Contribution à l'étude des différences entre hommes et femmes dans la perception spatiale - article ; n°1 ; vol.55, pg 41-60

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L'année psychologique - Année 1955 - Volume 55 - Numéro 1 - Pages 41-60
Résumé
Après l'exposé des travaux de Sandström relatifs aux différences entre les sexes dans l'orientation et la localisation spatiale, nous avons proposé trois hypothèses susceptibles de fournir une explication théorique aux phénomènes constatés : Premièrement, dans les situations de dissociation des « informations » fournies par les divers récepteurs sensoriels, la force relative de « l'hypothèse » proprioceptive est moindre chez les femmes. Deuxièmement, les « informations » fournies par les récepteurs tactiles et kinesthésiques sont chez les femmes moins fidèles. Troisièmement, les femmes sont moins douées pour la représentation visuelle et la structuration spatiale des perceptions kinesthésiques. Nous avons entrepris, pour éprouver ces trois hypothèses, deux expériences, comprenant la passation de deux tests de coordination perceptive et motrice dans la localisation spatiale ; de deux épreuves kinesthésiques : épreuve des Règles et épreuve des Contours ; de deux tests de structuration et de trois tests d'aptitudes mécaniques. La première hypothèse a été rejetée dans la forme trop générale, qui lui a été donnée ; la deuxième hypothèse a été infirmée complètement ; la troisième hypothèse a été vérifiée par les résultats au test des Contours, épreuve de structuration des perceptions kinesthésiques. En conclusion, la troisième hypothèse et une quatrième hypothèse formulée a posteriori — les femmes dépensent dans leur comportement perceptif une moindre activité de manipulation et de construction des formes spatiales — ont été retenues pour une analyse fonctionnelle des différences entre les sexes dans la perception de l'espace.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1955
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C. Andrieux
Contribution à l'étude des différences entre hommes et femmes
dans la perception spatiale
In: L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 41-60.
Résumé
Après l'exposé des travaux de Sandström relatifs aux différences entre les sexes dans l'orientation et la localisation spatiale,
nous avons proposé trois hypothèses susceptibles de fournir une explication théorique aux phénomènes constatés :
Premièrement, dans les situations de dissociation des « informations » fournies par les divers récepteurs sensoriels, la force
relative de « l'hypothèse » proprioceptive est moindre chez les femmes. Deuxièmement, les « informations » fournies par les
récepteurs tactiles et kinesthésiques sont chez les femmes moins fidèles. Troisièmement, les femmes sont moins douées pour la
représentation visuelle et la structuration spatiale des perceptions kinesthésiques. Nous avons entrepris, pour éprouver ces trois
hypothèses, deux expériences, comprenant la passation de deux tests de coordination perceptive et motrice dans la localisation
spatiale ; de deux épreuves kinesthésiques : épreuve des Règles et épreuve des Contours ; de deux tests de structuration et de
trois tests d'aptitudes mécaniques. La première hypothèse a été rejetée dans la forme trop générale, qui lui a été donnée ; la
deuxième hypothèse a été infirmée complètement ; la troisième hypothèse a été vérifiée par les résultats au test des Contours,
épreuve de structuration des perceptions kinesthésiques. En conclusion, la troisième hypothèse et une quatrième hypothèse
formulée a posteriori — les femmes dépensent dans leur comportement perceptif une moindre activité de manipulation et de
construction des formes spatiales — ont été retenues pour une analyse fonctionnelle des différences entre les sexes dans la
perception de l'espace.
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Andrieux C. Contribution à l'étude des différences entre hommes et femmes dans la perception spatiale. In: L'année
psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 41-60.
doi : 10.3406/psy.1955.8762
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1955_num_55_1_8762Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée de la Sorbonne
(École des Hautes Études)
et Centre d'Études sociologiques
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DES DIFFÉRENCES
ENTRE HOMMES ET FEMMES
DANS LA PERCEPTION SPATIALE
par Cécile Andrieux
INTRODUCTION
L'inégalité entre les aptitudes des hommes et des femmes
dans la perception des relations spatiales est connue et constam
ment confirmée depuis les premières recherches de Thompson,
Whipple, Spearman, Goodman, McFarlane. Les recherches fac-
torielles plus récentes de Thurstone, de Michael, Zimmerman et
Guilford (3, 10, 11), ayant différencié cette aptitude spatiale
(S ou K) en 3 ou 4 facteurs spécifiques, il est possible actuellement
d'avancer que les hommes marquent une supériorité sur les
femmes dans la manipulation mentale de relations spatiales avec
rotation ou translation de figures rigides ; dans les manipulations
mentales avec changements introduits la structure des
objets ou la position relative des parties entre elles, aptitude
appelée visualisation ; dans la localisation par rapport au corps
et dans l'orientation.
