Croissance et mesure de l'intelligence - article ; n°1 ; vol.51, pg 17-25

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L'année psychologique - Année 1949 - Volume 51 - Numéro 1 - Pages 17-25
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
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George-D. Stoddard
II. Croissance et mesure de l'intelligence
In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 17-25.
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Stoddard George-D. II. Croissance et mesure de l'intelligence. In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 17-25.
doi : 10.3406/psy.1949.8491
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_num_51_1_8491II
Iowa Child Welfare Research Station, Université de Iowa.
CROISSANCE ET MESURE DE L'INTELLIGENCE
par George-D. Stoddard
II y a quarante ans, l'illustre Alfred Binet a proposé, dans un
chapitre intitulé Éducation de l'Intelligence, une théorie de la
plasticité de l'intelligence encore valable jusqu'à ce jour.
« Quelques philosophes récents semblent avoir donné leur
appui moral à ces verdicts déplorables en affirmant que l'intell
igence d'un individu est une quantité fixe, une quantité qu'on ne
peut pas augmenter. Nous devons protester et réagir contre ce
pessimisme brutal, nous allons essayer de démontrer qu'il ne se
fonde sur rien » (p. 141).
Maintenant si l'on considère que l'intelligence n'est pas une
fonction une, indivisible et d'essence particulière, mais qu'elle
est forcée par le 1 et 2 de toutes ces petites fonctions de discrimi
nation, d'observation, de rétention, etc., dont on a constaté la
plasticité et l'extensibilité, il paraîtra incontestable que la même
loi gouverne l'ensemble et ses éléments et que par conséquent
l'intelligence de quelqu'un est susceptible de développement;
avec de l'exercice et de l'entraînement, et surtout de la méthode,
on arrive à augmenter son attention, sa mémoire, son jugement
et à devenir littéralement plus intelligent qu'on ne l'était aupa
ravant et cela progresse ainsi jusqu'au moment où on rencontre
sa limite.
Et j'aurais encore ajouté que ce qui importe pour se conduire
de manière intelligente, ce n'est pas tant la force des facultés que
1. Cet article était primitivement destiné au volume jubilaire de V Année
Psychologique offert en hommage au professeur Piéron. L'importance de ce
volume nous a obligé à reporter ici cette publication. (N. D. L. R.).
L ANNÉE PSYCHOLOGIQUE, II 2 MÉMOIRES ORIGINAUX 18
la manière dont on s'en sert, c'est-à-dire l'art de l'intelligence et
que cet art doit nécessairement s'affiner avec l'exercice (p. 143).
« Charmé de ces résultats, mais me défiant encore de moi-
même et de mes collaborateurs immédiats, j'ai voulu faire appel
au contrôle d'autres personnes, j'ai prié un directeur d'école
d'aller tous les six mois dans nos classes d'anormaux, afin de me
surer à sa manière les progrès réalisés dans l'instruction. Ses
appréciations et ses mesures ont confirmé les nôtres. Décidément
le progrès est net, incontestable et même très grand. Veut-on
un chiffre? Admettons que tous les enfants d'une classe d'ano
rmaux y sont entrés avec un retard de trois ans dans leurs études.
Au bout d'un an de stage, mesurés à nouveau, ils ne montrent
plus qu'un retard de deux ans (p. 146). L'esprit de ces enfants est
comme un champ pour lequel un agronome avisé a changé le
mode de culture, résultat : au lieu de friches, nous avons mainte
nant une récolte. C'est dans ce sens pratique, le seul accessible
pour nous, que nous disons que l'intelligence de ces enfants a pu
être augmentée. On a augmenté ce qui constitue l'intelligence
d'un écolier, la capacité d'apprendre et de s'assimiler l'instruc
tion 1 » (p. 146).
Bien entendu, les premiers chercheurs ont vu que les enfants
se développent dans leur aptitude à apprendre ou à poursuivre
des raisonnements abstraits. Ce qui faisait défaut, jusqu'à ce que
Binet et Simon aient fourni une série ingénieuse de tests pratiques,
c'est un concept de l'intelligence générale qui puisse concorder
avec les manifestations de comportements connus des parents
et des maîtres attentifs. Elle consiste en une simple série de
tâches de plus en plus complexes auxquelles l'enfant peut s'adon
ner avec une chance croissante de réussite à mesure qu'il gagne
en âge et en expérience. Binet et Simon y ont si bien réussi que
toutes les traductions et révisions du dernier quart de siècle
n'ont ajouté à leur échelle que très peu d'items vraiment diffé
rents. Mais la théorie à la base de ce type de mesure mentale a
régressé en plusieurs points.
