Effet des connecteurs sur le traitement en temps réel de propositions exprimant des relations de cause/effet - article ; n°2 ; vol.92, pg 187-207

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L'année psychologique - Année 1992 - Volume 92 - Numéro 2 - Pages 187-207
Summary : Effect of connectives on on-line processing of propositions expressing cause-effect relations.
The purpose of this research is to examine the effect of four connectives on the representation and thematic integration of propositions expressing cause-effect relations : cause-expected effect (because and since) and cause-unexpected effect (although and albeit).
Two experiments were carried out. Different measures were made on reading limes for initial clause (RTIC), recognition times for a word exlracted from this clause (RTW) (Experiment 1) or meaning judgment times (MJT) (Experiment 2) and reading times for the final clause (RTFC). 48 students participated in the experiments, 24 in each of thon.
RTIPs are shorter when connectives express an expected causal link (because and since). RTW s are shorter and MJT are longer with concessive connectives (although and albeil). Initial clause processing depends on the exploitation by the connective of the dependence of the propositional content. RTFCs seem to depend more on the illocutionary force of connectives than on their semantic function : faster processing with « since » and « although » than with « because » and « albeit ».
Key-words : connective, cause, effect, semantic, illocutionary.
L'objectif de cette recherche est d'examiner l'effet de quatre connecteurs sur la représentation et l'intégration thématique de propositions exprimant des relations de cause/effet : relation de CAUSE-EFFET ATTENDU (parce que et puisque) et relation de CAUSE-EFFET NON ATTENDU (bien que et quoique).
Deux expériences sont réalisées. On mesure le temps de lecture de la proposition initiale (TLPI), le temps de reconnaissance d'un mot (TRM) tiré de cette proposition (expérience 1) ou le temps de jugement de sens (TJS) (dans l'expérience 2) et le temps de lecture de la proposition finale (TLPF). 48 étudiants ont participé à ces deux expériences, 24 dans chacune.
Les TLPI sont plus courts quand les connecteurs expriment un lien causal attendu fparce que et puisque). Les TRM sont plus courts et les TJS sont plus longs avec les connecteurs concessifs ('bien que et quoique). Le traitement des propositions initiales dépend de l'exploitation par le connecteur du type de dépendance du contenu propositionnel. Les TLPF semblent dépendre davantage de la fonction illocutoire des connecteurs que de leur fonction sémantique : traitement plus rapide avec « puisque » et « bien que » qu'avec « parce que » et « quoique ».
Mots clés : connecteurs, cause, effet, sémantique, illocutoire.

21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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Abdenbi Ziti
Raymond Champagnol
Effet des connecteurs sur le traitement en temps réel de
propositions exprimant des relations de cause/effet
In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°2. pp. 187-207.
Citer ce document / Cite this document :
Ziti Abdenbi, Champagnol Raymond. Effet des connecteurs sur le traitement en temps réel de propositions exprimant des
relations de cause/effet. In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°2. pp. 187-207.
doi : 10.3406/psy.1992.29502
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1992_num_92_2_29502Abstract
Summary : Effect of connectives on on-line processing of propositions expressing cause-effect
relations.
The purpose of this research is to examine the effect of four connectives on the representation and
thematic integration of propositions expressing cause-effect relations : cause-expected effect (because
and since) and cause-unexpected effect (although and albeit).
Two experiments were carried out. Different measures were made on reading limes for initial clause
(RTIC), recognition times for a word exlracted from this clause (RTW) (Experiment 1) or meaning
judgment times (MJT) (Experiment 2) and reading times for the final clause (RTFC). 48 students
participated in the experiments, 24 in each of thon.
RTIPs are shorter when connectives express an expected causal link (because and since). RTW s are
shorter and MJT are longer with concessive connectives (although and albeil). Initial clause processing
depends on the exploitation by the connective of the dependence of the propositional content. RTFCs
seem to depend more on the illocutionary force of connectives than on their semantic function : faster
processing with « since » and « although » than with « because » and « albeit ».
