Conscience et Inconscient. Suggestion et hypnose. États de sommeil. Interprétations psychanalytiques - compte-rendu ; n°2 ; vol.34, pg 942-953

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L'année psychologique - Année 1933 - Volume 34 - Numéro 2 - Pages 942-953
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1933
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XII. Conscience et Inconscient. Suggestion et hypnose. États de
sommeil. Interprétations psychanalytiques
In: L'année psychologique. 1933 vol. 34, n°2. pp. 942-953.
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XII. Conscience et Inconscient. Suggestion et hypnose. États de sommeil. Interprétations psychanalytiques. In: L'année
psychologique. 1933 vol. 34, n°2. pp. 942-953.
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jeunes enfants à un stimulus différé). — • Child dev ., IV, 1933P
p. 1-6.
On annonce à des enfants d'une école maternelle que quelque chose-
d'intéressant va sortir d'une boîte, mais on ne sait pas à quel moment.
On note le temps maximum pendant lequel ils fixent la boîte. La
moyenne passe de 8 secondes, vers 3 ans à 27 sec. 5, vers 6 ans. Une-
fillette de 5 ans a maintenu, exceptionnellement, une fixation,
vraiment pathologique, de plus de 16 minutes, suivie d'une fatigue-
considérable. P. G.
XII. — Conscience et inconscient. Suggestion et hypnose
États de sommeil. Interprétations psychanalytiques
1490. — R. MESSERSCHMIDT. — The suggestibility of boys and
girls between the ages of six and sixteen years (La suggestibilité
des garçons et des filles entre six et seize ans). — J. of genet. Ps.,
XLIII, 2, 1933, p. 422-437. — Responses of boys between the
ages of five and sixteen years to Hull's postural suggestion test
(Réponses de jeunes garçons entre cinq et seize ans au test de suggest
ibilité de posture de Hull). — ■ Ibid., p. 405-421.
Les variations dans le degré de suggestibilité de l'enfant avec
l'âge ont été étudiées dans deux séries de recherches. Dans la pre
mière, 11 tests, empruntés pour la plupart à Binet, ont été appliqués
à un grand nombre d'écoliers âgés de 6 à 16 ans. Il y a eu en moyenne-
452 résultats à chaque âge pour chaque test (la majorité des sujets
n'ayant pas pris part à la totalité des épreuves). A trois âges seule
ment, les garçons ont été trouvés plus suggestibles que les filles, ces
dernières au contraire ayant donné des résultats plus élevés pour les
8 autres années, soit dans 73 % des cas. Les évolutions avec l'âge
sont parallèles dans les deux cas. L'indice moyen de suggestibilité
croît manifestement de 6 à 7 ans, puis décroît jusqu'à 16 ans où il
n'a plus que 1/6 de sa valeur maxima. Dans certains tests, le max
imum de suggestibilité est tombé sur 8 ans. Ceci est également le cas
pour le test de Hull, épreuve dans laquelle on enregistre graphique
ment les déplacements oscillatoires d'un sujet au cours de suggestions
orales, et qui a fait l'objet d'une étude plus approfondie sur 194 gar
çons de 5 à 16 ans. Dans cette épreuve, les résultats de 2 observations
consécutives séparées par un bref intervalle de repos ont permis de
comparer les données du point de vue de l'intensité de la réponse
suggérée et du temps pendant lequel la suggestion agit dans les 2 cas,
et de constater que les plus grandes différences entre les 2 périodes
se rencontrent aux âges où la suggestibilité est la plus forte (le temps
de suggestion étant toujours moindre dans la deuxième période).
Quant à la courbe des réponses négatives, témoignant d'une tendance
à réagir dans un sens opposé à celui de la réponse suggérée, elle
affecte une forme exactement opposée à celle des réponses positives.
A. B.-F.
1491. — C. L. HULL, E. F. PATTEN et S. A. SWITZER. — Does;
positive response to direct suggestion as such evoke a generalized ET INCONSCIENT. SUGGESTION ET HYPNOSE O'iS" CONSCIENCE
hypersuggestibility ? (La réponse positive à une suggestion directe-
comme telle provoque- t-elle une hypersuggestibilité généralisée ?)■
— J. of gen. Ps., VIII, 1, 1933, p. 52-64.
