Du mariage et du concubinage dans les classes populaires à Paris (1846-1847) - article ; n°4 ; vol.33, pg 803-829

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1978 - Volume 33 - Numéro 4 - Pages 803-829
A cartographical and mathematical treatment of socio-demographic data, supplemented by trial reports from the Gazette des tribunaux, leads us to challenge L. Chevalier's idea that concubinage was a form of civilisation populaire or an habitude ouvrière, as well as certain notions underlying E. Shorter's hypothesis of a sexual revolution. There are three reasons for our disagreement with these authors. First, concubinage in Paris is not found only in the working class. One-third to two-fifths of those living in concubinage come from other social classes. Second, the significant factor with regard to membership in a social class is marriage and not concubinage. Third, concubinage, which is not differentiated with respect to class position, is pertinent only in the case of working-class women. And this pertinency appears to be conditioned more by a desire for marriage and by the new dependency specific to female wage-labourers generated by industrialization (economic dependence especially) than by the hypothetical sexual liberation of which E. Shorter speaks.
It is for these reasons that we reject an opposition marriage/concubinage which supposedly corresponds to an opposition between the respective cultural behaviors of the lower and middle classes and that we adopt, instead, a pair marriage/concubinage specific to each class. We are still faced with the task of explaining the meaning and evolution of the pair marriage/concubinage and of integrating them into a wider network of working-class culture, in which proper attention is given to sociability to the feeling of being at home, and to the emotional ties between parents and between parents and children.
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Michel Frey
Du mariage et du concubinage dans les classes populaires à
Paris (1846-1847)
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 33e année, N. 4, 1978. pp. 803-829.
Abstract
A cartographical and mathematical treatment of socio-demographic data, supplemented by trial reports from the Gazette des
tribunaux, leads us to challenge L. Chevalier's idea that concubinage was a form of "civilisation populaire" or an "habitude
ouvrière", as well as certain notions underlying E. Shorter's hypothesis of a "sexual revolution". There are three reasons for our
disagreement with these authors. First, concubinage in Paris is not found only in the working class. One-third to two-fifths of
those living in concubinage come from other social classes. Second, the significant factor with regard to membership in a social
class is marriage and not concubinage. Third, concubinage, which is not differentiated with respect to class position, is pertinent
only in the case of working-class women. And this pertinency appears to be conditioned more by a desire for marriage and by the
new dependency specific to female wage-labourers generated by industrialization (economic dependence especially) than by the
hypothetical "sexual liberation" of which E. Shorter speaks.
It is for these reasons that we reject an opposition marriage/concubinage which supposedly corresponds to an opposition
between the respective cultural behaviors of the lower and middle classes and that we adopt, instead, a pair
marriage/concubinage specific to each class. We are still faced with the task of explaining the meaning and evolution of the pair and of integrating them into a wider network of working-class culture, in which proper attention is given to
sociability to the feeling of being "at home", and to the emotional ties between parents and between parents and children.
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Frey Michel. Du mariage et du concubinage dans les classes populaires à Paris (1846-1847). In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 33e année, N. 4, 1978. pp. 803-829.
doi : 10.3406/ahess.1978.293973
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1978_num_33_4_293973DU MARIAGE ET DU CONCUBINAGE
DANS LES CLASSES POPULAIRES PARIS f1846-1847
aurait-il une propension spécifique des classes populaires contracter des
unions concubines Nous pourrions le penser compulser la littérature et les
enquêtes contemporaines qui ne cessent de dénoncer effondrement de la famille
dans les milieux les plus humbles gangrenés par immoralité est-à-dire
pêle-mêle par la prostitution le concubinage le vice le jeu la boisson le bal..
