« Effet PIP » et conflit de normes - article ; n°1 ; vol.75, pg 127-145

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L'année psychologique - Année 1975 - Volume 75 - Numéro 1 - Pages 127-145
Summary
The « PIP effect » (also named « superior-conformity of self » phenomenon) is the phenomenon, now demonstrated in numerous experiments, by which an individual tends in generai, in a social comparison process, to present himself as « more in the norms » of the situation than his peers.
But how does the PIP effect work in situations which are characterized by a conflict between norms ? Such situations are frequent in social life and numerous factors can give rise to such conflicts. This paper reports two experiments in which we try to answer this question.
Results show that the consideration by Ss of contradictory social norms is an operation which is cognitively very difficult, perhaps impossible. Il seems that at any moment one can only refer to a single consistant System of norms. Consequently, at a given moment, Ss can only adopt one single Superior conformity of self behavior. But when the norms are changing, the way in which everyone compares himself to others changes also, and the direction of the PIP effect is reversed.
Résumé
« L'effet PIP » (on dit encore « phénomène de la conformité supérieure de soi »), est ce phénomène, maintenant attesté dans de nombreuses expériences, selon lequel les individus ont généralement tendance, lorsqu'ils se comparent à autrui, à se présenter comme plus conformes aux normes de la situation sociale dans laquelle ils sont impliqués que ne le seraient leurs pairs. Mais qu' advient-il de l'effet PIP dans des situations caractérisées par un conflit de normes ? De telles situations sont en effet très fréquentes dans la vie sociale et de nombreux facteurs peuvent être à l'origine de tels conflits.
Cet article rapporte deux expériences par lesquelles on a voulu apporter une réponse à cette question.
Les résultats semblent montrer que la prise en compte par des sujets de normes sociales de contenu opposé est une opération cognitivement très difficile, voire impossible. Il semble bien qu'à chaque moment il ne puisse être fait référence qu'à un seul système cohérent de normes.
En conséquence, les sujets n'adoptent, à un moment donné, qu'un seul comportement de conformité supérieure de soi. Mais lorsque les normes changent, la façon dont chacun se compare à autrui change également, et le sens de l'effet PIP s'inverse.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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Jean-Paul Codol
« Effet PIP » et conflit de normes
In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°1. pp. 127-145.
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Codol Jean-Paul. « Effet PIP » et conflit de normes. In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°1. pp. 127-145.
doi : 10.3406/psy.1975.28082
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1975_num_75_1_28082Abstract
Summary
The « PIP effect » (also named « superior-conformity of self » phenomenon) is the phenomenon, now
demonstrated in numerous experiments, by which an individual tends in generai, in a social comparison
process, to present himself as « more in the norms » of the situation than his peers.
But how does the PIP effect work in situations which are characterized by a conflict between norms ?
Such situations are frequent in social life and numerous factors can give rise to such conflicts. This
paper reports two experiments in which we try to answer this question.
Results show that the consideration by Ss of contradictory social norms is an operation which is
cognitively very difficult, perhaps impossible. Il seems that at any moment one can only refer to a single
consistant System of norms. Consequently, at a given moment, Ss can only adopt one single Superior
conformity of self behavior. But when the norms are changing, the way in which everyone compares
himself to others changes also, and the direction of the PIP effect is reversed.
Résumé
« L'effet PIP » (on dit encore « phénomène de la conformité supérieure de soi »), est ce phénomène,
maintenant attesté dans de nombreuses expériences, selon lequel les individus ont généralement
tendance, lorsqu'ils se comparent à autrui, à se présenter comme plus conformes aux normes de la
situation sociale dans laquelle ils sont impliqués que ne le seraient leurs pairs. Mais qu' advient-il de
l'effet PIP dans des situations caractérisées par un conflit de normes ? De telles situations sont en effet
très fréquentes dans la vie sociale et de nombreux facteurs peuvent être à l'origine de tels conflits.
Cet article rapporte deux expériences par lesquelles on a voulu apporter une réponse à cette question.
Les résultats semblent montrer que la prise en compte par des sujets de normes sociales de contenu
opposé est une opération cognitivement très difficile, voire impossible. Il semble bien qu'à chaque
moment il ne puisse être fait référence qu'à un seul système cohérent de normes.
