Effet du vieillissement sur les réponses basées sur la familiarité et sur la recherche en situation de reconnaissance - article ; n°2 ; vol.96, pg 255-273

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L'année psychologique - Année 1996 - Volume 96 - Numéro 2 - Pages 255-273
Un groupe de sujets jeunes (25-35 ans) et deux groupes de sujets âgés (62-70 ans et 71-87 ans) ont été soumis successivement à une tâche de reconnaissance et à une tâche de rappel, portant sur les mêmes items. Deux types de réponses, à l'aide du paradigme proposé par Horton et al. (1993), ont été opérationnalisés dans la tâche de reconnaissance : les réponses basées sur un jugement de familiarité et celles basées sur un processus de recherche en mémoire. Les résultats montrent que la performance en rappel et en reconnaissance est affectée par le vieillissement. Cependant, l'effet significatif de l'âge sur le rappel persiste pour un groupe de sujets âgés présentant une performance moyenne en reconnaissance équivalente à celle des sujets jeunes. Cette observation confirme que le vieillissement normal affecte davantage le rappel que la reconnaissance. Avec le paradigme de Horion et al. on observe que seules les réponses en reconnaissance faisant intervenir un processus de recherche en mémoire sont affectées par le vieillissement. Ce résultat apparaît également lorsque les sujets jeunes et âgés sont rendus équivalents sur leur performance en reconnaissance.
Mots-clés : vieillissement, mémoire, reconnaissance, rappel, jugement de familiarité, processus de recherche.
Summary: Effect of aging on familiarity-based and retrieval-based recognition.
A recognition and a recall task, dealing with the same items, were administered successively to a group of young subjects (age : 25-35) and to two groups of elderly subjects (age: 62-70 and 71-87). With regard to the recognition task, two types of response were distinguished, using the paradigm suggested by Horton et al. (1993) : the familiarity-based and retrieval-based recognition. The results indicate that the performance on recall and recognition was modified by aging. However, the age effect on recall appeared also with a group of older subjects matched on overall recognition accuracy with the group ofyounger subjects, showing that the aging effect was more important for recall thanfor recognition. With the paradigm proposed by Horton et al., the results indicate that only the retrieval-based recognition were affected by aging. This pattern of results was still present when recognition accuracy per se was equated between young and old subjects.
Key words : aging, memory, recognition, recall, familiarity-based recognition, retrieval-based recognition.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Michel Isingrini
K. Hauer
R. Fontaine
Effet du vieillissement sur les réponses basées sur la familiarité
et sur la recherche en situation de reconnaissance
In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°2. pp. 255-273.
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Isingrini Michel, Hauer K., Fontaine R. Effet du vieillissement sur les réponses basées sur la familiarité et sur la recherche en
situation de reconnaissance. In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°2. pp. 255-273.
doi : 10.3406/psy.1996.28895
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1996_num_96_2_28895Résumé
Un groupe de sujets jeunes (25-35 ans) et deux groupes de sujets âgés (62-70 ans et 71-87 ans) ont
été soumis successivement à une tâche de reconnaissance et à une tâche de rappel, portant sur les
mêmes items. Deux types de réponses, à l'aide du paradigme proposé par Horton et al. (1993), ont été
opérationnalisés dans la tâche de reconnaissance : les réponses basées sur un jugement de familiarité
et celles basées sur un processus de recherche en mémoire. Les résultats montrent que la
performance en rappel et en est affectée par le vieillissement. Cependant, l'effet
significatif de l'âge sur le rappel persiste pour un groupe de sujets âgés présentant une performance
moyenne en reconnaissance équivalente à celle des sujets jeunes. Cette observation confirme que le
vieillissement normal affecte davantage le rappel que la reconnaissance. Avec le paradigme de Horion
et al. on observe que seules les réponses en reconnaissance faisant intervenir un processus de
recherche en mémoire sont affectées par le vieillissement. Ce résultat apparaît également lorsque les
sujets jeunes et âgés sont rendus équivalents sur leur performance en reconnaissance.
Mots-clés : vieillissement, mémoire, reconnaissance, rappel, jugement de familiarité, processus de
recherche.
