Effet production et vieillissement : étude du rôle des traitements sémantiques spécifique et relationnel - article ; n°2 ; vol.103, pg 199-221

De
Publié par

L'année psychologique - Année 2003 - Volume 103 - Numéro 2 - Pages 199-221
Résumé
Les objectifs de ce travail étaient d'analyser les processus cognitifs mis en jeu dans l'effet production et d'appréhender les effets du vieillissement sur ces processus. Deux expériences ont ainsi été réalisées auprès de sujets de trois groupes d'âge (jeunes, âgés et très âgés). Dans la première, nous examinons les effets du vieillissement sur les traitements spécifique et relationnel dans des tâches de production avec ou sans mot inducteur. Dans la seconde, nous avons tenté de reproduire les résultats observés dans la première en utilisant, à l'apprentissage, des consignes impliquant les traitements spécifique et relationnel supposés être mis en œuvre dans la tâche de production. Les données indiquent que les sujets jeunes sont en mesure de bénéficier à la fois du traitement sémantique relationnel et spécifique, suggéré par la tâche d'encodage, contrairement aux sujets âgés pour qui seule la réalisation d'un traitement sémantique relationnel exigé par la tâche permet une augmentation des performances mnésiques. Ces résultats sont discutés dans le cadre de l'hypothèse d'un déficit du traitement auto-initié lié à l'âge.
Mots-clés : mémoire, vieillissement, effet production, traitements spécifiques et relationnels, support environnemental.
Summary : Aging and generation effect : specific and relational semantic processes in the generation effect.
The present study was conducted to address the issue of cognitive processes involved in the generation effect and to explore the impact of aging on these processes. Three age groups (young, old and older subjects) were tested in two experiments. The first one was designed to investigate aging effects on specific and relational processing with or without inductor-word production tasks. In the second experiment, we intended to replicate results from experiment 1 by using instructions (during the learning phase) involve specific and relational processing supposed to be engagea in the generation task. The data showed that young adults can profit from both relational and specific semantic processing involved by the encoding task, whereas old adults only enhance their mnesic performances when the task engaged relational semantic processing. These results are discussed in terms of an age-related environmental deficit hypothesis.
Key words : memory, aging, generetion effect, specifie and relational processing, environmental hypothesis.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
Lecture(s) : 69
Nombre de pages : 25
Voir plus Voir moins

Laurence Taconnat
Michel Isingrini
Sandrine Vanneste
Effet production et vieillissement : étude du rôle des traitements
sémantiques spécifique et relationnel
In: L'année psychologique. 2003 vol. 103, n°2. pp. 199-221.
Citer ce document / Cite this document :
Taconnat Laurence, Isingrini Michel, Vanneste Sandrine. Effet production et vieillissement : étude du rôle des traitements
sémantiques spécifique et relationnel. In: L'année psychologique. 2003 vol. 103, n°2. pp. 199-221.
doi : 10.3406/psy.2003.29632
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2003_num_103_2_29632Résumé
Résumé
Les objectifs de ce travail étaient d'analyser les processus cognitifs mis en jeu dans l'effet production et
d'appréhender les effets du vieillissement sur ces processus. Deux expériences ont ainsi été réalisées
auprès de sujets de trois groupes d'âge (jeunes, âgés et très âgés). Dans la première, nous examinons
les effets du vieillissement sur les traitements spécifique et relationnel dans des tâches de production
avec ou sans mot inducteur. Dans la seconde, nous avons tenté de reproduire les résultats observés
dans la première en utilisant, à l'apprentissage, des consignes impliquant les traitements spécifique et
relationnel supposés être mis en œuvre dans la tâche de production. Les données indiquent que les
sujets jeunes sont en mesure de bénéficier à la fois du traitement sémantique relationnel et spécifique,
suggéré par la tâche d'encodage, contrairement aux sujets âgés pour qui seule la réalisation d'un
traitement sémantique relationnel exigé par la tâche permet une augmentation des performances
mnésiques. Ces résultats sont discutés dans le cadre de l'hypothèse d'un déficit du traitement auto-initié
lié à l'âge.
Mots-clés : mémoire, vieillissement, effet production, traitements spécifiques et relationnels, support
environnemental.
