Etude du rôle de l'organisation de la production du sujet sur la mémorisation de cette production - article ; n°3 ; vol.84, pg 369-386

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L'année psychologique - Année 1984 - Volume 84 - Numéro 3 - Pages 369-386
Résumé
L'effet production correspond au fait que lorsqu'un mot est produit par un sujet (situation production) il est mieux rappelé que lorsqu'il lui a été seulement imposé (situation présentation). Les deux expériences présentées dans cet article cherchent à étudier cet effet dans le cas où le sujet a produit sans contrainte une série de vingt mots qu'il apprend en 4 essais. On a constaté que l'effet observé dans ces conditions est sensible à des modifications touchant l'organisation interne de la série produite : l'utilisation d'une procédure d'analyse des rappels permet de mettre en évidence la spécificité des apprentissages selon que la liste à apprendre a été ou non produite par le sujet qui l'apprend et suivant que l'organisation de la liste produite est ou non perturbée d'un essai à l'essai suivant. Dans l'expérience II, on a constaté que l'allongement du temps dont dispose le sujet en situation de présentation ne modifie pas ces résultats au premier essai, mais diminue l'effet production aux trois essais suivants. Si, dans un premier temps, la situation de production a paru très proche des situations d'apprentissage habituelles, les expériences tendront à montrer qu'il s'agit d'une situation originale : les décisions que le sujet doit prendre pour produire obligent notamment à envisager le problème sous l'angle des connaissances métamnémoniques qu'il utilise au cours de cette production.
Mots clés : mémoire verbale, effet de production.
Summary : Role of the organization of subjects' productions on their memorization.
The generation effect concerns the observation that a word produced by a subject (production situation) is recalled better than a word which is only presented to him (presentation situation). The two experiments presented here try to examine this effect in a situation where the subject produces, without any constraints, a series of twenty words learned in four trials. We noticed that the observed effect was sensitive to modifications in the internai organization of the produced series. Using a procedure of recall analysis. we were able to show that specifie types of learning had occurred depending on whether the items were or were not produced by the subject and depending on whether or not the produced list's organization was perturbed from one trial to another. The second experiment showed that with longer times in the presentation situation the results of the first trial were not affected, but in the three following trials the production effects was diminished. If at first sight the production situation appeared to ressemble typical learning situations, these experiments have tended to show that it is in fact an original situation : the decisions that must be taken by the subject for production oblige us to eonsider the problem in terms of the metamnemonic knowledge that he uses during this production.
Key-words : verbal memory, generation effect.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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André Charles
Hubert Tardieu
Etude du rôle de l'organisation de la production du sujet sur la
mémorisation de cette production
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°3. pp. 369-386.
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Charles André, Tardieu Hubert. Etude du rôle de l'organisation de la production du sujet sur la mémorisation de cette
production. In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°3. pp. 369-386.
doi : 10.3406/psy.1984.29032
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1984_num_84_3_29032Résumé
Résumé
L'effet production correspond au fait que lorsqu'un mot est produit par un sujet (situation production) il
est mieux rappelé que lorsqu'il lui a été seulement imposé (situation présentation). Les deux
expériences présentées dans cet article cherchent à étudier cet effet dans le cas où le sujet a produit
sans contrainte une série de vingt mots qu'il apprend en 4 essais. On a constaté que l'effet observé
dans ces conditions est sensible à des modifications touchant l'organisation interne de la série produite
: l'utilisation d'une procédure d'analyse des rappels permet de mettre en évidence la spécificité des
apprentissages selon que la liste à apprendre a été ou non produite par le sujet qui l'apprend et suivant
que l'organisation de la liste produite est ou non perturbée d'un essai à l'essai suivant. Dans
l'expérience II, on a constaté que l'allongement du temps dont dispose le sujet en situation de
présentation ne modifie pas ces résultats au premier essai, mais diminue l'effet production aux trois
essais suivants. Si, dans un premier temps, la situation de production a paru très proche des situations
d'apprentissage habituelles, les expériences tendront à montrer qu'il s'agit d'une situation originale : les
décisions que le sujet doit prendre pour produire obligent notamment à envisager le problème sous
l'angle des connaissances métamnémoniques qu'il utilise au cours de cette production.
Mots clés : mémoire verbale, effet de production.
Abstract
Summary : Role of the organization of subjects' productions on their memorization.
