Conditionnement, apprentissage et mémoire - compte-rendu ; n°1 ; vol.56, pg 197-213

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L'année psychologique - Année 1956 - Volume 56 - Numéro 1 - Pages 197-213
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
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C. Andrieux
G. Florès
F. Orsini
J. Le Ny
Henri Piéron
G. Viaud
2° Conditionnement, apprentissage et mémoire
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 197-213.
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Andrieux C., Florès G., Orsini F., Le Ny J., Piéron Henri, Viaud G. 2° Conditionnement, apprentissage et mémoire. In: L'année
psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 197-213.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_1_8864psychologie générale 197
2° Conditionnement, apprentissage et mémoire
Généralités sur l'apprentissage :
SPERRT (R. W.). — On the neural basis of the conditioned response
(La base nerveuse de la réponse conditionnée). — Brit. J. anim. Behav
iour, 1955, 3, 41-44. — HALDANE (J. B. S.). — A logical analysis
of learning, conditioning and related processes (Une analyse logique
du du conditionnement et des processus connexes). - — - Behav
iour, 1954, 6, 256-270.
Dans une communication présentée au XIVe Congrès de Psychologie,
S. développe une nouvelle hypothèse sur le déterminisme neurophysiol
ogique des réactions conditionnées. Il distingue deux courants parmi les
hypothèses antérieurement formulées. Les thèses structuralistes de
Pavlov et de ses successeurs invoquent la formation d'une trace, ou
modification morphologique du système nerveux, consécutive au frayage
de nouvelles voies. Parmi les théories à caractère purement fonctionnel,
une des plus récentes est celle de Hilgard et Marquis (1940) qui tente
d'expliquer le conditionnement par une auto-réexcitation des cellules
nerveuses sur la base des circuits de réverbération neuronique mis en
évidence par Lorente et Nô. Mais, pour S., toutes ces théories négligent
un aspect très important des faits de conditionnement : l'attitude
anticipatrice (« anticipatory set ») du sujet animal ou humain. Le corre
spondant physiologique de cette préparation mentale serait un état de
facilitation centrale (« central facilitory set ») pour une réaction condi
tionnée particulière. Conçue en termes purement fonctionnels — « dyna
miques », selon la terminologie de l'A. — la facilitation centrale serait
un processus extrêmement plastique, intermédiaire nécessaire entre
l'afférence et l'efférence. Le rôle de ce processus serait de distribuer
l'excitation sensorielle dans les voies motrices convenables, variables
selon les situations. En raison du rôle directeur et régulateur attribué
à la facilitation centrale, l'engramme nécessaire pour expliquer la réten
tion à long terme et la résistance des liaisons conditionnées à des boule
versements profonds du fonctionnement des centres nerveux (anesthésie
générale, crises convulsives spontanées ou provoquées, etc.) peut être
conçu comme une modification structurale peu extensive portant sur un
ou plusieurs points critiques. Cette hypothèse, qui attribue à la prépa
ration mentale un rôle majeur, permettrait de mieux comprendre un
grand nombre de faits : par exemple, les liaisons simultanées entre un
stimulus et plusieurs réponses motrices, même antagonistes, ainsi que les
résultats des extirpations cérébrales pratiquées par Lashley sur des
rats. On peut toutefois se demander si la notion de facilitation centrale
ne reste pas un peu trop uniquement verbale, et si le surcroît de comp
lexité qu'elle introduit dans le problè me de la physiologie des liaisons
conditionnées est bien légitimé par les difficultés qu'elle semble lever.
