Effet du contexte sur le déroulement temporel du processus de lecture - article ; n°2 ; vol.83, pg 395-408

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L'année psychologique - Année 1983 - Volume 83 - Numéro 2 - Pages 395-408
Résumé
Le but de l'expérience est de préciser dans quelle mesure le processus de traitement au cours de la lecture peut être déterminé par la prise en compte d'un contexte linguistique préalable. Pour ce faire, on donne à lire des phrases comportant une subordonnée relative à laquelle le contexte donne le caractère d'être soit une relative appositive, soit une relative déterminative. Les phrases sont présentées selon la procédure de l'auto-présentation segmentée et on mesure les temps d'exposition que se donne le lecteur sur chacun des segments. Les résultats montrent que les temps d'exposition sont plus longs lorsqu'une même proposition est précédée d'un contexte déterminatif que lorsqu'elle l'est d'un contexte appositif. L'effet s'observe sur la seule proposition relative et non pas sur la principale dans laquelle elle est enchâssée. Une interprétation est proposée en termes de temps nécessaire pour achever le traitement de l'antécédent du pronom relatif lorsqu'il y a ambiguïté sur Videntification du réfèrent.
Mots clefs : Effet du contexte, lecture, traitement de phrases.
Summary : The on-line effect of linguistic context on reading processing.
The experiment was designed to test the effects of prior knowledge of linguistic context on processing time during reading. Sentences containing a relative clause which, depending on the context, was non-restrictive or restrictive, were presented using a segmented self-exposition method. Exposure time for each segment was calculated. Results show that reading time is longer for the proposition to which the preceding context gives a restrictive character. The effect appears on the exposure time for the relative clause and not on time for the main embedding clause. It is suggested that reading time of the clause containing the relative pronoun is longer because the processing of the antecedent must be completed when the antecedent is ambiguous.
Key-words : Context effect, reading, sentence processing.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
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G. Noizet
Effet du contexte sur le déroulement temporel du processus de
lecture
In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°2. pp. 395-408.
Résumé
Le but de l'expérience est de préciser dans quelle mesure le processus de traitement au cours de la lecture peut être déterminé
par la prise en compte d'un contexte linguistique préalable. Pour ce faire, on donne à lire des phrases comportant une
subordonnée relative à laquelle le donne le caractère d'être soit une relative appositive, soit une relative déterminative.
Les phrases sont présentées selon la procédure de l'auto-présentation segmentée et on mesure les temps d'exposition que se
donne le lecteur sur chacun des segments. Les résultats montrent que les temps d'exposition sont plus longs lorsqu'une même
proposition est précédée d'un contexte déterminatif que lorsqu'elle l'est d'un contexte appositif. L'effet s'observe sur la seule relative et non pas sur la principale dans laquelle elle est enchâssée. Une interprétation est proposée en termes de
temps nécessaire pour achever le traitement de l'antécédent du pronom relatif lorsqu'il y a ambiguïté sur Videntification du
réfèrent.
Mots clefs : Effet du contexte, lecture, traitement de phrases.
Abstract
Summary : The on-line effect of linguistic context on reading processing.
The experiment was designed to test the effects of prior knowledge of linguistic context on processing time during reading.
Sentences containing a relative clause which, depending on the context, was non-restrictive or restrictive, were presented using a
segmented self-exposition method. Exposure time for each segment was calculated. Results show that reading time is longer for
the proposition to which the preceding context gives a restrictive character. The effect appears on the exposure time for the
relative clause and not on time for the main embedding clause. It is suggested that reading time of the clause containing the pronoun is longer because the processing of the antecedent must be completed when the antecedent is ambiguous.
Key-words : Context effect, reading, sentence processing.
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Noizet G. Effet du contexte sur le déroulement temporel du processus de lecture. In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°2.
pp. 395-408.
doi : 10.3406/psy.1983.28473
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1983_num_83_2_28473L'Année Psychologique, 1983, SS, 395-408
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université René-Descartes el EPHE 3e section
associé au CNRS1
EFFET DU CONTEXTE
SUR LE DÉROULEMENT TEMPOREL
DU PROCESSUS DE LECTURE
par Georges Noizet
SUMMARY : The on-line effect of linguistic context on reading
processing.
