Consanguinité et variations biologiques chez l'homme - article ; n°2 ; vol.31, pg 341-354

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Population - Année 1976 - Volume 31 - Numéro 2 - Pages 341-354
Schreider Eugène. Consanguinity and biological variation in manking. The research carried out by agronomists has given weight to the idea that cross-breeding (heterosis) strengthens a species. But problems arise if we try to extend this idea to mankind. It is true that the comparison of consanguinity measures with various anthropometrical parameters tends to confirm the negative influence of consanguinity; but the correlation coefficients obteneid are seldom conclusive and must be interpreted with care. Moreover, the economic value of a vegetal species may depend on a single parameter (size, weight, etc.), whereas it is impossible to extend a similar notion of value to human genetics. After all, the incest taboo is neither as old nor as universal as is generally believed, doubtless because the harm it causes is not so obvious after all.
Schreider Eugène. Consanguinidad y variaciones biológicas en el hombre. La experiencia de los agrónomos ha propagado la idea que la reproducción entre descendientes de una misma familia vigoriza la especia; en cambio la extension al hombre produce problemas. Asi, la relación entre ciertas medidas de consanguinidad y diversos paramétras antropométricos, confirman la influencia negativa de la consanguinidad y los coeficientes de correlación que se obtienen no facilitan la decision, además de ser de difícil interpretación. Рог otra parte, si la rentabilidad económica de una especie vegetal es induda- blemente función de un solo paramétra (tamano, peso, etc..) es imposible gene- ralizar este tipo de noción de « valor » a la especie humana. Finalmente el tabu del incesto no es tan antiguo ni tan universal como se crée generalmente.
ScHREiDER Eugène. Consanguinité et variations biologiques chez l'homme. L'expérience des agronomes a accrédité l'idée que les croisements entre lignées (hétérosis) sont favorables à la vigueur d'une espèce. Mais l'extension à l'homme pose problème. Sans doute, des rapprochements entre des mesures de consanguinité et de divers paramètres anthropométriques ont plutôt confirmé l'influence négative de la consanguinité, mais les coefficients de corrélation obtenus sont rarement décisifs et sont d'interprétation délicate. De plus si la rentabilité économique d'une espèce végétale est sans doute fonction d'un seul paramètre (taille, poids, etc.), il est impossible d'étendre à la génétique humaine des notions analogues de « valeur ». Après tout, le tabou de l'inceste n'est pas si antique ni si universel qu'on le croit généralement. Sans doute est-ce que ses méfaits ne sont pas à ce point évidents.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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Eugène Schreider
Consanguinité et variations biologiques chez l'homme
In: Population, 31e année, n°2, 1976 pp. 341-354.
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Schreider Eugène. Consanguinité et variations biologiques chez l'homme. In: Population, 31e année, n°2, 1976 pp. 341-354.
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Schreider Eugène. Consanguinity and biological variation in manking. The research carried out by
agronomists has given weight to the idea that cross-breeding (heterosis) strengthens a species. But
problems arise if we try to extend this idea to mankind. It is true that the comparison of consanguinity
measures with various anthropometrical parameters tends to confirm the negative influence of
consanguinity; but the correlation coefficients obteneid are seldom conclusive and must be interpreted
with care. Moreover, the economic value of a vegetal species may depend on a single parameter (size,
weight, etc.), whereas it is impossible to extend a similar notion of " value " to human genetics. After all,
the incest taboo is neither as old nor as universal as is generally believed, doubtless because the harm
it causes is not so obvious after all.
Resumen
Schreider Eugène. Consanguinidad y variaciones biológicas en el hombre. La experiencia de los
agrónomos ha propagado la idea que la reproducción entre descendientes de una misma familia
vigoriza la especia; en cambio la extension al hombre produce problemas. Asi, la relación entre ciertas
medidas de consanguinidad y diversos paramétras antropométricos, confirman la influencia negativa de
la consanguinidad y los coeficientes de correlación que se obtienen no facilitan la decision, además de
ser de difícil interpretación. Рог otra parte, si la rentabilidad económica de una especie vegetal es
induda- blemente función de un solo paramétra (tamano, peso, etc..) es imposible gene- ralizar este
tipo de noción de « valor » a la especie humana. Finalmente el tabu del incesto no es tan antiguo ni tan
universal como se crée generalmente.