Dans une publication de caractère purement théorique, H. propose '1 93 ANALYSES BIBLIOGRAPH JQUKS
un mode de classification logique de tous les cas possibles de modification
du comportement, consécutive à une « expérience » (au sens le plus large
du terme). Quatre cas sont logiquement possibles, selon que la réac
tion R : (A) ne s'observe ni avant ni après l'expérience E ; (B) s'observe
après E, mais pas avant ; (G) avant E, mais pas après ; (D) avant et E. Une ou plusieurs des situations correspondant aux classes A, B,
G et D peuvent se rencontrer au cours d'un travail de recherche. C'est
ainsi par exemple qu'un résultat de type A D caractérise un « instinct
immuable » ou un « réflexe invariable », la réaction apparaissant toujours
dans les situations de la classe D, et rien que dans celles-ci. Au contraire,
le résultat A B symbolise l'apprentissage d'une nouvelle activité ; B G
peut représenter l'inversion d'un tropisme. Quant à l'excitation et à
l'inhibition conditionnée, elles s'expriment respectivement par A B D
et A G D, etc. L'A. poursuit cette nomenclature symbolique des réactions
en l'appliquant à la comparaison de deux espèces voisines, ou de deux
races d'une même espèce ; dans ce cas, les résultats s'inscrivent dans un
tableau à double entrée. Une telle « analyse logique » du comportement
présente plusieurs avantages importants : fournissant une caractéri-
sation parfaitement objective des conduites étudiées, elle permet de
confronter avec rigueur des interprétations qui diffèrent parfois par leur
formulation verbale surtout, et de les intégrer dans un ensemble expli
catif plus large,
G. V.
SKIPINE (G. V). — 0 mekhanisme generalîzatsii uslovnykh reflek-
sov — o zakone zamykatelnoî f unktsii v vyschikh ot delakh tsentralnoî
nervnoî sistemy (Sur le mécanisme de généralisation des réflexes
conditionnés — - Sur la loi de la fonction de connexion dans les secteurs
supérieurs du système nerveux central). — Jurnal vyschneî nervnoî
deiatelnosti, 1952, 2, 500-508. Trad. All. in Pawlow. Zeitschrift
für höhere Nerventätigkeit, 1952, 2, 665-673.
Après un rappel des conceptions de Pavlov sur le mécanisme de la
connexion et un rapprochement avec la théorie de la « dominante » de
Ukhtomski, l'auteur évoque la représentation pavlovienne de la général
isation, qui suppose que se forment, à côté de la liaison originale, des
liaisons secondaires nées de l'irradiation du processus d'excitation.
Les expériences effectuées par l'auteur portent sur 6 chiens. Elles
comportent 3 phases : 1) On établit plusieurs réflexes conditionnés sali-
vaires ordinaires à divers stimuli simples (bruit, sonnerie, lumière,
tacteur cutané, métronome) ; 2) On reprend l'un de ces stimuli avec
lequel on élabore un réflexe conditionné secréto-moteur à une stimulation
complexe : l'opération consiste à soulever la patte du chien en même
temps qu'on présente le stimulus ; au bout de quelque temps, le stimulus
utilisé provoque à lui seul le soulèvement de la patte ; 3) On teste alors
les autres stimuli employés dans la partie 1) : ils provoquent également
le soulèvement de la patte ; il y a donc eu une généralisation. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 199
Dans une expérience contrôle, on continue, chez l'un des chiens,
parallèlement à l'élaboration du réflexe salivo-moteur, à faire fonctionner
les liaisons purement salivaires ; testés ensuite, les stimuli en cause
n'évoquent aucune réaction motrice.
L'auteur s'appuie ensuite sur des expériences menées en son labo
ratoire par Nitkovskaïa et Pribovaïa. Il s'agit d'une expérience de
« reconnexion », d'un réflexe de second ordre. Celui-ci a été élaboré à
partir d'une liaison conditionnelle alimentaire. On transforme mainte
nant le premier réflexe en réflexe défensif (en renforçant par une décharge
électrique). Qu'évoquera le stimulus n° 2 ?
Plusieurs auteurs n'ont, dans des expériences semblables, constaté
aucun transfert. Nitkovskaïa et Pribovaïa en trouvent un.