Cependant jusque-là la psychologie différentielle des sexes
ne nous a guère fourni dans le domaine de la perception spatiale
que des constatations et des descriptions. Enfin des travaux
originaux, provenant les uns du Laboratoire de Psychologie de
Brooklyn College, de Witkin et de ses collaborateurs sur la dépen
dance à l'égard du champ dans l'orientation spatiale ; les autres,
du Laboratoire de Psychologie de l'Université de Stockholm,
de Sandström sur l'intégration du schéma de l'espace, préparent
les voies à une théorie explicative des différences entre hommes 42 MÉMOIRES ORIGINAUX
et femmes dans la perception de l'espace et nous donnent à penser :
que l'explication de ces différences par le seul apprentissage spé
cifique et l'information (la familiarité des garçons avec les
épreuves de type mécanique) est insuffisante1; que d'autres causes
de l'inégalité féminine dans les aptitudes spatiales et mécaniques
peuvent être mises au jour par une étude fonctionnelle de la
perception et l'analyse différentielle des processus perceptifs.
Les travaux de Witkin et de ses collaborateurs (15, 16, 17, 18)
sont déjà avancés dans cette voie ; les résultats de ces recherches,
déjà présentés dans cette revue (1, 5), sont expérimentalement
éprouvés, très cohérents, et d'un grand intérêt pour l'étude des
relations entre la personnalité, le rôle social et les modes de per
ception ; nous ne ferons ici qu'en donner très brièvement le dessin
général et les seules conclusions relatives à la perception spatiale,
auxquelles nous aurons à nous référer au cours de notre article.
Witkin réalise toutes ses expériences selon le principe su
ivant : il met en conflit les critères optiques de l'orientation et de
la localisation avec les critères fournis par les autres sens. Il place,
par exemple, les sujets devant une chambre-boîte, ou un cadre
lumineux dans une chambre noire incliné sur la verticale ; la
tâche du sujet consiste à ajuster à la verticale soit la chambre-
boîte ou le cadre, soit une tige, soit son propre corps ; certains
sujets se réfèrent davantage dans la perception de la verticale
aux coordonnées spatiales du champ visuel, d'autres aux données
proprioceptives : posturales et labyrinthiques. Les femmes dévient
en moyenne davantage que les hommes la verticale apparente
par rapport à la verticale réelle, tranchant le conflit en faveur
du champ environnant et des perceptions visuelles. Les femmes
sont aussi moins capables de résister à la structure totale pré-
gnante du champ perceptif et d'extraire un élément donné du
champ. Elles ont une moindre habileté dans l'attitude analytique.
Les résultats des expériences de Sandström relatives aux
différences entre hommes et femmes dans la perception de l'espace,
sont moins connus, n'ont pas encore été éprouvés sur des popul
ations variées et pas donné lieu encore à une explication
fonctionnelle (6, 7, 8). La recherche dont nous rendrons compte a
pour but de vérifier sur une population française les données
de la psychologie différentielle des sexes, révélées par Sandström,
de rapprocher ces données de celles de Witkin par l'induction
d'hypothèses communes, et, en développant ces hypothèses, de
1. Cette idée a déjà été émise par R. Zazzo dans un article d'Enfance [19]. ANDRIEUX. — LA PERCEPTION SPATIALE 43 C.
dégager des processus, auxquels seraient imputables, conjoint
ement à ceux étudiés par Witkin, les différences dans la perception
spatiale entre les sexes.
Exposé des travaux de Sandström
Les expériences de Sandström, qui ont servi de point de départ à
notre recherche sont de trois types :
1° Expériences de coordination perceptive et motrice dans la localisa
tion spatiale ;
2° d'orientation ;
3° Expériences de perception visuelle et de perception tactile et kines-
thésique de la verticale.
Les variantes du premier type d'expériences sont :
— visée d'un point lumineux dans une chambre noire ;
—rouge fixé au préalable dans la lumière et pointé
avec les yeux fermés ;
— pointage sous une planche, d'un point dessiné sur sa surface ;
— recouvrement avec la main, dans une chambre noire, d'une bande
peinte sur un bâton, fixée au préalable dans la lumière à 2 m. de
distance.
