Données comportementales sur la discrimination visuelle chez l'animal - article ; n°2 ; vol.75, pg 457-491

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L'année psychologique - Année 1975 - Volume 75 - Numéro 2 - Pages 457-491
35 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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C. Thinus-Blanc
Données comportementales sur la discrimination visuelle chez
l'animal
In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°2. pp. 457-491.
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Thinus-Blanc C. Données comportementales sur la discrimination visuelle chez l'animal. In: L'année psychologique. 1975 vol.
75, n°2. pp. 457-491.
doi : 10.3406/psy.1975.28109
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1975_num_75_2_28109Année psychoL
1975, 75, 457-491
REVUES CRITIQUES
DONNÉES COMPORTEMENTALES
SUR LA DISCRIMINATION VISUELLE CHEZ L'ANIMAL1
par Catherine Thinus-Blanc
Institut de Neurophysiologie et Psychophysiologie du C.N.R.S.
Laboratoire de Psychologie Animale2
La perception visuelle chez l'animal semble être actuellement un sujet
d'étude bien davantage pour les physiologistes et les neuro-anatomistes
que pour les spécialistes du comportement. Si ces premiers peuvent
rendre compte des capacités de l'animal par la mise en évidence des
structures visuelles et de leur fonctionnement, l'utilisation effective de
ces capacités, étroitement dépendante de facteurs écologiques et étho-
logiques (Polyak, 1957), gagne à être également connue au travers
d'une approche comportementale. C'est dans cette perspective que se
situe le présent article dont le but est de passer en revue, sans d'ailleurs
prétendre à l'exhaustivité, quelques données, plutôt récentes dans
l'ensemble, concernant la perception visuelle chez les Mammifères.
Cependant, certains travaux anciens, ceux de Lashley par exemple, sont
à tel point fondamentaux que dans certains cas ils ne sauraient être
passés sous silence.
Les études sur l'acuité visuelle et la perception des formes bi-dimen-
sionnelles seront tout d'abord évoquées ; nous exposerons ensuite la
discrimination, dans un espace à trois dimensions, des objets et de la
profondeur. En raison de la richesse et de la diversité des théories invo
quées pour rendre compte de la mise en jeu des processus cognitifs
complexes responsables de ces discriminations, cet aspect de la percep
tion visuelle fera l'objet d'une revue ultérieure.
Signalons enfin que parmi les différents indices visuels perceptibles par
1. J'adresse ici tous mes remerciements à M. Gustave Durup pour sa
précieuse contribution à l'élaboration de ce travail.
2. 31, chemin Joscph-Aiguier, 13274 Marseille, Cedex 2. 458 REVUES CRITIQUES
les animaux, la chromaticité, la luminance et le mouvement ne seront
pas traités ici ; en effet, une étude bibliographique de l'aspect compor
temental n'est pas à même d'en rendre compte de façon satisfaisante, la
majorité des travaux effectués à ce sujet étant soit en partie, soit tota
lement physiologiques.
I. — L'ACUITÉ VISUELLE
(Cf. tableau I récapitulatif des données présentées ci-dessous)
La situation expérimentale la plus fréquemment utilisée pour déter
miner les seuils d'acuité visuelle est un dispositif classique de discrimi
nation dans lequel l'animal a le choix entre deux portes : sur l'une est
fixé le stimulus négatif, sur l'autre le stimulus positif. Derrière celle-ci
se trouve la récompense ; le sujet choisit et ouvre l'une ou l'autre porte
soit en se déplaçant (« Purdue General Test Apparatus ») pour les petits
Mammifères, soit manuellement, en étant maintenu devant les stimulus,
pour les Primates (« Wisconsin General Test »). Une autre
technique destinée à recueillir les réponses optomotrices à des stimulus
en mouvement consiste à utiliser un cylindre vertical dont la paroi peut
être mise en rotation à des vitesses variables, par rapport à la base, où
se trouve l'animal' qui reste fixe.