Skipine discute et essaie d'expliquer ces résultats : la discordance
tient sans doute au stade plus ou moins avancé d'élaboration de la
reconnexion. Il propose une théorie de la généralisation fondée sur
l'idée suivante : il se constitue dans le cortex, durant le conditionnement
original, un foyer d'excitation de caractère dominant qui « attire » à lui,
pour ainsi dire, les excitations secondaires, provoquées ultérieurement
par des stimuli plus ou moins voisins. On renonce ainsi — comme le fait,
dans une autre perspective, Razran — à admettre l'existence de liaisons
généralisées, pour situer la généralisation au niveau de l'évocation.
J. L. N.
ANDREEVA (V. N.), Uslovnyi tormoz k sisteme uslovnykh raz
drajitelei U SOVak (Inhibiteur conditionnel à un système de stimuli
conditionnels chez des chiens). — In Trudy Instituta Fisiologii Imeni
1. P. Pavlova (Travaux de l'institut Pavlov de Physiologie), 1953,
2, 16-30.
V. N. Andreeva appartient au laboratoire de Physiologie et Pathologie
de l'A. N. S., dirigé par F. P. Maïorov. Conformément à la terminologie
pavlovienne classique, elle appelle inhibiteur conditionnel (textuellement
« frein » conditionnel) un stimulus qui a acquis la capacité d'inhiber par
sa présence l'action d'un conditionnel positif déterminé :
A ->■ R AB -> O
L'auteur fait l'hypothèse que le même schéma doit s'appliquer dans le
cas où le stimulus original A est remplacé par un système de stimuli.
V. N. Andreeva dispose de 5 chiens dont elle définit soigneusement
le type nerveux ; elle utilise la technique salivaire traditionnelle, mais
décrit avec précision toutes les réactions motrices accessoires. Le système
de stimuli, qui est de type temporel, comprend de 4 à 7 composantes
suivant les chiens ; certaines de ces composantes comportent elles-mêmes
une inhibition conditionnelle ou une différenciation.
Une fois l'animal bien conditionné au système, on introduit l'inhibi
teur conditionnel (un bruit de ronflement qui précédera le système) ; on
alterne les « jours alimentaires » (système primitif, avec renforcement), et 200 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
les « jours inhibiteurs » (ronflement, système de stimuli, pas de renfor
cement).
L'auteur décrit en détail l'évolution des processus pour chaque
animal, en tenant compte du type. Elle constate, en règle générale :
1) Pour les « jours inhibiteurs » : une diminution brusque de la salivation
totale (« inhibition externe »), puis un abaissement graduel
jusqu'au zéro (« transformation de l'inhibition externe en inhi
bition interne ») ; la durée de ce processus varie fortement suivant
les chiens ;
2) Pour les « jours alimentaires » : une chute brusque de la salivation
totale, variable selon les animaux (de 25 à 75 %). puis une
remontée graduelle ; le niveau atteint après élaboration complète
de l'inhibition conditionnelle est supérieur à celui obtenu avant
l'introduction du stimulus inhibiteur (« induction réciproque »).
Des différences interindividuelles importantes sont observées, ainsi
que des effets secondaires : larges oscillations de l'amplitude chez certains
chiens (« lutte des deux processus »), réactions motrices, somnolence...
L'interprétation confirme les notions pavloviennes fondamentales ;
nous avons indiqué entre parenthèses ses principaux moments.
J. L. N.
MALINOVSKIÎ (O. V.). — K mekhanismu uslovnykh refleksov na
Slojnye razdrajiteli (Sur le mécanisme des réflexes conditionnés à
des stimuli complexes). — In Trudy Instituta Fisiologii Imeni I. P.
Pavlova, (Travaux de l'Institut Pavlov de Physiologie), 1953, 2,
5-15.
