Étude dynamique d'échantillons verbaux chez des sujets normaux et chez des malades atteints de lésions cérébrales. Étude du « débit verbal » - article ; n°2 ; vol.68, pg 431-449

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L'année psychologique - Année 1968 - Volume 68 - Numéro 2 - Pages 431-449
A partir d'enregistrements verbaux correspondant à divers types de situations de langage (entretien semi-directif, description d'images, évocation sur un thème donné), les auteurs étudient une série d'échantillons verbaux d'une minute. Chacun de ces échantillons est transcrit de façon intégrale. Ils sont ensuite analysés selon divers critères :
1° Débit verbal syllabique : quantité de syllabes émise par seconde ;
2° Quantité de mots émise à la minute ;
3° Diversité du vocabulaire employé (rapport type-occurrence) ;
4° Représentation relative de certaines catégories grammaticales ;
5° Adéquation au thème (mesuré à la proportion de mots adéquats sur l'ensemble de mots émis) ;
6° Quantité d'informations émise en fonction du temps. Les deux dernières parties du protocole explorant plus particulièrement le contenu sémantique de l'échantillon émis.
Quatre groupes ont été étudiés (10 normaux, 9 hémisphériques droits, 9 hémisphériques gauches, 9 frontaux).
Les résultats sont étudiés dans ces quatre catégories.
Les auteurs insistent sur l'intérêt de l'étude dynamique du langage. Il permet l'analyse quantitative du débit verbal et du matériel verbal émis. Il permet aussi d'apprécier les possibilités qu'a un sujet d'utiliser ces éléments pour élaborer cet assemblage verbal procursif que nécessitent une description, une explication ou un récit.
From verbal recordings corresponding to various types of language situations (semi-directive talks, images description, evocations on a given theme), the authors study a series of one minute verbal samples. Every sample is integrally transcribed. They are thereafter analyzed according to various criteria :
1° Syllabic verbal utterance : quantity of syllables per second ;
2° Quantity of words per minute ;
3° Relative representation of certain grammatical categories ;
4° Diversity of the vocabulary used (ratio type/occurrence) ;
5° Adequation to the theme (measured by the ratio of adequate words to the set of words uttered) ;
6° Quantity of informations emitted in terms of time. The last two parts of the protocol exploring more particularly the semantic contents of the sample emitted.
Four groups have been studied (10 normal, 9 right-hemispherical, 9 left-hemispherical, 9 frontal).
The results are observed in these four categories.
The authors stress the interest of the dynamic study of language enabling the quantitative analysis of verbal utterance and the verbal material emitted. It also enables one to appreciate the possibilities offered to a subject to use those elements to elaborate this verbal procursive combination needed for a description, an explanation or a story.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1968
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J. Barbizet
G. Lenoir
Étude dynamique d'échantillons verbaux chez des sujets
normaux et chez des malades atteints de lésions cérébrales.
Étude du « débit verbal »
In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°2. pp. 431-449.
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Barbizet J., Lenoir G. Étude dynamique d'échantillons verbaux chez des sujets normaux et chez des malades atteints de lésions
cérébrales. Étude du « débit verbal ». In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°2. pp. 431-449.
doi : 10.3406/psy.1968.27626
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1968_num_68_2_27626Résumé
A partir d'enregistrements verbaux correspondant à divers types de situations de langage (entretien
semi-directif, description d'images, évocation sur un thème donné), les auteurs étudient une série
d'échantillons verbaux d'une minute. Chacun de ces échantillons est transcrit de façon intégrale. Ils sont
ensuite analysés selon divers critères :
1° Débit verbal syllabique : quantité de syllabes émise par seconde ;
2° Quantité de mots émise à la minute ;
3° Diversité du vocabulaire employé (rapport type-occurrence) ;
4° Représentation relative de certaines catégories grammaticales ;
5° Adéquation au thème (mesuré à la proportion de mots adéquats sur l'ensemble de mots émis) ;
6° Quantité d'informations émise en fonction du temps. Les deux dernières parties du protocole
explorant plus particulièrement le contenu sémantique de l'échantillon émis.
