Étude des relations entre les stratégies d'adaptation aux sentiments dépressifs, la symptomatologie dépressive et les idées suicidaires chez l'adolescent - article ; n°3 ; vol.105, pg 451-476

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L'année psychologique - Année 2005 - Volume 105 - Numéro 3 - Pages 451-476
Résumé
Cette étude a évalué les relations entre symptomatologie dépressive et suicidaire et stratégies d'adaptation aux sentiments dépressifs : 382 lycéens ont répondu à un questionnaire d'évaluation des stratégies d'adaptation aux sentiments dépressifs et à un questionnaire d'évaluation de la symptomatologie dépressive et des idées de suicide. Des analyses de régression multiples ont montré que les cognitions négatives (ruminer ses soucis et se faire des reproches) et le manque de stratégies centrées sur le problème étaient les principaux prédicteurs de l'intensité de la symptomatologie dépressive, alors que la symptomatologie dépressive et la consommation de substances psychoactives étaient les principaux prédicteurs des idées de suicide chez les filles comme chez les garçons.
Mots clés : stratégies d'adaptation, symptomatologie dépressive, idées suicidaires, adolescents.
Summary : Relationships between coping strategies to face depressive feelings and the depressive symptomatology and suicidal ideations among adolescents
The aim of the study was to evaluate the relationships between depressive symptomatology, suicidal ideation and coping strategies to face depressive feelings in adolescents : 382 high-school students completed a questionnaire assessing coping strategies to face depression and a questionnaire assessing depressive symptomatology and suicidal ideation. Multiple regression analyses showed that negative cognitions (rumination and self-blame) and lack of problem-focused strategies were the main predictors of the intensity of depressive symptomatology whereas depressive symptomatology and use of psychoactive substances were the main predictors of suicidal ideation for both boys and girls.
Key words : coping, depressive symptomatology, suicidal ideations, adolescents.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 2005
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V. Catteau
H. Chabrol
Étude des relations entre les stratégies d'adaptation aux
sentiments dépressifs, la symptomatologie dépressive et les
idées suicidaires chez l'adolescent
In: L'année psychologique. 2005 vol. 105, n°3. pp. 451-476.
Résumé
Cette étude a évalué les relations entre symptomatologie dépressive et suicidaire et stratégies d'adaptation aux sentiments
dépressifs : 382 lycéens ont répondu à un questionnaire d'évaluation des stratégies d'adaptation aux sentiments dépressifs et à
un questionnaire d'évaluation de la symptomatologie dépressive et des idées de suicide. Des analyses de régression multiples
ont montré que les cognitions négatives (ruminer ses soucis et se faire des reproches) et le manque de stratégies centrées sur le
problème étaient les principaux prédicteurs de l'intensité de la symptomatologie dépressive, alors que la symptomatologie
dépressive et la consommation de substances psychoactives étaient les principaux prédicteurs des idées de suicide chez les
filles comme chez les garçons.
Mots clés : stratégies d'adaptation, symptomatologie dépressive, idées suicidaires, adolescents.
Abstract
Summary : Relationships between coping strategies to face depressive feelings and the depressive symptomatology and suicidal
ideations among adolescents
The aim of the study was to evaluate the relationships between depressive symptomatology, suicidal ideation and coping
strategies to face depressive feelings in adolescents : 382 high-school students completed a questionnaire assessing to face depression and a questionnaire assessing depressive symptomatology and suicidal ideation. Multiple
regression analyses showed that negative cognitions (rumination and self-blame) and lack of problem-focused strategies were
the main predictors of the intensity of depressive symptomatology whereas depressive symptomatology and use of psychoactive
substances were the main predictors of suicidal ideation for both boys and girls.
Key words : coping, depressive symptomatology, suicidal ideations, adolescents.