The generation effect concerns the observation that a word produced by a subject (production situation)
is recalled better than a word which is only presented to him (presentation situation). The two
experiments presented here try to examine this effect in a situation where the subject produces, without
any constraints, a series of twenty words learned in four trials. We noticed that the observed effect was
sensitive to modifications in the internai organization of the produced series. Using a procedure of recall
analysis. we were able to show that specifie types of learning had occurred depending on whether the
items were or were not produced by the subject and depending on whether or not the produced list's
organization was perturbed from one trial to another. The second experiment showed that with longer
times in the presentation situation the results of the first trial were not affected, but in the three following
trials the production effects was diminished. If at first sight the production situation appeared to
ressemble typical learning situations, these experiments have tended to show that it is in fact an original
situation : the decisions that must be taken by the subject for production oblige us to eonsider the
problem in terms of the metamnemonic knowledge that he uses during this production.
Key-words : verbal memory, generation effect.L'Année Psychologique, 1984, 84, 369-386
Laboratoire de Psychologie expérimentale,
Université René-Descartes et EPHE 3e section,
associé au CNRS1
ÉTUDE DU RÔLE DE L'ORGANISATION
DE LA PRODUCTION DU SUJET
SUR LA MÉMORISATION DE CETTE PRODUCTION
par André Charles et Hubert Tardieu
SUMMARY : Role of the organization of subjects' productions on their
memorization.
The generation effect concerns the observation that a word produced by a
subject (production situation) is recalled better than a which is only
presented to him (presentation situation). The two experiments presented
here try to examine this effect in a situation where the subject produces,
without any constraints, a series of twenty words learned in four trials. We
noticed that the observed effect was sensitive to modifications in the internal
organization of the produced series. Using a procedure of recall analysis,
we were able to show that specific types of learning had occurred depending
on whether the items were or were not produced by the subject and
on or not the produced list's organization was perturbed from one
trial to another. The second experiment showed that with longer times in the
presentation situation the results of the first trial were not affected, but in
the three following trials the production effects was diminished. If at first
sight the production situation appeared to ressemble typical learning
situations, these experiments have tended to show that it is in fact an original
situation : the decisions that must be taken by the subject for production
oblige us to consider the problem in terms of the metamnemonic knowledge
that he uses during this production.
Key-words : verbal memory, generation effect.
L'étude de l'effet Production (generation effect) consiste pour
Slamecka et Graf (1978) à chercher la réponse à la question
suivante : « Est-ce qu'un mot qui est produit par le sujet lui-
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris. A. Charles et H. Tardieu 370
même est mieux retenu qu'un mot qui lui a été présenté ? »
Dans la majorité des expériences, on constate que le matériel
produit est mieux rappelé que le matériel présenté. Le but de
cette recherche est de mettre en évidence une des causes de cette
supériorité : l'organisation interitems ou « élaboration » (Mandler,
1977) du matériel produit.
Comment se situe le paradigme expérimental que nous avons
choisi parmi ceux qui ont déjà été utilisés pour étudier l'effet
production ? On peut différencier ces paradigmes expérimentaux
selon quatre types : un premier type correspond à une tâche
d'ordination des éléments présentés au sujet, que ces éléments
soient les lettres d'un mot (Mac Elroy et Slamecka, 1982, exp. 1)
ou les mots d'une phrase (Graf, 1980) ; un deuxième type de
production correspond au cas où le sujet doit compléter, en
obéissant à de très fortes contraintes, une petite partie du st
imulus qui lui est présenté : 1 ou 2 lettres d'un mot par exemple
(Jacoby, 1978 ; Donaldson et Bass, 1980) ; dans un troisième
type de production, le sujet produit la plus grande partie ou
la totalité de l'information à apprendre en obéissant également
à de très fortes contraintes sémantiques, phonétiques, etc. ;
l'information est produite en réponse à un mot (Slamecka et
Graf, 1978 ; Gardiner et Arthurs, 1982 ; McElroy et Slamecka,
1982, exp. 1) ou bien à la suite d'une phrase (Anderson, Gold
berg et Hidde, 1971 ; Erdelyi, Buschke et Finkelstein, 1977 ;
McFarland, Frey et Rhodes, 1980). Enfin, dans un quatrième
type de paradigme, le sujet est libre de produire l'information
de son choix soit en association libre simple, il s'agit essentie
llement de la method of generated response (mgr) proposée par
Underwood et Schultz (1960), Abra (1967, 1968), soit en asso
ciation libre continuée (Charles, 1977).
