Dépenses publiques et problématique de la dévalorisation du capital - article ; n°2 ; vol.33, pg 240-254

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1978 - Volume 33 - Numéro 2 - Pages 240-254
In his study of the development and growth of the French state from 1815 to 1970, the author brought to light a twofold phenomenon : on the one hand, the growth of government expenditure, and, on the other, the fact that the latter is subject to cyclic fluctuation whose period is identical to that posited by Kondratieff, with the difference that its phases are reversed with respect to the corresponding phases of the latter. Taking these two observations as his point of departure, the author here attempts to establish the relationships existing between the long-term development of public outlays and that of the economic structure He bases his argument on the Marxist theory of the surplus accumulation and devaluation of capital, explaining the Kondratieff movement by the periodic development of contradictions between the productives forces and the economic structure. The movement of government expenditure can then be explained by two related factors : its insertion in the process of devaluation which makes it possible to resolve the contradiction ; and by the role played by government expenditure in the resorption of the disequilibria that these contradictions have engendered within the productive forces themselves
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Louis Fontvieille
Dépenses publiques et problématique de la dévalorisation du
capital
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 33e année, N. 2, 1978. pp. 240-254.
Abstract
In his study of the development and growth of the French state from 1815 to 1970, the author brought to light a twofold
phenomenon : on the one hand, the growth of government expenditure, and, on the other, the fact that the latter is subject to
cyclic fluctuation whose period is identical to that posited by Kondratieff, with the difference that its phases are reversed with
respect to the corresponding phases of the latter. Taking these two observations as his point of departure, the author here
attempts to establish the relationships existing between the long-term development of public outlays and that of the economic
structure He bases his argument on the Marxist theory of the surplus accumulation and devaluation of capital, explaining the
Kondratieff movement by the periodic development of contradictions between the productives forces and the economic structure.
The movement of government expenditure can then be explained by two related factors : its insertion in the process of
devaluation which makes it possible to resolve the contradiction ; and by the role played by government expenditure in the
resorption of the disequilibria that these contradictions have engendered within the productive forces themselves
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Fontvieille Louis. Dépenses publiques et problématique de la dévalorisation du capital. In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 33e année, N. 2, 1978. pp. 240-254.
doi : 10.3406/ahess.1978.293923
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1978_num_33_2_293923PENSES PU BLI ES ET PRO BL MATI UE
DE LA VALORISATION DU CAPITAL
La démarche qui sous-tend cette intervention est certainement pas très familière
aux historiens habitués traiter les faits dans leurs moindres détails avec une minutie
extrême Tout au contraire notre souci sera de globaliser les faits de les traiter en termes
de ce que les économistes appellent des grandeurs macro-économiques éliminer dans
le temps tout ce qui est conjoncturel ou circonstanciel pour ne plus retenir que les ten
dances profondes agit-il de approche que Jean Bouvier qualifie de voie froide
Peut-être pas tout fait si on entend percevoir ainsi inconscient collectif un groupe
social en évolution les lois qui imposent la conscience des acteurs et déterminent par
delà leur discours et leurs justifications les actes et les choix du quotidien Si le mouve
ment social est une dialectique du hasard et de la nécessité de individuel et du collectif
nous cherchons ici discerner ce qui est nécessité
De ce point de vue étude de tat entre 1815 et 1969 nous conduit constater
deux phénomènes qui interpellent aussi bien les économistes que les historiens Il agit
de expansion de tat une part et de son développement cyclique de longue période
autre part La recherche des causes de ce double mouvement nous conduit aborder
la problématique de la dévalorisation du capital puis celle de la régulation structurelle du
mode de production capitaliste en situant le rôle spécifique de la puissance publique dans
ce processus Il agit là une approche pour essentiel encore état hypothèses qui
nécessitent approfondissements et vérifications autres approches sont possibles.