Frégier dans son analyse minutieuse pour caractériser les classes dangereu
ses décrit ainsi la catégorie des ouvriers des filatures et des fabriques Nulle
part les ouvriers et les ouvrières ne sont plus dissolus nulle part il moins
de mariages et aisance que dans cette classe et il précise Dans cette classe
ouvriers on évalue seulement un tiers le nombre de femmes unies par les liens
du mariage aux hommes avec qui elles vivent est dire que les deux tiers
vivent de manière concubinaire et que mariage et concubinage sont per us
comme deux formes contradictoires union Les ouvriers ateliers et de
boutiques ne sont pas mieux jugés La différence entre ces deux catégories
ouvriers est au niveau du paraître Le vice domine dans les deux classes
mais il est raffiné dans une et effronté dans autre De même Rozier dans son
livre De la condition sociale des femmes demande que la jeune fille sans dot
cesse être condamnée un amour illégitime est désigner le mariage
comme étant de nature bourgeoise tandis que les ouvrières seraient contraintes
union concubine Nous pourrions ainsi multiplier les citations contemporaines
qui vont dans le même sens Plus récemment Louis Chevalier note que le
concubinage est pas simplement le fait importants effectifs ouvriers mais il
est une habitude ouvrière voire une des formes de civilisation populaire
Sur la base une documentation qualitative il avance ainsi idée une culture
populaire spécifique qui se manifesterait par une propension au concubinage Le
concubinage est-il donc contradictoire avec le mariage et significatif une culture
populaire
Nous avons pu exploiter une des rares sources quantitatives sur le problème
du concubinage Il agit un document fabriqué par la Société de Saint-Fran ois
Régis créée en 1826 et dont objectif était précisément extirper le concubinage
chez les pauvres Rappelons-en les buts Il agit pour elle arracher les
803 LA SOCI FRAN AISE
pauvres au malheur et au crime une cohabitation illicite de donner
leurs enfants le bienfait de la légitimation de tâcher de ramener le père la
mère et les enfants la pratique et amour de la religion Mais cette Société
surtout pour nous extraordinaire mérite avoir dressé une statistique4 portant
sur 8588 couples concubins dont elle est occupée pendant quinze ans activité
Cette source quantitative unique nous informe sur un certain nombre de points
quel est le degré relatif de stabilité du concubinage Grossièrement un peu
plus un cinquième des couples re us la Société 218 96 ont eu une
cohabitation inférieure un an un peu moins un quart 2387 ont de un
trois ans de vie commune un autre cinquième 2025 durant une période de
trois six ans enfin 3412 96) soit un peu plus un tiers ont cohabité plus de
six ans précisons que pour plus un cinquième 2266 ) la cohabitation
dépassait neuf ans Le concubinage existe donc chez les pauvres Il un certain
degré de stabilité et il est alors nécessaire de le distinguer du concubinage instable
proche de la relation accidentelle ou de la prostitution Rien indique
malheureusement si les 165 couples recensés Paris sont représentatifs du
concubinage dans les classes populaires et plus exactement si cette population
fournit un échantillon significatif et représentatif de ces classes populaires
malgré cette incertitude la Société fournit cependant la distribution socio
professionnelle de ces couples effectif global des concubins mâles est de 588
sujets Un peu moins de deux tiers 6444 relèvent de la catégorie ouvriers
avec des distinctions intéressantes relever Plus du quart de effectif global
2670 relève des professions pénibles un autre 72 ) états
sédentaires ou presque outils tandis un dixième seulement 1048 est
fourni par les ouvriers des manufactures Cette classification rend difficile
analyse puisque la première catégorie relève aussi bien de artisanat que de
usine Dans ces conditions on ne sait comment répartir ce premier groupe entre
les deux autres qui eux définissent de manière certaine la manufacture un côté
artisanat de autre Probablement artisanat emporte-t-il sur la manufacture
mais nous ne savons pas dans quelle proportion
