Effet des connecteurs sur le rappel de textes par des enfants de 8 et 10 ans bons et mauvais lecteurs et des adultes - article ; n°4 ; vol.93, pg 507-525

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L'année psychologique - Année 1993 - Volume 93 - Numéro 4 - Pages 507-525
Summary : Effect of connectives on the recall of texts by good and poor reader children aged from 8 to 10 and adults.
Connectives are theoretically thought of as instructions given by the writer to the reader in order to process the semantic relations between sentences or packs of sentences. So, connectives should facilitate the comprehension and recall of the text to be read. The objective of the research is to consider the relevance of such a claim. Children of 8 to 10 years who were good or poor readers, and competent adults read four texts with or without connectives. The results show that there is no difference between thr written free recalls of these two versions, except, as expected but mar-ginaly so, by good readers of age 10. However, clear differences exist according to age and reading level in the picking out-process and relational inferring of connectives as reflected by connectives present in recalls.
Key-words : connectives, relational inferring, text recall.
Résumé
Les connecteurs sont définis en théorie comme des instructions données par le rédacteur au lecteur pour traiter les relations sémantiques entre les phrases ou paquets de phrases. Les connecteurs devraient donc faciliter la compréhension et le rappel des textes. L'objectif de cette recherche est d'examiner la pertinence de cette position. Des enfants de 8 et 10 ans, bons et mauvais lecteurs, et des adultes compétents lisent quatre textes avec ou sans connecteurs. Les résultats montrent qu'il n'y a pas de différence entre les rappels libres écrits de ces deux versions, si ce n'est, comme prévu mais marginalement, chez les bons lecteurs de 10 ans. Cependant, il existe des différences sensibles selon l'âge et le niveau de lecture dans le repérage-traitement des connecteurs et leur inférence relationnelle, tels qu'ils sont réfléchis par la présence de connecteurs dans les rappels.
Mots clés : connecteurs, inférence relationnelle, rappels de textes.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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D.-G. Brassart
Effet des connecteurs sur le rappel de textes par des enfants de
8 et 10 ans bons et mauvais lecteurs et des adultes
In: L'année psychologique. 1993 vol. 93, n°4. pp. 507-525.
Abstract
Summary : Effect of connectives on the recall of texts by good and poor reader children aged from 8 to 10 and adults.
Connectives are theoretically thought of as instructions given by the writer to the reader in order to process the semantic relations
between sentences or packs of sentences. So, connectives should facilitate the comprehension and recall of the text to be read.
The objective of the research is to consider the relevance of such a claim. Children of 8 to 10 years who were good or poor
readers, and competent adults read four texts with or without connectives. The results show that there is no difference between
thr written free recalls of these two versions, except, as expected but mar-ginaly so, by good readers of age 10. However, clear
differences exist according to age and reading level in the picking out-process and relational inferring of connectives as reflected
by connectives present in recalls.
Key-words : connectives, relational inferring, text recall.
Résumé
Les connecteurs sont définis en théorie comme des instructions données par le rédacteur au lecteur pour traiter les relations
sémantiques entre les phrases ou paquets de phrases. Les connecteurs devraient donc faciliter la compréhension et le rappel
des textes. L'objectif de cette recherche est d'examiner la pertinence de cette position. Des enfants de 8 et 10 ans, bons et
mauvais lecteurs, et des adultes compétents lisent quatre textes avec ou sans connecteurs. Les résultats montrent qu'il n'y a pas
de différence entre les rappels libres écrits de ces deux versions, si ce n'est, comme prévu mais marginalement, chez les bons
lecteurs de 10 ans. Cependant, il existe des différences sensibles selon l'âge et le niveau de lecture dans le repérage-traitement
des connecteurs et leur inférence relationnelle, tels qu'ils sont réfléchis par la présence de connecteurs dans les rappels.
Mots clés : connecteurs, inférence relationnelle, rappels de textes.