Il faut remonter à Lashley (1930) pour avoir des données précises
sur l'acuité visuelle, surtout en ce qui concerne le Rat. Une étude compar
ative a été effectuée par Grether en 1941. Plus récemment, au cours
d'expériences sur la vision de la profondeur, Walk (1965) a mis en évi
dence que le Rat peut distinguer une surface unie d'un damier dont les
carreaux ont 2 mm de côté, et cela à une distance de 13 cm environ (ce
qui correspond à un angle visuel de 52'). Ces résultats sont en accord
avec ceux de Lashley (1930) selon lesquels des Rats albinos et pigmentés
entraînés à discriminer de fines rayures horizontales et verticales auraient
un angle visuel minimum, de respectivement 86 et 52'. D'autres études
(Walls, 1942) donnent pour le Rat albinos un angle minimum de 52'.
Bien que, rappelons-le, les données physiologiques et anatomiques ne
soient pas ici notre objet, il a été trouvé par Block (1969), par des mesures
sur l'œil excisé, que le Rat est hypermétrope. Cet animal, chassé plutôt
que chasseur, serait mieux équipé pour identifier son environnement par
l'odeur que par la vue. La Souris américaine (« Deermouse », genre
Peromyscus) bien étudiée par Rahmann, Rahmann et King (1968)
présente de grandes variations interspécifiques allant de 10' à 1° 34' ;
ces valeurs, obtenues en conditionnant les animaux à répondre à des
rayures verticales noires et blanches, ne sont pas en accord, du moins
pour une espèce, Peromyscus maniculatus, avec les résultats de Vestal
(1973). Pour cette espèce, Rahmann et al. trouvaient un angle visuel
de 33' ; par contre, Vestal obtient deux jours seulement après l'ouver
ture des yeux 21', valeur qui, d'après cet auteur, pourrait être inférieure Tableau I
Récapitulatif des travaux cités
sur l'acuité visuelle de différentes espèces
Taille
Distance minimale
de des stimulus
Angle présentation utilisés
Animaux visuel (en m) (en mm) Auteurs
86' Hat albinos 0,20 3 Lashley, 1930. 52' Walls, 1942. 52' Rat pigmenté 0,20 3 Lashlev, 1930.
0,13 2 Walk, 1965. (52') 38' Souris américaine . . . 0,11 1,25 1» (5 espèces). 0,038 0,66 33' 0,07 * Rahmann, et King, Rahmann 1968. 54' 0,065 1,05 1°34' 0,038 1,03 21' Souris américaine . . . 0,20 Vestal, 1973. (1,2) (2 jours après
verture des yeux).
36' Lemming Rahmann, 1966. 71' (2 espèces). 20' 0,30 (1 7) Van Hof, 1967. 5' Chat 4 à Wässle, 1971. 5,5' Walls, 1942.
De 0,7° à 3° Chauve-souris Suthers, 1966.
2 Bradbury et
Nottebohm, 1969. 13,6' Loutre de mer 1,30 4,8 Balliet et
Schusterman, 1971
Phoque 1,70 1 Jamieson et (2')
Fisher, 1970. 5,5' Otarie 5,5 (8) Schusterman et
Balliet, 1970. 9' 36" 0,30 Chèvre (0,8) 10' 30" (2 espèces). (1) 11' 18" 0,80 Daim (2,6) Backhaus, 1958. 19' Antilope (4,4) '54" (2 espèces). 13 0,24 (1) 8' 36" Ane 0,27 (0,6) 0.95' Johnson, 1914.
0,74' Singe « écureuil » .... Cowey et
Ellis, 1967. 0,84' 0,36 Woodburne, 1965. (0,07) 0,65' Singe rhésus Cowey et
Ellis, 1967. 0,67' 0,72 Weinstein et (0,12) Grether, 1940. 0,75' 0,91 (0,16) Graham, McVean,
Farrer, 1968. 0,5' et 1' 0,91 Fairer et entre (0,20) Graham, 1967. 1,4' Yarczover etal.,1 966.
0,47' Chimpanzé 1,20 Spence, 1934. (0,17)
(Les valeurs entre parenthèses n'ont pas été mentionnées par les auteurs, mais calculées
d'après leurs données.) 460 REVUES CRITIQUES
à 14' chez l'adulte. Des variations intraspéciflques (de 36 à 71') se
retrouvent également chez un autre Rongeur, le Lemming (Rah
mann, 1966), avec un apprentissage classique de discrimination de
rayures dont l'épaisseur est variable. Cette méthode, utilisée par Van
Hof (1967) avec le Lapin, a permis à cet auteur de déterminer pour la
majorité de ses sujets un angle visuel minimum de 20' à une distance
de 30 cm.
