Contributions à l'étude de l'apprentissage. I. Introduction méthodologique et expérimentale - article ; n°1 ; vol.30, pg 144-165

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L'année psychologique - Année 1929 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 144-165
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Dora Heller Kowarski
Marcel François
VII. Contributions à l'étude de l'apprentissage. I. Introduction
méthodologique et expérimentale
In: L'année psychologique. 1929 vol. 30. pp. 144-165.
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Heller Kowarski Dora, François Marcel. VII. Contributions à l'étude de l'apprentissage. I. Introduction méthodologique et
expérimentale. In: L'année psychologique. 1929 vol. 30. pp. 144-165.
doi : 10.3406/psy.1929.4920
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1929_num_30_1_4920(Travail des Laboratoires de Physiologie des Sensations du Collège
de France et de Psychologie expérimentale de la Sorbonne).
VII
CONTRIBUTIONS A L'ÉTUDE DE L'APPRENTISSAGE
I. — Introduction méthodologique et expérimentale
Par Dora Heller-Kowarski et Marcel François
Parmi les nombreux problèmes qui se posent au sujet de
l'apprentissage, deux ont une importance toute particulière.
Un sujet déterminé ayant une courbe d'apprentissage déter
minée pour un travail défini, est-il possible d'en induire que
n'importe quel nouveau sujet, soumis au même apprentissage,
présentera le même type de courbe, ou au contraire faut-il
admettre l'existence de courbes individuelles d'apprentissage,
comme il y a, par exemple, des courbes de travail ?
D'autre part, si un sujet donne une courbe pour l'apprentissage
d'un certain travail, sera-ce le mêm% genre de courbe qu'il
présentera dans l'apprentissage d'une tâche nettement diff
érente de la première, mettant en jeu des systèmes musculaires
nouveaux ou des fonctions mentales dont l'intervention n'était
pas impliquée dans le premier travail ? Ces deux problèmes
sont de première importance, croyons-nous, surtout par les
conséquences pratiques qui pourraient découler de leur solution
dans le domaine de la psychologie industrielle et du travail.
Etre certain qu'il n'y a qu'un type de courbe d'apprentissage
pour tous les travaux, faciliterait singulièrement la tâche du
conseiller d'orientation par exemple, comme la certitude de
l'existence de types individuels d'apprentissage permettrait
sans doute une sélection beaucoup plus judicieuse des tra
vailleurs dans de nombreux cas. Ces deux questions nous ont FRANÇOIS. CONTRIBUTIONS A L'ÉTUDE DE ^APPRENTISSAGE 145 M.
paru d'une ampleur suffisante pour justifier leur choix comme
points de départ d'une série de recherches expérimentales
sur l'apprentissage dont nous donnons aujourd'hui le premier
chapitre, envisagé surtout comme exemple méthodologique,
et qui pourra en quelque sorte servir d'introduction générale
à nos travaux.
Ayant décidé d'examiner en premier lieu le problème de
la courbe qu'un sujet peut fournir pour différents apprentissages,
nous avons donc choisi un sujet convenable, que nous avons
exercé un temps suffisamment long à un travail défini. Ayant
ensuite déterminé avec une rigueur satisfaisante une équation
correspondant à la courbe expérimentale et donnant l'allure
du développement du phénomène, il nous restera a vérifier
si de nouveaux apprentissages, de nature de plus en plus diffé
rente, mais exécutés par le même sujet, suivent une courbe
identique à la première, ou au moins ayant une même allure
générale, ou au contraire présentent dans le temps des déve
loppements tout à fait différents. Le présent chapitre ne traite
que de la première partie de ce travail, la recherche de la courbe
représentative d'un premier apprentissage étudié.
Nous devons ici dire un mot de méthodologie théorique.
Nous savons aussi bien que quiconque que les lois psycho
physiologiques ont une valeur d'autant plus grande, et méritent
un degré de confiance d'autant plus élevé que les moyennes
ou les courbes représentatives auxquelles on aboutit ont été
établies sur un plus grand nombre de sujets. Notre première
idée était donc de poursuivre nos recherches jusqu'au moment
où nous aurions pu recueillir un ensemble de documents portant
sur un nombre suffisant de sujets, plusieurs dizaines au moins.
Mais nous avons rencontré sur ce point une difficulté pratique
à peu près insurmontable. Réunir des expériences portant
sur beaucoup d'individus est facile relativement, quand il
s'agit d'examiner ces individus une seule fois, ou au plus quel
ques-unes. Mais, dans une expérience d'apprentissage il est
indispensable que le travail étudié soit répété au moins de ci
nquante à cent fois, à intervalles réguliers,pour que les résultats
trouvés commencent à prendre une valeur en tant que chiffres
d'apprentissage. Dans ces conditions on peut se rendre compte
aisément de l'extrême difficulté qu'il y a à réunir des docu
ments satisfaisants sur un nombre élevé de sujets, voire même
sur plusieurs. Il nous a donc semblé de meilleur principe d'es
sayer de réunir, une documentation très complète, aussi bien
l'année psychologique, xxx. 10 analysée que possible, sur un seul sujet soigneusement choisi,
plutôt que de rechercher des données forcément beaucoup plus
restreintes intéressant plusieurs dizaines d'individus. Ce travail
de base accompli, on pourra ensuite en vérifier les résultats
acquis sur une certaine collection d'individus, en se contentant
pour chacun d'un nombre moins élevé d'expériences, celles-ci
pouvant être de plus moins régulièrement distribuées que dans
l'étude de base. Encore une fois ce n'est que la nécessité pra
tique qui nous a conduits à adopter la méthode de travail que
nous avons utilisée. Au reste cette façon de procéder ne nous
est pas particulière. Entre autres auteurs, H. Heinis, dans un
récent travail auquel nous serons amenés dans la suite à faire
plusieurs allusions et quelques critiques, donne également une
formule d'apprentissage, assez comparable ù la nôtre et qui
a été obtenue sur un seul sujet d'expérience 1.
