Essai de systématisation du pariétal ; son utilisation au cours de l'étude de sa croissance - article ; n°7 ; vol.9, pg 245-295

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Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1958 - Volume 9 - Numéro 7 - Pages 245-295
51 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1958
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A. Delattre
R. Fenart
Essai de systématisation du pariétal ; son utilisation au cours de
l'étude de sa croissance
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, X° Série, tome 9 fascicule 7-9, 1958. pp. 245-295.
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Delattre A., Fenart R. Essai de systématisation du pariétal ; son utilisation au cours de l'étude de sa croissance. In: Bulletins et
Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, X° Série, tome 9 fascicule 7-9, 1958. pp. 245-295.
doi : 10.3406/bmsap.1958.2726
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1958_num_9_7_2726245
ESSAI DE SYSTEMATISATION DU PARIETAL.
SON UTILISATION
AU COURS DE L'ÉTUDE DE SA CROISSANCE
par MM. le Pr A. DELATTRE et R. FENART
(Travail du Laboratoire de Craniologie comparée
de la Faculté libre de médecine de Lille.)
Introduction.
Au cours de ce travail, nous essaierons de trouver une méthode
de systématisation du pariétal humain, applicable également à
d'autres espèces. Au moyen de cette technique et comparative
ment à d'autres, nous nous efforcerons de montrer comment cet
os se développe « en lui-même », c'est-à-dire en faisant abstract
ion, le plus possible, des os voisins et du crâne en général.
Cette méthode portera principalement sur des os humains
et, à titre simplement comparatif, sur des pariétaux de quelques
Primates et Mammifères.
Les résultats obtenus seront comparés avec ceux donnés par
la méthode vestibulaire. Ainsi, après l'étude de la forme, des
détails sur la position des éléments seront précisés.
Cette étude s'est révélée nécessaire pour deux raisons : d'abord
pour le fait qu'il est important de pouvoir étudier un pariétal
isolé comme il s'en présente souvent en paléontologie ; ensuite,
parce que les résultats donnés par l'étude vestibulaire du parié
tal sont incomplets. En effet, il ne s'agissait jusqu'à présent que
de projections sur le plan sagittal, alors que la croissance mor
phologique de l'os implique une étude qui tienne compte du mode
réel de croissance du pariétal à partir de son centre d'ossifica
tion. La présente étude a donc le caractère d'une enquête com- 246 société d'anthropologie de paris
plémentaire sur la croissance des pariétaux et sur les moyens
analytiques à employer pour y parvenir.
En fin de ce travail, nous donnons un glossaire des princ
ipaux termes techniques utilisés. ici, soit qu'il s'agisse de termes
spéciaux employés dans des travaux antérieurs, soit que l'on
veuille définir les mots nouveaux dont l'usage a été nécessaire
au cours de cette étude, ou encore de termes connus antérieur
ement et dont nous avons été amenés à préciser le sens.
Matériel d'étude.
Le matériel d'étude du pariétal, dont nous avons disposé,
n'est malheureusement pas le matériel idéal adapté à nos
recherches. Les pariétaux sont souvent isolés des autres os du
crâne, ce qui rend impossible la détermination exacte de l'âge,
du sexe et de la conformation générale du crâne, brachy- ou
dolichocephalic Ce sont surtout des os tirés en vrac d'une collec
tion ostéologique du Laboratoire d'Anatomie normale qui ont
été utilisés.
Il paraît très difficile de réunir une série de squelettes crâniens
démontés et susceptibles d'être réunis par la suite pour les mens
urations craniométriques d'ensemble.
Nous voulons présenter, non des. résultats définitifs, mais un
essai de systématisation du pariétal permettant d'établir une
méthode d'étude raisonnée d'anatomie morphologique de l'os
en lui-même. Nous pensons que ces recherches pourront être
appliquées aux études anthropologiques d'abord et ensuite en
paléontologie humaine.
Chapitre Premier
SYSTÉMATISATION DU PARIÉTAL
Sur le pariétal sont « inscrites » les variations de forme et de
surface de la boîte crânienne, mais il faut un moyen de « lire »
les changements sur l'os isolé, aussi bien au cours de la phylo-
génèse que de l'ontogenèse. La systématisation du pariétal peut
être cet instrument de travail. Il sera sans aucun doute perfec
tionné par des apports de nouvelles mesures, plus nombreuses
sans doute, mais aussi menées à l'aide d'un matériel crânien DELATTRE ET FENART. SYSTÉMATISATION DU PARIÉTAL 247
complet, suffisant pour confronter la forme du pariétal à la
forme du crâne considéré. De ces comparaisons naîtront les
éléments morphologiques qui donneront à l'os toute la valeur
anthropologique qu'il mérite.