Le Chat a été relativement peu étudié dans des expériences compor
tementales sur l'acuité visuelle. Walls (1942) mentionne pour cet animal
un angle visuel de 5' 5" ; cette valeur est confirmée par un travail physio
logique de Wässle (1971) sur la « qualité optique » de l'œil du Chat mont
rant que la séparation minimale perçue entre deux fentes parallèles
est de 4 à 5'.
L'étude de la vision et de l'acuité visuelle de la Chauve-Souris pose
des problèmes particuliers dans la mesure où cet animal à moeurs crépus
culaires et nocturnes est supposé s'orienter essentiellement par écholo-
cations et utiliser peu les indices visuels. Suthers (1966), en recueillant
les réponses optomotrices à des rayures verticales noires et blanches en
mouvement, a déterminé l'angle visuel minimum de différentes espèces ;
les valeurs s'échelonnent entre 0,7 et 3°. Bradbury et Nottebohm (1969),
après avoir obturé les canaux auditifs de leurs sujets afin d'éliminer, au
moins partiellement, les indices écholocatifs, étudient l'évitement en vol
d'obstacles constitués par des ficelles de 2 mm de diamètre tendues
verticalement et séparées entre elles de 18 cm ; le nombre élevé de
réponses correctes (passer les ficelles sans les toucher) est en faveur
de l'hypothèse d'une discrimination visuelle assez fine lors des dépla
cements de cet animal.
L'acuité visuelle d'autres animaux habituellement peu familiers des
laboratoires, tels que les Mammifères marins, a été bien analysée. La
Loutre de mer, qui fréquente peu la haute mer mais vit de façon amphib
ie sur le littoral, aurait une vision mieux adaptée au milieu aérien
qu'aquatique (Gentry et Peterson, 1967). Cependant, Balliet et Schus-
terman (1971) ont montré que son acuité en vision aérienne variant
entre 13' 6" et 15' 6" était sensiblement égale à l'acuité sous l'eau
(entre 14' 7" et 14' 9"). L'Otarie aurait une acuité plus fine à la fois
dans l'air et sous l'eau (5' 5"), bien que l'on aurait pu s'attendre à une
différence entre les deux types de vision, cet animal étant essentiellement
marin par rapport à la Loutre (Schusterman et Balliet, 1970). Le Phoque
a un seuil de discrimination remarquablement bas : traits séparés de
1 mm à une distance de 1,70 mm (soit un angle visuel d'environ 2') dans
les deux milieux (Jamieson et Fisher, 1970). Cependant la possibilité de
deux systèmes visuels bien différenciés chez ces animaux amphibies
n'est pas à exclure ; les études anatomiques très fines de Mann (1946) sur
l'œil de la Baleine sont en faveur de cette hypothèse.
L'acuité visuelle de divers Ongulés (Chèvre, Daim, Antilope, Ane) C. THINUS-BLANC 461
a été précisée par Blackhaus (1958) en conditionnant les sujets à discr
iminer des rayures blanches et noires (cf. tableau I).
Enfin, en ce qui concerne les Primates, la même méthode de discr
imination de stries de plus en plus fines a été souvent utilisée. La major
ité des résultats obtenus permettent de classer les cinq espèces class
iquement étudiées dans l'ordre suivant (Woodburne, 1965 a ; Harris et
Meyer, 1971) : Chimpanzé (son seuil d'acuité visuelle se rapproche le
plus de celui de l'Homme, qui est de 0' 43" — Spence, 1934), Rhésus,
Singe « écureil », Cébus. On notera (tableau 1) que les valeurs fournies
par les auteurs sont dans l'ensemble sensiblement concordantes entre
elles. Les résultats, un peu différents des autres, obtenus chez le Rhésus
par Yarczower, Wolbarsht, Galloway, Fligsten et Malcolm (1966),
Farrer et Graham (1967) et Graham, McVean et Farrer (1968) s'expl
iquent peut-être par la nature des stimulus utilisés : anneaux de Landolt
au lieu des stries habituelles ; on peut penser que ce type de figure où
l'élément à distinguer n'est qu'une partie de la configuration d'ensemble
est moins propice à la détermination de seuils très fins de discrimination.
