Emploi d'un instrument par un chimpanzé dans une situation expérimentale - article ; n°1 ; vol.61, pg 1-50

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L'année psychologique - Année 1961 - Volume 61 - Numéro 1 - Pages 1-50
50 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1961
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N. Ladyguina-Kots
Emploi d'un instrument par un chimpanzé dans une situation
expérimentale
In: L'année psychologique. 1961 vol. 61, n°1. pp. 1-50.
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Ladyguina-Kots N. Emploi d'un instrument par un chimpanzé dans une situation expérimentale. In: L'année psychologique.
1961 vol. 61, n°1. pp. 1-50.
doi : 10.3406/psy.1961.26719
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1961_num_61_1_26719L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE
TOME LXI (Fascicule 1)
MEMOIRES ORIGINAUX
EMPLOI D'UN INSTRUMENT PAR UN CHIMPANZÉ
DANS UNE SITUATION EXPÉRIMENTALE
par Nadia N. Ladyguina Kots
Extrait de : L'activité constructive ei instrumentale
des singes supérieurs (chimpanzés)1
Traduit du russe par Éliane Jacquet
OBJECTIFS DES RECHERCHES ET METHODE DE TRAVAIL
Nous nous sommes posé le problème de savoir dans quelle
mesure le chimpanzé était capable d'utiliser, de modifier et
de confectionner un instrument.
Dans nos recherches expérimentales, nous avons appliqué
une méthode fondée sur l'emploi d'un instrument à l'aide duquel
le singe pouvait s'emparer d'un objet — en l'occurrence, une
friandise placée dans un étroit tube métallique — qu'il ne pouvait
atteindre avec ses seules mains.
Ainsi le chimpanzé, ne pouvant atteindre l'appât avec
ses mains, devait le sortir du tube à l'aide d'un instrument,
par exemple d'un bâton.
Nous nous sommes borné à quatre séries d'expériences qui
nécessitaient l'application par le singe de quatre procédés dif
férents : 1) L'utilisation d'un instrument adéquat ; 2) La modif
ication d'un objet devant remplacer l'instrument adéquat ; 3) Le
singe avait à fabriquer lui-même son instrument ; 4) Le singe
devait tirer sur un fil auquel était attaché l'appât.
1. Édition de l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S., Moscou, 1959.
a. psychol. 61 1 2 MEMOIRES ORIGINAUX
Si nous avons choisi cette méthode qui consistait à faire
extraire au singe l'appât du tube, ce n'est pas tant pour observer
le comportement du singe en présence d'un instrument adéquat
que pour étudier son aptitude à modifier ou à confectionner
un instrument. C'est ainsi que nous avons eu la possibilité de
voir dans quelle mesure le singe était capable d'agir en vue
d'obtenir un certain résultat, ses formes d'activité pouvant
être qualifiées d'activités de « transformation » et de « cons
truction ».
L'analyse de l'activité du chimpanzé dans ses actes de prépa
ration d'un instrument adéquat a permis de déterminer : 1) le
caractère de l'activité « instrumentale » du chimpanzé ; 2) la
capacité du chimpanzé à réaliser une analyse et une synthèse
pratiques,
OBSERVATIONS SUR L'EMPLOI
PAR LE SINGE D'OBJETS DURS D'UN SEUL TENANT
Lorsque l'on place une friandise à l'intérieur d'un rouleau,
lui-même enfoncé dans un tube, et que l'on donne au chimpanzé
un instrument pour l'extraire — par exemple, un bâton — le
chimpanzé se conduit de la manière suivante :
Sa première réaction est de vouloir extraire du tube1 l'objet
convoité sans avoir recours à un instrument, avec ses propres
moyens : c'est-à-dire avec ses doigts (exp. 31). En premier lieu,
il se sert de son index ; puis, comme ses efforts restent vains, il
essaye avec les deux index et même avec l'auriculaire, (fig. 52 ô)2.
Ce n'est qu'après s'être servi de ses doigts, souvent pendant
un assez long moment, que le chimpanzé tourne son attention
vers l'instrument (exp. 31 et 32).
La première tentative d'utilisation de l'instrument est si
violente que ce dernier se brise ; cependant, la méthode elle-même
est bonne car le bâton a été effectivement introduit dans le
tube.
De lui-même, le chimpanzé place l'une des extrémités du
bâton en face de l'un des orifices du tube. Dès le début, il coor
donne ses mouvements en glissant le bâton dans le tube et en
le poussant vers l'intérieur.
