Effets de la psychologisation sur l'influence d'un groupe et d'un « leader » minoritaires - article ; n°3 ; vol.85, pg 361-381

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1985 - Volume 85 - Numéro 3 - Pages 361-381
Summary : The effects of psychologization on the influence exerted by minority groups and leaders :
160 subjects participated in this experiment composed of four conditions achieved from the crossing of two independent variables : the psychologization or not of the minority source of influence, and the existence or not of a « leader » within the minority, whose persuasive message was given to the subjects to read.
The results of the experiment confirmed our hypothesis : psychologization diminishes the influence exerted by a minority without a « leader » whereas it does not affect the influence obtained by a minority with a « leader ». Moreover, it is particularly when the subjects were led to « psychologize » the influence source that the impact of the minority leader is superior to that of the minority without leader.
Some data relating to the image of the source suggest that these effects are due to considerable modifications in the social representation of the minority ; dimensions such as psychological unbalance, independence from the source and its resolution in action, effectively prove the interaction of the independent variables observed at the level of the social influence exerted by the minority.
Key words : psychologization, minority influence, group, leaders, social representation of the minority.
Résumé
160 sujets ont participé à cette expérience composée de quatre conditions issues du croisement de deux variables indépendantes : l'appréhension psychologisante ou non de la source minoritaire d'influence, et l'existence ou non d'un « leader » au sein de la minorité, dont les sujets ont été invités à lire le message persuasif.
Les résultats de l'expérience confirment nos hypothèses : la psychologi-sation diminue l'influence exercée par une minorité dépourvue de « leader », alors qu'elle n'affecte pas celle obtenue par une minorité dotée d'un « leader ». C'est d'ailleurs surtout lorsque les sujets ont été amenés à « psychologiser » la source d'influence que l'impact du leader minoritaire est supérieur à celui de la minorité qui en est dépourvue.
Des données relatives à l'image de la source suggèrent que ces effets sont dus à des modifications notables de la représentation sociale de la minorité : des dimensions telles que le déséquilibre psychologique, l'indépendance de la source et sa détermination dans l'action, rendent effectivement compte de l'interaction des variables indépendantes observée au niveau de l'influence sociale exercée par la minorité.
Mots clés : psychologisation, influence minoritaire, groupe, leader, représentation sociale de la minorité.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
Lecture(s) : 11
Nombre de pages : 23
Voir plus Voir moins

Stamos Papastamou
Effets de la psychologisation sur l'influence d'un groupe et d'un
« leader » minoritaires
In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°3. pp. 361-381.
Citer ce document / Cite this document :
Papastamou Stamos. Effets de la psychologisation sur l'influence d'un groupe et d'un « leader » minoritaires. In: L'année
psychologique. 1985 vol. 85, n°3. pp. 361-381.
doi : 10.3406/psy.1985.29095
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1985_num_85_3_29095Abstract
Summary : The effects of psychologization on the influence exerted by minority groups and leaders :
160 subjects participated in this experiment composed of four conditions achieved from the crossing of
two independent variables : the psychologization or not of the minority source of influence, and the
existence or not of a « leader » within the minority, whose persuasive message was given to the
subjects to read.
The results of the experiment confirmed our hypothesis : psychologization diminishes the influence
exerted by a minority without a « leader » whereas it does not affect the influence obtained by a minority
with a « leader ». Moreover, it is particularly when the subjects were led to « psychologize » the
influence source that the impact of the minority leader is superior to that of the minority without leader.
Some data relating to the image of the source suggest that these effects are due to considerable
modifications in the social representation of the minority ; dimensions such as psychological unbalance,
independence from the source and its resolution in action, effectively prove the interaction of the
independent variables observed at the level of the social influence exerted by the minority.
Key words : psychologization, minority influence, group, leaders, social representation of the minority.
Résumé
160 sujets ont participé à cette expérience composée de quatre conditions issues du croisement de
deux variables indépendantes : l'appréhension psychologisante ou non de la source minoritaire
d'influence, et l'existence ou non d'un « leader » au sein de la minorité, dont les sujets ont été invités à
lire le message persuasif.