Résumé
ScHREiDER Eugène. Consanguinité et variations biologiques chez l'homme. L'expérience des
agronomes a accrédité l'idée que les croisements entre lignées (hétérosis) sont favorables à la vigueur
d'une espèce. Mais l'extension à l'homme pose problème. Sans doute, des rapprochements entre des
mesures de consanguinité et de divers paramètres anthropométriques ont plutôt confirmé l'influence
négative de la consanguinité, mais les coefficients de corrélation obtenus sont rarement décisifs et sont
d'interprétation délicate. De plus si la rentabilité économique d'une espèce végétale est sans doute
fonction d'un seul paramètre (taille, poids, etc.), il est impossible d'étendre à la génétique humaine des
notions analogues de « valeur ». Après tout, le tabou de l'inceste n'est pas si antique ni si universel
qu'on le croit généralement. Sans doute est-ce que ses méfaits ne sont pas à ce point évidents.CONSANGUINITÉ
ET VARIATIONS BIOLOGIQUES
CHEZ L'HOMME
contraire, d'un l'opinion L'idée peuple qu'en est que et admise qu'à les d'autres l'inverse brassages aujourd'hui temps la ethniques consanguinité et avec en autant d'autres fcvorisent de excessive lieux certitude la vigueur l'idéallui par est
isation de la « pureté raciale » ou le mépris des « bâtards ».
Mais le caractère passionnel du sujet a souvent entravé les
travaux véritablement scientifiques et la propagation de leurs
résultats. Le professeur Eugène Schreider, directeur honoraire
au Centre national de la recherche scientifique {biométrie
humaine) et à l'Ecole des Hautes Etudes {anthropologie
biologique), ancien président de la Société d'anthropologie de
Paris, s'est efforcé au colloque sur « l'étude des isolats, espoirs
et limites », organisé à Paris en octobre 1975 par l'Association
anthropologique internationale de langue française, de faire
le point sur cette question délicate. Sa communication, repro
duite ici, rappelle les constatations qui fondent l'opinion
commune, mais aussi l'ambiguïté de la notion de « vigueur
hybride », et l'étendue de nos ignorances.
L'influence négative que le souci des applications utilitaires peut
exercer sur la recherche scientifique trouve une illustration dans les
travaux concernant les phénomènes qu'on désigne sous le nom ďhété-
rosis ou vigueur hybride. La plupart des publications traitent du maïs,
car le croisement des lignées qu'on discerne dans cette espèce permet
d'obtenir des épis plus gros et des graines plus volumineuses (1). Ce
résultat est apprécié et le concept a'hétérosis trouve, pour ainsi dire, une
consécration commerciale.
Au contraire, les recherches sur les animaux sont plutôt rares et
celles qui visent l'espèce humaine restent très insuffisantes. Il est vrai
que, depuis quelque temps, les sondages se sont multipliés. Leurs
a> On peut acquérir une idée de l'orientation générale des recherches en
consultant Gowen (1964).
Population, n° 2, 1976 342 CONSANGUINITÉ ET VARIATIONS
résultats sont souvent univoques, mais certains auteurs n'en sont pas
moins convaincus que, chez l'homme, aucune modification « hétéro-
tique » n'est perceptible. Ce qui est dû, en partie, à l'ignorance de
plusieurs travaux, en partie à l'importance hâtivement accordée aux
conclusions négatives de quelques articles.
Nous allons donc passer en revue des publications modernes, y
compris les nôtres, qui montrent, croyons-nous, que l'hétérosis se
manifeste parfois chez l'homme, mais que ce terme ne peut pas être
employé comme synonyme de « vigueur hybride » .