Avant d'aborder l'étude de la croissance du pariétal, il con
vient de définir avec soin la forme normale de cet os chez
l'Homme. La disposition générale, la longueur moyenne de
chacun de ses bords, la position réciproque de ses angles et la
détermination même de ces angles doivent être précisées. En
un mot, il faut établir une « systématisation » aussi exacte que
possible du pariétal.
Gomme il s'agit de l'étude d'un os du crâne, isolé des autres
pièces crâniennes, une orientation constante devra lui être
donnée. Cette orientation « d'étude » doit être distinguée de sa
« position » réelle, occupée dans la voûte du crâne chez l'adulte
et durant l'ontogenèse crânienne. Une telle position réelle du
pariétal a déjà été présentée dans les précédents travaux menés
à l'aide de la méthode vestibulaire.
Ces travaux (1) ont montré les déplacements ontogéniques de
l'os et ils ont analysé sa véritable « marche » nie milieu des os de
la voûte (2).
I. — Forme générale.
Une trentaine de pariétaux humains adultes ont d'abord été
analysés et mesurés, puis un profil moyen a été réalisé en pro
jection sur un plan comme suit : lorsque cet os repose sur une
surface plane, la face endocranienne regardant ce plan, il entre
généralement en contact avec lui par trois des points cranio-
métriques, situés respectivement aux angles : le bregma
interne, le lambda interne, le ptérion interne. Parfois, mais assez
rarement, le plan passe également par l'astérion interne, qua
trième point craniométrique angulaire. Mais le plus souvent,
l'astérion est surélevé de quelques millimètres, de telle sorte
que ce sera la projection de l'astérion sur ce plan qui sera étudiée
et figurée, et non sa position réelle. En fait, il n'y a pas de dif
férence notable.
(1) Delattre (A.) et Fenart (R.). Ontogenèse du crâne humain. Vue générale.
L Anthropologie, t. 57, n° 5-6, 1953. — Fenart (R.). Ontogenèse cranio-faciale chez
l'Homme. Revue Scientifique, n° 3322, 1953.
(2) Les termes de poussée, traction, refoulement, etc., doivent être compris
de la manière suivante : « tout se passe comme si une traction..., etc. »
Au cours des études des transformations de la morphologie du crâne durant la
phylogénèse, le terme de déplacement de points et de surfaces doit être considéré
comme lié à une « succession d'images » dans l'espace et le temps.
Tandis que dans les mêmes études, faites durant l'ontogenèse du crâne d'une
espèce animale déterminée, il s'agit des « mouvements vrais » accomplis par les points
craniométriques. société d'anthropologie de paris 248
De plus, nous avons pris soin de noter la projection de l'angle
tronqué mastoïdien (angulus mastoideus) du pariétal. Il s'agit
de la ligne étendue (chez l'Homme) de l'astérion au point nom
mé : incisural du pariétal. Ce point, sur le squelette articulé,
est en regard du sommet de l'incisure pariétale du temporal.
Ainsi, sur les projections du profil du pariétal, une ligne sera
figurée allant de l'astérion au point incisural : c'est la inci-
As.i.
5 cm
Fig. interne interne points ] . — : (P. Type (Pt. bregma i. i). i.) moyen Les sont interne projections figurées. de pariétal (ou endocranien) des humain points adulte (B. : astérion i.), projeté lambda interne sur interne le plan (As. passant (L. i.) et i.), incisural ptérion par les
surale. Les changements de position de cette ligne ont une
grande importance.
Le profil moyen du pariétal humain adulte, ainsi représenté,
est celui de la figure 1. Avant de proposer une systématisation
du pariétal, il importe d'en définir quelques aspects et notam
ment de donner quelques précisions sur les points craniomé-
triques intéressés et sur les bords qu'ils limitent.
A) Définition des points craniométriques angulaires.
1° Le bregma. — Sa détermination est facile, mesurée direct
ement sur l'os et non en projection. Le bord frontal du pariétal
rencontre le bord sagittal à angle droit. Une dentelure bifur- ET FENART. SYSTÉMATISATION DU PARIÉTAL 249 DELATTRE
quée peut exister à cet endroit, et laisser le choix hésitant ; mais
nous prenons toujours le point osseux en contact avec le plan
sur lequel repose la face endocranienne de l'os. C'est le bregma
interne qui se détermine donc de lui-même.