Enfin le dernier tiers de effectif global se distribue ainsi pour 272 96 il
inclut le menu peuple de Paris est-à-dire des domestiques journaliers gens
de service de comptoir et de boutique cuisiniers infirmiers postiers com
missionnaires fruitiers porteurs eau marchands colporteurs dans les halles et
les rues soulignant importance du monde de la boutique dans la population
concubinaire pauvre pour 646 il enregistre des indigents marginaux tels
saltimbanques chanteurs musiciens ambulants faiseurs de tours chiffon
niers des personnes issues des couches moyennes gens de plume et de
pinceaux employés praticiens écrivains publics teneurs de livres coloristes
instituteurs professeurs et gens de lettres auxquels ajoutent quelques
médecins chirurgiens pharmaciens et surtout des militaires en activité ou
en retraite qui représentent près de la moitié de cet effectif partiel Bref les
hommes concubins se recrutent abord chez les ouvriers plus chez les artisans
que chez les ouvriers usines) ensuite dans le monde des petits métiers parisiens
La petite-bourgeoisie et les militaires ne jouent un rôle marginal dans ce
recrutement
Pour les femmes la statistique est malheureusement plus sommaire Moins
un dixième 846 de effectif est mentionné comme sans profession
agit-il de prostituées ou de profession non indiquée Un peu plus un
804 FREY MARIAGE ET CONCUBINAGE
huitième 1372 se recrute dans les états violents tandis que plus des trois
quarts des concubines 7784 96 proviennent des états sédentaires sans autre
précision ce qui interdit de savoir quelle proportion provient des manufactures
ou de artisanat Les femmes concubines apparaissent donc fondamentalement
ouvrières 9156 96) le monde des petits métiers parisiens et de la bourgeoisie
étant exclu
Au total les clients de la Société Saint-Fran ois Régis sont donc ouvriers aux
deux tiers et ouvrières aux neuf dixièmes Les travaux pénibles recrutent deux
fois plus de concubins que de concubines le monde de la boutique et des petits
métiers ne fournit que des contingents masculins Dans ces conditions
homogamie est nullement réalisée au niveau des couples concubins Tandis
que pour les travaux pénibles la propension entrer en concubinage est deux fois
plus forte chez les hommes que chez les femmes pour les travaux de type
artisanal ou de type manufacturier la situation inverse Mais encore une fois
une réserve importante doit être rappelée la représentativité de échantillon ainsi
rassemblé par rapport la composition de ensemble de la population parisienne
reste sujette caution Cela dit la statistique de la Société Saint-Fran ois Régis
en donne pas moins impression que le concubinage ouvrier existe et comme
indiquent nos sources qualitatives il constitue probablement une forme de
civilisation populaire
Deux raisons nous incitent cependant approfondir analyse
la documentation quantitative fournie par Saint-Fran ois Régis signifie bien
il existe des pauvres concubins mais rien indique que le concubinage Paris
soit ouvrier pour essentiel La Société elle ne recrute en effet que chez les
pauvres cf dernière remarque annexe
quant aux témoignages littéraires ils véhiculent tous les mêmes stéréotypes sur
le concubinage et une manière plus large sur immoralité des classes
laborieuses Au discours libéral et bourgeois qui reproche aux ouvriers leur
immoralité source de misère oppose le discours socialiste également
bourgeois symétrique au premier Il rend la misère responsable de Les deux discours articulent la même valeur commune centrale
immoralité Ils se contentent inverser les causes et les effets En autres
termes immoralité ouvrière est-elle la réalité tout court ou une réalité
déformée Nous pouvions être autant plus sensible ces effets idéologiques
que dans la première moitié du xixe siècle ceux qui écrivent ne sont pas ouvriers
Il faut mettre part la frange très mince élite ouvrière souvent typographe et
dont Atelier est le prototype Mais précisément Atelier partage la même
analyse de immoralité ouvrière7 où idée de compléter ces premiers résultats
