminé S 1 doit apprendre à ne
pas répondre à un son S 2. Dans l'expérience effectuée ici, le chien se
trouve en présence de stimulations composées qu'on peut comparer aux
deux premières notes d'une mélodie [4]. La hauteur de la première note
peut varier, et l'animal doit attendre la seconde note pour donner la
réponse. Si la deuxième note est identique à la première, l'animal fléchit
la patte et reçoit l'alimentation. Si la deuxième note est différente de la
première, on observe alors des phénomènes d'abstention (exemple de
protocole expérimental : si-si ensemble positif, ré-ré ensemble positif,
do-fa ensemble négatif, sol-sol si-mi négat
if, etc.). Cette expérience, dont la perfection est impressionnante,
nécessite une série d'étapes suivies de façon rigoureuse. Il faut notam
ment corriger progressivement les erreurs : d'abord flexion anticipée
de la patte au premier son quel qu'il soit ; puis, lorsque la différenciation
est commencée, flexion au deuxième son de l'ensemble négatif. On peut
de la même façon réaliser une différenciation entre un ensemble « son
haut-son bas » et un ensemble « son bas-son haut ».
Au terme de cette description des principaux réflexes conditionnés
de type II, la grande variété d'aspects des réponses conditionnées aux
stimuli positifs comme aux stimuli négatifs doit être soulignée, car elle
n'est pas retrouvée dans le conditionnement classique. Il est donc
nécessaire de comparer point par point les deux types de conditionnement.
D) Comparaison des réflexes de type II
et des réflexes classiques
Si certains aspects de la réponse conditionnée diffèrent sensiblement
dans le conditionnement alimentaire ou défensif classique (de type I) et le du mouvement ou instrumental (de II),

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