Mesures anthropométriques. Hulse prouva le premier, dans un travail
désormais classique (1957), l'influence
de l'« endogamie de village » sur quelques dimensions corporelles chez
l'homme adulte. Dans certaines vallées tessinoises, les mariages sont
conclus en partie entre personnes originaires de la même commune et,
dans ce cas, il y a « endogamie »; mais il y a aussi des unions exogames,
les deux partenaires ne provenant pas de la même localité. Tout ceci
est dû à plusieurs facteurs, comme l'éloignement géographique, les
moyens de transport, les intérêts familiaux, voire la coutume. Cette
dernière est bien tenace, car les mariages endogames et exogames
réapparaissent, dans les mêmes lignées, chez les émigrés tessinois, établis
sous le ciel californien (1).
Les fils adultes d'émigrés sont en moyenne sensiblement plus grands
et plus lourds que les hommes restés sur place. Il est permis de croire
que cette différence soit due aux meilleures conditions de vie trouvées
dans le pays d'accueil. Néanmoins, dans les deux populations, les
hommes issus de mariages « exogames » sont nettement plus grands
— et moins brachycéphales — que les individus dont les deux parents
proviennent du même village tessinois.
Nous avons obtenu des résultats analogues sur la population mas
culine d'un village polonais, relativement isolé sur la côte baltique (2).
Les hommes dont les deux parents sont originaires du village, sont
significativement plus petits que ceux dont le père ou la mère vient
de l'extérieur. Il y a trois chances sur cent pour que la différence entre
leurs moyennes staturales soient dues au pur hasard.
Il est légitime de se demander à quoi tiennent les différences liées
à l'exogamie. Si, comme les chiffres des échantillons tessinois le mont
rent, un changement considérable du milieu ne les supprime point, on
fl> Nous tenons compte aussi du travail plus récent de Hulse (1968) effectué
sur des effectifs plus considérables et avec des renseignements complémentaires.
(2> Schreider (1973-1974). Les calculs ont été effectués sur les mesures
individuelles de Mme Szewko-Szwaykowska (1966). BIOLOGIQUES CHEZ L'HOMME 343
peut croire que l'« endogamie de village » — et l'exogamie — altèrent
en quelque mesure le niveau de consanguinité. C'est ce que suggèrent
aussi nos propres résultats.
D'autres travaux sont basés sur une méthode très différente. Us
montrent, par exemple, que la stature augmente, lorsque la distance
entre les lieux d'origine des parents s'accroît. Ce fait, à première vue
étrange, fut noté dans divers pays (Billy, 1971; Wolanski, Jarosz et
Pizuk, 1970). Le rôle de la distance dans l'assortiment des partenaires
était en quelque sorte prévisible (Malécot, 1948-1955). Il fut confirmé
directement par des enquêtes conduites dans des villages anglais et amér
icains (Boyce, Kiichmann et Harrison, 1968; Swedlung, 1972) n>.
Bien sûr, il ne s'agit ni de la distance à vol d'oiseau, ni même de
l'itinéraire le plus court. Les vérifications faites sur place montrent qu'il
y a des chemins plus longs, ou plus difficiles, que l'on préfère toutefois.
Les moyens de locomotion disponibles ne sont pas à négliger. Dans
certaines régions, pendant la deuxième guerre mondiale, la pénurie
d'essence empêcha les grands déplacements; mais l'usage de la bicy
clette, qui se répandit aussitôt, semble avoir favorisé l'exogamie dans
les petites villes et les campagnes (2\ En tout cas, même s'i] est imposs
ible de bien connaître les conditions locales, le rôle de la distance
apparaît clairement dans plusieurs occasions. Personne ne la confond
avec une mesure de la consanguinité, mais elle se comporte comme une
variable en corrélation négative avec cette dernière.
Comparaisons départementales. Passons maintenant aux résultats
de nos recherches qui font inter
venir directement les coefficients de consanguinité. Ceux-ci sont connus
pour la plupart des départements français et pour des périodes diffé
rentes (3). Il s'agit donc de coefficients moyens. Comme nous les avons
mis en corrélation avec d'autres moyennes départementales, et parfois
avec des pourcentages, il est prudent de s'entourer de quelques garanties.