Abstract
Summary : Aging and generation effect : specific and relational semantic processes in the generation
effect.
The present study was conducted to address the issue of cognitive processes involved in the generation
effect and to explore the impact of aging on these processes. Three age groups (young, old and older
subjects) were tested in two experiments. The first one was designed to investigate aging effects on
specific and relational processing with or without inductor-word production tasks. In the second
experiment, we intended to replicate results from experiment 1 by using instructions (during the learning
phase) involve specific and relational processing supposed to be engagea in the generation task. The
data showed that young adults can profit from both relational and specific semantic processing involved
by the encoding task, whereas old adults only enhance their mnesic performances when the task
engaged relational semantic processing. These results are discussed in terms of an age-related
environmental deficit hypothesis.
Key words : memory, aging, generetion effect, specifie and relational processing, environmental
hypothesis.L'Année psychologique, 2003, 103, 199-221
Laboratoire de Psychologie
EA 2114 — Vieillissement et développement adulte :
Cognition, rythmicité et adaptation
Université de Tours1
EFFET PRODUCTION ET VIEILLISSEMENT :
ÉTUDE DU RÔLE
DES TRAITEMENTS SÉMANTIQUES
SPÉCIFIQUE ET RELATIONNEL
Laurence TACONNAT2, Michel ISINGRINI
et Sandrine VANNESTE
SUMMARY : Aging and generation effect : specific and relational semantic
processes in the generation effect.
The present study was conducted to address the issue of cognitive processes
involved in the generation effect and to explore the impact of aging on these
processes. Three age groups (young, old and older subjects) were tested in two
experiments. The first one was designed to investigate aging effects on specific
and relational processing with or without inductor-word production tasks. In
the second experiment, we intended to replicate results from experiment 1 by
using instructions (during the learning phase) involve specific and relational
processing supposed to be engaged in the generation task. The data showed that
young adults can profit from both relational and specific semantic processing
involved by the encoding task, whereas old adults only enhance their mnesic
performances when the task engaged relational semantic processing. These
results are discussed in terms of an age-related environmental deficit
hypothesis.
Key words : memory, aging, generetion effect, specific and relational
processing, environmental hypothesis .
1. Département de Psychologie, 3, rue des Tanneurs, 37000 Tours.
2. E-mail : taconnat@univ-tours.fr. 200 L. Taconnat, M. Isingrini et S. Vanneste
Cette recherche a pour objectif d'examiner, d'une part, les
processus mis en jeu lors de la production de mots, et d'autre
part, la conséquence de la tâche de sans mot induc
teur sur une épreuve de rappel libre de mots chez des sujets jeu
nes et âgés. Nous tenterons également de montrer que l'on peut
reproduire des performances équivalentes à celles de l'effet de
production d'associés sémantiques avec des tâches orientées qui
permettent de simuler certains traitements supposés être mis en
œuvre lors de la tâche de production d'associés. L'effet produc
tion (Slamecka et Graf, 1978 ; Jacoby, 1978) apparaît lorsque les
stimuli produits à l'apprentissage (table-c/ia- - -) sont mieux
rappelés ou reconnus que les stimuli simplement lus (table-
chaise). Cet effet semble dépendre d'un certain nombre de fac
teurs (liés à la tâche, au contexte d'apprentissage, au matér
iel...), qui peuvent en modifier l'amplitude (Taconnat et Isin
grini, 1996), voire l'annuler (Slamecka et Katsaiti, 1987 ; Begg,
Vinsky, Franko vich et Holgate, 1991). C'est en faisant varier les
conditions expérimentales que les auteurs ont mis en évidence
les différents types de traitement mis en jeu dans l'apparition de
l'effet production. Leurs principales conclusions sont qu'il
semble être lié à des mécanismes attentiomiels (Fielder, LaoïmiL,
Fay et Krug, 1992) et au fait que la production facilite
l'élaboration du traitement (McDaniel et Waddill, 1990 ; Charl
es, 1988). L'étude de ce phénomène, appliquée au vieillissement
(McFarland, Warren et Crockard, 1985 ; Mitchell, Hunt et
Schmitt, 1986 ; Rabinowitz, 1989 ; Johnson, Schmitt et Pietru-
kowitz, 1989 ; Taconnat et Isingrini, 1996) a montré que d'une
façon générale, les sujets âgés profitaient autant que les sujets
jeunes de l'acte de production. Cependant, nous ne sommes pas
en mesure de savoir si l'effet production est dû aux traitements
impliqués par la tâche ou si la a un effet en soi. Afin
d'éclaircir le problème posé, nous présenterons dans un premier
temps les principaux déterminants de l'effet production, puis les
travaux qui ont été réalisés chez les sujets âgés et enfin,
l'hypothèse d'un déficit de production chez les sujets âgés
(Craik, 1983, 1990). Cette hypothèse permet à la fois d'expliquer
le déclin mnésique lié à l'âge et le maintien des performances
ou les moindres déficits observés dans certaines conditions
expérimentales .