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Catteau V., Chabrol H. Étude des relations entre les stratégies d'adaptation aux sentiments dépressifs, la symptomatologie
dépressive et les idées suicidaires chez l'adolescent. In: L'année psychologique. 2005 vol. 105, n°3. pp. 451-476.
doi : 10.3406/psy.2005.29704
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2005_num_105_3_29704L'Année psychologique, 2005, 105, 451-476
Centre d'Études et de Recherches en Psychopathologie,
Université de Toulouse-Le Mirail
ETUDE DES RELATIONS
ENTRE LES STRATÉGIES D'ADAPTATION
AUX SENTIMENTS DÉPRESSIFS,
LA SYMPTOMATOLOGIE DÉPRESSIVE
ET LES IDÉES SUICIDAIRES
CHEZ L'ADOLESCENT
Vanessa CaTTEAU, Henri CHABROL*
SUMMARY : Relationships between coping strategies to face depressive
feelings and the depressive symptomatology and suicidal ideations among
adolescents
The aim of the study was to evaluate the relationships between depressive
symptomatology, suicidal ideation and coping strategies to face fee
lings in adolescents : 382 high-school students completed a questionnaire asses
sing coping strategies to face depression and a questionnaire assessing depres
sive symptomatology and suicidal ideation. Multiple regression analyses
showed that negative cognitions (rumination and self-blame) and lack of pro
blem-focused strategies were the main predictors of the intensity of depressive
symptomatology whereas depressive symptomatology and use of psychoactive
substances were the main predictors of suicidal ideation for both boys and girls.
Key words : coping, depressive symptomatology, suicidal ideations,
adolescents.
* Correspondance : H. Chabrol, 21, rue des Cèdres, 31400 Toulouse.
E-mail : chabrol@univ-tlse2.fr. 452 Vanessa Catteau, Henri Chabrol
INTRODUCTION
Les dépressions de l'adolescent représentent un problème
majeur de santé publique par leur fréquence, par la gravité de
leur retentissement personnel et social, et par le risque élevé de
rechutes et de récidives. La dépression, les idées et les tentatives
de suicide sont fortement associées chez les adolescents dont le
suicide est la deuxième cause de mortalité (Chabrol, 2001).
L'étiologie des dépressions et des comportements suicidaires de
l'adolescent est complexe. Ils apparaissent comme des voies
finales communes intégrant des facteurs multiples dont la com
binaison est singulière à chaque sujet : ce déterminisme multi-
factoriel fait participer habituellement une association, dans des
proportions diverses, d'événements de vie négatifs, de facteurs
familiaux négatifs, comme la dépression parentale, une discorde
conjugale ou des troubles de la relation parent-enfant et de fac
teurs liés à la personnalité de l'adolescent. Ces facteurs person
nels peuvent être des modes de fonctionnement comportemen
taux et cognitifs et des conflits instrapsychiques dont les
approches cognitives et psychanalytiques, en particulier, ont
rendu compte (Chabrol, 2001).
Parmi ces facteurs personnels, les modes habituels de « faire
face » aux tensions, au stress, aux conflits internes et externes,
appelés par les Anglo-Saxons « coping », ce qui a été traduit en
français par stratégies d'adaptation ou d'ajustement ou proces
sus de maîtrise, peuvent être des facteurs de protection ou de
risques pour la dépression, les idées et les tentatives de suicide
suivant qu'ils sont fonctionnels ou dysfonctionnels, c'est-à-dire
favorables ou défavorables au bien-être, à la santé mentale et à
l'adaptation psychosociale. La principale classification des stra
tégies d'adaptation distingue les stratégies centrées sur le pro
blème (stratégies actives de résolution du problème, recherche
du soutien social pour résoudre le problème...) et les stratégies
d'évitement (faire comme si le problème n'existait pas, consom
mer de l'alcool ou de la drogue pour oublier le problème...)
(Chabrol et Callahan, 2004 ; Herman-Stahl, Stemmler et Petre-
sen, 1995).