1. Les numéros des expériences sont donnés dans l'ordre de leur succession.
Au cours des trente premières expériences, le chimpanzé devait atteindre
une friandise qui se trouvait sur une surface dégagée.
2. Nous avons conservé la désignation des figures de l'ouvrage original. N. LADYGUINA KOTS. L ACTIVITE DU CHIMPANZE 3 N.
II est très intéressant d'observer comment le chimpanzé
prépare son instrument avant de s'en servir. Si on lui présente
un bâton dont l'extrémité a été déchiquetée, il arrache avec
ses dents les morceaux qui le gênent et enduit le bâton de salive
avant de l'introduire dans le tube.
Au bout d'un petit nombre d'expériences, le chimpanzé
améliore sa technique et atteint le but désiré avec une plus
grande rapidité. Pour ce faire, il se sert plus délicatement de
son instrument qu'il ne casse plus et s'y prend différemment
pour atteindre l'appât : il enfonce l'instrument en tenant le
tube non plus selon l'horizontale, mais selon la verticale (exp. 34,
fig. 53 a).
Quand, au cours des expériences ultérieures, on modifie les
dimensions du tube et du bâton, le singe se sert de la technique
acquise dans les expériences précédentes (exp. 364, 566, 568,
576, 583, 610, 618, 620). Il arrive que les dimensions de l'in
strument soient deux fois et demie plus grandes que celles du
tube.
Quand l'instrument change d'aspect — soit par sa forme,
sa longueur, son diamètre ou sa couleur — le chimpanzé continue
à l'utiliser d'une manière adéquate.
C'est ainsi qu'au lieu du bâton, on peut lui présenter indiff
éremment une cuillère, une planchette étroite et fine, un copeau
(exp. 78), une bande de carton épais (exp. 80), une petite échelle
en fil de fer (exp. 287), un pilon (exp. 76).
S'il prend la cuillère, il en introduit le manche dans le tube
et, en cas d'échec, l'abandonne pour se servir d'un instrument
plus adéquat, par exemple, d'un bâton rectiligne.
Une fois habitué à un instrument (ici, un bâton droit et
lisse), le chimpanzé parvient à utiliser sans tâtonnements d'au
tres instruments d'aspect très différent : une extrémité de branche
dépouillée de ses feuilles (exp. 77), une bande formée de trois
rangées de fil de fer 288), une tige de marguerite
(exp. 616).
Le singe se sert indifféremment d'un bâton lisse ou d'une
tige de bambou ayant conservé une branche secondaire car il
considère que cette branche secondaire ne le gêne pas (exp. 213,
237, etc.).
Cela ne veut pas dire pour autant que le chimpanzé ne remar
que pas la structure d'un objet. En effet, quand nous lui avons
présenté un bâton entouré d'un fil de fer qui ne pouvait en 4 MÉMOIRES ORIGINAUX
empêcher l'introduction dans le tube, le chimpanzé Paris1 ne
s'en est pas servi et a eu recours à un autre bâton sans fil de fer
(exp. 116). Dans une seconde expérience, où il n'avait à sa portée
d'autre instrument que celui que nous lui avions présenté — un
bâton entouré d'une ficelle — il le prit et déroula la ficelle
alors que cela n'était pas nécessaire (exp. 117). Même si l'in
strument est un gros bâton entouré d'une ficelle très fine, que
l'on remarque à peine et qui ne peut entraver l'introduction
du bâton dans le tube, le comportement du singe demeure
identique.
Ce n'est qu'au bout d'un très grand nombre d'expériences
que le chimpanzé néglige ou ne remarque pas les ficelles très
fines enroulées au milieu du bâton et se sert du bâton sans les
enlever.
OBSERVATIONS FAITES AU COURS D EXPERIENCES
ou l'instrument est un objet flexible d'un seul tenant
Si que l'on tend au singe n'a plus la même
consistance — par exemple, si l'on remplace le bois par un fil
de fer flexible — , le comportement du chimpanzé en face de
l'instrument demeure identique (exp. 51, 93, 382, 384, 385,
386).
Les résultats obtenus par le chimpanzé avec un instrument
flexible sont, au début, moins satisfaisants que ceux qu'il obte
nait avec un instrument rigide. Comme, sous la poussée brutale,
le fil de fer se tord, Paris l'introduit alors par l'autre orifice du
tube, puis revient au premier et ainsi de suite. Il se sert plus
souvent de ses doigts et de ses yeux, contrôlant son travail en
regardant plus souvent dans le tube.
