Etude expérimentale de l'activité de recherche mnésique dans la reconnaissance à long terme - article ; n°2 ; vol.81, pg 385-408

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L'année psychologique - Année 1981 - Volume 81 - Numéro 2 - Pages 385-408
Résumé
Cette recherche étudie l'influence de l'accessibilité immédiate et de l'attention sur les effets de contexte en reconnaissance à long terme. Les résultats obtenus montrent que l'effet inhibiteur d'un changement de contexte entre l'étude et le test est fonction du degré d'attention accordé au contexte. De plus on constate que, lorsque le sujet accorde beaucoup d'attention au contexte, l'existence d'une forte association entre le contexte de reconnaissance et le contexte d'étude facilite la performance. On observe également que cette interaction entre l'effet de l'attention et l'effet du contexte dépend du niveau d'accessibilité immédiate mesuré par le rappel antérograde et le rappel rétrograde. Cependant, à la différence de Rabinowitz, Mandler et Barsalou (1977), la probabilité d'échec de la reconnaissance n'est pas différente pour les items qui ont été rappelés de façon rétrograde et pour ceux qui ont été rappelés de façon antérograde. Une telle divergence est attribuée à des effets d'ordre dans la succession des divers tests de rétention. Il s'en suit que l'on ne peut pas considérer la récupération rétrograde comme spécifique de la recherche mnésique en reconnaissance. Les données obtenues renforcent plutôt l'hypothèse selon laquelle la recherche conditionnelle en reconnaissance se développe à partir du contexte de test, le sujet essayant d'évoquer un contexte d'encodage susceptible d'avoir été associé à la cible au moment de l'étude. Une telle hypothèse peut rendre compte des effets du degré d'attention accordé au contexte et de ceux de la force d'association entre le contexte de reconnaissance et le contexte d'étude.
Summary
The experiments reported investigate the influence of attention and short-term accessibility on context effects in long-term recognition memory. The results show that the detrimental effects of context alteration between the study and the test are a function of the amount of attention paid to context. Moreover, it is shown that using strongly associated contexts in the study and the test will improve performance in a recognition test when subfects pay a great deal of attention to the context. This interaction between the effects of attention and context is shown to be affected by the degree of short-term accessibility as measured by forward and backward recalls. However, the probability of recognition for forward recallable items was found to be the same as for/backward recallable items. This result differs from that reported by Rabinowitz, Mandler and Barsalou (1977). This divergence can probably be assigned to an order effect triggered by the sequence of retention tests. Consequently, backward retrieval cannot be considered to characterize recognition memory specifically. Results support the hypothesis that check retrieval in recognition starts from the context of the test, with subjects trying to retrieve the context likely to have been used with the target in the study. This hypothesis accounts for the effects of attention paid to context and those of associative strength between test context and study context.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1981
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Guy Tiberghien
Etude expérimentale de l'activité de recherche mnésique dans la
reconnaissance à long terme
In: L'année psychologique. 1981 vol. 81, n°2. pp. 385-408.
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Tiberghien Guy. Etude expérimentale de l'activité de recherche mnésique dans la reconnaissance à long terme. In: L'année
psychologique. 1981 vol. 81, n°2. pp. 385-408.