Dans la majorité de ces paradigmes (notamment depuis
le regain d'intérêt suscité par l'article de Slamecka et Graf,
1978), on voit que, d'une part, l'expérimentateur impose
des contraintes à la production du sujet et que, d'autre part,
il lui impose la d'unités verbales qui ne possèdent,
par construction, aucune organisation ; si ces contraintes impos
ées au sujet se justifient méthodologiquement dans la mesure
où elles font en grande partie disparaître les différences interin
dividuelles de production et facilitent la comparaison avec un
groupe de présentation, elles affaiblissent considérablement l'i
ntérêt porté à l'étude de la production d'un message propre au Production ei mémorisation 371
sujet, et tendent à rapprocher la situation de production d'une
situation classique de traitement d'une information présentée.
Par ailleurs, chaque unité verbale produite par le sujet est
produite indépendamment des autres : les différentes contraintes
qui sont imposées par l'expérimentateur portent sur la relation
entre le stimulus présenté et la production du sujet (un stimulus
par unité verbale produite) et non sur la relation entre les unités
produites. Le fait que dans certaines expériences (Graf, 1980,
1982) le sujet doit produire un matériel complexe (des phrases)
ne compense pas l'évidente pauvreté des conditions dans le
squelles cette information a été produite : en effet, le sujet ne
peut produire qu'une phrase avec les mots qui lui sont présentés
par l'expérimentateur et la même phrase est « produite » par
tous les sujets ; de plus, le sujet ne peut pas établir facilement
une organisation interunités, puisque le choix et l'ordre des
différentes unités que le sujet produit et doit retenir sont arbi
traires. C'est pourquoi nous avons placé le sujet dans une situa
tion de production libre, tout en gardant la possibilité de com
parer cette situation à une situation de présentation. Pour remplir
ces conditions, nous demandons au sujet de produire librement
une série de vingt mots qu'il doit ensuite rappeler : nous com
parons cette situation à une situation de présentation dans
laquelle l'expérimentateur présente à chacun des sujets la liste
des mots qui a été produite par un autre sujet et qu'il doit
rappeler. Après ce premier essai, on réalise trois essais d'apprent
issage : à chaque essai l'expérimentateur présente la liste
(liste produite par le sujet lui-même en situation production,
liste par un autre sujet en présentation) et
en demande le rappel libre.
Dans cette situation de production libre continuée, on peut
admettre que la liste produite par le sujet possède un certain
degré d'organisation intermots (« l'élaboration » de Mandler,
1977) ; on peut en effet écarter l'hypothèse d'un caractère aléa
toire de l'activité du sujet dans ce type de tâche (Bousfield et
Sedgewick, 1944) comme dans les tâches de rappel libre (Tulving,
1962, S. Ehrlich, 1965). Cette élaboration de la liste produite
devrait simultanément conduire le sujet à un score de rappel
supérieur à celui du sujet placé en situation de présentation
et le rendre plus sensible à une désorganisation de la liste pro
voquée par l'expérimentateur, comme le montre, par exemple,
l'expérience de « désorganisation subjective » réalisée par Mandler, A. Charles et H. Tardieu 372
Worden et Graesser (1974). On a donc perturbé l'organisation
des listes au cours des essais 2, 3 et 4 en aléatorisant l'ordre de
présentation des mots. On fait alors l'hypothèse que cette désor
ganisation gênera davantage l'acquisition des listes en situation
de production qu'en situation de présentation.
EXPÉRIENCE I
MÉTHODE
1. Procédure expérimentale
Tous les sujets passent d'abord en condition de production (PRO)
puis en condition de présentation (PRE) : nous avons été conduit à
adopter cet ordre de façon à éviter de demander aux sujets de produire
des listes de mots juste après avoir appris d'autres listes. Chaque liste
de mots est soumise à quatre essais d'apprentissage. Cette procédure
est répétée trois fois en situation PRO et en situation PRE.
L'expérience est pilotée par un ordinateur T 1600. Les sujets sont
assis devant l'écran d'un terminal Hewlett-Packard et ont devant eux
un bouton sur lequel ils appuient pour lancer un essai. Le premier essai
commence par l'apparition au milieu de l'écran d'une croix. Dans la
situation de production (PRO) un mot inducteur apparaît alors sur
l'écran ; ce mot peut aider le sujet à commencer à produire à haute
voix une liste de 20 mots qui peuvent n'avoir aucun lien avec le mot
présenté au préalable. Le sujet est invité à ne pas produire de noms
propres, ni deux fois le même mot ; il est averti qu'il devra rappeler
dans l'ordre de son choix la liste de 20 mots qu'il va produire. Dès que
le sujet a produit le premier mot, l'expérimentateur le tape sur le clavier
d'un télétype. Le mot inducteur qui était sur l'écran disparaît alors et
est remplacé par une croix qui indique au sujet qu'il peut produire le
mot suivant. Le rythme de production ne peut donc être plus rapide
que le rythme de frappe sur le clavier (environ 3 secondes par mot), par
contre le sujet peut prendre autant de temps qu'il le désire pour pro
duire chacun des mots. Le signal de rappel apparaît sur l'écran lorsque
le sujet a produit 20 mots.
