Crâne de l'Australopithèque (quelques aspects de l'exocrâne en morphologie évolutive) - article ; n°3 ; vol.10, pg 285-302

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1983 - Volume 10 - Numéro 3 - Pages 285-302
II s'agit d'une étude de Morphologie évolutive sur quelques caractères présentés par la morphologie de l'exocrâne des Australopithèques de type robuste, Australopithecus boisei, notamment KNM ER 406 et OH 5. On distingue du point de vue séméiologique, au niveau de la tête osseuse, deux sous-ensembles, l'un antérieur ou fronto-facial, l'autre postérieur ou crânio-cérébral. Du point de vue des mouvements évolutifs et de la morphogénèse, le sous-ensemble fronto-facial est dominé par le retrait du museau et la poussée impétueuse de l'ensemble masticateur. Le sous-ensemble crânio-cérébral est dominé par la poussée télencéphalique entraînant une externation crânienne à directions pariéto-occipitale et cérébelleuse privilégiées, expliquant la séméiologie particulière du pôle postérieur (Sakka, 1974). Ces mouvements contradictoires montrent une predominance de la tendance masticatrice sur la télencéphalisation. Compte tenu des liens entre la télencéphalisation et les phénomènes socio-culturels, on peut soulever quelques hypothèses sur le sort des Australopithèques robustes au cours de la phylogénèse humaine.
This study is concerned with Evolutionary Morphology of a number of characters identifiable on the exocranium of robust Australopithecines (Australopithecus boisie) notably KNM ER 406 and OH 5. Two major character sub-sets are distinguished in the cranium : an anterior (fronto- facial) sub-set and a posterior (cranio-cerebral) sub-set. Both from the point of view of evolutionary change and from the point of view of individual morphogenesis, the fronto-facial sub-set is dominated by the reduction in size of the facial region and the hyper-development of the masticatory apparatus. The cranio-cerebral sub-set by contrast, is dominated by the expansion of telencephalon, accompanied by marked « externation » of the parieto-occipital and cerebellar regions of the skull, which accounts for the structural peculiarities of the posterior pole of the skull (Sakka, 1974). The conflict between these two opposing trends is resolved by a predominance of masticatory adaptations over the effects of télencéphalisation in the robust australopithecines. Given the link between télencéphalisation and socio-cultural developments, it is possible to advance a number of hypotheses regarding the particular condition of the robust australopithecines human evolution.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
Lecture(s) : 25
Nombre de pages : 20
Voir plus Voir moins

Michel Sakka
Crâne de l'Australopithèque (quelques aspects de l'exocrâne en
morphologie évolutive)
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XIII° Série, tome 10 fascicule 3, 1983. pp. 285-302.
Citer ce document / Cite this document :
Sakka Michel. Crâne de l'Australopithèque (quelques aspects de l'exocrâne en morphologie évolutive). In: Bulletins et Mémoires
de la Société d'anthropologie de Paris, XIII° Série, tome 10 fascicule 3, 1983. pp. 285-302.
doi : 10.3406/bmsap.1983.3903
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1983_num_10_3_3903Résumé
II s'agit d'une étude de Morphologie évolutive sur quelques caractères présentés par la morphologie de
l'exocrâne des Australopithèques de type robuste, Australopithecus boisei, notamment KNM ER 406 et
OH 5. On distingue du point de vue séméiologique, au niveau de la tête osseuse, deux sous-
ensembles, l'un antérieur ou fronto-facial, l'autre postérieur ou crânio-cérébral. Du point de vue des
mouvements évolutifs et de la morphogénèse, le sous-ensemble fronto-facial est dominé par le retrait
du museau et la poussée impétueuse de l'ensemble masticateur. Le sous-ensemble crânio-cérébral est
dominé par la poussée télencéphalique entraînant une externation crânienne à directions pariéto-
occipitale et cérébelleuse privilégiées, expliquant la séméiologie particulière du pôle postérieur (Sakka,
1974). Ces mouvements contradictoires montrent une predominance de la tendance masticatrice sur la
télencéphalisation. Compte tenu des liens entre la télencéphalisation et les phénomènes socio-
culturels, on peut soulever quelques hypothèses sur le sort des Australopithèques robustes au cours de
la phylogénèse humaine.