Parmi les arguments explicatifs de l'apparition de l'effet pro
duction, les notions d'effort cognitif et d'augmentation du traite- Effet production et vieillissement 201
ment sémantique sont souvent invoquées. Jacoby (1978) a inter
prété l'effet production comme étant dû à un effort cognitif
particulier. Cette hypothèse de l'effort a évolué vers celle d'une
mobilisation des ressources cognitives. Ainsi, Fielder, Lachnit,
Fay et Krug (1992) font varier la difficulté de production en don
nant plus ou moins d'informations dans des phrases à compléter
et montrent que plus la tâche de production est rendue difficile,
et donc plus l'effort fourni pour produire est grand, plus l'effet
production est important. Par ailleurs, dans un protocole qui
consistait à demander aux sujets de produire des mots dans des
conditions faciles et difficiles (en fournissant plusieurs ou une
seule lettre du mot à produire), nous avons observé une augment
ation significative de l'effet production, dans le cas de product
ion difficile d'associés faibles, chez les sujets jeunes (Taconnat et
Isingrini, 1996). Ces résultats pourraient corroborer le fait que
l'effet production dépende de 1' « effort » qui a été fourni pour
produire le mot. Pour Fielder et al. (1992), c'est l'élaboration
importante du traitement à l'encodage impliqué par l'effort de
production qui entraînerait une meilleure mémorisation des
informations. Enfin, Smith et Healy (1998) ont montré que
l'effet production du mot cible était dû à la mise en place de pro
cessus cognitifs lents, ce qui appuie l'idée selon laquelle ces pro
cessus sont fortement dépendants des ressources attentionnelles.
L'autre argument important pour l'explication de l'effet pro
duction est que cette tâche est susceptible d'accroître le trait
ement sémantique réalisé sur les mots cibles. Selon la théorie des
niveaux de traitement (Craik et Lockhart, 1972), ce type de tra
itement est celui qui permet la meilleure mémorisation de mots.
Dans une tâche de production de mots liés sémantiquement aux
mots inducteurs, il apparaîtrait à plusieurs niveaux. En effet, la
mise en jeu des traitements sémantiques de différentes natures a
été mise en évidence lors de la réalisation d'une tâche de product
ion, en fonction des caractéristiques de cette tâche. Ainsi, l'effet
production pourrait être la conséquence de l'augmentation du
nombre de caractéristiques activées spécifiques à l'item produit
(Begg et ai, 1989 ; Kinoshita, 1989). Ce type de traitement,
appelé distinctif, consiste à encoder les traits qui différencient
sémantiquement le mot contexte du mot cible. La production
améliorerait également le traitement de la relation contexte-
cible, c'est-à-dire l'encodage des caractéristiques partagées par
le mot inducteur et le mot cible (Hirshman et Bjork, 1988 ; 202 L. Taconnat, M. Isingrini et S. Vanneste
McDaniel, Riegler et Waddill, 1990 ; McDaniel et Waddill,
1990). L'encodage des traits partagés par le mot cible et le mot
inducteur serait, de plus, renforcé par un traitement postproduct
ion (Donaldson et Bass, 1980). Ce processus consisterait à véri
fier que le mot produit est bien en adéquation avec le mot induc
teur et la règle de production. Afin de confirmer l'idée selon
laquelle l'effet production était principalement la conséquence
de traitements cognitifs impliqués par la tâche de production, et
qu'elle n'aurait donc pas d'effet en soi, certains chercheurs ont
montré que l'on pouvait annuler cet effet en augmentant la pro
portion de rappel des mots lus. Ainsi, Ghatala (1981, 1983) fait
disparaître l'effet production dans une expérience où il fait inter
venir trois conditions d'encodage : lecture de phrases compre
nant les mots cibles, lecture des même phrases où l'on demande
aux sujets d'évaluer la pertinence du mot cible qui les complète,
et production des mots cibles à partir des même phrases. Les
résultats indiquent que la situation « évaluation » permet
d'avoir des performances équivalentes à celle de « production »
et supérieures à celles obtenues après avoir simplement lu les
phrases. Begg, Vinsky, Frankovich et Holgate (1991) observent
des résultats similaires, en donnant aux sujets dans les situation»
de lectures, soit une consigne d'imagerie, soit une consigne de
répétition.