Quelques études ont évalué les relations entre les stratégies
d'adaptation et la dépression chez l'adolescent. La plupart de et Symptomatologie dépressive chez l'enfant 453 Coping
ces études ont étudié les relations entre la dépression et les stra
tégies d'adaptation au stress en général. Rares ont été les études
évaluant les relations entre les stratégies d'adaptation aux sent
iments dépressifs et la dépression à l'adolescence. Chez l'adulte,
les études ont principalement concerné les relations entre les
stratégies d'adaptation aux événements stressants et la dépress
ion. Une étude s'est centrée sur l'évaluation des stratégies face
à la dépression chez des sujets suivis en consultations psychia
triques ou hospitalisés (Beckham et Adams, 1984). Elle a montré
que certaines stratégies amélioraient les symptômes dépressifs
(stratégies centrées sur le problème, augmentation des activités
plaisantes, interaction sociale avec les amis, faire quelque chose
de constructif) et que d'autres les aggravaient (ne pas exprimer
ses émotions, ruminer les problèmes, se faire des reproches). Il
n'existe pas chez l'adulte d'étude des stratégies d'adaptation
aux sentiments dépressifs dans les populations non cliniques.
La plupart des études chez l'adolescent ont été transversales,
c'est-à-dire peu propices à distinguer, dans la relation entre
stress et coping, ce qui était cause ou conséquence. La plupart
des études ont mis en évidence une relation positive entre
l'utilisation du coping évitant et Symptomatologie dépressive
sans pouvoir déterminer si les comportements d'évitement
étaient un symptôme ou une cause de la dépression. D'autres
ont aussi retrouvé un déficit des stratégies centrées sur le pro
blème (ex., Mûris, Schmidt, Lambrichs et Meesters, 2001). Peu
ont montré des différences entre filles et garçons. Ainsi,
Lapointe et Marcotte (2000) ont évalué chez des adolescents sco
larisés les relations entre Symptomatologie dépressive et straté
gies d'adaptation au stress en utilisant le Ways of Coping Ques
tionnaire (Folkman et Lazarus, 1988). Les résultats étaient
différents pour les garçons et pour les filles. Les filles déprimées
utilisaient moins les stratégies de résolution de problème et de
réévaluation positive que les filles non déprimées, alors que les
garçons déprimés utilisaient davantage de stratégies d'évit
ement et de distraction que les garçons non déprimés. Chez les
garçons comme chez les filles, l'utilisation des stratégies de
recherche de soutien social ne distinguait pas les adolescents
déprimés des adolescents non déprimés.
Seiffe-Krenke et Kiessinger (2000) ont réalisé la seule étude
longitudinale (c'est-à-dire la seule capable de dégager de véri
tables prédicteurs). Des adolescents « non-cliniques » tout- 454 Vanessa Catteau, Henri Chabrol
venant ont été suivis pendant quatre ans pour étudier l'impact
des processus de coping sur le développement d'une Symptomat
ologie dépressive. Ils ont utilisé le Coping Across Situations
Questionnaire (Seiffe-Krenke, 1995). Cette étude a mis en évi
dence une relation positive entre l'utilisation des stratégies
d'évitement et la Symptomatologie dépressive. A la différence de
l'étude précédente, il n'a pas été retrouvé de différence entre fil
les et garçons ni d'influence de l'utilisation des stratégies actives,
centrées sur le problème, sur la Symptomatologie dépressive.
Garnefski, Legerstee, Kraaij, Van Den Kommer et Teerds
(2002) ont étudié les relations entre dépressive
et stratégies cognitives de coping chez les adolescents scolarisés.
Ils ont utilisé le Cognitive Emotion Regulation Questionnaire
(CERQ ; Garnefski, Kraaij et Spinhoven, 2001) qui évalue les
moyens cognitifs utilisés pour gérer les informations susceptibles
d'activer des émotions. Une analyse de régression multiple a
montré que la rumination des pensées négatives et que l'attitude
consistant à se faire des reproches étaient les principaux prédic-
teurs indépendants de la Symptomatologie dépressive. Il est bien
sûr à souligner que ce mode de cognitions négatives est considéré
également comme un symptôme de dépression (Chabrol, 2001).
Seule une étude longitudinale pourrait montrer le rôle étiolo-
gique de ces stratégies cognitives.