Abstract
This study is concerned with Evolutionary Morphology of a number of characters identifiable on the
exocranium of robust Australopithecines (Australopithecus boisie) notably KNM ER 406 and OH 5. Two
major character sub-sets are distinguished in the cranium : an anterior (fronto- facial) sub-set and a
posterior (cranio-cerebral) sub-set. Both from the point of view of evolutionary change and from the
point of view of individual morphogenesis, the fronto-facial sub-set is dominated by the reduction in size
of the facial region and the hyper-development of the masticatory apparatus. The cranio-cerebral sub-
set by contrast, is dominated by the expansion of telencephalon, accompanied by marked « externation
» of the parieto-occipital and cerebellar regions of the skull, which accounts for the structural
peculiarities of the posterior pole of the skull (Sakka, 1974). The conflict between these two opposing
trends is resolved by a predominance of masticatory adaptations over the effects of télencéphalisation
in the robust australopithecines. Given the link between télencéphalisation and socio-cultural
developments, it is possible to advance a number of hypotheses regarding the particular condition of the
robust australopithecines human evolution.Bull, et Mém. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, t. 10, série XIII, 1983, p. 285-302.
CRANE DE L'AUSTRALOPITHEQUE
(QUELQUES ASPECTS DE L'EXOCRANE
EN MORPHOLOGIE EVOLUTIVE)
par
Michel SAKKA(*)
(Paris)
présentés Résumé. par — la II morphologie s'agit d'une de étude l'exocrâne de Morphologie des Australopithèques évolutive sur de quelques type robuste, caractères Aust
ralopithecus boisei, notamment KNM ER 406 et OH 5.
On distingue du point de vue séméiologique, au niveau de la tête osseuse, deux sous-
ensembles, l'un antérieur ou fronto-facial, l'autre postérieur ou crânio-cérébral.
Du point de vue des mouvements évolutifs et de la morphogénèse, le sous-ensemble
fronto-facial est dominé par le retrait du museau et la poussée impétueuse de l'ensemble
masticateur. Le sous-ensemble crânio-cérébral est dominé par la poussée télencéphalique
entraînant une externation crânienne à directions pariéto-occipitale et cérébelleuse privilé
giées, expliquant la séméiologie particulière du pôle postérieur (Sakka, 1974).
Ces mouvements contradictoires montrent une predominance de la tendance masticat
rice sur la télencéphalisation. Compte tenu des liens entre la télencéphalisation et les
phénomènes socio-culturels, on peut soulever quelques hypothèses sur le sort des Austra
lopithèques robustes au cours de la phylogénèse humaine.
Summary. — This study is concerned with Evolutionary Morphology of a number of
characters identifiable on the exocranium of robust Australopithecines (Australopithecus
boisie) notably KNM ER 406 and OH 5.
Two major character sub-sets are distinguished in the cranium : an anterior (fronto-
facial) sub-set and a posterior (cranio-cerebral) sub-set.
Both from the point of view of evolutionary change and from the point of view of
individual morphogenesis, the fronto-facial sub-set is dominated by the reduction in size
of the facial region and the hyper-development of the masticatory apparatus. The cranio-
cerebral sub-set by contrast, is dominated by the expansion of telencephalon, accompan
ied by marked « externation » of the parieto-occipital and cerebellar regions of the
skull, which accounts for the structural peculiarities of the posterior pole of the skull
(Sakka, 1974).
The conflict between these two opposing trends is resolved by a predominance of
masticatory adaptations over the effects of télencéphalisation in the robust australopithec
ines. Given the link between télencéphalisation and socio-cultural developments, it is
possible to advance a number of hypotheses regarding the particular condition of the
robust australopithecines during human evolution.
* RCP 688 du C.N.R.S. et Laboratoire d'Anthropologie du M.N.H.M. Musée de l'Homme,
Palais de Chaillot. 75116 Paris. 286 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
AVANT-PROPOS
Traiter de la question de la description du crâne des Australopithèques
revient à accepter la réalité biologique de ce groupe de Primates fossiles, à en
établir un diagnostic positif et différentiel, et par conséquent à reconnaître leur
différenciation au niveau générique.