Nous voyons donc que, lorsque les difficultés augmentent
par suite de la flexibilité de l'instrument, le chimpanzé a recours
à toutes ses facultés, met en œuvre toute son énergie et se sert
davantage de ses sens visuel et tactile (exp. 51).
Au bout d'un certain nombre d'expériences faites avec
un instrument flexible, le chimpanzé améliore sa technique et
diminue de moitié le temps qui lui est nécessaire pour extraire
l'appât du tube (exp. 93).
1. Paris est le nom d'un chimpanzé du zoo de Moscou. N. LADYGUINA KOTS. L'ACTIVITÉ DU CHIMPANZÉ 5 N.
Les résultats suivants (exp. 383, 384, 385, 386) indiquent
clairement que le singe est capable d'acquérir de l'expérience.
Expérience n° 383 Durée de l'exp. : 1 mn 55 s
— 384 — 0-55-
— 385 — 0-40-
— 386 — 0-45-
COMPORTEMENT DU SINGE
QUAND ON REMPLACE L' INSTRUMENT
d' PAR UN COMPLEXE OBJETS
Les observations que nous avons faites sur la manière dont
Paris utilisait en guise d'instrument soit un complexe, soit l'un
des éléments choisi par lui de ce complexe, peuvent être classées
en trois catégories :
a) Le complexe proposé était formé de plusieurs éléments
absolument identiques. Premier cas : le complexe tout entier
pouvait être utilisé. Deuxième cas : le tout entier ne être utilisé mais chacun de ses éléments pouvait l'être
séparément.
b) Le complexe était fait d'éléments différents qui se distin
guaient les uns des autres par un seul caractère : la longueur,
l'épaisseur, la largeur, la consistance ou la forme.
c) Le complexe était constitué d'éléments que plusieurs
caractères différenciaient les uns des autres.
a) Comportement du chimpanzé quand le complexe est fait
d'éléments identiques. — Le est capable d'employer
comme instrument non seulement un élément unique, mais
aussi un complexe fait de deux ou plusieurs objets (par exemple
de bâtons).
En général, il apprécie immédiatement si le complexe lui
convient ou ne lui convient pas. S'il éprouve quelque difficulté
dans l'appréciation de l'instrument, il fait un essai concret en
approchant l'objet du tube sans l'y introduire. Ce n'est que
lorsqu'un complexe a une forme curieuse1 que le chimpanzé
se trompe dans son appréciation (exp. 307 à 376). Il décompose
alors ce complexe et en emploie les différents éléments en qualité
d'instrument permettant d'extraire l'appât.
Il faut que le complexe ne lui ait pas permis d'extraire l'appât
avec une rapidité suffisante pour qu'il le décompose. Il le décom-
1. Une touffe de paille. 6 MEMOIRES ORIGINAUX
pose également dans le cas où les éléments qui lient le complexe
sont très visibles. On constate d'ailleurs qu'en général Paris
préfère se servir d'un élément simple. En effet, lorsqu'il a le
choix, il utilise les éléments simples de préférence au complexe.
b) Comportement du singe quand le complexe est fait d'éléments
différant par un seul caractère. — En face d'un complexe formé
d'éléments différant par leur longueur, leur épaisseur, leur lar
geur ou leur consistance, le chimpanzé se trompe parfois dans
son appréciation première et emploie tour à tour, sans résultat,
le complexe et les différents éléments qui le constituent.
Le plus souvent, le chimpanzé décompose le complexe et
se sert des éléments simples, plus adéquats. Il sait fort bien
apprécier quel est l'élément qui lui sera le plus utile. En général,
il choisit l'élément le plus long (parfois même plus long qu'il
ne le faut) ; mais quand il a à tenir compte de la section, il
choisit le plus fin, pour la largeur, le plus étroit et pour la consis
tance, le consistant.
Si parfois le chimpanzé se trompe dans l'appréciation de son
instrument, il s'en rend très vite compte quand il essaye de
sortir l'appât et prend alors un autre instrument.
c) Comportement du singe quand il se trouve devant un complexe
d'objets se différenciant par plusieurs aspects. — Dans certaines
expériences, les objets que l'on a proposés au chimpanzé se
différenciaient en deux ou plusieurs points.