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Brassart D.-G. Effet des connecteurs sur le rappel de textes par des enfants de 8 et 10 ans bons et mauvais lecteurs et des
adultes. In: L'année psychologique. 1993 vol. 93, n°4. pp. 507-525.
doi : 10.3406/psy.1993.28716
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1993_num_93_4_28716L'Année psychologique, 1993, 93, 507-525
UFR des Sciences de l'Education
UQTHtoi e^ ^es Pra^1ues de Formation
H P/EPo \ Université Charles-de- Gaulle, Lille III1
28, J5006 rue Serpente PARIS / } EFFET DES CONNECTEURS
SUR LE RAPPEL DE TEXTES
PAR DES ENFANTS DE 8 ET 10 ANS
BONS ET MAUVAIS LECTEURS ET DES ADULTES
par Dominique-Guy Brassart8
SUMMARY : Effect of connectives on the recall of texts by good and
poor reader children aged from 8 to 10 and adults.
Connectives are theoretically thought of as instructions given by the
writer to the reader in order to process the semantic relations between
sentences or packs of sentences. So, connectives should facilitate the com
prehension and recall of the text to be read. The objective of the research
is to consider the relevance of such a claim. Children of 8 to 10 years who
were good or poor readers, and competent adults read four texts with or
without connectives. The results show that there is no difference between
thr written free recalls of these two versions, except, as expected but mar-
ginaly so, by good readers of age 10. However, clear differences exist
according to age and reading level in the picking out-process and relational
inferring of connectives as reflected by connectives present in recalls.
Key-words : connectives, relational inferring, text recall.
Le but de ce travail est d'évaluer l'effet de la présence/
absence des connecteurs sur le rappel de textes écrits selon
qu'ils sont lus par des sujets d'âge et de niveau de lecture
différents.
1. THEODiLE-CREL, BP 149, F 59653 Villeneuve-d'Ascq.
2. Merci à C. Delamarre et à J. J. Spinneweber, psychologues scolaires,
pour leur aide dans le recueil des données. Dominique- Guy Brassarl 508
La compréhension d'un texte peut être considérée comme
l'intégration par un sujet des informations, i.e. des actions, états,
faits ou opinions évoqués par le texte, dans une représentation
d'ensemble du texte, macrostructure sémantique et/ou un modèle
de la situation (Van Dijk, 1982 ; Van Dijk et Kintsch, 1983).
Les connecteurs sont définis en pragmatique
(Anscombre et Ducrot, 1983 ; Ducrot et al, 1980 ; Ducrot, 1983 ;
Mceschler, 1985 ; Adam, 1990, par exemple) comme des instructions
données par l'énonciateur-destinateur à l'énonciataire-destina-
taire. Ils signalent qu'il y a lieu de calculer une relation sémantique
entre deux propositions ou deux paquets de propositions successifs
(paragraphes, parties de texte par exemple), ou entre des actes de
langage (notion de « régulation discursive », Garon, 1983). Ils
indiquent également quel type de relation il convient de calculer.
On devrait donc s'attendre à ce que la présence des connec
teurs facilite la compréhension et, par extension, le rappel des
textes (Baudet, 1988) en soutenant la construction d'une repré
sentation d'ensemble intégrée, dès lors du moins que les connec
teurs sont repérés et traités par les sujets. Réciproquement,
en l'absence des connecteurs, les lecteurs devraient, s'ils le peuvent
et au prix d'un coût cognitif élevé, inférer les relations entre les
informations pour les intégrer dans une représentation d'ensemble
(Denhière et Baudet, 1992 ; Cunningham, 1987 ; Mann et Thomps
on, 1986 ; Trabasso, 1981). On devrait donc s'attendre à ce que
l'absence des connecteurs gêne la compréhension et, par extension,
le rappel des textes.
Pourtant, les résultats disponibles ne confirment pas de façon
univoque cet effet facilitateur des connecteurs sur la compré
hension ou, du moins, le rappel de textes. Par exemple, Caron
(Caron, 1985 ; Brassart, 1987, 1991, pour une analyse) ne trouve
pas de différence entre les rappels (écrits) par des étudiants, spé
cialistes ou non du domaine évoqué, des versions VI avec
connecteurs et V2 sans connecteurs d'un court texte argumentatif ,
si ce n'est une plus grande fidélité dans les rappels V2 du fait d'un
moins grand nombre d'élaborations parasites non congruentes
avec le texte source (également Baker, 1985).