On a prétendu' produire, en dehors des suggestions spécialement
hypnotiques, une hypersuggestibilité en état de veille. Pour savoir
si une réponse positive à une suggestion motrice facilite les réponses-
suivantes à d'autres suggestions, les A. ont testé 13 sujets suggestibles,
pendant 15 jours, identiquement grâce à un disque qui reproduisait
la voix de l'expérimentateur suggérant 2 sortes de mouvements :
baisser la tête et avancer le bras, alternés selon la formule ABBA,
soit 4 suggestions par jour, 780 en tout.
Le temps moyen des suggestions A est le même avant les deux B
et après. Deux courbes donnent les temps moyens en fonction du jour :
une pour les suggestions venant en 1er lieu, l'autre pour les secondes.
L'apprentissage finit par diminuer le temps moyen initial de plus de-
moitié ; l'écart des 2 courbes ne laisse pas place à un accroissement
de suggestibilité. G. D.
1492. — F. P. MAIOROV. — Une méthode fonctionnelle spéciale-
pour éliminer un état hypnotique stable chez les chiens (en russe).
— Tr. L. P., V, 1933, p. 147-166.
Sous l'influence de l'ambiance expérimentale 2 chiens tombèrent
en état d'hypnose. Durant 2 ans, l'auteur combattit en vain cette ten
dance, en usant de tous les moyens, mentionnés dans un article précé
dent. Un effet positif fut obtenu seulement après l'administration du
bromure. Malheureusement, il se trouva impossible de continuer-
l'application de cette méthode, en raison de l'effet toxique du remède.
Or, il se montra nécessaire de trouver une autre méthode purement
fonctionnelle pour éliminer l'état hypnotique chez les chiens d'expér
ience.
Comme le bromure éliminait l'état hypnotique en intensifiant et
en concentrant en même temps l'inhibition, il était indispensable
de remplacer ce « concentreur de l'inhibition » pharmacologique par
un autre concentreur purement fonctionnel.
L'auteur usa du procédé suivant : chaque excitation positive fut
précédée par une excitation inhibitrice (différenciation), qui fut
appliquée pendant 20 secondes. A sa suspension elle fut immédiate
ment et sans intervalle suivie d'une excitation positive, qui, elle aussi,
fut continuée durant 20 secondes et renforcée comme d'habitude,
coïncidant avec ce renforcement pendant 15 secondes. De temps en
temps durant le cours de l'expérience l'excitant différentiel fut intro
duit tout seul, ce qui avait pour but de maintenir la fonction inhibi
trice de la différenciation, car autrement, employée exclusivement
dans la combinaison avec l'excitant positif, elle avait une tendance
à se convertir en excitant positif.
Par cette méthode l'auteur réussit à éliminer l'état hypnotique
chez les 2 chiens, qui maintinrent dès lors une attitude vaillante dans
la chambre expérimentale : les rapports entre les réflexes conditionn
els devinrent normaux et même une induction positive put être
enregistrée. N. P. ■944 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
1493. — A. JENNBS. — Facilitation of response to suggestion by
response to previous suggestion of a different type (Facilitation
d'une réponse à une par une suggestion préalable a"un
type différent). — J. of exp. Ps., XVI, 1933, p. 55-82.
Les expériences faites sur des étudiants, sont de deux sortes :
suggestion d'un déplacement horizontal du bras tendu porté en
avant (le bras est maintenu sur un support qui peut tourner autour
-d'un axe vertical et on note le temps nécessaire pour qu'il se déplace
d'un certain angle) ; suggestion de sommeil donnée dans les mêmes
conditions (on note le temps nécessaire pour obtenir la fermeture
des yeux). Tantôt c'est l'une, tantôt c'est l'autre expérience qui
précède. On trouve que le deuxième phénomène est toujours facilité
par le premier et que la suggestion demande alors moins de temps
pour être efficace (surtout quand c'est le sommeil qui précède la
réaction motrice). D'autre part le temps, par l'effet de l'habitude,
décroît dans les deux types de réaction, d'une expérience à l'autre ;
il y a même un effet cumulatif des expériences consécutives au cours
d'une séance. P. G.
1494. — CLARE H. MARPLE. — The comparative susceptibility
of three age levels to the suggestion of group versus expert opinion
( Comparaison de V influence de V opinion de la collectivité ou d' 'experts
à trois niveaux d'âge). — J. of Soc. Ps., IV, 2, 1933, p. 176-187.