En conséquence, les sujets n'adoptent, à un moment donné, qu'un seul comportement de conformité
supérieure de soi. Mais lorsque les normes changent, la façon dont chacun se compare à autrui change
également, et le sens de l'effet PIP s'inverse.Année psychol.
1975, 75, 127-146
Laboratoire de Psychologie sociale
Université de Provence1
« EFFET PIP » ET CONFLIT DE NORMES
par Jean-Paul Codol2
SUMMARY
The « PIP effect » (also named « superior-conformity of self » pheno
menon) is the phenomenon, now demonstrated in numerous experiments,
by which an individual tends in general, in a social comparison process,
to present himself as « more in the norms » of the situation than his peers.
But how does the PIP effect work in situations which are characterized
by a conflict between norms ? Such are frequent in social life
and numerous factors can give rise to such conflicts. This paper reports
two experiments in which we try to answer this question.
Results show that the consideration by Ss of contradictory social norms
is an operation which is cognitively very difficult, perhaps impossible. It
seems that at any moment one can only refer to a single consistant system
of norms. Consequently, at a given moment, Ss can only adopt one single
Superior conformity of self behavior. But when the norms are changing,
the way in which everyone compares himself to others changes also, and
the direction of the PIP effect is reversed.
INTRODUCTION
1. Pour un ensemble défini d'individus, on sait qu'il existe
en général une importante tendance de chacun à affirmer qu'il
est lui-même plus conforme aux normes en vigueur dans cet
ensemble (telles que ces normes sont perçues et vécues) que ne
le sont les autres membres de cet ensemble. A ce phénomène,
1. Avenue R. -Schuman, 13621 Aix-en-Provencc.
2. Chargé de Recherche au C.N.R.S. 128 MÉMOIRES ORIGINAUX
on a donné le nom de « phénomène de la conformité supérieure
de soi » ou « d'effet PIP ». Les lettres P, I et P sont en effet
les premières lettres des trois mots d'un adage latin (Primus
Inier Pares, ce qui signifie « premier d'entre les pairs, les égaux »)
qui nous semble bien résumer le phénomène.
Les expériences réalisées jusqu'alors indiquent une très large
généralité de l'effet PIP. En particulier, ni le type d'ensemble
social au sein duquel s'effectue la comparaison entre soi et
autrui, ni le type de normes considérées dans ces ensembles ne
semblent affecter profondément le phénomène.
Par exemple, mis en évidence sur des traits de personnalité
considérés comme normatifs dans des catégories sociales parti
culières (par exemple : catégorie des « étudiants », des « cadres »,
des « syndicalistes », etc. ; cf. Codol, 1973 a), l'effet PIP a éga
lement été observé dans des situations de groupes réellement
constitués (par exemple : classes d'élèves ; cf. Codol, 1973 6,
1974 a), dans des situations où les normes considérées étaient des
normes comportementales de performance (cf. Codol, 1973 c), etc.
On a également montré que l'effet PIP n'était pas lié au
mode formel de comparaison entre soi et autrui, mais qu'il
pouvait être également observé dans des situations où la compar
aison ne provient que d'un rapprochement, fait par l'expér
imentateur, des réponses de sujets concernant séparément :
— d'une part leur perception des comportements d'autrui ;
— et d'autre part leur de leurs propres comporte
ments (cf. Codol, 1974 b).
Mais qu'advient-il de l'effet PIP dans des situations carac
térisées par un conflit de normes ? C'est en effet là une question
importante car de telles situations sont très fréquentes dans la
vie sociale et de nombreux facteurs (pouvant tenir au dévelop
pement, technique, au changement matériel, social ou culturel,
à la modification des exigences objectives ou perçues de la
situation, etc., etc.) peuvent être à l'origine de tels conflits.
Cet article rapporte deux expériences par lesquelles on a
voulu apporter une réponse à cette question.
2. Selon une distinction établie ailleurs et qui s'est avérée
utile dans de précédentes recherches, une situation sociale peut
être normative de deux points de vue, chacun définissant un
type de norme particulier. J.-P. CODOL 129
Les normes peuvent en effet refléter :
— soit un étal de fait habituel (ordinaire, régulier, etc.) dans
cette situation (nous parlerons alors de normes de fait) ;
— soit l'étal idéal ou désirable de ce qui devrait être dans cette
situation (nous parlerons alors de normes désirables).
