Conscience et Inconscient. Suggestion et Hypnose. Etats de sommeil. Interprétations psychanalytiques - compte-rendu ; n°1 ; vol.32, pg 753-764

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L'année psychologique - Année 1931 - Volume 32 - Numéro 1 - Pages 753-764
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1931
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XII. Conscience et Inconscient. Suggestion et Hypnose. Etats de
sommeil. Interprétations psychanalytiques
In: L'année psychologique. 1931 vol. 32. pp. 753-764.
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XII. Conscience et Inconscient. Suggestion et Hypnose. Etats de sommeil. Interprétations psychanalytiques. In: L'année
psychologique. 1931 vol. 32. pp. 753-764.
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1242. — E. HUMMER. — Ueber Aufmerksamkeitsverteilung
(Sur la répartition de V attention) . — Viertelj. f. Jug., 2, 1931,
p. 116-121.
Le sujet doit répéter aussi vite que possible sur une feuille de papier
une série de quatre signes faciles. Puis il recommence cet exercice
en comptant en même temps les coups d'un métronome dont
le rythme lent n'est pas synchrone de l'écriture. Le coefficient
d'attention (dont le calcul est assez compliqué et artificiel) croît
avec l'âge et l'intelligence. P. G.
1243. — R. PAULI. — Ueber den experimentellen Nachweis der
Enge der Bewusstseins (Sur la démonstration expérimentale de
Vétroitesse de la conscience). — Z. für B., XGII, 1, 1931, p. 37-44.
Après un rappel du problème posé, aux solutions contradictoires,
P. expose ses recherches dans lesquelles on doit porter un jugement
sur deux impressions brèves (durant un dixième de seconde), l'une
visuelle, l'autre tactile, pratiquement simultanées, en traduisant
objectivement ce jugement par une réaction adaptée (tâche optique
de pointage de fautes d'impression dans des mots, et tâche tactile
de comparaison d'intensités de stimulation).
Les temps de réaction sont de 0 sec. 7 pour la tâche tactile quand
elle est exécutée seule ou avec l'autre ; de 1 sec. 4 pour la tâche
optique isolément accomplie, mais de 2 sec. 5 quand il y a
tactile simultanée, cet allongement (de 1 sec. 1) dépassant la durée
de la réaction tactile ; cela indique bien l'obligation de passer success
ivement d'une tâche à l'autre ; les deux tâches ne peuvent pas être
simultanément accomplies, du fait de l'étroite limitation du champ
de la conscience. H. P.
XII. — Conscience et Inconscient. Suggestion et hypnose.
Etats de sommeil. Interprétations psychanalytiques l
1244. — S. S. JALOTA. — The inconscious (L'Inconscient). — Ind.
J. of Ps., VI, 4, 1931, p. 157-168.
Ce terme est utilisé à propos de toute activité mentale qui ne
se manifeste pas à la conscience, et de son emploi trop généralisé
résulte la plus grande confusion. Dans l'ensemble des êtres vivants
tous les degrés de conscience sont représentés et chez un même indi
vidu peut être réalisé un passage continu de la conscience claire à
l'inconscience absolue, de sorte qu'il paraît extrêmement difficile
d'établir une classification de ces états.
J. propose de restreindre l'usage de ce mot, d'avoir recours davant
age aux termes « non information », « non avertissement », et il
indique une hiérarchie d'états mentaux desquels nous sommes de
moins en moins informés, avec leurs caractéristiques. J. M.
1245. — C. E. BENDA. — Das Unbewusste und der Aufbau der geis
tigen Welt (L'inconscient et la construction du monde psychique). —
Al. Z. für P., IV, 1, 1931, p. 7-19.
L'auteur essaie de dégager les problèmes psychologiques posés
1. Voir aussi les nos 4, 13, 26-28, 49, 67, 73-76, 560, 599.
éi: i's ach oi.o ci on:, xxxn. 4 H 754 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
par la psychanalyse, en considérant cette dernière non comme un
moyen thérapeutique, mais uniquement au point de vue de la méthode
psychologique d'investigation et d'interprétation des phénomènes
psychiques. Les résultats fournis par cette méthode, envisagés d'une
façon objective, en laissant de côté les interprétations et les théories
de Freud, se sont montrés utiles pour le développement de la psychol
ogie moderne.
