Etude de la personnalité. - compte-rendu ; n°1 ; vol.55, pg 281-292

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L'année psychologique - Année 1955 - Volume 55 - Numéro 1 - Pages 281-292
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1955
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C. Andrieux
VII. Etude de la personnalité.
In: L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 281-292.
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Andrieux C. VII. Etude de la personnalité. In: L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 281-292.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1955_num_55_1_8785— Étude de la personnalité VII.
Autoritarisme :
MASLING (J.). — How neurotic is the authoritarian (Quelle est
la névrose de V autoritarisme ). — J. abn. soc. Psychol., 1954, 49,
316-318. — FRENKEL-BRUNSWICK (E.). — Social research and
the problem Of value : a reply (Réponse au sujet de la recherche en
Sciences sociales et du problème des valeurs). — J. abn. soc. Psychol.,
1954, 49, 466-471. — O'NEIL (W. M.), LEVINSON (D.). — A
factorial exploration of authoritarianism and some of its ideological
Concomitants (Analyse factorielle pilote de V autoritarisme et de quelques
contenus idéologiques associés). — J. Personal., 1954, 22, 449-463. —
MORESKO (R.), RUBIN (M.), SHONTZ (C), MORROW (W.). —
Rigidity and its ideological correlates (La Rigidité et les variables
idéologiques en corrélation). — J. abn. soc. Psychol., 1954, 49,
89-93. — O'CONNOR (P.). — Ethnocentrism, intolerance of ambi
guity and abstract reasonning ability ( Ethnocentrisme intolérance de
V ambiguïté et aptitude au raisonnement abstrait). — J. abn. soc.
Psychol., de 1952, — 47, 526-530. —BROWN (R.). — A determinant
of the relationship between rigidity and authoritarianism (Un facteur
déterminant dans la relation entre la rigidité et V autoritarisme).
— J. abn. soc. Psychol., 1953, 48, 469-476. — LEVITT (E.),
ZELEN (S). — The validity of the einstellung test as a measure
Of rigidity (La validité du test d' Einstellung, comme mesure de la
rigidité). — J. abn. soc. Psychol., 1953, 48, 573-580. — STEI
NER (J.). — Ethnocentrism and tolerance of trait inconsistency
(Ethnocentrisme et tolérance de V inconsistance entre traits de personn
alité). — J. abn. soc. Psychol., 1954, 49, 349-354. — DORRIS (R.),
LEVINSON (D. J). — Authoritarian personality studied by a new
variation of the sentence completion technique (La personnalité
autoritariste étudiée au moyen d'une forme nouvelle de la technique
de complètement de phrases). — J. abn. soc. Psychol., 1954, 49,
99-108. — SCODEL (A.), MÜSSEN (P.). — Social perceptions
of authoritarian and non authoritarians (Perceptions sociales d'auto-
ritaristes et non autoritaristes). — J. abn. soc. Psychol., 1953, 48,
181-184. — SULLIVAN (P.), ADELSON (J.). — Ethnocent
rism and misantropy (Ethnocentrisme et misanthropie). — J. abn.
soc. Psychol., 1954, 49, 246-250.
Les trois premiers articles remettent en question l'existence du
syndrome de personnalité ou du trait général d'autoritarisme. J. Masling ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 282
reproche à l'équipe, qui a effectué le premier travail systématique
d'ensemble sur la personnalité autoritariste1, T. Adorno, B. Frenkel-
Brunswick, Levinson et Sanford, d'avoir été guidée dans son travail par
des préoccupations idéologiques, qui ont biaisé les résultats de sa
recherche. lies auteurs cités ont attribué à la personnalité des sujets
égalitaires ou libéraux tous les comportements adaptés et valorisés
positivement, et à la personnalité des autoritaristes ou sujets à tendances
anti-démocratiques tous les inadaptés et
négativement ; le bilan de ce travail c'est la définition d'un nouveau
syndrome pathologique d'autoritarisme trop vaste, qui tend à se
confondre avec la névrose et la personnalité infantile. J. Masling apporte
à l'appui de sa critique 4 expériences réalisées les unes sur une popula
tion de consultants d'hôpitaux psychiatriques et de normaux, d'autres
entièrement sur des normaux ; en utilisant chaque fois comme variable
dépendante des échelles différentes d'éthnocentrisme ou d'autorita
risme, et comme variables indépendantes des mesures de l'inadaptation
ou de troubles psycho-pathologiques : dans la première expérience le
M. M. P. I., dans la 2e une échelle de sentiment de sécurité, dans la 3e un
test projectif de phrases à compléter, dans la 4e le diagnostic de psy
chiatres. Dans aucune de ces expériences le groupe des autoritaristes
n'a été significativement distingué du groupe des égalitaires.