La suggestibilité des sujets est évaluée d'après les modifications
apportées à leurs réponses à 75 propositions, lorsqu'ils ont pris
•connaissance de l'opinion exprimée par la majorité du groupe ou par
des experts qualifiés.
Trois groupes de 300 sujets sont constitués parmi des étudiants
de niveaux scolaires différents et par des adultes ; un des groupes est
soumis, à un mois d'intervalle (pour éviter l'influence de la mémoire)
à une expérience consistant à répondre par une acceptation, une
réfutation ou une attitude neutre, à diverses déclarations. Les varia
tions dans ces réponses sont attribuées au hasard. Un deuxième
groupe est informé de l'attitude prise par des experts vis-à-vis de
ces propositions, avant la deuxième épreuve, et le troisième groupe
connaît l'opinion de la majorité des concurrents.
La répartition des modifications apportées dans la deuxième série
des réponses, indique une diminution de la susceptibilité à la sugges
tion avec l'âge. L'influence de la collectivité s'est manifestée plus
intensément» que celle des experts. Les variations du premier groupe
sont trois fois moins nombreuses que celles du deuxième et quatre fois
moins que celles du troisième. J. M.
1495. — W. BROWN. — The psychology of personal influence (La
psychologie de V influence personnelle). • — - Lancet, 1933, n° 5752,
p. 1191-1193.
L'influence personnelle, celle d'un hypnotiseur thérapeute sur
son malade (bien connue de l'auteur dont l'influence psychothéra
pique est très grande), ou d'un leader sur une foule, se ramène, dit B.,
à l'action suggestive, dont on ne pourrait accepter, ni l'interprétation
freudienne exclusive, par la libido, ni l'interprétation fondée sur la CONSCIENCE ET INCONSCIENT. SUGGESTION ET HYPNOSE 945
mise en jeu d'un instinct d'abaissement, d'auto-soumission, invoqué
par Me Dougall.
Il faut, selon B., une certaine correspondance complexe, dans le
domaine de l'inconscient et dans le jeu des instincts entre celui qui
exerce et ceux qui subissent une action suggestive. H. P.
1496. — I. SCHRAIBER et E. IAKOVLEVA. — Au sujet de l'étude
expérimentale de la suggestibilité chez les individus bien portants
et les névrosés (en russe). — In : L'expérience psychophysiologique
dans la clinique des maladies nerveuses et mentales, 1933, p. 49-67.
Pour étudier la suggestibilité ont été utilisés trois procédés diffé
rents : un signal lumineux était parfois suivi d'une excitation élec
trique ; le sujet devait dire chaque fois s'il ressentait ou non le
courant ; ensuite ont été étudiées les réactions psycho-galvaniques
du sujet aux excitations électriques d'intensité constante, mais
précédées de préavis tels que : cette fois-ci le courant sera très
faible ; cette fois-ci il sera très fort ; on a tenu compte aussi des
réactions au préavis ; pour la troisième expérience on a utilisé un
dynamographe de Lehmann ; d'abord, le sujet était invité à fournir
l'effort maximum ; ensuite, la même consigne était précédée d'une
remarque au sujet de la fatigue provoquée par le premier effort ;
enfin, la même consigne était précédée d'une excitation électrique
dont on soulignait l'effet « fortifiant ». Ces épreuves ont été subies
par 42 hommes bien portants (soldats) et 48 névrosés (dont 14 femmes
hystériques).
La deuxième expérience (réfl. ps.-galv.) a donné les résultats les
plus nuancés. Comme conclusion générale, on constate : 1° que la
suggestion se manifeste dans les réactions végétatives (réfl. ps.-gal.) ;
2° que le degré de suggestibilité décroît dans l'ordre suivant : sujets
atteints de névroses traumatiques, hystériques, individus normaux,
psychasthéniques, neurasthéniques. La plus faible suggestibilité des
deux dernières catégories s'expliquerait par le penchant à l'introspec
tion (attitude plus critique à l'égard de leurs propres réactions) ;
3° la suggestion peut avoir un effet négatif, c'est-à-dire déformer les
réactions du sujet dans le sens contraire à ce qui est suggéré.
E. S.
1497. — SOPHIE MORGENSTERN. — Psychanalyse et éducation.
— Évolution psychiatrique, III, 2, 1933, p. 43-64.
