Consolidation, rappel, réactivation - article ; n°1 ; vol.80, pg 237-265

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1980 - Volume 80 - Numéro 1 - Pages 237-265
Résumé
Après un retour sur l'hypothèse de la consolidation et sur ses implications, nous présentons les arguments qui amènent à l'hypothèse du rappel. Puis nous passons en reçue les expériences récentes concernant la réactivation.
Des faits expérimentaux exposés, il ressort :
1) Que la plupart des perturbations mnésiques peuvent être interprétées par un défaut du rappel ;
2) Que la phase de labilité de la trace mnésique n'est pas une propriété exclusive de la période de consolidation.
Ceci nous amène à nous interroger sur la similitude qui peut exister entre les processus mnésiques prenant place après l'acquisition, à l'occasion d'une réactivation, ou au moment de la restitution.
Summary
Facts concerning experimental amnesia are reviewed within the framework of the consolidation hypothesis versus the retrieval hypothesis. Recent experiments with reactivation treatment are also presented.
From these two categories of data it appears that :
1) Most memory deficits can be interpreted as a retrieval failure ;
2) Engram sensitivity is not an exclusive property of the consolidation period.
This suggests a similarity between mnesic processes involved just after acquisition, during reactivation and for restitution.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
Lecture(s) : 10
Nombre de pages : 30
Voir plus Voir moins

B. Hars
Consolidation, rappel, réactivation
In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 237-265.
Résumé
Après un retour sur l'hypothèse de la consolidation et sur ses implications, nous présentons les arguments qui amènent à
l'hypothèse du rappel. Puis nous passons en reçue les expériences récentes concernant la réactivation.
Des faits expérimentaux exposés, il ressort :
1) Que la plupart des perturbations mnésiques peuvent être interprétées par un défaut du rappel ;
2) Que la phase de labilité de la trace mnésique n'est pas une propriété exclusive de la période de consolidation.
Ceci nous amène à nous interroger sur la similitude qui peut exister entre les processus mnésiques prenant place après
l'acquisition, à l'occasion d'une réactivation, ou au moment de la restitution.
Abstract
Summary
Facts concerning experimental amnesia are reviewed within the framework of the consolidation hypothesis versus the retrieval
hypothesis. Recent experiments with reactivation treatment are also presented.
From these two categories of data it appears that :
1) Most memory deficits can be interpreted as a retrieval failure ;
2) Engram sensitivity is not an exclusive property of the consolidation period.
This suggests a similarity between mnesic processes involved just after acquisition, during reactivation and for restitution.
Citer ce document / Cite this document :
Hars B. Consolidation, rappel, réactivation. In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 237-265.
doi : 10.3406/psy.1980.28313
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1980_num_80_1_28313L'Année Psychologique, 1980, 80, 237-265
CONSOLIDATION, RAPPEL, RÉACTIVATION
par Bernard Hars
Laboratoire de Psychophysiologie
Université de Paris Sud1
SUMMARY
Facts concerning experimental amnesia are reviewed within the fr
amework of the consolidation hypothesis versus the retrieval hypothesis. Recent
experiments with reactivation treatment are also presented.
From these two categories of data it appears that :
1) Most memory deficits can be interpreted as a retrieval failure ;
2) Engram sensitivity is not an exclusive property of the consolidation
period.
This suggests a similarity between mnesic processes involved just after
acquisition, during reactivation and for restitution.
Jusqu'à ces dernières années, l'étude expérimentale de la mémoire
chez l'animal a essentiellement porté sur la période immédiatement
consécutive à l'acquisition. En effet, de très nombreux travaux ont
montré que l'acquisition d'une information nouvelle est suivie d'une
période pendant laquelle la mémorisation de cette information peut
être modulée ; au-delà d'un certain délai, l'intervention d'un agent
perturbateur ou facilitateur n'a plus d'effet. Cette période pendant
laquelle la trace mnésique est labile a été appelée période de consolida
tion mnésique.