doi : 10.3406/psy.1981.28382
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1981_num_81_2_28382Résumé
Résumé
Cette recherche étudie l'influence de l'accessibilité immédiate et de l'attention sur les effets de contexte
en reconnaissance à long terme. Les résultats obtenus montrent que l'effet inhibiteur d'un changement
de contexte entre l'étude et le test est fonction du degré d'attention accordé au contexte. De plus on
constate que, lorsque le sujet accorde beaucoup au contexte, l'existence d'une forte
association entre le contexte de reconnaissance et le contexte d'étude facilite la performance. On
observe également que cette interaction entre l'effet de l'attention et l'effet du contexte dépend du
niveau d'accessibilité immédiate mesuré par le rappel antérograde et le rappel rétrograde. Cependant, à
la différence de Rabinowitz, Mandler et Barsalou (1977), la probabilité d'échec de la reconnaissance
n'est pas différente pour les items qui ont été rappelés de façon rétrograde et pour ceux qui ont été
rappelés de façon antérograde. Une telle divergence est attribuée à des effets d'ordre dans la
succession des divers tests de rétention. Il s'en suit que l'on ne peut pas considérer la récupération
rétrograde comme spécifique de la recherche mnésique en reconnaissance. Les données obtenues
renforcent plutôt l'hypothèse selon laquelle la recherche conditionnelle en reconnaissance se développe
à partir du contexte de test, le sujet essayant d'évoquer un contexte d'encodage susceptible d'avoir été
associé à la cible au moment de l'étude. Une telle hypothèse peut rendre compte des effets du degré
d'attention accordé au contexte et de ceux de la force d'association entre le contexte de
reconnaissance et le d'étude.
Abstract
Summary
The experiments reported investigate the influence of attention and short-term accessibility on context
effects in long-term recognition memory. The results show that the detrimental effects of
alteration between the study and the test are a function of the amount of attention paid to context.
Moreover, it is shown that using strongly associated contexts in the study and the test will improve
performance in a recognition test when subfects pay a great deal of attention to the context. This
interaction between the effects of attention and context is shown to be affected by the degree of short-
term accessibility as measured by forward and backward recalls. However, the probability of recognition
for forward recallable items was found to be the same as for/backward recallable items. This result
differs from that reported by Rabinowitz, Mandler and Barsalou (1977). This divergence can probably be
assigned to an order effect triggered by the sequence of retention tests. Consequently, backward
retrieval cannot be considered to characterize recognition memory specifically. Results support the
hypothesis that check retrieval in recognition starts from the context of the test, with subjects trying to
retrieve the context likely to have been used with the target in the study. This hypothesis accounts for
the effects of attention paid to context and those of associative strength between test context and study
context.L'Année Psychologique, 1981, Hl, 385-408
Université de Paris VIII
Laboratoire de Psychologie
ERA CNRS n° 2351
ÉTUDE EXPÉRIMENTALE
DE L'ACTIVITÉ DE RECHERCHE MNÉSIQUE
DANS LA RECONNAISSANCE A LONG TERME
par Guy Tiberghien
SUMMARY
The experiments reported investigate the influence of attention and
short-term accessibility on context effects in long-term recognition memory.
The results show that the detrimental effects of context alteration between
the study and the test are a function of the amount of attention paid to
context. Moreover, it is shown that using strongly associated contexts in
the study and the test will improve performance in a recognition test when
subjects pay a great deal of attention to the context. This interaction
between the effects of attention and context is shown to be affected by the
degree of short-term accessibility as measured by forward and backward
recalls. However, the probability of recognition for recallable items
was found to be the same as for^backward recallable items. This result
differs from that reported by Rabinowitz, Mandler and Barsalou (1977).
This divergence can probably be assigned to an order effect triggered by
the sequence of retention tests. Consequently, backward retrieval cannot be
considered to characterize recognition memory specifically. Results support
the hypothesis that check retrieval in recognition starts from the context
of the test, with subjects trying to retrieve the context likely to have been
used with the target in the study. This hypothesis accounts for the effects
of attention paid to context and those of associative strength between test
context and study context.