The experiment was designed to test the effects of prior knowledge of
linguistic context on processing time during reading. Sentences containing
a relative clause which, depending on the context, was non- restrictive or
restrictive, were presented using a segmented self-exposition method.
Exposure time for each segment was calculated. Results show that reading
time is longer for the proposition to which the preceding context gives a
restrictive character. The effect appears on the exposure time for the relative
clause and not on time for the main embedding clause. It is suggested that
reading time of the clause containing the relative pronoun is longer because
the processing of the antecedent must be completed when the antecedent
is ambiguous.
Key-words : Context effect, reading, sentence processing.
Les motifs qui ont inspiré l'expérience que nous allons
décrire2 se situent au carrefour d'interrogations de deux ordres.
Les premières concernent le déroulement temporel du processus
de compréhension qui permet à un locuteur la construction pro
gressive de la signification de ce qu'il entend ou lit. Personne
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2. Ce travail a été mené en collaboration avec Etienne Rousseau, étudiant
de maîtrise de psychologie, qui a participé à la construction du matériel,
a assuré la passation de l'expérience et a effectué les premières analyses. 396 Georges Noizet
ne doute qu'il s'agit, selon l'expression de Hupet (1979), d'un
travail d'intégration sémantique qui prend en compte en premier
lieu, mais pas uniquement, les informations de nature lexicale
et syntaxique contenues dans le signal. Une façon d'aborder le
problème a consisté à tester l'hypothèse de ce que Förster (1974)
a appelé l'autonomie de la syntaxe : le traitement lexical (c'est-à-
dire l'identification des unités, qu'il s'agisse de lexemes ou de
grammèmes) permettrait de construire de premières hypothèses
sur la structure de la phrase, hypothèses qui ne seraient pas
affectées par la construction du sens, au moins jusqu'à la fin
de chaque proposition. Adoptant une position inverse, Tyler
et M arslen- Wilson (1977) ont donné, pour leur part, des argu
ments expérimentaux en faveur d'un modèle qualifié d'interactif
où traitement syntaxique et traitement sémantique seraient dès
le début effectués conjointement, et s'influenceraient l'un l'autre.
Une autre façon d'envisager la question du déroulement
temporel du processus d'intégration sémantique a consisté à se
demander comment s'opère cette intégration quand le locuteur
est confronté à un message complexe, par exemple à des phrases
comportant plusieurs propositions, a fortiori à des ensembles
de phrases constituant un discours ou un texte. Des effets ont
été mis en évidence, que l'on peut qualifier de syntaxiques :
nous avons ainsi observé (Noizet, 1982), que le temps de lecture
de phrases complexes dépend de l'ordre entre principale et
subordonnée ; ce temps est plus court si, du fait de sa position
en surface, la principale est traitée avant la subordonnée, c'est-à-
dire la proposition à modifier avant la proposition qui la modifie.
De même Townsend et Bever (1978) ont montré que le temps de
réponse à un mot sonde est plus court lorsque, toutes choses
égales par ailleurs, ce mot est présenté dans la principale que
lorsqu'il l'est dans la subordonnée, comme si les constituants de
la principale étaient immédiatement pris en compte, à la diff
érence des constituants de la subordonnée. Mais il est clair que
ces effets liés à la structure interpropositionnelle sont susceptibles
d'interprétations liées au contenu de l'énoncé. On sait depuis
longtemps (Glark et Clark, 1968) que lorsqu'une phrase comporte
une relation temporelle d'antériorité ou de postériorité, elle est
traitée plus rapidement en cas de correspondance entre l'ordre
des événements et celui de leur énonciation, que dans le cas
contraire. Dans une perspective analogue, et qui a pu être utilisée
pour rendre compte des effets de relation temporelle, on peut Le processus de lecture 397
prétendre que le temps de traitement dépend du caractère
connu ou nouveau de l'information véhiculée, pour reprendre la
distinction couramment admise de Haviland et Clark (1974).