Pour expliquer cette labilité, on a émis l'hypothèse selon laquelle
les processus déclenchés par l'apprentissage se poursuivraient après
l'acquisition : il y aurait persévération des processus nerveux (Müller
et Pilzecker, 1900; Hilgard et Marquis, 1940; Hebb, 1949). Certains
auteurs ont poussé plus loin cette hypothèse et ont considéré que cette
persévération était nécessaire et suffisante pour la fixation définitive
du souvenir (Burnham, 1903 ; McGaugh, 1966).
1. pn2-cnrs, 91190 Gif-sur- Yvette. 238 Bernard Hars
Cependant, un certain nombre de faits expérimentaux récents per
mettent de remettre en cause l'intérêt presque exclusif accordé à cette
période. En effet, il est apparu que :
— certains déficits mnésiques sont liés non pas à une absence de
fixation de la trace, mais à une perturbation des processus de rappel ;
— ■ la trace mnésique reste potentiellement labile bien après la période
de consolidation : elle peut être réactivée.
Nous nous proposons ici d'envisager les différents aspects de la
discussion entre l'hypothèse de la consolidation et celle du rappel, puis
nous essaierons de dépasser cette controverse à la lumière des données
récentes apportées par les expériences de réactivation.
LA CONSOLIDATION
Deux séries de faits sont à l'origine de l'hypothèse de la conso
lidation :
1) La possibilité de modifier la mémorisation en intervenant après
l'apprentissage ;
2) L'existence d'un gradient temporel d'efficacité pour les agents
modulateurs de la mémorisation.
Nous rappellerons brièvement les principaux faits expérimentaux
retenus pour soutenir l'hypothèse de la consolidation, des revues plus
détaillées ayant déjà été faites par ailleurs (McGaugh, 1966 ; Deweer,
1970; McGaugh et Dawson, 1971 ; Bloch, 1970).
Un des problèmes rencontrés lors de l'examen de la littérature
relative à cette question est que le terme de consolidation est utilisé
de deux façons différentes ; chez certains auteurs il ne sert qu'à dési
gner la période pendant laquelle la mémorisation est susceptible d'être
modifiée par l'action d'un traitement, chez d'autres il correspond à la
stabilisation définitive de la trace. Pour la clarté de notre exposé,
nous parlerons dans le premier cas de l'hypothèse de la persévération,
et dans le second de l'hypothèse de la consolidation au sens strict ou
de la fixation.
L'effet perturbateur de l'électrochoc (EC) a été observé dans dif
férentes situations d'apprentissage et chez de nombreuses espèces
animales (Gerard, 1955 ; Leukel, 1957 ; Kopp, 1966 ; Lee Teng, 1966).
La possibilité de provoquer une amnésie rétrograde avec un EC est
donc assez générale, mais de nombreux traitements sont capables de
faire apparaître ce phénomène. Parmi les plus utilisés, on peut citer :
la dépression corticale envahissante (Bures et Buresova, 1963), les
anesthésiques (Leukel, 1957 ; Bloch, Deweer, Hennevin, 1970), les
tranquillisants (Doty et Dôty, 1964), les inhibiteurs de la synthèse
protéique (Flexner et Flexner, 1968 ; Agranoff, 1968), les stimula- rappel, réactivation 239 Consolidation,
tions électriques centrales : dans le noyau caudé (Wyers et coll., 1968),
dans l'hippocampe dorsal (Lidsky et Slotnick, 1970 ; Vardaris et Schwartz,
1972), dans l'amygdale (Bresnahan et Routtenberg, 1972 ; Zornetzer
et Chronister, 1973 ; Gold, Macri et McGaugh, 1973 ; De Vietti et
Kirkpatrick, 1976).