Les plaisirs sexuels infantiles (succion orale, rétention anale)
correspondraient aux perversions sexuelles de l'adulte qui en déri
veraient directement. Et le drame vécu par les garçons dans leur
première enfance dériverait des deux complexes qui sont les pivots
de la psychanalyse, complexe d'Œdipe et complexe de castration.
L'auteur donne des exemples du rôle de ces complexes chez de jeunes
garçons.
L'enfant se trouverait tenté, à chaque difficulté nouvelle de sa vie,
de retourner à un stade antérieur de sa vie instinctive ; c'est du moins
ainsi que S. M. explique un retour de malpropreté à l'occasion d'un
changement de nurse et la masturbation « de consolation », ainsi que
le « vol de consolation ».
l'année psychologique, jtxxiv 60 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 946
La compréhension des conflits .moraux de l'enfance est capitale
en éducation ; il faut aider l'évolution normale de la libido.
H. P.
1498. — WILLIAM GALT. — Phyloanalysis (Phyloanalyse). —
J. of Abn. Ps., XXVII, 1932-33, p. 411-429.
Étude sur la méthode « Phylétique » de Trigant Burrow qui consiste
en une analyse du comportement par un travail de groupe. La séance
phyloanalytique paraît être constituée par une réunion d'individus,
dont chacun est décidé à analyser, sous la direction d'un « démonstrat
eur », les réactions qui se produisent en lui dans des conditions expé
rimentales de nature à permettre l'inclusion simultanée des réactions
des autres participants dans une observation contrôlée par le groupe.
De ces séances sont absentes les restrictions sociales habituelles qui,
en empêchant d'ordinaire les questions indiscrètes, favorisent l'ina
ttention des individus au sujet des circonstances ou des réactions
concomitantes à un acte et qui leur semblent contradictoires.
J. F.-W.
1499. — H. GANTRIL et G. W. ALLPORT. — Recent applications
of the Study of Values [Applications récentes de Z'Étude des
Valeurs). — J. of Abn. Ps., XXVIII, 3, 1933, p. 259-273.
Les auteurs étudient les applications récentes du Test d'Allport
et Vernon destiné à mesurer la prédominance relative dans les per
sonnalités adultes de 6 intérêts fondamentaux : les intérêts théorique,
économique, esthétique, politique, social, et religieux. Il semble
démontré qu'il y a un rapport stable entre les valeurs et la conduite ;
autrement dit : l'activité d'une personne n'est pas déterminée exclu
sivement par le stimulus du moment, ni par un intérêt purement
transitoire, ni même par une attitude spécifique à la situation ren
contrée : des attitudes plus générales envers certaines valeurs entrent
dans les activités de la vie et expliquent la cohérence des personnalités.
J. F.-W.
1500. — M. N. SEARL. — The psychology of Screaming (La psychol
ogie des" cris chez l'enfant). — I. J. of Psychoan., XIV, 2, 1933
p. 193-205.
Les cris de rage de l'enfant sont essentiellement des attaques
agressives contre des objets ou dans des situations par rapport
auxquels d'autres formes d'attaque effective ou de fuite sont imposs
ibles. D'autre part, là où les cris n'apportent aucune satisfaction
alloplastique (c'est-à-dire quant à une transformation du monde
extérieur), même pas de la rage elle-même, ils ont cependant un
résultat autoplastique (c'est-à-dire quant à l'individu). Par exemple
l'enfant fait l'expérience du fait que sa plus forte agression contre son
monde est également une attaque, et particulièrement déplaisante,
contre lui-même : ses cris, dirigés contre le mauvais parent, lui
déchirent réellement la gorge à lui-même, l'étouffent et l'épuisent.
Il n'y a pas de situation plus propre à donner une base à un sur-
moi particulièrement sadique et à la croyance à la loi du talion.
L'A. indique enfin quelques-unes des métamorphoses des cris de rage CONSCIENCE ET INCONSCIENT. SUGGESTION ET HYPNOSE 947
au cours du développement. Ces cris si traumatiques donnent en effet
lieu à des fixations de la libido, dues à l'effort de l'esprit pour maîtriser
les situations associées. Car l'esprit humain n'est jamais entièr
ement sujet à la douleur ou à l'angoisse, et n'abandonne jamais une
situation douloureuse dans son mouvement en avant tant que la
douleur n'a pas été changée en quelque forme de satisfaction.
