Corrélation des épreuves physiques - article ; n°1 ; vol.4, pg 142-172

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L'année psychologique - Année 1897 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 142-172
31 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1897
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Alfred Binet
Nicolas Vaschide
Corrélation des épreuves physiques
In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 142-172.
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Binet Alfred, Vaschide Nicolas. Corrélation des épreuves physiques. In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 142-172.
doi : 10.3406/psy.1897.2892
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1897_num_4_1_2892VII
CORRÉLATION DES ÉPREUVES PHYSIQUES
Nous avons étudié jusqu'ici la corrélation de deux à cinq
épreuves ; il nous reste, dans ce chapitre final, à faire la corré
lation de toutes les épreuves, ou du moins de toutes celles qui
nous paraissent avoir quelque importance. Cette étude n'est
présentée ici, rappelons-le, que comme une première ébauche,
dont l'intérêt consiste principalement à poser une question
nouvelle, et à discuter des méthodes nouvelles ].
Nous avons employé deux méthodes différentes : la pre
mière, la seule dont il a été question jusqu'ici, prend en consi
dération les résultats numériques de chaque épreuve, c'est la
méthode des ; la seconde méthode peut
être désignée provisoirement sous le nom de du rang ;
nous allons l'exposer en détail dans un instant. Chacune de ces
méthodes a ses avantages et ses inconvénients ; chacun repré
sente un aspect différents des faits. Nous avons trouvé un grand
avantage à les employer cumulativement, car elles se sont
éclairées et contrôlées l'une l'autre, et nous avons pu, grâce
à leur rapprochement, arriver à des conclusions qu'une seule
des méthodes n'aurait pas pu donner.
Méthode des résultats numériques. — Rappelons brièvement
en quoi elle consiste. On prend comme point de départ une
épreuve quelconque, par exemple celle du dynamomètre, et on
(1) Notre étude a si bien un caractère préliminaire que nous ne faisons
même pas d'historique et que nous ne rappellerons pas les études de Venn
et de tant d'autres sur les rapports du physique et du moral, ni celles de
Féré sur les relations entre la force des mouvements, leur vitesse, leur pré
cision et la sensibilité des organes. BINET ET N. VASCÜIDE. — CORRÉLATION DES ÉPREUVES PHYSIQUES 143 A.
ordonne tous les élèves en 4 groupes, suivant leur force de pres
sion au dynamomètre. On a ainsi le groupe des forts, le groupe
des moyens forts, le groupe des moyens faibles, et enfin le
groupe des faibles; ils ne sont forts et remarquons-le
bien, que par rapport à cette épreuve spéciale du dynamom
ètre. Ayant ainsi établi une liste de noms par force décrois
sante, liste subdivisée en quatre groupes, on inscrit à côté de
chaque nom le résultat donné par chaque élève pour une seconde
épreuve, que l'on veut comparer à celle du dynamomètre ; soit
la capacité vitale cette seconde épreuve : on inscrit donc à
droite de chaque nom le nombre de centimètres cubes d'air
expiré par l'élève dans une expiration forte et prolongée ; puis,
on fait pour chaque groupe de dix élèves la moyenne des cen
timètres cubes d'air, nombre qui exprime leur capacité vitale.
Il résulte de ces calculs qu'on peut connaître la vitale
des élèves les plus forts au dynamomètre, comme des élèves
les plus faibles, et l'on peut savoir si les plus forts au dyna
momètre ont une plus grande capacité vitale que les plus faibles ;
autrement dit, on se rend compte de la valeur du dynamomètre
comme signe de l'état des autres fonctions. Le
n'est mis dans notre explication que comme exemple ; cette
méthode est tout à fait générale et sert à constater les relations
de l'une quelconque des fonctions avec n'importe quelle autre.
Il eût été évidemment très long de faire des calculs pour
connaître les relations de l'une quelconque de nos épreuves
avec toutes les autres, puisque le nombre de nos
dépasse 20. Gé travail, très considérable n'aurait présenté qu'un
intérêt médiocre. Nous avons pensé qu'il serait préférable de
nous borner à chercher les corrélations des épreuves les plus
importantes, et parmi ces épreuves importantes, notre choix
s'est arrêté sur les suivantes : dynamomètre main droite,
traction verticale, petits points, ordre intellectuel, temps de
réaction, mémoire de chiffres ; par rapport à chacune de ces .
fonctions, prises comme point de départ, on a étudié quinze
épreuves ; en d'autres termes on a cherché ce que donnent
pour quinze autres épreuves les élèves ordonnés d'après le
dynamomètre, la traction verticale, les petits points, l'ordre
intellectuel, les temps de réaction et la mémoire des chiffres.