Mais l'interprétation en termes de mémoire des résultats obtenus
avec les agents perturbateurs a soulevé des objections (Hunt et
Brady, 1951 ; Coons et Miller, 1960 ; Hunt, 1965) : il se peut que les
agents perturbateurs modifient l'état général des animaux ou qu'ils
aient valeur de renforcement aversif (Alexinsky et Chapouthier, 1978 ;
Gisquet- Verrier, 1978). Cependant, la plupart des auteurs considèrent
que l'action des agents amnésiants s'explique par une désorganisation
ou une dépression du fonctionnement nerveux consécutif à la saisie de
l'information.
La démonstration de la labilité de la trace après l'acquisition serait
incomplète si elle ne reposait que sur les résultats obtenus avec des
agents perturbateurs. C'est pourquoi un certain nombre d'auteurs se
sont attachés à démontrer que l'on pouvait, de façon symétrique,
obtenir des facilitations en intervenant après l'apprentissage. Ainsi,
McGaugh et ses collaborateurs, guidés par l'expérience princeps de
Lashley (1917), montrent que la strychnine, administrée à faible dose
après l'apprentissage, est capable de faciliter la mémorisation (McGaugh,
1959 ; McGaugh, Thomson, 1962 ; Ross, 1964 ; Bovet, McGaugh et
Oliverio, 1966). Des résultats similaires ont été obtenus avec d'autres
drogues excitantes (Breen et McGaugh, 1961 ; Bovet, Bignami et Robus-
telli, 1963). Bloch et ses collaborateurs ont montré que des stimulations
ménagées de la formation réticulaire activatrice facilitent l'acquisition
d'un apprentissage et que ce traitement peut compenser l'effet pertur
bateur d'une amnésie (Denti, 1965 ; Bloch, Denti, Schmaltz, 1966 ;
Bloch, Deweer et Hennevin, 1970 ; Deweer, 1970 et 1976). De même,
des stimulations de l'hippocampe dorsal, inférieures au seuil de post
décharge, sont susceptibles d'améliorer la rétention lorsqu'elles inter
viennent après l'acquisition (Erickson et Patel, 1969 ; Destrade, Sou-
mireu-Mourat et Cardo, 1973). Il a été montré que ces stimulations
n'avaient pas valeur en elles-mêmes de renforcement positif (Bloch,
Denti et Schmaltz, 1966 ; Destrade et coll., 1973 ; Deweer, 1976).
Quand le traitement perturbateur, ou facilitateur, est appliqué de
plus en plus tard après l'apprentissage, son effet s'atténue : au-delà
d'un certain délai, il est inefficace. L'existence des gradients temporels
d'efficacité permet de dégager trois points importants :
1) C'est un argument très fort en faveur de l'hypothèse de la conso
lidation au sens strict : la trace en se stabilisant devient moins fragile,
elle échappe ainsi à l'action de l'agent.
2) Elle permet de rejeter l'hypothèse d'un effet antérograde des
agents perturbateurs et facilitateurs sur la restitution, puisqu'il appa- Bernard Mars 240
raît que l'efficacité de ces agents diminue quand ils sont administrés
plus tard après l'acquisition, donc quand le moment de leur appli
cation se rapproche de l'essai de rétention.
3) L'espoir des premiers expérimentateurs a été de mesurer dire
ctement la durée de la consolidation par le gradient. Il était tentant en
effet de proposer que le gradient illustrât directement la cinétique de
la consolidation. Cet espoir a été déçu car il est apparu que la période
pendant laquelle un traitement est efficace varie considérablement en
fonction des conditions dans lesquelles il intervient (Bovet, Bovet-
Nitti et Oliverio, 1969 ; Rabe et Gerard, 1959 ; Robustelli, Geller et
Jarvik, 1969; Pearlman, Sharpless et Jarvik, 1961).
LES IMPLICATIONS DE L HYPOTHESE
DE LA CONSOLIDATION AU SENS STRICT
La plupart des auteurs se référant à la notion de consolidation lui
attribuent implicitement ou explicitement quatre propriétés :
— ■ La consolidation correspond à la fixation de la trace.
