Concordances d'infêrences dans une tâche d'attribution d'une écriture à un locuteur - article ; n°3 ; vol.104, pg 491-516

De
Publié par

L'année psychologique - Année 2004 - Volume 104 - Numéro 3 - Pages 491-516
Summary : Concordance of inferences in assigning a written production to a speaker
The way in which individual participants assign a written production to a particular speaker when they have to associate a text that they hear to the same text written by different writers is examined. Our investigations have sought to establish whether individual participants are able to identify the written production that should be assigned to a speaker, or whether they converge in assigning a written production to a speaker even ifit is not his/her own writing. The research consists of first, a set of six experiments requiring the matching of written and vocal productions by different groups of participants and, second, an evaluation of these productions by two other groups of participants. It appeared that the participants were unable to perceive « objective » correspondences between oral and written productions coming from the same individual. However, there was broad spontaneous consensus in the tested population. The results suggest that the criteria used by participants in carrying out their matchings are linked to specific associations of perceived characteristics of voices and written productions. The participants were most confident in their choices when there was a high degree of spontaneous consensus in the group.
Key words : vocal and written productions, concordances of intermodal inferences, spontaneous consensus.
Résumé
Nous avons recherché de quelle façon des sujets attribuent une écriture à un locuteur quand ils doivent associer un texte entendu à ce même texte écrit par différents scripteurs. Le paradigme expérimental retenu repose d'une part sur diverses expérimentations d'appariement entre des voix et des écritures par différents groupes de sujets, et d'autre part sur la qualification de ces écritures et de ces voix par d'autres groupes de sujets. Ces expérimentations permettent de mettre en évidence l'existence de consensus spontanés d'appariements. Ces consensus sont de deux types ils peuvent soit correspondre à l'attribution de son écriture à un locuteur, soit non. Nous avons montré que ces appariements étaient effectués sur la base d'associations spécifiques de caractéristiques de voix et d'écriture. En outre, les appariements sont assortis d'une confiance des sujets dans leur choix d'autant plus forte que le taux de consensus est élevé.
Mots clés : productions orales et écrites, concordances d'inférences intermodales, consensus spontanés.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
Lecture(s) : 37
Nombre de pages : 28
Voir plus Voir moins

M.-A. Leblanc
M. Kreutzer
Francis Eustache
H. Parant
K. Bachar
Concordances d'infêrences dans une tâche d'attribution d'une
écriture à un locuteur
In: L'année psychologique. 2004 vol. 104, n°3. pp. 491-516.
Citer ce document / Cite this document :
Leblanc M.-A., Kreutzer M., Eustache Francis, Parant H., Bachar K. Concordances d'infêrences dans une tâche d'attribution
d'une écriture à un locuteur. In: L'année psychologique. 2004 vol. 104, n°3. pp. 491-516.
doi : 10.3406/psy.2004.29676
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2004_num_104_3_29676Abstract
Summary : Concordance of inferences in assigning a written production to a speaker
The way in which individual participants assign a written production to a particular speaker when they
have to associate a text that they hear to the same text written by different writers is examined. Our
investigations have sought to establish whether individual participants are able to identify the written
production that should be assigned to a speaker, or whether they converge in assigning a to a speaker even ifit is not his/her own writing. The research consists of first, a set of six
experiments requiring the matching of written and vocal productions by different groups of participants
and, second, an evaluation of these productions by two other groups of participants. It appeared that the
participants were unable to perceive « objective » correspondences between oral and written
productions coming from the same individual. However, there was broad spontaneous consensus in the
tested population. The results suggest that the criteria used by participants in carrying out their
matchings are linked to specific associations of perceived characteristics of voices and written
productions. The participants were most confident in their choices when there was a high degree of
spontaneous consensus in the group.
Key words : vocal and written productions, concordances of intermodal inferences, spontaneous
consensus.