Les résultats de Sandström révèlent une variabilité inter-individuelle
et une consistance intra-individuelle dans la précision des pointages
hors du contrôle de la vue. Us décèlent des différences entre les sexes :
les pointages des femmes sont plus dispersés, plus éloignés en moyenne
des points visés, le centre de gravité des pointages des femmes est placé
plus haut que celui des hommes. Nous donnons ici un exemple des
résultats obtenus par Sandström, qui fourniront un point de comparai
son pour nos propres expériences.
Pointages point rouge Pointages sous la planche (veux fermés) (N : H = 23 ; F = 25) (N : H = 34 ; F = 32)
Gauche Droite Gauche Droite
m a m a m a m o
17,1 mm. 7,5 17,9 mm. 10,6 26 mm. 8,3 24,8 mm. 10,7 H 33,4 — 27,6 — 25,1 — 30,9 — 11,3 10,9 12,3 14,6 F
Dans un deuxième type d'épreuves, où l'on demande au sujet de
joindre à partir d'un point touché, un point lumineux visé, Sandström
constate le comportement désorienté de 49 % de ses sujets : 32 % chez
les hommes et 66 % chez les femmes ; comportement n'influant pas
chez les femmes sur le succès final, car les femmes atteignent avec la
même fréquence que les hommes le point lumineux cherché (53 %). 44 MÉMOIRES ORIGINAUX
Le troisième type d'expériences comporte : a ) l'ajustement à la ver
ticale d'une tige lumineuse inclinée à 60° dans une chambre totalement
noire ; b) l'ajustement à la verticale de la même tige inclinée, mais
non lumineuse, à l'aide des seules perceptions tactiles et kinesthésiques.
Dans ces expériences, la tête du sujet est placée tantôt droite, tantôt
inclinée à 30° à gauche ou à droite. Sandström note une différence entre
hommes et femmes dans la précision de l'ajustement de la tige à la verti
cale dans la situation b — au moyen des critères tactiles et kinesthé
siques — lorsque la tête des sujets est penchée à droite : les femmes
dévient alors la verticale apparente à gauche plus que les hommes.
Sur le plan théorique, Sandström a apporté un point de vue intéres
sant sur la perception dans « l'espace présent » (ou vécu) : sa constitution,
ses limites, la localisation et l'orientation à l'intérieur de cet espace ;
mais sans avoir encore systématisé tous ses résultats expérimentaux.
En ce qui concerne notamment les différences dans la perception et le
comportement spatial entre hommes et femmes, il se rapporte seulement
pour l'heure à Witkin, sans expliquer encore comment ces déficiences
de coordination visuelle et motrice, ces difficultés d'orientation dans
l'espace au moyen des perceptions proprioceptives peuvent entrer
le scheme du conflit entre les références du champ environnant et les
repères sensoriels du corps propre.
C'est l'explication générale qu'il fournit aux erreurs de pointage ;
à savoir le défaut d'intégration et les imprécisions de la structure de
l'image du corps propre et de l'espace vécu, dans lequel se déploient les
mouvements virtuels et réels du corps, qui orientera sans doute la pensée
de Sandström dans la systématisation théorique des différences trouvées
entre les sexes.
Nous avons tenté pour notre part d'unifier ces données nouvelles
de la psychologie différentielle des sexes, en les intégrant dans une théorie
sensori-mo trice de la perception.
HYPOTHÈSES DE RECHERCHE
La théorie dynamique de la perception de Werner et Wap-
ner (13) nous a paru devoir fournir un scheme d'analyse adéquat
des différences dans les processus perceptifs des deux sexes.
Dans le cadre de cette théorie du champ sensori-tonique de la
perception, les questions relatives aux différences entre les sexes
se sont posées à nous en ces termes : la part du sensoriel et du
tonique, des réceptions et des expressions est-elle la même dans
la connaissance perceptive des hommes et des femmes ? Existe-
t-il des différences entre hommes et femmes dans les modes de
dérivation de l'énergie ? Existe-t-il des différences dans la mobil
isation des appareils sensori-moteurs (extérocepteurs et pro-
priocepteurs) et sensori-toniques (propriocepteurs et intérocep- ANDRIEüX. LA PERCEPTION SPATIALE 45 C.
teurs) ? Witkin, en réussissant à mettre en conflit les réceptions
de deux appareils sensoriels, a déjà mis en lumière un rapport
de dominance relative de l'appareil optique sur l'appareil pro-
priocepteur dans la perception des coordonnées spatiales chez
ses sujets féminins. Ne serait-il pas possible d'analyser les expé
riences de pointage de Sandström selon le même schéma ?