Le terme de « consolidation » en lui-même exprime l'idée que l'info
rmation subit un traitement qui la rend plus « stable » ou plus « solide »
à son entrée en mémoire. On peut donc considérer que la consolidation,
dans son sens strict, est justement l'opération de fixation de la trace ;
elle serait ainsi nécessaire à la conservation de l'information en mémoire
(Glickman, 1961 ; McGaugh, 1966). De ce fait, les termes de fixation
et de consolidation sont souvent utilisés de façon interchangeable
(Weissman, 1967 ; Davis, 1968 ; Alpern et McGaugh, 1968).
— La est immédiatement consécutive à l'acquisition.
La consolidation trouve son origine dans l'acquisition (opération-
nellement avec la fin de l'acquisition) et se poursuit pendant une période
de temps relativement brève après la fin de l'acquisition. Le temps
nécessaire à la consolidation est généralement estimé à quelques minutes,
cette durée étant mesurée par le temps pendant lequel la plupart des
agents perturbateurs restent efficaces. La labilité de la trace est une
propriété exclusive de la période immédiatement consécutive à l'acqui
sition ; passé ce délai, la consolidation est réalisée et la trace échappe
de façon définitive à l'action des agents perturbateurs (Ghorover et
Schiller, 1966 ; McGaugh, 1966).
— L'effet du traitement est définitif.
Le traitement amnésiant, en intervenant quand la trace est labile,
empêche le stockage de l'information : il ne peut donc y avoir de mémor
isation à long terme. L'information est définitivement perdue et
par conséquent, l'amnésie doit être irréversible (Glickman, 1961 ;
McGaugh, 1966 ; John, 1967 ; Zornetzer et McGaugh, 1969). rappel, réactivation 241 Consolidation,
— Les étapes de la mémorisation.
La trace passerait par deux étapes successives relativement indé
pendantes : une première étape dite de mémoire à court terme où la
trace est labile et reste susceptible d'être modifiée, et une étape de
mémoire à long terme où la trace est stable et ne pourrait plus être
modifiée. Il existe de nombreuses variations sur ce thème ; le point
commun de ces modèles est qu'ils ne prennent en compte que l'entrée
de l'information en mémoire ; ils font tous référence à la fixation de
l'information.
Ces propriétés ne font pas l'unanimité chez tous les auteurs se
référant à l'hypothèse de la consolidation. Ainsi, l'assimilation entre
fixation et consolidation a été critiquée par Bloch (1970) qui, après
avoir constaté que l'hypothèse de la consolidation, à son origine, repose
sur l'idée « que la fixation mnésique était conditionnée par un trait
ement de l'information réclamant une certaine durée », en arrive à la
conclusion que « la soi-disant consolidation ne peut être assimilée à la
fixation définitive de la mémoire immédiate ». Le même auteur, sur le
problème de la contiguïté temporelle du traitement de l'information
et de sa saisie, ne considère pas non plus que la période immédiatement
consécutive à l'acquisition suffise à assurer l'ensemble des processus
mnésiques nécessaires à la consolidation de la trace. Ainsi le sommeil
paradoxal qui prend place dans les premières heures suivant l'acquisi
tion constitue également un moment privilégié du traitement de l'info
rmation nouvelle (Bloch, 1973, 1976, 1979). Le de pourrait donc être repris après la période de consolidation
proprement dite.
Malgré ces réserves importantes, il reste que les propriétés définies
plus haut correspondent aux implications de la consolidation les plus
généralement acceptées dans la littérature.
LA CRITIQUE DE L HYPOTHESE DE LA CONSOLIDATION
Un certain nombre de données de l'amnésie expérimentale se trouvent
en contradiction avec ces implications de l'hypothèse de la consolidat
ion, en particulier en ce qui concerne la permanence de i'amnésie et
la période d'efficacité des agents perturbateurs.
