Dépendance-indépendance à l'égard du champ, activités opératoires et sénescence - article ; n°2 ; vol.84, pg 185-205

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L'année psychologique - Année 1984 - Volume 84 - Numéro 2 - Pages 185-205
Résumé
Afin d'étudier la variabilité interindividuelle et intra-individuelle des activités opératoires des sujets âgés en fonction des styles cognitifs, 120 hommes de profession intellectuelle : 40 actifs jeunes et 80 retraités, sont examinés à l'aide de 4 épreuves opératoires et du RFT. L'expérience montre : 1) une forte dispersion intrasujet du niveau opératoire des sénes-cents du fait notamment de certaines attitudes cognitives spécifiques au vieil âge ; 2) La dépendance-indépendance à l'égard du champ est associée : a) à la variabilité interindividuelle du niveau opératoire des sujets âgés : l'indépendance du champ limite la baisse d'efficience dans les épreuves infralogiques ; b) à la variabilité intra-individuelle interépreuves : les sénescents dépendants sont plus dispersés que les indépendants et, pour certaines paires d'épreuves, présentent des patrons de décalage différents.
Mots clefs : sénescence, activités opératoires, dépendance-indépendance à l'égard du champ.
Summary : Field dependence-independence, cognitive operations and senescence.
In order to study the inter-individual and intra-individual variability of operatory activities in elderly subjects in relation to cognitive style, 120 intellectual men : 40 active young men and 80 retired, were tested with four Piagetian tasks and the Rod-and-Frame test. The experiment shows : 1) A wide intra-individual dispersion of operatory level especially because of certain cognitive attitudes proper to old age ; 2) Field dependence vs independence associated : a) to the inter-individual variability of senescents1 operatory level : field independency limits the lowering of efficiency in infralogical tasks; b) to the inter-tasks intra-individual variability : the dependent senescents are more dispersed than the independent ones and for certain pairs of tests show different patterns of variability.
Key-words : senescence, cognitive operations, field dependence-independence.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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C. Marendaz
Dépendance-indépendance à l'égard du champ, activités
opératoires et sénescence
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°2. pp. 185-205.
Résumé
Afin d'étudier la variabilité interindividuelle et intra-individuelle des activités opératoires des sujets âgés en fonction des styles
cognitifs, 120 hommes de profession intellectuelle : 40 actifs jeunes et 80 retraités, sont examinés à l'aide de 4 épreuves
opératoires et du RFT. L'expérience montre : 1) une forte dispersion intrasujet du niveau opératoire des sénes-cents du fait
notamment de certaines attitudes cognitives spécifiques au vieil âge ; 2) La dépendance-indépendance à l'égard du champ est
associée : a) à la variabilité interindividuelle du niveau opératoire des sujets âgés : l'indépendance du champ limite la baisse
d'efficience dans les épreuves infralogiques ; b) à la variabilité intra-individuelle interépreuves : les sénescents dépendants sont
plus dispersés que les indépendants et, pour certaines paires d'épreuves, présentent des patrons de décalage différents.
Mots clefs : sénescence, activités opératoires, dépendance-indépendance à l'égard du champ.
Abstract
Summary : Field dependence-independence, cognitive operations and senescence.
In order to study the inter-individual and intra-individual variability of operatory activities in elderly subjects in relation to cognitive
style, 120 intellectual men : 40 active young men and 80 retired, were tested with four Piagetian tasks and the Rod-and-Frame
test. The experiment shows : 1) A wide dispersion of operatory level especially because of certain cognitive
attitudes proper to old age ; 2) Field dependence vs independence associated : a) to the inter-individual variability of senescents1
operatory level : field independency limits the lowering of efficiency in infralogical tasks; b) to the inter-tasks intra-individual
variability : the dependent senescents are more dispersed than the independent ones and for certain pairs of tests show different
patterns of variability.
Key-words : senescence, cognitive operations, field dependence-independence.
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Marendaz C. Dépendance-indépendance à l'égard du champ, activités opératoires et sénescence. In: L'année psychologique.
