État actuel des études concernant les potentiels évoqués recueillis sur le scalp chez l'homme - article ; n°1 ; vol.68, pg 143-184

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1968 - Volume 68 - Numéro 1 - Pages 143-184
42 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1968
Lecture(s) : 14
Nombre de pages : 43
Voir plus Voir moins

N. Lesevre
État actuel des études concernant les potentiels évoqués
recueillis sur le scalp chez l'homme
In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°1. pp. 143-184.
Citer ce document / Cite this document :
Lesevre N. État actuel des études concernant les potentiels évoqués recueillis sur le scalp chez l'homme. In: L'année
psychologique. 1968 vol. 68, n°1. pp. 143-184.
doi : 10.3406/psy.1968.27603
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1968_num_68_1_27603REVUES CRITIQUES
ÉTAT ACTUEL DES ÉTUDES
CONCERNANT LES POTENTIELS
ÉVOQUÉS RECUEILLIS SUR LE SCALP
CHEZ L'HOMME
par Nicole Lesèvre1
Laboratoire d' Électro-encéphalographie
et de Neurophysiologie appliquée
La Salpêtrière, Paris
II est convenu d'appeler « potentiels évoqués », les phénomènes
électriques qui surviennent à distance, dans le système nerveux, à la
suite d'une stimulation sensorielle brève. On conçoit que les potentiels
évoqués corticaux — phénomènes électriques recueillis dans l'aire de
projection correspondant à la fonction stimulée (et qui sont d'ailleurs
loin de résumer à eux seuls la « réponse » du cerveau aux stimuli en
question) — représentent un sujet d'étude particulièrement passionnant
pour les psychophysiologistes.
Gaton fut le premier à mettre en évidence, vers 1875, l'existence de
ces potentiels évoqués corticaux chez l'animal. Il faut attendre les
années 1930-1935 pour que commence leur étude expérimentale systé
matique, étude qui s'est considérablement développée depuis les progrès
de la technique des électrodes implantées permettant d'examiner
l'animal non anesthésié. Quant à l'étude de ces réponses chez Vhomme,
elle n'a pu se développer que beaucoup plus tard car elle présente de
nombreuses difficultés, tant au niveau de l'obtention des réponses que
de leur interprétation. En effet, en dehors des cas exceptionnels où elles
peuvent être recueillies directement sur le cortex ou dans la profondeur
à l'occasion d'interventions pratiquées dans des buts thérapeutiques
(cf. en particulier : Hirsch et Buisson-Ferey, 1963 ; Walter et Crow, 1964),
ces réponses évoquées ne peuvent être captées chez l'homme qu'à travers
1. Chargée de recherches à l'I.N.S.E.R.M. REVUES CRITIQUES 144
le scalp. Dans ces conditions, après avoir traversé une masse conductrice
non homogène dont les propriétés varient en fonction de facteurs
physico-chimiques multiples, les potentiels cérébraux apparaissent
déformés par rapport au phénomène cortical initial et, en particulier,
trop peu amples pour être bien différenciés du bruit de fond que constitue
l'activité électrique spontanée du cerveau recueillie également sur le
scalp (E.E.G.). C'est pourquoi, malgré quelques travaux plus anciens,
qui signalaient d'ailleurs la difficulté qu'il y a à apprécier correctement
les différents caractères de ces phénomènes (cf. en particulier : Walter
et coll., 1946 ; Monnier, 1948 ; Gastaut, 1949 ; Gobb, 1950), il faut atten
dre les années 1955-1960 pour que, grâce à l'utilisation de méthodes de
sommations et de moyennes, des recherches systématiques commencent à
leur être consacrées.
Dans cette revue, nous nous limiterons aux études récentes concer
nant les potentiels évoqués sensoriels recueillis sur le scalp chez Vhomme
« normal », c'est-à-dire, par conséquent, aux études traitant du potentiel
évoqué uniquement sous la forme « moyenne » (P.E. M.), qu'il s'agisse
de réponses visuelles (P. E.V.), auditives (P.E.A.) ou somesthésiques
(P.E.S.). Parmi ces travaux, particulièrement nombreux, nous traite
rons essentiellement de ceux qui s'attachent aux relations entre la
réponse obtenue et certains aspects du comportement humain concer
nant la perception, l'attention, le niveau de vigilance, relations qui
intéressent plus particulièrement le psychologue ou le psychophysiol
ogiste. Par ailleurs, nous nous étendrons surtout sur les réponses visuelles
dans la mesure où elles ont été beaucoup plus étudiées que les autres.