Dans d'autres recherches, c'est, plus largement, la technique
du « signalement » qui est mise en jeu (Loman et Mayer, 1983 ;
Britton, Glynn, Meyer et Pendland, 1982 ; Mayer, Dyck et
Cook, 1984 ; Roen et Piche, 1984. Fayol, 1987, pour une syn
thèse). Un certain nombre de signaux ou « prédicats rhétoriques » Connecteurs et rappel de textes 509
(Meyer, 1975), dont les connecteurs, sont censés souligner et
clarifier la structure ou l'organisation conceptuelle des textes, et
particulièrement des textes dits expositifs, qui, à la différence
des récits, ne semblent pas relever d'un schéma textuel rhétorique
spécifique. Les résultats enregistrés sur la lecture par des adultes
compétents d'une version VI riche ou V2 pauvre en signaux
ne sont pas toujours convergents. Le plus souvent, il n'y a pas
d'effet au rappel libre (écrit), mais accélération en VI du temps
de lecture (Roen et Piché, 1983, par exemple) et du temps de
réaction à une tâche secondaire (Britton et al., 1982).
En fait, tout se passe comme si les adultes compétents
compensaient, au moins en partie, l'absence des connecteurs par
une série d'inférences relationnelles qui alourdissent les opérations
de traitement on Une, mais permettent la construction d'une
représentation intégrée et des rappels libres qui ne se distinguent
pas de ceux des versions connectées. De ce point de vue, on
retrouverait une structure de résultats, déjà observée par Keenan,
Baillet et Brown (1984) et analysée par Duffy, Shingo et Myers
(1990) dans des tâches de rappel par des étudiants de paires de
phrases P1-P2 plus ou moins causalement reliées sémantiquement
(et sans connecteurs entre elles, à la différence de Caron et al.,
1988). Jusqu'à un certain degré, la difficulté à établir le sens à
l'encodage augmente le rappel de PI indicé par P2. En effet,
la probabilité que le lecteur (compétent) établisse spontanément,
au moment de l'encodage, une inference élaborative entre PI
et P2, et donc dispose d'un chemin mémoriel supplémentaire
vers la phrase cible PI, est faible quand PI et P2 sont séman
tiquement causalement très proches ou très éloignées, plus forte
quand la relation causale est moyenne.
Cette compensation via l'inférence relationnelle devrait se
manifester dans le rappel des versions déconnectées V2 par le
rétablissement d'un certain nombre de connecteurs identiques
ou analogues à ceux de la version connectée VI. Lorsque les
textes utilisés à des fins d'expérience sont suffisamment longs et
« naturels », le rétablissement ne devrait être que partiel en
raison, pour une part au moins, du caractère sémantiquement
« évident » et redondant de certains connecteurs dans les versions
connectées VI. Cette différence dans la fréquence des connecteurs
dans les rappels VI et V2 au profit des premiers peut d'ailleurs
être considéré comme un indice du fait que la présence des
connecteurs y est bien liée aux opérations de repérage-traitement 510 Dominique-Guy Brassarl
ou d'inférence au moment de la lecture et non pas à des « oppor
tunités de connexion » (Mouchon, Fayol et Gombert, 1989)
apparues au moment de la production du texte de rappel.
D'un point de vue développemental, « on ne dispose d'aucune
recherche concernant l'utilisation des connecteurs par des enfants
de 8 à 10 ans dans une tâche de lecture » (Mouchon, Fayol et
Gaonac'h, à paraître). On peut cependant conjecturer que le
repérage-traitement des connecteurs dans des textes VI (Fayol,
1992a) ainsi que le calcul des inferences relationnelles dans des
textes V2 (Hansen et Pearson, 1983) sont fonction de l'âge et/ou
du niveau de lecture, avec un développement plus tardif de
l'inférence par rapport au repérage.
Dans ces conditions, l'absence d'écart entre les rappels VI et
les rappels V2 pourrait masquer des différences de traitement
importantes entre les enfants les plus jeunes d'une part, les
adultes compétents d'autre part. Chez les premiers, elle serait le
résultat de difficultés concomitantes de repérage-traitement des
connecteurs des textes VI, d'inférence relationnelle au cours de la
lecture des textes V2. Chez les seconds, elle serait le signe d'une
maîtrise de ces deux types d'opérations. On ne pourrait constater
un écart entre les rappels VI et les rappels V2 que chez les
enfants plus âgés : elle serait le signe d'un décalage entre la
maîtrise des opérations de repérage-traitement des connecteurs
des textes VI et celle des opérations d'inférence relationnelle
au cours de la lecture des textes V2.