Au cours de l'une de ces expériences, on a constaté que si
l'on donnait à Paris deux bâtons liés ensemble, l'un, long et
droit et l'autre, court et courbé, il choisissait sans hésiter le
bâton le plus long et le plus droit et réussissait à extraire l'appât
(exp. 369, pi. I, no 115)1.
Quand on lui propose deux objets, l'un d'une forme adéquate
mais trop court, l'autre suffisamment long mais de forme ina
déquate (un bâton formant une fourche à l'une de ses extrémit
és), le chimpanzé choisit le bâton le plus long (exp. 168, pi. I,
n° 66). Il l'enfile dans le tube par l'extrémité qui n'a pas de fourche
et réussit à extraire l'appât.
Quand le chimpanzé doit choisir entre deux bâtons, l'un,
droit, long et fin (1,7 cm de diamètre), l'autre court, courbe
et gros (2,8 cm de diamètre), le chimpanzé choisit le premier
bâton (exp. 250).
1. Nous avons regroupé dans quelques planches les dessins des montages
en conservant au dessin le numéro figurant dans l'édition russe (N.D.L.R)- N. LADYGUINA KOTS. L'ACTIVITE DU CHIMPANZE 7 N.
Si l'on tend à Paris les bâtons un à un en commençant par
celui qui ne convient pas, il saisit le mauvais bâton et le rejette
aussitôt. Mais si on lui tend le bon bâton, il le prend et s'en sert
d'une manière adéquate (exp. 251).
Cependant, Paris ne sait pas toujours discerner l'instrument
ayant la meilleure forme. C'est ainsi qu'au lieu de choisir le
bâton rectiligne il en prend un autre en angle droit sans avoir
tenu compte du fait que, chacun des segments étant trop court,
il était impossible d'introduire le bâton dans le tube (exp. 217,
pi. I, n° 88). Ce n'est qu'après s'être livré à une comparaison
concrète qu'il change d'instrument.
Quand Paris doit choisir entre un fil de fer aux extrémités
rectilignes et un autre dont les extrémités forment des boucles,
il préfère celui dont les extrémités sont rectilignes (exp. 233,
pi. I, no 93).
L'analyseur visuel joue un rôle prépondérant quand il s'agit
de choisir au sein d'un complexe un bâton dont la longueur
convient, mais dont la forme ne convient qu'à moitié (exp. 120,
pi. I, n° 37).
Après avoir choisi le bâton qui lui servira d'instrument,
Paris le prend par son extrémité libre et le tire à lui pour le
dégager du complexe, ce qui montre clairement qu'il a l'intention
de se servir de ce bâton-là et non d'un autre (exp. 120).
Quand trois éléments d'un complexe diffèrent à la fois par
leur section et leur longueur, le chimpanzé choisit le plus long,
même s'il est parfois le plus gros et qu'il entre difficilement dans
le tube. Mais il faut ajouter que cela ne se produit que dans le
cas où la différence de longueur entre l'objet choisi et les deux
autres est plus importante — 4 et 7 cm — que celle des sections —
2 cm (exp. 171).
Quand les éléments du complexe diffèrent par leur longueur
(28 et 30 cm) et que le chimpanzé ne se trouve en présence que
de deux éléments, il choisit celui dont la section convient le mieux
(il peut même apprécier une différence de section de 1,5 cm)
et choisit correctement le bâton le plus fin. Cette appréciation
si exacte des sections ressort d'une comparaison concrète des
deux objets qui lui sont présentés ; il étudie tour à tour les deux
bâtons en portant son regard de l'un à l'autre (exp. 249).
Quand on fournit au chimpanzé deux bâtons dont l'un est
trop court mais quatre fois plus fin que l'autre qui convient pour
sa longueur, il choisit d'abord le bâton le plus fin avec lequel il
ne réussit pas à sortir l'appât ; puis, après avoir constaté son MEMOIRES ORIGINAUX 8
échec, il utilise avec succès le second bâton (exp. 604-605).
Toutes ces expériences démontrent que le chimpanzé est
capable de distinguer dans un complexe les aspects les plus variés
des éléments ; il apprécie notamment la longueur et la section
des objets en choisissant le plus souvent l'objet le plus adéquat.
Il est capable d'apprécier une différence de section de 1 cm et
préfère généralement l'objet le plus fin. Si jamais une faible
différence des sections le fait hésiter (différence allant jusqu'à
1,5 cm), il a recours à une comparaison concrète.