Concernant les conséquences du vieillissement sur l'effet pro
duction, relativement peu d'études ont été réalisées. Smith, Ben-
ham et Leubecker (1984, cités par Rabinowitz, 1989) ont été les
premiers à comparer l'effet production chez des sujets jeunes et
chez des sujets âgés. Ils ont observé, en rappel libre, un effet
identique pour les deux groupes de sujets. McFarland et al.
(1985) ont élaboré une expérience avec un paradigme de lecture
et de production de rimes et d'associés. La mesure de la mémoire
a été effectuée avec un test de rappel libre, sur trois essais.
L'effet n'apparaît significatif, chez les sujets âgés,
qu'à partir du troisième essai. L'interprétation de ces observa
tions était que les sujets âgés avaient besoin de s'habituer à la
tâche pour bénéficier de cet effet. Leurs résultats sont quelque
peu différents de ceux qu'avaient obtenus Smith et al. (1984 ;
cités par Rabinowitz, 1989). Cette différence, sans être une
contradiction, peut sans doute être expliquée par les caractéris
tiques du matériel, comme le degré d'association entre les mots
ou encore par le fait que McFarland et al. (1985) aient choisi une Effet production et vieillissement 203
règle de production de rimes pour la moitié de la liste d'items.
Mitchell, Hunt et Schmitt (1986) ; Johnson, Schmitt et Pietru-
kowitz (1989) et Rabinowitz (1989) observent un effet de pro
duction identique chez les sujets jeunes et âgés et enfin Mul-
thaup et Balota (1997) mettent en évidence un effet production
plus important chez les personnes âgées en bonne santé que chez
les personnes atteintes de démence de type Alzheimer. Pour
notre part (Taconnat et Isingrini, 1996), nous n'avons observé
de différences entre les sujets jeunes et âgés que dans la condi
tion expérimentale où la tâche consistait à produire des mots
cibles à partir d'associés sémantiques faibles et d'une seule lettre
du mot cible (production difficile). Dans des travaux plus
récents (Taconnat et Isingrini ; manuscrit soumis), nous n'avons
jamais observé d'interaction entre l'âge et la situation d'apprent
issage (lecture (vs) production) lorsque la règle de production
était de nature sémantique. En revanche, lorsque les mots
inducteurs étaient des rimes ou des anagrammes des mots cibles,
l'effet production disparaissait chez les sujets âgés, mais pas
chez les sujets jeunes. Nous avons interprété ces résultats dans le
cadre de l'hypothèse environnementale présentée ci-dessous. En
effet, il est probable que la tâche de production d'associés
sémantiques constitue un support environnemental suffisant
pour permettre aux sujets âgés de réaliser un traitement sémant
ique efficace pour la mémorisation, ce qui ne serait pas le cas
pour les tâches de production non sémantique.