Nous ouvrons ainsi un débat qui ne sera pas clos de sitôt
Croissance et fluctuations longues de la dépense publique
La première constatation que on peut faire en observant évolution des dépenses
publiques fran aises est que leur croissance séculaire est plus rapide que celle du Produit
national est là une vérification empirique de la loi de Wagner Mais en entrant un peu
plus dans le détail on peut constater que cette croissance affecte pas également toutes
les catégories de dépenses de tat
Il un côté celles qui correspondent approximativement ce que on appelle
tat gendarme Leur croissance est peine plus rapide que celle de économie
nationale puisque comparées au produit physique de la France agrégat qui correspond
240 FONTVIEILLE EXPANSION DE TAT
quelques détails près la production matérielle de la nation) elles passent de 95 96 en
1815-1819 125 en 1965-1969 Il un autre côté celles qui ont une coloration
plus économique plus sociale et que nous qualifierons par la suite de dépenses liées au
processus de régulation structurelle du mode de production capitaliste ou plus simple
ment de dépenses liées Celles-ci ont une croissance beaucoup plus rapide que celle
de économie nationale elles passent toujours en proportion du produit
physique de 24 en 1815-1819 242 en 1965-1969 Notons en passant que cette
expansion différenciée des dépenses de tat va rencontre de hypothèse souvent
avancée selon laquelle administration aurait grandi selon sa propre essence On ne voit
pas dans ce cas quel chromosome particulier aurait poussé par exemple le service de
éducation ou celui des travaux publics se développer avec beaucoup plus de vigueur
que celui de la justice ou même celui de la police
La deuxième observation tout fait nouvelle notre connaissance est que évolu
tion des dépenses de tat se caractérise par un mouvement cyclique dont la période est
identique celle des mouvements longs de Kondratieff mais dont les phases sont inver
sées par rapport aux phases correspondantes de celui-ci Nous avons désigné ce phéno
mène du terme de croissance alternée On peut observer au niveau du total des
dépenses de tat et dès 1815 au niveau de ce que nous appelons les dépenses liées la
régulation du mode de production capitaliste
Le tableau ci-après qui compare évolution du produit physique de la France et les
dépenses de tat permet de constater ces deux phénomènes Ici encore ce sont essen
tiellement les dépenses liées qui déterminent le mouvement de la dépense publique
La découverte une fluctuation cyclique de longue période au niveau de tat nous
conduit faire deux remarques la première trait aux mouvements longs de Kondra
tieff On sait que le mouvement des prix est affecté sur le long terme de fluctuations
cycliques dont la période étale sur une cinquantaine années Depuis Schumpeter on
désigne couramment ces cycles du nom de économiste soviétique Kondratieff qui les
longuement étudiés Parallèlement en France Fran ois Simiand faisait de ces fluctua
tions un des axes de son analyse de évolution économique et sociale Diverses explica
tions du phénomène ont été apportées Certaines prennent appui sur la monnaie dans les
variations absolues de sa masse ou dans ses variations relatives Pour ces théories la
découverte de nouveaux gisements or joue un rôle de premier plan et serait origine
du retournement de conjoncture autres explications prennent appui sur les innova
tions techniques la vapeur électricité atome. autres encore trouvent origine de
ces mouvements dans la guerre ou la découverte de nouveaux marchés La caractéris
tique de toutes ces théories est elles trouvent leur point de départ dans des événements
historiques apparemment exogènes par rapport aux processus économiques est ce qui
conduit Marjolin poser la question de la rationalité du phénomène et Guitton
avancer il ne semble pas possible de prouver que sans faire appel des séries cau
sales extra-économiques des données économiques convenablement associées puissent
elles seules engendrer des cycles longs
Les économistes ont trop vite renvoyé aux historiens un phénomène ils auraient
dû chercher insérer dans leur démarche théorique quitte remettre en cause certaines
constructions dont équilibre se serait avéré reposer sur des bases fluctuantes La décou
verte un mouvement cyclique de longue période inversé par rapport au cycle de Kon
dratieff au niveau de la dépense publique établit pas de fa on absolue la nature écono
mique du phénomène mais elle complique sérieusement la tâche de ceux qui voudraient
le rejeter hors du domaine de la science économique Si la crise profonde qui affecte
