De l'efficacité à la normativité - article ; n°4 ; vol.50, pg 833-858

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Revue économique - Année 1999 - Volume 50 - Numéro 4 - Pages 833-858
From efficiency to normativeness
This article is a study of the legitimacy cf prescriptions in the fields of collective choices and resource allocation, when they are based on the economic norms of efficiency. It is argued that, for all the intuitive appeal of these norms, their normative foundations must be investigated with a view to specific types of normative application. This is illustrated by the example of collective choices in medicine. It is further argued that the assessment of normative foundations involves an explicit clarification of the chosen interpretation of the Pareto principle. Various interpretations, in terms of choice or preference, are compared. The normative strength of the Pareto principe appears to be maximal either in an ex post interpretation with axiologically significant preferences, or in a choice representation of collective arbitration among conflicting demands.
From efficiency to normativeness
This article is a study of the legitimacy cf prescriptions in the fields of collective choices and resource allocation, when they are based on the economic norms of efficiency. It is argued that, for all the intuitive appeal of these norms, their normative foundations must be investigated with a view to specific types of normative application. This is illustrated by the example of collective choices in medicine. It is further argued that the assessment of normative foundations involves an explicit clarification of the chosen interpretation of the Pareto principle. Various interpretations, in terms of choice or preference, are compared. The normative strength of the Pareto principe appears to be maximal either in an ex post interpretation with axiologically significant preferences, or in a choice representation of collective arbitration among conflicting demands.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 22 décembre 2011
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Monsieur Emmanuel Picavet
De l'efficacité à la normativité
In: Revue économique. Volume 50, n°4, 1999. pp. 833-858.
Résumé
From efficiency to normativeness
This article is a study of the legitimacy cf prescriptions in the fields of collective choices and resource allocation, when they are
based on the economic norms of efficiency. It is argued that, for all the intuitive appeal of these norms, their normative
foundations must be investigated with a view to specific types of normative application. This is illustrated by the example of
collective choices in medicine. It is further argued that the assessment of foundations involves an explicit clarification of
the chosen interpretation of the Pareto principle. Various interpretations, in terms of choice or preference, are compared. The
normative strength of the Pareto principe appears to be maximal either in an ex post interpretation with axiologically significant
preferences, or in a choice representation of collective arbitration among conflicting demands.
Abstract
From efficiency to normativeness
This article is a study of the legitimacy cf prescriptions in the fields of collective choices and resource allocation, when they are
based on the economic norms of efficiency. It is argued that, for all the intuitive appeal of these norms, their normative
foundations must be investigated with a view to specific types of normative application. This is illustrated by the example of
collective choices in medicine. It is further argued that the assessment of foundations involves an explicit clarification of
the chosen interpretation of the Pareto principle. Various interpretations, in terms of choice or preference, are compared. The
normative strength of the Pareto principe appears to be maximal either in an ex post interpretation with axiologically significant
preferences, or in a choice representation of collective arbitration among conflicting demands.