En ce qui concerne les phénomènes d'inconscient, l'auteur, après
avoir passé en revue des opinions exprimées à ce sujet par de nom
breux auteurs (Kretschmer, Bleuler, Bumke et d'autres) arrive aux
conclusions suivantes :
La psychanalyse peut permettre d'envisager dans son ensemble
le problème de l'Esprit et de l'Ame (Geist und Seele), le premier
constituant la partie consciente du second. Ces deux phénomènes
constituent une unité, ne peuvent exister l'un sans l'autre. Les
phénomènes inconscients devenir conscients, la conscience
étant la reconnaissance de quelque chose de vécu, qui existe déjà
dans le psychisme de l'homme à l'état d'inconscient. Tous les phé
nomènes vécus (Erleben) sont enregistrés dans le psychisme de
l'homme, sans être nécessairement conscients, mais ils peuvent le
devenir à chaque moment donné. L'auteur fait remarquer que
dans son œuvre Freud a bien mis en évidence le phénomène de
l'inconscient, mais qu'il l'a obscurci par des constructions théoriques
factices et parfois insensées. B. N.
1246. — W. DEONNA. — De la Planète Mars en Terre Sainte. —
Art et Subconscient. — In-4° de 403 pages. Paris, E. de Boccard,
1932.
Le Directeur du Musée de Genève a consacré un très bel ouvrage
avec de nombreuses planches à Hélène Smith, le médium admira
blement étudié par Th. Flournoy dans son célèbre ouvrage de 1897,
Des Indes à la Planète Mars, et décédé en 1929 à l'âge de 68 ans,
dont il a pu reconstituer la dernière phase médianimique, grâce
aux nombreux manuscrits, carnets de notes, copies de correspon
dances de Mlle Catherine Elise Müller, puisque tel était son vrai nom.
Toute une série de dessins et de peintures « automatiques » avaient
été exécutés par Hélène Smith et on peut juger de cet art par les
excellentes reproductions que publie D.
Pour les grandes compositions, Hélène était généralement avertie
par ses voix, pour qu'elle ait à commander les matériaux ; elle sut
ainsi en octobre 1906 devrait peindre, à la fin de janvier 1907,
un Christ en croix sur un énorme panneau de bois. Mais les visions
ne vinrent qu'avec retard, débutant en mai 1907. Ce n'est que le
16 mars 1908 qu'elle sait que ce sera pour le lendemain, et, de fait,
elle commence le 17 mars : elle a devant ses yeux, sur la planche,
la vision de ce qu'elle doit copier. Elle travaille pendant un nombre
considérable de séances, et achève son tableau le 30 juillet. En
1913, elle en est à sa onzième grande œuvre, les conditions — sur le
squelles D. donne chaque fois des renseignements très détaillés —
étant toujours sensiblement les mêmes. Les dernières peintures
restèrent inachevées. CONSCIENCE ET INCONSCIENT 755
Si l'état physiologique des phases picturales rappelle les conco
mitants de l'extase, et les séances de travail entraînent une fatigue
qui paraît témoigner de dépenses excessives d'énergie, les tableaux
religieux exécutés n'ont rien d'étrange. « L'inspiration, remarque D.,
en est banale et elle rappelle l'imagerie religieuse, poncive et fade,
qui continue à plaire aux âmes simples », Hélène Smith ayant manqué
d'éducation artistique.
Toutefois la technique d'exécution est supérieure à l'inspiration ;
il y a des incorrections, de la raideur, un vide d'expression général,
mais à l'état normal, des réalisations de cet ordre n'eussent pas été
possibles.
Le caractère primitif des peintures tiendrait à la régression que
comporterait l'éveil du subconscient vers des formes de mentalité
ancestrale, selon D. Si Hélène se sert de panneaux de bois.et peint
avec ses doigts, c'est qu'elle « retrouve ainsi un stade ancien, où le
support des peintures était le bois, et où l'instrument pictural était
la main »,
L'interprétation ne s'impose pas absolument. Dans l'ensemble,
on a le sentiment que ce livre donne beaucoup d'importance à une
oeuvre en somme médiocre ; mais c'est une occasion d'étudier l'in
spiration montée en épingle pour les besoins d'un certain cabotinage
spirite, qui grossit et dramatise, en les déformant peut-être aussi,
certaines démarches de la création artistique. H. P.
1247. — A. BIZETTE. — Remarques sur les phases du présommeil.