Même ainsi limité, ce sujet reste très vaste, de sorte que nous ne préten
dons évidemment pas effectuer ici une revue exhaustive des études qui
lui ont été consacrées ces dernières années. Notre intention est avant
tout de chercher à faire le point quant aux résultats qui s'affrontent
— résultats « admirablement contradictoires » ainsi que les a qualifiés
Gastaut en 1964 au cours d'un Colloque consacré à ces potentiels évoqués
moyens (cf. Colloque de Marseille, 1964, publié en 1967) — et quant aux
interprétations proposées qui elles-mêmes ouvrent la voie à de nouvelles
recherches.
I
RAPPEL SUR LES MÉTHODES D'OBTENTION DU P.E. MOYEN
Si on soumet un sujet à une stimulation sensorielle périphérique et
que l'on enregistre parallèlement son activité électrique cérébrale à l'aide
d'électrodes placées sur le cuir chevelu, on sait que, dans la majorité
des cas, il ne sera pas possible de détecter visuellement sur l'électro-
encéphalogramme (E.E.G.) la réponse corticale évoquée par ce stimulus.
En effet, cette réponse a une amplitude trop faible (1 à 10 \iN environ)
par rapport à celle de l'activité électrique spontanée continue (plusieurs
dizaines de [iY) pour qu'elle puisse se différencier de celle-ci. Le problème NICOLE LESÈVRE 145
posé aux électro-encéphalographistes qui veulent étudier ces réponses
évoquées est donc celui de l'extraction d'un signal à partir d'un bruit
de fond complexe. Ce sont, aux États-Unis, les neurophysiologistes de
l'école de Boston qui résolurent le mieux ce problème en appliquant à
l'électro-encéphalographie une méthode statistique mise au point par
les promoteurs de la théorie de l'information (cf. Rosenblith, 1954,
1959 a et b ; Brazier et Casby, 1952; Barlow, 1957, 1961, etc.). La
méthode proposée pour l'extraction d'un signal du bruit de fond est
basée sur la corrélation mutuelle de l'ensemble signal-bruit avec un
train d'impulsions périodiques (Lee, 1950). Si on répète un stimulus
un nombre suffisant de fois N (nombre qui varie en fonction de la période
de stimulation) et que l'on somme algébriquement l'activité E.E.G.
qui suit chacun de ces stimuli, dans la mesure où le signal (activité liée
au stimulus) augmente comme N, tandis que le bruit (activité aléatoire
par rapport au stimulus) augmente comme ■y'N, l'activité cérébrale
non liée au stimulus (bruit) tendra, après un certain nombre de sommat
ions algébriques, à s'effacer alors que s'accusera l'activité liée au
stimulus et d'où sera tirée la réponse évoquée moyenne (signal). Il est
évidemment indispensable d'étudier, par ailleurs, la dispersion intra
individuelle de chacune de ces réponses « moyennes », afin d'apprécier
la « signification » statistique de cette moyenne (cf. Frishkopf, 1956 ;
Golstein et Peake, 1959 ; Rosenblith, 1959 b).
Si le principe de la méthode utilisée pour extraire les réponses
évoquées obtenues à travers le scalp est resté en général le même, les
moyens mis en œuvre pour obtenir ces moyennes ont varié et considé
rablement progressé depuis une quinzaine d'années. La plupart des
travaux sur le P.E. Moyen antérieurs à 1960 ont été obtenus grâce à
des méthodes de simples superpositions photographiques (première et
seconde techniques de Dawson, 1947, 1950 et 1954). Ensuite, se sont
développées des méthodes plus rapides et plus précises faisant appel à
des enregistreurs magnétiques et à des convertisseurs analogiques-
numériques permettant de transformer les données biologiques (diff
érences de potentiel) en données digitales pouvant être ensuite traitées
statistiquement à l'aide d'ordinateurs (pour une revue des techniques
et méthodes actuellement utilisées, cf. Faidherbe, 1964).
