Etude des stratégies de production d'énoncés à partir d'une suite de lexèmes - article ; n°2 ; vol.74, pg 455-471

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1974 - Volume 74 - Numéro 2 - Pages 455-471
Summary
This work is devoted to the study of verbal productions when the subject is given 3 words (2 nouns and one verb) presented in every possible order. The 3 words of the string (triplet) may constitute the basic terms of a sentence ; two categories of triplets : reversible (R) and non-reversible (r) are distinguished, according to lexical characteristics of nouns.
R triplets elicit almost exclusively sentences in the active form, with the animate noun as the subject and the non-animate noun as the object of the verb. R triplets also elicit sentences in the active form, in which the first noun of the triplet is generally given the function of subject.
The analysis of latencies suggests the existence of a general processing strategy which consists in first attributing the function of subject to one of the words of the triplet.
Résumé
Dans cette recherche, nous avons étudié la production d'énoncés à partir de suites de trois mots dont deux noms et un verbe présentés dans tous les ordres possibles. Les mots de la suite (triplet) peuvent constituer les termes de base d'une proposition et, en fonction des caractéristiques lexicales des noms, on distingue les triplets réversibles (R) et les triplets non réversibles (R).
Les triplets R conduisent presque exclusivement à des énoncés de forme active déclarative, avec le nom animé comme sujet et le nom non animé comme complément d'objet.
Les triplets R conduisent également à des énoncés de forme active déclarative où la fonction de sujet est attribuée généralement au premier nom du triplet.
L'étude des temps de réponse suggère qu'il existe une stratégie générale de traitement qui consiste à commencer l'élaboration de la réponse par l'attribution de la fonction sujet à l'un des noms du triplet.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1974
Lecture(s) : 10
Nombre de pages : 18
Voir plus Voir moins

Juan Segui
N. Chauvaut
Etude des stratégies de production d'énoncés à partir d'une
suite de lexèmes
In: L'année psychologique. 1974 vol. 74, n°2. pp. 455-471.
Abstract
Summary
This work is devoted to the study of verbal productions when the subject is given 3 words (2 nouns and one verb) presented in
every possible order. The 3 words of the string (triplet) may constitute the basic terms of a sentence ; two categories of triplets :
reversible (R) and non-reversible (r) are distinguished, according to lexical characteristics of nouns.
R triplets elicit almost exclusively sentences in the active form, with the animate noun as the subject and the non-animate noun
as the object of the verb. R triplets also elicit sentences in the active form, in which the first noun of the triplet is generally given
the function of subject.
The analysis of latencies suggests the existence of a general processing strategy which consists in first attributing the function of
subject to one of the words of the triplet.
Résumé
Dans cette recherche, nous avons étudié la production d'énoncés à partir de suites de trois mots dont deux noms et un verbe
présentés dans tous les ordres possibles. Les mots de la suite (triplet) peuvent constituer les termes de base d'une proposition
et, en fonction des caractéristiques lexicales des noms, on distingue les triplets réversibles (R) et les triplets non réversibles (R).
Les triplets R conduisent presque exclusivement à des énoncés de forme active déclarative, avec le nom animé comme sujet et
le nom non animé comme complément d'objet.
Les triplets R conduisent également à des énoncés de forme active déclarative où la fonction de sujet est attribuée généralement
au premier nom du triplet.
L'étude des temps de réponse suggère qu'il existe une stratégie générale de traitement qui consiste à commencer l'élaboration
de la réponse par l'attribution de la fonction sujet à l'un des noms du triplet.
Citer ce document / Cite this document :
Segui Juan, Chauvaut N. Etude des stratégies de production d'énoncés à partir d'une suite de lexèmes. In: L'année
psychologique. 1974 vol. 74, n°2. pp. 455-471.
doi : 10.3406/psy.1974.28056
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1974_num_74_2_28056Année psychol.
1974, 74, 455-472
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée1
Université René-Descartes et E.P.H.E., 3e section
associé au C.N.R.S.