Dans le cadre de l'hypothèse environnementale, Craik (1983,
1990) soutient que les moindres performances des sujets âgés aux
épreuves de rappel et de reconnaissance dépendrait d'un déficit
du traitement auto-initié, se traduisant par des difficultés à
mettre en œuvre spontanément des traitements efficaces pour la
mémorisation. Pour lui, les opérations cognitives dont dépend la
mémorisation sont tributaires de facteurs externes aux sujets,
initiés et guidés par les éléments environnementaux (nature du
matériel, tâche à effectuer), mais aussi de facteurs internes qu'il
nomme auto-initiés, et qui seraient déclenchés par le sujet lui-
même. Or, la mise en œuvre de ces derniers nécessiterait la mobil
isation importante des ressources attentionnelles, qui feraient
défaut aux personnes âgées. Au regard de ce modèle, et concer
nant les opérations d'encodage, les résultats contradictoires rap
portés dans la littérature (voir pour revue Craik et Jennings,
1992) pourraient être interprétés par des différences fondamen- 204 L. Taconnat, M. Isingrini et S. Vanneste
tales entre les tâches orientées utilisées pour opérationnaliser le
traitement sémantique. Ces tâches constitueraient en soi un bon
moyen de compensation des déficits de traitements liés à l'âge
(voir Bäckman et Dixon, 1992, pour une revue des différentes
stratégies de compensation). En effet, certaines tâches orientées
sémantiques seraient plus susceptibles que d'autres de constituer
un support environnemental adéquat permettant aux sujets âgés
de s'engager véritablement dans un traitement de nature sémant
ique. Les tâches orientées efficaces seraient celles qui permettent
de s'assurer qu'un traitement sémantique a bien été réalisé,
comme par exemple écrire les adjectifs correspondant aux noms à
apprendre (Java et Gardiner, 1991), produire un associé sémant
ique des mots cibles concrets (Sauzéon, N'Kaoua et Claverie,
1999), souligner des associés sémantiques des mots cibles (Tacon
nat et Isingrini, 1995) ou bien produire le mot cible à partir d'un
mot inducteur associé (Mitchell et al., 1986 ; Johnson et al., 1989 ;
Rabinowitz, 1989 ; Taconnat et Isingrini, 1996). En utilisant ce
type de tâches orientées, on n'observe pas d'interaction entre
l'âge et le niveau de traitement réalisé à l'encodage, ce qui montre
que les sujets âgés bénéficient autant que les jeunes d'une orien
tation sémantique à l'encodage. Au contraire, d'autres tâches
comme le jugement d'agrément (e.g. dire si le mot cible évoque
un phénomène agréable ou non), classiquement utilisé comme
tâche orientée sémantique, renverrait davantage à des trait
ements sémantiques auto-initiés (Taconnat et Isingrini, 1995). En
effet, lorsque cette tâche est utilisée, on ne peut pas s'assurer que
les sujets se sont véritablement engagés dans un traitement
sémantique puisque lorsqu'on présente un mot au sujet, la seule
consigne qui lui est donnée est de dire « agréable » ou « désa
gréable ». En conséquence, rien ne l'oblige à donner sa réponse
après avoir traité sémantiquement le mot, il peut la donner sans
avoir fait de traitement c'est-à-dire au hasard, suite à un trait
ement de la sonorité ou encore suite à un traitement sémantique
trop général ou inapproprié. Une interaction entre l'âge et le
niveau du traitement à l'encodage indiquant que les sujets âgés
ne bénéficient pas autant que les jeunes de la tâche orientée est
toujours observée avec ce type de tâche (Eysenck, 1974 ; Mason,
1979 ; Erber, Herman et Botwinick, 1980 ; Zelinsky, Walsh et
Thompson, 1987 ; Taconnat et Isingrini, 1995).
Les paradigmes expérimentaux sont particulièrement variés
en ce qui concerne l'étude de l'effet production chez les sujets Effet production et vieillissement 205
jeunes, ce qui a permis d'avoir des connaissances relativement
précises concernant les procédures cognitives mises en jeu lors de
la production d'informations. Ce n'est pas le cas des études por
tant sur les sujets âgés, qui ont toutes utilisé des protocoles sen
siblement identiques, ne permettant pas de circonscrire le rôle
éventuel que peut jouer le vieillissement sur tous les processus
sous-jacents à l'apparition de l'effet production. Il est en effet
possible que l'effet production apparaisse chez les sujets âgés
comme chez les sujets jeunes parce qu'il s'agit, dans les travaux
qui l'ont étudié, de tâches de production d'associés sémantiques.