Dans la situation de présentation (PRE) le programme permet de
présenter au sujet, dans un ordre aléatoire, les 20 mots produits par le
sujet précédent, au rythme d'un mot toutes les 2 secondes. Le rappel
est également un rappel libre effectué oralement après l'apparition du
mot « rappel ».
L'influence de la modification de l'ordre des mots est étudiée au
cours des 3 essais suivants. Quelle que soit la situation expérimentale
(PRO ou PRE), les mots sont présentés aux sujets au rythme de Production el mémorisation 373
2 secondes par mot. Dans la condition où l'ordre est maintenu constant
(condition OC) l'ordre de présentation des mots à l'intérieur de chaque
liste est toujours le même qu'au premier essai quelle que soit l'origine
des mots (PRO ou PRE). Dans la condition ordre modifié (OM), les mots
sont présentés dans un ordre aléatoire, différent à chaque essai. Avant
l'expérience proprement dite, les sujets font un essai de familiarisation
à la tâche qui porte sur une liste de 6 mots.
Le temps nécessaire à la production et à la frappe de chaque mot
est mesuré automatiquement. Nous appellerons ce temps, le temps de
production.
2. Sujets
II y a 40 sujets, étudiants en licence de psychologie. 20 sujets passent
en condition « ordre constant » et 20 sujets en condition « ordre modifié ».
RÉSULTATS
1. Analyse de la tâche de production
1.1. Les temps de production
Le temps de moyen est de 7,2 secondes par mot
(écart type = 3,2 s). Ce temps est très supérieur au temps dont
dispose le sujet en situation de présentation (2 s par mot) ;
toutefois la corrélation entre le temps de production moyen
par liste et le score de rappel de cette liste au premier essai est
significativement négative (r == — .22, n = 240, p < .05).
L'influence du temps n'est donc pas la même en situation pro
duction et en situation présentation puisque l'on sait que, dans
certaines limites au moins, l'augmentation du temps laissé à
l'apprentissage permet une amélioration de celui-ci (M. F. Ehrl
ich, 1972).
1.2. Les productions
L'analyse des productions des sujets permet de constater
que les mots produits sont en grande majorité, des noms communs.
Deux juges ont estimé, pour chaque couple de mots success
ivement produits, la probabilité pour que ces deux mots appa
raissent fréquemment en successif dans une épreuve d'association
libre simple. Dans le cas où cette association des deux mots
paraissait probable, nous avons classé les couples de mots selon
le type de relation (paradigmatique ou syntagmatique) à partir
de l'article de Noizet et Pichevin (1966). 374 A. Charles el H. Tardieu
Cette analyse montre que dans 40,6 % des cas, le lien entre
deux mots successivement produits apparaît peu probable
(exemple : cheval-sapin) dans une épreuve d'association libre.
Les 59,4 % des cas où les mots sont fortement liés (exemple :
cheval-écurie) se répartissent en 31,7 % de relations paradig-
matiques et 27,7 % de relations syntagmatiques. Ces résultats
n'ont qu'une valeur relative dans la mesure où l'élaboration
de la liste par le sujet comprend très probablement des unités
de plus de deux mots, comme le montrera l'analyse des
rappelées.
2. Analyse de la tâche d'apprentissage
Les résultats de la tâche sont présentés
dans le tableau 1. On constate tout d'abord que les sujets en
situation de production ne rappellent pas tous les mots qu'ils
ont produits même après 4 essais d'apprentissage : en fait, les
sujets se sont vraisemblablement donné implicitement un cer
tain nombre de contraintes de production comme en témoigne
le fait qu'un seul sujet a produit une phrase complète alors que
cette « stratégie » de production était probablement la plus eff
icace. L'analyse des résultats montre une supériorité dé la situa
tion de production (13,47) sur la situation de présentation (10,5)
au premier essai (effet production) : (F'l(l — 19) = 42.92,
p < .0005).
