Effet du positionnement des connecteurs sur le traitement en temps réel de phrases - article ; n°2 ; vol.95, pg 219-245

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L'année psychologique - Année 1995 - Volume 95 - Numéro 2 - Pages 219-245
Résumé
L'objectif de cette recherche est d'examiner l'effet de la position des connecteurs sur la représentation et l'intégration thématique de couple de propositions dont l'une exprime la cause, l'autre l'effet.
Deux types de connecteurs sont utilisés : d'une part « puisque » et « alors » qui explicitent une relation de cause-effet attendu (type causal) ; d'autre part « bien que » et « cependant » qui explicitent une relation de cause-effet non attendu (type concessif).
Deux expériences sont réalisées. On mesure le temps de lecture de la proposition initiale (TLPI) avec un connecteur placé soit au début soit à la fin, le temps de reconnaissance d'un mot (TRM) tiré de cette proposition (expérience 1) ou le temps de jugement de sens (TJS) (expérience 2) et le temps de lecture de la proposition finale (TLPF).
La vitesse de traitement des propositions dépend du type de connecteur et de la tâche à réaliser. Les TJS sont plus courts avec la position « début » du connecteur. L'interprétation proposée est que les connecteurs, dépourvus de référence virtuelle, fournissent au lecteur des instructions de traitement commandant et orientant les processus cognitifs engagés dans la compréhension. Ces instructions sont renforcées par l'identification précoce du connecteur.
Mots-clés : connecteur, instruction de traitement, cause, effet.
Summary : Effect of connectives positioning for on-line sentence processing
This research examines the effect of connectives' position on the representation and thematic integration of coupled clauses, one of which expresses the cause and the other the effect.
Two types of connectives were used : since and then, which indicate a cause — expected effect relation (causal type), and although and however, which indicate a cause — unexpected effect relation (concessive type).
Two experiments were conducted. Different measures were reading times for initial clause (RTIC) with a connective placed either at the beginning or at the end, recognition times for a word extracted from this clause (RTW) (experiment 1) or meaning judgment times (MJT) (experiment 2), and the reading times for the final clause (RTFC). Thirty-two students participated with 16 in each experiment.
The processing speed of clauses depends on the type of connective and on the task to be completed. The MJT are shorter when the connective is placed at the beginning of the initial clause. We propose that the connectives, devoid of virtual reference, provide the reader some processing instructions, which command and orient the cognitive processes necessary for comprehension. These instructions are reinforced by the identification of the connective at the beginning of the clause.
Key words : connectives, processing instructions, cause, effect.
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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Abdenbi Ziti
Effet du positionnement des connecteurs sur le traitement en
temps réel de phrases
In: L'année psychologique. 1995 vol. 95, n°2. pp. 219-245.
Citer ce document / Cite this document :
Ziti Abdenbi. Effet du positionnement des connecteurs sur le traitement en temps réel de phrases. In: L'année psychologique.
1995 vol. 95, n°2. pp. 219-245.
doi : 10.3406/psy.1995.28821
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1995_num_95_2_28821Résumé
Résumé
L'objectif de cette recherche est d'examiner l'effet de la position des connecteurs sur la représentation
et l'intégration thématique de couple de propositions dont l'une exprime la cause, l'autre l'effet.
Deux types de connecteurs sont utilisés : d'une part « puisque » et « alors » qui explicitent une relation
de cause-effet attendu (type causal) ; d'autre part « bien que » et « cependant » qui explicitent une
relation de cause-effet non attendu (type concessif).
Deux expériences sont réalisées. On mesure le temps de lecture de la proposition initiale (TLPI) avec
un connecteur placé soit au début soit à la fin, le de reconnaissance d'un mot (TRM) tiré de cette
proposition (expérience 1) ou le temps de jugement de sens (TJS) (expérience 2) et le temps de lecture
de la proposition finale (TLPF).