Les résultats des calculs sont réunis dans le tableau I, dont
quelques parties méritent une explication ; les chiffres donnés
dans ce tableau sont les résultats numériques de chacune des
épreuves qui sont inscrites sur la première ligne horizontale ; 1
,
.
|
i

'
Tableau I
Corrélation des épreuves physiques, étudiée par la méthode des résultats numériques. — Enfants de 12 ans.
il 1 1 1 1 1 I 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 II 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
point choix. 1 simple. (0). POINTS secondes.) soulèvements.) secondes. DYNAMOMÈTRE droite.) PÉRIMÈTRE E respiratoire. ERGOGRAPHE inlellectuel. thoracique. TRACTION départ. PÉRIMÈTRE émotionnel PÉRIMÈTRE D (Nombre.) de verticale. GROUPES poignet. CAPACITÉ vitale. pendant ÉPREUVE MÉMOIRE U TAILLE COURSE comme POULS TEMPS chiffres ORDRE POIDS bras. TEMPS (Nombre T de de de I réaction L PETITS réaction (Main P de prise M 15 (En des (A
1 1 1
Cmc. K};. Mètres Cm. Cm. Cm. Cm. Notes. Notes. Kir.
21,5 I 44 1,52 15 68,50 2283,33 4 26,5 37,25 14,75 27,59 5 6 6 91,50 48 Dynamomètre 37,2 13 20 65,50 2162.50 4,8 32,25 16,50 11 1,40 25,5 27,77 6,5 5 6 79, 33 39 1 850 34,6 ■1U, 5 63 16,75 (main droite). ' J 111 1,41 13,75 3, 92 24 33, SS 25,88 7 3 4 72,50 36 — 13 19,5 02,25 1733,33 31 19 IV 32, 1 1,37 3,46 24 30,46 0|i' 2 4 64,50 30 f
21,25 67,75 2 340 4 43,5 1,519 14,75 27 35 16,50 25,99 5 6 50 I 6 26, 50 Traction 66,50 1 908,33 3,83 38, 75 1,435 14,50 21, ^5 25 32,87 14,50 27,73 7 7 20,75 u 6 34,5 19 64, 50 2 025 33,1 1,415 12,75 4,08 24 32,25 15,37 2 18.50 UT 27,56 6 4 30 verticale. 6£ 1690,17 — 32,1 1,37 19,50 2,71 30.75 21,63 32,81 18 IV 12,50 25 8 2 4 33
_ 66 2 230 35.500 1,425 14,50 34,75 27,36 7 79 19.75 I 21 4, 04 25 6 6 33,5 Temps 2133 38,7.ïO 1,46 14 68 3,83 7 6 22 II 21 25 33,50 27,82 5 82, 33 39 1933,33 1,44 14 62,75 73,75 18,5 111 35, 250 21 4, 29 25 32,13 27,73 7 4 r; 33 1733,33 — simple. 31,500 1,37 13 65,67 17,5 IV 19 ö2, 5 2, 88 25 30,25 29,18 6 4 4 32
_ 40 1,46 15 2 282,84 I 21,5 66,5 3,88 25 14, 75 26,18 6,5 6 6 82 23 39 ( ] 35. 25 1,44 13.75 2216,17 4,20 17 4 11 19,5 64,5 25 27,82 6 6 78 18,50 33,5 Petits points. 35, 20 1,39 13,25 20.25 1860 2,81 17,50 6 m (>-.', 5 25,5 6 5 73 17,50 25, 70 31,5 — 34 1 , 43 13 16,50 2 IV 18,75 63,25 1783,33 3,88 24 32, 82 2 72 20, 5 42 (
40 1,465 14,5 2 183,33 25 14 80,67 i 21 69 3,42 25 29, 91 6 6 22, 75 37, 30 43 1,510 21,5 67 2 300 3,58 34,75 15,50 ï2,50 il 25 26,70 7 8 91,83 39 Mémoire chiffres. 36,200 1,435 13 1 983,33 m 19,5 65 4,70 27 30,50 18,50 30,37 7 4 79,67 22, 25 42 — 1,413 12,5 30,38 18,25 IV 34, 100 18,75 64 1858,33 4,08 24, 5 29,34 7 4 68,75 18,50 23,5
40 14,5 2 210,67 16,50 i 1,470 21 67 3,92 25 34, 75 30,46 6 6 82,33 22.5 28 0. i 37 1,415 14 iO82 3.42 34 18 u 21 66 25 26,18 7 6 84,67 18,5 43 — 12.50 31 m 34 1,375 19,50 62.25 1870 4,04 14,75 27,59 4 75,84 19,5 33 25,5 6 intellectuel. 12,50 3,87 66,67 IV 32 1.370 61,50 1 733 23 30,25 19 30,92 6 2 17,50 38 A. B1NET ET N. VASCDIDE. — CORRÉLATION DES ÉPREUVES PHYSIQUES 145
ainsi les chiffres des poids sont des kilos; ceux de la taille, et