O. V. Malinovskiî appartient au laboratoire de Physiologie Comparée
de l'A. N. S., dirigé par L. G. Voronine. Son travail porte sur la question
des stimuli complexes, étudiés également par ailleurs sous diverses formes
(systèmes simultanés ou successifs de stimuli, stirmili en chaîne, stimuli
de second ordre...) ; il utilise la technique de la « reconnexion » (« perek-
liutchenie »), introduite par Lindberg (1932) qui consiste à transformer
la signification signalétique d'un stimulus conditionnel en changeant la
nature du renforcement.
L'auteur expérimente ici sur deux singes ; il se sert de deux réactions,
l'une à renforcement alimentaire (manier le levier d'un mécanisme
distributeur), l'autre défensive : l'animal, douché par un jet d'eau, se
réfugie sur une plate-forme élevée.
Il élabore pour commencer une liaison alimentaire à un couple de
stimuli « en chaîne » (immédiatement successifs) ; sur cette base, il réalise
une succession très complexe de reconnexions, en renforçant les compos
antes au moyen du jet d'eau. En voici les grandes lignes :
a) Les stimuli de départ sont tous deux positifs ; la reconnexion porte
successivement sur la seconde et sur la première composante ; PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 201
b) On part d'une combinaison inhibitrice-conditionnelle (un stimulus
positif, un autre inhibiteur), et l'on opère en permutant les
éléments et les reconnexions.
On constate d'une manière générale : 1) Que la composante non
soumise à reconnexion ne subit pas de transfert de la réaction ; 2) Que les
composantes peuvent ne pas évoquer la même réaction selon qu'elles sont
employées isolément ou en composition ; 3) Que les stimuli inhibiteurs-
conditionnels transfèrent leur action aux seuls stimuli liés à la même
réaction inconditionnelle.
Des expériences, faites avec des stimuli de second ordre, ne révèlent
pas davantage de transfert dans la reconnexion. Ces résultats, contraires
à ceux rapportés par Skipine et Rokotova, sont discutés par l'auteur.
Sa principale conclusion est que, dans les stimuli complexes, « chacune
des composantes est liée directement à la représentation corticale du
centre inconditionnel, considéré comme foyer le plus puissant d'exci
tation ou d'inhibition dans le cortex. La différence des mécanismes
physiologiques des diverses sortes de réflexes conditionnés à des stimuli
complexes tient apparemment : 1° Au degré différent de synthèse des
différentes composantes ; 2° A l'état d'excitation ou d'inhibition dans la
représentation corticale du centre inconditionnel au moment de la
formation de la liaison temporaire ».
J. L. N.
CHOW (K. L.), NISSEN (H. W.). — Interocular transfer of learning
in visually naive and experienced infant chimpanzees (Transfert
interoculaire a" apprentissage chez des chimpanzés de première enfance
naïfs ou expérimentés). — J. comp. physiol. Psychol., 1955, 48,
229-237.
Sur six chimpanzés nouveau-nés, deux, pour le contrôle, sont élevés
dans des conditions normales, et quatre le sont à l'obscurité, l'un étant
soumis, successivement pour chacun de ses deux yeux, à une période
journalière de 1 heure et demie d'éclairement normal, tandis que les
trois autres sont soumis à une période égale d'éclairement, mais avec
vision normale pour un œil et vision diffuse pour l'autre, cela au cours de
20 semaines.
En faisant apprendre une discrimination de deux striations, l'une
horizontale, l'autre verticale, avec un seul œil, on constate que les 2 chim
panzés de contrôle, ayant la vision limitée à l'autre œil, réalisent d'emb
lée la même discrimination.
Le premier des animaux d'expérience ayant appris à faire la même
discrimination d'un œil, et celle de deux plages, l'une bleue, l'autre
rouge de l'autre, manifeste aussi un transfert parfait d'un œil à l'autre.
Il n'en a pas été de même pour les 3 autres chimpanzés qui apprirent
à discriminer horizontale et verticale, rouge et bleu, cercle et triangle de
l'œil qui avait eu des phases de vision normale. Les pourcentages de ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 202
réussite (dans 50 essais) ayant été de 90 à % après apprentissage, n'ont
été que de 48 à 70 initialement par emploi de l'autre œil (50 % ind
iquant un choix au hasard). Mais le réapprentissage avec cet œil s'est
fait très vite (économies allant de 43 à 91 %). Il semble qu'après un
état de surprise initiale, les animaux ont su très vite se servir de l'œil
« naïf » pour percevoir et discriminer normalement.