La vitesse de traitement des propositions dépend du type de connecteur et de la tâche à réaliser. Les
TJS sont plus courts avec la position « début » du connecteur. L'interprétation proposée est que les
connecteurs, dépourvus de référence virtuelle, fournissent au lecteur des instructions de traitement
commandant et orientant les processus cognitifs engagés dans la compréhension. Ces instructions sont
renforcées par l'identification précoce du connecteur.
Mots-clés : connecteur, instruction de traitement, cause, effet.
Abstract
Summary : Effect of connectives positioning for on-line sentence processing
This research examines the effect of connectives' position on the representation and thematic
integration of coupled clauses, one of which expresses the cause and the other the effect.
Two types of connectives were used : since and then, which indicate a cause — expected effect relation
(causal type), and although and however, which indicate a cause — unexpected effect
(concessive type).
Two experiments were conducted. Different measures were reading times for initial clause (RTIC) with a
connective placed either at the beginning or at the end, recognition times for a word extracted from this
clause (RTW) (experiment 1) or meaning judgment times (MJT) (experiment 2), and the reading times
for the final clause (RTFC). Thirty-two students participated with 16 in each experiment.
The processing speed of clauses depends on the type of connective and on the task to be completed.
The MJT are shorter when the connective is placed at the beginning of the initial clause. We propose
that the connectives, devoid of virtual reference, provide the reader some processing instructions, which
command and orient the cognitive processes necessary for comprehension. These instructions are
reinforced by the identification of the connective at the beginning of the clause.
Key words : connectives, processing instructions, cause, effect.L'Année Psychologique, 1995, 95, 219-245
Laboratoire Langage et Communication :
Acquisition, Traitement, Dysfonctionnement
CNRS URA 1607
Université de Poitiers1
EFFET DU POSITIONNEMENT DES CONNECTEURS
SUR LE TRAITEMENT EN TEMPS RÉEL DE PHRASES
par Abdenbi ZlTI2
SUMMARY : Effect of connectives positioning for on-line sentence
processing
connectives' position on the This research examines the effect of
representation and thematic integration of coupled clauses, one of which
expresses the cause and the other the effect.
Two types of connectives were used : since and then, which indicate a
cause — expected effect relation (causal type), and although and however,
which indicate a cause — unexpected effect relation (concessive type) .
Two experiments were conducted. Different measures were reading times
for initial clause (RTIC) with a connective placed either at the beginning or at
the end, recognition times for a word extracted from this clause (RTW)
(experiment 1) or meaning judgment times (MJT) (experiment 2), and the
reading times for the final clause (RTFC). Thirty-two students participated
with 16 in each experiment.
The processing speed of clauses depends on the type of connective and on
the task to be completed. The MJT are shorter when the is placed at
the beginning of the initial clause. We propose that the connectives, devoid of
virtual reference, provide the reader some processing instructions, which
command and orient the cognitive processes necessary for comprehension.
These instructions are reinforced by the identification of the connective at the
beginning of the clause.
Key words : connectives, processing instructions, cause, effect.
1 . 95, avenue du Recteur-Pineau, 86022 Poitiers Cedex.
2 . Je remercie vivement M. le P* Raymond Champagnol et M. Alain Ber-
terboul (Université de Poitiers) pour leur lecture critique d'une première ver
sion de cet article. 220 Abdenbi Ziti
Dans cette recherche on examine l'effet des connecteurs et
des relations qu'ils expriment sur le traitement en temps réel de
phrases. Plus précisément, on étudie l'effet de la position des
connecteurs (en tête vs à la fin d'une proposition initiale) sur la
représentation et sur l'intégration thématique de couples de pro
positions1 dont l'une exprime la CAUSE et l'autre l'EFFET.