Les résultats de l'expérience confirment nos hypothèses : la psychologi-sation diminue l'influence
exercée par une minorité dépourvue de « leader », alors qu'elle n'affecte pas celle obtenue par une
minorité dotée d'un « leader ». C'est d'ailleurs surtout lorsque les sujets ont été amenés à «
psychologiser » la source d'influence que l'impact du leader minoritaire est supérieur à celui de la
minorité qui en est dépourvue.
Des données relatives à l'image de la source suggèrent que ces effets sont dus à des modifications
notables de la représentation sociale de la minorité : des dimensions telles que le déséquilibre
psychologique, l'indépendance de la source et sa détermination dans l'action, rendent effectivement
compte de l'interaction des variables indépendantes observée au niveau de l'influence sociale exercée
par la minorité.
Mots clés : psychologisation, influence minoritaire, groupe, leader, représentation sociale de la minorité.,
L'Année Psychologique, 1985, 85, 361-381
Université de Genève
Faculté de Psychologie
et des Sciences de l'éducation1
EFFETS DE LA PSYCHOLOGISATION
SUR L'INFLUENCE D'UN GROUPE
ET D'UN « LEADER » MINORITAIRES2
par Stamos Papastamou
SUMMARY : The effects of psychologization on the influence exerted by
minority groups and leaders :
160 subjects participated in this experiment composed of four condit
ions achieved from the crossing of two independent variables : the psychol
ogization or not of the minority source of influence, and the existence or
not of a « leader » within the minority, whose persuasive message was
given to the subjects to read.
The results of the experiment confirmed our hypothesis : psychologizat
ion diminishes the influence exerted by a minority without a « leader »
whereas it does not affect the influence obtained by a minority with a
« leader ». Moreover, it is particularly when the subjects were led to « psychol
ogize » the influence source that the impact of the minority leader is superior
to that of the minority without leader.
Some data relating to the image of the source suggest that these effects
are due to considerable modifications in the social representation of the
minority ; dimensions such as psychological unbalance, independence
from the source and its resolution in action, effectively prove the interaction
of the independent variables observed at the level of the social influence
exerted by the minority.
Key words : psychologization, minority influence, group, leaders,
social representation of the minority.
1. 24, rue Général-Dufour, 1211 Genève 4, Suisse.
2. Cette étude a été réalisée dans le cadre du Fonds national suisse de
la Recherche scientifique, n° 1714083. 362 Stamos Papastamou
INTRODUCTION
Si l'on jette un coup d'œil à la littérature psychosociologique,
on est frappé autant par le nombre que par la diversité des
travaux qui ont été consacrés à l'étude des mécanismes sous-
tendant l'impact des « leaders ». Les uns insistent sur le caractère
irrationnel du fonctionnement des masses en faisant le rapproche
ment avec les comportements d'individus « pathologiques »
(Le Bon, 1963), ou considèrent 1' « imitation » comme le méca
nisme expliquant le conformisme des foules à leur « leader »
(Tarde, 1910).
D'autres approches tentant une « rationalisation » du phéno
mène examinent le bien-fondé de l'hypothèse selon laquelle
l'emprise des « leaders » résiderait dans certaines caractéris
tiques typiques de leur personnalité (Gouldner, 1950 ; Stogdill,
1948 ; Tannenbaum et Allport, 1956), ou arguent que 1' « eff
icacité » du leader dépendrait de son adaptation aux buts fixés
et poursuivis par son groupe d'appartenance (Gibb, 1947 ;
Lippitt, 1940 ; Stogdill, 1950). Ou, enfin, ils assimilent la portée
de son action à ses potentialités de pouvoir (Fiedler, 1968;
French et Raven, 1968 ; Pelz, 1952).