Sandström explique les erreurs de pointage par les défauts
de la structuration de l'image du corps propre. Nous pensons
pouvoir les expliquer par une dissociation entre schemes spa
tiaux élaborés à partir des données extéroceptives, d'une part,
et proprioceptives, d'autre part. L'espace kinesthésique ou « sub
jectif » et l'espace optique ou « objectif » ne sont pas toujours
parfaitement ajustés ; un article récent de M. Wallon, sur
La kinesthésie et l'image visuelle du corps propre chez V enfant,
nous fournit un appui théorique dans ce sens (12). Dans les
expériences de pointage sans autre repérage visuel que le point
visé, la localisation visuelle du but et la représentation visuelle
du tracé à suivre d'une part, et la perception kinesthésique de la
direction prise et de la distance franchie d'autre part, ne
concordent pas ; parce que le scheme visuel du corps propre et
de ses déplacements dans l'espace n'est pas exactement super
posé au scheme kinesthésique. Dans l'activité quotidienne normale,
le réglage des deux espaces l'un sur l'autre peut s'opérer au fur et à
mesure de l'exécution des gestes ; dans ces expériences de pointage,
le contrôle des schemes kinesthésiques est malaisé. Les sujets
moins accoutumés à se guider dans l'espace kinesthésique et à
prêter leur attention à la structuration et au contrôle de cet espace
commettent naturellement des erreurs de pointage plus grandes.
Nous interprétons dès lors les expériences de Sandström selon
le schéma sinon du conflit, tout au moins de dissociation des
processus sensoriels extérocepteurs et propriocepteurs ; et nous
formulons une première hypothèse, qui rattache les expériences de
Sandström à l'ensemble des expériences de Witkin sur l'orientation
dans l'espace : dans les situations de dissociation des réceptions sen
sorielles concernant les données spatiales, la force relative des « hypo
thèses » proprioceptives ou posturales est moindre chez les femmes.
Ou pour nous exprimer autrement, on trouve chez les femmes une
priorité, dans la perception, des références visuelles et une
moindre attention aux indications proprioceptives, qui entraînent
des erreurs plus grandes dans les pointages, hors du contrôle de
la vue, ou tout au moins nécessitent un temps plus long d'adap
tation à ces tâches, et expliquent aussi les conduites désorientées 46 MÉMOIRES ORIGINAUX
dans les épreuves d'orientation par rapport à un point lumineux.
Mais nous devons préciser encore quelle est la qualité de l'info
rmation sensorielle proprioceptive ; et nous compléterons notre
schéma théorique par une deuxième hypothèse : les femmes
accordent non seulement moins de crédit aux hypothèses pro-
prioceptives ou posturales, mais disposent d'informations moins
fidèles, concernant les mouvements et les postures du corps
propre. La constance des différences entre hommes et femmes
dans les exercices de pointage, les déviations plus grandes enre
gistrées par Sandström dans la perception tactile et kinesthé-
sique de la verticale chez les femmes, en seraient la conséquence.
Pour affermir l'hypothèse, nous vérifirons par d'autres tests
purement kinesthésiques cette infériorité relative des femmes.
Nous avons voulu enfin établir un corollaire de notre première
hypothèse ; et nous nous sommes posé un problème plus général
d'implication des informations sensorielles proprioceptives dans
la structuration spatiale en dehors des cas de dissociation ou de
conflit des expériences sensorielles. Et nous proposerons une
troisième hypothèse : les femmes dépensent une moindre imagina
tion kinesthésique que les hommes dans la structuration de
l'espace, ou sont moins aptes à organiser des structures spatiales
visuelles à partir des perceptions kinesthésiques. Cette dernière
hypothèse touche les rapports des réceptions et des expressions
dans le champ sensori-tonique de la perception.
En termes plus opérationnels nous formulons les propositions
suivantes :
Première proposition. — Les femmes sont moins précises
que les hommes dans les exercices de pointage en dehors du
contrôle visuel du geste.
Deuxième proposition. — Les femmes sont inférieures aux
hommes dans les perceptions purement kinesthésiques (sans
aucun repérage visuel) des directions et des distances.
Troisième proposition. — Les femmes sont inférieures aux
hommes dans la traduction visuelle et la structuration spatiale
de données perceptives kinesthésiques.