Dans ces quelques pages, dédiées au professeur Henri Piéron,
le distingué successeur de Binet, je ne veux aborder que quelques
thèmes fondamentaux de l'examen de l'intelligence.
D'abord je vais poser quelques affirmations catégoriques. Il y
a dix ans, quelques-unes de ces idées étaient fort controversées,
surtout par les psychologues américains. Aujourd'hui on ne les
1. Alfred Binet. Les idées modernes sur les enfants, Paris, Ernest Flam
marion, 1911, 346 p. STODDARD. CROISSANCE ET MESURE DE ININTELLIGENCE 19 G.-D.
accepte pas toujours toutes de la même façon. Pourtant il nous
faut établir un plan pour délimiter les différents champs de
recherches et de développement technique à envisager dans
l'avenir. .
1° II existe un facteur central d'intelligence qui peut être
dérivé à partir des valeurs pondérées d'un grand nombre de
mesures partielles.
2° L'efficience mentale — la puissance mentale exprimée —
par suite l'intelligence telle que nous la mesurons est le pro
duit :
a) De facteurs héréditaires.
b) Du développement physiologique.
c) D'une culture adaptée.
d) De l'âge et de l'expérience de la culture par l'individu.
Par suite le terme « d'intelligence en puissance » est meilleur
que celui a d'intelligence innée » là où on veut prédire un max
imum de croissance mentale.
3° L'intelligence se manifeste chez le tout jeune enfant et sa
mesure peut être étendue en descendant jusqu'à la première
année de la vie.
4° Pour déterminer un âge mental il faut avoir un pourcentage
de réussite des items d'une échelle de tests augmentant en fonc
tion de l'âge chronologique.
5° On peut définir l'intelligence et établir sa mesure d'après
cette définition. Les difficultés sont grandes et il n'existe pas de
tests ou de batterie de tests qui concordent pleinement avec une
définition admise.
Comme je l'ai déjà dit :
« Toute définition de l'intelligence doit tenir compte d'une
gamme allant de l'idiot le plus complet au plus parfait génie.
Tout être humain doit être considéré comme faisant preuve d'un
minimum de comportement intelligent dans la mesure même
où il vit et se trouve en interaction avec les autres. Ce début
peut être considéré comme tout juste au-dessus du poiriL zér?.
A partir de ce point et au-dessus, on peut considérer qu'il s'agit
de différences de degrés, dans la mesure où nous reconnaissons
qu'il y a un processus de développement complexe. Le dévelop
pement, par définition, implique plus qu'une courbe régulière
appliquée à des aptitudes et des capacités qui se développent. Il
laisse place, logiquement et pratiquement, à l'apparition d'acti
vités différentes en significations et du point de vue du niveau
culturel de ce qui s'était passé auparavant. On peut considérer :
,
MÉMOIRES ORIGINAUX 20
l'intelligence potentielle comme une aptitude pouvant se déve
lopper ou se régénérer. Chez le jeune enfant, l'intelligence potent
ielle l'emporte sur la puissance mentale exprimée, puisque ce
qui est en attente dépend de la croissance. Dans une intelligence
adulte, une continuité de croissance est moins vraisemblable.
La potentialité est une fonction de la précision de nos mesures.
Ce que nous considérons comme une intelligence adulte peut
encore avoir un potentiel de croissance. Nous pouvons adopter
cette position théorique : il peut toujours y avoir un mouvement
vers le haut à partir de n'importe quel point du plateau d'une
aptitude adulte. Il peut y avoir un bond en avant dans l'aptitude
mentale, disons entre l'âge de 30 et 40 ans. Un tel progrès peut
résulter d'un facteur plus important de concentration et d'une
nouvelle attirance pour l'abstraction. De même il n'est pas besoin
de postuler une tendance décroissante continue d'une aptitude
en fonction de l'âge, bien que nous n'ayons pas de test mental
permettant de l'observer de façon très fine1. »
6° L'intelligence exprimée par le test n'est pas innée, car ce qui
est mesuré c'est le vocabulaire, les définitions, les significations,
les solutions de problèmes, la compréhension de la lecture, etc.