1984 vol. 84, n°2. pp. 185-205.
doi : 10.3406/psy.1984.29016
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1984_num_84_2_29016L'Année Psychologique, 1984, 84, 185-205
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université des Sciences sociales de Grenoble1.
DÉPENDANCE-INDÉPENDANCE
A L'ÉGARD DU CHAMP, ACTIVITÉS OPÉRATOIRES
ET SÉNESCENCE2
par Christian Marendaz
SUMMARY : Field dependence- independence, cognitive operations and
senescence.
In order to study the inter- individual and intr a- individual variability
of operatory activities in elderly subjects in relation to cognitive style,
120 intellectual men : 40 active young men and 80 retired, were tested with
four Piagetian tasks and the Rod- and-F rame test. The experiment shows :
1) A wide intra- individual dispersion of operatory level especially because
of certain cognitive attitudes proper to old age ; 2) Field dependence vs
senescents1 independence associated : a) to the inter-individual variability of
level : field independency limits the lowering of efficiency in operatory
infralogical tasks; b) to the inter-tasks intra- individual variability : the
dependent senescents are more dispersed than the independent ones and
for certain pairs of tests show different patterns of variability.
Key-words : senescence, cognitive operations, field dependence-
independence.
Il est couramment admis qu'il existe, lors de l'ontogenèse
des structures cognitives, une variabilité interindividuelle et
intra-individuelle du niveau opératoire, et nombre de recherches
actuelles montrent que cette hétérogénéité relève non pas de
phénomènes aléatoires mais obéit à certaines lois (Longeot, 1978 ;
1. 47x - 38040 Grenoble Cedex.
2. Cette étude a été réalisée grâce aux moyens fournis par l'Université
des Sciences sociales de Grenoble et le cnrs (era 796). Christian Marendaz 186
Lautrey, 1980). Plus précisément, il est possible d'expliquer en
partie ces phénomènes d'hétérochronie différentielle en prenant
appui sur la théorie des styles cognitifs de Witkin, la dépendance-
indépendance à l'égard du champ (Witkin, Goodenough et
Oltman, 1979 ; Witkin et Goodenough, 1981 ; Huteau, 1975,
1980 a, b ; Pascual-Leone, 1969 ; Ribaupierre et Pascual-Leone,
1979 ; Huteau et Rajchenbach, 1978 ; Ohlmann et Mendelsohn,
1982). Nous nous proposons d'étudier la variabilité des activités
opératoires relativement à la Dépendance-Indépendance à l'égard
du Champ (DIC), à une autre période sensible de l'évolution de
l'être humain : la sénescence.
1) DIG et sénescence : le vieillissement se marque d'un
accroissement extrême de dépendance (Axelrod et Cohen, 1961 ;
Schwartz et Karp, 1967 ; Karp, 1967 ; Markus, 1971 ; Markus et
Nielsen, 1973 ; Tramer et Schludermann, 1974). Cependant deux
aspects méthodologiques caractérisant l'ensemble de travaux
cités peuvent expliquer en partie la gravité et la généralité de la
dépendance observées dans le vieil âge :
— d'une part, la plupart des auteurs travaillent avec des sujets
âgés institutionnalisés ;
— d'autre part, la totalité de ces recherches, à l'exception de
Schwartz et Karp (1967), utilise comme unique indicateur
de dépendance des épreuves de figures enchâssées (Embedded
Figures Test), lesquelles positionnent les individus sur la
dimension en fonction d'un temps d'exécution et/ou d'un
taux de réussite. Or, ce genre d'épreuve peut interagir avec
diverses variables propres au sujet senescent comme le ralen
tissement des activités nerveuses, la baisse de rendement
général, la dynamique de l'échec (Ajuriaguerra et Tissot,
1977), ou intrinsèques à l'indicateur. Ainsi, la saturation des
EFT dans les facteurs spatiaux classiques (Blanchard, 1976),
facteurs sensibles à l'effet de l'âge (Ajuriaguerra, 1976), et
leur diversité formelle3 posent un problème quant à leur
validité comme indicateur de DIG dans une population âgée.