Dans sa réplique à Masling, E. Frenkel-Brunswick pose la légit
imité des motivations idéologiques et des implications morales et pra
tiques de la recherche, à condition que soit garantie la rigueur scienti
fique des méthodes expérimentales et de l'interprétation des résultats.
Elle cite à l'appui ses expériences déjà publiées. Quant aux résultats
négatifs de Masling, elle les explique d'abord par l'utilisation de ques
tionnaires et de diagnostics, dont les catégories ne permettent pas de
mettre à jour l'adaptation superficielle, particulière et à court terme
du moi autoritariste. A propos de l'expérience de Masling, E. Frenkel-
Brunswick attire aussi l'attention sur le défaut général de la plupart
des questionnaires et matériels projectifs, qui ne permettent pas de
distinguer les renseignements fournis sur les besoins et motivations
latents et manifestes. Pour différencier autoritaristes et égalitaristes,
il est nécessaire d'analyser le caractère des contenus latents et mettre
à jour les rapports existant entre ces derniers et les contenus manifestes.
D'autre part, les théoriciens de la personnalité autoritariste ont bien
souligné que les individus égalitaires ou libéraux présentent eux aussi
certaines formes d'inadaptation, même souvent plus graves, et que
certains libéraux, qui manifestent des préjugés en sens inverse de ceux
des anti-démocrates, ont également des personnalités rigides. Il n'est
pas question d'établir une dichotomie selon la dimension adap-
1. La traduction de l'anglais « authoritarian personality » par personnalité
autoritariste est préférable à personnalité autoritaire. L 'autoritariste, s'il est
autoritaire et agressif à l'égard de déviants du groupe et de personnes étran
gères au groupe, est soumis à l'autorité à l'intérieur du groupe. ÉTUDE DE LA PERSONNALITÉ 283
tation — inadaptation ou névrose, entre égalitaires et autoritaristes.
O'Neil et Levinson proposent de reprendre l'étude de la personnalité
autoritariste par les moyens de l'analyse factorielle : Les dispositions
psychologiques dynamiques et cognitives et les mécanismes de défense
du moi, supposés inclus dans les items des échelles d'attitudes sociales
en intercorrélation, ethnocentrisme, autoritarisme, — conventionalisme
religieux et morale familiale traditionnelle — forment-ils une structure
cohérente (avec un facteur général ou des facteurs de groupe reliés entre
eux) ou un ensemble de facteurs primaires, hétérogènes ? Les auteurs
rendent compte d'une expérience pilote sur 200 étudiants, en soumet
tant à l'analyse factorielle les réponses à 64 items sélectionnés des
4 échelles susindiquées. Quatre facteurs ont été dégagés dont trois iden
tifiables : Premier facteur de conventionalisme religieux, 2e facteur
exprimant une attitude autoritaire soumissive, un 3e facteur suggérant
l'adoption d'une façade virile. Cette première recherche apporte, selon
les auteurs, une indication dans le sens de l'hétérogénéité des facteurs
primaires ; l'intercorrélation entre les échelles d'attitudes sociales
s'expliquerait par le caractère psychologique composite de chaque échelle
et le recouvrement entre certains items d'échelles différentes. Cependant
les auteurs observent en même temps la proximité de certains facteurs (2
et 3) sur le plan de l'interprétation psychologique. Ces constatations
nous suggèrent que l'analyse factorielle d'attitudes sociales totalitaires
pourrait mettre à jour des traits de personnalité, et des facteurs purement
sociologiques, hétérogènes, et qu'une analyse factorielle de second ordre
permettrait peut-être de déceler le facteur de groupe d'un dispositif
psychologique autoritariste comprenant ou non quelques facteurs idéo^
logiques. En attendant ces nouvelles recherches factorielles, la théorie
de la personnalité reçoit quelques confirmations des tr
avaux qui suivent :
L'étude de Moresko et de ses collaborateurs tend à généraliser le
trait d'autoritarisme dans le domaine des attitudes. Il met en corrélation
l'échelle ou de fascisme (F) avec 20 items de rigidité
générale de la personnalité ou d'attitudes impliquées dans des habitudes
personnelles de vie (goût de l'ordre et des principes, stabilité des juge
ments et des projets...) La rigidité des attitudes personnelles se révèle
étroitement liée à l'autoritarisme dans les sociales (r — .62).