L'existence d'une base physique adéquate est déduite du succès
au test; tout ce qui est héréditaire n'existe qu'en tant que struc
tures physiques contrôlées par des gènes. De telles structures
diffèrent largement parmi les êtres humains — depuis les plus
pauvres spécimens qui ne peuvent développer en eux l'aptitude
à la moindre abstraction jusqu'aux individus qui nous donnent
la preuve de l'existence d'un appareil nerveux remarquable.
7° Les principes gouvernant l'hérédité du système nerveux sont
les mêmes pour toutes les structures, mais l'importance de la
plasticité donnée à cette structure, surtout dans le cortex céré
bral humain, surpasse toutes les autres.
8° L'intelligence se manifeste dans une situation de problème
et spécialement dans une situation sociale impliquant un contact
et une communication; ce n'est pas un fonctionnement du ce
rveau conçu comme un mécanisme physiologique. L'efficacité de
l'intelligence peut donc être jugée d'après des critères externes.
9° Les tests d'intelligence actuels sont défectueux quand il
s'agit de mesurer :
a) Les capacités d'abstraction supérieures.
b) L'aptitude à surmonter le blocage émotionnel.
1. George D. Stoddard. The Meaning of Intelligence, New-York, The
Macmillan Company, 1943, p. 41-42. 3 STODÖARD. CROISSANCE ET MESURE DE ININTELLIGENCE 21 G.-D.
c) L'aptitude à résoudre des problèmes par imagination créa
trice.
10° II y a encore une pénurie de bons tests mentaux, surtout
pour adolescents et adultes.
11° La meilleure évaluation de l'intelligence est obtenue à
partir de la mesure valable la plus récente. La plus mauvaise est
la plus ancienne. Le score le récent est aussi la meilleure
mesure prédictive des scores futurs.
12° La corrélation entre l'intelligence (c'est-à-dire le Q. I.)
des parents ou leur Q. I. moyen et celle des enfants est basse :
elle est de peu d'utilité pour porter une prédiction sur l'intell
igence d'un enfant particulier.
13° II n'y a pas de mesures satisfaisantes de la différence entre
les sexes dans l'intelligence; les tests communément utilisés
impliquent une sélection neutralisant la déviation due au sexe
dans leur validation.
14° La croissance de l'intelligence n'est pas uniforme. Elle ne
cesse pas à un âge particulier, bien que quelques tests d'intell
igence soient inutiles au-delà des plus jeunes âges. L'inégalité
dans la croissance se traduit par des fluctuations du quotient
d'intelligence qui peuvent être très importantes pour un enfant
donné.
15° La diminution de l'intelligence adulte à mesure qu'on
avance en âge est un phénomène complexe lié :
a) A l'état du cerveau.
b) Aux habitudes d'apprentissage et à la motivation.
c)facteurs émotionnels, c'est-à-dire au fait de se dérober
au travail intellectuel.
16° II n'y a aucune raison de dépouiller les tests de leur satura
tion culturelle. C'est l'aptitude à comprendre et utiliser les res
sources culturelles qui doit être utilisée : chercher à se rapprocher
du primitif c'est s'éloigner des aptitudes à l'abstraction, s'éloigner
de l'intelligence.
17° C'est une bonne méthode que de donner les mêmes tests à
toutes les personnes d'une culture donnée, compte tenu du fait
que les items de tests sont représentatifs de la définition de l'inte
lligence.
18° Si des mesures comparatives de l'intelligence doivent se
faire par-delà les frontières culturelles, elles doivent d'abord
être valides pour un pattern culturel donné. Elles peuvent, et
doivent se conformer à une définition commune de l'intelligence,
mais il n'est pas besoin que les items séparés se ressemblent. :

.
.

.
22 MÉMOIRES
L'analyse statistique de larges échantillons permettra alors des
comparaisons entre cultures.