Les discordances (d'ailleurs assez faibles) entre les valeurs obtenues avec
le Chimpanzé et le Singe « écureuil » ne sont pas explicables par le même
argument et posent le problème très général des techniques utilisées,
souvent très différentes, et rendant parfois les comparaisons sans grande
signification. Cette remarque est particulièrement vraie en ce qui concerne
les conditions d'illumination variables sous lesquelles ont lieu les tests ;
par ailleurs, les distances auxquelles sont présentés les stimulus ne sont
pas toujours bien précisées. A ce propos, les limites à l'intérieur desquelles
peut s'effectuer une discrimination variant fortement en fonction des
capacités d'accommodation des différentes espèces, la possibilité d'une
étude comparative n'eût pas été dépourvue d'intérêt.
II. — LES CAPACITÉS VISUELLES DISCRIMINATE VES
DANS UN ESPACE A DEUX DIMENSIONS
La plupart des études que nous allons évoquer ont été effectuées
avec une méthode de conditionnement simple consistant à entraîner
l'animal à répondre différentiellement à deux formes présentées sur des
panneaux ; il est ensuite possible de tester éventuellement dans quelle
mesure de nouveaux stimulus sont perçus comme équivalents ou non
aux premiers. Le plan général que nous adopterons est inspiré par Zusne
(1970) qui distingue quatre catégories de paramètres permettant de
décrire les formes à discriminer : les configurationnels
(structures, géométrie, régularité ou irrégularité, etc.), les paramètres
informationnels (nombre de côtés, rectilinéarité ou non des contours, etc),
les paramètres tranpositionnels (taille, orientation...) et les
relationnels (rapports figures-fond et des figures entre elles, par exemple.) 462 REVUES CRITIQUES
Nous aborderons cet exposé relatif aux deux premières catégories de
paramètres par un aperçu des capacités à discriminer des figures géomét
riques simples chez plusieurs espèces. Nous analyserons ensuite, à
travers différents travaux, l'hypothèse d'une perception partielle des
stimulus et, corrélativement, les arguments en faveur de leur perception
globale. Enfin, nous étudierons les effets des paramètres appartenant
aux deux dernières catégories.
1. Etude des paramètres configurationnels et informationnels
A) Capacités de différentes espèces
à discriminer des formes géométriques simples
Ce type de figure est dans l'ensemble assez bien perçu par les Mamm
ifères soumis à des expériences de discrimination ; cependant, comme
nous le verrons par la suite, l'analyse de certains échecs pose des pro
blèmes particuliers.
Ainsi que le remarque Zusne (1970) dans un ouvrage général sur la
perception des formes, l'utilisation du Rat comme sujet dans des expé
riences de discrimination a considérablement décru ces dernières années
au profit d'études sur d'autres animaux. Les travaux déjà anciens de
Lashley (ils s'échelonnent approximativement de 1912 à 1946) sont
détaillés par Munn (1950). En schématisant de façon très grossière, un
des points essentiels dégagés par Lashley est que les formes géométriques
simples (cercle et triangle, cercle et losange, croix et carré, etc.) sont bien
discriminées par le Rat, et cela d'autant mieux qu'elles comportent
des différences au niveau de leur base horizontale, comme par exemple
un triangle et une croix (nous reviendrons sur ce problème au paragraphe
suivant).
Le Lapin effectue une excellente discrimination entre un triangle
(ayant sa pointe en haut) •: s un carré, et cela plus rapidement qu'entre
deux triangles inversés et qu'entre un cercle et un carré (Kobayashi
et Van Hof, 1971). De plus, des variations de taille n'affectent pas ces
discriminations (sauf entre le cercle et le carré), qui se transfèrent égal
ement lorsque les brillances figure-fond sont inversées (mis à part le cas
des deux triangles).
Le Chien a été bien étudié par Karn (1931), Karn et Munn (1932) et
récemment par Glezer, Leushina, Nevskaya et Prazdnikova (1974) ;
ces auteurs ont montré que cet animal discerne entre autres un carré
et un triangle, un cercle et une croix, même si on modifie les orientations
ou si on inverse le contraste entre les figures et le fond.