Deux études ont évalué les relations entre la Symptomatol
ogie dépressive et les stratégies de coping face aux sentiments
dépressifs. Baron et de Champlain (1986) ont étudié comment
les adolescents scolarisés font face aux sentiments dépressifs en
utilisant le Coping Strategies Scales (COSTS, Beckham et Adams,
1984). C'est un instrument construit pour l'évaluation des stra
tégies d'adaptation à la dépression de l'adulte. Le COSTS a été
construit à partir d'études des stratégies d'adaptation à la
dépression de l'adulte, à l'handicap et aux maladies physiques
chez l'adulte, et au deuil chez l'adulte ainsi qu'à partir des
conseils thérapeutiques pour surmonter la dépression chez
l'adulte. Le COSTS vise à identifier les comportements que le
sujet utilise lorsqu'il est déprimé. Il comprend 10 échelles, le
blâme, l'expression des émotions, la rétention des émotions, le
support social/dépendance, le support religieux, la restructura
tion cognitive, l'activité générale, l'évitement/déni, la résolution
des problèmes, la passivité. Ces auteurs ont trouvé que les filles
utilisaient la stratégie d'acceptation du problème et la « restruc- et Symptomatologie dépressive chez Venfant 455 Coping
turation cognitive » (minimiser le problème) plus que les gar
çons. Ils n'ont pas évalué les relations entre l'importance
d'utilisation des stratégies d'adaptation aux sentiments dépress
ifs et l'intensité de la Symptomatologie dépressive. Dans une
autre étude, réalisée en milieu clinique avec le même instrument,
Baron et Labrecque (1988) ont évalué les relations entre dépres
sion et stratégies d'adaptation à la dépression chez des adoles
cents. Cette étude, qui ne comprenait que 11 adolescents suivis
pour un trouble dépressif, n'a pas mis en évidence de différence
d'utilisation des stratégies d'adaptation à la dépression chez les
filles et les garçons. Compas, Orosan et Grant (1993) ont proposé
d'expliquer la plus grande fréquence de la chez
l'adolescente par la tendance des filles à réagir aux sentiments
dépressifs par une focalisation de l'attention sur les affects et la Symptomatologie dépressive (ce qu'ils appellent
« rumination »), alors que les garçons, au contraire, utiliseraient
plutôt les stratégies de détournement de l'attention. Pour ces
auteurs, les d'évitement des sentiments dépressifs pro
tégeraient de la dépression, alors que, dans les études réalisées,
les stratégies d'évitement des problèmes auraient, à l'inverse, un
effet dépressogène. A notre connaissance, l'hypothèse de Comp
as et al. n'a pas fait l'objet d'une validation empirique. Les
études des stratégies de coping des adolescents face aux sent
iments dépressifs et de leur influence sur la Symptomatologie
dépressive restent à développer.
Les études des relations entre processus de « coping » et idées
et tentatives de suicide sont rares chez l'adolescent. Leur princi
pal résultat est d'avoir mis en relation les idées et les tentatives de
suicide avec un déficit des aptitudes à la résolution de problèmes
(ex., Carris, Sheeber et Howe, 1998). A notre connaissance, il
n'existe pas d'étude des relations entre stratégies de faire face
aux sentiments dépressifs et idées suicidaires chez l'adolescent.
Les objectifs de notre étude ont été : 1 / de construire, à part
ir d'un étude qualitative, un instrument d'évaluation des stra
tégies d'adaptation aux sentiments dépressifs approprié à
l'adolescent ; nous avons préféré ne pas utiliser le COSTS car cet
instrument, a priori non adapté à l'évaluation des stratégies
d'adaptation aux sentiments dépressifs chez l'adolescent non cl
inique, n'a pas permis d'obtenir des résultats très significatifs
dans les deux études qui l'ont utilisé (Baron et de Champlain,
1986 ; Baron et Labrecque, 1988) ; 2 / de dégager par analyse 456 Vanessa Catteau, Henri Chabrol
factorielle les composantes principales de ces stratégies d'adap
tation ; 3 / de comparer l'utilisation de ces composantes chez les
filles et les garçons ; 4 / d'évaluer par une analyse de régression
les relations entre ces composantes et l'intensité de la Sympto
matologie dépressive, d'une part, et des idées suicidaires, d'autre
part. Les troubles dépressifs, les tentatives de suicide étant envi
ron près de deux fois plus fréquents chez l'adolescente, il est
important d'étudier de façon comparative les déterminismes de
la dépression chez les filles et les garçons. Aussi les analyses ont
été réalisées séparément pour les filles et les garçons.