Les mêmes données ont ainsi parfois reçu des interprétations
différentes, en termes plus « syntaxiques » ou plus « sémantiques ».
Cette situation s'explique par la difficulté d'orthogonaliser cer
tains facteurs, sauf à construire un matériel très artificiel. Et
c'est un fait que, dans l'usage de la langue, l'opposition prin
cipale/subordonnée et l'opposition information nouvelle/infor
mation connue ne sont pas indépendantes. Nous avons tenté,
dans une expérience récente, des les distinguer (Pynte et Noizet,
à paraître).
L'expérience que nous allons décrire relève également d'une
seconde source d'inspiration : l'effet du contexte sur la construct
ion du sens. On entend en premier lieu par contexte tout ce qui
est extérieur au message lui-même et peut contribuer à son
interprétation. C'est ainsi que la situation dans laquelle le
message est produit constitue de toute évidence une part de
contexte qui n'est d'ailleurs pas dissociable des savoirs et des
motivations du locuteur au travers desquels il appréhende la
situation. Mais, en second lieu, on appellera contexte ce qui est,
dans le message, extérieur à la partie du message que le locuteur
est en train de traiter, définissant ainsi un contexte linguistique :
il s'agira par exemple de ce qui, dans un discours ou un texte,
précède l'énoncé d'une phrase, d'une proposition ou d'un mot
ambigus. Nous nous limiterons à cet aspect de la question.
Dans cet ordre d'idées le contexte d'une sera qualifié
de « sémantique » lorsqu'il lève l'ambiguïté d'un syntagme
comme landing planes3 et que sa prise en compte peut être
constatée à la mesure du temps mis à prononcer un mot qui
continue la phrase de manière appropriée ou inappropriée (Tyler
et Marslen-Wilson, 1977). Mais le contexte est également suscept
ible de susciter des « inferences pragmatiques ». On les qualifie
ainsi pour les différencier des inferences logiques dans la mesure
où, comme le précise Singer (1976), elles sont fortement suggérées
par le message, mais non pas logiquement impliquées par lui.
Ainsi Pias et de Froment Latour (1981), exploitant un jugement
3. Landing planes signifie soit « faire atterrir des avions », soit « des
avions qui atterrissent ». Cette ambiguïté syntaxique n'a pas vraiment
d'équivalent en français. 398 Georges Noizel
indiquant si un locuteur, placé en situation d'apprentissage
incident, a ou non perçu un changement dans un énoncé, retrou
vent les résultats obtenus par Sachs (1967) dans une autre
perspective : les sujets ne relèvent que 55 % des changements
introduits si ces derniers l'ont été en conformité avec le contexte
(ce qui correspondrait à la situation que Sachs décrit comme
changement formel), tandis qu'ils en relèvent 79 %. s'ils sont non
conformes au contexte (situation de changement sémantique).
La perception du changement dépend donc des inferences prag
matiques suscitées par le contexte.
La question que nous nous sommes posée est au carrefour
de ces deux problématiques : dans le cas de la lecture, la prise
en compte d'un contexte est-elle susceptible de modifier le déroule
ment temporel du processus de compréhension ? Nous avons
souhaité donner à cette question une réponse directe, qui s'appuie
sur une mesure du processus lui-même (et non pas sur une mesure
liée au processus mais de manière indirecte parce que recueillie
dans le cadre d'une tâche qui présuppose une activité de com
préhension). Pour ce faire, nous avons choisi, dans une situation
d' autoprésentation segmentée de textes à lire, de prendre
comme variable le temps que le lecteur se donne pour lire chaque
segment du texte. Il est en effet permis de penser que ce temps
reflète l'ensemble du travail de prise et d'intégration de l'info
rmation que le lecteur effectue sur le segment en question et
qu'il constitue donc un indicateur de la complexité du processus
sous-jacent.