Résumé
Nous avons recherché de quelle façon des sujets attribuent une écriture à un locuteur quand ils doivent
associer un texte entendu à ce même texte écrit par différents scripteurs. Le paradigme expérimental
retenu repose d'une part sur diverses expérimentations d'appariement entre des voix et des écritures
par différents groupes de sujets, et d'autre part sur la qualification de ces écritures et de ces voix par
d'autres groupes de sujets. Ces permettent de mettre en évidence l'existence de
consensus spontanés d'appariements. Ces consensus sont de deux types ils peuvent soit correspondre
à l'attribution de son écriture à un locuteur, soit non. Nous avons montré que ces appariements étaient
effectués sur la base d'associations spécifiques de caractéristiques de voix et d'écriture. En outre, les
appariements sont assortis d'une confiance des sujets dans leur choix d'autant plus forte que le taux de
consensus est élevé.
Mots clés : productions orales et écrites, concordances d'inférences intermodales, consensus
spontanés.L'année psychologique, 2004, 104, 491-516
Université Paris X • Nanterre, Laboratoire d'Éthologie
et Cognition comparées1*
INSERM E0218 - Université de Caen ;
École pratique des Hautes Études (CNRS UMR 8581 ,
Université René-Descartes, Paris 5)2**
École supérieure des Sciences commerciales d'Angers
(ESSCA )'****
CONCORDANCES D'INFERENCES DANS UNE TACHE
D'ATTRIBUTION D'UNE ÉCRITURE À UN LOCUTEUR
Michel- Antoine LEBLANC*,
Michel KREUTZER*, Francis EUSTACHE**,
Hélène PARANT* et Kaddour BACHAR***
SUMMARY : Concordance of inferences in assigning a written production to
a speaker
The way in which individual participants assign a written production to a
particular speaker when they have to associate a text that they hear to the same
text written by different writers is examined. Our investigations have sought to
establish whether individual participants are able to identify the written
production that should be assigned to a speaker, or whether they converge in
assigning a written production to a speaker even if it is not his/her own writing.
The research consists of, first, a set of six experiments requiring the matching of
written and vocal productions by different groups of participants and, second,
an evaluation of these productions by two other groups of participants. It
1. 200, avenue de la République, 92000 Nanterre. E-mail :
ma.leblanc@free.fr.
2. 71, avenue Edouard- Vaillant, 92774 Boulogne-Billancourt Cedex.
3. 1, rue Lakanal, 49003 Angers cedex 01.
Nous remercions particulièrement pour leur appui ou leurs conseils
Jean-Marc Bernard (Univ. Paris 5), Geneviève Caelen-Haumont (CNRS),
Jean-Pierre Deconchy X), Carolyn Granier-Defferre (Univ. Paris 5),
Jean-Sylvain Liénard (LIMSI, ORSAY, CNRS), Jean-Luc Mogenet X),
Dominique Oberlé (Univ. Paris X), Hervé Platel (Univ. de Caen) et Atanas Tcho-
banov (Univ. Paris X), ainsi que Gérard Clavelin et Henri Lauransot (CLADIX,
Univ. Paris X) pour l'aide technique apportée lors des enregistrements. 492 Leblanc, Kreutzer, Eustache, Parant et Bachar
appeared that the participants were unable to perceive « objective »
correspondences between oral and written productions coming from the same
individual. However, there was broad spontaneous consensus in the tested
population. The results suggest that the criteria used by participants in
carrying out their matchings are linked to specific associations of perceived
characteristics of voices and written productions. The participants were most
confident in their choices when there was a high degree of spontaneous
consensus in the group.
Key words : vocal and written productions, concordances of intermodal
inferences, spontaneous consensus.
I. INTRODUCTION
Les relations entre langage oral et langage écrit ont suscité
depuis plusieurs décennies de très nombreux travaux de psycho
linguistique et de neuropsychologie cognitives, portant notam
ment sur les représentations sémantiques, phonologiques et
orthographiques des mots, et leurs interactions. Pour autant, la
présente recherche concerne un aspect particulier de l'inter-
modalité du langage.. rr«i semble n'avuix fail l'objet jusqu'ici que
de peu d'attention. Elle concerne en effet la perception par des
sujets des singularités individuelles d'une même production lan
gagière, exprimée soit sous forme orale, soit sous forme écrite
par un ensemble d'individus.
Chacun possède une voix et une écriture qui lui sont propres.