En outre :
— les normes en vigueur dans une situation peuvent n'appart
enir qu'à cette situation et lui être ainsi particulières (normes
spécifiques) ,
— ou au contraire, elles peuvent n'être que le reflet de normes
très largement partagées dans le cadre culturel au sein duquel
cette situation particulière est vécue (normes générales)1.
(Ces différents types de normes peuvent, bien entendu, se
combiner de toutes les façons possibles : une norme « générale »
peut être « désirable » ou « de fait », ou encore à la fois « dési
rable » et « de fait », etc.)
Au cours de l'expérience I, on s'est attaché à créer expér
imentalement une situation conflictuelle entre ces deux caté
gories de normes que nous appelons « normes désirables » et
« normes de fait ».
C'est un conflit entre des « normes générales » en vigueur
dans le système social tout entier et des « normes spécifiques »
à une situation particulière qui est examiné dans l'expérience II.
EXPÉRIENCE I
SITUATION EXPERIMENTALE
81 groupes de trois étudiantes chacun ont été observés dans une
tâche de décodage comportant des règles lui conférant le caractère d'un
jeu en groupe. Ces règles permettaient en outre à chaque membre du
groupe d'adopter au cours du jeu des comportements plus ou moins
collectifs et coopératifs, ou individualistes et compétitifs. (Cette tâche
a été décrite par Codol et Flament, 1969.)
1. Dans un précédent article (Codol, 1973 a), nous avions appelé
« spécifiques » les normes que nous appelons ici « de fait », et « générales »
les normes que nous appelons ici « désirables ». Il y avait sans aucun doute
dans le choix de notre vocabulaire une ambiguïté que nous voulons lever ici.
a. psychol. 75 5 130 MÉMOIRES ORIGINAUX
LA TACHE
II s'agit pour des sujets, réunis en groupes de trois, de trouver un
code, préalablement construit au hasard, qui fait correspondre de façon
bi-univoque chaque lettre de l'alphabet à un nombre entier de 1 à 26.
Pour la découverte de ce code, les seules informations disponibles
pour les sujets sont constituées par des couples dont chacun comprend,
d'une part, un ensemble de lettres au hasard et, d'autre part, l'ensemble
des nombres codant ces lettres, ces nombres étant donnés dans l'ordre
numérique croissant. Aucun couple pris isolément ne peut donner la
moindre information sur le code : c'est par combinaison entre ces cou
ples que l'on peut découvrir des lettres. Ces informations sont données
aux sujets sous forme de cartes préparées par l'expérimentateur et
distribuées dans un ordre séquentiel déterminé à l'avance (à l'insu des
sujets qui croient que les cartes sont battues). Cet ordre séquentiel
permet de faire en sorte que chaque sujet puisse trouver exactement
le même nombre de lettres au cours du jeu, dans les mêmes conditions
de difficulté, ou bien au contraire permet de favoriser certains membres
pour la découverte des lettres. Les cartes (il y en a 12 par partie et par
groupe) sont distribuées personnellement et à tour de rôle à chaque
membre du groupe, toutes les trente secondes. Celui qui vient de rece
voir une carte (on dit de lui qu'il a « la main ») peut décider de garder
pour lui, ou au contraire de faire partager à tout le groupe, l'information
qu'il vient de recevoir.
Lorsqu'un sujet a trouvé une lettre, celui qui a la main (qui n'est
pas forcément celui qui a découvert la lettre), garde le bénéfice de cette
lettre. Il peut en outre choisir de bénéficier lui-même des points atta
chés à la découverte de cette lettre (il reçoit alors deux points), ou
choisir de faire bénéficier tout le groupe de la découverte : chaque
joueur (y compris lui-même) reçoit alors 1 point. Lorsqu'une erreur est
commise, par n'importe quel membre du groupe, celui qui a la main
a le choix de la sanction : ou bien il décide d'assumer seul cette erreur
(on lui enlève alors 4 points), ou bien il décide de répartir la sanction
entre tous les joueurs (on enlève alors 2 points à chaque membre du
groupe) .
Le but du jeu est, pour chaque joueur, de totaliser au cours de
trois parties successives (trois codes différents à découvrir), le maximum
de points.