Quatre groupes ont été étudiés (10 normaux, 9 hémisphériques droits, 9 hémisphériques gauches, 9
frontaux).
Les résultats sont étudiés dans ces quatre catégories.
Les auteurs insistent sur l'intérêt de l'étude dynamique du langage. Il permet l'analyse quantitative du
débit verbal et du matériel verbal émis. Il permet aussi d'apprécier les possibilités qu'a un sujet d'utiliser
ces éléments pour élaborer cet assemblage verbal procursif que nécessitent une description, une
explication ou un récit.
Abstract
From verbal recordings corresponding to various types of language situations (semi-directive talks,
images description, evocations on a given theme), the authors study a series of one minute verbal
samples. Every sample is integrally transcribed. They are thereafter analyzed according to various
criteria :
1° Syllabic verbal utterance : quantity of syllables per second ;
2° Quantity of words per minute ;
3° Relative representation of certain grammatical categories ;
4° Diversity of the vocabulary used (ratio type/occurrence) ;
5° Adequation to the theme (measured by the ratio of adequate words to the set of words uttered) ;
6° Quantity of informations emitted in terms of time. The last two parts of the protocol exploring more
particularly the semantic contents of the sample emitted.
Four groups have been studied (10 normal, 9 right-hemispherical, 9 left-hemispherical, 9 frontal).
The results are observed in these four categories.
The authors stress the interest of the dynamic study of language enabling the quantitative analysis of
verbal utterance and the verbal material emitted. It also enables one to appreciate the possibilities
offered to a subject to use those elements to elaborate this verbal procursive combination needed for a
description, an explanation or a story.Centre de Rééducation de la Mémoire et du Langage
Hôpital A. Chenevier (Créteil)
ÉTUDE DYNAMIQUE D'ÉCHANTILLONS VERBAUX
CHEZ DES SUJETS NORMAUX ET CHEZ DES MALADES
ATTEINTS DE LÉSIONS CÉRÉBRALES.
ÉTUDE DU « DÉBIT VERBAL »
par J. Barbizet et Mme G. Lenoir
SUMMARY
From verbal recordings corresponding to various types of language
situations (semi-directive talks, images description, evocations on a given
theme), the authors study a series of one minute verbal samples. Every
sample is integrally transcribed. They are thereafter analyzed according
to various criteria :
1° Syllabic verbal utterance : quantity of syllables per second;
2° Quantity of words per minute;
3° Relative representation of certain grammatical categories ;
4° Diversity of the vocabulary used (ratio type/occurrence) ;
5° Adequation to the theme (measured by the ratio of adequate words to
the set of words uttered) ;
6° Quantity of informations emitted in terms of time. The last two
parts of the protocol exploring more particularly the semantic contents
of the sample emitted.
Four groups have been studied (10 normal, 9 right-hemispherical,
9 left-hemispherical, 9 frontal).
The results are observed in these four categories.
The authors stress the interest of the dynamic study of language ena
bling the quantitative analysis of verbal utterance and the verbal material
emitted. It also enables one to appreciate the possibilities offered to a subject
to use those elements to elaborate this verbal procursive combination needed
for a description, an explanation or a story.
Nous nous proposons ici d'étudier un caractère du langage
pathologique un peu négligé en clinique : le débit. En effet, à côté
de l'aspect pour ainsi dire statique de l'examen classique où l'on
fait le bilan des possibilités d'expression et de compréhension
du langage, nous avons, dans une recherche expérimentale, porté
notre attention sur l'aspect dynamique en tâchant d'évaluer à MÉMOIRES ORIGINAUX 432
travers des échantillons de langage soigneusement choisis, quels
étaient le nombre et le type d'éléments verbaux émis en un
temps donné et quelle était la valeur informative du contenu
sémantique émis dans le même temps.
On peut définir le débit verbal comme la quantité de langage
par unité de temps. Si cette notion est facile à comprendre, il
nous faudra néanmoins préciser nos unités, ce que nous ferons
lors de la description du protocole que nous avons adopté.