ÉTUDE DES STRATÉGIES DE PRODUCTION
D'ÉNONCÉS À PARTIR D'UNE SUITE DE LEXEMES
par Juan Segui et Nicolette Chauvaut
SUMMARY
This work is devoted to the study of verbal productions when the subject
is given 3 words (2 nouns and one verb) presented in every possible order.
The 3 words of the string (triplet) may constitute the basic terms of a
sentence ; two categories of triplets : reversible (R) and non- reversible (r)
are distinguished, according to lexical characteristics of nouns.
R triplets elicit almost exclusively sentences in the active form, with
the animate noun as the subject and the non-animate noun as the object
of the verb. R triplets also elicit sentences in the active form, in which the
first noun of the triplet is generally given the function of subject.
The analysis of latencies suggests the existence of a general processing
strategy which consists in first attributing the function of subject to one
of the words of the triplet.
Dans tout modèle linguistique de compétence, on distingue
deux sortes d'informatiotis relativement distinctes qui relèvent
des connaissances se rapportant au lexique, d'une part, et à la
syntaxe de la langue, d'autre part. Bien que la distinction entre
lexique et syntaxe soit relativement claire dans le cadre de la
grammaire proposée par le linguiste, il est évident que dans toute
performance ces deux sortes de connaissances sont impliquées
à des degrés divers et la plupart du temps il est difficile de disso
cier leur rôle respectif.
Afin d'aborder ce problème, nous avons étudié dans l'expé
rience présentée ci-dessous la production d'énoncés à partir
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris. 456 MÉMOIRES ORIGINAUX
d'une suite de mots, en nous demandant de quelle manière les
caractéristiques de la suite détermineraient celles des énoncés.
Une telle façon d'envisager le point précédemment soulevé
semble digne d'intérêt puisque certains travaux portant sur la
compréhension et la production ont montré que le sujet confronté
à une suite de lexemes utilise bien dans ce cas et les informations
syntaxiques élémentaires fournies par la disposition séquentielle
des items de la suite et les informations lexicales convoyées
par ces items.
Ainsi, Sinclair et Bronckart (1972) ont montré, dans une
recherche génétique portant sur la compréhension, que les enfants
interprètent les suites présentées en fonction de certaines straté
gies particulières d'analyse. Ces stratégies reposent sur les deux
dimensions linguistiques considérées et l'importance relative de
chacune varie selon l'âge des sujets.
Des études de production imposée à partir d'une suite de
lexemes ont également mis en évidence cette utilisation des
informations syntaxiques et lexicales (Dubois et Irigaray, 1966 ;
Dubois, Assal et Ramier, 1968 ; Irigaray, 1968, 1973).
Toutefois, dans ces dernières recherches, les auteurs ne se sont
pas intéressés à l'étude détaillée du rôle exact joué par les struc
tures d'ordre et les caractéristiques lexicales des termes dans la
production d'énoncés.
En effet, bien que dans ces expériences les sujets soient
confrontés à des suites de mots différentes, l'ordre dans lequel
les éléments qui constituent une suite sont présentés est toujours
le même. Une telle procédure ne permet pas de connaître de façon
précise les effets spécifiques des variables manipulées et leur
interaction éventuelle.
Dans le but d'étudier ce problème de manière systématique,
nous nous proposons de faire varier et l'ordre des mots et leurs
caractéristiques lexicales (sémantiques) dans des suites aussi
comparables que possible quant à leurs autres dimensions.
Dans notre expérience, les sujets sont confrontés à des suites
de trois mots (triplets) dont deux noms et un verbe, disposés
dans tous les ordres possibles. Ces éléments peuvent constituer
les termes de base d'une proposition.
Les triplets sont réversibles (R) ou non réversibles (R),
selon que les deux noms du triplet peuvent ou ne peuvent pas
jouer le même rôle grammatical (ex. : R : dame, lire, journal ;
R : fille, pousser, garçon). J. SEGUI ET N. CHAUVAUT 457
En fonction des caractéristiques propres à nos deux types
de triplets, il est possible de faire quelques hypothèses sur la
forme des énoncés produits.