des différents périmètres sont des mètres et des centimètres,
ceux de la capacité vitale des centimètres cubes, ceux du
pouls sont le nombre de pulsations en quinze secondes, ceux
des temps de réaction expriment des centièmes de seconde,
ceux de la course expriment des secondes ; deux mots doivent
être ajoutés pour expliquer les notes données dans la colonne
de la mémoire des chiffres et dans celle de l'ordre intellectuel.
L'expérience de la mémoire des chiffres a été faite collect
ivement dans les classes, en une fois ; on avait réuni ensemble
dans la même classe tous nos sujets, et on leur a lu les chiffres.
M. Michel a bien voulu diriger cette expérience avec son autor
ité habituelle. Nous savons qu'il est très difficile de faire co
llectivement une expérience de ce genre, pour plusieurs relisons :
la principale difficulté est de réunir et de fixer l'attention
de 20 à 40 personnes, au même moment ; si certaines per
sonnes ne sont pas prêtes, ont une distraction au moment où
on prononce les chiffres, c'est fini, elles ne retiendront presque
rien; dans une expérience individuelle, cette cause d'erreur ne
se produit guère, parce qu'on regarde son sujet, et on voit
dans ses yeux s'il est attentif ou non. De plus, pendant les
expériences collectives, le sujet a une tendance à ne pas faire un
grand effort, parce que l'amour-propre est peu excité ; il n'y a
pas quelqu'un là qui le surveille spécialement, qui peut
le blâmer et. l'encourager. Enfin, il faut ajouter que dans
les expériences collectives le sujet peut tricher facilement ; et
qui est-ce qui ne triche pas ? Nous avons rencontré des tricheurs
chez tous les groupes d'individus, parmi les personnes les plus
instruites et en apparence les plus sérieuses. Nous avons fait
comparativement des expériences collectives, et des expé
riences individuelles de la mémoire des chiffres, sur des
groupes équivalents d'individus, et nous montrerons plus lard
quelle a été la différence des résultats.
En ce qui concerne nos élèves, d'école primaire, nous avons
pris toutes les précautions nécessaires pour que l'expérience
collective se fit dans de bonnes conditions. Les sujets étaient
surveillés sévèrement par plusieurs personnes, et leur atten
tion était vivement sollicitée par le directeur de l'école. D'après
une méthode que nous avons adoptée depuis quelque temps,
on leur a lu 3 groupes de nombre de 6 chiffres, puis 3 groupes
de 7,3 groupes de 8, 3 groupes de 9, etl groupe de 10, 1 de 11,
et 1 de 12. Les enfants devaient écouter les bras croisés, leur
l'anxkk psychologique, iv. 10 MÉMOIRES ORIGINAUX 146
plume posée dans la rainure de leur pupitre ; dès que le dernier
chiffre d'une série était prononcé, ils prenaient vivement leur
plume et se mettaient à écrire.
Disons en deux mots pourquoi nous faisions lire aux élèves
un si grand nombre de séries de chiffres : c'est parce que
cette manière de procéder donne une expression plus complète
et plus juste de la mémoire des chiffres de chacun. Il faudrait
faire sur ce point beaucoup de remarques qui ne peuvent trou
ver place ici, où la question se présente accessoirement.