- J. de Ps., XXVIII, 1931, p. 647-651.
Le présommeil est un état d'affaiblissement mental qui ne diffère
des états de faiblesse psychique profonde qu'en ce qu'il correspond
non à un arrêt morbide, mais à une transition normale résultant du
rythme quotidien de l'activité mentale.
Le déclin de l'énergie psychique qui a pour terme le sommeil
débute plusieurs heures à l'avance pat une dissociation des tendances
actives et organisées, un désintéressement à l'égard de la vie exté
rieure et présente une libération de l'affectivité élémentaire qui se
rapproche graduellement de l'état de rêve. La vie sensorielle devient
moins alerte et moins variée. La notion du présent devient indis
tincte. Dans la pensée abstraite, le dynamisme mental s'affaiblit.
Cet état temporaire de semi-impuissance s'accompagne parfois de
l'illusion de vivre un moment privilégié et créateur. A mesure que
le repli sur soi s'accentue, les craintes puériles se développent, il
se produit des crises brèves de colère absurde qui se terminent par
des états de prostration somnolente. Les derniers mouvements so
ciaux prennent un caractère impulsif. G. -H. L:
1248. — E. LUBAC. — Les dimensions du temps correspondant
à l'expansion de la vie de l'esprit dans l'inconscient. — R. Ph.,
CLXI, 5-Ö, 1931, p. 379-403.
Dans cet article, suite et développement de son livre : Les niveaux
de conscience et d' inconscient et leurs intercommunications , l'A. analyse
les processus par lesquels s'opère îa réduction de la durée psycholo
gique à une seule dimension ;'« la ligne que jalonnent les présents 756 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
successivement apparus à la conscience »). La réduction du temps
n'est qu'un aspect de la formation de la conscience et de l'inconscient.
La durée de l'inconscient ne peut être révélée que par la mémoire.
Produit de cette réduction continuelle de la vie de l'esprit elle nous
fait apparaître le passé non pas inerte, mais vivant sa vie propre
dans une durée autre et plus large que celle du conscient.
Il arrive cependant un moment où la reconstruction psycholo
gique n'est plus possible. C'est là que l'aspect psychologique du
problème cède du terrain à l'aspect biologique, la réduction de la
vie psychique étant faite « sous l'astreinte à se conformer au type
d'une espèce ». A. R.
1249. - ROBERT M. RIGGALL. - A case oî multiple personality
(Un cas de personnalité multiple). — Lancet, 17 octobre 1931,
n° 5642, p. 846-848.
L'auteur a connu en 1927 la malade, célibataire, âgée de 37 ans,
traitée déjà pour mélancolie — suicide en 1916-17, et qui présente
une division des personnalités très analogue à celle de la célèbre
Miss Beauchamp.
C'est par l'hypnose qu'ont été découvertes : 1° Mabel, patiente,
morale et bonne : 2° Miss Dignity, qui nuit à Mabel ; 8° Biddy,
brillante et secourable ; 4° Hope ; 5° Faith, inoffensive, d'appar
ition raie ; 6° Dame Troh, assez analogue ; 7° Miss Take, dont le
nom est venu d'un calembour (sur une méprise, mistake, au moment
de sa première apparition) ; 8° une innommée enfin, à expression
mauvaise, diabolique.
L'histoire de la malade est surtout celle des persécutions infligées
à Mabel par Miss Dignity qui l'invite à se suicider, qui avoue un jour,
en hypnose, avoir mis à Mabel un goulot de bouteille cassé dans le
vagin, ce qui fut vérifié, et racontant ultérieurement qu'elle avait
fait cette farce pour que l'enlèvement du goulot soit l'occasion de
provoquer des satisfactions erotiques. L'opposition de ces deux
personnalités principales est complète : Mabel est catholique idéaliste,
et" son pore l'appelait dans son enfance scrupuleuse, narcissiste,
« petite Miss Dignité ?, ce qui explique le nom de la personnalité
centralisant les tendances opposées, en conflit avec la société, avec
la vie religieuse de Mabel, erotique, impudique, défiante vis-à-vis
du médecin, s'opposant à la fusion des personnalités, et ne permettant
pas l'essai de psychanalyse.
L'alternance des personnalités coïncide avec certaines phases
émotionnelles, et le changement a été expérimentalement obtenu
dans l'hypnose en faisant revivre ces phases critiques.