Ces productions orale et écrite appartenant à des modalités
expressives différentes peuvent-elles être mises en correspon
dance ? Ces correspondances pourraient se produire de différen
tes manières lors de tâches individuelles. Nous en avons recher
ché deux : 1 / des individus convergent-ils pour attribuer une
écriture à un sujet locuteur, même s'il ne s'agit pas de son écri
ture ? 2 / des individus sont-ils capables de trouver l'écriture qui
doit effectivement être attribuée à un sujet locuteur ?
Une situation expérimentale d'appariement entre des voix et
des écritures par des sujets s'inscrit nécessairement dans un
contexte qui relève de la cognition sociale, à savoir du « processus
par lequel un individu construit et entretient une connaissance de
la réalité sociale et, ce faisant, la produit ou la reproduit social
ement » (Beauvois et Deschamps, 1990). L'écoute d'une voix ou la
vision d'une écriture par des sujets constituent pour ceux-ci d' inferences 493 Concordances
l'exposition à des stimulus sociaux. En effet, les individus sont
notamment portés à se former des impressions (Asch, 1946 ; Kel-
ley, 1950) sur les auteurs de ces stimulus, et à formuler des hypot
hèses sur leurs attributs physiques ou psychologiques (Heider,
1958). Plus précisément, divers travaux expérimentaux (Allport
et Cantril, 1934 ; Kramer, 1964 ; Hunt et Lin, 1967 ; Ramsay,
1968 ; Scherer, 1972 ; Aronovitch, 1976 ; Scherer, Banse et Wall-
bott, 2001 ; Krauss, Freyberg et Morsella, 2002) ont montré que
l'écoute de la voix d'une personne inconnue suscite peu ou prou
chez l'auditeur des représentations concernant cette personne à
différents égards : traits de personnalité, appartenance sociale,
état émotionnel, et aussi certaines caractéristiques physiques.
Il apparaît de plus que se manifestent alors des croyances
partagées sur des correspondances entre des types de voix et des
attributs psychologiques, sociaux ou physiques (Zuckerman et
Driver, 1989 ; Zuckerman, Miyaké et Hodgins, 1991). Des voix
douces au ton élevé suscitent davantage des impressions de sou
mission et de sincérité que des voix plus fortes et basses (Robin-
son et Me Arthur, 1982 ; Ohala, 1996) ; des voix enfantines lais
sent supposer des locuteurs plutôt faibles, incompétents et
chaleureux (Monteparre et Me Arthur, 1988).
Ainsi procède-t-on couramment, à partir d'indices vocaux, à
la production d'inférences sur l'auteur d'une voix, qui se tradui
sent par des attentes partagées sur ce qu'est celui-ci. Pour
autant, la confrontation à la réalité des personnes amène aussi à
constater des discordances entre les attentes et cette réalité, et
donc la production d'inférences erronées, dont on constate en
outre qu'elles sont socialement largement partagées. C'est ainsi
que Collins (2000) a mis en évidence la production de telles infe
rences erronées, spontanément partagées, par une population de
femmes sur certaines caractéristiques physiques d'hommes, et
sur leur charme, à partir de l'écoute de leur voix.
Ce qui vaut pour la voix vaut également pour l'écriture.
L'écriture induit de même des représentations stéréotypées fon
dées sur des théories implicites de la personnalité, et est ainsi
également à la source d'inférences socialement partagées. Si de
nombreux auteurs ont souligné la faiblesse interprétative des
« analyses » graphologiques pratiquées, et leur insuffisance de
fondements objectifs (Eysenck, 1955 ; Neter et Ben-Shakkar,
1989 ; Smith, Gregg et Andrews, 1989 ; Balicco, 1997 ; Bru-
chon-Schweitzer, 2000), il apparaît de plus que les modèles de 494 Leblanc, Kreutzer, Eustache, Parant et Bachar
personnalité utilisés par des sujets naïfs d'une part et par des
graphologues experts d'autre part ne sont pas sensiblement dif
férents (Verquerre et Méplaux-Deroubaix, 1996 ; Michaux -
Granier, Vrignaud et Ohayon, 1999).
On peut de plus s'interroger sur la façon dont une population
de sujets est conduite à apparier des voix et des écritures appar
tenant aux mêmes individus ou à des sujets différents.