D'abord, il importe que toutes les personnes dont on veut
mesurer la mémoire soient soumises au même nombre
d'épreuves, et on n'arrive à ce résultat qu'en procédant comme
nous l'avons fait. En second lieu, la répétition régulière des
séries de chiffres met en lumière non seulement la capacité
de retenir un certain nombre donné de chiffres, mais encore la
régularité avec laquelle les chiffres se fixent dans la mémoire ;
ainsi, il y a des individus capables de retenir toutes les séries
sansexceptionqui sont au-dessous de 7 chiffres, tandis que d'au
tres personnes ne retiennent parmi ces séries qu'une sur 2 ou
sur 3 ; la limite extrême de la mémoire est peut-être la même
pour ces deux catégories d'individus, ils ont le même « mental
span », comme disent les Anglais, mais ils n'ont pas la même
régularité.
Ce n'est pas le seul avantage qu'on trouve à procéder
comme nous l'avons dit : en voici un autre. A priori, on
pourrait supposer que du moment qu'une personne ne peut
pas retenir un nombre de 7 chiffres, il est inutile de lui réciter
un nombre de 8 chiffres, car certainement elle ne le retiendra
pas. C'est là une de ces opinions à priori qui fourmillent en
psychologie et qui encombrent la route des chercheurs. C'est
comme cette autre opinion qui règle les expériences sur la sen
sibilité tactile ; du moment que le sujet a distingué, dans une
région déterminée de sa peau, un écart de pointes égal à
3 centimètres, on juge inutile d'essayer de lui faire percevoir
un écart de 4 centimètres, parce qu'on pense qu'il le percevra
à plus forte raison. Mais en fait, rien n'est plus faux. Il arrive
fréquemment qu'une personne distingue un certain écart de
pointes et ne distingue pas un écart plus grand. M. Victor Henri,
qui en a fait la remarque, a montré que cette apparente ano
malie ne tient pas à une distraction éprouvée par le sujet pendant
qu'on lui faisait sentir le plus grand des deux écarts ;on rencont
re cette irrégularité sur soi-même, alors qu'on est bien certain BINET ET N. VASCHIDE. — CORRÉLATION DES ÉPREUVES PHYSIQUES 147 A.
de prêter la plus grande attention à toutes les expériences. Il en
est de même pour la mémoire des chiffres. Nous avons cons
taté fréquemment, dans des expériences au laboratoire, qu'une
personne semble avoircomme limite de sa mémoire des chiffres
le nombre de 7 chiffres, par exemple ; si on lui propose des
séries de 8 elle n'arrive pas à les répéter, elle les
manque toutes ; puis, quand on énonce devant elle des séries
de 9 chiffres, parfois elle en répète une exactement. On est fort
étonné de ce résultat. A quelle cause l'attribuer? Dans les obser
vations que nous avons faites personnellement, voici ce que nous
avons constaté.
Une personne qui n'a pas réussi, par exemple, à répéter des
séries de 8 chiffres, et qui réussit une fois à répéter une série
de 9 chiffres, n'opère pas les deux fois de la même façon ; la
série de 9 chiffres n'est pas reproduite par la mémoire cons
ciente, volontaire, avec, comme accompagnement, la conviction
que l'on ne se trompe pas ; au contraire la répétition a lieu au
petit bonheur; le sujet répète les chiffres, et croit en dire
quelques-uns au hasard, comme s'il les inventait, et il est assez
étonné d'apprendre que la répétition qu'il a faite était exacte.
En réalité, il a eu la collaboration de sa mémoire inconsciente.
Celle-ci présente un développement bien différent suivant les
personnes, ainsi du reste qu'on peut s'en assurer en interro
geant soigneusement les sujets, pendant qu'on fait avec eux
des expériences sur la mémoire des chiffres.