Le débit verbal apparaît soumis à de nombreuses variations :
la langue, l'individu, le thème traité, etc. Son étude a déjà
retenu l'attention de plusieurs chercheurs (Goldman-Eisler, 1956 ;
Kanfer, 1959). Mais tandis que leur propos était d'étudier les
facteurs psychologiques extra-verbaux susceptibles d'intervenir
dans le débit verbal (anxiété des sujets, thèmes de leurs discours,
longueur des pauses de silence), le nôtre sera de mettre en évi
dence les répercussions d'atteintes neurologiques centrales sur
le débit verbal.
Nous présenterons successivement la population sur laquelle
a porté notre étude, notre protocole d'examen et les résultats
obtenus en confrontant les données recueillies auprès d'un groupe
de témoins normaux à celles des trois groupes pathologiques
étudiés (lésions de l'hémisphère droit, lésions frontales, lésions
de l'hémisphère gauche avec aphasie).
A) POPULATION ÉTUDIÉE
Notre étude, réalisée à l'hôpital Albert-Chenevier, a porté
sur quatre groupes :
1) Un groupe de dix normaux, indemnes de troubles neuro
logiques centraux, recueillis parmi les visiteurs des malades.
2) Un groupe de dix sujets atteints de lésions de l'hémisphère
droit ; ces sujets, dont les lésions se situent au niveau du carrefour
pariéto-temporo-occipital droit, souffrent d'hémiplégie gauche
ainsi que d'apraxie constructive et d'agnosie visuelle (ces mêmes
lésions entraîneraient, sur l'hémisphère gauche, une aphasie de
Wernicke).
Nous avons classé ces sujets selon l'importance de leurs déficits
practo-gnosiques, en attribuant à chacun un rang par ordre de
gravité croissante (le rang X est celui du sujet le plus gravement
touché, chaque observation de ce groupe sera précédée de la
lettre D, afin de spécifier qu'il s'agit d'un sujet du groupe des
lésions droites) : BARBIZET ET Mme G. LENOIR 433 J.
— Obs. D I, obs. D II, obs. D III (déficits légers).
—D IV, obs. D V, obs. D VI, obs. D VII, obs. D VIII (déficits
importants).
— Obs. D IX, obs. D X (échecs massifs aux épreuves practo-gnosiques).
3) Un groupe de neuf sujets atteints de lésions de l'hémisphère
gauche, souffrant d'aphasie de Wernicke, choisis de façon à ce
que leurs niveaux de compréhension et d'expression1 soient
comparables et suffisants pour permettre un entretien.
Ces sujets sont classés selon la sévérité de leur aphasie, compte tenu
de leur niveau de compréhension et d'expression. Un rang est attribué
à chacun en fonction de l'importance de son aphasie (le rang IX corres
pond au sujet le plus gravement touché, G = lésions gauches).
— Obs. G I, obs. G II, obs. G III (troubles légers de la compréhension
et de l'expression).
— Obs. G IV, obs. GV, obs. G VI (troubles marqués).
—G VII, obs. G VIII, obs. G IX (troubles importants).
4) Un groupe de neuf sujets atteints de lésions frontales et
n'ayant pas de troubles de la série aphasique. Il s'agissait
dans 6 cas de lobectomies unilatérales droites (2 hématomes
spontanés, 2 attritions traumatiques, I astro cy tome et 1 ménin-
giome) et dans 3 cas de lésions bilatérales (2 méningiomes et
1 maladie de Pick).
Ces malades sont classés selon l'importance de leur syndrome
frontal, marqué essentiellement par leur apragmatisme (F = syn
drome frontal).
— Obs. F I, obs. F II, obs. F III (absence d'apragmatisme ou apragmat
isme léger).
— Obs. F IV, obs. FV, obs. F VI (apragmatisme important).
—F VII, obs. F VIII, obs. F IX quasi total).
La plupart de nos observations ont été effectuées en général
de 6 à 18 mois après les débuts de la maladie ou après l'inte
rvention.
Nous avons tenté d'homogénéiser au maximum nos groupes
en éliminant dans la mesure du possible les variables d'âge et
de niveau culturel.