En ce qui concerne le Chat, les résultats des divers travaux (Smith,
1933, 1934 a, b, c, 1936 ; McAllister et Berman, 1931 ; Sutherland, 1963 a)
cités par Zusne (1970) permettent à cet auteur de conclure que les capac
ités de cet animal à discriminer des formes géométriques seraient aussi C. THINUS-BLÀNC 463
bonnes que celles du Singe. De plus, la constance de taille a été démontrée
par de nombreux auteurs dont Gunter (1951), Koronakos et Freeman
(1967), Freeman (1968). L'inversion de brillance entre la figure et le
fond ne semble pas non plus affecter les performances, du moins lorsque
les animaux sont encore renforcés différentiellement aux tests ;
ce n'est pas le cas, le transfert d'apprentissage est beaucoup moins net
(Hara et Warren, 1961 ; Warren et McGonigle, 1969).
Parmi les autres Mammifères, la Belette (Herter, 1940), l'Opossum
(James, 1960), le Furet (Pollard, Beale, Lysons et Preston, 1967), le
Mouton (Seitz, 1951), l'Eléphant indien (Rensch, 1957 ; Rensch et
Altevogt, 1953, 1955) sont capables de discriminer correctement des
formes géométriques simples (auteurs cités par Zusne, 1970).
Par ailleurs, on a pu obtenir chez les Mammifères marins d'excel
lentes performances ; le Dauphin différencie aisément des formes telles
que : cercle, triangle, losange, étoile, cœur, présentées par paires, selon
toutes les combinaisons possibles, et transfère son apprentissage lorsque
l'orientation des stimulus est modifiée (Kellog et Rice, 1964). Il en est
de même pour l'Otarie (Schusterman et Thomas, 1966 ; Schusterman et
Balliet, 1970) avec des formes du même type et d'autres un peu plus
complexes (M et Z, 6 et 8...).
La Chauve-Souris distingue un cercle d'un rectangle orienté vert
icalement (Suthers et Chase, 1966) et deux triangles inversés (Suthers,
Chase et Bradford, 1969) ; cependant, si on supprime, entre autres, la
base du triangle droit (pointe en haut), cet animal échoue ; de plus, lors
de tests donnant à choisir entre un cercle et un carré, ce dernier est
assimilé au triangle droit. Les auteurs supposent que la ligne de base
des figures serait l'indice utilisé pour accomplir cette tâche. En ce qui
concerne les Primates, ainsi que le souligne Zusne (1970), la discrimina
tion des formes a plutôt été abordée de façon indirecte à travers des
expériences visant à étudier la formation des concepts. Il ressort,
cependant, de travaux déjà anciens (entre autres, Gellerman, 1933 ;
Kluever, 1933 ; Neet, 1933) comme de plus récents (Zimmerman, 1961 ;
Fig. 1. — Paires de formes utilisées
pour tester les capacités à discriminer les détails chez le Singe
(d'après Woodburne, 1965 b) 464 REVUES CRITIQUES
Woodburne, 1965 b), que le Singe distingue des figures ayant entre elles
des différences très fines (cf. fig. 1) et maintient cette discrimination
malgré des variations de l'orientation, de la surface des stimulus, etc.
Nous reviendrons d'ailleurs sur l'analyse de ces performances au cours
des différents paragraphes qui suivent.
B) Analyse de Vhypothèse d'une perception partielle des stimulus
L'hypothèse que nous venons de citer à propos de la Chauve-Souris
est à rapprocher de celle émise par Lashley (1938) au sujet du Rat,
selon laquelle cet animal aurait tendance à isoler un ou plusieurs él
éments des stimulus visuels complexes pour fonder sa discrimination. De
plus, toujours d'après Lashley (1938) et Munn (1930), non seulement
la base horizontale des figures serait prise en considération, mais plus
encore leur partie inférieure. Des résultats obtenus par Sutherland (1969)
vont dans ce sens : le Rat discrimine mieux entre un carré et un parall
élogramme lorsque celui-ci est vertical (sa partie inférieure constituant
un triangle rectangle pointe en bas) que lorsqu'il est horizontal, la diff
érence entre les moitiés inférieures des figures étant plus apparente dans
ce cas.