Une situation nous est apparue comme particulièrement
favorable à la mise en évidence d'un effet du contexte sur le
déroulement temporel du processus de lecture : le traitement
de phrases comportant une subordonnée relative appositive ou
determinative. Cette opposition de deux types de subordonnées
relatives est classique chez les grammairiens. Grevisse, par
exemple, dit que « les relatives determinatives précisent ou
restreignent l'antécédent en y ajoutant un élément indispen
sable au sens », tandis que les relatives appositives (qu'il appelle
explicatives) « ne servent jamais à restreindre l'antécédent ;
elles ajoutent à celui-ci quelque détail, quelque explication non
indispensable » (Grevisse, 1975, p. 1149). Il s'ensuit, toujours
selon Grevisse, qu'on ne saurait supprimer les premières « sans
détruire l'économie de la phrase », à l'inverse de ce qui en est
pour les secondes. Or le caractère déterminatif ou appositif d'une Le processus de lecture 399
subordonnée relative peut n'être suggéré que par le contexte.
Ainsi, dans une phrase telle que (1) :
(1) L'enfant, qui connaît le docteur, vient à la consultation
la subordonnée relative présentera un caractère déterminatif
si le contexte préalable précise qu'il s'agit de deux frères dont
l'un seulement a déjà été soigné par le médecin, tandis qu'elle
apportera seulement un élément supplémentaire, mais non
nécessaire, d'information s'il s'agit de l'histoire d'un seul enfant.
Nous avons fait l'hypothèse suivante : pour une même struc
ture de surface et une même phrase réalisée (on ne peut pas
invoquer de différence de nature prosodique puisque la phrase
est lue), le temps de traitement sera différent pour une relative
determinative et pour une relative appositive. Ce temps de
traitement, mesuré à la durée de l'autoprésentation de la propos
ition relative, sera plus long pour les relatives determinatives
que pour les relatives appositives dans la mesure où seules les
premières sont indispensables à ce que Grevisse appelle l'économie
de la phrase, et où une part du traitement de la principale se
reportera de ce fait sur elles. Cette différence, observée au niveau
du déroulement du processus de compréhension, sera l'effet du
seul contexte précédant la phrase test. Naturellement il convien
dra de s'interroger en temps voulu sur ce que le psycholinguiste
peut entendre de ce que le linguiste appelle « économie de la
phrase ».
MÉTHODE
MATÉRIEL
Les phrases tests données à lire sont des phrases comportant une
subordonnée relative. Elles décrivent des situations (dépassement de
cyclistes, visite au médecin, etc.) que nous appellerons par la suite
« thèmes ». Les subordonnées relatives résultent (Noizet, 1980, chap. X)
soit d'un enchâssement par emboîtement (EE), soit d'un enchâssement
à droite (ED), ce qui définit un facteur « lieu d'enchâssement ». Ce sont,
d'autre part, soit des relatives dites relatives sujet (introduites par qui),
soit des relatives dites objet (introduites par que), ce qui définit
un facteur « ordre canonique ». Ces deux facteurs sont croisés et engen
drent des subordonnées relatives de quatre types (Amy et Vion, 1976).
De façon à ce que les subordonnées relatives de différents types 400 Georges Noizet
puissent être croisées avec les thèmes, nous nous sommes donné deux
contraintes lors de la construction du matériel : d'une part les syntagmes
nominaux sujet et objet de la principale ont été choisis de sorte qu'ils
puissent l'un et l'autre être l'antécédent du pronom relatif, d'autre part
la subordonnée est « renversable », autrement dit les syntagmes nomi
naux sujet et objet de la subordonnée peuvent être permutés sans que
la situation évoquée perde de sa vraisemblance.
Voici un exemple des quatre types de subordonnées relatives ainsi
engendrées :
Relatives sujet
EE Le dompteur qui impressionne le public observe l'acrobate
ED Le observe l'acrobate qui impressionne le public
Relatives objet
EE Le dompteur qu'impressionne le public observe l'acrobate
ED Le observe l'acrobate qu'impressionne le public
Chacune des phrases tests est précédée d'un contexte qui induit le
caractère appositif ou déterminatif de la subordonnée relative.