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Picavet Emmanuel. De l'efficacité à la normativité. In: Revue économique. Volume 50, n°4, 1999. pp. 833-858.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1999_num_50_4_410120De efficacité la normatività
Emmanuel Picavet
Cet article est une étude de la légitimité des prescriptions concernant les choix
collectifs et allocation des ressources dans le cas où elles reposent sur les
normes économiques efficacité Malgré intérêt intuitif de ces normes leurs fon
dements normatifs doivent être examinés en prêtant attention aux différents types
application normative est ce illustre exemple des choix collectifs en mé
decine Par ailleurs évaluation des fondements normatifs implique une clarifica
tion explicite de interprétation choisie du principe de Pareto Plusieurs interpréta
tions en termes de choix ou de préférences sont comparées La force normative
du principe de Pareto apparaît maximale soit dans une interprétation ex post pour
des préférences axiologiquement fondées soit dans une en termes
de choix collectif arbitrage entre demandes incompatibles
FROM EFFICIENCY TO NORMAHVENESS
This article is study of the legitimacy cf prescriptions in the fields of collective
choices and resource allocation when they are based on the economic norms of
efficiency It is argued that for all the intuitive appeal of these norms their normative
foundations must be investigated with view to specific types of normative appli
cation This is illustrated by the example of collective choices in medicine It is
further argued that the assessment of normative foundations involves an explicit
clarification of the chosen interpretation of the Pareto principle Various interpreta
tions in terms of choice or preference are compared The normative strength of the
Pareto pr ncipe appears to be maximal either in an ex post interpretation with
axiologically significant preferences or in choice representation of collective ar
bitration among conflicting demands
Classification JEL B4 D6
Université Paris IHPST et UFR de philosophie 17 me de la Sorbonne 75231
Paris Cedex 05
ai bénéficié pour cette recherche de hospitalité et des outils de travail du Centre
Economie et de Philosophie du THEMA Université de Cergy-Pontoise Je remercie
les deux rapporteurs anonymes et Philippe Mongin pour leurs commentaires sur une
première version du texte Ce travail aussi profité de nombreux échanges avec Daniel
Benamouzig Joël Coste Pierre Demeulenaere Alain Leplège et Odile Marcel dans le
cadre du séminaire Qualité de vie et perspective temporelle de Institut Histoire et de
Philosophie des Sciences et des Techniques Université Pantheon-Sorbonne Paris et
avec Nicole Questiaux et Axel Kahn dans le cadre de la commission Progrès technique
et modèle de société du CCNE Je remercie enfin Anne Fagot-Largeault pour impul
sion donnée aux travaux de phénoménologie empirique des normes sociales dans le cadre
de IHPST
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Revue économique vol 50 juillet 1999 833-858 Revue économique
hui comme hier économiste prescrit il cessé de le faire en tant
que philosophe il le fait toutefois la manière des philosophes est-à-dire sur
le mode de renonciation un devoir-être social Pourtant approche écono
mique se distingue par la référence insistante un petit nombre de normes qui
ne sont pas nécessairement représentées comme eminentes dans tous les contex
tes de la vie sociale En particulier économiste parvient la prescription
partir de considérations efficacité Pour apprécier la force normative des pres
criptions tirées de considérations efficacité il faut étudier les problèmes in
terprétation enveloppe le passage des énoncés sur efficacité la prescrip
tion sociale
Le premier problème qui se pose concerne les utilités individuelles qui cons
tituent ordinairement le matériau des énoncés économiques sur efficacité
agit-il implement de goûts Ou bien un mixte de désirs et de croyan
ces Ou autre chose encore Il lieu de penser que intérêt des énoncés
sur efficacité dépend de la pertinence et de la fiabilité des utilités consi
dérées Or les utilités sont construites partir des observations ou de expé
rience Dans une première partie nous évoquerons les difficultés de cette cons
truction en considérant abord le champ de la mesure de la qualité de vie liée
au statut de santé Les procédures de mesure scientifique du bien-être résolvent