Nous avançons donc les hypothèses suivantes :
Hl. Il n'y a de différence entre le rappel libre de textes VI
avec connecteurs et celui de textes V2 sans connecteurs ni chez les
adultes compétents ni chez les enfants de 8 ans et les enfants
mauvais lecteurs (désormais ml).
Chez les enfants de 10 ans, bons lecteurs (désormais bl) en
particulier, on peut s'attendre à de meilleurs rappels des ver
sions VI que des versions V2 du fait d'un décalage possible
entre le développement du repérage-traitement des connecteurs
et celui de leur inference relationnelle au cours de la lecture.
H2. La fréquence des connecteurs identiques ou homologues
à ceux des textes VI augmente dans les rappels VI et V2 avec
l'âge et le niveau de lecture. Cette croissance globale n'est
cependant pas homogène.
Chez les enfants de 8 ans, la présence des connecteurs dans Connecteurs et rappel de textes 511
les textes de rappel est plutôt le fait d'opportunités de connexion
qui apparaissent au moment de la production du texte de rappel.
Leurs fréquences ne sont donc pas différentes dans les rappels VI
et V2.
Au contraire, chez les enfants de 10 ans, bl en particulier,
ainsi que chez les adultes compétents, ces fréquences sont
différentes dans les rappels VI et V2.
Chez les enfants de 10 ans, bl en particulier, cette différence
est le fait d'un décalage dans le développement du repérage-
traitement des connecteurs et celui de leur inference. La capacité
de ces enfants à inférer des connecteurs au cours de la lecture des
textes V2 restant comparable à celle des enfants de 8 ans, la
fréquence des connecteurs ne devrait pas varier dans les rap
pels V2 par les enfants de 8 et 10 ans, bl ou ml. En revanche, les
enfants de 10 ans, bl en particulier, devraient se distinguer des de 8 ans et des ml dans le repérage-traitement des
connecteurs dans les textes VI et, de ce fait, dans la fréquence de
ces dans les rappels VI.
Chez les adultes compétents, la capacité à calculer des infe
rences relationnelles au cours de la lecture des textes V2 est
nettement plus développée que chez les enfants bons lecteurs de 8
mais aussi 10 ans. On devrait constater, dans les rappels V2, une
fréquence élevée des connecteurs identiques ou homologues à ceux
des textes VI, qui reste cependant inférieure à ce qu'elle est dans
les rappels VI. La fréquence des connecteurs rappelés en VI
devrait être voisine chez les adultes et les enfants de 10 ans, bl en
particulier.
MÉTHODE
Population
La population « enfants » est constituée de deux groupes de 36 élèves
de 8 ans (nés en 1983, de 7;10 à 8;9 ans) et 10 ans (nés en 1981, de 9;10
à 10;8 ans). Ils sont scolarisés dans le niveau correspondant à leur âge
(ce2 et cm2). Ces élèves ont été sélectionnés dans quatre classes (environ
80 enfants). Ont été retenus les meilleurs et les moins bons lecteurs selon
des performances extrêmes (classes 0 à 4 et 7 à 10) à un test étalonné
de lecture silencieuse dont les questions brèves et ponctuelles font appel
aux capacités à retrouver les références, faire des inferences et repérer 512 Dominique-Guy Brassarl
l'action générale (ïnop-gnam, 1970)3. Le plan S9 < A2*L2*V2 > *T4 a
été suivi : chaque sujet S caractérisé par l'âge A et un niveau de lecture
L lit quatre textes différents T dans une version V.
On a suivi un autre plan pour la population « adultes » : S < V2 *T4 > .
Un total de 97 étudiants en licence de sciences de l'éducation ont lu
chacun un des quatre textes dans une version. Chacun des sous-groupes
comprend de 11 à 13 sujets qui sont considérés comme des lecteurs
adultes compétents sinon experts. 46 étudiants ont lu l'un des textes VI,
51 l'un des textes V2.
MATÉRIEL
Les quatre textes ont été choisis dans des publications destinées
à la jeunesse et constituent les versions Vl (cf. annexe) : un texte
narratif (172 mots, 59 propositions et 15 connecteurs en Vl ; 154 mots
et 45 propositions en V2), un texte explicatif (153 mots, 67 propositions
et 11 connecteurs en Vl ; 139 mots et 57 propositions en V2), un texte
descriptif-expositif (159 mots, 53 propositions et 14 connecteurs en Vl ;
145 mots et 43 propositions en V2) et un texte argumentatif (142 mots,
55 propositions et 17 connecteurs en Vl ; 121 mots et 37 propositions
en V2).