Les travaux traitant des connecteurs se caractérisent par
leur diversité méthodologique et théorique. On relève des
apports de la logique (Grize, 1982; Gerbiers et Icart-Seguy,
1987), de la linguistique (Halliday et Hassan, 1976; Ducrot,
1980, 1983 ; Ducrot, Bourcier, Bruxelles et Dillier, 1980 ; Moes-
chler, 1983, 1989, 1992; Charolles, 1985), de la psycholinguis
tique et de la psychologie cognitive (Townsend, 1983; Caron,
1984, 1987, 1988; Caron, Caron-Pargue, Miko, Tomeh et Ver-
dret, 1987). La compréhension des significations des connecteurs
et de leurs fonctions passe par la maîtrise d'informations prove
nant de domaines variés montrant à la fois la complexité, l'i
mportance et l'intérêt de leur étude.
Dans la diversité des approches concernant les connecteurs,
il semble se dégager un consensus sur trois points :
1 / Les éléments qui peuvent servir de connecteur constituent
une classe importante dans le langage et remplissent plu
sieurs fonctions ;
2 / Ils sont indispensables et omniprésents ;
3 / Contrairement aux mots « pleins », qui ont un sens ou une
référence, les connecteurs constituent des morphèmes qui
sont associés à des procédures, des instructions de traitement.
Suite à l'analyse de plusieurs approches instructionnelles de
la signification des connecteurs (celle adoptée par Caron (1989);
Ducrot (1983); Townsend (1983); Moeschler (1992) et Charolles
(1985) (cf. Ziti, 1993a pour une revue)), l'idée d'instruction nous
paraît, comme l'idée mère, à l'origine des différents emplois ou
fonctions des connecteurs. Dans cette perspective, il est consi
déré dans le champ de la psycholinguistique et de la psychologie
1 . Le terme « proposition » est utilisé ici dans le sens d' « unité syntaxique
élémentaire construite autour d'un verbe ». Les propositions utilisées peuvent,
lorsqu'elles sont présentées sans connecteur, constituer une phrase simple
autonome. Quant au terme « phrase », il est utilisé ici pour désigner un
ensemble de deux propositions. Connecteurs et traitement de phrases 221
cognitive que les connecteurs, lorsqu'ils sont identifiés, par un
lecteur par exemple, fournissent à ce dernier des instructions
concernant la façon de traiter les énoncés et la façon de les interprét
er pour en extraire le sens et se conformer aux intentions de
l'auteur.
Dans ce cadre théorique, on considère que la compréhension
et le traitement de l'information textuelle est le résultat de l'i
nteraction de plusieurs facteurs, essentiellement trois. Le premier
facteur est les connaissances dont disposent les sujets et qui sont
stabilisées en mémoire à long terme ou mémoire permanente
(connaissances lexicales, syntaxiques, procédurales, referent
ielles...). Le second est la tâche considérée dans un sens large
comprenant le test à effectuer, les buts, les attentes, les motivat
ions, etc. du lecteur. Le troisième est le texte qui recèle en lui
même les informations lexicales susceptibles d'activer les
connaissances des lecteurs et de fournir les instructions pour
construire le sens (Coirier, 1986; Richard, 1990; Richard, Bonn
et et Ghiglione, 1990 ; Mouchon, Fayol et Gaonac'h, 1991 ;
Rossi, 1991). Les connecteurs participent à ces instructions.
A partir de ce cadre général nous proposons d'étudier la
compréhension et le traitement en temps réel d'une phrase com
prenant deux propositions dont l'une (initiale) exprime la cause
et l'autre (finale) l'effet. Deux types de relation de cause / effet
sont concernés :
— Le premier type représente une relation sémantique
entretenue entre deux propositions constituant une phrase
(p*q) dans laquelle « p » constitue une cause suffisante de « q »
et « q » constitue une conclusion naturelle de « p ». (ex. Puisque
la voiture avait perdu une roue, le chauffeur à manqué le virage).
Pour désigner ce type de relation, nous parlerons de cause - effet
attendu. Dans ce type de l'utilisation des connecteurs
causaux (parce que, puisque, alors...), marque que l'au
teur/ énonciateur assume le caractère suffisant de la cause et
confirme l'effet attendu de la cause.
— Le deuxième type représente une relation concessive ou
plus précisément de concession causale (Moeschler, 1983 ; 1989).