depuis 1974 toutes les économies capitalistes avérait être le début une longue phase
de dépression ce qui est une hypothèse de plus en plus vraisemblable) force serait alors
établir la théorie économique des cycles Kondratieff
241 TABLEAU
Evolution des dépenses de Etat comparées au produit physique national
en milliards de francs courants
Dépenses Produit physique Total Rapport Rapport Dépenses Rapport
en valeur liées non liées 2/1 4/1 6/1
1815-1819 8071 0962 1192 0196 0766 949 245 1820-1824 7646 0258 0795 1057 5:57 0555 700
1825-1829 8840 0956 1081 0265 0695 785
1850-1854 9655 956 0505 298 51 524 0620 642 0925
1855-1859 10012 858 0859 0524 554 0555
1840-1844 1106 0456 0650 12055 919 540 579
1845-1849 944 0569 456 0662 15059 1251 508
1850-1854 12799 1211 946 0505 595 0708 555
1855-1859 90 1640 982 0628 576 1012 606
1860-1864 17559 1725 994 0724 417 0999 577
1865-1869 17757 1729 974 0728 410 1001 564
1870-1874 19288 5595 1864 l04l 559 2554 1525
1875-1879 18567 2679 1458 1519 718 15 740
1880-1884 19068 5115 1652 168l 88l 1452 751
1885-1889 17824 2985 75 15 876 1425 799
1890-1894 18677 505 1658 888 1598 748
1895-1899 18459 5092 1677 1650 894 1442 785
1900-1904 20785 5251 1564 1665 801 1586 765
1905-1909 24577 55 1579 1712 702 1650 677
1910-1915 28455 4027 1415 2008 705 2019 710
1920-1924 125000 55891 2918 17089 1589 l8802 1529
1925-1929 252400 58126 1511 22308 884 15818 627
1950-1954 161400 49656 5077 25652 1588 24024 1489
1955-1958 190700 68451 5588 54001 1785 450 1805
1950-1954 8080200 2874200 5557 50800 2045 1225400 15l4
1955-1959 12400200 4584800 5697 2781600 2245 1805200 l454
1960-1964 20471600 7555600 5595 4550500 2215 2825100 1580
1965-1969 51655000- 11655600 5678 7671700 2425 59 5900 1255 TABLEAU II
Evolution du rapport dépenses de tat liées au processus de dévalorisation/produit physique
Total Action Travaux Action Bette Action Total Education Colonies intérêts dépenses sociale publics économique locale dépenses
payés liées non liées
1815-1819 004 046 004 245 949 007 175 007
1820-1824 010 256 002 005 010 050 557 700
1825-1829 005 006 045 016 210 014 298 785
1850-1854 006 022 208 004 012 514 642 009 055
1855-1859 058 001 524 554 009 017 195 055
1840-1844 010 008 086 166 002 072 540 055 579
1845-1849 011 078 074 181 081 456 009 508
1850-1854 015 008 06l 042 202 002 065 395 555
1855-1859 010 006 049 056 196 007 052 576 606
1860-1864 010 005 065 055 205 010 067 417 577
1865-1869 015 042 209 012 064 410 564
1870-1874 018 011 055 058 555 022 042 559 1525
1875-1879 025 006 066 077 478 025 045 718 740
1880-1884 054 092 164 042 88l 751
1885-1889 075 006 071 098 540 050 058 876 799
1890-1894 095 011 052 102 518 017 095 888 748
1895-1899 111 012 051 115 485 016 104 894 785
1900-1904 106 010 054 101 419 015 098 801 765
1905-1909 109 021 059 090 546 0l6 08l 702 677
1910-1915 105 045 048 122 292 022 075 705 710
1920-1924 106 071 080 105 895 015 121 1589 1529
1925-1929 092 056 04l 051 570 008 086 884 627
1950-1954 228 145 145 185 678 056 175 1588 1489
1955-1958 207 170 195 404 650 058 14l 1785 1805
1950-1954 2045 1514
1955-1959 2245 1455
1960-1964 2215 1580
1965-1969 2425 1255 TAT ET LES FINANCES PUBLIQUES
La deuxième remarque concerne intervention publique de type keynésien
première vue on pourrait être tenté assimiler les fluctuations longues au niveau de
tat une régulation de type keynésien Si image peut en être retenue et encore
avec de nombreuses réserves la théorie elle ne peut être En effet le mécanisme de
régulation proposé par Keynes effet multiplicateur de la dépense publique est mis en
échec pendant toute la durée des longues phases de dépression La mise en oeuvre du
plan Freycinet est de ce point de vue particulièrement significative malgré son am
pleur le supplément des dépenses engagées par tat pendantles années 1880-1884 par
rapport aux cinq années précédentes représente 24 de la production matérielle) son
efficacité du point de vue de la relance est peu près nulle effet multiplicateur joue
beaucoup mieux la baisse la hausse Pour une progression de la dépense publique
de 434 millions pendant les années 1880-1884 par rapport aux cinq années précédentes
la progression du produit physique est que de 701 millions en francs courants Pen
dant les cinq années suivantes la production diminue de 244 millions quand la
dépense publique diminué que de 128 millions
image de tat régulateur sur le long terme de la croissance économique par la
modulation de ses propres dépenses ne peut être retenue ailleurs le seul fait que ex