On peut voir d'abord quelle est, si l'on peut dire ainsi, la « crédib
ilité » génétique de ces coefficients connus seulement à travers les
mariages catholiques. Une vérification très simple et facile à saisir cons
iste en ceci : plus grande est la consanguinité, d'autant plus fréquente
(1» En nous basant sur les chiffres de Swedlund (1972, tableau 1) nous
trouvons une corrélation négative entre la distance de 17 communes ayant contribué
aux mariages « exogames » dans la localité de Deerfield (Massachusetts) et la
« contribution matrimoniale » de chaque commune, estimée en nombre de parte
naires par mille habitants. La corrélation est de — 0,361, ce qui n'est pas négli
geable, mais l'essentiel est qu'elle soit négative.
(2> D'après des indications, croyons-nous sérieuses, recueillies pendant la
guerre, ce phénomène se serait produit dans quelques zones rurales anglaises.
<:i> Sutter et Goux, 1962. 344 CONSANGUINITÉ ET VARIATIONS
devrait être une caractéristique récessive. En effet, entre les coefficients
moyens de 71 départements et la fréquence départementale du phénotype
O, on trouve r = 0,32 (1). Ce résultat est satisfaisant, car rien ne laisse
prévoir une corrélation plus forte. La distribution territoriale des groupes
sanguins dépend d'une multitude de facteurs, dont le poids a varié dans
le temps : migrations passées, phénomènes de sélection, dérives aléatoires.
D'autres précautions s'imposent. Au point de vue statistique, les
départements sont des « unités arbitrairement modifiables ». Comme on
l'a vu récemment, leur nombre peut changer à la suite d'une mesure
législative, ce qui risque de modifier les corrélations (Yule et Kendall,
1950). Si nous avons le sentiment que nos ne sont pas des
fantômes arithmétiques, c'est que dans plusieurs cas les conditions sui
vantes ont été remplies.
Plusieurs échantillons, ayant des variables communes, ont donné des
résultats semblables; des résultats analogues ont été obtenus aussi pour
diverses périodes de temps, ou par des méthodes autres que les corré
lations avec les indices de consanguinité, ou encore dans des pays
différents. Nos résultats personnels concernent surtout deux séries humain
es. D'abord 32 000 soldats, qui représentent 71 départements. Comme
il arrive d'habitude, ces effectifs imposants n'offrent que peu de variables
biologiques. En outre, nous avons tenu compte d'un millier de recrues,
dont les effectifs, partagés entre 25 départements autorisent des calculs
raisonnables. Cette série présente un avantage rare : comme elle fut
examinée au laboratoire, on dispose pour chaque sujet, d'un nombre
appréciable de caractères biologiques et mentaux.
Subsidiairement, nous utilisons quelques autres séries, empruntées
à la littérature, ou à nos propres archives. Ceci, surtout, pour faire des
comparaisons. C'est ainsi que, pour vérifier les résultats obtenus sur Jes
soldats examinés au laboratoire, nous tirons profit des fiches de 3 000
pompiers, qui se répartissent entre 31 départements, mais nous n'en
retenons que la tension artérielle.
Constatons d'abord, comme entrée en matière, qu'entre les coeffi
cients de consanguinité et la stature des enfants il y a une corrélation
constamment négative. C'est vrai pour les deux sexes, à sept comme à
quatorze ans (Schreider, 1967, 1968). Toutefois, chez les garçons, pen
dant les trois premières années, la corrélation tombe de — 0,25 à
— 0,17. Elle remonte ensuite pour atteindre — 0,44 à quatorze ans.
Chez les filles, les corrélations restent aussi négatives, mais augmentent
assez régulièrement et le maximum, — 0,56, apparaît à quatorze ans,
ce qui correspond approximativement à l'âge de la puberté. Ces résultats
ont été obtenus sur 71 départements.