La décennie qui vient de s'écouler s'est traduite par une
transformation radicale des modèles théoriques de la reconnais
sance mnésique à long terme. La majorité des psychologues de
1. 2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis Cedex 02, France. 386 Guy Tiberghien
la mémoire considèrent aujourd'hui qu'il y a des problèmes
d'accès à l'information mnésique, non seulement en rappel mais
aussi en reconnaissance (pour une revue de cette évolution,
v. Tiberghien et Lecocq, 1980; Lecocq et Tiberghien, 1980;
Lecocq, 1980 ; Tiberghien, 1980 a). Les nouvelles conceptions de
la mémoire humaine ont, en effet, rompu avec l'hypothèse d'une
reconnaissance « automatique » qualitativement différente du
rappel (Kintsch, 1970, 1974). Cependant une telle évolution a fait
naître de nouvelles et difficiles questions qui sont, sans doute,
encore assez loin d'être résolues. Et, tout d'abord, on peut encore
se demander quelles sont les propriétés du processus de récupé
ration en reconnaissance et sur quelles informations mnésiques il
opère précisément (v. Graik, 1979, pp. 89-91). Répondre à cette
question c'est évidemment s'interroger également sur les diff
érences et les similitudes qui existent entre l'activité psychologique
de rappel et celle de reconnaissance.
C'est probablement la théorie de l'ecphorie (Tulving, 1976) qui
a le plus insisté sur l'unité fondamentale du processus de récupé
ration de l'information mnésique dans le rappel et la reconnais
sance. Pour Tulving, ces deux indicateurs pourraient être définis
par une interaction inconsciente (résonance) entre l'information
contenue dans la trace mnésique et l'information échantillonnée
dans la situation de test. Les différences empiriques observées
entre le rappel et la reconnaissance s'expliqueraient donc entièr
ement par le fait qu'il n'y aurait pas de corrélation entre l'info
rmation extraite de la situation de rappel et celle extraite de la
situation de reconnaissance. Comme le notent Flexser et Tulving
(1978, p. 156) : «... la reconnaissance et le rappel ne sont ni sto-
chastiquement indépendants, ni complètement dépendants, ils
se caractérisent plutôt par un degré modéré d'interdépendance ».
Néanmoins, la théorie de Tulving est actuellement en train
d'évoluer puisque celui-ci fait maintenant intervenir un méca
nisme différentiel de décision dans le rappel et la reconnaissance.
Reprenant, en effet, la très ancienne hypothèse du double seuil
(R. McDougall, 1904), Tulving (1979) admet que le seuil d'évo
cation du rappel est plus élevé que le seuil de familiarité de la
reconnaissance. Il est cependant encore trop tôt pour apprécier
l'intérêt heuristique d'un tel amendement de la théorie de
l'ecphorie.
La position d'Anderson n'est pas très différente de celle de
Tulving en ce qui concerne la nature de l'information utilisée mnésique dans la reconnaissance 387 Recherche
dans le rappel et la reconnaissance. Selon la théorie de l'encodage
sémantique (Anderson et Bower, 1973, 1974 ; Anderson, 1976),
l'individu sélectionne, à partir de la situation de test et de son
contexte, un ensemble de traits organisés sous la forme de pro
positions ; il recherche ensuite un appariement maximal entre
cet ensemble et un treillis de propositions stocké en mémoire
permanente. Une telle représentation de l'interaction entre l'i
nformation mnésique et l'information contenue dans la situation
de test pourrait évidemment suffire à expliquer (ou à décrire ?)
les différences de performance constatées entre le rappel et la
reconnaissance. Cependant, Anderson considère également qu'il
y a des processus de récupération spécifiques du rappel (associa
tion en chaîne, génération lexicale), une procédure de récupération
qui est spécifique de la reconnaissance (génération sémantique)
et une procédure de récupération qui peut être utilisée indiff
éremment dans le rappel et la (recherche de mar
queurs d'occurrence).
La théorie de la « fragmentation » (Jones, 1978 a, 1978 6;
Le Voi et Rawles, 1979) va expliquer d'une autre façon « le
degré modéré de non-indépendance » que l'on peut constater
entre le rappel et la reconnaissance. Pour Jones, l'information
stockée en mémoire constitue un « fragment » de la situation
perceptive d'encodage ; ce fragment n'est accessible que si l'une
de ses composantes, au moins, est utilisée comme indice de récupér
ation. Cependant il existe deux façons de retrouver l'information
en mémoire : le sujet peut utiliser une connaissance « intrin
sèque », c'est-à-dire que l'indice et la cible sont contenus l'un dans
l'autre selon un mode rédintégratif ; le sujet peut également
utiliser une connaissance « extrinsèque », c'est-à-dire une connais
sance relative à l'association entre l'indice et la cible. La récupé
ration intrinsèque peut intervenir, de façon indépendante, dans
le rappel et dans la reconnaissance ; la récupération extrinsèque
n'intervient que dans le rappel mais nécessite, non seulement une
activité d'évocation mais aussi une activité de reconnaissance.