METHODE
PARTICIPANTS
L'étude a été réalisée dans un échantillon constitué de 14 classes prises
au hasard dans des lycées de Toulouse et de l'Aveyron, au cours du premier
trimestre de l'année 2003. Elles comprenaient 382 lycéens : 187 garçons
(âge moyen 17,1 ± 1,4 ; étendue : 14-20) et 195 filles (âge moyen 17,1 ±
1,2 ; étendue : 15-20). Le nombre de sujets par tranche d'âge était : 14 ans,
1 ; 15 ans, 51 ; 16 ans, 71 ; 17 ans, 121 ; 18 ans, 89 ; 19 ans, 28 ; 20 ans, 21.
Cet échantillon ne présente pas de garanties d'être représentatif de la popul
ation générale des adolescents français.
INSTRUMENTS ET PROCÉDURES
Les sujets ont répondu à des autoquestionnaires évaluant la Sympto
matologie dépressive, les idées de suicide, et les stratégies de coping face
aux sentiments dépressifs.
La Symptomatologie dépressive a été évaluée par la CES-D (Center for
Epidemiological StudiesDepression scale, Radloff, 1977 ; version française,
Furher et Rouillon, 1989). C'est une échelle d'auto-évaluation de la dépres
sion conçue pour des enquêtes épidémiologiques en population générale
mais également utilisée comme instrument clinique de dépistage. Elle
explore la Symptomatologie dépressive des sept derniers jours. Elle est
composée de 20 items. Chaque réponse est cotée de 0 à 3 sur une échelle
évaluant la fréquence du symptôme au cours de la semaine écoulée.
L'intervalle des notes possibles s'étend de 0 à 60. L'étude de Bailly, Beus-
cart, Alexandre, Collinet et Parquet (1989) a retrouvé un score seuil de 21
pour le diagnostic de dépression majeure probable pour les adolescents.
Chez le grand adolescent, un score seuil de 24 a été proposé pour le diagnos- et Symptomatologie dépressive chez l'enfant 457 Coping
tic de dépression majeure probable (Roberts, Lewinshon et Seeley, 1991).
Une autre étude française a également retrouvé un score seuil de 24 chez le
grand adolescent (Chabrol, Montovany et Chouicha, 2002).
Les idées suicidaires ont été évaluées par trois items, empruntés à Garr
ison, Addy, Jackson, McKeown et Waller (1991). Ces auteurs ont présenté
une version modifiée de la CES-D. Cette modification a consisté à inclure
3 items d'évaluation d'idées suicidaires, cotés comme les autres items de la
CES-D. Ces items sont : « J'ai eu l'impression que la vie ne mérite pas d'être
vécue » ; « J'ai eu envie de me faire du mal » ; « J'ai eu envie de me suici
der. » Cette échelle produit un score d'idées suicidaires allant de 0 à 9.
Le questionnaire de stratégies de coping face aux sentiments dépressifs
a été construit pour l'étude de façon à s'adapter aux modalités de coping
utilisées par les adolescents. Il s'est basé sur une étude qualitative réalisée
auprès de 12 adolescents interrogés sur leur mode de faire face aux sent
iments dépressifs. Une analyse de contenu a permis de dégager un ensemble
représentatif de réponses. Les réponses redondantes ont été éliminées, et les
items retenus ont été reformulés pour convenir à un questionnaire fermé.
Des items ont été rajoutés en s'inspirant de questionnaires d'évaluation du
coping pour compléter la liste quand des modalités de faire face considérées
par les auteurs comme utiles à explorer chez l'adolescent n'avaient pas été
extraites des entretiens. Le questionnaire final comprenait 75 items. Les
instructions aux participants étaient : « Ce questionnaire présente des atti
tudes, des comportements courants qu'ont les adolescents quand ils n'ont
pas le moral ou qu'il se sentent tristes ou dépressifs. Indiquez la fréquence
avec laquelle vous les utilisez quand vous n'avez pas le moral. » Chaque
réponse était cotée de 0 à 3 sur une échelle évaluant la
d'utilisation des différentes modalités de coping.