en les confrontant autres sources plus assurées de telles sources existent on
dispose une part des données démographiques relatives au mariage et
illégitimité et donc au concubinage partir des Recherches statistiques sur la
ville de Pariss autre part de données socio-professionnelles exceptionnelles
pour la première moitié du xixe siècle Paris rassemblées lors de la grande
enquête de la Chambre de commerce de en 1847-1848
Ces deux sources nous ont permis de dresser le tableau qui figure dans
annexe Il confronte la distribution des taux de mariage et de concubinage
travers les douze arrondissements de Paris avec trois séries de données
805 LA SOCI FRAN AISE
la population ouvrière avec distinctions âge de sexe et de répartition socio
professionnelle variable
la parisienne dans sa condition de célibataires et inégale
répartition des sexes variable
les catégories de populations suivantes
population logeant en garnis variable domestique variable prostituée
population de militaires stationnés Paris variable
Tous ces chiffres sont fiables car extraits du recensement de 1846 ou de enquête
de la Chambre de commerce de Paris
Trois remarques préalables imposent cependant en 1847 la crise
économique pas encore atteint Paris si bien que le nombre ouvriers recensés
par enquête en 1847 et le nombre ouvriers en 1846 date du recensement sont
probablement assez proches le calcul du concubinage été fait de la manière
suivante la notion un concubinage stable renvoie la reconnaissance des
enfants illégitimes
Pour 1846 on donc ajouté 2059 enfants illégitimes reconnus la
naissance domicile 15 enfants illégitimes reconnus la naissance hors
domicile est-à-dire hôpital 561 enfants légitimés par actes postérieurs la Mais on ajouté également en suivant Chevalier 585 enfants
illégitimes non reconnus mais nés domicile et qui renvoient probablement un
concubinage stable Soit 220 enfants au total
Ce chiffre rapporté aux 22 692 naissances légitimes donne un rapport de
02741 qui transféré sur le nombre des époux donne une évaluation de 115 995
concubins Paris en 1846 La mise en relation de ce concubinage avec les
caractéristiques de population parisienne que nous avons retenues est donc très
fiable voir annexe pour la critique du tableau dans son ensemble Bien
mieux cette évaluation semble être valable pour les années de la Restauration et
de la Monarchie de Juillet est du moins ce que nous pensons car les données
sur le mariage et le concubinage que on peut suivre depuis 1820 dans les
Recherches statistiques... laissent penser une constance du phénomène
pendant une période où Ch Pouthas souligne homogénéité du milieu de la
vie de Parisien il faut attendre la crise de 1848 et le Second Empire pour
assister au bouleversement des structures anciennes 10
Même si enquête de la Chambre de commerce est unique les relations mises
jour dans le tableau annexe ont donc quelques chances de validité pour
toute la première moitié du xixe siècle Le traitement de information utilise deux
méthodes la cartographie des principaux phénomènes étudiés dépliant et étude
mathématique des corrélations tableau II annexe II)
Ce double traitement permet de dégager les rapports significatifs entre le
mariage le concubinage et les structures sociales et démographiques de espace
parisien en 1846-1847 Il permet également de répondre aux questions qui est
concubin Qui se marie Dans quelles conditions se forment les couples
concubins au sein des classes populaires Quels sont les rapports entre mariage et
concubinage analyse du comportement des artisans et des groupes particuliers
veufs domestiques immigrés prostituées) non traitée ici faute de place
infirmerait pas les hypothèses avancées bien elle les complète et les nuance
utilement
806 FREY MARIAGE ET CONCUBINAGE
Mariage concubinage dans espace parisien
Mariage et concubinage Paris en 1846-1847 apparaissent comme des
phénomènes homogènes dans leur répartition spatiale inverse du fait ouvrier
Le mariage est très peu différencié selon les arrondissements puisque écart entre
les proportions de mariés pour 000 habitants varie de 12 de 364 o