Dans les cas des triplets R, il est clair que la fonction logique
des éléments du triplet est prédéterminée par les caractéristiques
lexicales des noms ; autrement dit, la seule analyse lexicale des
noms permet de leur assigner d'une manière univoque leur fonc
tion logique1. Il reste à savoir si la forme superficielle des énoncés
produits va différer ou non selon l'organisation séquentielle du
triplet ; en particulier, il s'agira de savoir si les relations d'ordre
présentes dans le triplet auront tendance à être conservées au
niveau de l'énoncé réponse, ou bien si ces énoncés-réponses seront
tels qu'ils respecteront une caractéristique générale de la langue,
à savoir la corrélation syntactico-lexicale : sujet animé, complé
ment d'objet non animé. Si tel est le cas, on peut s'attendre à
une majorité de réponses de forme active déclarative.
En ce qui concerne les triplets R, étant donné que les carac
téristiques lexicales des deux noms sont identiques, l'ordre dans
lequel ces éléments apparaissent dans la suite peut jouer un rôle
déterminant dans l'attribution de leur fonction dans l'énoncé-
réponse. Dans ce cas, il s'agira de savoir quels sont les indices
d'ordre qui se révèlent pertinents pour cette attribution.
Bien qu'il soit difficile d'avancer des hypothèses précises sur
ce point, les données présentées par Sinclair et Bronckart peuvent
suggérer qu'on observera des stratégies particulières d'analyse
qui conduiront à associer de manière préférentielle le rôle de
sujet (logique et grammatical) au premier nom de la suite ;
toutefois, cette hypothèse ne peut être avancée qu'à titre pure
ment spéculatif puisque les résultats de référence ont été obser
vés dans une situation de compréhension, alors que notre expé
rience porte sur la production.
Enfin, et dans le but d'obtenir des informations supplément
aires concernant la complexité des opérations mises en jeu pour
l'élaboration de la réponse, nous avons mesuré le temps qui
s'écoule entre la présentation du triplet stimulus et le début
de la réponse verbale du sujet.
1. Par fonction logique, nous faisons référence aux notions de sujet et
d'objet de base (Chomsky, 1965). Etant donné les caractéristiques lexicales
du matériel expérimental employé, ces notions de sujet et d'objet logique
coïncident avec celles d'agent et de patient, respectivement. 458 MÉMOIRES ORIGINAUX
MATÉRIEL
Le matériel de base est constitué d'un ensemble de 48 triplets dont
24 R et 24 R.
A partir de chaque triplet de base, nous avons dérivé 6 triplets
distincts par permutation de ses composants (ex. : 1) fille, garçon,
pousser ; 2) garçon, fille, pousser ; 3) pousser, garçon, fille, etc.).
En fait, chaque sujet ne reçoit qu'un seul exemplaire de chacun
des 48 triplets de base afin d'éviter un possible « transfert » de la réponse
entre deux exemplaires issus d'un même triplet de base.
Étant donné que chaque exemplaire de base donne lieu à 6 triplets
ayant des structures d'ordre différentes, un même sujet est confronté
à 4 exemplaires de chacune des 6 structures d'ordre possibles et ceci
aussi bien en ce qui concerne les triplets R que les triplets R. Chaque
sujet reçoit donc un total de 48 items.
Un plan contrebalancé a permis de présenter le même nombre de
fois chacun des triplets constitutifs de l'ensemble total (N = 288).
Les résultats pourront ainsi être éventuellement analysés non seulement
au niveau de chaque sujet mais encore au niveau de chaque triplet de
base.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
Chaque triplet est présenté visuellement à l'aide d'un tachistoscope
pendant une durée de 2 s. La présentation du triplet déclenche un
chronoscope électronique qui est arrêté par le début de la réponse verbale
du sujet.
La consigne indique au sujet qu'il va recevoir des suites de 3 mots et
que sa tâche consiste à faire une phrase comprenant ces mots. Il lui est
dit également qu'il doit procéder le plus rapidement possible. Toutefois,
afin d'éviter des variations dues à la « durée de production » des énoncés,
on demande au sujet de ne prononcer la phrase que lorsque celle-ci
est « toute prête dans sa tête ».