II
LE P.E. MOYEN « TYPE » :
DESCRIPTION, FIDÉLITÉ, VALIDITÉ
Bien que l'organisation du P.E. M. — c'est-à-dire le nombre de ses
composantes, la durée, l'amplitude, la latence et la polarité de chacune
d'elles — varie suivant la façon de capter les potentiels (méthode monop
olaire ou bipolaire), la topographie des électrodes et leur orientation les
unes par rapport aux autres, les divers paramètres caractérisant le
A. PSYCHOL. 68 10 146 REVUES CRITIQUES
stimulus et enfin les conditions psychophysiologiques du sujet, on peut,
à la suite de nombreux auteurs, tenter de décrire une « réponse moyenne
type » et apprécier la fidélité et la validité de cette réponse.
A) Le Potentiel Évoqué Visuel Moyen (P.E.V.M.)
a) Description
La « réponse type » décrite par la plupart des auteurs est la réponse
évoquée par des éclairs brefs et intenses, répétés environ toutes les
secondes, chez un adulte jeune, les yeux fermés et en état de relatif
repos psychosensoriel. Dans une description, désormais classique et
adoptée par de nombreux auteurs, Gigânek (1958 a, b et c, 1961 et
Colloque de Marseille, 1964) différencie 7 composantes successives
dans le P.E.V.M. dont la dernière est suivie d'une postdécharge
rythmique d'une fréquence voisine de celle du rythme alpha du sujet.
La première onde (négative) culmine 40 ms environ après l'éclair,
la dernière (négative également, « onde VII ») vers 210 ms. Les pics
des ondes II, III, IV, V et VI apparaissent approximativement 55, 75,
110, 140 et 200 ms après le stimulus. C'est l'onde IV qui, en général,
est la plus ample de toutes. L'école de Marseille, avec Gastaut et coll.
(Gastaut et coll., 1963 ; Colloque de 1964 ; et Regis,
1965), reproche à cette description de ne pas tenir compte d'une onde
positive précoce (culminant vers 25 ms) déjà mentionnée par plusieurs
auteurs (Dawson, Cobb, Brazier, entre autres), d'autre part de décrire
sous la forme de 3 ondes différentes les amples composantes positives
culminant entre 100 et 200 ms qui paraissent appartenir à un même
complexe indissociable du point de vue physiologique (ondes IV, V
et VI de Cigânek, nommées par Gastaut et son école « onde V » et subdi
visées en ondes Va, b et c). De la sorte, il apparaît qu'en ce qui concerne
la latence, l'onde I de Cigânek correspondrait approximativement à
l'onde II de Gastaut et de l'école de Marseille et les ondes IV, V et VI
de Cigânek aux ondes V a, b et c de l'école de Marseille (cf. fig. 1).
Les différentes descriptions du P.E.V.M. rencontrées dans la litt
érature sont plus ou moins comparables à l'une ou l'autre de ces deux
descriptions. Il règne cependant une certaine confusion quant à la
polarité des diverses composantes recueillies, due, en grande
partie, aux conditions topographiques différentes dans lesquelles les
réponses sont obtenues. Pour pallier ces difficultés, Corriol et coll. (1965)
proposent une nomenclature qui ne tiendrait compte que de la latence
de l'onde à l'exclusion de sa polarité, nomenclature qui aurait donc
l'avantage d'être valable quelle que soit la dérivation enregistrée. Le
problème de la polarité des composantes du P.E.V.M. semble pourtant
d'une importance capitale. On sait, en effet, qu'il existe, au niveau du
scalp, des zones d'inversion de polarité des P.E. mais leur étude topo
graphique a rarement été abordée car la plupart des recherches ne sont
effectuées qu'à l'aide d'une ou deux dérivations. Kooi et Bagchi (1964) NICOLE LESEVRE 147
avec des séries de dérivations monopolaires, Clynes et coll. (1964) avec
des dérivations bipolaires ont tenté une telle étude ; chez ces auteurs,
cependant, l'étude de la dynamique spatiale du P. E.V. paraît moins
avoir constitué le but central de leur recherche que le moyen de choisir
le lieu où la réponse apparaît avec le maximum d'amplitude afin ensuite
de poursuivre, avec cette dérivation privilégiée, leurs travaux consacrés
à des aspects divers de la réponse. Utilisant des séries de dérivations
GASTAUT&Coll.