Dans ce cas, comme nous l'avons déjà suggéré, la tâche de pro
duction pourrait particulièrement bien guider les opérations
cognitives que les sujets doivent mettre en œuvre pour mémoris
er les mots. En l'occurrence et vu la règle de production, il s'agit
de traitement sémantique, probablement principalement basé
sur la relation contexte-cible. En effet, dans ce type de tâche,
pour produire le mot en respectant la règle de production, les
sujets doivent faire une analyse sémantique du mot inducteur et
produire un mot sémantiquement associé à celui-ci à partir d'un
fragment du mot cible. Il s'agirait ici du traitement relationnel
décrit par Hirshman et Bjork (1988) ; McDaniel et al. (1990) et
McDaniel et Waddill (1990). La capacité, pour les sujets âgés, à
réaliser un traitement relationnel a souvent été discutée, met
tant le plus souvent en évidence une détérioration avec l'âge de
ce type de (voir Luszcz, Roberts et Mattiske, 1990, et
Naveh-Benjamin, 2000, pour des résultats différents), mais dans
le cas de la production de mots fortement associés, le traitement
relationnel précède la production. Si le mot est produit, cela
signifie que le traitement relationnel a été réalisé. On peut pens
er que si les sujets âgés produisent les mots cibles, c'est parce
qu'ils ont réalisé ce type de traitement qui est à la fois guidé par
le mot inducteur et la tâche de production. Cette tâche impli
querait également un traitement sémantique spécifique à l'item
produit (Begg et al., 1989 ; Kinoshita, 1989). Ce type de trait
ement n'étant pas obligatoire (e.g. auto-initié) pour produire le
mot, et selon Craik (1983, 1990), coûteux en attention, il est sus
ceptible de ne pas être réalisé par les sujets âgés, contrairement
aux sujets jeunes. Par conséquent, on peut faire l'hypothèse que
si aucun traitement relationnel guidé par des éléments environ
nementaux n'est possible lors de la tâche de production, l'effet
production n'apparaîtra pas chez les sujets âgés contrairement 206 L. Taconnat, M. Isingrini et S. Vanneste
aux sujets jeunes pour qui un traitement spécifique auto-initié
est possible (expérience 1). En revanche, ce type de traitement
reproduit dans une situation de lecture avec une tâche orientée
adéquate pourrait faire apparaître, chez les sujets âgés comme
chez les sujets jeunes, un effet de supériorité du rappel des items
ainsi traités par rapport à ceux appris à l'aide d'une tâche
orientée classique n'impliquant pas de traitement relationnel
(expérience 2). Par rapport aux travaux qui ont déjà été réalisés
dans ce domaine, nous avons ajouté dans chacune des deux
expériences, un groupe de sujets très âgés (plus de 75 ans), dans
le but d'examiner une éventuelle aggravation des déficits liés à
l'âge déjà observés fréquemment chez les sujets de 60 à 75 ans.
Production d'associés et production sans mot inducteur :
expérience 1
Nous avons tenté, dans une des conditions expérimentales,
de faire produire des mots en l'absence de mots inducteurs, afin
d'appréhender le rôle de la production sans mot inducteur sur
une épreuve de rappel libre en nous inspirant de la procédure
utilisée par Toth et Hunt (1990, expérience 1). Nous avons fait
en sorte qu'un seul mot puisse êtxp produit par fragment. Cette
condition sera comparée à une tâche classique de production de
mot à partir d'un associé sémantique du mot cible. Afin
d'évaluer l'effet production, nous avons constitué deux situa
tions de lecture : lecture de mots seuls, et lecture de couples de
mots sémantiquement associés. L'hypothèse sera vérifiée si une
double interaction apparaît indiquant que les sujets âgés bénéfi
cient moins de l'effet production que les sujets jeunes unique
ment lorsque cette tâche n'oriente pas le traitement sur la rela
tion sémantique entre deux items.
METHODE
SUJETS
Les caractéristiques des sujets sont présentées dans le tableau I. Con
cernant les sujets jeunes, aucun n'est étudiant, et tous les sujets âgés vivent
à domicile, sont autonomes et ne reçoivent aucun traitement psychotrope.
Ils ont été recrutés en club de loisirs et à l'Université du troisième âge.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.