Or depuis ces travaux, d'inspiration « fonctionnante »
comme les qualifierait Moscovici (1979), où la relation de dépen
dance instaurée entre la source et la cible d'influence est consi
dérée comme responsable de tout processus sociale,
on assiste à une prolifération de travaux théoriques et expér
imentaux dont le centre d'intérêt s'est déplacé : ce sont les pro
cessus d'influence minoritaire, qui deviennent le point de mire
des psychosociologues, et que l'on tente d'expliquer en dehors
de toute caractéristique inhérente à la source d'influence, contra
irement donc à ce qui avait été le cas jusqu'alors (cf. par exemple
Hollander, 1960 ; Kelman et Hovland, 1953). Ainsi il a été
démontré qu'une minorité (en dépit de son manque de « pou
voir », de son infériorité numérique ou du fait qu'elle voit rar
ement sa compétence socialement reconnue) peut diffuser avec
un certain succès ses normes novatrices.
Il ne s'agit pas ici de faire l'inventaire des différents travaux à
propos de l'influence sociale (pour une revue critique, cf. Maass
et Clark, 1984; Moscovici et Mugny, 1983; Mugny, 1984).
Contentons-nous de signaler simplement deux points parti- Effets de la psychologisation 363
culièrement pertinents pour notre propos. D'une part, que l'i
nfluence minoritaire serait possible grâce aux styles de compor
tement dont font preuve les minorités dans l'interaction avec
la cible de leur influence (Moscovici, 1979). Et d'autre part que
ces styles de comportement n'auraient pas de valeur heuristique
en soi : leur importance résiderait dans les représentations sociales
qu'ils induisent dans la population. Ainsi, une minorité consis
tante exerce son influence sur la population non parce qu'elle
est consistante, mais parce qu'elle est perçue comme telle par la
population (Nemeth et Wachtler, 1974).
On pourrait donc supposer qu'en fin de compte peu import
erait de déterminer dans quelle mesure ce sont les caractéris
tiques psychologiques de « leader » qui permettent à celui-ci
d'exercer son emprise sur le groupe, et encore moins de procéder
à un inventaire plus ou moins exhaustif de ces « qualités » psy
chologiques, intrinsèques, qui seraient requises pour qu'un indi
vidu occupe la place de « leader ». Il s'agirait plutôt d'examiner la
représentation sociale rattachée au « leader » lui-même. Et de
savoir dans quelle mesure ce ne serait pas la population, les gens
en général qui, en attribuant l'impact des « leaders » à un certain
nombre de traits psychologiques qui lui seraient particuliers, ne
produiraient ainsi ce qu'ils sont justement censés expliquer. C'est
bien ce que nous nous proposons de montrer dans cette étude,
inscrite dans le cadre des travaux réalisés à propos de la psy
chologisation.
Par psychologisation, il faut entendre l'établissement d'une
correspondance entre les positions idéologiques défendues par la
minorité active et ses caractéristiques psychologiques. Expéri
mentalement parlant, la psychologisation revient donc à demander
aux sujets de deviner les psychologiques d'une
minorité, en se basant sur la seule lecture d'un texte préte
ndument rédigé par elle (Papastamou, 1983 ; Papastamou, Mugny
et Kaiser, 1980). Or, il a été montré (Mugny, Kaiser et Papas
tamou, 1983) qu'une telle correspondance entre le contenu d'un
message persuasif d'une minorité et les caractéristiques psycho
logiques de ses auteurs a pour conséquence de modifier sa
représentation, et notamment de rendre plus saillante la rigidité
du discours minoritaire, et donc de modifier la signification de
sa consistance perçue. Elle amène aussi la population (qui
constitue l'enjeu du processus d'influence, Mugny, 1982) à consi
dérer que la prise de position minoritaire est tributaire d'un désé- 364 Stamos Papastamou
quilibre psychologique de ses auteurs, et d'un intérêt partisan
chez les minoritaires, en dehors donc de toute objectivité, et
sans aucune prise sur la réalité sociale.