CIGANEK
Fig. 1. — Schémas d'un potentiel évoqué visuel moyen typique, recueilli
sur le scalp chez l'homme sur une dérivation occipitale, tel qu'il est décrit
par Gastaut et son école (1) et par Gigânek (2) avec la numérotation de chacune
des composantes selon la terminologie propre à chaque auteur. La post
décharge rythmique n'est pas représentée ici.
(Extrait du livre « Les activités électriques cérébrales spontanées et évoquées
chez l'homme », Monographies de Physiologie causale, vol. VII, Gauthier-
Villars, Paris, 1967.)
bipolaires jumelées, en chaînes, et grâce à une représentation sous forme
de « nappes spatio-temporelles », Remond et Lesèvre (1965) ont montré
que, le long d'une ligne vertex-inion, le lieu où se produit l'opposition
de phase des gradients (lieu correspondant donc à un maximum de
potentiel) varie suivant les composantes de la réponse (cf. flg. 2). Ces
auteurs ont ainsi ajouté aux caractéristiques habituelles de la « réponse
type » (latence, amplitude, polarité d'une dérivation) une caractéristique
se rapportant à la « topographie de l'opposition de phase » dans le cas des
gradients ou bien concernant directement la topographie des « sources »
et des « puits » d'activité, dans le cas où — après avoir calculé la dérivée
du gradient par rapport à l'espace — ils obtiennent des cartes de densité
de courant en fonction du lieu (cf. Remond, 1960). Ces notions sont
importantes dans la mesure où elles permettent d'aborder l'étude de
l'origine — par conséquent de la signification physiologique — de
chacune des composantes de la réponse obtenue sur le scalp. 84-02
m. sec 0 100 200 300 400 500 600 700
Fig. 2. — Nappe spatio-temporelle de gradient montrant la complexité de l'organisation spatiale de la réponse évoquée visuelle
moyenne, recueillie chez un sujet ayant les yeux ouverts, le long d'une ligne vertex-inion. (Moyenne obtenue sur 100 réponses après
conversion analogique-numérique des données E.E.G.)
— Le temps analysé entre deux éclairs successifs est en abscisse ; chaque éclair survient au temps 0.
— L'espace crânien exploré par le montage, constitué ici par 8 dérivations bipolaires en chaînes, est en ordonnée (les valeurs entre les
chaînes sont obtenues par interpolation).
— L'amplitude est représentée sous forme de lignes isogradients : à partir de la ligne de gradient nul, chaque courbe de niveau successive
représente une différence de pente de 0,1 (j.v par cm.
— Les polarités sont représentées, en blanc pour les gradients positifs, en noir pour les gradients négatifs.
On note que le lieu du renversement des polarités des gradients (correspondant au lieu du maximum des potentiels) varie selon
les composantes :
— Niveau pariétal pour le doublet instantané négatif-positif (source) qui constitue ici la lre onde différenciée culminant vers 40 ms
et pour l'onde lente tardive (400-700 ms) qui représente le phénomène d'entraînement à la fondamentale.
—occipital pour l'ample doublet négatil-positif qui culmine vers 120 ms (onde IV de Cigânek ou V a de Gastaut) et pour les
doublets positifs-négatifs la précédant (onde III de Cigének ou IV de Gastaut).
(Extrait de A. Remond et N. Lesèvre, « Distribution topographique des potentiels évoqués occipitaux chez l'homme normal ».
in : Revue neurologique, 1965, 112, 4, 317-330.) NICOLE LESÊVRE 149
b) Fidélité
Tous les auteurs ont insisté sur le fait que, même étudiée au cours de
périodes de temps longues (plusieurs mois, plusieurs années), cette
« réponse type » demeure étonnamment reproductible chez un même sujet,
dans la mesure où les paramètres concernant le stimulus ainsi que, dans
la mesure du possible, ceux l'état psychophysiologique du
sujet restent sensiblement les mêmes. Le P.E. M. permet donc bien de
caractériser un individu. Par contre, la variabilité interindividuelle des
divers paramètres caractérisant la réponse (nombre, forme, latence,
amplitude des composantes) est très grande, surtout dans le cas des
composantes tardives apparaissant plus de 100 ms après le stimulus.
Les causes de ces variations interindividuelles sont multiples ; une des
plus importantes — déjà signalée par Walter et Walter en 1949 — est
constituée par les différences observées d'un sujet à l'autre dans la
géométrie des structures cérébrales par rapport au crâne : on sait, par
exemple, combien d'un individu à un autre varient la disposition de la
scissure calcarine et l'extension même de l'aire 17 (Polyak, 1957).