Key-words : connective, cause, effect, semantic, illocutionary.
Résumé
L'objectif de cette recherche est d'examiner l'effet de quatre connecteurs sur la représentation et
l'intégration thématique de propositions exprimant des relations de cause/effet : relation de CAUSE-
EFFET ATTENDU (parce que et puisque) et relation de CAUSE-EFFET NON ATTENDU (bien que et
quoique).
Deux expériences sont réalisées. On mesure le temps de lecture de la proposition initiale (TLPI), le
temps de reconnaissance d'un mot (TRM) tiré de cette proposition (expérience 1) ou le temps de
jugement de sens (TJS) (dans l'expérience 2) et le temps de lecture de la proposition finale (TLPF). 48
étudiants ont participé à ces deux expériences, 24 dans chacune.
Les TLPI sont plus courts quand les connecteurs expriment un lien causal attendu fparce que et
puisque). Les TRM sont plus courts et les TJS sont plus longs avec les connecteurs concessifs ('bien
que et quoique). Le traitement des propositions initiales dépend de l'exploitation par le connecteur du
type de dépendance du contenu propositionnel. Les TLPF semblent dépendre davantage de la fonction
illocutoire des connecteurs que de leur fonction sémantique : traitement plus rapide avec « puisque » et
« bien que » qu'avec « parce que » et « quoique ».
Mots clés : connecteurs, cause, effet, sémantique, illocutoire.L'Année Psychologique, 1992, 92, 187-207
Université de Poitiers
Laboratoire de Psychologie du langage
UA CNRS 6661
EFFET DES CONNECTEURS
SUR LE TRAITEMENT EN TEMPS RÉEL
DE PROPOSITIONS EXPRIMANT
DES RELATIONS DE CAUSE/EFFET
par Abdenbi Ziti
et Raymond Ghampagnol
SUMMARY : Effect of connectives on on-line processing of propositions
expressing cause-effect relations.
The purpose of this research is to examine the effect of four connectives
on the representation and thematic integration of propositions expressing
cause-effect relations : cause- expected effect (because and since) and
cause-unexpected effect (although and albeit).
Two experiments were carried out. Different measures were made on
reading times for initial clause (RTIC), recognition times for a word
extracted from this clause (RTW ) (Experiment 1) or meaning judgment
times (MJT) (Experiment 2) and reading times for the final clause
(RTFC). 48 students participated in the experiments, 24 in each of them.
RTIPs are shorter when connectives express an expected causal link
(because and since) . RTW s are shorter and MJT a,re longer with concessive
connectives (although and albeit). Initial clause processing depends on the
cxplicilalion by the connective of the dependence of the propositional
content. RTFCs seem to depend more on the illoculionary force of connectives
than on their semantic function : faster processing with « since » and
« although » than with « because » and « albeit ».
Key-words : connective, cause, effect, semantic, illoculionary.
1. 95, avenue du Recteur Pineau, 86000 Poitiers Cedex. 188 Abdenbi Zili et Raymond Champagnol
L'objectif de cette recherche est d'examiner l'effet des
connecteurs sur la représentation et l'intégration thématique
de deux propositions dont l'une exprime la cause et l'autre
l'effet.
On utilise deux types de relations de cause/effet :
— Le premier type représente une relation sémantique entre
tenue entre deux propositions constituant une phrase « p*q » dans
laquelle « p » constitue une cause suffisante de « q », et « q » cons
titue une conclusion naturelle de « p » (ex. Puisque la voiture
avait perdu une roue, le chauffeur a manqué le virage).
Pour désigner ce type de relation nous parlerons de cause/effet
attendu. La relation est représentée par les connecteurs « parce que »
et « puisque ». Ces connecteurs, quand ils introduisent la cause,
marquent que l'auteur assume le caractère suffisant de la
et quand ils introduisent l'effet ils confirment l'effet attendu
de la cause.