438 o soit 20 écart Le concubinage est déjà moins homogène puisque
écart entre les proportions de concubins un arrondissement autre varie de
là2(73396oàl55l o) est-à-dire du simple au double En revanche le fait
ouvrier est plus diversifié puisque la répartition spatiale par quartiers donne une
variation de 373 de 1483 o 555 o)
La cartographie des principaux phénomènes permet alors de dégager les
rapports suivants la remarque fondamentale qui impose est que intensité du
mariage carte et intensité de implantation ouvrière carte se superposent
quasi parfaitement dans leur distribution spatiale
Au contraire intensité du concubinage échappe toute corrélation aussi
précise Notons cependant que intensité du concubinage carte et image de
la population carte correspondent grossièrement sauf pour le VIIe et le IXe
arrondissement Cette correspondance suggère un rapport approximatif entre
entassement de la population et concubinage encore que cet entassement et le
milieu de vie qui lui correspond ne définisse pas les groupes qui le constituent et
donc les comportements de ces groupes qui sont notre objet étude
Remarquons également que axe nord-sud constitué par les IIe IIIe IVe Ve
et XIe arrondissements fournit une image caractéristique de intensité du
concubinage qui ne se redessine de manière très floue par ailleurs que sur deux
cartes positivement avec les prostituées en maisons carte quoique image
soit éclatée et négativement avec les habitants en garnis carte 10 sauf pour le
IVe il existe un rapport entre prostitution la condition que échantillon
considéré soit valable et concubinage la relation ne peut être que fort lâche
tandis inversement les habitants des garnis apparaissent peu touchés par le
concubinage comme par la fréquentation des prostituées
Au total les relations qui structurent le concubinage apparaissent beaucoup
plus floues que la correspondance rigoureuse entre mariage et fait ouvrier tandis
que nulle part ne se dessine la relation concubinage/ouvriers si ce est
négativement pour les habitants en garnis
Les autres cartes ne peuvent que nuancer la relation pertinente entre
intensité du mariage et appartenance la classe ouvrière Aucune ne retrace
image du ou celle du concubinage Toutes expliquent par un jeu de
complémentarité et par suite ne recoupent que très partiellement le mariage
jamais le concubinage La carte décisive est celle du déséquilibre des sexes
carte 11)
Elle oppose un Paris de est prépondérance masculine au Paris de ouest
peu déséquilibré Au Paris plus populaire et plus pauvre où les femmes sont rares
oppose donc un Paris bourgeois plus aisé bien pourvu de Ce Paris de
est ne recoupe que partiellement image du bloc ouvrier lequel occupe que la
partie nord de cette moitié est tout en débordant ouest sur le IIe et le IIIe
arrondissement est dire que le déséquilibre des sexes la rareté féminine
807 LA SOCI FRAN AISE
recoupent mal intensité du mariage et ont aucun rapport avec le concubinage
La rareté féminine contrairement ce que pensait Chevalier est nullement
favorable au concubinage Seule exception du IVe permet envisager cette
relation la règle est donc absence de relation entre le déséquilibre des sexes et le
concubinage et une relation partielle avec le mariage ou implantation ouvrière si
elle existe
Le décalage entre image du déséquilibre des sexes et celle de la répartition
des ouvriers et donc du mariage peut être expliqué par les correspondances avec
les autres cartes Ainsi la carte de la répartition des femmes carte est
naturellement complémentaire de celle du déséquilibre des sexes Mais la
superposition des deux images dessine alors deux ensembles contrastés dont
explication est fournie par la distribution de la population en garnis carte 10 et
de la domesticité carte 6)
Le bloc du centre et de est que constituent les IVe VIIe VIIIe et IXe
arrondissements dessine le premier ensemble une répartition très déséquili
brée carte 11 correspond la rareté féminine carte Or ce bloc reproduit image
des populations en garnis carte 10 Cette population essentiellement masculine
dans un rapport de au détriment des femmes n) explique que ces quatre