Dans un travail plus ancien P. O'Connor obtient des résultats semb
lables. L'auteur trouve une corrélation de .55 entre l'échelle (E)
d'ethnocentrisme et une échelle d'intolérance de l'ambiguïté. Dans cette
expérience l'ethnocentrisme est également en corrélation (.37) avec le
raisonnement concret (test de syllogismes).
Il s'agit, dans les deux articles qui suivent, de vérifier les rapports
existant entre l'autoritarisme et la rigidité perceptive — cognitive :
Brown introduit une distinction qu'il nous paraît important de souligner
entre 1°) Une rigidité structurale, sorte d'inertie du système nerveux ;
2° Une rigidité, mécanisme de défense dans les situations menaçantes 2<S4 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
pour le moi ; les tests habituels de rigidité n'étant méthode commune de
mesure que du deuxième type de rigidité. Brown vérifie d'abord, en
utilisant deux groupes de sujets (au total 162), l'un placé dans une situa
tion sans implication du moi, l'autre dans une situation d'implication
du moi ou susceptible de provoquer l'anxiété, qu'il n'y a pas de corré
lation entre la rigidité cognitive (problème arithmétique de Luchins)
et l'échelle (F) d'autoritarisme dans la situation sans implication du
moi (/• — .00), et qu'il existe une corrélation entre ces deux épreuves
dans le cas d'implication du moi [r = .40). D'autre part, Brown a classé
les réponses des mêmes sujets aux planches du TAT (forme collective)
en 3 groupes côtés élevé, moyen et bas dans la recherche de la réussite
personnelle (n. achievement), selon la méthode de McClelland, et il a qual
ifié le groupe moyen, au moment de la formulation des hypothèses, de
groupe anxieux de réussite personnelle, après quoi il trouve une liaison
entre l'anxiété du moi concernant sa réussite et l'attitude autoritariste
(différence entre les « moyens » et les autres significative à p .01).
La recherche de Levitt et Zelen confirme la recherche précédente :
ces auteurs utilisent également le test de rigidité de Luchins, un test de
phrases à compléter pour mesurer la rapidité ou vélocité idéative des
sujets et l'échelle d'Ethnocentrisme (E). Ils placent leurs sujets dans
trois situations, qui quoique impliquant des motivations différentes, ne
mettent aucune sérieusement en jeu la réussite du moi. Il ne se dégage
aucune corrélation significative. Ces deux séries d'expériences de Brown
et de Levitt et Zelen présentent un vif intérêt, car elles semblent jeter
enfin la lumière dans le débat sur les rapports de la rigidité et de l'ethno-
centrisme, où l'expérimentation n'avait apporté jusqu'ici que des résul
tats contradictoires (cf. Rokeach et Luchins).