2° Le ptérion. — II a été défini par Topinard de la manière su
ivante : « la région latérale du crâne située en arrière des orbites,
dans la fosse zygomatique où se rencontrent quatre os : le front
al, le pariétal, le temporal et le sphénoïde, auxquels s'ajoute
quelquefois en dessous du frontal un cinquième : le jugal. Ainsi,
le ptérion désigne une région ou un ensemble de sutures. Mais
on a été amené pour la commodité de considérer le « point » :
ptérion, tant dans les recherches que personnellement nous avons
dû faire, quant au déplacement ontogénique du ptérion, que pour
hPt
Fig. 2. — Les 3 types de ptérion les plus courants. De gauche à droite : type fronto-
temporal, type sphéno-pariétal et type en « К ».
Pt : ptérion, milieu des points ; a. Pt (acro-ptérion) et h. Pt (hypo-ptérion) ;
p. Pt (proptérion) et m. Pt (méta-ptérion).
la simple mensuration d'un diamètre de largeur du crâne : le
biptérion, employé par de nombreux auteurs.
Tout le problème revient donc à définir le ptérion en tant que
« point ».
La difficulté réside en l'existence de plusieurs types de pté-
rions (sans compter les anomalies avec présence d'os wormiens)
que l'on peut de manière générale ramener à deux selon qu'il
existe ou non un « processus frontalis squamœ temporis » (Vir-
chow), c'est-à-dire que l'on rencontre le type fronto-temporal ou
le type sphéno-pariétal. Pour chaque région ptérique, il existe
une suture à tendance soit verticale, soit horizontale, limitée
par deux points (cf. fig. 2). Par analogie avec des dénominations
données à la région astérique, nous proposons d'appeler ces
points hypopiérion et acroptérion dans la variété fronto-temporale,
et proptérion et métapiérion dans la sphéno-pariétale.
Dans ces cas, le point milieu du segment de droite, ainsi déli
mité, peut être considéré comme point ptérion proprement dit.
Dans quelques cas ce point ptérion existe réellement (type dit
« en К »), par confusion des deux autres points et départ étoile
des sutures.
BULL. ET MÉM. SOCIÉTÉ ANTHROP. DE PARIS, T. 9, 10e SÉRIE, 1958. 17 société d'anthropologie de paris 250
L'examen de nombreux pariétaux, notamment chez les Pr
imates et l'Homme, a montré que dans l'angle ptérique il n'y
avait pas, en général, superposition des sutures, selon que l'on
considère la face endo ou exocranienne. On y observe d'abord le
décalage bien connu entre les deux sutures pariéto-temporales,
interne et externe, à cause du biseau qui peut être parfois très
important. Un fait moins connu existe : c'est un décalage entre
les parties basses des sutures coronales, interne et externe, avec
5cm
Fig. 3. — Vue exocranienne du pariétal gauche.
En haut, portions coronale et ptérique du pariétal de Pan troglodytes (P) et Gor
illa (G). En bas, mêmes tracés chez Homo (H), avec à gauche un type possédant
une très courte languette et un retournement des biseaux de la coronale, et à
droite un type avec importante. Noter la ligne temporale et la « lan
guette ptérique » (en pointillés), particulièrement importante chez le Gorille.
L'artère méningée moyenne, branche antérieure, est figurée par des tirets et par
une flèche.
avancée de cette dernière en une sorte de bec antérieur. Cet
aspect est extrêmement fréquent chez les Primates où il peut
atteindre des proportions énormes. Il peut être observé égal
ement chez l'Homme adulte, bien que de façon moins courante
(cf. fig. 3) (mais même dans les cas où la languette est peu visible,
on observe une inversion de biseau). Il semble bien que, dans la
majorité des cas, le stéphanion, à l'extrémité supérieure de
cette « languette ptérique », c'est-à-dire l'endroit où se fait le DELATTRE ET FENART. SYSTÉMATISATION DU PARIÉTAL 251
décrochage entre la direction de la suture coronale interne et la
suture coronale externe, corresponde au niveau des linea iempo-
ralis. Ceci explique que la languette ptérique soit rare chez
l'Homme et placée à un niveau assez inférieur par rapport à ce
qu'elle est chez le Gorille par exemple.
Il résulte de ces faits que les points ptériques endo et exoera-
niens ne coïncident pratiquement jamais, les points ptériques
P. \.
Fig. artériels Pongo 4. — (P), Régions en tirets. avec la ptériques surface endo pariétale et exocraniennes endocranienne de Pan en pointillés troglodytes et (P. les t.) trajets et de
Noter la divergence morphologique et le décalage des tracés suturaux entre l'endo
et l'exocrâne, ainsi qu'un ptérion externe d'un type différent du ptórion interne
chez Pongo, avec existence d'un os wormien ptérique.
internes étant plus postérieurs et plus reculés (en projection
sagittale) que les points ptériques externes. En règle générale,
la suture coronale endocranienne croise (en projection) la suture
pariéto-temporale externe. D'ailleurs, le type même du ptérion
peut n'être pas identique en dehors et en dedans (cf. l'Orang de
la fig. 4).