de manière assez satisfaisante le problème méthodologique de la construction
des utilités individuelles partir une agrégation des différents aspects de la vie
bonne de agrément ou du bonheur élaboration un indice utilité com
mun aux individus pose toutefois des problèmes aigus et plus encore son uti
lisation dans le but de définir efficacité collective ce illustre la méthode des
QALYs quality adjusted life years années de vie ajustées par la qualité de la
vie Nous formulerons ensuite partir de deux exemples analyse du droit et
le paternalisme médical) une hypothèse plus précise non seulement le recours
une norme interpersonnelle efficacité suppose une conceptualisation com
plexe des utilités mais encore la pertinence accordée par le théoricien ou le
conseiller la norme efficacité dépend du cadre conceptuel exact dans lequel
il se représente interaction sociale
Le second problème que nous aborderons dans une deuxième partie
concerne importance normative exacte il faut accorder au type unanimité
ou de consensus exprime le principe de Pareto Cela met en jeu interpré
tation du classement des états sociaux résultant de application concrète des
énoncés sur efficacité en supposant construites les fonctions utilité indivi
duelles est-il question de ce il faut choisir de ce qui est socialement
meilleur ou encore de ce qui fait objet un consensus La force nor
mative de la prescription obtenue en dépend vraisemblablement Ce qui doit
être jugé meilleur est pas nécessairement ce dont on recommande le choix
préférentiel par exemple si on répugne employer ou faire employer les
moyens nécessaires Il se trouve que le principe de Pareto est souvent
invoqué pour amener en coïncidence la préférence sociale expertise sur les
choix sociaux et une forme de respect de unanimité ou du consensus Mais
quelles sont les raisons exactes de intéresser au type de classement collectif
partiel que permet le principe de Pareto et pourquoi lui donner une importance
centrale La question doit être posée car usage autres critères dont la com
patibilité avec le principe de Pareto rien évident reste prédominant en
dehors du champ spécifique de analyse économique bien commun intérêt
national respect des droits paix cohésion sociale durée de vie moyenne etc
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CONSTRUCTION SOCIALE DES UTILIT INDIVIDUELLES ET
USAGE DES CRIT RES EFFICACIT
Les QALYs entre valeurs personnelles et préférences types
Considérons les problèmes efficacité ou optimum collectif dans le do
maine des choix médicaux La logique de optimisation sous contrainte est
fréquemment invoquée parce que on estime une préoccupation utilisa
tion efficace des ressources utilisation aussi productrice de santé que pos
sible) quels que soient ailleurs le montant et origine des ressources en
question conduirait une diminution des dépenses socialement nécessaires la
réalisation des objectifs de santé et pourrait favoriser simultanément la santé
publique et le rétablissement des comptes sociaux Le thème de optimisation
ou de la rationalisation fréquemment abordé en termes efficacité consiste
donc rester dans une logique de financement des besoins tout en cherchant
mieux définir les besoins réels Cela conduit examiner les critères concep
tuels et opérationnels permettant apprécier efficience de utilisation des
ressources dans le secteur de la santé du point de vue de la production de santé
Il existe actuellement un grand nombre de mesures et même de types de
mesures du statut de santé ou de la qualité de vie liée la santé1 Ces instru
ments diffèrent les uns des autres par le procédé de construction et par la nature
des questions posées aux personnes interrogées Un autre élément de différen
ciation est le but social visé qui conduit adopter un point de vue particulier sur
la santé Ils ont en commun offrir une perspective sur les résultats des actions
médicales une manière qui reflète au moins certains aspects de ce que on
entend couramment par santé ou absence de maladie et qui est suscep
tible de refléter sous une forme ou une autre la qualité de la vie Si
analyse coût-efficacité concerne utilisation une enveloppe globale recou
vrant plusieurs spécialités une des questions centrales il faut poser est celle
de la capacité des instruments de mesure permettre des comparaisons trans
versales entre les différentes procédures de soin médical et les différentes po