En somme le cas ne serait qu'une exagération des tendances
ambivalentes communes dans les névroses, par personnification de
l'inconscient, pour l'auteur.
Mais quelle est la part à faire au pithiatisme et à la mythomanie ?
H. P.
1250. - M. NACHMANSOHN. — Wesen und Theorie der Hypnose
(La nature et les théories de l'hypnose). — Al. Z. fur Ps., IV, 9, 1931,
p. 537-558.
En analysant au point de vue psychologique l'état d'hypnose, CONSCIENCE ET INCONSCIENT 75^
l'auteur se rallie à la conception de Strauss, d'après lequel cet état
se caractériserait par l'élimination du Moi (Icherleben) de la per
sonnalité, et par une prédominance de Wirerleben. L'état d'hyp
nose serait un état psychique exceptionnel, réversible, produit
artificiellement. Cet état ne peut pas être identifié avec l'état de
sommeil, malgré quelques points de ressemblance qui existent
entre les deux. La nature de l'hypnose ne paraît pas pouvoir être
expliquée par les théories proposées par Freud à ce sujet. B. N.
1251. — W. R. WELLS. — Hypnotizability versus suggestibility
(Aptitude à l'hypnotisme et à la suggestion). — J. of Abn. Ps.,
XXV, 4, 1931, p. 436-449.
W. rapporte une expérience dans laquelle il a rangé 80 étudiants
suivant leur aptitude à être hypnotisés, qu'il a alors comparée à leur
suggestibilité, celle-ci étant obtenue par différents tests comme
ceux de Downey, d'Allport et de Laird, le tout suivi d'un question
naire. Les résultats indiquent la séparation plutôt que l'identité ou
même la similitude de l'aptitude à être hypnotisé, et de la suggest
ibilité telle qu'elle peut exister dans la vie courante. Les sujets
les plus facilement hypnotisables, loin d'être les plus crédules,
soumis et suggestion nables dans la vie de tous les jours, le seraient
au contraire moins que les sujets qui se laissent moins facilement
hypnotiser. J. W. F.
1252. — M. J. BASS. — Différenciation of the hypnotic transe
from normal sleep (Différenciation de la transe hypnotique et du
sommeil normal). — J. of exp. Ps., XIV, 1931, p. 382-399.
On compare les mêmes sujets (des étudiants) dans trois états :
veille, sommeil normal, hypnose. Le sujet est couché sur une chaise,
la jambe pend librement et un dispositif automatique produit la
percussion périodique du tendon et l'enregistrement du réflexe
rotulien. D'autre part, on prescrit (une fois pour toutes) au sujet
de répondre à chaque sonnerie d'un timbre par un mouvement du
doigt qui est aussi enregistré.
Les courbes montrent avec évidence la ressemblance de l'état
hypnotique avec l'état de veille au point de vue de l'intensité de
la réponse réflexe qui ne faiblit que lentement au cours de 100 exci
tations successives dans chacun de ces deux états, tandis qu'elle
s'abaisse vite et tombe au quart de sa valeur primitive pendant
le vrai sommeil. Il en est de même pour la réaction conventionnelle
au son qui reste régulière dans le sommeil hypnotique, tandis qu'elle
devient rare dès le début du vrai sommeil. P. G.
1253. - H. L. HOLLINGWORTH. - Diurnal Variations in Suggest
ibility (Variations diurnes de suggestibilité). — J. of appl. Ps.,
XV, 5, 1931, p. 431-435.
Expériences d'illusion de poids, sur 16 sujets qui effectuaient
l'expérience cinq fois par jour pendant 26 jours de suite.
L'expérience consistait à choisir dans une série de petits cubes
de poids variant de 15 à 80 grammes, celui dont le poids paraissait
subjectivement égal au poids du cube plus grand, pesant 55 grammes. 758 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Les expériences des 10 derniers jours lorsque fut amortie l'influence
de la répétition, montrent une très légère augmentation de l'illusion
dans les du soir, par rapport à celles du matin. Le poids
choisicomrne égal à l'étalon a été de 24 grammes 3 ± 0,76 à 8 heures
du matin (moyenne de 16 sujets et des 10 derniers jours d'expérience);
à 10 h. 30 — 24 gr. 1 =t 0,70 ; à 12 h. 30 — 23 gr. 9 ± 0,74 ;
à 15 h. 30 — 23 gr. 8 ± 0,74 et enfin à 18 heures : — 23 gr. 4, ± 0,82.