Avant la présentation du matériel expérimental proprement dit,
le sujet reçoit une série préliminaire de 12 triplets non-test (6 R et 6 R,
un exemplaire de chacune des 6 structures d'ordre). Cette phase pré-
expérimentale est destinée à familiariser le sujet avec la tâche demandée.
L'ordre de présentation des items non-test et des items test est
aléatoire et différent pour chaque sujet.
A la fin de l'expérience, on a demandé aux sujets s'ils avaient lu les
triplets de gauche à droite. La réponse fut toujours affirmative.
SUJETS
24 étudiants en psychologie dont la langue maternelle est le français. SEGUI ET N. CHA.UVAUT 459 J.
RÉSULTATS
TRIPLETS NON RÉVERSIBLES
Le tableau I présente les pourcentages des différentes formes
d'énoncés produits en fonction de la structure d'ordre du triplet-
stimulus1.
Tableau I
Forme des énoncés produits
selon la structure d'ordre du triplet-stimulus
Enoncés produits
NÂ V
NA V NÄ par NA
Ordres (voix active (voix Autres
donnés réponses Totaux S-V-O) passive)
NA V NÄ. . . 96 % (87) (3) (0) (90)
(Ordre 1.)
NÄ V NA... 92 % (81) (2) (5) (88)
(Ordre 2.)
V NA NÄ... 95 % (85) (2) (2) (89)
(Ordre 3.)
QQ *JO 0/ /o V NÄ NA... (83) (3) (3) (89)
(Ordre 4.)
NA NÄ V. . . 95 % (87) (1) (2) (90)
(Ordre 5.)
NÄ NA V. . . 95 % (84) (4) (0) (88)
(Ordre 6.)
Totaux . . . 91,5 % (507) (15) (13) (535)
NA = Nom animé ; NÄ = Nom inanimé V = Verbe.
Comme on peut le constater dans le tableau ci-dessus, la
quasi-totalité des réponses fournies par les sujets est de type
S-V-O, quelle que soit la structure d'ordre du triplet présenté.
Les phrases produites sont presque exclusivement des actives
déclaratives simples avec des articles définis fie, la) et le verbe
au temps présent2.
1. 3 % des réponses correspondant aux triplets R ont été éliminés en
raison des hésitations lors de leur production.
2. Les réponses constituant la catégorie « autres » ne relèvent pas d'un
seul pattern syntaxique. Dans certains cas on observe l'adjonction
pronom personnel, dans d'autres cas les sujets ont ajouté un verbe. 460 MÉMOIRES ORIGINAUX
La généralité de ce « pattern » syntaxique de réponse ne nous
permet pas de tirer de conclusions intéressantes sur les caracté
ristiques du codage effectué et seule l'analyse des temps de réac
tion verbale (TRV) pourra nous aider à mieux comprendre la
complexité des processus mis en jeu lors de la production. Le
tableau II présente les TRV moyens correspondant aux diff
érentes structures d'ordre considérées.
Tableau II
Temps de réaction verbale (es) des énoncés produits
selon la structure d'ordre du triplet-stimulus
Enoncés produits
NÄ V
NA V NÄ par NA
Ordres (voix active (voix Autres
donnés réponses S-V-O) passive)
NA V NÄ 221 334
(Ordre 1.)
NÄ V NA 229 381 320
(Ordre 2.)
V NA NÄ 229 312 476
(Ordre 3.)
V NÄ NA 245 273 334
(Ordre 4.)
NA NÄ V 229 369 320
(Ordre 5.)
NÄ NA V 247 283
(Ordre 6.)
On doit remarquer en premier lieu que quelle que soit la
structure d'ordre considérée le TRV correspondant à la réponse
majoritaire (NA V NA) est toujours plus court que ceux corre
spondant aux autres formes de réponses1.
Parmi les réponses majoritaires NA V NÄ les TRV corre
spondant aux triplets de structure d'ordre NA V NÄ sont signi-
ficativement plus courts que ceux correspondant aux autres
structures d'ordre : 1/2, 3, 4, 5, 6 {t app. = 2,55, p < .02).