Technique des expériences. — Nos expériences ont été
faites sur une étudiante du laboratoire, Mme D..., âgée de
23 ans, entraînée déjà par ses études antérieures à l'expérimen
tation psychologique et à l'introspection. Le travail choisi a
été le test de barrage de Toulouse et Piéron, composé de huit
signes différents reproduits en désordre 200 fois chacun dans
un tableau de 1600 signes. Le sujet devait barrer pendant cinq
minutes, les deux signes reproduits ci-contre, qui sont natu
rellement restés les mêmes pendant toute la durée de l'appreiv-
tissage. Les expériences ont été faites le matin et le soir, durant
cinquante jours de suite sans aucune interruption, il y a donc
1. H. Heinis', La loi de Véducabililé. Comptes rendus de la cinquième
Conférence internationale de Psychotechnique, Utrecht, 1928, p. 207-211.
Nous savons bien que H. déclare dans cette communication que les conclu
sions auxquelles il arrive ont été établies après des recheréhes portant « sur
environ 3,000 personnes des deux sexes, âgées de 14 à 25 ans ». Ce chiffre est
évidemment impressionnant de prime abord, mais précisément son énormité
nous fait un peu douter que l'auteur ait eu la possibilité de se livrer à des
recherches systématiques satisfaisantes sur une collection aussi considérable
d'individus. Et on pourrait se demander dans ce cas pourquoi il a été amené à
déclarer lui-même que la courbe dont il donne la formule a été fondée sur
l'examen complet d'un seul sujet. Du reste, dans une reproduction de la note
de Heinis par le Bulletin trimestriel de Voffiee intercommunal pour l'orienta
tion professionnelle (Bruxelles, VIII, 32, 1929, p. 16-19) une coincidence
curieuse fait que ce renseignement sur l'étehdue quantitative des recherches
de l'auteur a été supprimé dans son entier, purement et simplement. Il n'est
plus question cette fois, sans discussion possible, que d'un seul sujet ayant
servi à toutes les expériences. Nous nous contentons de signaler cette bizar
rerie au passage, ce n'est du reste pas la seule que nous aurons à relever dans
ce travail d' Heinis, d'allure très particulière. A. François, — contributions a l'étude de l'apprentissage 149
bu cent exercices en tout. Le sujet ne faisait pas les expériences
au laboratoire mais chez elle, pour des raisons de commodité
aersonnelle, et était tenue constamment au courant des résultats
ie son travail. En ce qui concerne la méthode de travail, deux
'emarques s'imposent ici. Le sujet, lors de la première expérience
l'avait reçu aucune consigne spéciale et opérait comme cela
ui paraissait le plus commode. Cela permit de constater que
spontanément il avait choisi la méthode qui consiste, ap^ès
être arrivé au bout de la première ligne, parcourue de gauche à
iroite, à prendre la seconde ligne à son extrémité, pour la suivre
ie droite à gauche, la troisième étant reprise de gauche à droite,
a quatrième de droite à gauche, etc. Interrogé après la première
expérience, le sujet déclara que l'emploi de cette méthode lui
avait semblé, après réflexion, ce qu'il y avait de plus logique.
Sans vouloir insister ici, il est incontestable que cette marche
en zig-zag, qui évite à chaque ligne le temps perdu nécessaire
pour retourner au début de la ligne suivante est un facteur d'éco
nomie qui a permis peut-être à notre sujet d'atteindre une
valeur absolue de rendement sensiblement plus élevée que la
moyenne. D'autre part durant tout l'apprentissage, deux signes
étant à barrer, l'un formé du carré et d'un trait horizontal
(fig. 1). l'autre d'un carré et d'un trait oblique (fig. 2), d'un bout
à l'autre du travail ce dernier parut toujours plus facile à repé
rer que l'autre, et ce sentiment de facilitation ne s'effaça pas
quand les deux signes après un grand nombre d'expériences
eurent acquis une grande familiarité pour le sujet. Malgré cela,
le signe à trait oblique parut toujours plus familier que l'autre.
Nous ne faisons ici que signaler ce fait que nous avons repris
plus en détail dans un autre article *.