Wilson et Nisbett (1978) ont clairement montré qu'il était
illusoire de demander aux sujets sur quoi reposaient leurs juge
ments. Les sujets se fondent en effet sur des théories causales
a priori, qu'ils considèrent comme plausibles, et qui préexistent
à la situation. Ainsi, les causes invoquées peuvent-elles être en
l'espèce indifféremment pertinentes ou non.
Ainsi donc, la question posée en termes de correspondance
entre parole et écriture revient-elle, dans ce contexte, à exami
ner si des sujets exposés d'une part à des voix et d'autre part à
des écritures établissent ou non, de façon spontanément par
tagée, des correspondances entre les attentes suscitées chez eux
et par celles-ci et par celles-là, et dans l'affirmative à tenter d'en
préciser les modalités.
L'hypothèse que des individus puissent percevoir une rela
tion entre la production écrite et la production orale d'un même
émetteur n'apparaît pas d'emblée s'imposer. Elle ne peut pour
autant être écartée a priori. Dans cette mesure, la possibilité que
les appariements demandés puissent se traduire par des mises en
correspondance « objectivement » fondées mérite d'être prise en
considération.
Compte tenu des éléments qui précèdent, notre objectif est
donc, après nous être assurés que d'éventuelles correspondances
« objectives » ne sont pas perceptibles, d'examiner si les mises
en correspondance qu'effectuent des sujets entre des écritures et
des voix donnent lieu ou non à des concordances d'inférences.
Dans l'affirmative, il s'agira de voir si de tels consensus reposent
sur des caractéristiques particulières de voix et d'écritures.
Enfin, dans la mesure où ces consensus pourraient relever de
théories causales a priori reposant pour une large part sur des
présupposés culturels (Nisbett et Wilson, 1977), et donc parta
gées par les sujets, on se demandera s'il existe des relations entre
le niveau de consensus constaté et le niveau de confiance que les
sujets attribuent à leur propre jugement, reflétant ainsi la plau-
sibilité pour les sujets de ces théories causales. Concordances d'inférences 495
II. MATERIELS ET METHODES
II. 1. RATIONNEL DE L'ETUDE
La recherche de correspondances, vraies ou fausses, entre productions
orale et écrite nous a conduit à élaborer un dispositif expérimental comport
ant trois séries d'expérimentations.
Toutes ces expérimentations ont été réalisées en situation collective, les
sujets étant en groupe, mais la tâche étant effectuée de façon individuelle
et sans que les sujets ne communiquent entre eux leurs réponses. Il n'est
donc pas indifférent de préciser que lorsque des consensus sont observés, il
s'agit de consensus spontanés et non du reflet d'interactions sociales liées à
la situation expérimentale. Par ailleurs chacune des expérimentations a été
réalisée avec des sujets différents, de façon à éviter les éventuels effets de
transfert d'une expérimentation à l'autre. Tous étaient de langue française,
et étudiants en psychologie.
a I Dans une première série, des sujets ont effectué des appariements
entre d'une part la voix d'un locuteur et d'autre part plusieurs écritures,
dont l'une a été produite par ce même locuteur. Cela nous a permis de tester
l'existence d'inférences partagées, vraies ou fausses, par les individus entre
la voix et l'écriture. A la faveur de ces expériences, nous avons recueilli en
outre des informations sur des critères qualitatifs que les sujets considèrent
comme particulièrement prégnants pour qualifier d'une part les voix et
d'autre part les écritures.
b I Dans une deuxième série d'expériences, nous avons fait évaluer les
voix et les écritures par d'autres sujets, en visant à examiner si les princ
ipaux critères qualitatifs précédemment apparus peuvent rendre compte
des mises en correspondance et des inferences.
c / Une dernière série enfin a permis de préciser les modalités des corre
spondances constatées, selon un double éclairage. D'une part nous avons
cherché à valider que de telles correspondances s'établissent principal
ement sur la base de certaines attentes et de représentations de voix et
d'écritures. D'autre part nous avons recherché s'il existe une relation entre
l'ampleur des consensus spontanés constatés et le degré de certitude avec
lequel les sujets pensent avoir fait un bon appariement.