pulations de patients Certaines mesures du statut de santé concernent spécifi
quement des maladies particulières et ne permettent donc pas de comparer entre
eux des programmes orientés vers des pathologies différentes Les mesures
génériques en revanche ont précisément pour objet de permettre de telles com
paraisons Ces mesures génériques sont fondées sur une conception pluri
dimensionnelle de la santé On considère que la santé comprend plusieurs
dimensions dont certaines au moins sont mesurables
Pour une présentation technique des principaux instruments voir notamment Mc-
Dowell et Newell 1987 Voir aussi Kind 1988] Leplège 1992] Leplège et Hunt
1997] Leplège et Marciniak 1997]
Dans les termes Anne Fagot-Largeault 1991 La qualité de la vie sous angle
individuel est ce on se souhaite au nouvel an non pas la simple survie mais ce qui
fait la vie bonne santé amour succès confort jouissances bref le bonheur 138)
Sur le conflit possible entre ce postulat et les le ons que tire Bergson de sa célèbre
critique de la psychophysique de Weber et Fechner dans Essai sur les données immé
diates de la conscience voir Fagot-Largeault 199l] 138
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Le problème majeur concerne la possibilité de parvenir une évaluation
globale de la santé en agrégeant les unes aux autres les valeurs pondérées
obtenues suivant les différentes dimensions Des instruments tels que le NHP
Nottingham Health Profile Indicateur de santé perceptuelle de Nottingham et
le SF-36 font intervenir des pondérations limitées chacune des dimensions
mesurables et ne fournissent pas de score ensemble pour le statut de santé
autres instruments exemple du Sickness Impact Profile SIP et de Index
de Bien- tre version en fran ais de échelle QWB Quality of Well-Being
qualité du bien-être sont pondérés la fois intérieur de chaque di
mension et entre les dimensions et permettent de calculer un score global Ces
différents instruments de mesure appliquent au statut de santé ou la qualité
de la vie un instant donné du temps Si on les combine avec des statistiques
de survie ils permettent de définir des années de vie ajustées par leur qualité
les Quality Adjusted Life Years ou QALYs Plus précisément et si on choisit
de travailler en temps discret on peut définir un QALY comme la somme
actualisée des valeurs prises de maintenant la fin de la vie par un
indice v(. ayant pour argument une description qualitative de la qualité de vie
durant chacune des années
utilisation des QALYs pour éclairer les choix des patients comporte un pari
sur la pertinence interpersonnelle de la préférence type que représentent les
QALYs Les conversations avec les patients peuvent éventuellement mettre en
évidence les aspects pertinents des situations singulières la préférence type des
QALYs servant alors de point de référence et de support pour la narration des
scénarios individuels Abel 1997] Pour employer le modèle du conseil que
dessine Damien 1998] on pourrait dire que les données agrégées comparées
et combinées constituent une approximation externe permettant agent de
sortir de soi pour parvenir une meilleure décision Il reste que agrégation
des résultats des questionnaires aux fins de la politique publique se heurterait
de graves objections si elle conduisait dans les faits pénaliser certains indi
vidus en raison de leurs caractéristiques psychologiques Celles-ci en effet sont
absolument contingentes et semble-t-il aussi légitimes les unes que les autres
La Puma et Lawlor 1990] De plus si les décisions guidées par les QALYs
concernent des personnes trop jeunes ou trop handicapées pour être capables de
faire part de leurs jugements le fondement de usage des indicateurs de bien-
être est seulement une généralisation analogique En dépit de ces difficultés on
accepte souvent comme une évidence la pertinence interindividuelle des don
nées agrégées résumées dans les QALYs Il importe de savoir quel est le point
de vue typique du patient et mon choix peut en être éclairé On estime en
général que cela constitue un progrès par rapport la prédominance exclusive
du point de vue du médecin dans la décision thérapeutique Une des questions
embarrassantes est alors celle de importance donner aux préférences du
patient dans éventualité suivante si elle en voit offrir le choix une personne
rationnelle peut parfaitement préférer une vie plus courte mais associée un