Les 4 dernières recherches ont trait à l'autoritarisme et aux méca
nismes de défense dans la perception de soi et d'autrui. Steiner s'est
proposé d'étudier l'influence des présuppositions perceptives sur la
perception d'autrui et, partant, les relations interpersonnelles, avec des
sujets qu'il a classés hauts et bas en ethnocentrisme d'après leur réponses
sur l'échelle (E). Il utilise une méthode ingénieuse de jugements de
probabilité de l'occurrence simultanée de traits inégalement désirables,
classés au préalable par chaque sujet. Il démontre que les ethnocentriques
rejettent plus souvent comme improbable l'association de traits distants
ou sont moins tolérants de l'inconsistance psychologique ; et il donne
ainsi un exemple de l'influence des présuppositions perceptives, dans
l'ordre des connaissances morales et psychologiques, dans la perception
d'autrui.
R. Dorris et D. J. Levinson ont cherché à vérifier la présence des
mécanismes de projection et de refus de perception de soi (anti-intra-
ception) chez les autoritärstes, grâce à une nouvelle technique de réfé
rence à soi de phrases complétées par les sujets. Ils ont d'abord classé
les phrases complétées en plusieurs catégories, dont : situations traumat
isantes (« ego-treatening ») ; sentiments d'inadaptation et de dépen- DE LA PERSONNALITÉ 285 ÉTUDE
dance ; affirmation d'idéal virile. Dans aucune des catégories ils n'ont
trouvé de différences significatives entre le nombre de réponses des auto-
ritaristes et des non autoritarisles, résultats qui vont dans le sens des
suggestions de Frenkel Brunswick : il n'y a pas de différences entre
autoritaristes et égalitaires dans l'expression des besoins, mais dans la
reconnaissance manifeste de ces besoins. En examinant les références
à soi des phrases complétées, les auteurs ont enregistré les résultats sui
vants : 1° Des différences significatives dans le total des à
soi : les autoritaristes donnent moins de références à soi que les non autor
itaristes, ce qui confirme l'hypothèse du défaut de perception de soi
des ; 2° La différence entre les deux groupes de sujets
porte non pas sur les phrases à la première personne, mais sur les phrases
à la troisième personne : les autoritaristes ne se reconnaissent pas dans
les caractères attribués à autrui : ce qui vérifie l'hypothèse de la projec
tion ; 3° Les différences sur les phrases à la troisième personne se main
tiennent dans les propositions à contenu positif d'affirmation virile, les
autoritaristes, tranchant nettement entre les caractéristiques d'autrui
et les leurs propres, font preuve de rigidité dans le perception
de soi.
A. Scodel et P. Müssen ont fait répondre des sujets, classés au préa
lable haut et bas en autoritarisme, à une échelle (F) d'attitudes sociales,
avec la consigne de se mettre à la place d'un camarade, dont les opinions
lui étaient connues à la suite d'une discussion dans une situation stan
dard. Chaque paire de juge et de jugé comprenait des sujets extrêmes
en niveau d'autoritarisme. Les sujets bas en autoritarisme se sont révélés
plus objectifs dans la connaissance des attitudes sociales d'autrui, les
autoritaristes ont tendu à assimiler aux leurs les attitudes de leurs camar
ades. Ces résultats tendent à prouver que la personnalité autoritariste
utilise non seulement un mécanisme de projection de décharge, mais de
contamination, tout au moins dans le domaine des attitudes sociales,
car la même expérience de réponses pour autrui sur un questionnaire
réduit du M. M. P. I. n'a fourni aucune indication nette.
P. Sullivan et J. Adelson ont eu l'idée de mettre en corrélation les
notes obtenues par 221 étudiants sur deux échelles d'ethnocentrisme,
dont l'une avait été modifiée dans la rédaction des items de sorte que
toutes références à un groupe social précis soient remplacées par la réfé
rence générale à autrui (la plupart des gens, les hommes) ; cette deuxième
échelle a été définie, échelle de misanthropie. Les deux échelles sont en
corrélation de .53. On peut affirmer après cette étude que l'agressivité
latente ou l'hostilité généralisée à l'égard d'autrui est une composante
importante de l'autoritarisme, sans qu'il y ait probablement identi
fication entre la misanthropie et l'attitude sociale autoritariste. La dis
tinction classique dans la théorie de l'ethnocentrisme et de la personnal
ité autoritariste entre les sentiments à l'égard du groupe propre et des
groupes du dehors est à re viser.