Voici les deux contextes pour une des phrases de l'exemple précédent.
Contexte « appositif » : Un dompteur se prépare, tandis qu'un
acrobate fait frémir le public par un numéro périlleux. « déterminatif » : Deux acrobates font leur numéro sous les
yeux d'un dompteur ; l'un d'eux fait frémir le public.
Phrase test : Le dompteur observe l'acrobate qui impressionne le
public.
Les quatre types de subordonnées relatives étant chacun précédé de
deux contextes, huit conditions expérimentales ont ainsi été définies
et huit thèmes ont été nécessaires pour assurer le croisement des condi
tions et des thèmes. Le matériel comprend donc 64 phrases tests.
PROCÉDURE
Le paradigme expérimental est celui de l'autoprésentation segmentée
ou APS (Pynte, 1975) : le sujet, en appuyant sur un bouton, fait appar
aître sur un écran connecté à un ordinateur T1600, la phrase test à
lire, segment par segment. Les frontières des segments sont les frontières
propositionnelles, de sorte que les phrases comportant un enchâssement
par emboîtement sont présentées en trois segments, celles comportant
un enchâssement à droite en deux segments. L'affichage d'un segment
provoque l'effacement du segment précédent. Seule la phrase test est
présentée selon cette procédure : le contexte la précédant est donné
oralement par l'expérimentateur.
La tâche du sujet est de lire silencieusement la phrase test, puis de
répondre oralement à une question portant sur la relation entre deux processus de lecture 401 Le
des trois syntagmes nominaux de chaque phrase test (dans l'exemple
précédent : « le dompteur impressionne-t-il le public ? »). Les questions
ont été choisies en faisant en sorte d'équilibrer la position et la fonction
grammaticale des syntagmes nominaux concernés et de solliciter autant
de réponses oui que de réponses non.
Chaque sujet a à lire huit phrases tests, correspondant aux huit
conditions et aux huit thèmes. Pour ce faire, les sujets ont été répartis
en huit groupes sur la base d'un carré latin sujets x conditions x thèmes,
chaque groupe se définissant par une certaine association entre les
conditions et les thèmes. L'ordre de présentation des phrases tests a été
tiré au hasard pour chaque groupe.
La présentation des phrases tests est précédée d'une phase d'entra
înement au cours de laquelle sont proposées huit phrases construites de
la même façon que les phrases tests, mais portant sur d'autres thèmes.
Le matériel d'entraînement est identique pour tous les sujets.
Quarante sujets ont participé à l'expérience, tous étudiants de
psychologie de l'Université de Paris V et tous de langue maternelle
française, également répartis dans les huit groupes.
RÉSULTATS
La variable dépendante est le temps que le sujet se donne pour
lire chaque segment. Nous l'appelons temps d'exposition de
lecture (TEL). Il est mesuré en ms. Le que se donne le
lecteur pour lire la phrase entière est la somme des TEL corre
spondant à chaque segment.
La question posée au sujet à la fin de chaque phrase a par
faitement joué son rôle. Nous n'avons enregistré qu'un faible
nombre de réponses erronées, ce qui montre que les sujets ont
effectivement construit la signification de la phrase. Il n'y a
donc pas lieu de dichotomiser les données sur le critère de
l'exactitude des réponses à la question de contrôle.
Sur les protocoles recueillis, 39 étaient complets et ont été
traités. Comme certains protocoles comportaient quelques TEL
particulièrement longs (TEL > 4 s), nous avons d'abord calculé
plutôt des médianes intersujets que des moyennes. Pour l'ana
lyse de variance, nous avons ensuite écarté les protocoles conte
nant des TEL supérieurs à 4 s, soit 10 protocoles, puisque nous
disposions d'une seule donnée individuelle par condition expéri
mentale. Cependant, comme on le verra sur les tableaux de
résultats, les moyennes calculées sur les protocoles soumis à
AP — 14 402 Georges Noizet
l'analyse de variance et les médianes calculées sur la totalité
des données présentent la même structure.