L'âge médian et le sexe de nos groupes étaient les suivants :
Normaux 59 ans 6 hommes et 4 femmes de 45 à 68 ans
Hémiplégies gauches. . 64 - 6 — 4 — 43 à 74 -
Aphasiques 60 - 7 — 2 — 48 à 64 -
Frontaux 61 - 3 — 6 — 35 à 65 -
1. Cf. cotation de l'aphasie.
a. psychol. 68 28 434 MEMOIRES ORIGINAUX
TABLEAU I
Répartition des sujets
selon leur niveau socio-culturel1
Normaux Hémiplégies gauches Aphasiques Frontaux
N C, 2 2 2 3 3
N.C. 3-4 7 7 6 5
N C, 1 5-6
N.C. 7 1 1
B) PROTOCOLE
Tous les examens ont été faits par le même examinateur
(G. Lenoir), dans les mêmes conditions de passation et d'enre
gistrement.
L'ensemble de l'entretien est enregistré. Seuls certains échant
illons seront utilisés pour cette étude. Leur début est marqué
par une phrase clé posée par l'examinateur. C'est la réponse
fournie pendant la minute qui suit cette phrase clé qui fournit
l'échantillon verbal qui sera analysé.
Dans une première partie on étudie une conversation libre
et six thèmes sont proposés au sujet. Pour chaque thème l'on
procède à une mise en situation puis l'on pose la phrase clé
suivante :
1° Parlez-moi de vous.
2° Racontez-moi votre accident (ou celui de la personne que vous êtes
venu voir).
3° En quoi consiste votre métier.
4° Parlez-moi de votre famille.
5° Faites-moi le récit de votre journée d'hier.
6° Décrivez-moi l'intérieur de votre maison.
Dans une seconde partie, des tâches verbales plus focalisées sont
demandées :
1° Description d'une image.
2° Deux épreuves d'évocations à la vue d'un objet (un verre) :
— évocations spontanées (« dites-moi tout ce que cet objet vous
évoque ») ;
1. Cf. Classification des niveaux culturels habituellement utilisée en France.
N.C. 2, faible scolarisation ; N.C. 3, C.E.P.-C.A.P. ; N.C. 4, B.E.P.C. ;
N.C. 5-6, Baccalauréats 1er et 2e (6 à 7 ans d'études secondaires) ; N.C. 7, Études
universitaires. BARBIZET ET Mme G. LENOIR 435 J.
— évocations à partir du même objet après proposition d'un modèle
d'investigation (on demande au sujet d'organiser ses évocations
selon l'usage, la forme, la matière après lui avoir fourni un
exemple du même type).
C'est encore la première minute de chaque réponse qui nous fournit
l'échantillon verbal qui sera étudié. L'examinateur n'intervient pas
excepté si le sujet s'égare hors du thème pendant vingt secondes ou
s'il se tait ; la consigne est alors répétée.
A ces deux parties du protocole s'ajoutent deux épreuves chrono
métrées :
— l'évocation de séries automatiques (alphabet, jours de la semaine,
compter jusqu'à 20) ;
— l'épreuve de fluidité verbale de Thurstone (évoquer le plus de mots
possible commençant par une lettre donnée en un temps limité
à 5 minutes).
Dépouillement des données
Nous avons procédé à la transcription intégrale des éléments verbaux
émis au cours de chaque minute d'enregistrement puis au découpage
du passage obtenu en tranches de dix secondes. Nous avons ensuite
analysé les éléments obtenus selon les critères suivants :
— A un premier niveau formel, nous avons mesuré le débit verbal
en étudiant la quantité de syllabes émises par seconde.
— A un second niveau, notre étude a porté sur la composition du
langage émis : a) Dénombrement des mots émis à la minute (nous avons
considéré comme mot l'unité morphologique libre minimale) ; b) Divers
ité du vocabulaire employé (rapport type-occurrence) ; c) Représentat
ion relative de certaines catégories grammaticales.