C. A. 286 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Rigidité :
BECKER (W.). — Perceptual rigidity as measured by aniseikonie
lenses (La rigidité perceptive mesurée au moyen des lentilles aniséico-
niques). — J. abn. soc. Psychol., 1954, 49, 419-422. —MARTIN (B.).
— Intolerance of ambiguity in interpersonal and perceptual behavior
(Intolérance à l'ambiguïté dans le comportement perceptif et inte
rpersonnel). — J. Personal., 1954, 22, 494-503. — ERIKSEN (C),
EISENSTEIN (D.). — Personality rigidity and the Rorsehach (La
rigidité de la personnalité et le Borschach) . — J. Personal., 1953, 21,
386-391. — PITCHER (B.), STACEY (C). — Is einstellung
rigidity a general trait ? (La rigidité de V Einstellung est-elle un
trait général ?). — J. abn. soc. Psychol., 1954, 49, 3-6. —APPLEZ
WEIG (D.). — Some determinants of behavioral rigidity (Quelques
déterminants de la rigidité des comportements). — J. abn. soc. Psychol.,
1954, 49, 224-228.
Ce sont Recker et Kaplan qui ont les premiers utilisé pour mesurer
la rigidité ou la tolérance à l'ambiguïté les lentilles aniséiconiques, pr
imitivement destinées à l'étude des distorsions dans la perception stéreos-
copique. L'intervalle de temps nécessaire au sujet qui met les lunettes à
lentilles aniséiconiques pour percevoir l'illusion de balancement d'une
table ou d'un mur constitue la mesure de la rigidité perceptive du sujet
ou de la persistance chez lui des structures perceptives acquises. Becker
rend compte d'une expérience portant sur 32 sujets, avec passation du
test des lentilles aniséiconiques et du Rorschach, et évaluation par des
juges d'après interview standardisée, du contrôle du moi manifesté dans
les comportements. La rigidité au test des lentilles aniséiconiques est en
corrélation de .58 avec le contrôle du moi ; de .46 et .53 avec la rigidité
au Rorschach calculée selon l'échelle composite de Fisher. D'autre part,
les variables Rorschach mesurant l'extra version, la habilité et la
flexibilité sont en corrélation significative avec les résultats du test des
lentilles aniséiconiques.
B. Martin, qui enferme la rigidité et l'intolérance de l'ambiguïté
dans la même concept d'intolérance à l'instable utilise lui aussi le test
des lentilles aniséiconiques, conjointement à deux autres tests sensés
mesurer le même attitude perceptive. (Test d'Angyal de rigidité percep
tive et motrice et le test de complexité-simplicité de Barron et Welsch).
Il se propose d'étudier la relation existant entre l'intolérance de l'ambi
guïté dans les comportements perceptifs et les situations interpersonnelles,
l'intolérance de l'ambiguïté dans les situations interpersonnelles étant
définie opérationnellement par le nombre de réponses données par
l'expérimentateur, au cours de l'exécution d'une tâche dont les consi
gnes sont ambiguës. Seule la rigidité mesurée par le test des lentilles
aniséiconiques se révèle en corrélation (.43 et .25 ; n — 63) avec l'int
olérance de l'ambiguïté dans les situations interpersonnelles. Ce travail
est critiquable, parce qu'il repose sur l'assimilation entre concepts ÉTUDE DE LA PERSONNALITÉ 287
distincts, quoique voisins d'intolérance de l'ambiguïté et de rigidité,
et entre tests qui mesurent les aptitudes et des attitudes encore plus
différentes. Mais l'emploi du test des lentilles aniséiconiques y est judi
cieux ; ce test semble une excellente mesure de la rigidité perceptive,
car ses consignes assurent une situation expérimentale mieux standard
isée que celle de la plupart des autres tests de rigidité, et parce qu'il est
susceptible de mesurer la rigidité en dehors des situations de défense du
moi, la rigidité perceptive pouvant être inteprétée dans ce test comme un
mécanisme d'adaptation.