(1» Nous avons emprunté les fréquences du phénotype О à Vallois et Marquer
(1964). BIOLOGIQUES CHEZ L'HOMME 345
Les moyennes pondérales présentent aussi, avec la consanguinité
moyenne, des liaisons négatives qui tendent à augmenter avec l'âge, pour
atteindre à quatorze ans, — 0,31 chez les garçons et — 0,45 chez les
filles.
Nous ne savons pas, faute de documents, si la corrélation négative
avec la stature se maintient chez la femme adulte. Au contraire, nous
la retrouvons chez l'homme à l'âge du service militaire, et ceci pour
deux années différentes. Entre les coefficients de consanguinité et la
stature des soldats mesurés en 1959 (notre série), la corrélation s'élève
à — 0,32 (1). Pour les hommes mesurés en 1960 (Chamla, 1964), le
chiffre est exactement le même. Ceci malgré quelques différences d'échant
illonnage. Dans la série empruntée, les effectifs dans l'ensemble, sont plus
faibles, mais la liste des départements est plus complète. Dans tous les
cas nous avons choisi les coefficients qui recouvrent les années de nais
sance de chaque série.
A l'âge du service militaire, nous ne retrouvons plus chez les
hommes la corrélation négative entre les coefficients de consanguinité
et le poids du corps. Ceci n'est pas surprenant, car le poids subit beaucoup
plus que la stature l'influence des causes « extérieures ». A la naissance,
son héritabilité est très faible, de telle sorte qu'il n'y a pas lieu de recher
cher, par exemple, l'hétérosis, sur le poids des nouveau-nés, comme on
l'a fait parfois (Morton, 1962) : la conclusion négative est prévisible
dans un cas pareil.
Avant d'en terminer avec les mesures anthropométriques, signalons
encore que, sur les soldats examinés au laboratoire nous trouvons une
corrélation négative avec la longueur de la tête ( — 0,28) et une positive
avec la largeur (0,38). Hulse, avant nous, a bien montré que dans ses
échantillons tessinois, la taille augmente avec l'exogamie, alors que la
brachycéphalie diminue. Billy montre que la taille et la longueur cépha-
lique augmentent, et que la largeur de la tête diminue à mesure que
s'accroît la distance entre les lieux d'origine des parents. Ces résultats
— et quelques autres — convergent vers une seule et même hypothèse,
en dépit de la différence des méthodes.
La tendance à une plus grande taille et à une plus grande longueur
de la tête, en même temps qu'à la réduction de la largeur, et, de ce fait,
(1' Dans une précédente publication on trouve, entre les moyennes staturales
et les coefficients départementaux moyens de consanguinité une corrélation égale
à — 0,27, chiffre qui est parfois cité par des auteurs qui n'ont pas eu l'occasion
de voir des articles plus récents et plus importants, où l'on trouve — 0,32. J'ai
calculé moi-même ces coefficients et il m'est facile d'expliquer l'apparente contrad
iction. La corrélation n'atteignant que — 0,27 fut obtenue sur le nombre max
imum de départements, y compris ceux dont les effectifs, trop faibles, furent
mélangés pour le calcul du coefficient de consanguinité. C'est après l'élimination
de quelques couples de départements ainsi traités et dont on ne connaissait pas,
au fond, le coefficient précis, que la corrélation est montée à — 0,32. CONSANGUINITÉ ET VARIATIONS 346
à une dolichocéphalisation relative, cette tendance, observée depuis quel
que temps dans plusieurs pays, pourrait bien être due à la diminution
assez générale, mais pas universelle, de la consanguinité. Ceci ne veut
pas dire que ce facteur, très probable, soit le seul.
Caractères physiologiques. La série militaire examinée au labora
toire et qui ne représente que 25 dépar
tements, ne révèle aucune corrélation entre la consanguinité et les
protéines plasmatiques ( — 0,07). Par contre, il y a des liaisons positives
avec la tension artérielle, 0,14 pour la systolique, 0,54 pour la diasto-
lique. La grande série de pompiers, qui représente, au total, une trentaine
de départements, donne, avec la tension, des corrélations positives mé
diocres, mais, une fois de plus, avec la diastolique, la liaison est plus
étroite (0,27). Dans ces coïncidences, il y a probablement le reflet
d'une réalité. Avec la bilirubine, la corrélation atteint 0,35, mais ce
chiffre demande une vérification, car il fut calculé sur quatorze dépar
tements à peine.