J. F.-W.
1501. — F. W. BROWN. — Personality integration as the essential
factor in the permanent cure of stuttering (Intégration de la
personnalité, facteur essentiel d'un traitement permanent du bégaie
ment). — Ment. Hyg., XVII, 2, 1933, p. 266-277.
Description de quelques cas tendant à montrer que le bégaiement
apparaît fréquemment associé à des troubles généraux de la personn
alité. Il faut guérir ceux-ci pour améliorer celui-là. D. W.
1502. — KARL A. MBNNINGER. — Psychoanalytic aspects of
Suicide (Aspects psychanalytiques du suicide). — I. J. of Psychoan.
XIV, 3, 1933 p. 376-390.
La conception populaire du suicide est qu'il vient du désir de
mourir : or, ce motif n'est en jeu de façon prédominante que dans des
cas assez rares. L'acte du suicide vient satisfaire un désir de destruc
tion de soi-même qui tire son origine de deux sources principales :
le désir de tuer et le désir d'être tué, et d'une accessoire : le désir de
mourir.
Le désir de tuer est l'élément agressif du suicide, auquel il aboutit
par introjection de l'objet haï, ou par attaque indirecte, par exemple
sur quelque chose tenu pour précieux par l'objet haï (la personne
de la victime elle-même dans le cas de l'enfant qui veut punir ses
parents par son suicide). De toutes façons ce facteur agressif a son
origine dans le moi et se réfléchit sur le moi. Le désir d'être tué est
l'élément submissif du suicide. Mais si l'individu s'inflige lui-même
la peine de mort, c'est en punition d'un crime qu'il voulait commettre
ou qu'il a commis dans l'inconscient. Ce facteur vient donc du surmoi.
On voit d'ailleurs que les pulsions meurtrières sont à la base de ces
deux sortes de motifs : il y a longtemps que Freud a dit que « bien des
suicides sont des meurtres déguisés ». Le désir de mourir vient du Ça ;
il peut jouer un rôle, qui d'ailleurs est difficile à mettre en évidence.
A cette conception psychanalytique du suicide, d'ailleurs peu
nouvelle et à laquelle la clinique apporte une confirmation toujours
plus grande, l'A. ajoute un paragraphe intéressant sur ce qu'il appelle
le « suicide partiel ». A côté des formes ordinaires du suicide qui
représentent un « suicide aigu », une destruction aiguë et totale de
l'individu, il lui semble qu'on peut distinguer des « suicides chroni
ques », formes lentes et indirectes d'auto-destruction généralisée
(par exemple l'ascétisme, le martyre, la maladie utilisée pour des
fins de ce genre), et des « suicides partiels », formes en foyer où
rentreraient certaines destructions ou altérations d'organes, orga
niques ou fonctionnelles. J. F.-W. 948 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
1503. — FRITZ WITTELS. — The super-Ego in our judgements of
Sex (Le surmoi dans nos jugements de la sexualité). — I. J. of
Psychoan., XIV, 3, 1933 p. 335-340.
Critique des concepts usuels d'actif et de passif, de masculin et
de féminin, devenus beaucoup trop abstraits. Le pénis qui pénètre
la femme, par exemple, est masculin, aussi l'enfant qui tète sa mère.
Pourtant nous savons qu'au premier âge le bout du sein est introduit
dans une cavité de l'enfant, la bouche, tout comme le pénis dans le
vagin, et la psychanalyse des enfants montre en effet que l'enfant
voit sa mère comme une personne masculine, et nous ne nous débar
rassons jamais complètement de ce sentiment éprouvé au début de la
vie. C'est le surmoi, socialement conditionné, qui nous fait éprouver
comme masculin ou féminin ce qui est tenu pour tel en un lieu et
en un temps donnés. Il est donc utile d'examiner chaque tendance
séparément, mais de ne pas oublier que l'individu est bisexuel, et
que les deux tendances en question, comme les radicaux de la chimie
organique, ne se rencontrent qu'à des degrés divers de combinaison.
J. F.-W.
1504. — M. D. EDER. — The Jewish phylacteries and other Jewish
ritual observances (Les phylactères et autres pratiques rituelles
juives). — I. J. of Psychoan., XIV, 3, 1933 p. 341-375.
Continuation des études publiées par Reik, puis Langer dans
Y Imago sur le même sujet. Essai d'interprétation psychanalytique
du symbolisme, des phylactères, du châle de prière, des montants
de porte. Rapports du dogme du cérémonial et des phénomènes
compulsifs de la névrose obsessionnelle. J. F.-W.