Abstract
Summary: Effect of aging on familiarity-based and retrieval-based recognition.
A recognition and a recall task, dealing with the same items, were administered successively to a group
of young subjects (age : 25-35) and to two groups of elderly subjects (age: 62-70 and 71-87). With
regard to the recognition task, two types of response were distinguished, using the paradigm suggested
by Horton et al. (1993) : the familiarity-based and retrieval-based recognition. The results indicate that
the performance on recall and recognition was modified by aging. However, the age effect on recall
appeared also with a group of older subjects matched on overall recognition accuracy with the group
ofyounger subjects, showing that the aging effect was more important for recall thanfor recognition. With
the paradigm proposed by Horton et al., the results indicate that only the retrieval-based recognition
were affected by aging. This pattern of results was still present when recognition accuracy per se was
equated between young and old subjects.
Key words : aging, memory, recognition, recall, familiarity-based recognition, retrieval-based
recognition.L'Année psychologique, 1996, 96, 255-273
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université François- Rabelais, Tours1
EFFET DU VIEILLISSEMENT SUR LES REPONSES
BASÉES SUR LA FAMILIARITÉ
ET SUR LA RECHERCHE
EN SITUATION DE RECONNAISSANCE
par Michel ISINGRINI, Karine HAUER
et Roger FONTAINE
SUMMARY : Effect of aging on familiarity-based and retrieval-based
recognition.
A recognition and a recall task, dealing with the same items, were
administered successively to a group of young subjects (age : 25-35) and to two
groups of elderly subjects (age: 62-70 and 71-87). With regard to the
recognition task, two types of response were distinguished, using the paradigm
suggested by Horton et al. (1993) : the familiarity-based and retrieval-based
recognition. The results indicate that the performance on recall and recognition
was modified by aging. However, the age effect on recall appeared also with a
group of older subjects matched on overall recognition accuracy with the group
of younger subjects, showing that the aging effect was more important for recall
than for recognition. With the paradigm proposed by Horton et al., the results
indicate that only the retrieval- based recognition were affected by aging. This
pattern of results was still present when recognition accuracy per se was
equated between young and old subjects.
Key words : aging, memory, recognition, recall, familiarity- based
recognition, retrieval-based recognition.
Afin d'expliquer la diminution des performances observées
dans les tâches explicites de mémoire au cours du vieillissement
normal, plusieurs auteurs ont avancé l'hypothèse de l'existence
1 . 3, rue des Tanneurs, 37000 Tours. 256 Michel Isingrini, Karine Hauer et Roger Fontaine
d'un déficit touchant plus particulièrement les processus de
recherche qui interviennent dans ce type d'épreuves (Craik,
1986). Selon Craik et McDowd (1987) cette altération liée à l'âge
serait la conséquence du fait que les opérations de recherche,
nécessaires à la récupération de l'item cible dans certaines tâches
de mémoire, reposeraient sur des traitements impliquant un
investissement attentionnel important. Dans la mesure où il est
admis qu'une diminution des ressources cognitives accompagne
le vieillissement normal, les tâches de mémoire faisant intervenir
davantage la mise en œuvre d'opérations de recherche contrôl
ées seraient également celles qui sont les plus affectées par l'âge
(Craik et Byrd, 1982 ; Craik, 1986).
Les observations réalisées sur les tâches de mémoire, dans le
domaine du vieillissement, semblent soutenir cette conception ;
ainsi on a montré que les différences jeunes-âgés sont atténuées
quand le sujet est soumis à un test de reconnaissance plutôt
qu'à un test de rappel (Craik et McDowd, 1987), et également
atténuées en mémoire implicite (pour revue, Light et Lavoie,
1993). Or, c'est précisément dans les tâches de rappel, où l'exp
érimentateur demande au sujet de récupérer un épisode d'ap
prentissage antérieur sans lui fournir d'aide particulière, que la
recherche en mémoire est indispensable et que la mobilisation
attentionnelle est la plus importante (Craik et McDowd, 1987).