D. W.
1254. — R. G. KRUEGER. - The influence of repetition and
disuse upon rate of hypnotization (U de la répétition et
de V intervalle de repos sur la vitesse de Phypnotisation). — J. of
exp. Ps., XIV, 1931, p. 260-269.
L'hypnose se comporte-t-elle comme une habitude ? L'aptitude
au sommeil hypnotique est-elle accrue par la répétition et diminuée
par le manque de pratique ? On l'a mesurée ici par le moment où
les paupières se ferment (enregistré au moyen d'un appareil fixé
à la paupière supérieure). Les sujets sont des étudiants. Le sommeil
est provoqué par la fixation d'un objet brillant, accompagnée de
suggestion verbale continue. Il est maintenu pendant 2 minutes.
Les expériences comportent d'abord une séance par jour pendant
10 jours consécutifs. Le temps nécessaire pour obtenir le sommeil
est d'abord, selon les sujets, de 100 à 590 secondes ; il tombe au bout
de dix jours à 10 et 185 secondes ; la diminution est d'abord rapide,
puis de plus en plus lente. Après une interruption de 90 jours, on
recommence à raison d'une séance toutes les cinq minutes. La dis
position au sommeil a décru, mais elle regagne rapidement ce
qu'elle avait perdu. P. G.
1255. - HAKEBOUCHE, BLINKOWSKY,et R. FOUNDILLERE.
— Essai d'étude du développement de la personnalité à l'aide de
l'hypnose (en russe).— Recueil des Travaux de l'Institut Psycho-
neurolog. de Kiew, 1930, vol. II, p. 236-272.
Partant du point de vue de Pavlov qui considère l'hypnose comme
« un frein intérieur » et pour qui la suggestion est « le réflexe condi
tionnel typique de l'homme », les auteurs ont recours à l'hypnose
pour obtenir de leurs sujets des réactions qui correspondent à l'âge
qu'ils leur suggèrent. L'article comporte la description de l'examen
d'un sujet âgé de 34 ans. En lui suggérant tel ou tel âge, les auteurs
n'obtiennent que des réactions de cet « âge expérimental suggéré ».
Tout ce qui a été acquis depuis cet âge est « freiné », tandis que
tout ce qui a été propre à cet âge réapparaît. On suggère au sujet
qu'il vient de naître et on constate la réapparition des réflexes du
nouveau-né. Pour examiner son développement moteur on lui
suggère tel ou tel mois de ses 2 premières années et tout son com
portement correspond exactement aux mois suggérés.
Les dessins faits à l'âge suggéré de 3, "■, 6, 7, 8 ans sont ceux d'un
enfant de cet âge. De même pour les associations. On lui fait subir
l'examen psychologique du « niveau mental » (en suivant la méthode
Binet-Simon) et celui de Rorschach en le faisant passer par tous
les âges jusqu'à l'adolescence et ses réactions ne correspondent
chaque fois qu'à l'âge suggéré. CONSCIENCE Et INCONSCIENT 759
Les auteurs vérifient les données de tests psychologiques par les
souvenirs de leur sujet et croient avoir pu obtenir de cette façon
une « photographie complète » de son comportement selon ses âges,
« la reproduction de toute sa personnalité et de différentes périodes
selon les différents stades de son développement ». D. M.
1256. - ERNEST JONES. - The Problem of Paul Morphy ; a
contribution to the Psychoanalysis ot Chess {Le problème de P. M. ; à la psychanalyse du jeu d'échec?). — I. J. of Psychoan.,
XII, 1, 1931, p. 1-23.,
Parmi les articles de psychanalyse appliquée d'E. J. toujours,
instructifs, celui-ci est particulièrement réussi. Il va d'ailleurs plus
loin que son titre et constitue aussi une contribution à la psychologie
de la sublimation et du génie. Morphy, le célèbre joueur de la Nouv
elle-Orléans qui étonna Paris et l'Europe à 21 ans (en 1858), eut
en effet au plus haut degré cette capacité d'appliquer un talent
exceptionnel avec une concentration intense, même si elle n'est que
temporaire, qu'on appelle le génie, et cette instabilité mentale qu'on
y trouve souvent associée.