Les versions V2 ont été fabriquées en retirant l'ensemble des connec
teurs des 1. Chaque fois que cela a été nécessaire, la mise en
mots a été légèrement modifiée pour maintenir l'acceptabilité linguistique
(cf. annexe).
PROCÉDURE
La passation des épreuves a été collective et répartie sur plusieurs
jours. Elle a été réalisée en classe par les enseignants des élèves ou des
étudiants. Les consignes indiquaient qu'il s'agissait de lire le texte
pour bien le comprendre afin de, ultérieurement, le rappeler et répondre
à des questions. L'ordre de présentation des textes n'a pu être contrôlé.
Chaque rappel écrit, sans limitation de durée, a été précédé d'une tâche
écran d'une dizaine de minutes et suivi d'un questionnaire à choix
multiple. Un rappel aussi complet que possible était demandé.
Pour évaluer les rappels, on a constitué des grilles de codage en
soumettant les textes sources Vl et V2 à une analyse predicative
classique (Denhière, 1984, par exemple). Un point a été accordé chaque
fois qu'une proposition était rappelée dans la formulation originelle
ou dans une formulation para-synonymique. Un second codeur indé-
3. Faute d'une évaluation du niveau de décodage, nous ne pouvons dire
si ces mauvais lecteurs sont « bons décodeurs - mauvais compreneurs » ou
essentiellement « mauvais décodeurs ». et rappel de textes 513 Connecteurs
pendant a répété l'opération sur plusieurs rappels dans chacune des
conditions. L'accord intercodeur étant proche de 80 %, on n'a retenu
que les résultats du premier codeur. Les valeurs obtenues, en ne prenant
pas en compte le nombre de connecteurs en Vl, ont été transformées en
pourcentages.
RÉSULTATS
— Gomme attendu (cf. tableau I), les analyses font apparaître,
chez les enfants, un très net effet de l'âge (F^ 1,35) = 94,211,
p = .0001) et du niveau de lecture (Fcal (1,35) = 56,03.5,
p = sur les rappels, mais sans interaction entre ces deux
facteurs (Fcal (1,17) < 1). Une analyse plus fine des contrastes
montre que, en VI comme en V2, des écarts très significatifs
Tableau I. — Rappels pour l'ensemble des textes : pour
centage moyen de propositions en fonction de Vâge et du
niveau de lecture (BL = bons lecteurs ; ML = mauvais
lecteurs)
Recall for all the texts : mean percentage of propositions
as a function of age and reading level (bl = good readers ;
ml = poor readers)
8 ans 10 ans
BL ML total BL ML total
V1 28,99 17,31 23,15 57,46 35,45 46,45 51,31
V2 32,72 16,39 24,56 51,70 36,10 43,90 48,95
total 30,86 16,85 23,85 54,58 35,78 45,18 50,07
opposent les enfants de 8 ans de ceux de 10 ans, les bl des ml
(tests de Scheffé p < .01). Chez les enfants, il y a progression
régulière en fonction de l'âge et du niveau de lecture : « 8 ans
ml < 8 ans bl = 10 ans ml < 10 ans bl » (U' entre 66 et 76,
z entre 2,252 et 3,488, p < .05 ou < .01 ; bl 8 ans / ml 10 ans :
U' = 51 et 50, z = .928 et .841, n.s.). En revanche, ni en VI
ni en V2 les performances des adultes ne se distinguent de celles
des bl de 10 ans (test de Scheffé n.s.).
— Pour l'ensemble des textes, la facteur version à lui seul n'est
significatif ni chez les enfants (F^ (1,35) < 1) ni chez les adultes
(F^j (1,96) < 1). De même, les interactions version * âge
AP — 18 514 Dominique- Guy Brassart
(Fcal (1,17) < 1), version * niveau de lecture (Fcal (1,8) < 1) et
version * âge * niveau de lecture (Fcal (1,8) < 1) ne produisent
aucun effet significatif chez les enfants.