A vrai dire au fur et à mesure des découvertes d'ossements fossiles, notam
ment en Afrique (mais pas seulement en Afrique, semble-t-il), et au fur et à
mesure des progrès importants de cette science pluridisciplinaire qu'est celle des
processus de l'anthropogenèse et de l'hominisation, les conceptions et les sché
mas phylogéniques se modifient.
Or, avec les Australopithèques, on aborde bien évidemment les problèmes
posés par les origines de l'Homme et s'agissant de l'Homme, on peut se demand
er si les aspects morphologiques (même traités en relation avec la fonction,
dans le sens moteur du terme, et avec l'environnement) sont suffisants, (bien
que nécessaires), pour établir avec certitude un diagnostic différentiel entre le
groupe appelé Australopithèque et le groupe des Hommes fossiles les plus pro
ches des origines.
Je ne répondrai pas à cette question dans ce présent travail. Seulement, du
point de vue de la description des formes, et de leurs processus, je suis troublé
par les actuelles hypothèses phylogéniques et je me demande quelle signification
évolutive donner à certains caractères que j'ai décrits sur les formes d'Australo
pithèques dits robustes et possédant une crête sagittale (Crista sagittalis), caractè
res que je considérais comme de type humain.
Dans cet article, j'ai surtout cherché à retrouver, parmi certains traits de îa
face exocrânienne du squelette de la boîte crânienne de l'Australopithèque de
forme robuste, des mouvements au sein des ensembles anatomiques et à appréc
ier à partir de ces le processus de leur morphogénèse.
I. — MATERIEL
II est constitué :
— de la collection de moulages du laboratoire d'Anthropologie du Muséum
National d'Histoire Naturelle,
— des moulages de KNM ER 406 et 732 que m'avait adressés R. Leakey,
pour étude,
— et surtout des belles pièces originales d'Omo 323. 1976, qui proviennent
de la basse vallée de l'Omo, membre g de Shungura, dont avec Y. Coppens, qui
a dirigé les fouilles au cours desquelles elles ont été découvertes (Coppens,
1978), j'ai présenté une partie de la description et de la reconstruction des par
ties molles lors de la Table Ronde Internationale C.N.R.S. que j'ai organisée en
juin 1980 à Paris,
— de la collection de crânes de primates supérieurs du laboratoire d'Anato-
mie comparée du M.N.H.N. (Pr. J. Anthony), du laboratoire de Zoologie (Pr.
J. Dorst) et du laboratoire d'Anthropologie (Pr. Y. Coppens),
— de mes préparations anatomiques personnelles, dissections des muscles du M. SAKKA. — CRÂNE DE L'AUSTRALOPITHÈQUE 287
crâne, de la nuque et du dos de Pongo pygmaeus (3 individus), Pan gorilla
(3 individus) et Pan troglodytes (1 individu).
II. — METHODE
II s'agit surtout de séméiologie qualitative, la séméiologie métrique n'a été
utilisée que pour l'étude du foramen zygomato temporale (Sakka, 1973 b.).
La Morphologie évolutive est utile dans la mesure où, grâce à l'anatomie
humaine et comparée, elle met en évidence des « mouvements » des structures et
permet par la constatation de liens entre celles-ci, au cours de ces mouvements
évolutifs, de concevoir des Ensembles anatomiques (Sakka 1973 a.).
L'étude des parties molles et des relations os-muscles est précieuse, c'est-à-
dire l'anatomie humaine et l'anatomie comparée, car elles seules permettent de
soulever quelques hypothèses sur la reconstruction morphologique des fossiles.
III. — SÉMÉIOLOGIE MORPHOLOGIQUE
II s'agit de la face exocrânienne du crâne (Cranium) et pour type de descrip
tion je prendrai KNM ER 406 qui, avec OH 5, est une des pièces les plus comp
lètes de crâne d'Australopithèque.