Ces remarques méthodologiques nous amèneront, dans notre
étude, à choisir des sujets retraités non institutionnalisés et à
3. Axelrod : EFT de Thurstone (1947) ; Karp : EFT de groupe et EFT
abrégé de Witkin (1950) ; Markus, Tramer : EFT pour enfants dé Witkin
(1951). Ces épreuves ne mettent pas en jeu les mêmes processus psycholo
giques (cf. Huteau, 1975). Activités opératoires et sénescence 187
utiliser le Rod-and-Frame Test (RFT) comme indicateur de
dépendance-indépendance à l'égard du champ.
2) Opérativité et sénescence : de l'ensemble des travaux sur
ce thème4, retenons trois données majeures :
— au plan méthodologique : une quasi-absence d'épreuves
portant sur la logique formelle, absence liée notamment au
problème de la généralisation interdomaines des opérations
formelles durant l'ontogenèse (Piaget, 1972) et à la sensibilité
de ces dernières à l'apprentissage et surtout de leur extinction
par non-fonctionnement (Shircks et Laroche, 1970) ;
— au plan des résultats : a) malgré certaines divergences entre
les recherches, une baisse d'efficience marquée des sujets
âgés relativement aux adultes jeunes et présentant un patron
rétrogénétique ; b) un ensemble d'attitudes cognitives spéci
fiques au sujet âgé entravant son fonctionnement opératoire,
notamment la soumission aux aspects perceptivo-figuratifs
(Ajuriaguerra, Richard et Tissot, 1972).
Prenant comme population d'étude des sujets ayant pratiqué
une profession intellectuelle, nous centrerons l'examen des
conduites opératoires des sénescents au niveau formel ; nous
analyserons la variabilité intra-individuelle des performances
opératoires et notamment l'évolution de la forme des décalages
interépreuves lors du vieillissement (cf. Lautrey, 1980 ; Ohlmann
et Mendelsohn, 1982). Dans la logique des remarques cliniques
d' Ajuriaguerra et al., 1972, nous aborderons l'étude de la disper
sion intrasujet sous un angle plus fonctionnel ; nous détaillerons
les stratégies employées par les adultes actifs et sénescents dans
les épreuves logico-mathématiques.
HYPOTHÈSES
La DIG est une variable modératrice de la baisse d'eff
icience opératoire des sujets intellectuels vivant dans de
4. Principalement : Ajuriaguerra, 1976 ; Ajuriaguerra, Richard et Tissot
1972 ; Ajuriaguerra et Tissot, 1977 ; Chance, Overcast et Dollinger, 1978
Chap et Sinnott, 1978 ; Denney et Cornelius, 1975 ; Hoopér et Sheehan, 1977
Labouvie-vief et Gonda, 1976 ; Muhs, Hooper et Papalia-Finlay, 1980
Papalia et Del Ventobielby, 1974 ; Rubin, 1976 ; Sinnott et Guttmann
1978. 188 Christian Marendaz
bonnes conditions bioécologiques. Elle intervient à deux
niveaux :
— au plan de la variabilité interindividuelle interstades du
niveau opératoire : du fait de leur sensibilité aux particularités
figuratives du champ extéroceptif et de leur difficulté de
déstructuration inhérentes à leur style et accrues par le
grand âge, la baisse d'efficience dans les épreuves infralogiques
devrait être plus marquée chez les retraités relativement
dépendants du champ (DC) par rapport à ceux
indépendants du (IC) (hypothèse 1) ;
— au plan de l'ampleur et de la forme de la variabilité intrasujet
du niveau opératoire : les variations du champ extéroceptif
devraient engendrer une variation des conduites opératoires
plus grande chez les dépendants (cf. Ohlmann et Mendelsohn,
1982). Corollaire de l'hypothèse 1, les sénescents relativement
DG devraient montrer, par rapport à ceux IC,
une plus forte dispersion intra-individuelle (hypothèse 2 a)
et être plus efficients dans les épreuves logico-mathématiques
que dans celles infralogiques (hypothèse 2 b).
Du fait des facteurs d'équilibration, de transmission sociale
(scolaire) et expérientiels (profession), il n'y a pas lieu d'attendre
de liaison DIG-niveau structural de performance chez les adultes
jeunes du groupe contrôle (effet plafond des épreuves) (hypo
thèse 3).