Il est alors possible d'admettre que l'effet de l'âge observé dans
cette tâche résulte de difficultés à mettre en œuvre les opéra
tions d'accès au contexte épisodique d'apprentissage, et à utili
ser celui-ci, selon la loi de spécificité de l'encodage (Tulving et
Thomson, 1973a), comme indice de récupération de l'informa
tion cible. Par contre, la performance aux tests reposant sur un
accès plus direct à la trace mnésique serait peu atténuée voire
préservée au cours du vieillissement. Cela serait le cas pour les
tests implicites de mémoire, où un effet mnésique apparaît sans
que le sujet ait même conscience que les items restitués appar
tiennent à la liste d'apprentissage. Le même raisonnement peut,
dans une certaine mesure, être appliqué à la reconnaissance.
Dans cette tâche la présentation du stimulus cible lui-même
peut agir comme un indice permettant de réactiver automati
quement l'information stockée. En accord avec cette proposi
tion, plusieurs auteurs (Mandler, 1980 ; Jacoby et Dallas, 1981 ;
Tiberghien et Lecocq, 1983 ; Tulving, 1985) ont proposé l'idée
selon laquelle, contrairement au rappel, un certain nombre de Mémoire et vieillissement 257
réponses en reconnaissance dépendent d'un jugement de famil
iarité, permettant un accès direct à la trace mnésique sans
qu'intervienne la récupération du contexte spécifique d'apprent
issage.
D'autres observations ont révélé l'apparition au cours du
vieillissement d'un phénomène d'amnésie de la source exagéré,
se traduisant par des difficultés à mémoriser les éléments relatifs
au contexte d'apprentissage (Mclntyre et Craik, 1987 ; Dywan
et Jacoby, 1990 ; Schacter, Kraszniak, Kahlstrom et Valdisseri,
1991). Ces données sont également susceptibles de soutenir l'hy
pothèse selon laquelle les personnes âgées présenteraient des dif
ficultés dans les tâches de mémoire qui nécessitent, pour la récu
pération de l'item cible, le souvenir du contexte épisodique
d'apprentissage. Ce point de vue a trouvé une confirmation dans
le travail de Dywan et Jacoby (1990) qui a montré que les sujets
âgés qui présentent le plus de difficultés à évaluer la source épi
sodique des items cibles sont également ceux qui obtiennent les
performances les plus faibles en rappel libre.
Concernant la reconnaissance, comme nous l'avons souligné
plus haut, les modèles récents admettent l'idée que les réponses
dans cette épreuve sont sous-tendues par deux processus diffé
rents. Mandler (1980) suppose l'existence de deux voies différen
ciées d'accès à la trace mnésique, l'une basée sur la familiarité et
l'autre sur la recherche en mémoire. La familiarité résulterait
d'un processus d'intégration des caractéristiques sensorielles et
perceptives du stimulus (intégration intra-événement), alors que
la mise en œuvre d'opérations de recherche en mémoire serait le
résultat d'un processus d'élaboration reliant un événement à son
contexte ou à un autre événement (intégration inter-événe-
ments). Le premier type de traitement reposerait sur la réacti
vation automatique de la représentation du stimulus en
mémoire, alors que le second correspondrait à un traitement
contrôlé, nécessitant un effort cognitif et attentionnel. Les pro
cessus contrôlés de recherche seraient nécessaires à la récupérat
ion de l'information stockée dans les tâches de rappel et
seraient partiellement indispensables dans les tâches de recon
naissance. Dans ces dernières, le jugement de familiarité et la
recherche contrôlée en mémoire interviendrait parallèlement au
moment de la présentation de l'item cible. Cependant les opéra
tions de recherche seraient plus lentes. Le jugement de familiar
ité correspondrait donc au processus initial de récupération et 258 Michel Isingrini, Karine Hauer et Roger Fontaine
pour certains items serait suffisant à la production de la
réponse.
Jacoby et Dallas (1981) ont proposé une conception théo
rique proche, reposant également sur l'existence d'un double
processus. Le premier impliquant un effet de facilitation percep
tive occasionné par la présentation préalable du stimulus, alors
que le deuxième correspondrait à la mise en œuvre d'opérations
de recherche du contexte d'apprentissage. En accord avec ce
point de vue les travaux de Jacoby et Whitehouse (1989) et de
Johnston, Hawley et Elliot (1991) suggèrent l'existence d'une
relation entre la facilitation perceptive dans une tâche d'amor
çage direct de nature perceptive et le jugement de familiarité
dans une tâche de reconnaissance.