T. de d. Australopithecus (ex robustus) boisei : KNM ER 406.
L'aspect général de l'ensemble de la tête osseuse (Caput) est caractérisé par
la formule : « petit crâne — grande face » où crâne est entendu comme boîte
crânienne (Cranium) en opposition au massif facial (Fades).
A un examen d'ensemble, le rétrécissement rétro-orbitraire important donne
l'impression qu'il existe deux sous-ensembles, dont :
— l'un antérieur, ou fronto-facial est caractérisé par l'aspect plan de la face
que souligne l'absence de front, et par le volume important de la mandibule ;
— l'autre postérieur ou cranio-cérébral est caractérisé par son aspect
globuleux.
Cette impression est encore renforcée par le fait que par comparaison avec
l'homme actuel la face n'apparaît pas appendue sous l'ovoïde crânien, appliquée
à sa face inférieure au niveau du tiers antérieur de la base du crâne mais bien
plutôt comme plaquée à la face antérieure de la boîte crânienne (fig. 1).
Fig. 1.
— Profil schématique du squelette de la tête en A chez l'Homme actuel,
en В chez l'Australopithèque robuste.
L'ensemble facial hachuré est appendu sous la base du crâne en A,
plaqué à la face antérieure de la boîte crânienne en B. SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 288
Sur le vivant, ces deux sous-ensembles osseux n'apparaissaient plus avec év
idence car le volumineux muscle temporal (M. temporalis) recouvert de ses apo
névroses, venait largement combler l'échancrure qui les sépare et donnait ainsi
un aspect globuleux à l'ensemble de la boîte crânienne.
Au niveau de la face, les muscles masseters (M. masseter) renforçaient
l'aspect transversal de la face, et comblaient également les vastes espaces squelet-
tiques en engainant avec les muscles ptérygoïdiens (M. pterygoideus) la branche
de la mandibule (Ramus mandibulae) et la région goniaque (Angulus
mandibulae).
III, 1 — LE SOUS-ENSEMBLE FRONTO-FACIAL
Fait caractéristique sa face antérieure est contenue dans un plan frontal, dont
l'obliquité en bas et en avant indique le degré de prognathisme, qui d'ailleurs,
comparé avec les Grands Singes actuels, est peu important. Il n'y a pas de véri
table museau.
On peut distinguer deux éléments dans ce sous-ensemble.
1) Un élément supérieur
Très caractéristique me semble le fait que le contour des orbites et l'os
malaire soient réellement contenus dans ce plan. C'est-à-dire que la face soit très
frontalement disposée.
Les arcades zygomatiques (Arcus zygomaticus) sont très latéralisées et l'os
malaire (zygomaticum) est très transversalement orienté. On note le contraste
entre la saillie de la région de la glabelle (glabella) et l'aspect vertical voire con
cave en avant des os propres du nez (os nasale). L'ensemble donnant à la face
un aspect aplati et très transversalement élargi. Bien qu'un certain degré d'écra
sement traumatique au niveau des os malaires et de la face antérieure du maxill
aire (maxilla) soit en partie responsable de cet aspect, il s'agit d'un trait caracté
ristique qui n'est qu'accentué par la distorsion accidentelle.
Cet élargissement facial est le résultat des contraintes biomécaniques contra
dictoires et des tendances évolutives différentes qui s'affrontent dans cette région
clef que constitue le foramen zygomato-temporale comme nous y avons déjà
insisté il y a plusieurs années (Sakka, 1973 b). Si l'os de la pommette s'antério-
rise et se latéralisé à sa partie externe chez ces formes d'Australopithèques, on
peut penser qu'il s'agit d'un événement mécanique et fonctionnel.
Le développement du muscle temporal (spécialisation masticatrice) au sein du
foramen zygomato-temporale, repousse mécaniquement les parois osseuses donc
l'os zygomatique, et la poussée fonctionnelle antéro-externe considérable du
muscle au cours de la mastication accentue cet effet. s
En somme il y a une double contrainte mécanique, l'une constante, au cours
du développement, contrainte ontogénique, l'autre intermittente, au cours de la
mastication, contrainte fonctionnelle. SAKKA. — CRÂNE DE L'AUSTRALOPITHÈQUE 289 M.