Les sujets ont répondu anonymement à ces questionnaires qui leur ont
été présentés en classe par une étudiante en maîtrise de psychologie. Dans
ces conditions, la totalité des questionnaires s'est révélée exploitable.
ANALYSES STATISTIQUES
Une analyse factorielle a permis de dégager les dimensions les plus per
tinentes des stratégies de coping face aux sentiments dépressifs. Les items
ont été retenus à partir d'une saturation minimale à 0,40. Chaque item a
été attribué au facteur sur lequel il avait la saturation la plus élevée. Le
rapport sujets/items (382/75 — 5,1), supérieur à 5, était correct pour une
analyse factorielle. Les scores factoriels ont été calculés en faisant la
somme des scores des items constituant le facteur, divisée par le nombre
d'items.
Des analyses de régression multiple ont été utilisées pour repérer, chez
les garçons et chez les filles, les facteurs étant des prédicteurs indépendants
de l'intensité de la Symptomatologie dépressive et de l'intensité de
l'idéation suicidaire. Le rapport sujets/prédicteurs supérieur à 10 chez les 458 Vanessa Catteau, Henri Chabrol
filles (195/12 = 15,6) comme chez les garçons (187/12 = 16,2) était satisfai
sant pour une analyse de régression multiple.
Toutes les analyses ont été faites avec le logiciel Statistica© 5.
RÉSULTATS
INTENSITÉ DE LA SYMPTOMATOLOGIE DÉPRESSIVE
ET DE L'IDÉATION SUICIDAIRE
La Symptomatologie dépressive était plus intense chez les
filles que chez les garçons : les scores moyens à la CES-D étaient
de 20,6 ± 9,6 pour les filles contre 15,9 ± 9,3 chez les garçons
(f = 4,7 ; p < 0,0001) ; 31,8 % des filles et 19,3 % des
avaient un score supérieur à 24 correspondant à une Symptomat
ologie dépressive d'intensité moyenne à sévère.
Les idées suicidaires étaient fréquentes : 12,3 % des filles et
15,6 % des garçons de l'échantillon total indiquaient avoir eu
l'envie de suicider dans la semaine écoulée. La moyenne des
scores à l'échelle d'idées suicidaires était de 0,85 pour les deux
sexes. Chez l'adolescent ayant une Symptomatologie dépressive
d'intensité moyenne à sévère 29 % des filles et 44,4 % des gar
çons avaient eu envie de suicider dans la semaine passée. La
moyenne des scores à l'échelle d'idées suicidaires était de 2,03
pour les filles dépressives et 2,7 pour les garçons dépressifs.