Pour résumé, nous retiendrons donc que la production d'une
réponse en reconnaissance peut, soit être basée sur un jugement
de familiarité, permettant un accès direct à la trace mnésique
sans recours au souvenir de l'information contextuelle qui était
présente durant l'épisode d'apprentissage, soit s'établir sur un
processus contrôlé de récupération, du même type que celui qui
intervient en rappel, utilisant alors les informations épisodiques
comme indices de récupération. Compte tenu des difficultés liées
au souvenir de la source et à la diminution des ressources atten-
tionnelles, mises en évidence chez les sujets âgés, ce modèle de la
reconnaissance suggère que l'effet du vieillissement général
ement observé dans cette tâche (pour revue voir Burke et Light,
1981) s'expliquerait par l'altération unique des réponses qui
reposent sur des opérations de recherche contrôlées en mémoire.
Dans le présent travail nous avons cherché à examiner plus
précisément cette hypothèse par l'analyse des modifications spé
cifiques susceptibles de se produire au cours du vieillissement
dans les deux types de réponses, basées sur la familiarité et sur
la recherche en mémoire, qui interviennent dans la tâche de
reconnaissance.
Deux procédures d'opérationnalisation de ces réponses ont
été proposées ces dernières années dans la littérature. La possi
bilité fournie par ces paradigmes de procéder à une distinction
opératoire entre les différentes voies d'accès à l'information
stockée présente un intérêt certain pour l'évaluation de l'hypo
thèse selon laquelle seules les réponses faisant intervenir une
recherche contrôlée du stimulus subiraient un effet du vieilli
ssement. Mémoire et vieillissement 259
Gardiner et ses collègues (Gardiner, 1988 ; Gardiner et Java,
1990 ; et Parkin, 1990), en suivant une proposition de
Tulving (1985), rendent compte des deux formes de réponses de
la reconnaissance par une approche de nature introspective. Ils
demandent directement au sujet de donner une indication qual
itative sur la nature des opérations mentales qu'il a effectuées
au moment de la reconnaissance de l'item. Plus précisément les
sujets doivent classer leurs réponses en réponses «rememb
er» (R) lorsque la est accompagnée du souvenir
de la représentation élaborée au moment de l'apprentissage (ex.
image mentale, association inter-items) et en réponses
« Know» (K) lorsque la reconnaissance de l'item est effectuée en
dehors de tout accès à l'information relative au contexte d'ap
prentissage. Les auteurs supposent que les réponses de
type « R » sont davantage en relation avec la mise en œuvre de
processus de recherche en mémoire, alors que les réponses de
type « K » correspondent à un accès à la trace mnésique par
simple jugement de familiarité. A travers plusieurs expériences
ils ont pu montrer que la manipulation de diverses variables
expérimentales (comme la profondeur de traitement, l'effet de
génération, la division de l'attention ou encore la fréquence
d'usage des mots) affecte différemment la production des
réponses de type « R » et de type « K » (pour revue, Gardiner et
Java, 1993). D'une façon générale, les résultats montrent que
seules les réponses de type « R », associées au souvenir de la
représentation de l'épisode d'apprentissage, sont influencées par
ces variables. Ces observations renforcent l'idée selon laquelle
ces deux modes de réponses dépendent de deux processus
différents.