H. P.
ROBINSON (J. S.). — The sameness-difference discrimination pro
blem in chimpanzee (Le problème de la discrimination entre semblable
et différent chez le Chimpanzé). — J. comp. physiol. Psychol., 1955,
48, 195-197.
La notion, relativement abstraite, du semblable et du différent
peut-elle être acquise par le Chimpanzé ? Pour le déterminer, l'auteur
dresse 6 chimpanzés à choisir deux triangles rouges contre un cercle
bleu et un carré noir, deux cercles bleus contre un triangle rouge et un
carré noir, et enfin deux carrés noirs contre un cercle bleu et un triangle
rouge.
Au total, les animaux arrivent à 83,3 % de succès. On leur offre
ensuite des couples d'objets nouveaux semblables vis-à-vis de couples
dissemblables. Au total, les choix d'objets atteignent 77,5 %.
Il semble donc y avoir un effet au moins perceptif de la similitude, mais
on ne peut dire qu'il y en ait une compréhension véritable acquise au
cours de ces dressages.
H. P.
BOURNE (L. E). — On evaluation of the effect of induced tension
on performance (Mesure de l'effet d'une tension induite sur la perfor
mance). — J. exp. Psychol., 1955, 49, 418-421.
Bourne essaie d'élucider la question controversée de l'effet de la
tension musculaire sur la performance, en déterminant les conditions de
modification de tension d'une façon précise. Meyer pense que la tension
musculaire agit en facilitant la capacité de réponse plutôt que la capacité
d'apprentissage. Une modification des tensions entraînerait des chan
gements d'amplitude et de latence de la réponse, mais ne porterait pas
sur la vitesse d'acquisition.
Bourne se propose de tester l'hypothèse de Meyer en établissant des
expériences basées sur l'apprentissage de listes d'adjectifs associés suivies
de rappel immédiat et différé. Dans les épreuves où l'expérimentateur
introduit la variable modification de tension, les sujets ont pour tâche
de presser au maximum un dynamomètre. Quatre groupes sont déter
minés de la façon suivante : 1er groupe, apprentissage et rappel avec
tension ; 2e groupe, apprentissage avec tension et rappel sans tension ;
3e groupe, apprentissage sans tension et rappel avec tension ; 4e groupe,
apprentissage et rappel sans tension.
Les résultats attestent que la tension n'agit pas sur l'apprentissage,
mais sur le rappel des mots : le rappel de l'apprentissage avec tension est PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 203
supérieur au rappel de l'apprentissage ordinaire. De même, le rappel
avec épreuve concomittante du dynamomètre est supérieur au
ordinaire. L'auteur propose de conceptualiser ces données dans les
termes d'une théorie S-R, où la tension serait envisagée comme contri
buant à la motivation (drive). Par exemple, dans la théorie de Hull,
sBr est une fonction multiplicatrice de sHr et de la motivation. Si sHr ne
change pas pendant que s Er augmente, la tension accroît la motivation.
Ainsi, ce n'est pas le processus d'acquisition en lui-même qui serait
modifié.
F. O.
LOFCHIE (S. H.). — The performance of adult under distraction
Stress : a developmental approach (Performance chez V adulte sous V effet
d'une distraction traumatisante : une approche génétique). — J.
Psychol., 1955, 39, 109-116.