L'hypothèse Hl est donc confirmée en ce qui concerne les
enfants de 8 ans, les ml et les adultes. Elle ne l'est pas pour les de 10 ans, bl en particulier, chez qui nous attendions un
écart entre les rappels V1/V2 : si, comme prévu, on enregistre
bien une supériorité VI > V2 chez les enfants de 10 ans bl,
elle n'est que marginalement significative (U' = 61, z — 1,818,
p = .070).
— Pour évaluer la présence des connecteurs identiques ou
homologues à ceux de la version VI dans les rappels VI et V2,
nous avons calculé le rapport entre le taux de connecteurs repérés
ou inférés et le taux de rappel des autres unités (cf. fig. 1).
0,8 T
♦ BL V1
-*- ML V1
■CJ-BL V2
■ù- ML V2
8 ans 10 ans Adultes
Fig. 1. — Taux de connexité
en fonction de l'âge, du niveau de lecture et de la version.
Ensemble des textes
Connectivity rate as a function of age, reading level and version
All texts
— Le facteur version produit des efïets significatifs chez les
enfants (F^ (1,35) = 21,203, p = .0001) et chez les adultes
(F^j (1,96) = 17,469, p = .0001). Pour l'ensemble des textes,
le taux de connexité est nettement plus élevé dans les rappels VI
que dans les rappels V2. Ces écarts V1/V2 sont également signifi
catifs chez les bl, les adultes et les enfants de 10 ans (test de
Schelïé, p < .05 ou < .01), bl mais aussi ml (U' = 81 et 71, Connecteurs et rappel de textes 515
z — 3,591 et 3,32, p < .01). Ils ne le sont pas chez les ml (test
de Schefïé n.s.) ni chez les enfants de 8 ans bl ou ml (U' = 53 et 54,
p = 1,104 et 1,195, n.s.).
Les aspects de l'hypothèse H2 concernant les différences de
fréquence des connecteurs dans les rappels VI et V2 sont donc
confirmées. Les résultats permettent de préciser que c'est avec les
enfants de 10 ans ml que l'écart commence à se creuser. Reste à
vérifier l'origine de ces écarts : croissance du taux de connexité
en VI et/ou baisse de ce taux en V2.
— Pour les seules versions VI, les effets de l'âge et du niveau
de lecture se traduisent pour l'ensemble des textes par un taux de
connexité significativement plus élevé dans les rappels des
enfants de 10 ans par rapport à ceux de 8 ans, des bl par rapport
aux ml (test de Scheffé p < .01 et .05). Chez les enfants, on
constate une certaine évolution avec l'âge et le niveau de lecture :
« 8 ans ml — 8 ans bl ^ 10 ans ml < 10 ans bl » (U' entre 65
et 72, z entre 2,169 et 2,784, p < .05 ou < .01), les bl de 8 ans
ne se distinguant pas significativement des ml de 8 ans (U' = 55,
z = 1,283, n.s.) et les ml de 10 ans ne se différenciant que des ml
de 8 ans. Les enfants de 10 ans bl font jeu égal avec les adultes
(test de Scheffé n.s.).
En revanche, pour les versions V2, aucune évolution signifi
cative ne se manifeste avec l'âge et le niveau de lecture chez
U' entre 42,5 et 60, z entre .178 les enfants (test de Scheffé n.s. ;
et .1,725, n.s.). Une seul exception : le taux de connexité est
significativement plus élevé chez les ml de 8 ans que chez les bl
de 10 ans (U' = 63, z = 1,991, p < .05). Mais ce résultat ponctuel
est faussé par la faiblesse globale des rappels chez les ml de 8 ans,
ce qui tend à gonfler le rapport « taux de connexité » tel que nous
l'avons défini. En revanche, le de des rappels
adultes est significativement plus élevé que celui des enfants bl
et ml, quel que soit leur âge (test de Scheffé p < .05).
Les différences de taux de connexité entre les rappels VI et V2
que nous avons constatées dès 10 ans sont donc essentiellement
le fait d'une croissance du taux de connexité dans les rappels VI,
en particulier chez les bl de 10 ans. Il s'agit d'un indice vrai
semblable d'un développement du repérage-traitement des
connecteurs dans les versions VI puisque, précisément, le taux
de connexité est faible dans les rappels V2 et que, dans le même
temps, les rappels VI et V2 eux-mêmes ne sont pas quantitative
ment distincts.

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