La non- contiguïté temporelle entre l'acquisition
et la période de labilité
L'importance de l'amnésie rétrograde est considérée comme une
fonction inverse de l'intervalle de temps entre l'apprentissage et l'appli
cation du traitement perturbateur. Mais l'utilisation d'EC répétés a
permis d'obtenir des amnésies trente jours (Stone et Backhtiari, 1956)
ou soixante-dix jours (Brown, Patton et Barnes, 1952) après l'apprentis- 242 Bernard Ears
sage. Il apparaît ainsi que TEC peut provoquer une amnésie rétrograde
plusieurs semaines après l'apprentissage, ce qui est difficilement inter
prétable en termes de perturbation de la persévération des processus
nerveux consécutifs à l'acquisition. Pour Carson (1957), comme pour
Lewis et Adams (1963), il ne s'agirait donc pas d'une perturbation de
la consolidation.
Bien mieux : les expériences de réactivation montrent que l'on peut
rétablir systématiquement la labilité de la trace bien après la période
dite de consolidation. Les agents de sont des éléments
qui étaient associés à l'apprentissage et qui sont présentés aux animaux
sans que ceux-ci aient la possibilité de redonner la réponse. Ainsi,
Schneider et Sherman (1968) utilisent une situation d'apprentissage dans
laquelle TEC n'a normalement plus d'effet perturbateur s'il est appliqué
plus de trois minutes après l'acquisition. Ils présentent, six heures après
l'acquisition, un agent de réactivation, en l'occurrence le renforcement,
suivi de TEC. Dans ces conditions, l'EC est encore capable de provoquer
une perturbation de la mémoire.
Un agent perturbateur peut donc être efficace en intervenant bien
après l'intervalle généralement considéré comme nécessaire pour que
la fixation définitive de la trace se réalise. Il semble donc que l'EC
agirait en bloquant les événements qui le précèdent immédiatement
plutôt qu'en perturbant exclusivement les processus consécutifs à
l'apprentissage (Lewis et Maher, 1965).
La non-permanence de l'amnésie
Si l'amnésie résulte d'une perturbation des processus nécessaires
à la conservation de l'information, cette perturbation devrait entraîner
une perte définitive du souvenir. Cependant :
— Chez l'homme, l'amnésie rétrograde ne paraît pas être irréver
sible. La récupération des souvenirs semble dépendre de l'intervalle de
temps entre le traumatisme et l'événement « oublié ». Ce sont généra
lement les souvenirs les plus anciens qui sont d'abord récupérés.
— Chez l'animal, un certain nombre d'auteurs utilisant l'EC (Zinkin
et Miller, 1967 ; Kohlenberg et Trabasso, 1968 ; Miller, 1968 ; Adams
et Calhoun, 1972) ou des inhibiteurs de la synthèse protéique (Quar-
termain, McEwen et Azmitia, 1970) estiment que le retour spontané
du souvenir est un phénomène réel.
D'autre part, Claparède (1911) avait remarqué que des sujets amnés
iques, qui sont incapables d'évoquer un événement, se comportent
comme si le souvenir de cette expérience était parfaitement conservé.
La possibilité de réaliser des conditionnements chez des sujets
amnésiques (Korsakofî et lésion cérébrale), ainsi que des apprent
issages, confirme cette observation (Weiskrantz et Warrington, 1979 ;
Milner, 1962 ; Corkin, 1968 ; Sidman et coll., 1968). Il semble donc
que les perturbations de la mémorisation observées dans ces situations rappel, réactivation 243 Consolidation,
ne puissent pas s'expliquer par une incapacité globale à fixer les info
rmations nouvelles.
De plus, la présentation d'indices de rappel a permis de démontrer
que les amnésies rétrogrades provoquées par différents agents pertur
bateurs (électrochocs ou inhibiteurs de la synthèse protéique) étaient
réversibles. L'utilisation des indices de rappel est identique en tous
points à la situation de réactivation. La présentation de ces indices
intervient, bien entendu, avant l'examen de la rétention et après l'appli
cation du traitement amnésiant. Ainsi Misanin, Miller et Lewis (1968)
montrent que l'amnésie rétrograde résultant d'un EC peut être supprimée
si l'on donne aux animaux une seule présentation du renforcement dans
un autre dispositif que celui ayant servi à l'apprentissage : la trace
n'avait donc pas été effacée par l'agent amnésiant.