D'autres auteurs (Horton, Pavlick, Moulin- Julian, 1993) se
sont inspirés du paradigme d'échec de la reconnaissance élaboré
par Tulving et Thomson (19736). Leur approche repose sur l'a
dministration successive d'une tâche de et d'une
tâche, soit de rappel indicé (exp. 1 et 2), soit de rappel libre
(exp. 3) portant sur les mêmes items cibles. La conjugaison
d'une épreuve de reconnaissance et d'une épreuve de rappel per
met d'identifier quatre types de réponses correspondant aux dif
férentes catégories d'items possibles : 1 / les items reconnus et
rappelés (RR) ; 2 / les items reconnus seulement (RS) ; 3 / les
items seulement rappelés (qui rendent compte du phénomène
d'échec de la reconnaissance) ; 4 / les items oubliés, ni reconnus r Michel Isingrini, Karine Hauer et Roger Fontaine 260
ni rappelés. Horton et al. (1993) s'intéressent plus précisément
aux items reconnus et rappelés (RR) et aux items reconnus seu
lement (RS). Ils postulent que les premiers (RR) correspondent
aux réponses pour lesquelles une opération de recherche en
mémoire, dans la tâche de reconnaissance, a pu être mise en
œuvre avec succès. Le fait que le sujet ait pu ensuite réaliser
cette opération dans la tâche de rappel, où elle est indispensable,
constitue une observation susceptible d'attester de sa mise en
œuvre dans la tâche de reconnaissance. Alors que les
seconds (RS) reposent sur un accès direct à l'information stoc
kée par jugement de familiarité, dans la mesure où le sujet se
montre incapable par la suite, dans l'épreuve de rappel, d'effec
tuer les opérations de recherches appropriées pour les restituer.
Cette interprétation, impliquant une dissociation fonctionnelle
entre les réponses « RR » et « RS », a pu être confirmée par Hor
ton et al. (1993) qui ont montré que ces deux modes de réponse
sont affectés différemment par la manipulation du lien associatif
qui unit le mot cible et un mot contexte (exp. 1 et 2) ou par la
manipulation de la profondeur de traitement à l'encodage
(exp. 3). Plus la qualité de l'information épisodique est riche
(fort lien associatif entre le contexte et la cible ou traitement de
nature sémantique) et plus la production de réponses de
type « RR » est importante, et inversement pour les
réponses « RS ».
Bien que les deux modes d'opérationnalisation proposés dans
la littérature s'appuient sur une conception proche des processus
qui sous-tendent la reconnaissance, les procédures spécifiques
qu'ils utilisent suggèrent néanmoins qu'ils rendent compte
d'opérations cognitives sensiblement différentes. Ainsi le para
digme de Gardiner (1988), à propos des réponses « R », paraît
davantage centré sur l'évaluation du souvenir de la représenta
tion épisodique élaborée au moment de l'apprentissage, alors
que la procédure proposée par Horton et al. (1993) pour les
réponses « RR » semble plus précisément fournir une indication
sur les processus de recherche effectifs mis en œuvre par le sujet
pour récupérer l'item cible.
Concernant le domaine du vieillissement, une seule recherche
(Parkin et Walter, 1992), utilisant le paradigme de Gardiner, a
été effectuée. Ces auteurs ont examiné les proportions de
réponses « R » et « K » en fonction de l'âge. Ils ont montré que
le nombre de réponses de type « K » (jugement de familiarité) Mémoire et vieillissement 261
augmente avec le vieillissement, alors que les réponses « R »
diminuent. Ces résultats semblent corroborer l'hypothèse selon
laquelle les sujets âgés présentent des difficultés spécifiques dans
le souvenir de la source épisodique (opérationnalisée ici par le de la représentation qui a accompagné l'encodage de
l'item cible), et peut être dans la mise en œuvre des opérations
de recherche en mémoire de l'item cible basées sur l'utilisation
appropriée de cette aide épisodique. L'augmentation des
réponses « K » avec l'âge semblerait par ailleurs indiquer que la
récupération mnésique chez les sujets âgés s'établirait davant
age (éventuellement à cause d'une stratégie compensatoire) sur
un mode d'accès direct à la trace stockée.
Le travail que nous présentons a été réalisé pour apporter
une contribution supplémentaire à l'idée selon laquelle les modif
ications liées à l'âge, observées dans les épreuves de reconnais
sance, s'expliqueraient essentiellement par une diminution des
réponses basées sur des processus contrôlés de recherche. L'as
pect original de notre approche tient dans le fait que pour l'ana
lyse de cette hypothèse, le paradigme de Horton et al. (1993) est
utilisé pour la première fois. Pour cette étude, nous avons choisi
d'associer à l'épreuve de reconnaissance une épreuve de rappel
libre, plutôt que de rappel indicé, utilisant ainsi le paradigme
proposé dans l'expérience 3 du travail de Horton et al. (1993).