C) Validité
Le P.B.V.M. peut être facilement différencié de Pélectro-oculogramme
(E.O.G.) et de l'électrorétinogramme (E.R.G.) dans la mesure où ces
deux derniers phénomènes sont limités aux régions antérieures du
scalp et ne dépassent pas le vertex ; il se différencie également de l'onde
vertex, qui d'ailleurs apparaît surtout au bruit et peu à la lumière.
Actuellement, l'origine cérébrale du P.E.V.M. (ainsi d'ailleurs que du
P.E. A.M. et du P.E.S.M. sur lesquels nous reviendrons plus loin) ne
fait plus de doute pour personne encore que la signification physio
logique de chacune de ses composantes soit discutée (cf. entre autres,
Katzman, 1964 et Colloque de Marseille, 1964). On sait que les stimu
lations sensorielles donnent lieu à diverses sortes de potentiels cérébraux :
les uns — P.E. primaires — sont recueillis au niveau des zones corticales
de projection spécifique, les autres — P.E. secondaires — sont recueillis
dans des zones d'associations (Buser et Borenstein, 1959). Il est vraisem
blable que ces différentes sortes de P.E. participent — avec peut-être
également des potentiels d'origine sous-corticale — à la formation
du P.E. recueilli sur le scalp chez l'homme. Il est cependant imposs
ible, dans l'état actuel des connaissances, de déterminer la partici
pation exacte de ces divers types de potentiels corticaux ou sous-
corticaux à la formation de chacune des composantes de la réponse
sur le scalp. Seules, pour l'instant, des hypothèses concernant la
« spécificité » ou la « non-spécificité » 'des diverses composantes peu
vent être avancées, hypothèses d'ailleurs souvent opposées selon les
auteurs.
Gastaut et coll. (Colloque de Marseille, 1964) pensent que toutes les
composantes du P.E.V.M. — les précoces comme les tardives, y compris 150 REVUES CRITIQUES
la postdécharge rythmique — peuvent être appelées « spécifiques »
dans la mesure où elles sont toutes liées aux phénomènes
de la vision, ce qui ne veut pas dire qu'elles aient toutes comme origine
l'aire striée. D'autres auteurs (Cigânek, 1961 ; Contamin et Cathala :
Colloque de Marseille, 1964) proposent de considérer comme « spécifique »
uniquement la partie précoce de la réponse, c'est-à-dire le complexe
d'ondes I à III (terminologie de Gigânek) dont les latences sont inférieures
à 100 ras, la partie tardive correspondant probablement, d'après ces
auteurs, à des réponses propagées à travers des voies non spécifiques
et se projetant dans des régions associatives. En 1964 (Colloque de
Marseille), Cigânek précise sa pensée et va jusqu'à nier tout caractère
de « spécificité » à la réponse évoquée obtenue sur le scalp, même aux
composantes précoces de celle-ci : les ondes I, II, III (terminologie de
Cigânek) seraient à rapprocher des ondes secondaires mises en évidence
chez le chat par Buser et Borenstein (1959) ; les ondes IV, V, VI seraient
une sorte de « complexe K » de l'homme éveillé (donc non spécifique) ;
seule l'onde I de Gastaut, culminant vers 25 ms, serait peut-être en
rapport avec les influx arrivant dans l'aire 17, mais sa très petite
amplitude fait qu'il est exceptionnel de l'enregistrer. Remond et
Lesèvre (1965) ont montré — ■ dans l'étude topographique des réponses
visuelles déjà citée — que la « source » d'activité la plus précocement
recueillie sur le scalp se situe au niveau pariétal, c'est-à-dire dans une
zone non spécifique : il semble par conséquent que la partie initiale
(surface positive) du P.E. primaire reste masquée sur l'E.E.G. recueilli
sur le scalp. En outre, ces auteurs ont montré que si les phénomènes
d'entraînement et de postdécharge restent limités à la région pariétale
(non spécifique), par contre, les ondes Y a, b, c (terminologie de Gastaut)
paraissent bien représenter des phénomènes spécifiques, bien que tardifs,
dans la mesure où leur topographie (lieu de l'opposition de phase des
gradients ou du maximum des sources et des puits) est bien limitée à la
région occipitale et que leur amplitude respective varie selon la topo
graphie de la rétine stimulée (Remond et Lesèvre, 1965 ; Remond,
Lesèvre et Torres, 1965; Lesèvre, 1967) (cf. fig. 2).