Le principe de cette relation est le suivant : soit « p*q », dans
les circonstances normales, on s'attendrait à ce que « p » cause
« r », mais la conclusion « q » amenée par le connecteur s'op
pose à la conclusion naturellement attendue après la proposition
« p » (Letoublon, 1983) (ex. Bien que le moteur gauche de l'avion* 222 Abdenbi Ziti
ait pris feu, le pilote a réussi à poser l'appareil). Pour ce type de
relation, nous parlerons de cause -effet non attendu. Dans ce cas,
l'utilisation des connecteurs concessifs (bien que, quoique,
cependant...) signale que l'auteur indique que l'effet attendu
naturellement après « p » ne se réalisera pas. D'un point de vue
pragmatique, l'auteur/énonciateur entraîne le lecteur/auditeur à
accepter la conclusion voulue.
Nous pensons que le traitement de ces phrases peut se
décomposer en quatre grandes activités mentales successives :
1 / construction d'une représentation du contenu de la proposi
tion initiale en appliquant les connaissances appropriées; 2 / le
maintien de cette à l'état actif en mémoire de
travail ; 3 / le traitement de la proposition finale ; 4 / l'intégra
tion des deux propositions dans une structure cognitivo-séman-
tique de la relation cause/effet.
Nous pensons que l'instruction fournie par le connecteur
détermine en partie le caractère ou la forme que va prendre
cette représentation. Nous opposons, comme le fait Townsend
(1983), deux formes de représentation :
— une représentation dans laquelle la forme ou structure de
surface de la proposition est fortement représentée : repré
sentation superficielle ;
— une dans laquelle subsiste le sens de la propos
ition avec une moindre disponibilité de la structure de sur
face : représentation profonde.
Les connecteurs, quand ils introduisent la proposition ini
tiale, impliquent un traitement et une conservation particulière
de la proposition en mémoire de travail. Ce processus demande
un temps plus ou moins long en fonction du type de connecteur
(Townsend, 1983; Townsend et Bever, 1978; Ziti et Champa-
gnol, 1992).
En effet, il a été montré (Ziti et Champagnol, ibid.) par des
indicateurs on-line, que les connecteurs causaux (parce que,
puisque) en confirmant le modèle causal qui est un modèle natur
el de traitement de l'information et sur lequel se basent les
attentes (Black et Bern, 1981 ; Keenan, Baillet et Brown, 1984)
favorisent le traitement immédiat du contenu sémantique de la
proposition et le maintien de l'information propositionnelle sous
sa forme profonde, abstraite (sémantique). Les connecteurs
adversatifs ou concessifs (bien que, quoique) en infirmant le Connecteurs et traitement de phrases 223
modèle causal naturel interrompent le traitement spontané, nor
mal qui est le traitement causal et oriente l'attention du sujet
vers le maintien en mémoire de la forme de surface de la propos
ition traitée. Le sujet, ne pouvant pas anticiper l'information à
venir (la conclusion déniée par le connecteur concessif), maint
ient la proposition comme telle y compris des informations
quant à l'ordre des mots, en attendant davantage d'information
pour son intégration sémantique (Townsend, 1983 ; Townsend et
Bever, 1982). Par ailleurs, le traitement impliqué par les connect
eurs concessifs est un traitement coûteux qui se traduit par un
temps de traitement plus long par rapport aux connecteurs cau
saux (Haberlandt et Kennard, 1981 ; Townsend, ibid. ; Ziti,
19936).
Dans la présente recherche, nous pensons qu'un processus dit
de « structuration » (Ziti, 1993a) peut prendre place au niveau du
traitement de la proposition initiale. On peut le définir essentiell
ement comme une sorte de gestion de ressources cognitives, c'est-à-
dire un effort de transformation des items lexicaux en une struc
ture simple et significative, une représentation, adaptée au but du
lecteur et à la tâche à réaliser. Ce processus interagit avec les
autres processus (activation et sélection) dans le sens où il les
oriente en appliquant les instructions du connecteur quand
celui-ci est présent. En retour, les processus d'activation et de
sélection opèrent selon l'orientation donnée par le connecteur au
processus de structuration. Nous pensons que ce processus de
structuration se déclenche dès que la prise d'information com
mence, qu'il est particulièrement contrôlé par le connecteur et que
ce contrôle est d'autant plus important que le est ident
ifié au départ, c'est-à-dire en tête de la proposition initiale.