Il n'y a pas de corrélation tangible avec la glycémie à jeun, (0,03),
mais il y en a une, négative ( — 0,46) l'hyperglycémie provoquée,
trente minutes après l'ingestion du sucre. Le cholestérol total accuse,
avec les coefficients de consanguinité, une corrélation négative qui est
la plus forte parmi nos résultats ( — 0,71). On obtient une liaison négative
qui est loin d'être négligeable avec la force de la main droite ( — 0,46).
Avec la capacité vitale, la corrélation n'est que de — 0,17 dans la
série du laboratoire, dans la série des pompiers qui se répartissent entre
31 départements, cette corrélation reste négative, mais devient deux
fois plus forte ( — 0,33). Nous pensons que ces deux derniers résultats
se confirment réciproquement.
Il semble qu'une corrélation existe entre les coefficients de consan
guinité et le pourcentage des naissances gémellaires. Comme les stati
stiques disponibles ne distinguent pas les monozygotes et comme ces
derniers sont sensiblement plus rares, il faut penser que cette corrélation,
si l'on admet qu'elle soit réelle, concerne essentiellement les dizygotes
(r = 0,65 calculé sur 73 départements).
Nous arrivons enfin à une question considérée souvent comme
épineuse. La série étudiée au laboratoire et qui correspond à 25 dépar
tements fut soumise aussi au test de Raven, souvent utilisé comme
épreuve d'intelligence. Entre les notes à ce test et les coefficients dépar
tementaux de consanguinité, il y a, pour l'ensemble des catégories
professionnelles, appartenant toutes au milieu populaire, une corrélation
négative, égale à — 0,48. Pour un grand échantillon militaire, qui
représente de 61 à 71 départements, la corrélation avec les moyennes
de six épreuves mentales s'élève pratiquement au même chiffre : — 0,52. BIOLOGIQUES CHEZ L'HOMME 347
Si l'on sépare les cultivateurs, on trouve — 0,51, ce qui ne constitue
point une différence authentique. Enfin, chez les employés de bureau,
la corrélation tombe à — 0,31 (les notes moyennes de la grande série
sont celles de de Montmollin (1958, 1959) ).
Entre les notes moyennes aux tests des paysans et celles des
employés, la corrélation s'élève à 0,59. Si l'on recalcule entre les mêmes
variables une partielle, à consanguinité constante, le coeffi
cient tombe à 0,53. Ce qui veut dire que le parallélisme imparfait des
notes moyennes départementales des agriculteurs, avec celles des emp
loyés, ne dépend pas ou presque pas du tout des coefficients de
consanguinité. Ceci n'empêche que ces coefficients apparaissent liés à
l'échec ou à la réussite dans les épreuves mentales.
Notre courte étude montre surtout qu'il y a des problèmes posés
par des phénomènes réels, dont quelques-uns suggèrent une explication,
alors que d'autres restent passablement obscurs. Par exemple, l'accroi
ssement de la stature va de pair avec l'allongement de la tête et la réduc
tion de la largeur (d'où la « débrachycéphalisation »); ce fait est bien
réel et il est lié soit à l'« endogamie de village », soit à la distance entre
les lieux de naissance des parents, soit aux coefficients de consanguinité
moyens. Etant donné que les mariages consanguins deviennent plus
rares, ces « coïncidences » qui portent sur trois caractères, pourraient
bien rendre compte d'un phénomène diachronique bien des fois signalé.