Les expériences que nous avons réalisées pour tester ces
hypothèses sont des expériences pilotes, parce qu'elles explorent
plusieurs hypothèses et ne disposent pour tester chaque hypothèse
que d'une ou deux épreuves ; parce qu'elles ont servi à mettre au
point des tests kinesthésiques qui seront à reprendre ultérieur
ement dans un cadre expérimental permettant de sérier davan
tage les hypothèses demeurant valables. ANDRIEUX. — LA PERCEPTION SPATIALE 47 C.
TECHNIQUES DE L'EXPÉRIENCE
Première expérience. — Épreuves utilisées
1° Deux épreuves de pointage, empruntées à Sandström :
— visée d'un point rouge, les yeux fermés ;
— pointage sous la planche.
2° Deux épreuves de perception kinesthésique, conçues par nous :
— épreuve kinesthésique des Règles ;
—des Contours.
3° Deux tests, crayon-papier, de Structuration :
— test de Gottschaldt ;
— tests d'Illusions optiques de Poggendorff et Müller-Lyer.
4° Trois sous-tests, crayon-papier, d'Aptitudes mécaniques de
MacQuarrie.
Plan de V expérience
1° Tester les différences entre sexes dans les 4 types d'épreuves;
les différences significatives en faveur des sujets masculins étant escompt
ées dans les trois premières catégories d'épreuves.
2° Rechercher les corrélations positives entre les épreuves de poin
tage et les épreuves kinesthésiques, et entre l'épreuve kinesthésique
des Contours ou de Structuration des formes et les tests crayon- papier
de Structuration et d'Aptitudes spatiales1.
Population
L'expérience a porté sur 95 élèves de classes de préparation au
baccalauréat 2e partie (philosophie et sciences expérimentales) d'Écoles
normales de Paris, garçons et filles. Les élèves gauchers ayant été él
iminés, la répartition de l'effectif est la suivante :
Garçons 50 élèves
Philosophie 21 —
Sciences expérimentales 29 —
Filles 45 —
Philosophie 18 —
Sciences 27 —
L'âge moyen des garçons est de : 19 ans. des filles est de : 18 ans 3 mois.
1. Le plan de l'expérience comportait un 3e paragraphe : cette troisième
partie de l'expérience n'est pas relatée pour ne pas surcharger ce compte rendu ;
nous la mentionnons pour expliquer pourquoi nous avons cherché à obtenir
dans nos exercices de pointage, contrairement à Sandström, des essais de poin
tage isolés et des essais consécutifs. Les résultats ont été suggestifs : dans toutes
les catégories de pointages où nous avons constaté une légère supériorité des gar
çons dans les essais isolés, cette supériorité disparaît dans les essais consécutifs. MÉMOIRES ORIGINAUX 48
Description des épreuves
Épreuve de visée d'un point rouge, les yeux fermés. — Nous nous
sommes inspirés de très près de l'expérience de Sandström : Un point
rouge, peint sur un écran blanc, à 50 cm. de distance du sujet, à une
hauteur de visée réglable selon la convenance du sujet. Le sujet fixe le
point rouge, puis ayant fermé les yeux, vise le point avec une épingle.
On mesure l'écart entre le centre du point rouge et le point piqué. Le
sujet réalise 4 essais avec la main droite et 4 essais avec la main gauche,
les uns à la suite des autres ; puis à la fin de l'ensemble des passations
des épreuves individuelles, il vise encore une fois le point selon le même
procédé, une fois avec la main droite et une fois avec la main gauche.
De sorte que nous obtenons pour chacune des deux mains deux essais
isolés ou sans préparation et trois essais avec préparation.
Épreuve de pointage sous la planche. — Nous nous sommes inspirés
moins fidèlement dans cette expérience de celle de Sandström, nous
avons cherché à compliquer l'épreuve, pensant rendre les différences
entre sexes plus sensibles et permettre des corrélations plus intéressantes
avec les autres épreuves. Le sujet est assis en face d'une planche hori
zontale posée sur deux supports, il doit d'abord marquer sous la planche
un point A' exactement en dessous d'un point noir A dessiné sur la
planche ; puis deux autres points B' et G' ; dont le modèle lui est fourni
sur une planchette posée à côté de lui, sur laquelle sont dessinés trois
points A, B, C, formant triangle; de façon à reproduire sous la planche,
en partant du point A', qu'il vient de tracer, une figure formée de trois
points exactement égale à celle donnée sur la planchette. L'épreuve
doit donc servir non seulement à tester l'aptitude des sujets à localiser
un point, mais à tracer une direction par le truchement de la perception
kinesthésique. Les sujets font 3 essais de pointage pour l'ensemble du
triangle, avec la main droite seulement. Les erreurs de localisation sont
mesurées en millimètres (distance du point touché au point dessiné sur
la planche), les erreurs de direction en degrés.