Une telle appréhension psychologisante des discours minor
itaires aurait donc l'effet de contrecarrer la diffusion des normes
novatrices, et de diminuer par conséquent l'impact de la source
minoritaire sur les opinions de la population. Il a d'ailleurs été
montré que ces obstacles à l'influence des minorités, érigés par la
psychologisation, loin d'être éphémères, auraient une action qui
résista au temps (Papastamou et Kaiser, 1985). Bien plus, la
psychologisation empêcherait une influence à retardement
(Mugny et al., 1983), rendant ainsi caduque une des spécificités
essentielles de la diffusion minoritaire d'une innovation (Mosco-
vici, 1980 ; Moscovici, Mugny et Papastamou, 1981 ; Moscovici
et Personnaz, 1980).
Les raisons pour lesquelles la psychologisation constituerait
une résistance à l'influence des minorités (Papastamou, 1983)
sont multiples. Tout d'abord il ne faut pas perdre de vue que les
styles de comportement (dont dépend dans une large mesure
l'influence exercée par une source minoritaire) ne sont pas
seulement lus, mais aussi interprétés par la population. Ainsi,
par exemple, une minorité consistante peut être perçue comme
convaincue, intransigeante, comme refusant tout compromis,
et prête à maintenir le conflit social qu'introduit sa position
novatrice. Or la psychologisation constitue précisément une
« grille de lecture » des comportements minoritaires (Mugny
et Papastamou, 1984), qui consiste à déplacer l'interprétation
du conflit généré par la source (que nous savons indispensable à
l'influence minoritaire, cf. à ce propos Moscovici, 1979), en
rendant particulièrement saillant son aspect relationnel. C'est
d'ailleurs la raison pour laquelle la minorité lorsqu'elle est psy-
chologisée est perçue plus rigide dans ses relations avec la popu
lation que lorsqu'un tel mode d'appréhension psychologisant
n'a pas été activé. Autrement dit, l'importance de la psycholo
gisation réside dans les modifications qu'elle apporte au niveau
des représentations sociales rattachées aux minorités actives.
Il faut souligner également que l'influence minoritaire n'a
pas lieu dans un vide social, et qu'elle s'inscrit dans un contexte
où telle ou telle norme sociale, psychologiquement saillante,
détermine en partie l'issue de l'interaction entre la cible et la
source d'influence (Moscovici et Lage, 1978 ; Mugny, Rilliet et Effets de la psychologisation 365
Papastamou, 1981). Ainsi, la psychologisation puiserait ses
significations dans ces divers contextes normatifs : nous avons
montré par exemple (Papastamou et Mugny, 1985) qu'une telle
approche psychologisante enlèverait toute crédibilité aux minor
ités déviantes et contrecarrerait de manière drastique l'impact
de ces dernières sur les opinions partagées par la population.
Dans ce cas la norme d'objectivité est rendue en effet parti
culièrement saillante, et implique une définition unique de la
réalité qui entraîne le rejet de tout ce qui dévie de la défini
tion habituelle des choses.
Cependant, si la psychologisation constitue un obstacle à
l'influence des minorités, elle ne semble pas affecter l'influence
majoritaire. Dans le contexte de jugements sociaux, le critère
d'objectivité est remplacé par l'aspect consensuel des opinions
émises (Festinger, 1954). Etant donné d'une part que la psychol
ogisation accentuerait la prépondérance de la norme d'objectivité
(la population étant ainsi amenée à faire la part du « vrai » et
du « faux » dans les assertions d'une entité sociale donnée),
et d'autre part que la majorité est censée se trouver par défi
nition dans le « vrai » parce que précisément consensuelle, on
serait donc en droit de penser que ce mode d'appréhension
psychologisant, loin de nuire à l'influence majoritaire, aurait
au contraire tendance à la favoriser (Papastamou, 1985 (sous
presse)).