Le tableau 1 indique les moyennes des TEL pour la surbor-
donnée relative. Il en ressort que, sur l'ensemble des conditions,
le TEL est supérieur de 180 ms lorsque le contexte donne à la
relative un caractère déterminatif (1 747 rns) â ce qu'il est lors
qu'il lui donne un caractère appositif (1 567 ms). Cette différence
est significative à l'analyse de variance (F'(l — 28) = 12,47,
p < .01) et notre principale hypothèse se trouve ainsi confir
mée. On note également que ce facteur « effet de con
texte » n'est en interaction ni avec le facteur « ordre cano
nique » (F'(l — 28) = 0,02, n.s.), ni avec le facteur « lieu d'e
nchâssement » (F'(l — 28) = 1,88, n.s.). L'interaction d'ordre
deux entre ces trois facteurs n'est pas davantage significative
(F'(l— 28) =0,18, n. s.).
Tableau 1. — Moyennes des Tel
de la subordonnée relative (en ms)
Enchâssement par emboîtement Enchâssement à droite
Relatives Relatives Relatives Relatives
sujet sujet objet objet
Contexte
« appositif » 1 265 (1 187) 1 455 (1 367) 1 726 (1 680) 1 821 (1 852)
« déterminatif » 1 376 (1 317) 1 524 (1 417) 1 958 (1 846) 2 130 (2 215)
Différence +111 (+ 130) + 69 (+ 50) + 232 ( + 166) +309 (+ 363)
Entre parenthèses, les médianes sur l'ensemble des protocoles.
Des comparaisons spécifiques font apparaître que l'allong
ement du TEL suivant l'effet de contexte se manifeste aussi bien
pour les relatives sujet (+ 172 ms, F'(l —28) = 6,23, p < .05)
que pour les relatives objet (+189 ms, F'(l — 28) = 4,78,
p < .05). On notera, à ce propos, que, globalement parlant, le
TEL des relatives objet est supérieur à celui des relatives sujet
(la différence est -f 169 ms dans le cas de l'enchâssement par
emboîtement et de + 134 ms dans le cas de à
droite). Le fait de retrouver ce résultat classique (cf. Noizet,
1980, chap. X, par exemple) sur des propositions subordonnées processus de lecture 403 Le
Tableau 2. — Moyennes des TEL
des différents segments des phrases tests
comportant un enchâssement par emboîtement (en ms)
Syntagme Syntagme
nominal de la Subordonnées verbal de la Phrase
principale relatives principale entière
Contexte
« appositif » 883 (751) 1360 (1277) 1725 (1703) 3 968 (3 731)
« déterminatif » 907 (823) 1450 (1367) 1699 (1749) 4 055 (3 939)
Différence + 24 (+ 72) +90 (+90) —26 (+46) + 87 (+ 208)
Entre parenthèses, les médianes sur l'ensemble des protocoles.
Tableau 3. — Moyennes des TEL
des différents segments des phrases tests
comportant un enchâssement à droite (en ms)
Subordonnée Phrase
Principale relative entière
Contexte
« appositif » 1 716 (1 786) 1 774 (1 766) 3 489 (3 552)
« déterminatif » 1 780 (1 715) 2 044 (2 031) 3 824 (3 746)
Différence + 64 (—71) + 270 (+ 265) + 335 (+ 194)
Entre parenthèses, les médianes sur l'ensemble des protocoles.
qui dans la présente expérience ne diffèrent entre elles que d'une
lettre sur ce facteur (qui vs que) donne toute sa portée à la
différence, au moins aussi marquée, due à l'effet de contexte
et dont la mise en évidence constituait notre objectif principal.
Pour qui s'intéresse au processus de traitement, pour qui
souhaite le saisir dans ses différentes étapes, il est évidemment
important de se demander si l'effet de contexte se marque sur
l'ensemble de la phrase ou ne se marque que sur la subordonnée
relative. Les tableaux 2 et 3 donnent les moyennes des TEL
sur les différents segments, en distinguant les phrases tests
selon le lieu d'enchâssement.

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