La tâche ainsi construite est suffisamment peu contraignante pour
que la décision de chaque membre du groupe intervienne constamment
au cours de son déroulement, et tout particulièrement dans les situa
tions suivantes :
— Lors de la réception des cartes : le membre du groupe qui vient
de recevoir une carte peut garder l'information pour lui seul (compor- J.-P. CODOL 131
tement de type individualiste) ou au contraire la partager avec les
autres membres du groupe, leur permettant ainsi de découvrir eux-mêmes
des lettres (comportement de type collectif) ;
— Lors de la découverte des lettres du code : un membre du groupe
qui vient de découvrir une lettre peut l'annoncer immédiatement (lai
ssant alors à la personne qui a la main le bénéfice de cette lettre et par
voie de conséquence la décision de la répartition des points (comporte
ment de type collectif) ; soit au contraire attendre d'avoir lui-même la
main pour l'annoncer — c'est alors lui qui bénéficiera de la lettre et
des points qui y sont attachés (comportement de type individualiste) ;
— Lors de la répartition des gains et des sanctions : le membre du
groupe qui a la main peut à son gré garder, ou répartir, points et erreurs.
A tout moment de la tâche les membres du groupe doivent donc
choisir entre deux types de comportements, nettement différenciés par
leur caractère collectif ou individualiste.
l'expérience
a) Avant l'expérience, une première induction était faite verbalement
par l'expérimentateur sur le caractère soit collectif et coopératif soit
individualiste et compétitif, de la situation. L'expérimentateur invitait
ainsi les sujets à considérer comme désirables dans la situation soit des
comportements collectifs soit au contraire des comportements indi
vidualistes.
Après cette induction, un questionnaire pré-expérimental visait à
saisir les représentations des sujets concernant plusieurs éléments de
la situation et, en particulier, la représentation que chacun se faisait
de lui-même et de chacun des autres membres du groupe.
b) Au cours de l'expérience, une deuxième induction était croisée
avec la première. Elle avait pour but soit de renforcer, soit au contraire
de contredire la représentation de la situation et de ses normes induite
initialement. Cette deuxième induction était toutefois d'un caractère
très différent de la première. Alors que la première était opérationalisée
par l'intervention de l'expérimentateur, la seconde provenait des com
portements effectifs des sujets au cours de la tâche. En jouant sur la
structure de la tâche, on incitait certains groupes à travailler effectiv
ement de façon collective et coopérative, et d'autres de façon individual
iste et compétitive. C'est donc le caractère normatif de fait de la coopé
ration ou de la compétition qui était ici manipulé.
Le croisement de ces deux variables indépendantes définissait ainsi
quatre situations expérimentales comme l'indique le tableau I.
Les I et IV sont ainsi caractérisées par la convergence
des normes induites dans la situation, à la fois sur le plan de leur dési- MEMOIRES ORIGINAUX 132
Tableau I
Les quatre situations expérimentales de l'expérience I
Deuxième variable indépendante
Normes de fait induites
au cours de la tâche
Comportement Comportement
collectif individualiste
II première variable Comportement indépendante : collectif coll. /coll. coll./ind.
(20) (22) Normes désirables
induites au niveau
d'une représentation III IV
Comportement initiale de la ind./coll. ind./ind. individualiste situation (20) (19)
(On a indiqué, entre parenthèses, le nombre de groupes utilisés dans
chaque situation.)
rabilité initiale, anticipée par les sujets avant l'expérience, et sur le
plan des faits, réellement vécus au cours de l'expérience.
En revanche, les situations II et III sont caractérisées par un conflit
de normes entre :
— d'une part la norme désirable induite par l'expérimentateur avant
l'expérience ;
— et d'autre part la norme de fait vécue au cours de la réalisation
concrète de la tâche.
Dans chacune de ces quatre situations, un questionnaire identique
au questionnaire pré-expérimental, mais passé après la réalisation de
la tâche (questionnaire post-expérimental) permettait de saisir l'évolu
tion des représentations de soi et de chacun des autres membres du
groupe.
En rapport avec les inductions, les questionnaires ne prenaient
en fait en considération que la dimension « coopération-compétition »
des représentations. Dans ce but, chaque question comprenait en nombre
égal des items significatifs de la coopération et des items significatifs de
la compétition, tels qu'ils avaient été auparavant déterminés par une
double pré-enquête auprès d'un échantillon de la même population
parente (on trouvera des explications à ce sujet dans Codol, 1970).
Pour chaque objet de représentation (soi, ou chacun des autruis), les
sujets devaient cocher tous les items qui leur paraissaient correspondre
à l'objet considéré, autant qu'ils le désiraient. Pour obtenir le « degré
de coopération » de la réponse d'un sujet à une question, on faisait le J.-P. CODOL 133
rapport entre le nombre d'items « coopératifs » cochés par ce sujet, et
le nombre total des items que le même sujet avait dans la même
question.