2), Un élément inférieur et médian
Cet aplatissement facial antérieur est également visible au niveau de la face
antérieure de la pyramide maxillaire et de la partie antérieure de l'arcade den
taire supérieure.
La pyramide maxillaire un peu contuse sur KNM ER 406 est bien visible sur
OH 5 où l'aplatissement antérieur est évident.
2.1. S'agissant de l'arcade dentaire supérieure, les canines sont presque sur
le même rang transversal que les incisives latérales. Il s'agit d'un retrait très
caractéristique. Tout se passe comme si l'ensemble des incisives s'était, comme
un bloc, encastré entre les rangées dentaires latérales sous une poussée antéro-
postérieure. L'élargissement -dans le sens vestibulo-lingual des prémolaires 3 et 4,
et des molaires ajoute à cette impression de tassement d'avant en arrière. La
valeur séméiologique de cet élargissement est grande. (Car il semble un caractère
propre à Australopithecus, il est nul chez Homo et les Pongidés actuels).
Il est aussi intéressant de noter sur OH 5 qu'il existe un gradient antéro-
postérieur, la PM3 paraissant plus aplatie que PM4, celle-ci plus que M1, etc.
(fig. 2). \
Fie 2. — Morphologie de l'arcade dentaire supérieure de l'Australopithèque robuste. Schématique.
Le schéma, d'après OH5, de l'arcade dentaire montre l'applatissement frontal de la partie anté
rieure de l'arcade et le gradient antéro-postérieur de la saillie des dents jugales, avec transversalisa-
tion des plus antérieures.
Au total, ce sont les tendances contraires que constituent le raccourcissement
du « museau » avec miniaturisation des dents antérieures et transversalisation
des prémolaires et molaires d'une part, et l'accroissement impétueux des autres
éléments ostéo-odonto-musculaires de l'ensemble masticateur avec un gradient
dentaire antéro-postérieur d'autre part, qui s'affrontent contradictoirement. SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 290
2.2. Nous avons vu quelques éléments du tassement-retrait. Quant aux
signes témoins au niveau de la face, de l'accroissement impétueux de l'ensemble
masticateur, ils se lisent au niveau de la mandibule, au niveau de la série den
taire PM3 à M3 (gradient antéro-postérieur évident par exemple sur KNM ER
729), au niveau du foramen zygomato-temporale (Sakka, 1973 b, 1974 et 1977,
p. 98, note 8).
D'ailleurs au niveau de la voûte du crâne, un certain nombre de caractères
liés à l'aire d'insertion du muscle temporal sont peut-être en relation étiologique
avec les tendances contradictoires (les spécialisations comme on dit) de l'ensem
ble masticateur. Il en est ainsi du trigone postérieur pariéto-occipital et de la
crête sagittale (Crista sagittalis), dont le premier est un signe de retrait des fibres
postérieures du muscle temporal peut-être en relation avec la miniaturisation des
dents antérieures, dont la seconde est en partie liée à l'extension de la surface
d'insertion du muscle.
L'épaisseur et l'étendue considérables du muscle temporal attestées par sa
surface d'insertion, par la taille du foramen zygomato-temporale en valeurs
absolue et relative, par la largeur de la face supérieure excavée de la racine du
zygoma, sont bien évidemment dans leur ensemble liées biomécaniquement à la
taille et à la forme de la mandibule et des dents jugales. La plus grande épais
seur du muscle à ses parties moyenne et antérieure est peut-être en relation avec
le gradient dentaire et la poussée de croissance postérieure des dents.
III, 2 — LE SOUS-ENSEMBLE CRÂNIO-CÉRÉBRAL
II est globuleux, ovoïde à grand axe sagittal, à grosse extrémité postérieure.
1 . En norma superior, on est d'emblée frappé par la béance des foramen
zygomato-temporale (F.z.t.) par rapport au rétrécissement rétro-orbitaire. En
gros, sur une vue supérieure par à la largeur bizygomatique, un tiers
revient au diamètre crânien minimum et un tiers appartient à chaque foramen.
Ceci est approximatif mais néanmoins caractéristique de la largeur des F.z.t.