19° II y a inévitablement une corrélation entre les facteurs de
milieu et d'intelligence. Une façon de réduire l'intelligence c'est
de garder l'enfant dans un appauvrissement culturel et au
contraire une façon de l'augmenter c'est de lui fournir un vrai
enrichissement. Les facteurs additionnels qui jouent un rôle dans
la croissance mentale sont :
a) Les maladies du système nerveux.
b) L'habitude des stupéfiants.
c) Les lésions des tissus cérébraux.
d) Les circonstances émotionnelles.
e) La détérioration générale liée à l'âge.
20° Les nouveaux procédés statistiques (comme l'analyse
fractionnelle) indiquent des voies nouvelles, mais leur apport
aux mesures mentales sera faible si on n'élabore pas de meilleurs
tests. Et des tests meilleurs doivent nécessairement être en rela
tions plus étroites avec les affirmations théoriques sur la signif
ication de l'intelligence.
21° Tous les tests d'intelligence générale, pour être utilisables au
maximum, doivent être complétés par d'autres mesures, telles que :
a) Tests d'aptitudes spécifiques ou d'aptitudes groupées.
b)de connaissances.
c) Tests de personnalité.
d)de caractère.
e) Tests d'aptitude et d'appréciation artistiques. Il faudrait
un long article pour appuyer solidement ces 21 items : quelques-
uns d'entre eux sont étudiés dans le 39e Yearbook of the National
society for the study of education, Ire et IIe partie x.
En 1943, l'auteur a analysé des problèmes connexes un peu
en détail dans : The Meaning of Intelligence. Il y a quelques
mois est paru le compte rendu final d'une des études les plus
importantes citée dans l'annuaire mentionnées ci-dessus, sous le
titre de : A Final follow up Study of one hundred adopted chil
dren 2.
l.'George-D. Stoddard (Président). The Thirty Ninth Yearbook of the
National society for the Study of Education. Intelligence. Its nature and
nurture. Ire partie : Exposé comparé et critique. IIe partie : Etudes origi
nales et expériences, Bloomington, Illinois. Public School Publishing Comp
any, 1940, p. xviii, 471 et p. 409.
2. Skodak, Marie and Harold M. Skeels. A Final follow-up study of
one hundred adopted children. Journal of genetic Psychology, 1949, 75;
p. 85-125. ■:■•■■;■ .■::■•■■...■-■STODDARD. CROISSANCE ET MESURE DE ININTELLIGENCE 23 G.-D.
Cette étude suit la croissance mentale de jeunes enfants
placés de bonne heure dans des foyers d'adoption. Elle s'est
poursuivie à la Iowa Child Welfare Research Station. — On a
retrouvé 100 enfants de l'échantillonnage primitif de 180 cas,
pour un total de 4 tests. Ces tests ont été donnés respectivement
aux âges médians de 1 an, 10.2 mois, 4 ansl.9 mois, 6 ans 7.5
mois et 13 ans 4.8 mois. Le Q. I. médian de cet échantillonnage
de 100 enfants aux 4 âges indiqués ci-dessus est, respectivement,
de 117,7, 111,0, 114,2 et 107,9. Ces quotients d'intelligence se
basent sur la révision de 1916 des tests Binet-Simon en se servant
d'un âge chronologique de 16 ans comme diviseur. La re vision
Stanford de 1937 étant utilisable pour le dernier test, on l'a
également donnée. Le Q, I. médian de 100 enfants à la forme L
de ce test était de 117,2.
Nous avons ainsi, après une période de onze ans, une confi
rmation importante des premiers résultats de cette étude de
Iowa : les enfants dont les vrais parents étaient d'un statut
mental, économique et social bas, sont bien au-dessus de la
moyenne en intelligence, une fois placés dans un bon foyer
d'adoption. Nous savons maintenant qu'ils ont maintenu leur
classement respectif.
Le groupe de 100 sur lesquels les mesures sont faites comprend
quelques enfants très intelligents. Nous trouvons, par exemple,
en tête de liste des Q. I. de 152, 145, 142 et 141. Il n'y a que 10
Q. I. au-dessous de 100 : 99, 99, 94, 92, 90, 84, 82, 80, 78, 74,
II n'y a pas d'enfant faible d'esprit dans le groupe, bien qu'une
fille de 17 ans se rapproche de cette catégorie.
Il ne faut pas oublier que ces enfants étaient désirés par les
parents adoptifs et qu'ils étaient placés dans les familles en vue
d'adoption. L'âge moyen du placement n'est que de 3 mois.