statut de santé satisfaisant une vie plus longue avec un handicap important ou
dans un état de grave inconfort Carr-Hill 1989])
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Indétermination de efficience collective du point de vue
de la rationalité instrumentale
On pourrait ensuite définir intervention efficace adaptée la production
maximale de santé comme celle dont le coût par QALYs est faible ou le
nombre de QALYs par francs élevé et la politique de santé efficace comme
celle qui prévoit ou favorise des interventions de ce genre Dans cette perspec
tive on quantifierait efficacité un traitement en identifiant au nombre de
QALYs obtenus par franc investi Mais le choix une telle définition de ef
ficacité échelon collectif se heurte des difficultés de principe effica
cité peut concerner le degré auquel un objectif est atteint compte tenu des
ressources disponibles il faudrait plutôt parler efficience au sens de ob
tention un objectif par des moyens appropriés De ce point de vue la pro
duction de QALYs offre une mesure de efficience des actions ou des politiques
de santé On peut dès lors argumenter pour efficience et donc pour les
QALYs Williams 1997] On soulignera alors par exemple que la promo
tion des objectifs de santé doit se faire sans gaspillage au sens où aucune
ressource ne doit être employée sans profit qui serait susceptible être utilisée
ailleurs meilleur escient au regard de objectif spécifié Mais les problèmes
substantiels tiennent la signification de commun autrement dit la
pertinence de la mesure de la santé maximiser
Promouvoir la santé est en soi un objectif relativement indéterminé et
la définition du bien-être mesurable ou de la qualité de vie liée au statut de santé
elle se fonde sur un indicateur complètement explicité précisément
pour but de remédier cette ambiguïté Dès que ambiguïté est levée il un
sens se demander si la réallocation de certaines ressources un type inter
vention vers autres actions ne peut se justifier en invoquant efficacité Mais
il agit de promouvoir la santé par une politique ou une décision qui
concerne plusieurs personnes le progrès vers plus efficience au sens du
choix préférentiel actions ou de politiques rentables en QALYs i.e produisant
beaucoup de QALYs par franc va bien au-delà de la simple réduction du gas
pillage En effet si accroissement de la rentabilité en QALYs implique un
transfert de ressources du traitement une personne vers le traitement une
autre personne que la pathologie soit identique ou non) il ne agit pas en
réalité de réduire le gaspillage mais affecter les ressources aux traitements et
aux personnes qui en tirent le plus grand profit en termes de QALYs est alors
que on atteint objectif générique le maximum en moyenne de la fonction
utilité commune que la méthode attribue aux individus Il agit éthique
distributive plus que efficacité ou efficience au regard un objectif com
mun Malgré énorme effort scientifique de construction une utilité traitée
comme un indice commun aux individus il reste difficile comme le rappelle
Even-Granboulan 1986] de définir un point de vue impersonnel pour régler
la question distributive
La quantité de QALYs ne peut apparaître comme un bien social en tant
que résumé et agrégat de biens individuels par essence distincts et dont les
mesures de bien-être ne quantifient que certains aspects On ne peut donc assi
miler les QALYs une mesure utilité fondamentale au sens de Kolm 1972]
laquelle offrirait une autre manière de décrire les goûts et besoins de in
dividu représentatif de la société ou de humanité Une telle mesure com
prendrait dans ses variables non seulement les paramètres sur lesquelles portent
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les préférences et choix courants biens heures de loisir argent... mais aussi
ensemble des facteurs déterminant les différences entre les perceptions indi
viduelles de la contribution de ces paramètres au bonheur ce qui est bien
ou bon et la mesure est par définition la même pour tous1 Ici au contraire
la promotion de la santé ou du bien-être de la personne reste donc un objectif
conceptuellement distinct de la promotion de la santé ou du bien-être de la
personne La construction un indice agrégé typique par la méthode des
QALYs ne peut en rien masquer la nature interpersonnelle du problème distri-
butif
La nature irréductiblement interpersonnelle de ces situations compromet