pansion de la dépense publique dans les phases de dépression ne parvienne pas relancer
durablement économie apporterait plus eau au moulin des néoclassiques celui
des keynésiens
Force est donc de constater que pas plus les théories sociologiques sur le phénomène
administratif que les théories économiques néoclassiques ou même keynésiennes ap
portent une explication cohérente de expansion des dépenses publiques et fortiori de
leurs fluctuations longues Les développements récents de la théorie marxiste en revan
che ouvrent de nouvelles voies susceptibles apporter des réponses aux questions que
nous nous posons Parmi ces voies nouvelles nous nous proposons aborder ici la pro
blématique de la dévalorisation du capital et dans le prolongement de celle-ci la problé
matique de la régulation structurelle du mode de production capitaliste
La problématique de la dévalorisation du capital
Dans économie capitaliste le progrès technique pour effet élever la composition
organique du capital rapport en valeur du capital constant au capital variable Pour
cette raison le taux de profit devrait baisser puisque la partie du origine de la
plus-value croît moins vite que le capital total Or dans la réalité Marx observe déjà que
la baisse du taux de profit est pas aussi rapide que ce que on serait en droit attendre
Il même des périodes ou au contraire le taux de profit élève Marx ne considère
donc pas la loi de la baisse du taux de profit comme une loi absolue contrairement ce
que pensaient les économistes classiques mais une loi tendancielle La difficul
té qui ici occupé les économistes dit-il comment expliquer la baisse du taux de
profit cède la place la question inverse comment expliquer que cette baisse ait pas
été plus rapide II consacre alors toute une part de son exposé rechercher les causes
qui contrecarrent la loi et montrer le développement de ses contradictions internes
est dans cette partie il expose les premiers éléments de la théorie de la suraccumula
tion et de la dévalorisation du capital
Dans la société capitaliste considérée comme un tout la masse globale de profit qui
est étroitement liée au volume de la plus-value ne se développe pas aussi rapidement que
accumulation du capital la limite accumulation un capital additionnel ne peut
dégager aucun profit supplémentaire il suraccumulation absolue Dans ces condi
tions le processus accumulation subit une rupture En pratique on assiste la rupture
244 FONTVIEILLE EXPANSION DE TAT
du pro ssus accumulation dès lors que devient nécessaire un certain degré de baisse
du profit correspondant au capital additionnel ce stade la mise en valeur un capital
additionnel nécessite une partie du capital social total soit mise en sommeil ou en
core dévalorisée
En prenant pour hypothèse la loi de la baisse tendancielle du taux de profit nous
avons démontré dans notre étude volution et croissance de tat fran ais 1815-
1969 il était possible de maintenir le taux de profit la condition que dans le
capital total nécessaire la production capitaliste le capital dévalorisé se développe plus
rapidement que le capital mis en valeur La croissance de tat plus rapide que celle de
économie dans son ensemble résulterait alors de son intervention croissante dans le
processus de dévalorisation
En effet le propre de tat est échapper impératif de profit qui impose au
contraire au capital privé Cette particularité est la base du développement un capi
tal public dévalorisé est-à-dire un capital qui ne réclame pas la part qui devrait lui
revenir dans le partage de la plus-value augmentant autant la part des autres fractions
du capital Un tel capital directement mis en uvre par tat apparaît abord dans des
domaines qui bien que nécessaires au développement économique ne seraient pas de
nature dans les conditions sociales du moment procurer un rendement suffisant des
capitaux privés est le cas notamment de certaines dépenses nécessaires entretien et
au développement de la force de travail telles que les éducation de santé
aide la famille le logement social entretien des personnes âgées etc Lorsque ces
services sont créés ou développés par tat le capital nécessaire leur production
exige aucun profit et fonctionne donc comme dévalorisé
évolution des dépenses action sociale et éducation donne un aper de la crois
sance très rapide du capital dévalorisé sous cette forme Par rapport au produit physique
les dépenses de tat pour éducation passent de 004 en 1815-1820 211 en
1935-1938 Celles de action sociale passent dans le même temps de 007 96 180