Morphy interrompit sa courte carrière aussitôt après son succès,
se fit avoué (comme l'était son père, mort en 56), échoua malgré ses
dons, et souffrit de paranoïa (avec peur délirante d'être empoisonné
et volé) jusqu'à sa mort (par apoplexie ?) à 47 ans. L'explication
de J. est que les troubles mentaux de Morphy furent surtout dus
à un échec et à un désappointement, car le rival qu'il voulait le plus
rencontrer, Staunton, l'évita tout en écrivant qu'un simple passe-
temps était pour Morphy une source de profits (ce qui était faux)
alors que les autres joueurs avaient des occupations civiles.
Le jeu d'échec est une guerre sans merci faite au père (le roi)
avec J'aide de la mère (la reine). Echec et mat (en persan : shah-mat)
veut dire : le roi est mort. Pourtant les tendances belliqueuses y
sont maîtrisées par une grande abnégation sportive. Morphy possé
dait suprêmement toutes les qualités pour faire aboutir la révolte
du fils : patience, divination des plans de l'adversaire, profondeur
des combinaisons, soudaineté de l'attaque, confiance en soi. Mais
pour que sa sublimation (réussie et complète* durât, il fallait qu'elle
fût : reçue amicalement, attribuée à des motifs louables, et considérée
comme une activité sérieuse et adulte. Or, dans une période où toute
sa personnalité était très exposée par le succès même, Staunton,
Yimago paternelle suprême, lui déniait tout cela. C'était comme si
le père avait démasqué ses mauvaises intentions et adoptait une
semblable attitude envers lui. Et ce personnage dangereux serait
toujours hors d'atteinte et hostile. La sublimation craqua. Sa bien
veillance homosexuelle envers les hommes fit place à l'antagonisme
sous-jacent. Après une période introvertie, il sombra dans la paranoïa.
J. F. W.
1257. - MELANIE KLEIN. - Contribution to the theory of
Intellectual inhibition [Contribution à la théorie de V inhibition
intellectuelle). — I. J. of Psychoan, XII, 2, 1931, p. 206-218.
Suite des importantes études de psychanalyse infantile de M. K. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 760
sur le symbolisme, le développement du moi, etc. Elle montre ici
que la peine qu'un enfant anglais de 7 ans avait à distinguer l'un
de l'autre des mots français poulet^ poisson et glace, associés à des
choses cassées, tuées, saHes, etc., venait d'idées angoissantes au
sujet du corps de la mère, du sien et de l'agression sur l'un et l'autre
par le pénis du père et par les matières fécales.
En se basant sur d'autres analyses, tant d'enfants que d'adultes,
M. K. avance que la peur d'une personne pour ses propres matières
fécales en tant que persécuteurs dérive de ses fantaisies sadiques,
dans lesquelles elle emploie ses matières et son urine comme des
armes empoisonnées et destructives dirigées contre le corps de la
mère. Il y a là une base possible de la « magie noire » où l'on fait
pénétrer secrètement des puissances malignes dans le sujet. Van
Ophnijsen et Stärcke ont également montré que la peur du para
noïaque se rapporte à ses propres matières fécales dans son intestin,
qu'il a identifiées au pénis de son persécuteur.
Strachey a montré que lire signifie pour l'inconscient retirer la
connaissance du corps de la mère, et que la peur de la voler est un
facteur important des inhibitions de lecture. M. K. ajoute qu'il est
essentiel pour le développement du désir de savoir, que le corps de
la mère soit senti intact et sain (« bon »), car il représente pour
l'inconscient le réceptacle de tout ce qui est désirable et ne peut
être obtenu que de là. S'il est détruit ou en danger, il devient dan
gereux (« mauvais »). — L'incapacité de se faire une idée de l'intérieur
du co7'ps de la mère avec ses fonctions de conception, grossesse et
parturition, peut affecter l'orientation dans son sens le plus propre
et le plus figuré, et toute l'attitude envers le monde extérieur. Cette
inhibition est due à la peur du corps maternel qui suit les attaques
et fantaisies sadiques dirigées contre lui, alors que ce sont celles-ci,
et la possibilité d'en venir à bout, qui mène aux relations objectales
et à l'adaptation à la réalité. L'inhibition de connaître vraiment
Vintérieur de son propre corps empêche le contrôle et la compréhension
des propres processus intellectuels de l'individu, la mise en ordre
de son esprit, l'organisation des connaissances obtenues (ce qui est
une avance dans le développement du moi).