Des résultats similaires, où la réponse a pu être restaurée après une
amnésie provoquée par TEC, ont été rapportés par Koppenaal, Jagoda
et Cruce (1967), par Geller et Jarvik (1968), par Davis, Thomas et
Adams (1971), Sara (1973), ainsi que par Quartermain, McEwen et
Azmitia (1970 et 1972) qui utilisent comme agent amnésiant la cyclohexi-
mide (inhibiteur de la synthèse protéique). Miller et Springer (1971)
reproduisent le même phénomène en ne faisant intervenir la présen
tation d'indices de rappel que deux semaines après la fin de l'apprentis
sage. Riddel (1969) a objecté que la récupération du souvenir après une
amnésie résultant d'un EC ne serait que passagère et fragile, mettant
ainsi en doute la solidité de la trace récupérée à l'aide d'indices de
rappel. Mais Quartermain et ses collaborateurs (1972) ainsi que Miller
et Springer (1972) montrent que la restauration se maintient dans le
temps et résiste à l'extinction.
On peut remarquer, par ailleurs, que ce type de résultats va à l'en-
contre d'une interprétation en termes d'aversion des agents perturbat
eurs utilisés dans ces expériences ; si ces agents jouent le rôle de ren
forcement négatif associé à l'ensemble de la situation d'apprentissage,
on comprend mal comment la simple présentation d'indices de rappel
pourrait annuler de façon définitive une association aussi forte.
De l'ensemble de ces observations, il ressort que l'hypothèse de la
consolidation au sens strict a des difficultés à rendre compte de tous les
aspects de l'amnésie rétrograde.
— La labilité ne semble pas dépendre de la nouveauté de l'info
rmation. Des informations acquises, même plusieurs jours avant l'inte
rvention du traitement perturbateur, peuvent redevenir sensibles à
celui-ci si elles sont évoquées par un indice approprié.
— L'intervention d'un agent perturbateur pendant la période
consécutive à l'acquisition ne semble pas empêcher la fixation de l'info
rmation, puisque la baisse de performance peut être supprimée par la
présentation d'indices de rappel. 244 Bernard Hars
II ne semble donc plus possible de considérer que la persévération
des processus nerveux consécutive à l'acquisition corresponde nécessair
ement à la fixation de l'information nouvelle. L'interprétation de la
période de labilité en termes de consolidation est donc rejetée par cer
tains auteurs. Pour la plupart d'entre eux, la fixation des informations
nouvelles est contemporaine des processus d'acquisition, elle n'est donc
pas concernée par l'action des agents intervenant après l'essai d'acqui
sition (Lewis et Maher, 1965 ; Lewis, 1969 ; Miller et Springer, 1973 ;
Spear, 1973).
L'HYPOTHÈSE DU RAPPEL
LE RAPPEL ET L'AMNÉSIE EXPÉRIMENTALE
Les critiques formulées à rencontre de l'hypothèse de la consoli
dation ont entraîné la recherche d'une hypothèse alternative pour
rendre compte des résultats obtenus avec les agents perturbateurs. Une
telle hypothèse doit permettre d'interpréter l'existence d'une période
de labilité après l'acquisition comme après une réactivation, ainsi que
la possibilité de restaurer une trace qui a subi l'action d'un agent
amnésiant.
Selon le point de vue strictement consolidationniste, l'ensemble des
données de l'amnésie expérimentale est interprété en ne considérant
que l'entrée en mémoire de l'information. Mais ce qui est mesuré au
moment de l'essai de rétention ne correspond pas nécessairement à un
défaut de fixation : en particulier, les processus nécessaires à la restitu
tion de l'information peuvent également être invoqués pour rendre
compte du déficit observé.