arrondissements ouvriers fournissent les déséquilibres de sexes les plus intenses
est ici que les femmes sont les plus rares exception du Ier arrondissement
confirme la nature particulière des habitants en garnis de ce quartier Il agit
une population féminine domestique et non ouvrière Par son importance
21 contre une moyenne de ) elle renforce équilibre des sexes de cet
arrondissement bourgeois et contribue en faire un des deux quartiers
exceptionnels où le nombre de femmes emporte sur celui des hommes
Le second ensemble est constitué par le quart nord-ouest de Paris Ier IIe et
IIIe arrondissement Ici le déséquilibre des sexes carte 11 est faible car les
femmes sont nombreuses carte Cet ensemble explique par importance 12
de la domesticité carte Comme 71 96 des domestiques sont des femmes le
Paris aisé et bourgeois de ouest se rééquilibre autant mieux dans la répartition
des sexes Le poids du Ier et du IIe arrondissement 46 du total des
domestiques dont 67 de femmes assure même une prépondérance féminine
ces deux arrondissements contredisant la règle générale de la prépondérance
masculine dans tous les arrondissements de Paris En autres termes si image
de la carte du déséquilibre des sexes le Paris de est ne recoupe pas celle du Paris
ouvrier et donc celle du mariage un large éventail débordant le quart nord-est
ouest est que deux groupes de population accentuent ou atténuent le
déséquilibre des sexes Les habitants des garnis sauf pour le Ier où ils atténuent le accentuent la prépondérance masculine tandis que les domestiques
atténuent dans le quart nord-ouest et donnent même au Ier et au IIe
arrondissement une supériorité féminine Inversement absence des habitants en
garnis et des domestiques en particulier dans le Ve et le VIe ouvrier ainsi que
dans le XIIe très pauvre laisse alors au jeu des classes le rôle déterminant quant
ces déséquilibres ce qui recoupe la prépondérance une immigration difficile
préciser mais pour essentiel masculine et ouvrière
Le décalage entre image du Paris ouvrier couvrant un large quart nord-est et
image du Paris de est plus déséquilibré explique donc par la présence des
domestiques et des immigrés Cela suggère que ces deux types de population ont
un comportement différent sur le plan du concubinage est ce que vérifient nos
808 Les arrondissements de 1846
La population de 1846
3- Les concubins hommes et femmes en 1846
Les prostituées dans les maisons de tolérance en 1852 E1
Les logeant en garnis au 15 janvier 1849 E2
Les domestiques hommes et femmes en 1846 D3
Les mariés hommes et femmes en 1846
Les ouvriers et en 1847 Al
Les femmes en 1846 B5
10 Les habitants en garnis hommes et femmes en 1846 C3
Le déséquilibre des sexes célibataires en 1846 B1-B3
carte 10 11 soit
Ib- 252- 733- 015- 041- 4408- -131- 1493 93 98 hommes 364 749 44 285 023 084 4594 39
052- 107- 364- 968- 1776- 296- 112 hû niines 4741 141 492 1053 089 3S3 2404 299
09 192- 65- 583- 390- 2886- 487- 614- 128 132 hommes 1168 83 115 658 231 400 3495 488 682
130- 3881- 409- 4989- 979- 144 150 hommes 1369 4368 418 5119 1021
1485- Sl- 429- 4726- 188- 856- 161 hommes 328 5302 119 14 1551 555 203 438 888
TAUX POUR 1000 HABITANTS puin 100 femmes écart o
noveri 095 635 4842 474
parisien
Le Pons administratif de 1846 se prête mal une représentation statistique
le découpage en quartiers de tarte englobe dans un même arrondissement des
zones de densité de population et activité très disparates existence uni
tés de surface très vanabies déforme la lecture de tout phénomène ayant pas
de rapport avec la superficie les grands arrondissements ont trop de poids par
rapport aux petits -On tenté de réduire cet écart de surface les arrondisse
ments centraux ont été agrandis au détriment des arrondissements périphériques
carte f- carte 1) ils restent donc bien visibles dans la série des cartes tra
mées une anamorphose plus poussée superficie égale pour chaque arrondisse
ment serait théoriquement possible mais mage obtenue ne permettrait plus
la comparaison avec des cartes extérieures ce corpus)