2. D'avant en arrière on constate (fig. 6) :
2.1. Trigone antérieur
Une zone triangulaire dont la base antérieure répond au torus sus-orbitaire et
dont le sommet postérieur correspond à un point que j'ai nommé Point tempor
al antérieur (Punctum temporale anterior) et où se rejoignent en avant les lignes
temporales.
Ce trigone fronto-temporal (trigonum fronto-temporale) est lisse, un peu
excavé mais surtout peu profond témoignant d'un certain degré de télencéphali-
sation frontale (Sakka, 1974). Ce trigone ou triangle s'appelle frontal parce qu'il
siège sur cet os, et temporal, parce que son existence est fonction de l'étendue
des insertions du muscle temporal qu'indiquent les lignes temporales droite et
gauche.
Si l'on compare le Trigonum fronto-temporale de ces formes d'Australopi
thèque avec celui de Pan Gorilla, et si de plus on l'étudié au cours du dévelop
pement, ce que j'ai fait pour tous les stades ontogéniques que j'ai eu à ma dis
position (Sakka, 1974 b), on est à même de poser un diagnostic différentiel entre SAKKA. — CRÂNE DE L'AUSTRALOPITHÈQUE 291 M.
ces deux structures, qui revêt une grosse valeur séméiologique car il est lié :
— d'une part aux modalités différentes du développement spatio-temporel de
la face (y compris la mandibule) par rapport à la boîte crânienne. La morphogé-
nèse de la boîte crânienne proprement dite est liée, à mon avis, essentiellement
au développement du télencéphale. Or la cavité crânienne, dans le Gorille, dès le
stade II voire III (Sakka, 1973 b), a presque terminé son développement alors
que l'ensemble du massif facial continue le sien avec une nette prédominance
pour le sous-ensemble masticateur de la face (Mandibule — dents, notamment
canines et molaires — muscles, notamment le temporal sur la voûte — structures
neuromusculaires) ;
— d'autre part au degré et à la forme de la télencéphalisation.
A tout ceci, deux conclusions :
1. L'anatomie comparée et l'ontogenèse permettent de justifier la séparation
en deux sous-ensembles fronto-facial et crânio-cérébral, conclusion qui apporte
une pierre de plus à l'édifice méthodologique que j'ai appelé morphologie évolu
tive sur la base de ma conception des ensembles anatomiques (1973 a).
2. L'autre d'ordre particulier est liée à la présente étude : les différences
entre le caractère du trigone antérieur chez Australopithecus et Pan Gorilla sont
en rapport avec les destinées différentes des deux sous-ensembles.
Chez Australopithecus, d'une part, et c'est le fait le plus important, la télen
céphalisation prend le pas sur la croissance du massif facial à sa jonction avec
lui, c'est-à-dire que le torus dans ce cas particulier tend à être minimisé par la
« frontalisation » du trigone antérieur, indiquant une phase débutante de déve
loppement de la partie frontale des hémisphères cérébraux ; d'autre part, et ceci
joue sans doute davantage chez Pan Gorilla mais est lié au fait précédent, la
forme du torus sus-orbitaire « ascendant » dans Pan Gorilla peut-être en partie
liée aux modalités biomécaniques des contraintes engendrées par les muscles
masticateurs et par les muscles de la nuque (1).
2.2. Crête sagittale
Si l'on poursuit l'examen d'avant en arrière à partir du sommet du trigone
antérieur fronto-temporal, sommet confondu avec le point temporal antérieur,
naît la crête sagittale. Le point temporal antérieur siège sur Australopithecus en
pleine aire frontale entre le bregma et la glabelle.
La crête sagittale, médiane, antéro-postérieure, sur KNM ER 406 présente un
premier aspect lisse et régulier faisant suite à la courbe harmonieuse qu'emprunt
ent les deux lignes temporales pour se rejoindre.
Puis à partir de la suture coronale, elle change d'aspect pour devenir bila-
mellaire, puis unilamellaire mais irrégulière semblant être attirée à gauche de la
ligne médiane, puis de nouveau deux lèvres apparaissent à la partie postérieure
de la crête. Ces deux lèvres s'épaississent à partir du point temporal postérieur
(Punctum temporale posterior) et s'écartent l'une de l'autre, se dirigeant en bas,
en dehors et en arrière.