Épreuve kinesthésique des Règles. — Le sujet est assis droit, devant la
planche ayant servi dans l'épreuve prédécente, sur laquelle est dessiné
maintenant un cadre. Il met des lunettes noires, l'expérimentateur pose
dans le cadre une planche, où est collée une règle ayant une direction
donnée. Le sujet a dix secondes pour suivre la avec ses deux mains,
mais sans explorer les bords de la planche. Les 10 secondes écoulées,
l'expérimentateur substitue dans le cadre une feuille de papier et le
sujet, après avoir enlevé ses lunettes, trace un trait avec une règle devant
reproduire la direction de la règle explorée. On mesure l'erreur en degrés.
L'épreuve comprend l'exploration de 2 règles : l'une inclinée à 39°,
l'autre à 16° sur la verticale.
Épreuve kinesthésique des Contours. — II comprend une série de
6 planches, découpées en forme de « montagnes russes ». Les planches
ont à peu près 36 cm. de largeur, avec des variations de hauteur, d'une ANDRIEUX. LA. PERCEPTION SPATIALE 49 C.
bosse à un creux de 3 à 16 cm. L'examinateur place une planche après
l'autre debout sur un support devant le sujet. Il présente chaque planche
durant vingt-cinq secondes. Le sujet porte des lunettes noires, il tient
la planche avec la main gauche et suit le tracé de la planche deux ou
plusieurs fois avec la main droite. Après l'exploration de chaque planche,
le sujet enlève les lunettes et on lui fait reconnaître parmi 6 dessins le
tracé exact de la planche présentée. La reconnaissance se fait en deux
temps : 1er temps, le sujet désigne deux ou trois dessins se rapprochant
le plus du tracé de la planche ; 2e temps, le sujet désigne parmi ceux-ci
le dessin exact. La notation de l'épreuve est ainsi plus fine (un point
pour la réponse donnée au 1er temps, deux points pour la réponse donnée
au 2e temps).
Test de Gottschaldt ou test de résistance d'une forme simple donnée
aux sollicitations du champ environnant, forme complexe dans laquelle
la forme simple est incluse. Nous nous sommes servis de 12 figures
complexes sur les 24 utilisées par Witkin (17), en suivant son procédé de
présentation, mais en l'adaptant à la passation collective. Les sujets
manœuvrent un petit cahier, dans lequel ils regardent sur une feuille A
une figure géométrique complexe pendant dix secondes, puis sur une
feuille B une figure géométrique simple durant dix secondes, ils
retournent ensuite à la figure A pour y chercher la figure B, qui y est
incluse ; si au bout de vingt secondes, ils ne parviennent pas à dessiner
le contour exact de la figure B dans la figure A, il y a échec. La note de
chaque planche a été pondérée selon sa fréquence de réussite et d'échec
pour toute la population (garçons et filles) ; note maximum : 20.
Test d'Illusions optiques. — Test de dissociation et de restructuration
perceptive. Nous avons utilisé les tests de l'Illusion de Poggendorff
et de Müller- Lyer dans la forme qui leur a été donnée par Thurstone (9),
en l'adaptant à la passation collective. Le score était calculé en addition
nant les notes brutes des 2 tests (distributions normales, avec dispersions
très voisines). Distribution totale des notes : 7 (minimum d'illusion),
16 (maximum d'illusion).
Tests cT Aptitudes mécaniques de MacQuarrie [2]. — Sous-tests de
Copie, de Localisation et de Poursuite.
Deuxième expérience
Ayant trouvé, lors de la lre expérience, une différence significative
entre performances de garçons et de filles à notre épreuve kinesthésique
des Contours, nous avons consacré une 2e expérience plus rapide à l'étude
de cette épreuve : modification de quelques planches pour essayer de
rendre l'épreuve plus homogène ; et présentation des planches en temps
plus court : vingt secondes. Nous avons fait passer durant cette expé
rience deux autres épreuves collectives :
Les tests d'Illusions optiques déjà utilisés.
Le lest du Rythme de Seashore, en escomptant une corrélation posi-
A. PSYCHOL. 55 4

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