1. V. Marcel François, Quelques remarques sur le test de barrage, in
Bulletin de l'Office National d'Orientation professionnelle, 1930. Signalons
cependant en ce qui concerne la lecture en zig-zag, que le fait que le sujet est
familiarisé avec la lecture de l'écriture hébraïque (lue de droite à gauche) nous 14Ô MÉMOIRES ORIGINAUX
Évaluation des résultats. — Les méthodes sont nomb
reuses qui permettent de traduire numériquement le résultat
d'un test de barrage. Nous avons choisi le procédé le plus simple,
qui consiste à évaluer chaque séance de travail par le nombre
moyen de signes que le sujet a examinés en une minute. Ce sont
ces chiffres que Ton trouvera renfermés dans le tableau I ci-
après. On pourra être surpris de constater que nous n'avons
pas fait entrer l'élément exactitude, précision du travail, dans
l'évaluation de nos résultats. On sait que généralement, à côté
de la rapidité du travail, du coefficient quantitatif d'évaluation,
on fait intervenir un coefficient d'exactitude renseignant sur le
côté qualitatif de la tâche accomplie.
Les fautes étant la plupart du temps des omissions (et non
des signes barrés à tort) comme cela s'est vérifié une fois de plus
pour notre sujet, on peut calculer très simplement la précision
en faisant le rapport du nombre total des signes que le sujet
aurait dû barrer, au nombre des signes qu'il a effectivement
barrés, le coefficient étant 1 quand le travail est parfait. Mais,
l'expérience nous a montré qu'en réalité, au bout d'un nombre
très petit d'expériences, le coefficient d'exactitude était égal
à 1 ou à une fraction si élevée (0,99) qu'on pouvait la confondre
avec l'unité. Dans ces conditions, nous avons crû être en droit
de négliger le coefficient d'exactitude dans l'évaluation des
résultats, au moins en ce qui concerne le présent travail, ce qui
ne veut pas dire que nous entendions n'en tenir aucun compte,
comme on le verra plus loin x.
paraît être probablement le facteur principal pour expliquer son choix d'une
méthode de travail qui offre de sérieuses difficultés pour un sujet ordinaire.
1. Le fait d'arriver très rapidement à une exactitude absolue ne paraît du
reste pas particulier à notre sujet. Notre collègue et ami A. Chweitzer, dont
on lira plus loin un travail sur l'apprentissage et qui a opéré avec le test
de barrage sur un assez grand nombre de sujets, a remarqué également la
rapidité très grande avec laquelle ses sujets ne commettaient presque plus de
fautes. P-CfQ CD 'S
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i -s FRAPIÇOIS. C0NTB1BUTI0NS A L'ÉTUDE DE l'aPPRENTISSAGE 151 M.
tissage. On peut constater qu'en dépit des nombreuses et iné
vitables oscillations qu'elle présente, elle s'élève dans l'ensemble
régulièrement, très rapidement au début, puis moins vite, pour,
à la fin, en arriver à prendre une allure asymptotique. Cepen-
/ I Q OtUezvéc
30 35 1,0 J.S 50
•dant nous n'avons pas cru devoir calculer la formule représen
tative de la marche du progrès dans l'apprentissage sur cette
première courbe. Nous avons déjà dit que nos expériences
avaient eu lieu matin et soir, cinquante jours durant. La séance
du matin avait lieu entre 9 et 12 heures, celle du soir l52 MÉMOIRES ORIGINAUX
entre 21 et 24 heures. Nous avions choisi à dessin ce rythme de
travail pour pouvoir étudier l'influence de la fatigue, et cher
cher, autant que possible, à en neutraliser les effets, le procédé
que nous avons employé pour cela nous ayant paru plus proba
blement exact dans l'ensemble que celui qui aurait consisté à
faire exécuter le test chaque jour une seule fois rigoureusement
à la même heure. Dans ces conditions, nous obtiendrons évidem
ment quelque chose de beaucoup plus homogène en ne nous
occupant plus désormais que des cinquante résultats journal
iers. Ces chiffres journaliers (moyenne pour un même jour des
chiffres du matin et du soir) sont enregistrés dans le tableau II
ci-dessous. Si nous les traduisons graphiquement nous obtenons
la courbe B dont on notera tout de suite qu'elle présente des
oscillations beaucoup moins fortes que celles de la courbe A.
Toute question d'interprétation mathématique laissée de côté
pour'le moment, on sent immédiatement que l'on obtient ainsi
quelque chose représentant le développement du phénomène
étudié d'une façon beaucoup' plus harmonieuse et régulière.
TABLEAU II
N° Résultat Béeultat
491 1 144,9 26
2 181,2 27 510,2
28 3 223,8 528,7
4 248,5 29 531,4
5 276,7 30 522,6
31 544,9 6 309,8
32 555,1 7 312,5
8 332,7 33 553,2
9 350,9 34 567,6
10 354,2 35 579
11 375 36 572,1
12 379,1 37 583,6
13 398,9 38 578,6
39 14 399,7 591,9
15 425,1 40 594,7
41 16 431,6 613
441,2 42 17 615,6
460 18 43 627,1
19 462,4 44 621
20 477,6 45 610,5
21 471,1 46 590,5
22 492,7 622 47
23 495,8 48 632,9
24 504 49 623,5
25 489,7 50 640,6

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