Lofchie recherche les facteurs qui déterminent une performance
accomplie dans une situation de stress. Cette étude s'appuie sur la
théorie génétique de Werner. Selon cette théorie, la conduite peut être
envisagée comme un processus de développement qui procède d'un état
indifférencié à un état de différenciation, caractérisé par une intégration
hiérarchisée. Cette théorie affirme également que les individus, dont le
développement est parvenu au niveau adulte, sont capables de répondre
aux stimuli adéquats, même lorsqu'il s'agit d'une performance motrice,
accomplie sous l'effet d'un stress ; ils doivent pour cela écarter les él
éments de trouble et de distraction.
L'auteur étudie parallèlement la performance dans une tâche per
ceptive (Rorschach) et dans une tâche motrice. L'hypothèse correspon
dante se formule ainsi : « La performance motrice d'un individu dans une
situation de stress sera d'autant meilleure qu'il aura montré au Ror
schach une grande capacité d'organisation perceptive, et inversement. »
Rorschach a déjà démontré que l'évolution de l'organisation perceptive
se produit en fonction de l'âge et de facteurs pathologiques. L'intégrat
ion et l'amélioration des bonnes réponses augmentent avec l'âge et la
normalité de l'état psychique. Réussir une bonne réponse au Rorschach
est avoir abstrait l'essentiel et dominé le conflit forme-couleur, où la
couleur se présente comme un élément de distraction. Les protocoles,
cotés à partir du système établi par Friedman, et validés empiriquement
par d'autres études, sont confrontés à un score de maturité ainsi établi :
Formes globales organisées -f Détails organisés x 100 Fomes globales -f-
Pour l'épreuve motrice, l'auteur s'est inspiré de l'appareil de Dunlap.
Un stylet fixé à l'intérieur d'un trou oscille continuellement; le sujet doit
prévenir ses oscillations de façon à ce qu'il ne touche pas les bords du
trou ; chacun de ces contacts est signalé par une lumière. Lorsque la
performance est bonne, un stimulus perturbateur est introduit : jet
d'air froid, sonnerie... 204 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Les résultats permettent de calculer entre l'index de maturité
perceptive et la performance motrice sous l'effet d'un stress une corré
lation dont le coefficient se montre significatif au seuil de .001. L'auteur
pense que le dénominateur commun aux deux épreuves est la capacité à
répondre aux stimuli adéquats présentés dans le champ perceptif. Ce
travail rejoint les études de Witkin sur l'aptitude à se détacher du cadre
environnant (« coping capacity ») et d'autres études portant sur F « eff
icacité sociale ».
F. O.
BRUNER (J. S.), MILLER (G. A.), ZIMMERMAN (G.). — Discr
iminative skill and discriminative matching in perceptual recognition
(Habileté de discrimination et assortiment discriminatif dans la recon
naissance perceptive). — J. exp. Psychol., 1955, 49, 187-192.
Bruner, Miller et Zimmerman, dans une étude sur l'apprentissage
par reconnaissance, s'attachent à démontrer l'importance de la connais
sance d'ensemble des items. L'ensemble des stimuli possibles est ambigu
à première vue, c'est seulement après une pratique de la situation qu'il
devient familier dans sa composition, l'ordre des items, leur variété.
Par cette connaissance progressive et complexe de l'ensemble, le sujet
acquiert ainsi une attitude de « maîtrise » appropriée à la situation. Dans
l'amélioration de l'apprentissage, les auteurs distinguent deux facteurs :
la répétition, « la maîtrise ». Une belle expérience portant sur la reconnais
sance et le rappel éprouve cette idée.
On teste l'habileté à reconnaître une liste de mots présentée sur un
fond bruyant. Ensuite, on donne lecture de cette liste sans fond bruyant,
aussitôt après le sujet doit se rappeler ces mêmes mots. Les deux
expériences sont reproduites un grand nombre de fois. Quatre groupes
sont formés auxquels correspondent quatre listes de 8, 16, 32, 64 mots
monosyllabiques, tirés de la liste d'Egan. On constate, dans les deux
expériences, que le nombre de mots corrects augmente avec la répétition
des essais ; et que, dans le rappel, les listes de mots les plus courtes sont
les plus vite apprises. Ainsi un rappel de 50 % des mots est dépassé au
premier essai pour le groupe de 8 mots, au deuxième essai pour le groupe
de 16 mots, au cinquième essai pour le groupe de 32 mots, et au huitième
essai pour le groupe de 64 mots. C'est-à-dire que le nombre d'essais pour
atteindre le critère se traduit par une fraction constante : 1/8 de la lon
gueur de la liste de mots. Pour un critère de 75 %, cette fraction, de
l'ordre de 0,40, présente une plus grande variabilité.