intelligibilité une notion efficacité qui relèverait simultanément une
logique de calcul des moyens en vue de obtention efficiente un résultat et
une logique de non-nativité conduisant des critères régissant
existence collective De ce point de vue on se trouve conduit admettre que
efficacité et la rationalité instrumentale des décisions ne sont pas des concepts
qui se prêtent une lecture simultanément individuelle et collective Il est
possible de les définir de manière assez convaincante dans le cas des choix
individuels Il est certainement possible pour des problèmes limités de tenter
une définition emblée collective du rationnel ou défaut du raisonnable
Mais on ne parvient pas généraliser de manière convaincante échelon
collectif les définitions issues de la logique de optimisation individuelle Le
critère de la production du maximum de QALYs pour une somme argent
donnée via orientation prioritaire des fonds vers les couples traitement
catégorie de patients les plus rentables en QALYs ne recouvre donc une
norme efficacité en un sens tout formel causer le maximum un
certain effet ici le nombre de QALYs pour un coût donné Au surplus les
ressources monétaires pourraient être utilisées dans autres secteurs de la vie
sociale que celui de la santé de sorte il ne peut agir priori que une
approche partielle limitée un seul secteur de efficacité économique ou so
ciale4 La nature des traitements que argent achète ou permet de réaliser est
ailleurs pas indifférente pour le bien-être la fois général et lié au statut de
santé des membres de la collectivité Ainsi le nombre de QALYs obtenu par
franc donne une indication seulement partielle pour apprécier les gains effi-
Kolm 1985 écrit ainsi tant donné plusieurs personnes si on met les traits qui
les distinguent et affectent leurs bonheurs dans la définition des états du monde dont le
bonheur dépend plutôt que parmi les causes qui font un état du monde rend plus ou
moins heureux) alors pour elles toutes la fa on dont le bonheur dépend un état du
monde est la même parce il ne reste plus nen pour les distinguer 339 Selon la
formulation concise de Kolm 1972] il agit de mettre dans objet des préférences
tout ce qui causerait des différences entre celles des divers membres 79)
Ce thème déjà été abordé dans Leplège et Picavet 1997a] 1997b]
Telle est du moins la conclusion de Picavet 1996] issue des deux premières
parties
Broome 1993 met ce problème en évidence en posant la question de la compa
raison entre la valeur de argent quel que puisse être son usage et la valeur de la santé
158 Si par exemple les dépenses de santé sont financées en fin de compte par le
contribuable une analyse complète en termes de bien-être ou de qualité de vie devrait
logiquement faire intervenir les pertes de bien-être occasionnées par la fraction des
contributions qui sert financer ces dépenses
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cacité obtenus grâce des réformes institutionnelles par exemple change
ments dans organisation du système de soins changements dans la localisation
des centres de soins ou modifications dans les modalités sociales de prise en
charge des frais médicaux
Appliquer le principe de Pareto importance une description
appropriée des utilités
Une des justifications du traitement séparé de efficacité revient souligner
que on dispose en fait un entere simple et minimal efficacité savoir
le principe de Pareto qui permet asseoir évaluation normative sur le prin
cipe peu contestable première vue du respect de unanimité lorsque les
souhaits des uns et des autres ne sont pas contradictoires On parvient ainsi un
point de vue plus fondamental sur absence de gaspillage Cet optimum est
un état partir duquel accroissement du bien-être de quiconque suppose la
dégradation de celui au moins une personne Dans un contexte économique
donné il agit donc un état de économie technologiquement réalisable et
auquel aucun autre état technologiquement réalisable est supérieur au sens
de Pareto si un individu atteint un plus haut degré de bien-être ou dans une
vanante subjectiviste se trouve mieux en en alors il existe un
individu qui un moins haut degré de bien-être ou qui se trouve moins bien
en en On parle aussi amélioration parétienne propos des réalloca
tions qui augmentent le bien-être de certains individus un au moins sans nuire
personne Le principe de Pareto consiste poser que si se déduit de par