1505. — MILTON H. ERICKSON. — The investigation of a specific
Amnesia (L'investigation d'une amnésie spécifique). — Br. J. of
Med. Ps., XIII, 2, 1933 p. 143-150.
Le problème était de découvrir le contenu d'une amnésie localisée
à l'identité d'un cadeau de Noël sans que le sujet donnât aucun
renseignement additionnel, sous prétexte que seule la nature de
l'objet oublié l'intéressait et qu'elle ne tenait pas à parler d'elle-
même. Les associations libres, essayées d'abord, ne donnèrent donc
naturellement rien. L'A. eut alors recours à l'hypnose, l'écriture auto
matique et la boule de cristal, mais, même en état de « transe profonde »
le sujet se refusait à nommer ou écrire l'objet, ou à donner des
renseignements sur la situation affective. Ce n'est qu'à la suite d'un
argument spécieux concernant l'existence d'un 3e niveau de l'esprit,
d'où surgirait le mot pendant que son conscient dormirait et que son
subconscient serait engagé en conversation avec l'expérimentateur,
que le matériel « oublié » put sortir par l'écriture automatique, et
encore, sous une forme déguisée qui ne se précisa qu'au cours des
séances suivantes, et toujours avec des artifices qui permettaient au
sujet d'éviter toute responsabilité dans le retour du matériel refoulé.
Cet article me semble intéressant surtout à deux points de vue :
d'abord l'inefficacité de l'hypnose là où le sujet ne veut rien dire ;
ensuite l'identité de ce sujet, une jeune fille étudiant pour son docto
rat de Psychologie ! J. F.-W. CONSCIENCE ET INCONSCIENT. SUGGESTION ET HYPNOSE 949
1506. — ROGER MONEY- KYRLE. — A Psychoanalytic study of
the voices Of Joan Of Arc (Étude Psychanalytique des voix de
J. d'Arc).— By. J. of Med. Ps., XIII, 1, 1933 p. 63-81.
L'A. imagine qu'une scène traumatique (par exemple la vue du
coït des parents) dans la vie infantile de Jeanne d'Arc peut avoir
déterminé la forme de son complexe d'Œdipe, et lui avoir donné des
visions aussi nettes de saint Michel avec sa lance et de sainte Marg
uerite et sainte Catherine avec leurs couronnes. Ces saints étaient
les symboles des parents, donc parlaient avec la voix de son surmoi :
ils lui commandaient d'opérer une restitution pour ses désirs jaloux
et envieux. Sans cet élément de passé réel derrière elles, ces voix
auraient pu n'être que de simples imaginations manquant de cette
force de l'hallucination vraie. Et sans cet éclat, elles n'auraient guère
pu inspirer cette foi et cette confiance suprême qui lui permirent
d'accomplir ses tâches extraordinaires. ' J. F.-W.
1507. — HELGE LUNDHOLM. — Repression and Rationalization
(Refoulement et rationalisation) . — Br. J. of Med. Ps., XIII,
1, 1933 p. 23-50.
L'A. applique au refoulement la théorie macdougallienne du
« drainage » : l'activité dans laquelle serait drainée l'énergie d'un
sentiment soumis au serait le processus de rationalisa
tion, qui peut d'ailleurs devenir habituel et continuer à fonctionner
dans le plan préconscient. L'A. admet pouvoir se tromper. Mais
alors : « Si mon travail n'est qu'une illusion, le processus du refoul
ement reste aussi énigmatique qu'avant que j'aie pris la plume. »
J. F.-W.
1508. — ERNEST JONES. — The Phallic Phase (La phase phal
lique). — I. J. of Psychoan., XIV, 1, 1933 p. 1-33. — HÉLÈNE
DEUTSCH. — Female sexuality (La sexualité féminine). —
Ibid., p. 34-56. — KAREN HORNEY. — The Denial of the
vagina (Le désir du vagin). — Ibid., p. 57-70.
On se préoccupe beaucoup aujourd'hui d'apporter des précisions
à cette période du développement psychosexuel de l'enfant que
Freud a appelée la phase phallique. Freud a enseigné en effet qu'il
n'existe au début pour les deux sexes qu'un seul organe génital,
le masculin (pénis), parce que pour les deux sexes l'organe féminin
(vagin) n'a pas encore été découvert (en admettant que la première
masturbation féminine soit uniquement clitoridienne) . Pour les
enfants les êtres ne se divisent donc pas en masculins et féminins,
mais en ceux qui possèdent le pénis et ceux qui ne le possèdent pas.