Vigueur, ou rentabilité ? Pour avancer sur ce terrain difficile il faut
se défaire de quelques préventions tenaces
qui font dire, avec une intonation parfois émotive, que rien ne prouve
qu'un phénomène ďhétérosis puisse être décelé chez l'homme. Peut-être
faudrait-il aussi changer de vocabulaire et renoncer au mot hétérosis
qui a une longue histoire et se cramponne, avec tout son contexte touffu,
à notre cerveau. On considère la grande taille ou le poids élevé comme
des manifestations de vigueur hétérotique. Mais rien ne montre que
l'exagération de la taille humaine (ou celle du poids) soit, par elle-même,
un avantage biologique. Il n'y a pas lieu, dans un cas pareil, de parler
de « vigueur ».
Ce sont des anthropologues qui ont vu, en étudiant l'espèce qui
se prête le moins à ce genre de recherches, combien inégaux ou contra
dictoires peuvent être les résultats de certains « mélanges ». Ils ont
montré, par exemple, que quand deux populations humaines entrent en
contact, la stature des « hybrides » peut grandir en moyenne, alors même
que les deux groupes parents sont de taille identique (Bunak, 1932). Ils
ont noté que la luxuriance peut se manifester pour certains caractères
seulement (Olivier, 1964), voire même s'accompagner de l'amenuisement
de quelques autres (Wolanski et al., 1970). N'a-t-on par parlé même d'hé- CONSANGUINITÉ ET VARIATIONS 348
térosis négative? (Bresler, 1970). Dans certaines contingences il serait
plus commode de dire « débilité hybride ». En somme, il est temps de
rompre avec la tradition hantée par la grosseur des épis et le volume
des graines. En d'autres mots, il faut apprendre à distinguer Homo
sapiens et Zea mais. Cette remarque ne s'inspire pas des scrupules qui
autrefois firent opposer le « règne humain » au reste du monde vivant.
Son but est de rappeler seulement qu'il est impossible d'étendre à la géné
tique humaine des notions de valeur, qui ont pris naissance sur un autre
terrain et qui dérivent généralement du concept de rentabilité économique.
Quoi qu'il en soit, il semble bien qu'on ne puisse plus confondre
tous les phénomènes décrits sous le nom d'hétérosis et de les ramener
à un modèle unique. L'un des cas les moins contestables est celui de la
« vigueur hybride » qui s'oppose à la dépression induite par la consang
uinité. Cette situation particulière peut être illustrée par un assez grand
nombre d'exemples, souvent clairs, mais qui concernent surtout des ano
malies génétiques récessives. D'ordinaire, il s'agit de croisements intra-
spécifiques.
Mais on connaît actuellement un bon nombre de entre
espèces différentes, notamment chez les mammifères. Un exemple de
la vigueur qui peut en résulter est fourni par la croissance pondérale
de la vache domestique (Bos taurus), du yak mâle (Bos grunniens) et de
leur hybride qui, à tous les âges — de un à huit ans — dépasse
largement le poids des espèces parentes (Vlassov et al., 1932; voir
fig. 1).
Mais attention ! ici encore la « supériorité » de l'hybride se présente
tout d'abord comme un avantage économique, pour l'éleveur ou le
consommateur. Rien ne dit que le gain d'environ cent kilos, à l'âge
de six ans, par rapport aux espèces parentes, profite en quoi que ce
soit à l'hybride, surtout si l'on songe que sa performance pourrait être
due à l'accumulation excessive de tissu adipeux.
Seulement peut-on ramener une situation pareille à celle que l'on
observe, lorsqu'une malformation tend à disparaître après la rupture
d'un isolât ? Peut-on parler raisonnablement de « dépression » due à la
consanguinité excessive, lorsque l'on envisage une espèce, même domest
ique, à moins qu'elle ne soit très réduite en nombre, ou divisée en
populations infimes, ou soumise à une sévère sélection par l'éleveur ?
Je suis enclin à admettre que deux espèces séparées dans l'espace, mais
capables d'échanger des gènes dans des conditions artificielles, comme
le lion et le tigre, soient traitées, l'une par rapport à l'autre, comme des
isolais — mais l'idée que les deux espèces, avant l'expérience de laborat
oire, furent amoindries par la consanguinité, ne me paraît pas réaliste.
Sans aucun doute, nous sommes encore loin d'une solution exhaust
ive du problème : la première tâche consiste à réunir des observations

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