MÉTHODOLOGIE
1. Les sujets
a) Groupe Retraités (GB)
Le groupe GR se compose de 80 retraités de sexe masculin :
35 % sont ingénieurs ou faisant fonction d'ingénieur (techniciens supé
rieurs) et 65 % instituteurs (principalement) ou professeurs de collège.
L'âge des sujets varie de 66 à 84 ans (moyenne = 72,5 ans ; écart
type = 4,34 ans).
b) Groupe Actifs (GA)
Quarante adultes jeunes constituent la groupe GA : 30 % sont
ingénieurs ou techniciens supérieurs, 52 % instituteurs ou professeurs de Activités opératoires et sénescence 189
collège (essentiellement), et 18 % éducateurs de niveau supérieur ou
égal au baccalauréat. L'âge des sujets varie de 23 à 51 ans (moyenne
= 34,4 ans ; écart type = 6,29 ans).
2. Indicateur de DIG
Du fait de l'inadéquation à la population âgée de l'EFT nous avons
retenu un seul indicateur de DIC : le RFT (« autoajustement », Oltman,
1968). Ce choix est renforcé au plan théorique par la dernière publication
de Witkin et al., 1981, dans laquelle l'auteur, suite à une revue des
travaux sur la spécificité des processus en jeu dans les différents indi
cateurs de DIC, définit le RFT comme l'indicateur princeps de la
dépendance-indépendance à l'égard du champ. En effet si comme
l'EFT, le RFT exige une capacité à isoler un élément du champ envi
ronnant, il présente en plus une variable bipolaire en rapport direct
avec la dimension : orientation vers les données internes (vestibulaires-
proprioceptives) et externes (visuelles).
L'épreuve comprend huit essais consécutifs avec alternance de la
position inclinée du cadre et de celle de départ de la baguette. Nous
utiliserons pour le traitement des résultats la méthode d'analyse statis
tique de Nyborg (1974) (Nyborg et Isaken, 1974). Cette méthode
permet de dissocier différentes sources de variation des performances,
notamment celle due au cadre, et de contrôler en outre l'homogénéité
intra- individuelle des réponses.
La variable dépendante sera la moyenne des écarts à la verticale
(mesurés en degrés) dus à « l'effet cadre », sur huit essais.
3. Les épreuves opératoires
Trois critères majeurs ont déterminé le choix des épreuves. Celles-ci
doivent :
1) être représentatives des principales activités opératoires ;
2) posséder une bonne sensibilité afin que puisse s'exprimer l'hétéro
généité intra-individuelle du niveau opératoire ;
3) posséder une bonne validité de structure ou hypothético-déductive.
Ces trois contraintes nous ont conduit à retenir quatre épreuves
appartenant à l'Echelle de la Pensée logique (Longeot, 1974) :
1) Conservation du volume et Dissociation poids-volume ;
2) Courbes mécaniques.
(Dans ces deux épreuves infralogiques les aspects figuratifs posent
problème : perceptions trompeuses dans la première, et caractère
statique des images mentales dans la seconde.)
3) Quantification des probabilités ; Christian Marendaz 190
4) Permutations.
(Ces deux épreuves portent sur un matériel discret ; elles se di
stinguent par la nature des opérations logiques mises en jeu.)
DESCRIPTION
1} Conservation du volume et dissociation poids-volume (C.V.). —
On demande au sujet, en présence de deux bocaux identiques remplis
d'eau aux deux tiers et de deux boules de plasticine de même grosseur,
ce qu'il advient si l'on immerge une boule dans chaque bocal. Après que
le sujet ait conclu à une élévation identique des niveaux, on déforme
une des boules en saucisse puis en une constellation de miettes ; à
chaque modification, on renouvelle la question sur le devenir de l'égalité
des niveaux de montée d'eau en demandant une explication. Enfin, on
remplace une des deux boules de plasticine par une en laiton, de grosseur
similaire, en faisant constater l'inégalité des poids au sujet. La question
est réitérée. La conservation du volume et la dissociation poids-volume
impliquant des opérations de proportionnalité simples, sont considérées
de niveau pré formel.