L'hypothèse du rappel propose donc que l'amnésie rétrograde ne
résulte pas de la perturbation de la fixation de l'information, mais
d'une altération des possibilités d'utilisation ultérieure de cette info
rmation (Lewis, 1969). La trace resterait présente en mémoire après
l'action de l'agent perturbateur, mais serait inutilisable au moment
de l'essai de rétention (Miller et Springer, 1973). De ce point de vue, les
remémorations qui peuvent être observées après un traitement amnésiant
correspondraient à une « levée d'inhibition » sur l'information en
mémoire, les indices de rappel permettant aux processus de restitution
de redevenir fonctionnels.
Cependant, la notion de rappel pose un problème de définition. Faire
l'hypothèse que les processus de rappel peuvent être modifiés dès la
fin de l'acquisition implique une distinction entre le moment de la
mise en place de ces et le moment de leur mise en œuvre. Cer
tains auteurs considèrent que l'on ne peut invoquer le rappel que pour
les événements qui sont contemporains de la restitution (Cherjcin, 1970 ; rappel, réactivation 245 Consolidation,
Weiskrantz, 1966 ; Nielson, 1968). Mais pour la plupart des auteurs,
le rappel correspond à l'ensemble des processus nécessaires à l'utilisa
tion ultérieure de l'information, il n'est donc pas synonyme de la res
titution (Lewis, 1969 ; Miller et Springer, 1973 ; Spear, 1973). La
période de labilité consécutive à l'acquisition correspondrait donc déjà
à la mise en place des processus de rappel, la restitution constituant au
niveau opérationnel le moment de leur mise en œuvre.
Une étude systématique des situations capables de provoquer une
récupération du souvenir après l'amnésie expérimentale n'a pas encore
été réalisée, néanmoins les données fournies par la littérature indiquent
qu'elles peuvent être très diverses. On a ainsi pu utiliser comme indices
de rappel :
— un choc électrique sur les pattes {Koppenaal et coll., 1967 ; Geller
et Jarvik, 1968 ; Lewis et coll., 1968 ; Galluscio, 1971 ; Springer et
Miller, 1972) ;
— des expositions répétées à la situation d'apprentissage (Quartermain
et coll., 1972) ;
— une détention dans la boîte de départ avant l'essai de rétention
(Sara, 1973);
— l'injection de solutions de différents sels de chlore et de drogues
affectant les systèmes adrénergiques lorsque les amnésies ont été
provoquées par des injections de puromycine (Flexner et Flexner,
1970; Roberts et coll., 1970).
CRITIQUE DE L'HYPOTHÈSE DU RAPPEL
Les retours spontanés du souvenir
Gold et King (1974) constatent que la récupération du souvenir est
rarement obtenue lorsque les animaux sont soumis à un seul essai de
rétention (Chevalier, 1965 ; Luttges et McGaugh. 1967 ; King et
Glasser, 1970), mais qu'elle s'observe plutôt quand les animaux bénéf
icient de plusieurs essais (Herz et Peeke, 1968 ; Zinkin et Miller, 1967,
King et Glasser, 1970).
Ils en déduisent que le retour de mémoire n'est pas spontané, mais
qu'il correspond à un réapprentissage induit par la répétition des essais
de rétention. Dans les cas où un réapprentissage ne peut être invoqué,
Gold et King (1974) considèrent que l'agent a laissé une trace « faible »
comparable à celle résultant d'un apprentissage partiel. Or, dans le
cas d'apprentissages partiels, il est possible d'observer un phénomène de
« réminiscence », amélioration spontanée de la performance après un délai
sans exercice (Anderson, 1940 ; Jaffard et coll., 1974). De même, Gold et
King suggèrent que la trace qui a été partiellement effacée subit une
« réminiscence » jusqu'à atteindre un niveau suffisant pour être exprimée,
et qu'il n'est donc pas nécessaire d'invoquer une levée d'inhibition

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.