— Le deuxième type représente une relation dite adversative
(Halliday et Hassan, 1976) ou plus précisément de concession
causale (Moeschler, 1983, 1989). Le principe de cette relation
est le suivant : soit « p*q », dans les circonstances normales,
on attendrait à ce que « p » cause « r », mais la conclusion « q »
amenée par le connecteur s'oppose à la conclusion naturellement
attendue après la proposition « p » (Letoublon, 1983) (ex. Bien
que le moteur gauche de l'avion ait prit feu, le pilote a réussi à poser
l'appareil).
Pour ce type de relation nous parlerons de cause/effet non
attendu. Cette relation est représentée par les connecteurs
« bien que » et « quoique ». Ces deux connecteurs, quand ils intro
duisent la cause, marquent que l'auteur indique que l'effet
attendu ne se réalisera pas. Associés à l'effet, ces connecteurs
indiquent que l'effet n'est pas celui qui découle naturellement
de la cause.
On considère que les connecteurs ont au moins deux fonc
tions : la première fonction est celle d'expliciter un type de
lien sémantique entre les contenus propositionnels ou phrastiques
(relation causale, temporelle, etc.) (McClure et Geva, 1983).
La deuxième fonction est celle d'accomplir un acte de parole
particulier (Caron, 1983, 1984, 1985 ; Kail et Weissenborn, 1984 ;
Wing et Scholnick, 1981 ; Barbault, Ducrot, Dufour, Espagnon,
Israel et Manesse, 1975). A travers ces deux fonctions les connec- Connecteurs el traitement en temps réel 189
teurs régissent les processus cognitifs générés dans une tâche
de compréhension.
Il y a un large accord entre modèles de traitement de l'info
rmation symbolique sur le fait que la compréhension résulte,
en gros, de l'interaction entre le lecteur/auditeur, les connais
sances qui sont disponibles en mémoire relatives au domaine
évoqué et les informations fournies par l'énoncé. L'énoncé
recèle en lui-même des indices qui activent les connaissances.
Parmi ces indices il y a les marques syntaxiques portées par
des mots dits « mots fonctionnels » (Garon, Garon-Pargue, Miko,
Tomeh et Verdret, 1987 ; Garon, Miko et Thuring, 1988) ou
function morphemes (Kimball, 1973). Les connecteurs en consti
tuent une classe importante.
Plusieurs rôles sont attribués aux dans le
traitement des phrases (et des textes) au cours de la lecture.
En effet, la présence d'un connecteur dans une phrase, expli
citant la relation sémantique entre les contenus propositionnels,
aide le lecteur à intégrer les propositions contiguës en indi
quant de façon anticipée le contenu de la prochaine séquence
(Haberlandt, 1982; Haberlandt et Kennard, 1981). Il aide le
lecteur à mettre en place une attente vers un certain type
d'information (Ghampagnol, 1985) facilitant ainsi l'intégration
des informations. Toutefois, cet effet facilitateur des connecteurs
n'est efficace que lorsque les connaissances préalables relatives
aux faits décrits ne suffisent pas à anticiper le déroulement
des événements (Mouchon, Fayol et Gaonac'h, 1991).