Un dernier point qui s'avérera très important pour la com
préhension de l'expérience présentée ici est le suivant : la psychol
ogisation fonctionne en tant que résistance à l'influence minor
itaire, surtout dans la mesure où les caractéristiques psychol
ogiques censées expliquer le discours minoritaire sont appli
quées (ou l'être) à tous les membres de la minorité
active (Papastamou et Kaiser, 1985 (sous presse)). La psycholog
isation ne serait donc pas synonyme d'individualisation. Ses
effets « négatifs » sur l'influence minoritaire apparaîtraient surtout
lorsque la population dresse une sorte de « profil psychologique »
de tous les membres du groupe minoritaire. La consistance
comportementale, mais également sinon surtout l'unanimité
idéologique dont ferait preuve la minorité seraient dans ce cas
attribuées à une similarité, voire une identité psychologique qui
caractériserait tous les membres minoritaires. L'unanimité de la
minorité ne serait donc plus perçue en termes de consistance,
mais plutôt comme la preuve de sa subjectivité et de son irréa- Stamos Papastamou 366
lisme, conséquences directes de ses particularités psychologiques.
Dans le présent travail la question que nous nous sommes
posée était donc de savoir si la psychologisation contrecarre la
diffusion minoritaire d'une innovation indépendamment ou
non de la manière dont fonctionne la minorité active. Le fait
que tous les membres d'une minorité participent à un même
degré aux prises de position représentatives de leur groupe
serait-il de nature à « casser » le biais psychologisant dans
l'appréhension par la population des discours minoritaires ? Les
quelques travaux que nous venons de citer semblent suggérer
que tel ne devrait pas être le cas. La présence d'un « leader »
au sein d'un groupe minoritaire pourrait-il par contre « venir à
bout » des obstacles dressés par la psychologisation ? C'est
l'hypothèse que nous défendons ici et que nous nous proposons
d'étudier expérimentalement.
EXPÉRIENCE
SUJETS
Près de 180 élèves de sexe féminin d'une école secondaire d'Athènes,
âgées de 17 ans environ, ont participé à cette expérience. Quelques
sujets ont été éliminés pour n'avoir pas répondu à toutes les questions
qui leur avaient été posées. Répartis au hasard dans quatre conditions
expérimentales, 160 sujets ont finalement pu être retenus.
PROCÉDURE
L'expérience s'est déroulée dans le cadre de l'institution scolaire
des sujets, pendant les heures de cours. Les enseignants étant présents
pendant l'intervention expérimentale, leur rôle s'est limité à présenter
l'expérimentateur comme un chercheur s'intéressant au problème de la
pollution.
L'expérience était composée de deux séances qui ont eu lieu à une
semaine d'intervalle. La durée de la première séance était de 20 minutes
environ, tandis que la deuxième durait 45 minutes.
La première séance (phase de pré-test) consistait en la passation
d'un questionnaire d'opinion. Composé de 16 items, ce questionnaire
posait le problème de la responsabilité dans la pollution. Les sujets
avaient à répondre à ce questionnaire sur des échelles en 7 points
(1 = d'accord ; 7 = pas d'accord). Lors de la deuxième séance (phase
expérimentale), les sujets procédaient à la lecture du texte inducteur Effets de la psychologisation 367
d'influence minoritaire, relatif au problème de la pollution. La troisième
et dernière phase de l'expérience (phase de post-test) suivait immédia
tement la expérimentale et consistait en la passation d'un ques
tionnaire sur l'image de la source minoritaire d'influence, puis d'un
questionnaire d'opinion identique à celui de la phase de pré-test.
MATÉRIEL
QUESTIONNAIRE DE L'iMAGE DE LA SOURCE
Le questionnaire sur l'image de la source est composé de 14 échelles
bipolaires en 7 points (cf. tableau 2). Ces échelles contenaient des
termes que des travaux antérieurs sur l'influence sociale désignaient
comme devant être importants pour la compréhension des mécanismes
régissant le processus d'influence. Ont ainsi été intégrées dans ce ques
tionnaire des dimensions telles que l'autonomie ou l'indépendance
(Nemeth et Wachtler, 1974), la consistance synchronique ou diachro-
nique (Moscovici, 1979), le déséquilibre psychologique (Mugny, Kaiser
et Papastamou, 1983), l'objectivité (Papastamou et Mugny, 1985), la
rigidité et la flexibilité (Mugny, 1982), la compétence et la crédibilité
(Hollander, I960), etc.