En fait, il faudrait préciser le sens exact que chaque auteur donne
aux adjectifs « spécifiques » et « non spécifiques ». Lors du Colloque de
Marseille (1964), M. Brazier qualifie de « spécifiques » uniquement les
ondes en rapport avec les impulsions qui arrivent au travers du noyau
géniculé latéral et qui se projettent sur l'aire 17 et de « non spécifiques »,
celles qui sont liées aux passant par l'intermédiaire des
noyaux non spécifiques du thalamus et arrivant au cortex de façon
diffuse : il est probable que rien dans le P.E.V.M. recueilli sur le scalp
ne soit, en effet, spécifique si on prend ce terme dans ce sens limité.
Au cours du même colloque, Cathala et coll. proposent de qualifier de
« spécifiques » les messages qui se modifient avec les paramètres visuels
et de « non spécifiques » ceux qui se transforment sous l'effet de l'état
psychologique du sujet. D'après les résultats des expériences rapportées NICOLE LESÈVRE 151
plus loin, on verra que si l'on entend le mot spécifique dans ce sens-là,
il s'ensuit que chacune des composantes de la réponse peut être consi
dérée à la fois comme « spécifique » et « non ».
B) Le Potentiel Évoqué Auditif Moyen (P.E. A. M.)
Actuellement on s'entend, en général, pour reconnaître que le
P.E. Auditif recueilli sur le scalp chez l'homme comprend trois parties.
Une première partie — très précoce — débute 10 ms à peine après le
son et culmine vers 25 ms : l'origine cérébrale de cette partie précoce,
signalée par Calvet et coll. (1956) et décrite pour la première fois en
détail par Geisler et coll. (1958), est très controversée ; Bickford et
coll. (1964) en font une composante essentiellement musculaire. Une
seconde partie est constituée par une onde diphasique négative-positive,
ample, largement répartie sur le scalp mais prédominant dans la région
du vertex (décrite pour la première fois par Pauline Davis en 1939 et
confirmée par Y. Gastaut et par Bancaud et coll. en 1953). Enfin, une
troisième partie, tardive, serait assimilable au « complexe K ».
Il semble que la plupart des auteurs s'accordent sur l'origine
cochléaire des deux parties tardives {on response de Pauline Davis et
« complexe K »), ceci dans la mesure où une correspondance paraît
exister entre le seuil subjectif audiométrique et l'apparition de ces
composantes sur le scalp (Rapin et coll., 1966, entre autres). Bickford
et coll. (1964) suggèrent une participation vestibulaire à la partie
précoce musculaire. Il semble donc que, jusqu'ici, il n'ait pas été pos
sible de recueillir sur le scalp chez l'homme de composante qui puisse
être assimilée au P.E. primaire recueilli sur le cortex spécifique auditif
chez l'animal et mis en évidence, bien que difficilement, chez l'homme,
à l'aide d'électrodes placées dans la profondeur au niveau de la portion
postérieure du gyrus temporal supérieur, par Chatrian et coll. (1960)
aux cours d'interventions chirurgicales.
C) Le Potentiel Évoqué Somesthésique Moyen (P.E. S. M.)
Dawson est le premier à avoir décrit en 1947 une réponse évoquée
somesthésique obtenue sur le scalp chez l'homme : une composante
initiale positive commençant 20 ms après le stimulus (choc électrique
appliqué sur le nerf du poignet), suivie d'une composante négative,
réponse interprétée comme étant un équivalent de la réponse évoquée
primaire somesthésique recueillie sur le cortex chez l'animal. En 1954,
le même auteur différencie une composante négative précédant l'onde
initiale citée. En 1956, Galvet et coll. notent que cette réponse somes
thésique moyenne peut prendre soit un aspect en <o (lorsque manque la
première onde initiale négative), soit un tétraphasique (lorsque
l'onde initiale négative est recueillie). Depuis, des réponses somesthé-
siques moyennes plus complexes — bien que pouvant toujours plus
ou moins être rapprochées de la « réponse type » de Dawson — ont été

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.