2) Permutations (P.). — L'examinateur montre au sujet le nombre
de permutations possibles avec deux jetons de couleur différente (Jaune
et Rouge). Trois autres jetons sont ensuite présentés (Jaune, Rouge et
Vert) et on demande au sujet, d'une part de prévoir le nombre de
possibilités de placer de manières différentes les trois jetons en ligne,
d'autre part de justifier sa réponse, enfin de réaliser ces différentes (niveau opératoire concret). Le même exercice est proposé
à quatre couleurs (Jaune, Rouge, Vert et Bleu) (niveau formel A).
Enfin, le sujet doit donner les pronostics exacts à cinq et six couleurs
en construisant par récurrence la loi factorielle des permutations
(niveau formel B).
3) Quantification de Probabilités (Q.P.). — Le sujet a devant lui
deux collections de jetons. Chaque collection se compose de jetons
marqués d'une croix et de jetons sans croix. A chaque item on demande
au sujet de désigner la collection où la probabilité de tirer un jeton
gagnant, c'est-à-dire marqué d'une croix, est la plus forte. On présente
les huit items suivants (les fractions indiquent les proportions de croix
dans chaque collection) : 3/5 et 3/7 ; 1/3 et 1/2 ; 2/4 et 3/7 (stade concret) ;
1/2 et 2/4 (stade préformel) ; 2/6 et 1/3, 3/9 et 2/6 formel A) ;
2/6 et 3/8 ; 3/7 et 5/11 (stade formel B). Le sujet peut procéder à des
modifications spatiales des collections s'il le désire.
4) Les Courbes mécaniques (CM.). — Le dispositif expérimental
est constitué d'un cylindre en position horizontale sur lequel est fixé
une feuille de papier qui le recouvre exactement. Le cylindre peut
tourner autour de son axe à l'aide d'une manivelle. Un crayon dont la
pointe appuie sur le papier peut être déplacé le long d'une tige de Activités opératoires et sénescence 191
métal horizontale placée au-dessus du cylindre. Le sujet a pour consigne
de tracer les résultats des mouvements, combinés ou non, du cylindre
et du crayon sur une feuille de papier identique à celle enroulée, mais
posée à plat devant lui. Les mouvements sont indiqués verbalement
jamais exécutés. Cinq items sont proposés renvoyant à deux catégories
de courbe :
a) Celle relative au mouvement d'un seul mobile, de niveau opératoire
concret : item 1 : le cylindre fait un tour, le crayon demeurant
immobile ;
b) Celles produites par les mouvements simultanés des deux mobiles,
de niveau opératoire formel : item 2 : le cylindre tourne une fois et
dans le même temps le crayon avance d'une extrémité à l'autre du
cylindre (préformel) ; item 3 : le cylindre fait un tour pendant que le
crayon fait un aller-retour (formel A) ; item 4 : le cylindre tourne
deux fois de suite pendant que le crayon fait un seul aller (formel B) ;
item 5 : le cylindre fait deux tours et en même temps le crayon fait
un aller-retour (formel A).
COTATION
Au plan structural
On attribue à chaque sujet quatre notations en fonction du niveau
opératoire atteint dans chaque épreuve. Lorsqu'une épreuve contient
plusieurs items relevant d'un même stade opératoire, ce dernier est
acquis lorsque au moins la moitié des items est réussie.
Au plan procédural
Nous analyserons les stratégies mises en œuvre dans les items formels
de la Quantification de Probabilités en distinguant avec Longeot (1980)
les procédures :
— formalisatrices : toutes celles qui consistent en un calcul rapportant
d'une manière ou d'une autre le nombre de croix au nombre total
de jetons ;
— ou réalisatrices : toutes celles où le sujet manipule des nombres-
objets (par exemple, calculer les rapports des croix et des non-croix
dans chaque collection et comparer ces rapports, ou fragmenter les
deux collections en paquets identiques et voir ce qui manque ou
reste).