(1) Pour le détail des caractères différentiels, je prie le lecteur de consulter mes travaux anté
rieurs, ceci afin de ne pas allonger ce texte. SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 292
Cette zone est particulière, parce que d'une part on a l'impression que la fos
silisation ne s'est pas faite de la même manière au niveau des deux parties de la
crête (ou bien à la partie antérieure une couche mince, aponévrotique, est fossili
sée et ne recouvre que la partie antérieure de la crête, les lignes temporales et le
triangle, ou bien la fossilisation a agi différemment à ces deux niveaux antérieur
et postérieur de la crête sagittale).
Paléopathologie osseuse : on peut aussi se demander, à condition que la
lacune osseuse arrondie située près du bord postéro-externe gauche du trigone
antérieur soit bien d'origine pathologique, si la lésion dont elle est le témoin n'a
pas influencé soit les processus d'ossification de la crête, soit le mode de fossil
isation de certaines parties molles périostiques.
Cette zone est particulière parce que d'autre part, dans la région du point
temporal postérieur, on remarque des inégalités osseuses linéaires, divergentes,
mais toutes obliques en avant, en bas et en dehors, concentrées dans la région
du point temporal postérieur, se dirigeant vers le foramen zygomato-temporale,
et figurant assez bien la direction des fibres du muscle temporal.
Une constatation récente que j'ai pu faire lors de mes dissections sur un
crâne de Pan Gorilla mâle (au laboratoire ď Anatomie comparée du M.N.H.N.),
est que l'aspect irrégulier de la surface de la boite crânienne est dû au périoste,
celui-ci enlevé, la paroi osseuse sous-jacente est parfaitement lisse. Peut-être cet
aspect dans la région pariéto-temporale du crâne de ER 406 est-il dû à une zone
aponévrotico-périostée plus adhérente à l'os et par conséquent à un aspect diffé
rentiel dû à la nature du tissu et à son mode de fossilisation.
2.3. Trigone postérieur pariéto-occipital (Trigonum parieto-occipitale).
Situé au pôle du crâne, son sommet siège au niveau du point tem
poral postérieur (Punctum temporale posterior), sa base est à la crête occipitale
externe, ou ligne nuchale supérieure (Linea nuchae superior), ses côtés sont limi
tés par l'écartement de la ligne temporale droite et gauche. \
Découvert par Dart, repris par Tobias, ce trigone revêt une importance
grande en morphologie évolutive car il est témoin d'un processus que l'on saisit
si j'ose dire sur le vif, et qui est un des éléments de l'émergence cervico-
céphalique (Sakka 1974, 1977 et 1978) à savoir Yexternation crânienne.
Ce trigone traduit Yécart des insertions postérieures du muscle temporal, le
retrait des fibres postérieures dû en partie au développement postérieur de la
• voûte, donc élément de l'externation de la paroi crânienne, de même que la dis
sociation des trois points anatomo-anthropologiques (Point temporal postérieur,
lambda et inion ou protubérance occipitale externe) et que le sillon mastoïdien
externe (Sulcus mastoideus externus).
J'ai décrit ce dernier sous ce nom chez ER 406, il est l'homologue décrit chez
l'homme actuel par Waldeyer (1909) sous la dénomination de Sulcus supra mast
oideus, dénomination qui ne correspond ni au siège du sillon ni surtout à sa
valeur séméiologique réelle en morphologie évolutive.
Valeur : la valeur séméiologique de ces caractères est grande
car ils traduisent une phase des processus contradictoires qui se sont produits

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Myologie comparative du pied - article ; n°5 ; vol.3, pg 284-336

de BULLETINS_ET_MEMOIRES_DE_LA_SOCIETE_D-ANTHROPOLOGIE_DE_PARIS0

Les artères de l'encéphale humain: leur nomenclature - article ; n°4 ; vol.8, pg 201-211

de BULLETINS_ET_MEMOIRES_DE_LA_SOCIETE_D-ANTHROPOLOGIE_DE_PARIS0