extension de cette catégorie de dépenses apparaîtrait plus nettement encore si on pre
nait en compte les dépenses des collectivités locales celles des organisations mutualistes
but non lucratif dés assurances sociales et partir de 1945 celles de la sécurité sociale
est également le cas des dépenses nécessaires au développement de infrastructure
économique les voies de communication les routes les canaux aménagement des
rivières des ports urbanisation aménagement de espace rural etc Les dépenses de
travaux publics donnent une image du développement de cette fraction du capital public
Toujours par rapport au produit physique cette catégorie de dépenses passe de 046 96
en 1815-1819 184 96 en 1935-1938 De plus ces chiffres ne tiennent pas compte des
dépenses de même nature effectuées par les collectivités locales bien plus importantes
encore
Le développement des chemins de fer leur nationalisation illustre une autre
forme intervention de tat dans le processus de dévalorisation Ici tat apporte une
fraction plus ou moins importante du capital soit en réalisant les infrastructures loi du
11 juin 1842) soit en subventionnant la construction des voies Le capital ainsi avancé
par tat ne demande aucune rémunération Pour la période 1840-1883 le Dictionnaire
des Finances évalue 11 480 millions le total des dépenses établissement dont 2617
millions avancés par tat Il est clair que toutes choses égales par ailleurs la participa
tion de tat revenait majorer le taux de profit du capital privé de près de 30 96 par
rapport ce il aurait été si tat était abstenu de tout financement
Plus généralement tous les transferts du secteur public au secteur privé subventions
marchés publics avantageux vente de biens et services des prix inférieurs leur valeur
réelle fiscalité sélective) reviennent faire fonctionner économie avec une partie du
capital qui exige aucun profit Les subventions aux entreprises regroupées dans le
245 TAT ET LES FINANCES PUBLIQUES
poste Action économique de notre ventilation fonctionnelle donnent un aper du
développement de ce type de transferts Elles passent de 004 du produit physique en
1815-1819 451 96 en 1935-1939
La croissance de la dette publique en 1920-1924 puis sa régression relative en
suite traduit une autre forme du processus de dévalorisation qui se réalise par intermé
diaire de tat Le capital emprunté par ce dernier ne re oit plus un taux intérêt
inférieur au taux moyen de profit il aurait per normalement il avait eu la possibi
lité de se mettre en valeur directement Il agit donc une dévalorisation relative Les
intérêts payés par tat donnent une idée de importance du capital subissant ainsi une
dévalorisation partielle Par rapport au produit physique les intérêts payés par tat pas
sent de 175 en 1815-1819 893 96 en 1920-1924
Cependant la dévalorisation partielle ainsi réalisée finit par atteindre des limites lors
que accroît le volume du prélèvement il effectue sur la plus-value Ce prélèvement
par un capital passif entre en contradiction avec les besoins du capital économique
ment actif est-à-dire du capital qui par investissement contribue directement au pro
grès économique défaut une banqueroute de tat inflation va permettre élimi
ner en douceur cette fraction du capital dont la charge devient insupportable Dans les
années 1960 le coût de la dette qui continué croître nominalement ne représente
plus que 162 96 du produit physique La diminution de importance relative des intérêts
payés par tat ne signifie donc pas un recul du processus de dévalorisation mais au
contraire son renforcement par le passage une dévalorisation relative une mise en
valeur négative
Ces quelques exemples montrent que tat est amené jouer un rôle croissant dans
le processus de dévalorisation du capital et est justement ce rôle qui détermine sa crois
sance nécessairement plus élevée que celle de économie nationale
ne considérer que la croissance séculaire le processus de dévalorisation du capital
pourrait apparaître comme un mécanisme de régulation permettant de maintenir un taux
de profit constant et donc un développement harmonieux de économie capitaliste Ce
serait oublier la nature contradictoire de la dévalorisation par rapport la raison être
du capital qui est au contraire sa mise en valeur Dans le processus concret du dévelop
pement le retrait une fraction du capital du partage de la plus-value est jamais le
résultat un sacrifice volontaire est au contraire au terme une lutte économique
sans merci que cette fraction se trouve contrainte accepter mise en valeur un
taux réduit ou nul