Quand les instruments que l'on fournit à Paris se différen
cient à la fois par leur section (une différence de 2,5 cm) et leur
rigidité, par exemple un segment de grosse corde et un segment
de fil électrique d'égale longueur (exp. 225), son analyseur visuel
lui fait d'abord choisir pour instrument le segment de corde
qui est plus gros mais peu rigide. Cependant il ne l'introduit
pas dans le tube car son analyseur tactile complète instant
anément l'appréciation donnée par la vision. Dès que Paris s'est
emparé du segment de corde, il le rejette pour prendre le fil de
fer, plus fin que la corde mais plus rigide.
En résumé, l'appréciation visuelle des objets induit parfois
le singe en erreur car la grosseur de l'objet est liée pour lui à une
plus grande rigidité. C'est par le toucher qu'il corrige les indi
cations fournies par le récepteur visuel.
Il faut noter que le chimpanzé a la mémoire de l'expérience
vécue. Ainsi, quand au cours d'une expérience ultérieure, ana
logue à celle décrite plus haut mais non identique, on lui présente
un segment de corde et un segment de fil électrique, il distingue
immédiatement le fil électrique plus rigide et plus court et
rejette le segment de corde plus long mais aussi moins rigide
(exp. 226).
Quand les deux objets que l'on tend au chimpanzé en guise
d'instrument présentent une grande différence de rigidité, il
choisit sans hésiter le plus dur. Par exemple, si on lui fournit
simultanément un tube métallique étroit et une fine baguette
de frêne, il choisit le tube car cet objet, quoique nou
veau pour lui, lui semble plus adéquat (exp. 232).
On a remarqué que Paris ne choisissait pas toujours syst
ématiquement le même instrument. Dans un autre complexe
d'objets constitué notamment d'une tige de bambou plus solide
que ne l'était la baguette de frêne, d'un segment de tuyau de
caoutchouc et de la tige métallique mentionnée plus haut, le
chimpanzé ne choisit ni la lourde tige métallique, ni le tuyau de N. LADYGU1NA KOTS. L ACTIVITE DU CHIMPANZE 9 N.
caoutchouc, mais la tige de bambou, plus légère et d'une solidité
suffisante.
Dans un complexe composé uniquement de trois objets :
une tige métallique, une tige de bambou et un segment rigide
de caoutchouc (ayant pour longueurs respectives 30, 41 et 44 cm
et pour diamètres 2, 2,5 et 1,5 cm), le chimpanzé choisit égal
ement la tige de bambou et opère avec succès (exp. 562).
ÉTUDE DE LA FACULTÉ QUE POSSÈDE LE CHIMPANZÉ
DE CHOISIR LA PARTIE UTILISABLE D'UN OBJET
DONT IL SE SERVIRA EN QUALITÉ D'INSTRUMENT
a) L'objet proposé est un élément brut tiré de la nature. — Nous
nous sommes posé la question suivante : jusqu'à quel point
le chimpanzé est-il capable de déceler la partie d'un objet util
isable comme instrument ? Nous avons tendu au chimpanzé des
objets tirés de la nature : branches de sections variées.
Il s'est avéré que lorsque Paris distinguait sur une branche
une partie qui pouvait lui servir, par exemple une extrémité
dénudée, il la remarquait visuellement mais n'essayait pas de
l'introduire immédiatement dans le tube. Avant de s'en servir,
il commençait par la séparer de l'autre extrémité très ramifiée
(exp. 39, 40, 41, 42, pi. I, n° 7)1.
Il faut également souligner que Paris distingue avec une
exactitude remarquable la partie rectiligne et dénudée. En effet,
il casse la branche à l'endroit précis où celle-ci devient courbe
(exp. 41). Quand la branche présente une partie faiblement ramif
iée, le singe ne la sépare pas de la partie rectiligne. Cepend
ant, il distingue parfaitement ces deux extrémités puisque c'est
la partie rectiligne qu'il enfile dans le tuyau (exp. 41, 77).
Même quand on lui présente une très petite branche, le
chimpanzé distingue de la partie ramifiée la partie essentielle
plus rigide et plus adéquate (exp. 77).
Il arrive d'ailleurs que, dans sa précipitation, Paris dirige
vers l'orifice du tube l'extrémité faiblement ramifiée de la branche,
mais il ne l'introduit pas dans le tube car il s'aperçoit immédia
tement que cette partie de la branche ne convient pas ou convient
moins bien que l'autre. Il retourne alors la branche qu'il casse
morceau par morceau jusqu'à ce qu'il obtienne un segment
rectiligne.
1. Voir planche I, page 16.

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