Nous avons donc ainsi une concentration d'affection et de stimu
lation sociale sur l'enfant dans des familles d'un statut de culture
et d'éducation plutôt élevé.
Au début il n'y avait pas de corrélation entre les quotients
d'intelligence des enfants et les quotients d'intelligence de leurs
vraies mères. Mais à l'époque du 4e testing, cette corrélation a
atteint 0,44 ± 07, en partant de la revision 1937 de Stanford.
Il y a donc une légère tendance chez les enfants à suivre les
patterns de croissance mentale de leurs mères, dans la mesure
où il est question de leurs différences individuelles. Il est toutef
ois remarquable de constater qu'ils dévient nettement des
niveaux atteints par leurs vrais pères et mères et du niveau .
24 MÉMOIRES ORIGINAUX
atteint par l'enfant moyen en Amérique. Le Q. I. médian final
des enfants (117) dépasse de 30 points le Q. I. médian de leurs
vraies mères.
Les implications psychologiques et sociales de ces résultats
sont claires. Tout d'abord, nous ne pouvons obtenir d'indication
sur l'aptitude des enfants par des mesures mentales sur les
parents ou par une analyse du statut social et éducatif des
parents. Chaque enfant nouveau-né reçoit de ses parents un
nouveau pattern de gènes. La seule façon sûre de découvrir si
ce pattern est bon, c'est de mesurer directement la croissance de
l'enfant. Si des enfants de familles analogues à celles étudiées
par Skodak et Skeels sont gardés dans des foyers misérables ou
placés dans des orphelinats où on ne les stimule pas, ils tendront
à s'appauvrir en aptitudes mentales. C'est pourquoi les enfants
plus âgés de parents d'un type inférieur, exposés à des conditions
de vie inférieures, ont longtemps servi de base à une théorie
qui n'est maintenant plus soutenable, à savoir que les faibles
possibilités mentales des parents avaient été transmises dire
ctement aux enfants.
Bref, on peut prédire avec autant d'exactitude l'intelligence
d'enfants d'après celle de leurs parents adoptifs que d'après
celle de leurs vrais parents. Toutes les corrélations sont faibles.
Et rien ne prouve que les facteurs psychologiques liés à l'édu
cation d'enfants adoptés soient plus rigoureux que ceux liés à
l'éducation de vrais enfants.
On peut souligner que le résultat d'études de ce genre est
d'attirer l'attention sur chaque enfant particulier. Dans l'étude
du développement mental nous nous dirigeons beaucoup trop
tôt vers les données massives, les inferences statistiques, et les
techniques de corrélation complexes. Il arrive souvent que tous
ces éléments reposent sur un testing inadéquat. Une nouvelle
science et un nouvel art naîtront peut-être de l'analyse intuitive,
clinique, du développement et du comportement de l'enfant,
mais soutenue en bien des points par des mesures objectives.
Nous en saurons davantage sur l'allure de la croissance mentale
de la naissance à la vieillesse. Nous trouverons des rapports plus
compréhensibles entre la physiologie et les manifestations du
comportement. Nous pouvons renforcer la vie sociale et cultu
relle afin que chaque enfant puisse bénéficier plus que jamais
des applications de la connaissance scientifique.
En résumé, il faut bien admettre que les tests mentaux ont
été mal compris et mal employés, qu'il faut les reviser complète- STODDARD. CROISSANCE ET MESURE DE ININTELLIGENCE 25 G.-D.
ment, qu'une définition de l'intelligence doit remplacer tous les
essais au hasard pour assembler des items en une construction
ayant un sens; que la croissance mentale et les problèmes humains
ont beaucoup d'importance au delà des limites de la croissance
intellectuelle en elle-même. Ceci dit, nous devons cependant
ajouter que la mesure de l'intelligence a énormément contribué
à la compréhension de l'apprentissage et à l'acquisition de tous
les aspects humains de notre conduite avec les enfants. Mesurer
l'enfant qui grandit et le comparer aux autres est le premier pas
nécessaire. C'est, de plus, une façon d'orienter l'enfant vers ce
qu'il peut promettre de meilleur. Ce que nous trouvons et notons,
à n'importe quel niveau d'âge, n'est pas le maximum dont il est
capable, mais seulement le minimum.
(Traduit par I. Lézine.)

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