1. Bien que cette remarque ne soit pas dépourvue d'intérêt en raison
de sa grande généralité, il est clair qu'aucune comparaison statistique satis
faisante ne peut être faite, étant donné les fréquences très faibles des
réponses non majoritaires. J. SEGUI ET N. CHAUVAUT 461
Les triplets de la structure d'ordre 1 ayant une organisation
séquentielle interne identique à celle des réponses majoritaires
(NA V NÄ) le « passage » du triplet stimulus à cette réponse
n'exige aucun réarrangement des éléments des triplets. On peut
penser que c'est cette caractéristique des triplets de structure
d'ordre 1 qui serait à l'origine des différences de TRV constatées.
Il semble bien d'après ce premier résultat que le TRV peut
constituer un indicateur fidèle de la « complexité » des opérations
effectuées pour construire la réponse. En raison de ce qui précède,
il nous a paru intéressant d'effectuer certaines comparaisons
spécifiques supplémentaires à partir des hypothèses que l'on
peut faire sur la « complexité » des opérations mises en jeu pour
la production des réponses.
La comparaison ordre 1 /ordre 2 s'impose, puisque dans les
deux cas le sujet se trouve confronté à une structure symétrique
de type N-V-N et le passage de la structure d'ordre 2 à la réponse
majoritaire implique une simple permutation des noms. L'analyse
montre que cette différence est seulement significative au seuil
de .10 {t app. = 1,72).
En ce qui concerne enfin les structures non symétriques
V-N-N et N-N-V on remarque que, dans les deux cas, le TRV
est plus court pour les triplets où le NA précède le NÄ dans la
suite présentée (de gauche à droite), et que les différences obser
vées sont tout à fait analogues pour ces deux sortes de structures.
La comparaison entre les ordres 3,5/4,6 indique une différence
significative à .01 (t app. = 3,19)*.
Ce résultat présente un grand intérêt puisqu'il peut conduire
à penser que la stratégie suivie par les sujets consiste essentiell
ement à construire l'énoncé-réponse à partir du nom animé
auquel est associée de manière immédiate la fonction de sujet2.
Quand le premier nom du triplet est « animé », le début de l'élabo
ration de la réponse aurait lieu plus tôt que dans le cas où c'est
un nom inanimé qui apparaît à la première place.
Il est important de souligner que pour les triplets où le NA
précède le NA, la plupart des réponses éliminées de l'analyse
en raison des hésitations commencent par renonciation du
1. La distribution des TRV en fonction de la structure d'ordre des st
imulus est généralisable à la presque totalité des triplets de base. Les diffé
rences constatées ne sont donc pas induites par quelques items particuliers.
2. Nous employons le terme « sujet » sans autre précision dans tous les
cas où il existe une coïncidence entre le sujet superficiel et le sujet profond. 462 MÉMOIRES ORIGINAUX
nom inanimé suivi d'un moment d'arrêt et de la construction
d'un nouvel énoncé où ce même nom apparaît à la place de
complément. Ceci suggère que les sujets ont tendance à prendre
le premier nom du stimulus comme sujet de l'énoncé-réponse.
TRIPLETS REVERSIBLES
Le tableau III présente les pourcentages des énoncés produits
selon la structure d'ordre du triplet1. (Un exemple illustre les
différentes sortes de réponses constatées.) Dans ce tableau on a
regroupé les réponses correspondant aux triplets de structure
d'ordre (1-2) (3-4) et (5-6). Cela est légitime en raison du fait
que les deux noms des triplets R sont animés et peuvent jouer
exactement le même rôle dans l'énoncé-réponse2.
Comme précédemment, on constate ici que la grande majorité
des réponses obtenues sont du type phrase active simple S-V-0
(91 % des réponses analysées)3. Toutefois, l'association d'une fonc
tion grammaticale aux deux noms du triplet n'est pas déterminée
d'une manière univoque par leur place dans la séquence-stimulus.