La base de référence des est la population par arrondissement taux pour
1000 habitants) on donc représenté la carte pour rendre possible
pondération de chaque carte tramée par celle-ci
Les chiffres utilisés pour étabUr les cartes sont tirés de Annexe la colon
ne correspondant chaque carte est indiquée dans le titre ci-dessus
fLes paliers vides des cartes 10 correspondent des vides dans la
distribution de la série statistique)
Le nombre total de personnes prises en compte est indiqué sur chaque carte en
haut droite] DOMESTIQUES FEMMES Population
MARIAGE
ET CONCUBINAGE
dans espace parisien
1846.1847
5000 habitants
Arrondissements CONCUBINS MARI 11 QUILIBRE DES SEXES
célibataires
PROSTITU ES EN GARNhS PROSTITU ES EN MAISONS OUVRIERS 10 HABITANTS EN GARNIS
1307 1005
F.Vergneault et Frey FREY MARIAGE ET CONCUBINAGE
coefficients de corrélation annexe II et cela renforce idée une corrélation
pertinente entre mariage et classe ouvrière alors que le concubinage reste
beaucoup plus difficile cerner
Une première approche cartographique des phénomènes sociaux et
démographiques laisse apparaître une seule correspondance fondamentale celle
de la répartition ouvrière et celle du mariage Le concubinage lui échappe toute
correspondance aussi significative Précisons alors le jeu de ces combinaisons par
analyse des coefficients de corrélation pour mieux saisir comment les couches
populaires Paris se comportent sur le plan de union concubine ou légitime
Concubinage et mariage dans es ciasses popula/resten 1846-1847
analyse des coefficients de corrélation montre la propension maximale des
classes laborieuses se marier et la propension minimale pour classes non
ouvrières écart entre les deux coefficients 094 et 092 est maximal la
corrélation dans les deux cas est parfaite mais symétrique Plus la composante
ouvrière augmente plus le mariage est fréquent et plus la part des non-ouvriers
augmente plus le nombre de mariés diminue Contrairement ce que suggéraient
les sources qualitatives il pas de refus de mariage au contraire en milieu
ouvrier ils se marient plus que les autres milieux sociaux Naturellement cela ne
signifie pas que les classes non ouvrières ne se marient pas mais que attitude face
au mariage est tranchée au maximum selon les classes sociales
attitude face au concubinage est en revanche beaucoup moins différenciée
écart entre les deux coefficients 036 et 028 est plus modéré et même si
les groupes de salariés participent plus au concubinage que le groupe non ouvrier
les deux groupes de manière beaucoup moins contrastée que pour le
mariage
En revanche le concubinage forme de civilisation populaire selon
Chevalier apparaît pas travers nos coefficients Même il caractérise une
partie importante de la population parisienne et représente un peu plus un
couple pour quatre couples mariés 13 les différences attitudes entre les classes
populaires et les autres classes sont moins marquées que pour le mariage La
propension au concubinage inverse de la propension au mariage apparaît
pas comme un attribut spécifique du groupe des salariés Cependant
immigration populaire ouvrière et artisanale est très importante Paris dans la
première moitié du xixe siècle On peut donc se demander si les ouvriers se
marient plus que les autres couches sociales parce que ouvriers ou simplement
parce ils sont plus en âge de contracter mariage
Pendant la première moitié du xixe siècle le pourcentage des adultes croît
constamment alors que les groupes âges de plus de soixante ans et de moins de
quinze ans diminuent analyse différentielle de cette augmentation des couches
de vingt soixante ans peut se résumer dans le tableau suivant les chiffres sont
donnés pour 000 habitants)
Chevalier commente ainsi ces données Sans doute est-il excessif de
considérer que toute immigration de vingt trente ans des chances être plutôt
ouvrière et de trente quarante ans plutôt bourgeoise II en reste pas moins
il existe selon lui Paris une immigration jeune probablement artisanale et
ouvrière et une immigration plus âgée dont nous pouvons supposer en attendant
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