II. 2. SÉLECTION ET ENREGISTREMENT DES STIMULI
Dans une première phase a été constitué un matériel expérimental
composé, à partir d'un seul et même texte des « Carnets du Major Thomps
on » (Daninos, 1961), de 120 productions écrites émanant de 120 individus
différents et de la production orale de 40 de ces mêmes individus : 496 Leblanc, Kreutzer, Eustache, Parant et Bachar
« Les Français, qui consacrent une partie appréciable de leur journée à
la poignée de main, passent également un temps considérable à se prier
réciproquement d'entrer dans leurs maisons. Les uns prient les autres
d'entrer, les autres jurent qu'ils n'en feront rien. Les premiers disent : "Moi
non plus". Et, de fil en aiguille, les Français ont passé (environ) trois siècles
et demi depuis Charlemagne sur le pas de leurs portes. On est même étonné
d'en trouver quelques-uns chez eux. »
Le recueil des échantillons d'écriture a été effectué auprès de sujets de
langue française, homogènes quant au sexe (féminin), à l'âge (21 à 25 ans)
et au niveau scolaire (étudiantes en année de licence de psychologie). Les
conditions de ce recueil, réalisé collectivement, étaient normalisées.
Au sein de ces sujets, 40 étudiantes, tirées au hasard parmi celles ayant
donné leur accord, ont été enregistrées lisant le texte utilisé pour le recueil
d'écritures. Les conditions de cet enregistrement, réalisé individuellement,
étaient également standardisées. L'ensemble des enregistrements a été
effectué dans le studio radio de l'Université Paris X - Nanterre sur disque
magnéto-optique de 2,6 gigabits à partir d'un magnétophone numérique
STUDER D424, puis transféré sur CD audio (16 bits, norme 44. 1).
III. PREMIERE SERIE D'EXPERIMENTATIONS :
TESTS D'APPARIEMFNT VOIX-ÉCRITURES
Cette première série a comporté deux sous-ensembles de deux expéri
mentations chacun. Un premier sous-ensemble d'expérimentations a été
constitué, comprenant : 40 situations expérimentales (40 items) de choix,
comportant à chaque fois 1 voix et le choix entre 3 écritures, effectué sans
feed-back : pendant la durée du test, les sujets ne savaient à aucun moment
s'ils avaient donné de bonnes ou de mauvaises réponses (EXP1 et EXP2). Un
deuxième sous-ensemble d'expérimentations consistait en 40 situations
expérimentales (40 items) de choix comportant à chaque fois 1 voix et le
choix entre 2 écritures, avec feed-back sur la réussite : à l'issue de chaque
item, on indiquait aux sujets quelle était la bonne réponse (EXP3 et EXP4).
III. 1. DEUX EXPÉRIMENTATIONS SANS FEED-BACK
(EXP1 ET EXP2)
III. 1.1. CONDITIONS EXPÉRIMENTALES
Le groupe de sujets concerné par la première expérimentation (EXPl)
était composé de 101 individus (88 femmes et 13 hommes). La deuxième
expérimentation (EXP2) s'est déroulée avec le concours de 36 sujets (33 fem
mes et 3 hommes). Concordances d'inférences 497
Au cours de chaque test, 40 items successifs étaient proposés, compos
és chacun de l'écoute de l'une des 40 voix et de la projection de trois écri
tures (dont une, et une seulement, avait été produite par l'auteur de la
voix). Il était demandé aux sujets d'apparier la voix à l'une des trois
écritures.
L'ordre des items de la première expérimentation a été établi par tirage
au sort. Pour pouvoir distinguer l'effet propre des items et l'effet dû à leur
rang de présentation, on a réalisé la deuxième expérimentation selon le
même protocole, mais en inversant l'ordre des items.
Au terme de la première expérimentation, un questionnaire a été en
outre proposé, par lequel les 101 sujets ont été interrogés sur leur façon de
qualifier et de catégoriser les voix et les écritures.
III . 1 . 2. ANALYSE DES DONNÉES
Des tests de Chi2 ont été effectués systématiquement sur :
— la performance de chacun des sujets, à savoir leur taux de bonnes
réponses (BR dans le reste du texte) ;
— les distributions de réponses de l'ensemble des sujets pour chacun des
40 items. Les items pour lesquels le taux de BR de l'ensemble des sujets
s'écartait significativement, soit de façon positive, soit de façon négat
ive, de la proportion aléatoire de 1/3 ont ainsi été identifiés.