L'hypothèse générale étudiée dans la présente recherche est
que l'instruction donnée par un connecteur est modulable en
fonction de la position qu'il peut occuper, en début ou en fin de
la proposition initiale. Autrement dit, nous pensons que le pos
itionnement du connecteur en tête d'une proposition fournit
liminairement au lecteur des indications sur la nature de l'info
rmation à venir et par conséquent sur les traitements requis.
Cette modulation dépend de la nature du connecteur et de ses
instructions.
Avant d'exposer la façon dont nous allons vérifier cette
hypothèse générale, nous voudrions ouvrir une parenthèse pour
signaler deux facteurs liés aux connecteurs et à leur positionne- Abdenbi Ziti 224
ment dans les phrases. Le premier facteur est l'ordre chronolo
gique et temporel des propositions; le deuxième facteur est le
statut syntaxique des propositions.
Clark et Clark (1968) et Clark (1971), étudiant des phrases
du type (L'éléphant a sauté avant de (before) marcher. Avant
que (before) l'éléphant eût marché, il a sauté. L'éléphant a mar
ché après avoir (after) sauté. Après que (after) l'éléphant eût
sauté, il a marché), pensent que le facteur fondamental qui
affecte la compréhension et le rappel est l'ordre temporel des
événements dans la phrase. Ils ont trouvé que les phrases dans
lesquelles l'ordre des propositions reproduit l'ordre d'apparition
des sont plus facile à rappeler et apparaissent plutôt
dans le discours des enfants (Clark, 1970; 1971).
Smith et McMahon (1970), utilisant le même matériel que
Clark trouvent que, lorsqu'ils demandent à des sujets d'identifier
le premier événement, les phrases avec before sont comprises plus
vite que les phrases avec after. Ils en concluent que la variable la
plus importante n'est pas l'ordre temporel ou chronologique mais
plutôt le rôle syntaxique des propositions. Dans ce cadre, il est
considéré que la proposition principale étant le « pivot » de la
phrase, elle est traitée d'abord et que la proposition subordonnée,
considérée comme « modificatrice » de la principale, serait prise
en compte une fois que la principale est interprétée (Jarvella,
1971 ; Noizet, 1980; Pynte, 1983). Cette opposition (principale vs
subordonnée) est suggérée comme impliquant des traitements dif
férentiels des propositions.
D'autres recherches, considérant à la fois le statut syntaxique
des propositions et les connecteurs, trouvent des résultats très
intéressants. Par exemple, Jou et Harris (1990) notent que les
sujets adultes ont globalement une préférence dans le rappel pour
l'ordre principale-subordonnée (P-S), mais que cette différence
varie en fonction des connecteurs. Parmi les neufs connecteurs
utilisés, six montrent une préférence pour l'ordre PS (because,
since (causal), as, after, since (temporel), unless) et trois connec
teurs montrent une préférence pour l'ordre S-P (if Whenever,
when). Ces résultats restent sans théorisations. Townsend (1983)
et Townsend et Bever (1978) qui ont étudié le rôle des connecteurs
et le statut syntaxique des propositions dans le traitement de
phrases et de textes, en utilisant différentes techniques (technique
du mot sonde, de jugement de sens, de rappel), trouvent que le
facteur fondamental qui affecte les performances n'est pas la pro- Connecteurs et traitement de phrases 225
priété structurale (principale vs subordonnée) ou présuppositio-
sionnelle (assertion vs présupposition) des propositions, mais plu
tôt la signification des connecteurs et le type de stratégie qu'ils
provoquent. Les auteurs concluent que les sujets sont sensibles
aux relations sémantiques qui sont signalées par les connecteurs et
modifient leur processus de traitement en fonction de ces relations
sémantiques (Townsend, Ottaviano et Bever, 1979 ; Townsend et
Bever, 1982).