Enfin, quand le surmoi exerce une domination trop complète
sur le moi, ce dernier, pour garder la maîtrise du ça et des objets
intériorisés par le refoulement, se barricade également contre les
influences du monde extérieur, se privant ainsi de toutes les sources
de stimulation, externes et internes. J. F. W.
1258. - CLARISSA RINAKER. - Some Unconscious Factors
in the Sonnet as a Poetic Form (Facteurs inconscients dans le
sonnet comme forme poétique). — I. J. of Psychoan., XII, 2, 1931,
p. 167-187.
Contribution à l'étude psychanalytique de la poésie surtout
intéressante par les citations des poètes et des critiques, dont les
images clairement sexuelles symbolisent des désirs auxquels le
sonnet donne une satisfaction inconsciente.
L'auteur oppose la l'orme italienne des sonnets anglais a la l'orme
très spéciale que lui donna Shakespeare. Elle suggère qu'on préfère CONSCIENCE ET INCONSCIENT 761
en général la première, parce qu'elle représente le corps de la mère.
Le double mouvement du sonnet peut représenter non seulement
une progression, mais le désir et la fuite de l'objet aimé et défendu.
La rigueur de ses lois, nous dit-on, ne doit rebuter que ceux qu'effraient
le danger « S'il te semble un lit de Procuste, qui te force à t'y coucher ?»
L'histoire du sonnet confirme qu'il fut peut-être le meilleur moyen
poétique de sublimer le désir inconscient de la mère. Hunt et Lee
(The book of the sonnet) remarquent qu'il est « curieux » que tant de
sonnets tournent autour d' « attachements illégaux ». Pétrarque, qui
le premier en fit un usage extensif, ignore pendant ses 300 sonnets
que sa dame eût un mari nommé De Sade ; et quand elle meurt, elle
montre la môme indifférence et incite le poète à vivre avec elle au
Paradis. Dante, qui épouse pour ainsi dire Béatrice au Ciel, ne souffle
mot ni de son mari, ni de son nom de femme mariée, Beatrice de
Bardi. Ce sont Milton et Wordsworth qui libérèrent le sonnet de sa
dévotion exclusive au seul thème de l'amour malheureux (souvent
simulé) pour une dame inaccessible.
Les sonnets de Shakespeare ont une forme si particulière (3 qua
trains abab cdcd efef et la conclusion soudaine du distique gg) qu'on
leur a souvent dénié le nom de sonnets, C. R., d'après les symboles
employés pour les décrire, y voit une représentation du père, avec le
distique comme symbole phallique, ce qui expliquerait l'hostilité
quasi unanime contre cette forme. J. F W.
1259. — R. FREIS. — Hass gegen die Eltern [Un cas de haine contre
les parents). — Viertel.], f. Jug., 2, 1931, p. 133-137.
Etude d'un cas de haine de l'enfant contre ses parents. La format
ion du complexe est analysée avec soin : le rôle des conditions du
milieu paraît prédominant. P. 6.
1260. - WILHEM REICH. - The characterological mastery ot
the Œdipus complex (La conquête caractérologique du complexe
d'Œdipe). — I. J. of Psychoan., XIT, i, 1931, p. 452-467.
La Psa, permet, pour la première fois, une « théorie des types
génétiques », en montrant les facteurs qui conduisent à la formation
du caractère. Le caractère consiste en un changement chronique du
moi, qu'on peut décrire comme un durcissement. L'amour caractéro
logique résulte d'une longue lutte entre les exigences instinctuelles
et le monde extérieur qui les contrarie, avec lequel le moi s'est
identifié. Le caractère obsessionnel avec sa suppression des apports,
l'autisme schizophrénique avec la rigidité catatonique qui en résulte
sont de telles amours, pathologiquement rigides.
L'effet caractérologique de la prostration varie d'après le moment
où elle frappe l'instinct : au début du développement de l'instinct, le
résultat est un refoulement trop complet, qui produit des fonctions
réactionn elles à la place de sublimation, et exclut les instincts de la
structure de la personnalité, ce qui troublera l'activité tout entière.
Au sommet du développement de l'instinct, celui-ci ne peut plus
être complètement refoulé, et la prostration ne peut qu'établir un
conflit insoluble entre la prohibition et la pulsion : le terrain est

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