Notion de « plérion vasculaire ». — Puisqu'il existe indiscut
ablement une discordance aussi marquée et aussi constante entre société d'anthropologie de paris 252
l'endo et l'exocrâne dans la zone ptérique, il convient de se
demander quelle valeur peuvent avoir ces points ?
C'est ici qu'il faut rechercher un élément anatomique relat
ivement fixe. Cet élément est l'artère méningée moyenne qui
aborde la région ptérique du pariétal, laquelle peut être consi
dérée comme « pôle artériel » du pariétal, de la même manière
que la région astérique peut en être considérée comme le
« pôle veineux ».
Fig. 5. — Figure montrant les tracés ptériques et vasculaires chez deux Chimpanzés
d'âge semblable mais de type ptérique différent malgré un « ptérion vasculaire »
(Pt. v.) en même position dans les axes, chez l'un et chez l'autre.
L'artère, ou plus exactement sa branche antérieure (ou un de
ses rameaux comme chez Gorilla), aborde en général l'angle fo
rmé entre la suture coronale interne et la suture pariéto-temporale
interne (cf. fig. 3, 4 et 5) ; parfois elle arrive en croisant la
suture pariéto-temporale interne immédiatement en arrière de
cet angle.
Le point où la branche artérielle accoste le pariétal est rel
ativement fixe en comparaison de tous les autres éléments pté- DELATTRE ET FENART. SYSTÉMATISATION DU PARIÉTAL 253
riques, internes et surtout externes, quand on projette l'ensemble
sur un plan sagittal orienté vestibulairement. C'est ce point que
nous proposons de nommer : le « ptérion vasculaire » (cf. fig. 5).
Sans enlever aux autres points ptériques leur valeur dans une
étude ontogénique ou morphogénétique, nous pensons que le
ptérion vasculaire a une importance phylogénique incontestable,
encore augmentée par le fait de sa relative fixité. C'est ainsi que
sur la figure 5, l'on a représenté les régions ptériques de deux
Chimpanzés jeunes, du même âge et de développement crânien
identique. Chez l'un, le ptérion a le type fronto-temporal et
chez l'autre, le type sphéno-pariétal. L'existence du « processus
frontalis » chez l'un fait qu'il y a chez lui un décalage plus impor
tant entre le ptérion externe, tel qu'on l'a défini plus haut, et le
ptérion vasculaire. Ce ptérion vasculaire possède une position
identique dans les axes, chez les deux types. Dans la projection
du pariétal sur un plan, tel qu'il a été défini par la figure 1, le
point ptérique en contact avec le plan est précisément ce « pté
rion vasculaire ». C'est celui dont nous parlerons au long de cette
étude, sous le nom de ptérion, ou de ptérion interne.
3° Le lambda. — II est facilement défini, sur le contour du
pariétal, par le changement de direction du bord sagittal et du
bord occipital. Ici également, nous utilisons uniquement le
lambda interne qui s'appuie sur le plan d'étude.
4° L'astérion. — La détermination de l'astérion est plus diffi
cile. Sur le crâne complet, la réunion des trois sutures entre
l'occipital, le pariétal et la mastoïde permet une fixation rapide
(si un es wormien ne vient pas troubler la morphologie de la
région). Mais, sur l'os isolé, il n'en est plus de même. Les change
ments de direction sont parfois peu marqués, alors une bascule
légère de l'os, sur le plan de la figure 1, établira un contact
utilisable. Ce contact peut se limiter à l'astérion interne ou se
prolonger sur la ligne incisurale interne : ligne étendue de l'asté
rion interne au point incisural interne. Ce contact favorise la
détermination des deux points. Un troisième mode de repérage
morphologique doit être utilisé. Il est tiré de la présence sur la
face endocranienne de l'os de l'empreinte du sinus latéral. Ce
sinus vient de quitter l'angle astérique de l'occipital et aborde
l'angle tronqué mastoïdien du pariétal. L'astérion est générale
ment situé au niveau et au-dessous de l'entrée de la gouttière
ou empreinte sinusale sur le pariétal, en provenance de l'occi
pital. Mais des variations peuvent exister ici encore.
5° Le point incisural interne. — II est placé sur la face endo
cranienne du biseau du bord squameux du pariétal, à la partie

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