Pour les Permutations, reprenant la méthode d'analyse décrite par
Mendelshon (1981), nous centrerons l'étude des procédures au niveau
de l'item formel « Permutations à quatre couleurs » en tenant compte
de trois caractéristiques :
a) Le modèle arithmétique élaboré en anticipation; Christian Marendaz 192
b) Le « chemin de départ » ou l'algorithme de base utilisé dans la
réalisation. Soit XI — Xi le nombre de permutations engendrées par
l'algorithme de base, les chemins principaux à 4 couleurs sont :
— XI — X2 : algorithme à couleurs constantes en première et seconde
position,
— XI — X3 : la première couleur est maintenue constante et permut
ation de la seconde couleur,
— XI — X4 : permutation des couleurs ou permutation de la couleur
en première position,
— XI — X6 : algorithme de récurrence : la nouvelle couleur est placée
devant chacune des permutations réalisées antérieurement avec
trois couleurs,
— Xl — X8 : le sujet raisonne sur des blocs de deux couleurs ;
c) Le degré de coordination des algorithmes ou type de procédure
mise en œuvre. Par ordre de complexité :
— les procédures par « tâtonnements empiriques » (T.E.) ;
— les algorithmiques simples (P.A.) : le sujet construit un
seul bloc de permutations à l'aide d'une règle algorithmique (cf. b) ;
parfois il peut exister une construction de deux blocs de permutations
mais ils sont complètement indépendants ;
— les procédures complexes (P.C.) : le sujet construit une règle algorit
hmique et l'applique intégralement pour construire un bloc de permut
ations. Un algorithme de second ordre est appliqué à chaque
ation du bloc initial. La composition algorithmique est donc additive ;
— les procédures à plan unique (P.P.U.) : l'algorithme de second ordre
est appliqué de manière multiplicative sur les blocs ;
— les métaprocédures : l'algorithme de récurrence est généralisé.
Au plan de la variabilité intra- individuelle
Dans un souci de clarté au niveau des résumés graphiques nous
intégrerons dans une même variable pondérée : la fréquence des décalages
intrapaire d'épreuves et leur ampleur, en attribuant à chaque sujet
un point par nombre de stades de décalage entre les deux épreuves
considérées (Lautrey, 1980).
Nota : l'épreuve de Conservation du Volume ne possédant pas
d'item formel ne sera pas prise en compte dans l'étude de la forme des
décalages interépreuves.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
La présentation et l'analyse des résultats comporteront deux
parties relatives respectivement au devenir des conduites opéra
toires lors du vieillissement et à la vérification des hypothèses Activités opératoires et sénescence 193
concernant l'interaction entre celles-ci et les styles cogni-
tifs DIC.
Première partie : Conduites opératoires des sénescents
(intellectuels) : approches structurale et procédurale.
A) Efficience opératoire des sujets âgés GR
Deux caractéristiques particularisent la baisse d'efficience
modérée des sénescents relativement aux adultes actifs
(tableau I) :
a) Elle présente un profil rétrogénétique : l'examen des proto
coles individuels montre que l'homogénéité par implication
intra-épreuve (Longeot, 1978) demeure. Il existe toutefois
des entorses à ce patron rétrogénétique dans l'épreuve de
Quantification de Probabilités pour 15 % des sénescents.
Ceux-ci sont confrontés à un problème dû à l'interaction entre
les schemes opératoires (proportionnalité), la notion de chance
issue de l'expérience et du contexte socioculturel et les
aspects perceptifs de l'épreuve (nombre et disposition spatiale
des éléments).
b) Elle n'affecte pas l'ensemble des épreuves (tableau I) : les
adultes retraités éprouvent significativement plus de diff
icultés que ceux actifs pour résoudre les items formels des
Permutations (p < .0001 au test de Fisher) et des Courbes
mécaniques (X2 = 13,63, dl = 1, p = .0002) ; ils échouent
Tableau. — Performances opératoires exprimées
en stades des adultes actifs (GA) et retraités (GR)
(pourcentages)
GA GR
OC PF FA FB OC PF FA FB
2 98 10 90
5 0 2 93 11,3 1,3 6,3 81,3 Quantification Conservation Courbes Permutations Probabilités mécaniques de
0 2 25 73 14 30 26 30
53 2 5 40 11 29 46 14
OC : Ordre concret ; PF : Stade FA : Formel A : For- préformel ; ; FB
mel B.

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