Nous avons donc pu classer les élèves, par rapport à leur
mémoire des chiffres, 3 fois pour chaque chiffre, soit 12 clas
sifications ; remarquons combien c'est une œuvre délicate,
dont les difficultés n'ont pas encore été discutées jusqu'ici ; il y
a une foule de problèmes qui se posent, lorsqu'on veut classer
les élèves d'après leur mémoire des chiffres : d'abord quelle
valeur doit-on donner à l'oubli d'un chiffre, de deux chiffres,
de trois chiffres? Quelle valeur à une inversion d'un rang, de
deux rangs ? Gomment peut-on remplacer par une classification
unique ces 12 classifications, pour des mémoires de 5 à 8 chif
fres? Si par exemple l'élève A est le premier pour la mémoire
de 6 chiffres, et pour celle de 7 chiffres, et l'élève B le premier
pour la mémoire de 8 chiffres, quel rang doit-on attribuer à
ces deux élèves dans une classification unique ? Il faudrait
faire une longue étude pour résoudre tous ces points. Nous
avons craint d'allonger outre mesure notre travail, en accor
dant une trop grande place à cette question accessoire MÉMOIRES ORIGINAUX 148
Nous avons pris l'expédient suivant : de nos résultats sur
la mémoire des chiffres, il ressortait avec évidence que c'était
la du nombre de 6 chiffres qui avait donné le plus
grand nombre de résultats variés chez nos élèves; pour 7,
presque tous les élèves avaient mal retenu, par conséquent ils
étaient assez difficiles à classer. Nous avons donc conservé
seulement l'épreuve de 6 chiffres. Voici comment nous avons
classé les élèves par rapport à cette épreuve : en première
ligne, nous avons mis les élèves ayant reproduit exactement les
6 chiffres; en seconde ligne, les élèves ayant commis une inver
sion d'un chiffre ; en troisième ligne, ceux ayant commis un
oubli; en quatrième ligne, ceux ayant commis une invention; en
cinquième ligne, ceux ayant commis à la fois deux des fautes
précédentes ; en sixième et septième lignes ceux qui repro
duisent une série de chiffres ayant peu de rapport ou n'ayant
aucun rapport avec les chiffres dictés. Après avoir fait cette
classification pour chacune des épreuves faites sur un nombre
de 6 chiffres, nous avons pris la moyenne des 3 classifications
pour avoir une classification unique ; puis nous avons subdi
visé nos élèves en 4 groupes : au premier groupe, on a donné
conventionnellement la note 8, au second la note 6, au tro
isième la note 4, au quatrième la note 2. Ce sont ces notes qui
figurent dans la colonne de la mémoire des chiffres ; par con
séquent, plus la note est élevée, plus la mémoire des chiffres
est bonne1.
Ces explications abrégeront celles que nous devons donner pour
les chiffres de l'ordre intellectuel. Nous avons donné le même
genre de notes aux élèves classés par le professeur, d'après leur
rang dans la classe ; par conséquent les 40 premiers ont reçu
de nous la note 8, les 10 suivants la note 6, et ainsi de suite ;
c'est avec ces chiffres que nous avons calculé les moyennes du
tableau.
Il s'agit maintenant de faire parler les chiffres de notre
tableau. Ces chiffres, cependant, ne doivent pas être étudiés
isolément; il faut se représenter, derrière les chiffres, la phy
sionomie et l'aspect des 40 enfants de l'école primaire que nous
avons étudiés. Ce petit groupe, nous l'avons dit souvent, n'est
nullement homogène; il est composé de tous les enfants qui
(I) II faut convenir que le procédé que nous avons adopté n'est qu'un pis-
aller; pressés par le temps, nous n'avons pas pu étudier suffisamment cette
question de la mémoire des chiffres pour imaginer une mesure précise;
mais nous comptons bien revenir là-dessus à une autre occasion. A. BINET ET N. VASCH1DE.— CORRÉLATION DES ÉPREUVES PHYSIQUES 149
sont envoyés à l'école; aucun examen d'entrée, physique ou
intellectuel, ne leur est imposé; en outre, les enfants ne sont
envoyés à l'école que pour obéir à la loi de l'instruction obli
gatoire, loi qui est commune à tous et n'admet aucune except
ion. Aussi s'explique-t-on que nous ayons rencontré dans cette
petite population des différences énormes de force musculaire :
il y a, parmi ces enfants, des êtres robustes, de véritables
athlètes; il y en a d'autres qui sont malingres et chétifs ; ces
derniers se signalent par leurs fréquentes absences, et un
grand nombre d'entre eux n'ont pas été utilisés par nous,
parce qu'on n'a pas pu, à cause de leurs les sou
mettre à toute la série des tests. Notons aussi que ces enfants
sont pris à un âge qui avoisine la puberté; ils ont de onze à
treize ans ; parmi eux, quelques-uns sont certainement pubères ;
par conséquent, ils doivent se distinguer par des inégalités
dans la rapidité du développement physique, et ce sont des
différences nouvelles qui s'ajoutent à celles provenant de
l'inégalité de la santé physique.