La nature conflictuelle de ce processus de régulation par le taux de profit explique les
mouvements cycliques de économie et en particulier les fluctuations longues de écono
mie mises en évidence par Simiand ou par Kondratieff Le fait que ces fluctuations lon
gues affectent le développement de tat exprime que celui-ci est partie intégrante dans
le processus de régulation structurelle de économie et nous conduit aborder la problé
matique de la de capitaliste
La problématique de la régulation structurelle
du mode de production capitaliste
hypothèse la base de la théorie de la régulation structurelle 10 est que dans le pro
cessus de développement du capitalisme le développement périodique des contradictions
entre forces productives et rapports de production trouverait provisoirement une solu
tion dans une transformation partielle des rapports de production Le mouvement du
développement de la contradiction et de sa solution partielle serait origine des fluctua
tions cycliques longues découvertes par Kondratieff En schématisant le processus serait
le suivant
246 FONTVIEILLE EXPANSION DE TAT
Au terme de la phase de dépression un nouveau rapport de production est établi
qui consacre un partage de la richesse produite plus favorable la force de travail en
même temps que la dévalorisation de excès de capital Dans les nouveaux rapports
appropriation qui en résultent seule une fraction réduite du capital primitif est même
intervenir dans le partage de la plus-value La condition un taux de profit élevé est
nouveau établie
La dévalorisation structurelle car il agit bien un changement des rapports
économiques donc de la structure) se concrétise au niveau des formes juridiques par un
changement des rapports appropriation Amorcée pendant la phase de dépression la
procédure de dévalorisation structurelle se prolonge la de prospérité et
contribue maintenir un taux de profit moyen élevé
Ce nouveau rapport de production plus favorable la force de travail permet un
développement de la consommation sur une base élargie En même temps la restaura
tion du taux moyen de profit crée de son côté les conditions une relance de accumu
lation et par suite un développement des investissements Ce double développement est
origine une demande soutenue génératrice de hausses des prix lesquelles leur
tour entretiennent le niveau élevé des profits La pleine utilisation des capacités de pro
duction et plus généralement des forces productives le développement des investisse
ments la réduction relative des charges fixes permettent accroître efficacité globale du
système productif et de développer parallèlement au moins pendant un temps les
dépenses pour la force de travail et la masse globale de plus-value
Cependant la progression rapide de accumulation exige une progression parallèle
de la masse de la plus-value Il ensuit que le capital tend absorber une part croissante
de la richesse produite et cela au détriment de la part revenant la force de travail mais
aussi de celle revenant tat et plus généralement de la dépense nécessaire la pro
duction sociale mais intervenant pas dans le partage de la plus-value ceci explique la
progression modérée en valeur absolue et la régression en valeur relative des dépenses
publiques pendant la phase de prospérité de Kondratieff Mais ce partage de la richesse
produite de plus en plus favorable au capital engendre des déséquilibres dans le déve
loppement des forces productives en même temps il entre en contradiction avec leur
développement
Le rapport de consommation qui établit dans la phase de prospérité favorise accu
mulation est-à-dire le travail passé en opposant au travail vivant et surtout au détri
ment de celui-ci Il en suit que les moyens de travail progressent alors que la force de
travail ne peut se développer parallèlement au plan qualitatif En même temps la régres
sion relative des dépenses qui interviennent pas dans le partage de la plus-value et
notamment des publiques entraîne autres déséquilibres au sein même des
forces productives matérielles et en particulier au niveau des infrastructures moyens de
transports urbanisme aménagement de espace etc Ces freinent les pro
grès de productivité et pèsent sur les coûts de production
Mais au-delà de ces déséquilibres le rapport de consommation est-à-dire le par
tage de la richesse produite entre en contradiction avec le développement des forces pro
ductives Dans la phase de prospérité étant donné que le capital accumulé est pour le
capitaliste la source du profit les progrès de productivité vont se faire principalement
par économie du travail vivant en développant le travail passé