De plus on a établi de façon systématique le taux de consensus manif
esté par l'ensemble des sujets, qu'il s'agisse ou non de BR, c'est-à-dire
leur tendance globale à s'accorder pour donner l'une des réponses
possibles ou pour en ignorer une autre. Pour ce faire, on a calculé les
intervalles des fluctuations aléatoires autour de la proportion aléatoire
de 1/3 au seuil de confiance de .05 à partir d'un modèle multinomial
d'équirépartition. On a ensuite examiné, pour chacun des 40 items, si la
proportion de la réponse majoritairement exprimée par les sujets et celle
de la réponse minoritaire étaient ou non comprises dans ces intervalles.
Dans la négative étaient constatés soit des consensus de choix (réponse
significativement majoritaire), soit des qu'on a qualifiés de
« non-choix » (réponse significativement minoritaire). En effet, pour
effectuer leur choix d'une écriture parmi trois, les sujets peuvent a priori
se déterminer en procédant de deux façons différentes : soit en procédant
d'emblée à la sélection de l'une des trois écritures, soit en en
premier lieu à l'élimination de celle des trois écritures leur paraissant le
moins convenir.
Une analyse de variance a été réalisée sur les données des deux expéri
mentations regroupées selon l'un des deux plans d'analyse S<O2>*I40 et
S<O2>*R40, où S désigne les 137 sujets, le facteur O désigne les deux
ordres de passation, 01 correspondant à EXP1 et 02 à EXP2, le facteur I les
40 items et le facteur R le rang des items. 498 Leblanc, Kreutzer, Eustache, Parant et Bachar
En outre a été vérifié un éventuel effet de la position de présentation
des transparents (gauche, centre ou droite) sur le choix des réponses d'une
part, et sur les performances positives en termes de BR d'autre part (tests
de Chi2).
L'analyse des réponses du questionnaire soumis aux sujets au terme du
test d'appariement a enfin donné lieu à une analyse de contenu. Celle-ci
avait pour objet, à partir de l'identification de regroupements apparaissant
sémantiquement homogènes, pour les écritures d'une part et pour les voix
d'autre part, de constituer des catégories bipolaires s'avérant particulièr
ement prégnantes pour les sujets.
III. 1.3. RÉSULTATS
Lors de la première expérimentation (101 sujets), 1 seul sujet
a obtenu un taux statistiquement élevé, et 2 un taux statistiqu
ement bas (au seuil de p < .05) de bonnes réponses (BR).
L'analyse des résultats agrégés pour les 137 sujets des deux
expérimentations permet les constats suivants :
• Le taux moyen de BR de l'ensemble de ces sujets pour
l'ensemble des 40 items est de 33,36 %, ce qui ne diffère
pas significativement de 1/3, taux du hasard. Il n'y a pas en
outre d'effpt significatif de position de présentation des trans
parents.
• La première analyse de la variance fait ressortir un effet
significatif des rangs (F(39,5265) = 3,49,/? < .001), mais dont la
composante linéaire n'est pas significative (F(l,135) — 0,07, NS),
ce qui indique qu'il n'y a pas d'effet facilitateur tenant au dérou
lement temporel de l'expérience. La seconde analyse de la
variance fait ressortir un effet significatif des items
(F(39,5265) = 6,72, p < .001), ce à quoi fait d'ailleurs écho
ci-après l'existence de consensus pour certains items. Il n'y a pas
de différence significative entre les deux ordres de passation
(ml = 33,2 %, ml = 33,8 %, F(l,135) = 0,03, NS).
• Les nombres d'items, parmi les 40, pour lesquels on observe
des taux de réponses significatifs à p < .05, soit en termes de
pourcentages significatifs de choix de Bonnes Réponses — BR —
(> 1/3) ou de non-choix de BR (< 1/3), soit en termes de consen
sus de choix (inferences partagées de sélection d'une écriture) ou
de consensus de non-choix (inferences partagées d'élimination
d'une écriture) font l'objet du tableau I.
A partir du recensement des informations qualitatives
recueillies par questionnaire au terme de la première expérimen-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.