— A un troisième niveau, nous avons analysé le contenu sémantique
en étudiant : a) L'adéquation au thème (mesurée par la proportion
de mots adéquats sur l'ensemble de mots émis) ; b) La quantité d'info
rmations émises en fonction du temps (nombre de propositions informat
ives par minute, nous préciserons plus loin nos critères).
C) RÉSULTATS
I. — Le débit verbal
1) Résultats obtenus par le groupe normal
En étudiant les enregistrements de la première partie de
notre protocole, nous avons constaté qu'un individu de langue
française qui s'exprime librement durant une minute sans inter
vention de l'interlocuteur émet en moyenne 3,27 syllabes par
seconde. Toutefois certaines personnes s'expriment plus lent
ement (2,46), d'autres plus rapidement (4,25). Lors d'instants 436 MÉMOIRES ORIGINAUX
privilégiés, nous avons relevé que certains sujets émettaient
plus de 6 syllabes par seconde.
Nous avons voulu comparer ce débit du langage spontané
au débit des épreuves de la deuxième partie du protocole. L'élo-
cution apparaît plus lente pour ce second type d'épreuve (2,26 sy
llabes/seconde). Ces observations confirment à quel point le débit
varie d'un individu à l'autre, et pour un même individu selon
la tâche qu'il accomplit. L'étude comparée du nombre de syl
labes émises à chacune des six réponses de la première partie
montre la variabilité individuelle en fonction des différents
thèmes proposés (le débit moyen à la première question « Parlez-
moi de vous » étant de 2,9 syllabes par seconde, tandis que le
thème « accident » provoque l'émission de 3,6 syllabes).
2) Les modifications du débit verbal
a) Analyse comparée des résultats de groupes. — Le débit
verbal apparaît modifié dans les 3 groupes pathologiques, dans
le sens d'un ralentissement comme le montrent les résultats
numériques du tableau II.
TABLEAU II
Débit verbal
(moyennes de groupe en syllabes /seconde)
Normaux Lés. D. Lés. G. + aph. Synd. fr.
Partie I du
3,27 2,88 (a = 2,62 (o = 1 ,86 (o = protocole (a = 0,59) 1, 0,97) 06) = 0,76) 0,65) 1,64 (o 1,54 (a = 1 ,18 (a = Partie II .. 2,26 (o = 0,62) 0,b9) 1, 03)
% baisse de
I par
port à II 43 38 % 41 % 36 °/ % >
En ce qui concerne le débit spontané (partie I du protocole)
le ralentissement observé dans le groupe des lésions hémisphér
iques droites ne peut être retenu comme significatif. La moyenne
obtenue par le groupe des sujets aphasiques n'est pas significa-
tivement différente de celle du groupe témoin, mais nous verrons
plus loin que certains aphasiques ont un débit particulièrement
faible. Le ralentissement observé dans le groupe des lésions
frontales est significatif (/2 = 4,23, P < .05)1.
1. Épreuve de la médiane, Faverge, Méthodes statistiques en psychologie
appliquée. BARBIZET ET Mme G. LENOIR 437 J.
Lors des épreuves plus focalisées de la partie II du protocole,
les 3 groupes pathologiques ont un débit significativement ralenti
par rapport aux normes (P < .05, Lésions droites y2 = 5, Lésions
gauches y2 = 4,23, Frontaux y2 = 4,23).
La chute du débit entre ces deux parties du protocole tend
à être plus accentuée dans les cas de lésions droites et de lésions
gauches avec aphasie. Soulignons toutefois que le ralentissement
constaté dans le groupe des lésions droites lors de la partie II
s'observe plus particulièrement à la description d'image, ce qui
n'est pas surprenant chez des sujets atteints d'agnosie visuelle
(ce ralentissement quoique marqué n'est pas significatif/2 = 3,23,
P < .10). Chez les aphasiques, la chute du débit apparaît essen
tiellement à l'épreuve d'évocations semi-dirigées (où il leur est
demandé d'une part d'adopter un modèle, d'autre part d'orga
niser eux-mêmes leurs évocations en fonction de catégories pro
posées (T man Witney1 = 116, P .05). Le débit des sujets
atteints de lésions frontales se montre moins variable de la
première à la deuxième partie du protocole ; en fait, d'une part,
leur débit initial lors de la première partie est extrêmement
faible, par conséquent peu soumis à des baisses très marquées,
d'autre part, si leur débit verbal se modifie peu, nous verrons
plus loin que le contenu sémantique des réponses se détériore.