QUESTIONNAIRE D'OPINION ET TEXTE INDUCTEUR D'INFLUENCE
Composé de 16 items, ce questionnaire pose le problème des respons
abilités dans la pollution existante. Huit items accusent unilatéral
ement les industries d'être la principale source de pollution et déchar
gent diverses catégories d'individus d'une telle responsabilité. Ces
items se retrouvant presque tels quels dans le texte inducteur d'in
fluence, ils sont à considérer comme étant directement liés au discours
minoritaire (items D). Composé de quatre paragraphes de longueur
identique, ce dernier accuse en effet les industries d'être les uniques
responsables de la pollution, et rejette totalement toute responsabilité
individuelle. L'acceptation plus marquée des items D de la part des
sujets signifierait donc une influence directe plus importante. Notons
à ce propos que lors de la construction de l'indice d'influence (pré-test
moins post-test) le signe négatif signifiera dans ce cas une influence
négative, étant donné que les sujets, après lecture du texte minoritaire,
auraient accepté à un moindre degré ces items directs. Corollairement,
un signe positif indiquera une influence minoritaire positive.
Huit autres items (items ND) sont indirectement liés au discours
tenu par la source d'influence, car ne figurant pas dans le message
minoritaire, même s'ils sont implicitement rejetés par celui-ci. Ils
accusent notamment les individus d'être responsables de la pollution
et dégagent de toute responsabilité les industries. Pour ces items l'in- 368 Stamos Papastamou
fluence positive devrait se traduire cette fois par un refus plus marqué
de la part des sujets. Aussi, après inversion de l'échelle des items ND
(afin d'uniformiser la lecture des données), le signe positif de l'indice
d'influence renverra également à une influence minoritaire indirecte
positive.
OPÉRATIONNALISATION DES VARIABLES
PSYCHOLOGISATION VERSUS ISTON-PSYCHOLOGISATION
La variable de psychologisation était induite juste avant la lecture
du texte inducteur d'influence. Dans les conditions de psychologisation
les sujets étaient informés que « les psychologues connaissent bien les
caractéristiques psychologiques qui interviennent dans la manière dont
une ou plusieurs personnes organisent le contenu et la forme du message
qu'ils veulent transmettre ». Ils étaient invités à participer en quelque
sorte à ce « travail de psychologie » en essayant de deviner, à partir de
la seule lecture du texte minoritaire, les caractéristiques psychologiques
de ses auteurs. Ils étaient informés enfin qu'ils auraient effectivement
par la suite à répondre à des questions relatives tant au contenu de ce
texte qu'aux caractéristiques psychologiques de ses auteurs.
Dans les conditions de non-psychologisation, les sujets étaient
simplement priés de lire le texte minoritaire, en essayant de deviner,
en se basant sur sa seule lecture, les caractéristiques de ses auteurs.
Il était précisé également que les sujets auraient par la suite l'occasion
de répondre à des questions relatives au contenu du texte minoritaire,
mais aussi aux caractéristiques de ses auteurs.
« GROUPE » VERSUS « LEADER » MINORITAIRES
Quant à la variable ayant trait au type de fonctionnement de la
source minoritaire d'influence, elle a été opérationnalisée de la manière
suivante. Dans les conditions « leader minoritaire », les sujets étaient
informés qu'ils auraient à lire un texte rédigé par le représentant officiel
d'une minorité. Cette personne était d'ailleurs présentée comme étant
le « chef naturel » de cette minorité, en ce sens qu'il constituerait la
principale source d'inspiration et de mobilisation pour les autres
membres du groupe.
En ce qui concerne par contre les conditions « groupe minoritaire »,
le texte inducteur d'influence que les sujets avaient à lire était présenté,
cette fois, comme correspondant à une « motion » approuvée par
l'Assemblée Générale de cette minorité, et exprimerait par conséquent
la prise de position de la majorité des membres de ce groupe. Signalons
enfin que dans les deux cas le contenu du message était strictement
identique.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.