Examinant les épreuves de reconnaissance, les auteurs remarquent
que la reconnaissance s'améliore pour les petites listes de mots lorsque
un bon niveau (60 %) est atteint dans les épreuves de rappel corre
spondant ; avant que soit ce niveau, rien ne permet de distinguer
la reconnaissance des différentes listes. Ces données soulèvent la question
de la relation entre la reconnaissance et le rappel. Si ces deux processus
sont indépendants, la est seulement fonction du nombre PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 205
d'essais. En ce cas, les sujets qui travaillent sur 64 mots montrent plus
d'amélioration que ceux qui travaillent sur 8 mots, parce qu'ils ont davan
tage de pratique. Si la reconnaissance est dépendante du rappel, elle
procède comme une adaptation de l'attitude de rappel au stimulus qui
survient. Ce processus serait d'autant plus difficile que le nombre d'items
serait plus long. Donc, un même critère de rappel, soit 1/8, donnerait
pour une liste de 8 mots un pourcentage de mots corrects plus élevé
que pour une liste de 64 mots. On le voit, ces deux hypothèses conduisent
dans deux directions opposées, la première prédit une amélioration pour
les listes longues alors que la seconde envisage cette
les courtes. Les auteurs suggèrent que les deux types d'apprent
issage peuvent jouer dans la reconnaissance, car, jusqu'au niveau
de 60 % de mots rappelés, les reconnaissances des différentes listes ne
permettent pas une distinction en fonction de leur étendue. Ils proposent
une double explication de l'amélioration de la reconnaissance avec la
pratique : d'une part, la capacité de discriminer les stimuli adéquats,
en évitant les distractions périphériques, d'autre part la capacité d'adap
tation aux stimuli présentés en les assortissant aux catégories approp
riées. L'attitude de « maîtrise » permet de discerner implicitement de
quelle catégorie de réponse le sujet doit user, et elle se trouve facilitée
par des comparaisons successives.
Nous retenons de cette expérience l'idée de maîtrise clairement
démontrée par l'expérience de rappel. Les considérations sur la relation
reconnaissance-rappel nous paraissent moins sûres. La à
démontrer est déjà contenue dans le plan d'expérience, dans la mesure où
le même matériel constitue l'objet de la reconnaissance et du rappel.
Ceci est souligné par le fait que cette relation n'émerge qu'après un
long et fructueux exercice des épreuves de rappel : le nombre de mots
reconnus est alors en proportion du nombre de mots rappelés. On
pourrait élucider cette critique en examinant la nature des mots reconnus
et rappelés : s'ils sont différents, notre critique n'est pas valable. S'ils sont
identiques, la relation en jeu s'explique par un phénomène ordinaire de
transfert. Toutefois, ce dernier point n'est pas le plus important, l'hypo
thèse concernant l'idée de maîtrise apporte quelques précisions sur des
facteurs dynamiques d'apprentissage que les théories de l'information
paraissent négliger.
F. O.
MATHEWS (R). — Recall as a function of number of classificatory
categories (Le rappel en jonction du nombre de catégories). — J. exper.
Psychol., 1954, 47, 241-247.
Divers auteurs ont déjà montré que l'utilisation, pendant l'apprent
issage, de catégories permettant de classer les items influence la réten
tion du matériel appris.
Le but de l'étude de Ravenna Mathews était de savoir comment le
nombre de catégories agit sur l'aspect quantitatif du rappel — c'est-à-dire

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