Cette remarque ressort clairement de résultats d'un bon
nombre de recherches. Il a été trouvé que la différence des
temps de traitement de phrases selon que le connecteur est
absent ou présent est beaucoup moins importante pour les
connecteurs causaux que pour les autres types de connecteurs
(temporels, additifs et adversatifs) (Ziti, 1987). Les durées de
pauses sont longues quand les sujets sont appelés à compléter
une séquence peu prédictible (Chanquoy et Fayol, 1991). Les
sujets complètent rapidement une phrase quand elle est intro
duite par un connecteur causal explicitant que la phrase apparaît
dans le « modèle causal » (Townsend, 1983). Il ressort que les
relations causales ont une certaine primauté par rapport aux
autres types de relations. Il en est ainsi, parce que le modèle
causal est un modèle inférentiel typique sur lequel se basent
les attentes (Keenan, Baillet et Brown, 1984 ; Black et Bern, 1981). 190 Abdenbi Zili et Raymond Champagnol
Concernant les connecteurs causaux et adversatifs (if,
since, though) Townsend (1983) et Townsend et Bever (1978)
mettent en évidence deux niveaux de traitement. Les connec
teurs causaux favorisent le traitement immédiat du contenu
sémantique de la proposition qu'ils introduisent. Les connec
teurs adversatifs entraînent plutôt le traitement de la forme
de surface de la proposition. Les auteurs pensent que l'intr
oduction d'un connecteur adversatif, dans une proposition
initiale, bloque le traitement spontané, normal, qui est le tra
itement causal, et oriente l'attention de l'auditeur sur le maintien
en mémoire de la forme littérale de la proposition. Nous suppos
ons, pour notre part, que les propositions initiales seront traitées
plus ou moins rapidement selon que les connecteurs confirment
(parce que et puisque) ou infirment (bien que et quoique) le
modèle causal. Lorsque le modèle causal est confirmé, l'accès
à la forme profonde est plus facile et lorsqu'il n'est pas confirmé,
le lecteur doit davantage traiter la forme de surface.
D'un point de vue pragmatique, les relations de cause-effet
attendu (type causal) et de cause-effet non attendu (type
concessif) sont considérées comme des stratégies discursives
(Anscombre, 1985). Tous les connecteurs ont en commun de
les réaliser mais ils ne le font pas de la même façon. Bien que la
substitution d'un connecteur à l'autre (parce que à puisque
par exemple) ne change pas la « grammaticalité » de la phrase,
on suppose qu'ils induiraient des effets différents sur la vitesse
de traitement dans la mesure où la conclusion apportée par
puisque prend un caractère plus contraignant que parce que
(Barbault et al., 1975 ; Adam, 1984), et pourrait être traitée et
intégrée plus vite. Nous ne disposons pas, à notre connaissance,
de données empiriques attestant telle hypothèse. Ce travail se
propose donc d'examiner ces différences entre les connecteurs de
chaque type (parce que et puisque d'une part et bien que et
quoique d'autre part) quand ils introduisent la même phrase.
EXPÉRIENCE 1
Dans cette expérience on se propose d'examiner l'effet des
connecteurs « parce que, puisque, bien que et quoique » sur
la vitesse de traitement de deux propositions constituant un Connecteurs et traitement en temps réel 191
ensemble significatif. On mesure dans l'ordre les trois temps
suivants :
— le temps de lecture de la proposition initiale (tlpi) qu'on
estime représenter le temps nécessaire au lecteur pour
construire le sens de la proposition, c'est-à-dire une repré
sentation sémantique de son contenu ;
— le temps de reconnaissance d'un mot tiré de cette propos
ition (trm) qui fournit des indications sur la facilité ou
la difficulté du sujet pour accéder au sens littéral ou structure
de surface de la proposition. Cette mesure vise à estimer
la disponibilité en mémoire de la structure de surface de
cette proposition (Passerault, 1988 ; Ratcliff et McKoon, 1978 ;
Burrows et Okada, 1973). Cette proposition initiale exprime
soit la cause (notée El) soit l'effet (noté E2) introduite
ou non par un connecteur ;
— le temps de lecture de la proposition finale (tlpf) qui repré
sente le temps nécessaire au sujet pour construire le sens
de la proposition et l'intégrer thématiquement avec celle
traitée précédemment pour construire le sens de la phrase
entière et se conformer aux intentions de l'auteur.
DESCRIPTION DE L'EXPÉRIENCE
MATERIEL
Le matériel consiste en six listes comprenant chacune 18 phrases
ou items dont 12 items expérimentaux et 6 items dits de remplissage.