C. Eriksen et D. Eisenstein trouvent des corrélations intéressantes
(5 corrélations sur G significatives) entre 4 tests de rigidité cognitive
dans des tâches de nature assez variée en apparence. La rigidité
est mesurée dans le premier test par le nombre de réponses acceptées
par le sujet une liste de réponses standard au test de Rorschach,
pu 50 % des réponses sont des mauvaises formes : dans le deuxième test
par le nombre d'hypothèses proposées durant la présentation tachis-
toscopique sublimaire de deux images ; dans le troisième par le temps
de reconnaissance de mots lorsque l'attente d'autres mots a été induite ;
dans le quatrième par le nombre de solutions directes aux problèmes de
Luchins. Deux autres épreuves insérées dans la batterie donnent l'une
des corrélations non significatives — test des figures réversibles : fond-
forme — l'autre une seule corrélation significative ; Échelle E en corré
lation inverse ( — .40) avec la richesse des hypothèses proposées dans le
test de perception tachistoscopique.
B. Pitcher et C. Stacey ont posé le problème de l'existence d'une
structure de la personnalité rigide comprenant plusieurs traits de
caractère. Ils constituent 7 groupes, présentants 7 types différents de
réactions à un test de rigidité (de catégorisation de mots) et font l'analyse
de la variance de ces groupes par rapport aux différents facteurs de
personnalité (10 facteurs de Guilford et Zimmerman). Seul le facteur A
présente une relation certaine (P = .01) avec le test de catégorisation :
la rigidité semble liée à la soumission ; il s'agit naturellement d'inter
préter ce résultat avec prudence et ne pas établir de confusion entre
concepts voisins, tels que rigidité, soumission et conformisme. L'exis
tence d'un syndrome de la personnalité rigide paraît en tout cas écartée.
D. Applezweig enfin, apporte des résultats expérimentaux au premier
abord assez déconcertants. Utilisant une batterie de 6 tests classiques,
mais très variés de rigidité, il expérimente sur 79 candidats à une école
de navigation sous-marine, qu'il divise en trois groupes, les plaçant dans
trois situations expérimentales différentes ; première situation : un jour
avant une épreuve d'admission à l'école, traumatisante pour les sujets ;
deuxième : un jour après ; troisième : sept jours après. Les intercorréla
tions entre les différents tests sont pratiquement nulles ; mais on trouve
des indications intéressantes sur l'augmentation ou la diminution de la
rigidité entre le premier et le troisième groupe expérimental. La rigidité
est plus élevée dans le premier groupe aux tests se présentant comme 288 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
des épreuves de personnalité ; dans le troisième aux tests de performance.
Dans cette dernière situation le moi est impliqué dans la tâche à exé
cuter que représente le test, dans la première les sujets sont entièr
ement polarisés par l'épreuve, qu'ils doivent subir le lendemain.
Notons en marge de cette dernière expérience : Si la rigidité est un
mécanisme de défense ou d'adaptation, il n'est pas étonnant qu'en faisant
varier les conditions expérimentales et les processus psychologiques
impliqués, soumis plus ou moins au contrôle du moi, on n'obtienne que
peu de corrélations significatives entre tests de rigidité.
C. A.
Suggestibilité :
B ANTON (A.), BANDURA (A.). — Primary and secondary
suggestibility (La suggestibilité primaire et secondaire). — J. abn.
soc. Psychol., 1953, 48, 336-340. — GOLDBERG (S.). — Three
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rminants situationnels de la conformité aux normes sociales). — J. abn.
soc. Psychol., 1954, 49, 325-329. — STEISBL (J.). — The Rorschach
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J. abn. soc. Psychol., 1952, 47, 607-614. — LINTON (H.). — Ror-
sehach correlates of response to suggestion (Les variables Rorschach
en corrélation avec la réponse à la suggestion). — J. abn. soc. Psychol.,
1954, 49, 75-83. — LINTON (H.). — Autokinetic judgments as a
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à partir de variables sélectionnées de la personnalité). — J. soc. Psy-
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sonal., 1953, 21, 287-97. — JANIS (I.). — Personality correlates
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en corrélation avec la susceptibilité à la persuasion). — J. Personal.,
1954, 22, 504-518. — HOFFMAN (M.). — Some psychodynamic
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miques du conformisme compulsif ). — J. abn. soc. Psychol., 1953,
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sational focus for current research (L'orientation de la personnalité :
un système pour le regroupement des recherches actuelles). — J. Psychol.,
1954, 37, 139-150.