En effet, on observe d'une part une réponse majoritaire qui
consiste à prendre le premier nom du triplet (NI) comme sujet
de la réponse, le deuxième nom (N2) étant pris complé
ment d'objet direct. D'autre part, on remarque un nombre non
négligeable de réponses dans lesquelles c'est le deuxième nom du
triplet qui joue le rôle de sujet ; le premier nom est pris dans ce
cas en tant que complément d'objet direct. La plupart des
réponses de ce type correspondent aux triplets non symétriques
1.1% des réponses correspondant aux triplets R a été éliminé en raison
des hésitations pendant la production de la réponse.
2. Le regroupement effectué se justifie par ailleurs du fait que la distr
ibution des réponses aux structures d'ordre appariées est tout
à fait analogue.
3. La plupart des réponses appartenant à la catégorie « autres » sont
des énoncés où les deux noms sont coordonnés par la conjonction « et ».
Le plus souvent les fonctionnent comme agent du verbe et celui-ci
est employé sous la forme intransitive (lion-tigre-griffer — « Le lion et le
tigre griffent »). Dans d'autres cas le verbe est pronominalisé (« Le lion et
le tigre se griffent »). Une caractéristique commune à ces différentes sortes
de réponses est qu'elles «conservent » l'ordre existant entre les éléments
noms du triplet, d'où le fait qu'elles sont plus nombreuses pour les triplets
non symétriques. Les réponses qui incluent des formatifs lexicaux autres
que ceux présents dans le stimulus sont tout à fait exceptionnelles (ex.
regarder-marin-soldat, « je regarde le marin et le soldat »). J. SEGUI ET N. CHAUVAUT 463
(ordres 3 à 6). Il semble difficile de supposer qu'une même stra
tégie est à la source de ces réponses pour les triplets symétriques
et non symétriques et il importe de savoir si leur distribution
statistique est comparable pour ces deux sortes de triplets. La
comparaison 1 , 2/3, 4, 5, 6 a été effectuée sur les réponses N2 V NI .
Les données utilisées étant le nombre d'énoncés N2 V NI produits
par chaque sujet (ce nombre peut varier entre 0 et 8). L'analyse
montre que la différence observée est significative au seuil de .01
(t app. = 2,94) ; c'est-à-dire qu'il existe un nombre significa-
tivement plus grand de réponses N2 V NI pour les formes non
symétriques que pour les formes symétriques.
Ce résultat conduit à différencier parmi les réponses N2 V NI
celles correspondant aux triplets d'ordre 1 et 2 de celles corre
spondant aux autres triplets.
En ce qui concerne les triplets symétriques il est difficile
d'interpréter ces réponses autrement qu'en raison du fait que
les sujets ont perçu ces triplets comme n'étant pas tout à fait
réversibles et exigeant par conséquent un réarrangement de leurs
termes dans l'énoncé-réponse.
En revanche, un même ensemble de stratégies semble pouvoir
rendre compte des énoncés N2 V NI correspondant aux triplets
non symétriques. Ces stratégies exploitent les relations syntaxi
ques élémentaires données par l'ordre des mots du triplet et
elles peuvent être explicitées de la manière suivante :
a) Le nom du triplet qui précède immédiatement le verbe
entretient avec celui-ci au niveau de la réponse la relation
« agent-action » ;
b) Le nom du triplet qui suit immédiatement le verbe entre
tient avec celui-ci au niveau de la réponse la relation « action-
patient ».
Ces deux stratégies se caractérisent par le fait de conserver
au niveau de la réponse les relations syntaxiques élémentaires
pouvant être convoyées par la suite-stimulus.
Les 91 % de réponses du type phrase active simple peuvent
ainsi s'expliquer par la mise en œuvre de deux sortes de stratégies :
une stratégie majoritaire qui consiste à prendre le premier nom
du triplet comme sujet de la réponse et le deuxième nom en tant
que complément d'objet, et une seconde stratégie, qui consiste
à « bloquer » le nom le plus proche du verbe avec celui-ci de
manière telle que quand le nom précède le verbe, il va constituer
le sujet de la réponse, tandis que dans le cas où le nom suit le

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.