une amélioration parétienne autrement dit si est supérieur au sens du
entere de Pareto) doit être choisi de préférence dans une interprétation
en termes de prescription des choix ou aide la décision ou bien est meilleur
que si on assimile le critère de la un jugement sur le bien et si
on fait abstraction du sujet du jugement ou encore doit être preferendovi doit
être jugé meilleur que si on considère le sujet Toutefois malgré la sim
plicité un tel principe la recherche de efficacité rencontre toujours des pro
blèmes cognitifs liés la représentation des états personnels et des états du
monde pertinents La difficulté concerne le cadre dans lequel application du
principe de Pareto est pertinente on peut en apercevoir en partant de exem
ple de la théorie du droit offerte par le courant Law and Economies
Dans la théorie économique ordinaire efficacité concerne les perfor
mances des agents en termes utilité personnelle au sein du système institu
tionnel et juridique dans lequel ils agissent il est évidemment possible de
généraliser cette approche en supposant que la modification de certaines normes
est une variable action des agents il est pas aisé assigner un terme précis
ce processus extension Aussi longtemps que on en tient des réglemen-
Sur les efforts concrets évaluation de efficacité des systèmes de santé et sur le
manage de cette norme et autres normes voir en particulier les rapports de la Com
mission suédoise PCPHC 1995] et du Comité éthique fran ais CCNE 1998] Voir
aussi les commentaires éclairants de Tengs 1996 sur les le ons tirer de expérience
de Oregon et pour des éléments plus généraux Béjean 1994 et Schneider-Bunner
1997]
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tations de détail les jugements en termes efficacité fondés sur avantage des
uns et des autres peuvent être convaincants Mais si on remonte aux
régions de la protection des libertés ou de la répartition des pouvoirs il paraît
difficile de en tenir ce point de vue comme avaient montré Kalleberg et
Preston 1975 La philosophie constitutionnelle de fait se fonde très rarement
sur des considérations de cet ordre On préfère invoquer des raisons autono
mie indépendance égalité de traitement ou égalité de participation etc
Où donc précisément tracer une limite argumentation de Kalleberg et Près-
ton mettait en évidence intérêt spécifique attachant la concrétisation par les
règles constitutionnelles de raisons de principe telles que le respect égal des
personnes exigence impartialité etc On estime souvent que ces raisons
peuvent entrer en conflit avec la norme efficacité en particulier parce elles
sont souvent considérées comme un fondement suffisant pour attribuer des
droits et des libertés aux personnes Cela ne règle pas la question de ordre de
priorité entre ces raisons et le souci efficacité Mais on peut faire valoir un
autre argument les règles juridiques les plus fondamentales doivent être stables
dans le temps et ne peuvent être modifiées au gré des changements de préfé
rences individuelles Les raisons de principe ne faisant pas intervenir les
préférences subjectives ont alors avantage au détriment des considérations
efficacité
Par ailleurs le droit permet des actions qui nuisent aux uns ou aux autres
par exemple des sanctions Autrement dit le droit est art organiser ce que
on pourrait appeler des détériorations parétiennes qui nuisent aux uns sans
profiter aux autres de manière évidente et le principe de Pareto resterait donc
silencieux sur les questions importantes Cet argument atteint pas le projet le
plus typique des économistes qui est étudier les configurations de règles qui
rendent possible émergence un optimum de Pareto Mais le même projet peut
se heurter argument suivant il des règles juridiques en vigueur
les agents comprennent que des sanctions attachent leur non-respect et est
sur la base de ces anticipations ils prennent des décisions pouvant conduire
dans le meilleur des cas un optimum de Pareto on se situe cet
optimum faut-il administrer les sanctions prévues Ne pas le faire est une
certaine manière ruiner le système avenir les agents qui avaient cru aux
sanctions croiront plus et on ne verra plus optimum de Pareto Si au
contraire on inflige des sanctions on cause la détérioration du bien-être des
personnes concernées1 De fait il est difficile de concevoir un optimum de
Pareto avec administration de sanctions il semble que on puisse toujours