RÉSULTATS DE L'ANALYSE FACTORIELLE
L'analyse factorielle a extrait 20 facteurs ayant une valeur
propre supérieure à 1. Ces résultats sont présentés dans le
tableau I. La solution à 11 facteurs a été choisie car c'est celle
qui présentait la meilleure interprétabilité clinique (16 items
n'ont pas été retenus par cette solution). Elle expliquait 46 % de
la variance. Les 11 facteurs étaient, les cognitions négatives
(9 items, alpha de Cronbach de 0,85), le coping centré sur le pro
blème (7 items, alpha de 0,76), la recherche de sensation dans la
fiction (4 de 0,73), la du soutien social des
amis (7 items, alpha à 0,75), la consommation de substances et Symptomatologie dépressive chez l'enfant 459 Coping
TABLEAU I. — Résultats de l'analyse factorielle du questionnaire
de stratégies de coping
face aux sentiments dépressifs
Factor analytics results of the of the questionnaire
of coping strategies to face depressive feelings
Facteurs i 2 3 4 56 7 8 9 10 li
COGNITIONS NEGATIVES
Je rumine tous mes soucis et échecs 0,74 0,02 -0,03 0 0,01 0,06 0,07 0,08 0,11 0,02 0,15
Je me dis que tout est de ma faute 0,73 -0,1 -0,14 0,04 0,07 -0,02 -0,02 0,07 0,03 -0,01 0,02
Je m'apitoie sur mon sort 0,70 -0,11 -0,15 0,04 -0,01 -0,1 0,1 -0,02 0,2 0,08 -0,03
Je me fais des reproches 0,65 0,06 -0,17 0,14 -0,06 0,13 0,09 0,17 -0,04 -0,05 -0,05
J'ai tendance à dramatiser la situation 0,63 -0,11 -0,01 0,04 -0,03 -0,16 0,21 0,01 0,02 0,15 0,12
Je pense à mes défauts 0,60 0,01 0,16 0,16 0,01 0,02 -0,04 0,14 -0,02 0,1 0,09
J'envisage le pire 0,58 -0,07 0,11 -0,14 0,28 0,02 0 0,01 0 0,1 0,03
J'ai l'impression que les autres sont
contre moi 0,57 -0,16 0,09 0,03 0,03 0,07 0,04 -0,01 0,03 0,1 0,26
Je pleure souvent 0,5 -0,03 -0,43 0,1 -0,09 -0,09 0,33 -0,07 0,1 0,16 0,05
COPING CENTRE SUR
PROBLEME
Je fais tout mon possible pour aller
mieux -0,08 0,66 0,05 0,15 -0,1 0,07 0,01 0,03 -0,06 -0,06 -0,05
Je réfléchis à mes problèmes et je
cherche des solutions 0,08 0,65 -0,04 0,11 0,02 0,08 -0,09 0 -0,2 0,01 0,02
Je prends du recul et j'essaie de
rationaliser la sil-ition -0,11 0,61 -0,09 0,03 0,14 -0,07 -0,04 0,15 0,01 0,03 -0,19
Je minimise la situation en me disant
que ce n'est pas si grave -0,2 0,58 0,19 0,04 -0,1 0,02 0 0,16 0,11 0,1 0,09
Je pense sortir plus fort de la situation -0,13 0,57 -0,13 -0,08 0,09 0,14 0,18 0,06 0,02 0,05 0,13
Je prends les choses une par une -0,11 0,55 0,04 0,02 0,03 0,15 0,08 -0,09 -0,12 -0,08 -0,1
J'essaie de voir le bon côté des choses -0,16 0,53 0,07 0,19 -0,09 0,03 -0,08 0,11 0,07 0,01 0,11
RECHERCHE DE SENSATION
DANS LA FICTION
Je regarde des films d'action -0,02 0,1 0,74 0,03 0,11 0,13 0,04 -0,12 -0,09 0,04 -0,02
Je des films violents 0,02 -0,02 0,73 0,05 0,19 0,08 0,15 -0,02 0,03 0,03 0,07
Je joue aux jeux vidéo -0,2 -0,01 0,64 -0,1 0,08 -0,03 -0,18 -0,07 0,05 0,03 0
Je recherche des sensations fortes 0,03 0 0,41 0,19 0,41 0,39 -0,06 -0,06 -0,11 -0,02 0,06
RECHERCHE SOUTIEN SOCIAL
DES AMIS
Je sors avec des copains -0,1 0,03 0,07 0,69 0,27 0,16 0,04 -0,02 -0,03 -0,07 -0,05
Je reste le plus possible avec mes amis -0,08 0,13 0,23 0,63 0,07 0,05 -0,09 0,04 -0,04 -0,13 -0,13
Je confie à un proche mes peines et
mes soucis 0,07 0,12 -0,34 0,57 -0,02 -0,02 0,17 -0,3 0,05 0,13 0,09
Je passe mon temps au téléphone 0,24 -0,04 -0,12 0,53 0,17 -0,04 0,3 0,06 0 0,17 0,12
J'accepte l'aide de mes proches -0,01 0,37 -0,14 0,53 -0,09 0,01 0,08 -0,4 0,06 0,14 -0,19

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