Dans la condition OC, cette supériorité se maintient tout
au long de l'apprentissage (F'l(l — 19) = 22,84 et 33,51 pour
le deuxième et le troisième essai, p < .0005 ; F'l(l — 19)
= 14,23, p < .005 pour le quatrième essai). Dans la condi-
Tableau 1. — Nombre moyen de rappels corrects
en fonction du rang de l'essai d'apprentissage
Rang
2 3 1 4
PRO 13,62 16,25 17,45 18,18 Ordre constant 15,67 PRE 10,13 13,9 17,05
PRO 13,32 15,12 16,27 16,95 Ordre modifié iPRE 10,87 15,17 16,4 17,23 Production ei mémorisation 375
tion OM, la différence entre les situations PRO et PRE est
significative au premier essai (F'l(l — 19) = 20,15, p < .0005)
et disparaît dès le deuxième essai.
Ces résultats confirment donc que l'organisation interne de
la liste des mots produits est un facteur important dans la supér
iorité de la production sur la présentation.
Pour essayer de confirmer cette hypothèse, nous avons
étudié les corrélations (p de Spearman) en situation PRO et PRE
entre l'ordre initial des mots (ordre de production ou de pré
sentation) et l'ordre de rappel au quatrième essai.
Tableau 2. — Coefficient de corrélation moyen,
en valeur absolue, entre Vordre initial des mois
et leur ordre de rappel suivant que l'ordre intéressais
est constant (OC) ou modifié (OM)
OC OM
PRO .70 .53
PRE .56 .24
On constate dans le tableau 2 que cette corrélation, en valeur
absolue, est très forte en situation PRO/OG et plus faible dans
les situations PRO/OM et PRE/OC qui diffèrent peu. Globa
lement, les sujets, en situation de production, utilisent donc
davantage l'ordre des mots qu'en situation de présentation.
Les modifications de l'ordre entre chaque essai entraînent
toutefois une baisse semblable en PRE et en PRO.
3. Analyse en unités des rappels des sujets
Nous avons appliqué à chaque liste de mots rappelés par
chaque sujet une technique d'analyse permettant de rechercher
les unités formées par le sujet au moment du rappel : on appelle
une unité un groupe de mots rappelés par le sujet. Chaque rappel
est donc caractérisé par le nombre d'unités qu'il comprend
(entre 0 et 10 pour une liste de 20 mots) et par le nombre de
mots par unité (entre 2 et 20 mots pour une liste de 20 mots) ;
tout mot rappelé ne fait pas obligatoirement partie d'une unité.
Au premier essai d'apprentissage d'une liste, on compare l'ordre 376 A. Charles et H. Tardieu
de présentation ou de production et l'ordre de rappel ; une
unité correspond à une suite d'au moins deux mots adjacents
lors de la présentation et lors du rappel. Si, par exemple, un
sujet rappelle les mots ayant les rangs de présentation su
ivants : 4, 5, 12, 14 et 15. On considérera que ce rappel comprend
deux unités de deux mots chacune : une unité formée par les
mots 4 et 5 et une unité formée par les mots 14 et 15. Au deuxième
essai d'apprentissage de la même liste, on compare l'ordre de
rappel au premier essai et l'ordre de rappel au deuxième essai
en tenant compte des unités formées au premier essai ; si par
exemple le sujet rappelle à nouveau les mots de rang 4, 5, 12,
15 et 14, on considérera que son rappel comprend une seule unité
formée par les 5 mots rappelés. Cette analyse est réalisée aut
omatiquement par ordinateur.
Pour un exposé détaillé de cette technique d'analyse et des
solutions proposées quel que soit le rappel, on se reportera à
l'article de Charles et Tardieu (1984).
Les résultats obtenus sont les suivants :
a) Cas où l'ordre des mots est constant d'un essai au su
ivant (condition OC).
Tableau 3. — Nombre moyen d'unités formées
au cours des 4 rappels (RI, R2, R3, R4)
RI R2 R3 R4
PRO 3,2 2,8 3,1 2,9
PRE 1,7 2,3 3,3 3,4
Tableau 4. - — Taille moyenne (nombre de mots)
des unités au cours des 4 rappels
RI R2 R3 R4
3,5 4 PRO 2,9 4,8
PRE 2,2 2,4 2,6 3,1
On peut constater, à partir de cette analyse globale, que le
nombre d'unités (tableau 3) est relativement stable en PRO
(nous allons voir ce que recouvre cette apparente stabilité)
et qu'en situation PRE il augmente fortement jusqu'au 3e essai.
En ce qui concerne la taille des unités (tableau 4), on constate

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