INDICE DE CALCUL
Afin de juger, sur ce matériel, du phénomène de la conformité
supérieure de soi, on a ensuite rapporté le degré de coopération attribué
par les sujets à soi-même au degré de coopération qu'ils ont en
moyenne aux autres membres de leur groupe. On obtient ainsi un indice
(que l'on appellera PIP-coop) du comportement de conformité supé
rieure de soi relativement à la coopération.
Ainsi, lorsqu'il est supérieur à 1, l'indice obtenu indique une ten
dance des sujets à se percevoir eux-mêmes comme plus coopératifs (et
moins compétitifs) que ne le sont les autres membres de leur groupe en
moyenne.
Egal à 1, il manifeste une tendance des sujets à se percevoir comme
strictement égaux à autrui sur le plan de la coopération et de la
compétition ;
Inférieur à 1, il indique que les sujets pensent qu'ils sont eux-mêmes
plus compétitifs (et moins coopératifs) que ne le sont les autres membres
du groupe en moyenne.
HYPOTHÈSES
1) L'hypothèse générale est qu'à chaque moment, les sujets adopt
eront un comportement de conformité supérieure de soi en référence
à la norme la plus prégnante pour eux à ce moment-là.
En particulier :
— avant la tâche : c'est relativement à la norme induite initia
lement par l'expérimentateur (norme de coopération pour les
situations I et III et de compétition pour les situations II
et IV) que l'effet PIP doit apparaître ;
— après la tâche, c'est relativement à la norme effectivement
vécue par les sujets au cours de la tâche (norme de coopé
ration pour les situations I et III, et de compétition pour
les situations II et IV) que l'effet PIP doit apparaître.
Autrement dit :
Dans les situations I et IV, où il y a convergence entre la
norme « désirable » induite initialement par l'expérimentateur,
et la norme « de fait » vécue par les sujets dans la situation, MÉMOIRES ORIGINAUX 134
l'effet PIP doit se manifester dans le même sens avant la tâche
et après celle-ci.
En revanche, dans les situations II et III, conflictuelles
au plan des normes induites, on doit observer un renversement
du sens de l'effet PIP entre les questionnaires pré- et pos
texpérimentaux.
2) Une hypothèse secondaire, relative au comportement de
conformité supérieure de soi dans des situations collectives et
coopératives doit être maintenant précisée. On sait en effet que
ce type de situation, où l'accent est mis sur la qualité des rela
tions sociales dans le groupe, est généralement caractérisé par
la présence d'un certain nombre de normes implicites, dont la
plus fréquente et la plus apparente est la norme de modestie.
L'effet PIP sur la norme de coopération, qui devrait en
principe entraîner chaque sujet à se déclarer plus coopératif que
ses camarades est alors lui-même, très souvent, affecté de cette
norme de modestie, et conduit les sujets à se déclarer non pas
tellement « plus coopératifs » que les autres, mais plutôt « à
égalité », ou « pareils » que les autres au plan de la coopération.
Des résultats dans ce sens sont rapportés par Codol (1969 et 1971).
En revanche, aucune norme implicite de ce type n'apparaît
dans les situations compétitives et individualistes. Au contraire,
Jones et al. (1963, 1965) et Gergen et Gibbs (1969) ont montré
que lorsque la performance dans une tâche est valorisée, les
individus cherchent à se faire valoir en montrant leur excellence,
tandis que lorsque l'accent est mis sur la cohésion et la solidarité,
ils tendent plutôt à se montrer modestes (cf. Stires et Jones,
1969).
En conséquence, dans ces situations, l'effet PIP doit bien se
traduire par l'affirmation des sujets à se présenter comme « plus
compétitifs » que ne le sont les autres membres de leur groupe.
On peut alors résumer, pour chaque situation expérimentale,
l'ensemble de nos hypothèses.
Avant la lâche :
— L'effet PIP sur la norme de coopération doit entraîner
les sujets des situations expérimentales I (colllcoll) et II (colljind)
à se déclarer « pareils » aux (ou « à égalité » avec les) autres
membres du groupe.
L'indice que nous avons appelé PIP-coop doit donc être
égal à (ou très voisin de) la valeur 1 dans les deux cas.

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