L'existence du facteur de suggestibilité secondaire, qui avait déjà
paru douteuse à Eysenck et Furneaux, a été depuis 1945, contestée
à la suite de plusieurs expériences, dont la dernière en date est celle
de A. Benton et A. Bendura. Ces deux auteurs, en refaisant, avec quelques ÉTUDE DE LA PERSONNALITÉ 289
légères modifications, pour améliorer les distributions des notes aux diffé
rents tests, les expériences d'Eysenck et Furneaux n'ont trouvé d'inter-
corrélations ni entre les 4 tests de suggestibilité primaire (intercorréla
tion moyenne de — .07), ni entre les 5 tests de suggestibilité secondaire
employés (intercorrélation moyenne de + .06). La suggestibilité
secondaire, est la susceptibilité de répondre à une suggestion par « pro
cédé indirect », consistant à provoquer chez le sujet des perceptions ou
des jugements n'ayant aucun fondement dans la réalité. Si nous exami
nons la batterie de tests de suggestibilité secondaire utilisée, nous nous
apercevons que d'autres variables, qui ne peuvent être inclues que dans
un concept extensif de suggestibilité, sont représentées, notamment
la rigidité ; seuls deux tests mesurent, strictement parlant, l'indépen
dance du jugement dans une situation interpersonnelle, sans structu
ration objective du matériel jugé : le test des poids progressifs, forme
personnelle, et le test de suggestion de vibrations ; ces deux tests sont
en corrélation dans l'expérience (r = .41 ; n = 50). L'existence d'un
facteur général de suggestibilité en tout cas semble exclue.
S. Goldberg, dont l'étude est axée sur le conformisme et non la per
sonnalité conformiste, apporte néanmoins quelques renseignements
touchant ce dernier problème. Il fait faire à ses sujets (divisés en
groupes d'expérience et de contrôle), une série de jugements sur l'intell
igence de personnes inconnues représentées sur photo. Il fait refaire
une deuxième série de jugements sur ces mêmes photos, après avoir
indiqué à chacun des sujets les jugements moyens fictifs du groupe,
s'écartant de 50 points, 30 points et 10 points des QI attribués dans la
première série de jugements par le sujet ; ces écarts constituent la
variable : distance du jugement du groupe ; une deuxième variable,
nombre de présentation de chaque photo dans la série, est introduite.
Le coefficient d'intercorrélation médian des 9 situations (3 distances x
x 3 présentations) n'est que de .14. Les auteurs suggèrent l'existence
de deux facteurs de conformisme : conformisme aux jugements à grande
distance, conformisme aux jugements à petite distance. Il est clair
en tout cas que la distance des d'autrui des siens propres est
une variable à introduire dans une analyse factorielle de la sug
gestibilité.
Dernière expérience n'apportant en apparence que des résultats
négatifs, celle de J. Steisel : l'auteur a recherché les corrélations exis
tant entre 5 tests différents de suggestibilité primaire et secondaire,
notamment le test de perception du mouvement autocinétique, et
9 variables du Rorschach, censées mesurer la suggestibilité. Il ne trouve
pas de corrélations significatives.
H. Linton reprend l'idée de l'expérience précédente, elle définit
opérationnellement la suggestibilité par le changement de perception
du mouvement autocinétique après l'intervention d'un compère, et
cherche la relation, qui existe entre cette variable de changement de juge
ment et la suggestibilité définissable par le test de Rorschach. Avant de
a. psvr.Hoi.. 55 19

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