— ■ Les items sont des phrases de deux propositions
à la forme active constituant un ensemble significatif et comportant :
Sujet + Verbe -f Objet + Adjectif ou Complément de nom. On a utilisé
l'objet de la proposition comme le mot sonde à reconnaître.
Toutes les propositions sont construites de la même façon, avec le
même nombre de mots et de syllabes, la même structure grammaticale.
Dans le cas où elles sont présentées sans connecteur, on ajoute le nombre
de mots et de syllabes pour maintenir constant, le mieux possible, le
nombre de mots et de syllabes. Le mot sonde reste inchangé. Dans les
propositions formant une phrase aucun mot n'est répété, aucune
substitution n'est utilisée et les marques de ponctuation et les temps
des verbes sont contrôlés. Tous ces facteurs peuvent avoir un efïet sur la
vitesse de traitement des propositions (Fayot et Abdi, 1 986 ; Rossi, 1985
Haberlamlt et; Bingham, 1978 : Noue!, et Pyrite, 1970). Abdenbi Zili el Raymond Champagnol 192
Parmi ces douze phrases expérimentales, six d'entre elles com
portent une relation causale (cause-effet attendu) et 6 phrases
portent une de concession causale (cause-effet non attendu).
Voici à titre d'exemple deux phrases (1) et (2) appartenant respe
ctivement au type causal et concessif :
(1) El. La neige avait rendu la. piste du circuit très difficile, /
E2. les coureurs ont tous abandonné la course bien avant l'arrivée.
(2) El . La chaleur avait séché toutes les terres agricoles l'an dernier, /
E2 les paysans ont tous recueilli des moissons très satisfaisantes.
Chaque couple de propositions apparaît dans six conditions. On peut
schématiser cette présentation comme suit :
! El 0 E2 E2, 0 , El, /
1 El Parce que E2 E2, parce que t El, /
1 El Puisque E2 E2, puisque , El, /
0 / El E2 E2, 0 , El, /
/ El Bien que E2 E2, bien que j El, /
Quoique E2 / El E2, quoique , El, /
où El représente la proposition qui exprime la cause, et E2 la pro
position qui exprime I'effet. L'ensemble vide (0) représente la condi
tion sans connecteur et la barre (/) la coupure faite pour la présentation
des deux propositions. Cette présentation permet de comparer les temps
relatifs à une même proposition avec et sans connecteur.
— Les items de remplissage, au nombre de six, sont construits de
la même façon que les phrases expérimentales, mais la relation sémant
ique que ces propositions entretiennent est incohérente : les deux
propositions constituant la phrase ne forment pas une unité signifi
cative. Pour quatre de ces items le mot à reconnaître présenté (mot
distracteur) ne figure pas dans les propositions (ex. Puisque le photo
graphe avait développé les films de ses clients, les enfants ont taquiné le
chat de la voisine).
Par ailleurs, afin de familiariser les sujets avec la situation expéri
mentale, on a construit six items d'entraînement dont quatre phrases
cohérentes et deux phrases non cohérentes.
DÉROULEMENT DE L'EXPÉRIENCE
L'expérience se déroule individuellement et de façon identique
pour chaque sujet. Elle comporte 3 phases.
1 / On présente visuellement au sujet la première proposition du
couple sur un écran vidéo. La proposition commence par une majuscule.
Cette proposition est présentée soit toute seule soit introduite par un
connecteur. Le sujet doit appuyer le plus vite possible sur « la barre et traitement en temps réel 193 Connecteurs
d'espacement » pour dire « j'ai lu et compris la proposition ». Cet inter
valle est défini comme le temps de lecture de cette proposition.
2 / La pression sur la barre d'espacement fait disparaître la première
proposition pour laisser la place à un mot (le mot sonde), situé au centre
de l'écran. La tâche du sujet est d'indiquer le plus vite possible si ce
mot fait partie ou non de la proposition juste lue. Pour formuler sa
réponse, le sujet dispose de deux boutons symétriques. La réponse « oui »
est associée à la main préférée du sujet. Cet intervalle est défini comme
le temps de reconnaissance du mot.