Vient alors un moment où la consommation par la force de travail tend stagner
Dans ces conditions la demande ne se développe plus que par investissement le travail
passé oppose de fa on absolue au travail vivant est-à-dire que le progrès de produc
tivité se convertit en chômage pour le travailleur En raison de la lutte des travailleurs
qui refusent évolution du rapport de consommation imposé par le développement du
capital au cours de la phase de prospérité et qui tout naturellement demandent leur
247 TAT ET LES FINANCES PUBLIQUES
part dans les progrès de la richesse rendue possible par leur travail la masse de la plus-
value produite tend progresser plus lentement que le capital accumulé Par rapport la
masse de plus-value disponible le capital accumulé tend devenir excédentaire il
suraccumulation Nous disons que cette suraccumulation est structurelle parce elle est
produite par les rapports de production et de consommation Malgré les purges successi
ves de excès de capital les faillites la baisse relative des prix les emprunts publics etc.
elle tend se reproduire ce que les rapports de production et de consommation
soient modifiés est ce qui se passe pendant la phase de dépression du Kondratieff
Sous la pression des luttes sociales et celles-ci sont une des caractéristiques essen
tielles des phases de dépression les travailleurs vont imposer un nouveau rapport de
consommation plus conforme au niveau de développement des forces productives repos
hebdomadaire réduction de la durée du travail retraites interdiction du travail des en
fants développement de la formation assurances sociales prestations familiales congés
payés etc Telles sont les conquêtes qui ponctuent les phases de dépression du xixe et du
xxe siècle On remarquera que la plupart entre elles nécessitent une intervention de
tat ou au moins une prise en charge publique Ceci explique le développement du
financement public de la force de travail principalement pendant la phase de dépression
Le nouveau rapport de consommation plus favorable la force de travail et cela
peut ne pas être matériellement visible si la production sociale est en diminution qui
tend établir pour effet de réduire la masse de plus-value disponible et par consé
quent accentuer la suraccumulation du capital Dans la lutte acharnée pour la survie
que se livrent les différentes fractions du et en raison du taux de profit aléatoire
qui peut être escompté de investissement la productivité va tendre se développer non
plus par économie du capital variable comme au cours de la phase de prospérité mais
principalement par économie du capital constant économie des matières premières
économies énergies transformation des processus de production permettant de réduire
la part du capital fixe dans le produit Ainsi évolution des rapports de production dans
la phase de dépression entraîne une baisse ou tout au moins une stabilité de la compo
sition organique du capital
Nous avons vu comment sous la pression des luttes tat était conduit accroître
intervention publique dans le financement de la force de travail Il est conduit de la
même fa on développer ses dépenses en faveur des infrastructures Son action vise ici
réduire les coûts de production et notamment les coûts des transports et permet ainsi
de réaliser des économies de capital constant aide multiforme aux entreprises soit par
subventions directes soit par des marchés publics soit par des services vendus prix
réduit agit en définitive dans le même sens
Au terme de la phase de dépression un nouveau rapport de production est établi
dans lequel la force de travail dispose une part accrue de la richesse produite tandis
que seule une fraction réduite du capital est même intervenir dans le partage de la
plus-value Un nouveau rapport appropriation est alors dominant qui consacre la
dévalorisation structurelle du capital suraccumulé Les conditions sont alors réunies pour
une relance de accumulation sur une base élargie partir un taux de profit restauré
pour le capital une part et autre part une progression importante des dépenses
pour la force de travail et donc de sa consommation
Ce processus explique les fluctuations longues de Kondratieff ainsi que le développe
ment cyclique des dépenses publiques que nous allons décrire brièvement
Le premier cycle de Kondratieff 1795-1850
La Révolution coïncide en France avec le début de la Révolution industrielle La
mécanisation du mouvement de outil introduction de nouvelles forces motrices
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