Nous avons signalé l'influence des thèmes proposés sur le
débit verbal. Certains thèmes comme celui du récit de l'accident
entraînent dans tous les groupes une élévation du débit (groupe
témoin augmentation de 11 %, lésions droites 23 %, apha
siques 13 %, frontaux 18 %). D'autres thèmes, tels que la
famille, le métier, le récit des occupations de la veille, la des
cription de la maison n'entraînent pas de variations particulières
(si ce n'est des variations minimes en fonction des intérêts
propres à chaque individu quel que soit le groupe dont il fait
partie) ; cependant, on relève une baisse du débit à la descrip
tion de la maison qui se montre particulière au groupe des
aphasiques (baisse de 17 % significative au seuil .05 y2 = 5,98
normaux 5 %, lésions droites 1 %, frontaux 6 %). Ce thème
nécessite vraisemblablement un effort de mémoire, de représent
ation, de précision verbale en l'absence de l'objet, qui handicap
erait davantage les aphasiques.
1. T man Whitney, tables pour petits échantillons, Faverge, Méthodes
slalisliques en psychologie appliquée.
Nous employons des épreuves non paramétriques en raison de la petitesse
des échantillons et de l'anormalité de certaines distributions. MÉMOIRES ORIGINAUX 438
b) Analyse des scores individuels. — Les résultats de groupe
ne nous renseignent pas sur les scores individuels, aussi avons-
nous cherché à distinguer, à l'intérieur de chaque groupe patho
logique, les individus dont le débit n'avait qu'une faible probab
ilité d'être normal (malgré la faiblesse du nombre d'effectifs,
nous considérerons la distribution du groupe témoin — dont les
effectifs se répartissent de façon normale (^2 de normalité) —
comme représentative de la population normale et nous util
iserons la loi normale réduite pour déterminer les limites à partir
desquelles on peut considérer que le débit d'un individu n'a
qu'une probabilité .05 d'être normal).
Dans le groupe des lésions droites, Fobs. D IX et à la limite
l'obs. D X ont un débit inférieur à celui que 97,5 % des indi
vidus normaux ont des chances d'obtenir (soit un débit spontané
inférieur à 2,11 syllabes/seconde, score que 97,5 % des normaux
dépasseront probablement). Nous remarquons que obs. D IX
et obs. D X sont les individus les plus touchés sur le plan
practognosique.
Parmi les aphasiques, les obs. G VI, G VII, G VIII, accusent
un ralentissement verbal important : ce sont les cas d'aphasie
sévère. Toutefois, l'obs. G IX, qui présente une aphasie grave
avec un jargon paraphasique assez important, a un débit normal.
Dans le groupe des lésions frontales, obs. F V, obs. F VI,
obs. F VII, obs. F VIII, obs. F IX ont un débit extrêmement
faible : ce sont les sujets les plus apragmatiques. Ceci met en
évidence le manque d'incitation à la parole ainsi que les diff
icultés d'évocation des sujets atteints de syndromes frontaux
sévères.
En résumé. — Les sujets atteints de lésions de l'hémisphère
droit ont montré, dans l'ensemble, un certain ralentissement
verbal, ceux qui avaient un débit anormalement ralenti étaient
ceux qui avaient une apractognosie massive.
Parmi les aphasiques, les plus lents sont les sujets qui ont
les plus importantes difficultés d'expression et en sont conscients.
Les sujets présentant un syndrome frontal se caractérisent
par l'extrême lenteur de leur elocution, témoin de leur manque
d'incitation à la parole, en liaison avec l'importance de leur
apragmatisme.
S'il nous a été possible de constater que les 3 groupes patho
logiques se caractérisaient par un ralentissement verbal, il ne
nous est pas possible de savoir si certains sujets ont un débit

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