Et garçons et filles luttent contre la croyance en cette seconde classe
pour la même raison : le désir de ne pas croire à la réalité de la
castration. Comme cette similitude de théorie et de tendance libidi
nale (car l'intérêt génital centré à un substitut du pénis, le clitoris,
est également phallique) correspond à des fondations anatomo-
biologiques différentes, les filles découvrant leur manque de pénis
se trouvent insuffisamment équipées pour l'organisation phallique
de leur libido et jalousent les garçons. Aux conflits envers la mère
qu'elle a en commun avec le garçon, la fille ajoute un conflit spécial 3 950 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
elle blâme la mère pour son manque de pénis ; point crucial qui la
détache de la et l'oriente définitivement vers le père, d'autant
plus que l'enfant qu'elle lui demande remplacera le pénis qu'elle ne
peut avoir. H. Deutsch attribue V « oscillation vers la passivité » à
l'égard du père qui se produit alors, à une première passivité envers la
mère (qui est active envers des bébés des deux sexes comme la petite
fille envers ses poupées). La libido oscille entre les deux pôles (attrac
tion : chances de satisfaction d'un désir ; répulsion : frustration,
angoisse et culpabilité) des deux aimants que sont le père et la mère.
Névrose, hétérosexualité ou inversion sont les résultats possibles de
cette oscillation bisexuelle entre les deux parents. Le garçon, devant
la menace de castration, abandonne aussi la mère pour sauver son
pénis. La peur ou la pensée d'être châtré (e) affaiblit donc les pulsions
masculines dans les deux sexes, mais renforce l'hétérosexualité chez
la fille, l'homosexualité chez le garçon. D'autre part l'objet d'amour
est au début le même pour les deux sexes : c'est la mère. D'où il
résulte que le développement libidinal de la fille est plus difficile que
celui du garçon, étant donné qu'elle doit opérer un double change
ment : d'organe (du clitoris au vagin) et d'objet (de la mère au père),
alors que le garçon garde l'organe et l'objet de la première enfance.
L'accord des psychanalystes avec Freud est complet dans les
grandes lignes, mais varie quant aux détails de cette évolution.
Ainsi Jones voudrait diviser la phase phallique en : a) une phase
« protophallique » dans laquelle il y a ignorance de la différence des
deux classes avec et sans pénis (le garçon croit que tout le monde a,
comme lui, un pénis, et la fille que tout le monde a, comme elle,
un clitoris) et, b) une phase « deutérophallique », consécutive à l'idée
de castration, et qui est donc moins un stade du pur développement
libidinal qu'un compromis névrotique entre libido et angoisse : c'est
à cette phase que correspond en réalité la phase phallique de Freud.
Autre chose : la phase protophallique est-elle générale chez la
fille, comme le croient Freud et H. Deutsch ? Ce n'est pas l'avis de
Melanie Klein (1924), K. Horney (1926), Jones (1927) qui croient
que, de la première enfance à la puberté il y a excitation clitoridienne,
mais aussi excitation vaginale, et que le primat du clitoris ne s'établit
en général qu'à la puberté. Que devient alors cette ignorance du vagin
dont parle Freud ? K. Horney énonce cette proposition : « Le
non découvert est un vagin dénié », et Jones compare cette prétendue
ignorance au mythe ethnologique de « l'ignorance » des sauvages du
rapport entre le coït et la fertilisation : ils savent, mais ils ne savent
pas qu'ils savent. De nombreux gynécologues, dit K. Horney, par
exemple Wilh. Liepmann, ont dit que dans l'enfance et même dans
les premières années, la masturbation vaginale (par frottements,
objets ou doigts introduits, etc.) est bien plus fréquente que la
clitorale, qui ne vient que plus tard. Dans la frigidité vaginale de la
femme adulte, faut-il croire, comme le dit Freud, que la masturbation
clitorale est le plus souvent en cause (la libido adhérant au clitoris,
un transfert de la sensibilité au vagin serait impossible) ? Mais
Freud lui-même nous a montré combien l'enfant est prompt à
saisir toutes les nouvelles possibilités de plaisir, et à transférer son
érotisme d'une zone à l'autre : le sens musculaire, le langage, la

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