faire mieux pour au moins une personne sans nuire autrui en abstenant
infliger une sanction cette personne Conclusion qui répugne naturellement
au juriste et au théoricien politique dans la Méditation sur la notion commune
de justice Leibniz écartait cette conséquence apparente du principe selon lequel
il ne faut pas faire autrui ce que nous ne voudrions pas il nous fît2
On rencontre ainsi un problème de cohérence temporelle bien connu des théori
ciens utilitaristes et des économistes il semble rationnel de promettre initialement des
sanctions il devient ensuite irrationnel de mettre exécution
Leibniz 1702 écrit On objecte par exemple un criminel peut prétendre en
vertu de cette maxime être pardonné par le juge souverain parce que le juge souhai
terait la même chose il était en pareille posture La réponse est aisée faut que le juge
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Revue économique vol 50 juillet 1999 833-858 Emmanuel Picavet
Tout se passe ici comme si la définition de optimum de Pareto était pas
appliquée dans le bon contexte perdant ainsi sa pertinence Il semble inappro-
pné appliquer le entere parétien la situation sociale qui précède adminis
tration de certaines sanctions En revanche le entere paraît assez convaincant si
on applique un type entités ou états spécialement con us pour occa
sion par exemple si état de la société est pas un état ponctuel mais
disons dix ans de vie sociale dans tel tat et si on considère non pas le
bien-être des personnes un instant donné mais le jugement global ils
portent sur ces dix années de leur vie Alors en effet il semble que on puisse
maner le critère de Pareto administration de sanctions En bref application
du principe est convaincante que pour une certaine modélisation ou théorisa-
tion de interaction sociale Son adoption par une pluralité acteurs engage
échelon cognitif de leur rationalité pratique incorporant les dimensions stra
tégique et incitative comme dans utilitarisme de la peine
Parmi les enteres plus souples auxquels on peut songer mentionnons celui de
amélioration parétienne potentielle également appelé critère de Kaldor-
Hicks qui est satisfait dès que action engagée pour effet améliorer la
situation de certaines personnes une manière telle que si on pouvait pro
céder des transferts forfaitaires de biens ou de sommes argent des personnes
bénéficiaires vers les lésées on réaliserait finalement une améliora
tion parétienne au sens strict Kaldor 1939] Hicks 1940] Ce entere peut être
concrétisé par usage de la méthodologie coût-bénéfice1 Il conduit alors
privilégier les projets caractérisés par un bénéfice net positif Dans les prescrip
tions il agit souvent de conseiller allocation des ressources mises enjeu par
le processus judiciaire dans le sens de la maximisation de la valeur monétaire
partager selon la morale de efficacité évoquée par Frydman 1997 im
portation du principe de compensation en théorie du droit été si fondamentale
que Fletcher 1987 caractérisé dans les termes suivants la science normale
du courant loi et économie montrer que un ou autre des deux critères
efficacité celui de Pareto et celui de Kaldor-Hicks est pertinent dans un
domaine juridique encore inexploré par ces méthodes et montrer que le système
légal est efficient dans ce domaine suivant le critère proposé ou bien peut être
réformé de telle ou telle manière pour être plus efficient au regard du même
critère
aune de ce critère moins rigoureux la rationalité des sanctions peut se
concevoir plus aisément du moins sous certaines hypothèses et plus particu
lièrement en ce qui concerne les compensations ou les dédommagements Sup
posons par exemple un tribunal inflige une sanction un certain agent
consistant transférer certain bien un agent Supposons encore cela fait
évidemment beaucoup hypothèses que attribue plus de valeur au
bien que agent au sens où il serait prêt dans autres contextes verser
une somme argent capable inciter lui céder le bien de son plein gré
ne se mette pas seulement dans la place du criminel mais encore dans celle des autres
qui sont intéressés que le crime soit puni Et la prévalence du bien sous laquelle est
comprise le moindre mal le doit déterminer
Voir pour des analyses critiques de la portée de cette méthodologie Leplège
1992] Hubin 1994]
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Revue économique vol 50 juillet 1999 833-858

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