Une autre façon d'aborder cette question, toujours chez le Rat, est
inspirée par Lashley (1912) qui notait, chez ses animaux en situation
de discrimination, d'une part un comportement d'exploration caractérisé
par l'inspection des parties inférieures des patterns grâce à des mouve
ments latéraux de la tête et du corps, et d'autre part, au niveau des
performances, une meilleure distinction des formes différant par la
brillance et la superficie que de celles différant par la configuration.
Ces deux observations ont été à la base de plusieurs études, en parti
culier celle de Elias (1967, 1969) qui a établi l'hypothèse suivante : si
les animaux ne prennent en considération qu'une portion seulement
des figures, située en dessous d'un axe horizontal, les différences entre
patterns au niveau de leur forme globale seront ignorées, mais ceux-ci
seront distingués sur la base de la disparité des surfaces et des brillances
qui se trouvent dans la zone d'exploration visuelle. Elias et Warner (1970)
ont testé cette hypothèse sur le Rat « à capuchon » en utilisant des confi
gurations telles qu'une augmentation de la surface totale entraînait pour
le problème A une grande disparité entre les parties de figures situées
dans la zone supposée d'exploration visuelle, alors qu'il n'y avait toujours
pas de différence de surface entre les stimulus du problème B (cf. fig. 2).
Les résultats du groupe confronté au problème A2, qui est le seul à
réussir un apprentissage correct de discrimination, permettent aux
auteurs de confirmer leur hypothèse. Cependant, d'une part cette expé
rience ne permet pas d'écarter l'utilisation éventuelle de la seule ligne
horizontale de base ; en effet, l'accroissement de la taille des stimulus
renforce une différence déjà existante entre la base du triangle droit et C. THINUS-BLANC 465
la pointe du triangle inversé qui reste inchangée, de même que les deux
pointes des triangles du problème B. D'autre part, ainsi que nous le
verrons au paragraphe suivant, il y a de bonnes raisons de penser que
ces stimulus ont pu être considérés globalement. Cette expérience ne
s'avère donc pas décisive en raison du choix des figures du problème A
qui ne diffèrent pas seulement au niveau de la zone hypothétique
d'exploration.
Quoi qu'il en soit, cette prise en considération d'une ligne ou d'une
zone inférieure n'est pas surprenante chez le Rat, compte tenu de la
relation entre les capacités visuelles de cet animal (qui d'après les
A V7 A
(grande PROBLM disparité) A ', (faible PROBLEME disparité) B visuelle hypothétique d'exploration zone
Fig. 2. — Formes utilisées pour tester l'effet facilitateur de l'augment
ation de surface sur la discrimination, compte tenu d'une zone hypothét
ique d'exploration visuelle (d'après Elias et Warner, 1970).
travaux cités au § 1 sont faibles par rapport aux autres Mammifères)
et ses déplacements sur un plan essentiellement horizontal. Cependant,
certains auteurs ont fait l'hypothèse qu'un tel mécanisme d'analyse
partielle du stimulus interviendrait également chez le Singe, essentie
llement arboricole. Riopelle, Rahm, Itoigawa et Draper (1964), montrant
que la distinction des images en miroir dans le sens vertical (TJL, AV, etc.)
était mieux réussie que dans le sens latéral (HH, > <J, etc.), en déduisent
que ces animaux fonderaient leurs discriminations d'après la moitié
inférieure (ou supérieure) des figures où apparaît une différence dans le
seul cas des images en miroir dans le sens vertical. Par ailleurs, Butt
er (1966), après avoir entraîné des Singes Rhésus à discriminer un
octogone et un hexagone, brouillent ces figures en leur ajoutant des
traits « parasites ». Lorsque ceux-ci sont situés latéralement, la perfor
mance est moins bonne que lorsqu'ils touchent le haut et le bas. L'auteur
conclut que chez cet animal, la distinction serait fonction des caracté
ristiques des côtés sans prise en compte de la configuration totale. Bien
qu'on ne puisse écarter chez le Singe la mise en œuvre d'un tel processus,
la discussion de ces résultats contradictoires quant à l'emplacement des
parties considérées, mais concordants quant au principe, serait tout à
fait artificielle ; cela apparaît lorsqu'on aborde, comme nous le faisons
par la suite, l'analyse de performances fondées sur des indices tels que

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