L'importance de ces différences individuelles peut servir à
nous expliquer un caractère général des chiffres de notre
tableau, à savoir que les chiffres des quatre groupes présentent
presque toujours une valeurdécroissante ; celaestvrai, quelle que
soit l'épreuve; la décroissance est plus ou moins régulière,
mais une étude attentive la révèle toujours. On peut du reste
l'exprimer très nettement de la manière suivante : dans toutes-
les épreuves de notre tableau, le résultat moyen du premier
groupe est supérieur au résultat moyen du dernier groupe; ou
encore, on peut dire que le résultat moyen des deux premiers
groupes est au des derniers
groupes. Inutile de donner des exemples, puisque c'est une
règle s'appliquant sans exception à tous les chiffres du
tableau I.
Que signifie cette décroissance régulière des séries ? Elle
signifie que toutes les épreuves marquées au tableau sont suff
isantes pour répartir les élèves en deux groupes : celui des
forts et celui des faibles; ainsi, avec une épreuve du dynamom
ètre, on peut diviser les élèves en deux groupes, dont le
premier sera supérieur au second non seulement comme force
dynamométrique, mais en moyenne comme capacité vitale,
traction verticale, mémoire des chiffres, etc. N'est-il pas curieux
qu'une épreuve aussi simple que la vitesse à marquer des petits
points puisse suffire à faire cette démarcation ? S'attendait-on 150 MÉMOIRES ORIGINAUX
à ce que la rapidité à réagir pût servir à départir deux groupes,
inégaux pour leur capacité vitale et pour la force musculaire
de leur dos? Il nous paraît probable que ceci n'est vrai que
parce que notre groupe de sujets est très hétérogène et se
laisse facilement diviser en individus forts et individus faibles.
Nous pouvons supposer qu'il n'en serait pas de même si le
groupe de sujets présentait une plus grande homogénéité, et
si les différences individuelles étaient plus légères.
Après ce coup d'œil général, entrons dans le détail et étu
dions chaque épreuve l'une après l'autre.
Le dynamomètre. — C'est la pression dynamométrique de
la main droite qui a été prise ici comme point de départ ; on a
classé les sujets d'après leur premier chiffre de pression. Il est
facile de se rendre compte que les résultats des autres épreuves
s'harmonisent avec celle du dynamomètre, car d'une part les
chiffres des premiers groupes sont très élevés, et les chiffres
des derniers groupes sont très faibles, et d'autre part la décrois
sance a lieu très régulièrement. Cette régularité de décroissance
se remarque surtout pour la traction verticale, l'ergographe,
le poids, la taille, la capacité vitale, le périmètre de la poitrine,
celui du bras et du poignet; ce sont là par conséquent autant
de data qui se conforment aux data du dynamomètre ; nous
trouvons une corrélation analogue, mais cependant moins
nette et sujette à quelques irrégularités de détail, entre la force
au dynamomètre et la vitesse des petits points, les temps de
réaction, la course, l'ordre intellectuel.
Traction verticale. — On peut faire, à propos de cette
épreuve, les mêmes remarques que pour la force de pression
manuelle; elle s'harmonise surtout avec les autres données
musculaires et les données anatomiques de dimension et de
poids ; elle ne concorde que de loin avec les épreuves de
vitesse (réactions, petits points, etc.).
Petits points. — Cette épreuve est aussi en corrélation avec
les données musculaires et anatomiques, mais beaucoup moins
étroitement que la traction verticale et le dynamomètre ; ici,
les différences sont très significatives. Qu'on examine les
termes extrêmes des séries; ils sont bien moins différents que
dans les épreuves du dynamomètre; ainsi, le terme le plus
élevé pour le poids est ici de 40 kg., tandis que dans la série du
dynamomètre il était de 44 kg. et dans la série de la traction
verticale de 43 kg.; pour la taille, le terme extrême est de
lm,46, tandis que dans la série du dynamomètre, il était de

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