A partir des résultats de Townsend et ses collaborateurs et
en accord avec d'autres résultats de même nature (cf. Ziti,
1993a) nous considérons dans la présente expérience le positio
nnement des connecteurs plutôt que le statut syntaxique des pro
positions. Pour examiner notre hypothèse générale, nous allons
utiliser deux types de connecteurs différents correspondant à
deux types de relations. Des connecteurs causaux qui confi
rment l'effet attendu de la cause et des connecteurs concessifs qui
infirment l'effet attendu de la cause. Nous utilisons deux types
de tâches : une tâche de reconnaissance de mot dans l'expé
rience 1, une tâche de jugement de sens dans l'expérience 2. Ces
deux tâches sont utilisées pour sonder le contenu de la mémoire
de travail après la lecture de la proposition initiale : la recon
naissance de mot sera favorable à une disponibilité de la struc
ture de surface de la proposition, le jugement de sens sera favo
rable à une disponibilité du sens de la proposition. Ces deux
tâches sont donc associées à des mesures de temps de lecture.
Quatre connecteurs interviendront ici, deux causaux et deux
concessifs :
— Les deux qui représentent le type causal sont :
« puisque » qui est utilisé en tête de la proposition initiale ;
« alors » qui est utilisé à la fin de la même ;
— Les deux connecteurs qui représentent le type concessif
sont : « bien que » qui est utilisé en tête de la proposition
initiale ; « cependant » qui est utilisé à la fin de la même pro
position.
Les deux connecteurs de chaque type sont choisis pour deux
raisons. La première est qu'ils offrent la possibilité de présenter
la phrase dans le même ordre (cause-effet) tout en occupant cha
cun une position différente sans changer, au plan sémantique, la
relation entre les deux propositions constituant la phrase. La
deuxième raison est qu'ils sont constitués approximativement Abdenbi Ziti 226
du même nombre de syllabes, parce que le nombre de syllabes
par proposition est contrôlé parmi d'autres facteurs que nous
évoquerons dans la « description de l'expérience ».
EXPÉRIENCE 1
L'objectif de cette expérience est d'examiner l'effet de la
position des connecteurs (début vs fin) sur la représentation
superficielle ou structure de surface et l'intégration thématique
de couples de propositions constituant une phrase significative.
On mesure dans l'ordre les trois temps suivants :
— Le temps de lecture da la proposition initiale (TLPl) qu'on
estime représenter le temps nécessaire au lecteur pour cons
truire le sens de la proposition, c'est-à-dire une représenta
tion sémantique de son contenu. Cette proposition initiale
exprime toujours la cause, introduite par un connecteur
placé soit au début (en tête) soit à la fin de la proposition ;
— Le temps de reconnaissance d'un mot, dit mot sonde, tiré de
cette proposition (TRM). Cette mesure vise à estimer la dispo
nibilité en mémoire de travail de la structure de surface de
cette proposition. Il a été montré qu'une bonne disponibilité
de la structure de surface facilite la reconnaissance d'un mot
tiré du texte. (Ratcliff et McKoon, 1978; Townsend, Otta-
viano et Bever, 1979; McKoon et Ratcliff, 1980, 1984; Pas-
serault, 1988, 1992);
— Le temps de lecture de la proposition finale (TLPF) qui repré
sente le temps nécessaire au sujet pour construire le sens de
la proposition et l'intégrer thématiquement avec celle traitée
précédemment pour construire le sens de la phrase entière et
se conformer aux intentions de l'auteur.
DESCRIPTION DE L'EXPERIENCE
MATÉRIEL
Le matériel de base de cette expérience consiste en deux listes de
phrases ou items. Chacune de ces listes comprend 12 items expérimentaux
et 6 items de remplissage.

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