3 / Quand le sujet a répondu, le mot disparaît pour laisser à son
tour la place à la deuxième proposition. Le sujet doit dire le plus vite
possible si oui ou non cette proposition constitue avec la première
un ensemble significatif en appuyant sur l'un des deux boutons « oui »,
« non ». Cet intervalle est défini comme le temps de lecture de la pro
position finale.
L'apparition de chaque item est précédé par l'affichage d'une étoile
au centre de l'écran et l'émission d'un signal auditif pour limiter les
fluctuations de l'attention du sujet (Rossi, Crombe, Lecuyer, Pêcheux
et Tourette, 1989). La présentation des items est aléatoire. Il est
expliqué au sujet que les phrases sont indépendantes les unes des autres.
Un essai préliminaire est effectué au début de l'expérience.
24 sujets étudiants en psychologie ou en lettres à l'Université de
Poitiers ont passé l'expérience. Chaque sujet est affecté à une liste de
phrases.
PLAN DE L EXPERIENCE
Le plan général de l'expérience peut s'écrire comme suit : S*E2*C6.
Pour éviter le mélange des deux types de relations (causale et concessive)
nous avons partagé le plan général en deux sous-plans :
S*E2*C3 (pour le type causal) le concessif)
où E = Statut de la proposition (cause ou effet). C — Mode de
connexion (parce que, puisque, sans connecteur (pour le type causal)
et bien que, quoique, sans connecteur (pour le type concessif)).
Les variables dépendantes de cette expérience sont :
— le temps de lecture des propositions initiales (tlpi) ;
— le de reconnaissance du mot tiré de ces propositions (trm) ;
— le temps de lecture des finales (tlpf). Abdenbi Ziti el Raymond Champagnol 194
RÉSULTATS
Les résultats rapportés ici seront centrés sur deux aspects.
On examine, pour chaque type, l'effet de la présence des deux
connecteurs et on les compare entre eux quand ils sont présents.
On procède par la suite à la comparaison des deux types de (causaux et concessifs).
I - TEMPS DE LECTURE DES PROPOSITIONS INITIALES (tLPI)
A / Effet de la présence des connecteurs
1. Type causal. — Ni la présence de « parce que » ni celle de
« puisque » n' affectent significativement le temps de lecture de la
proposition qui exprime la cause (fig. la) (p > .10). Les deux
connecteurs ne diffèrent pas entre eux (p > .10).
On constate (sur la figure la) une accélération du traitement
de la proposition qui exprime I'effet attendu lorsqu'elle
est présentée avec « parce que » F(l,23) = 4,649, p < .05 ou avec
« puisque » F(l,23 = 8,057, p < .01. La présence des deux
connecteurs accélère le traitement de la proposition qui exprime
l'effet attendu, et ils ne diffèrent pas entre eux (p > .10).
2. Type concessif. — L'introduction des connecteurs
« bien que » et « quoique » dans la proposition qui exprime
la cause (fîg. 16) ralentit le traitement de cette proposition :
F(l,23 = 15,083, p < .001 ; F(l,23) = 22,54, p < .001 respec
tivement. Les deux connecteurs ne diffèrent pas entre eux
(p > .10).
Dans la proposition qui exprime I'effet non attendu (fig. 16)
aucune différence significative n'est observée.
B / Comparaison des deux types de connecteurs
En toute rigueur, le plan d'expérience ne permet pas la
comparaison entre le traitement des propositions causales et
concessives, puisque les propositions n'étaient pas les mêmes
dans chaque cas. Cependant, en considérant que, dans la modal
ité sans connecteur, le traitement de la proposition qui exprime
la cause utilisée dans la relation causale ne diffère pas de celui
de la proposition qui exprime la cause utilisée dans la concession

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