Ce choix a été fait également afin qu'aucune aide extérieure,
susceptible de favoriser un accès plus direct à la trace mnésique,
n'intervienne pour la récupération.
Notre principal objectif ici est donc de vérifier plus précis
ément si seules les réponses de type «RR» (reconnues et rappel
ées), supposées rendre compte d'un mode de récupération de l'i
nformation stockée reposant sur des traitements contrôlés,
subissent un effet négatif significatif au cours du vieillissement
normal. Nous chercherons également à observer si cet effet s'a
ccompagne d'une augmentation des réponses basées sur la familiar
ité, comme cela a été montré par Parkin et Walter (1992) avec le
paradigme proposé par Gardiner (1988). Ce profil de résultat part
iculier chez les sujets âgés, caractérisé par une diminution des
réponses basées sur la recherche en mémoire et une augmentation
des basées sur la familiarité, serait ainsi susceptible d'ex
pliquer, s'il se confirmait, le fait que des différences jeunes-âgés
n'ont pas toujours été trouvées pour la tâche de reconnaissance
(Schonfield et Robertson, 1966; Rabinowitz, 1984). 262 Michel Isingrini, Karine Hauer et Roger Fontaine
METHODE
SUJETS
Trois groupes composés chacun de 15 sujets ont été réalisés. Le pre
mier groupe (Gl) est constitué d'adultes jeunes (n'appartenant pas à une
population étudiante) avec une moyenne d'âge de 35,40 ans (ET = 5,40)
(étendue : 25-46 ans). Le second groupe (G2) est constitué de sujets âgés
présentant une moyenne d'âge de 67,26 ans (ET = 2,28) (étendue : 62-
70 ans). Le troisième groupe (G3) est composé d'adultes plus âgés, présen
tant une moyenne d'âge de 77,26 ans (ET = 5,33) (étendue : 71-87 ans). Ces
45 sujets proviennent d'une population initiale de 70 sujets. Une première
sélection a été réalisée à partir du score obtenu au Mini Mental
State (MMS), qui a permis d'écarter 8 sujets âgés présentant des signes de
début de maladie d' Alzheimer. Les trois groupes ont ensuite été constitués
de façon à ce qu'ils présentent une habileté verbale équivalente, évaluée à
l'aide du test de vocabulaire de Binois-Pichot (reposant sur la capacité à
reconnaître des synonymes), avec un score moyen de 25,46 (ET = 4,30),
25,46 (ET = 7,23) et 24,80 (ET = 4,24) pour Gl, G2 et G3 respectivement.
Une analyse de variance n'a pas montré de différences significatives entre
ces trois moyennes. Une proportion sensiblement équivalente de femmes et
d'hommes compose les trois groupes, avec 7 femmes et 8 hommes pour Gl
et G2, et 8 femmes et 7 hommes pour G3. Les individus des deux groupes
de sujets âgés résidaient à leur domicile. Tous les sujets retenus ont déclaré
être en bonne santé et ne subissaient pas de traitement médicamenteux
susceptible d'influencer les fonctions cognitives.
MATÉRIEL
Deux listes ont été constituées, contenant chacune 36 noms communs
trisyllabiques, de fréquence moyenne d'usage équivalente [liste 1 : 1437,66
(ET = 254,42) ; liste 2 : 1410,94 (ET = 244,36) ; Dictionnaire des fréquences,
CNRS, 1971]. Les deux listes sont utilisées, soit comme liste d'apprentis
sage, soit comme liste de mots distracteurs pour l'épreuve de reconnais
sance, en contrebalancement d'un sujet à l'autre.
PROCÉDURE
A l'apprentissage, les mots inscrits en lettres majuscules noires sur des
fiches cartonnées à fond blanc (15 X 7 cm), sont présentés au sujet à un
rythme d'un mot toutes les deux secondes. Les mots sont présentés dans un
ordre aléatoire et différent à chaque passation. La consigne précise au sujet

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