En conséquence, si le rappel utilise l'information extrinsèque, il
est alors dépendant de la reconnaissance ; mais il est indépendant
de la reconnaissance s'il utilise intrinsèque. Le
degré de dépendance entre le rappel et la reconnaissance ne serait
alors que la simple conséquence d'un mélange probabiliste entre
ces deux mécanismes de récupération.
La théorie du « double code » (Mandler, 1976, 1980 ; Rabinowitz, I. — Etude comparative Tableau
de cinq théories récentes du rappel
et de la reconnaissance
Processus mnésiques utilisés Informations mnésiques utilisées
Théories Rappel Reconnaissance Rappel Reconnaissance
1. Théorie de Vecphorie Traits épisodiques X Traits épisodiques Y Interaction inconsciente Interaction inconsciente
Seuil d'évocation Seuil de familiarité (Tulving, 1976, 1979)
2. Théorie de Vencodage Propositions Propositions Recherche de marqueurs Recherche de marqueurs
tiques X tiques Y Génération lexicale Génération sémantique sémantique (Anderson,
Association en chaîne 1973, 1976)
3. Théorie de la Connaissance Connaissance Redintegration Redintegration
intrinsèque intrinsèque mentation (Jones, (fragment) (fragment)
1978 a, 1978 b) Génération et
extrinsèque naissance
4. Théorie des deux Codes conceptuels Codes conceptuels Recherche antérograde Recherche rétrograde
d'une unité contexte- d'une unité contexte- Code de présentation codes (Mandler, 1976,
cible cible 1980)
Accès automatique à la
cible
5. Théorie de la Contexte Contexte Recherche associative Recherche associative
recherche conditionnelle Cible du contexte d'enco- de la cible à Dartir du
en reconnaissance contexte (antérograde) dage à partir du
contexte de test (Tiberghien, 1976,
Accès automatique à la 1979, 1980)
cible mnésique dans la reconnaissance 389 Recherche
Mandler et Barsalou, 1977 ; Rabinowitz, Mandler et Patterson,
1977 a) constitue une autre tentative d'explication des diff
érences observées entre le rappel et la reconnaissance. Pour ces
chercheurs, la trace mnésique résultant de l'encodage serait
constituée de deux codes : a) le « code de présentation», relatif
à la familiarité de l'information et à ses aspects perceptifs et
phonologiques ; b) les « codes conceptuels » résultant de l'activité
d'organisation déployée par l'individu et de l'intégration de
diverses relations contextuelles. Pour Mandler et ses collabora
teurs, les processus de récupération seraient fondamentalement
les mêmes dans le rappel et la reconnaissance. Cependant l'accès
au code de présentation s'effectuerait de façon automatique,
tandis que l'accès aux codes conceptuels nécessiterait la mise en
œuvre d'une activité de recherche mnésique consciente fondée,
vraisemblablement, sur une activité d'association en chaîne. Le
succès du rappel exigerait l'accès aux codes conceptuels, alors
que la reconnaissance pourrait s'effectuer à partir du simple
accès au code de présentation. Néanmoins l'individu aurait tou
jours la faculté, en reconnaissance, de s'engager dans une
recherche de contrôle en vue de récupérer certaines informations
conceptuelles. Mandler distingue, en outre, deux mécanismes
de récupération : a) la récupération « antérograde », spécifique
du rappel, lorsque le sujet recherche une information susceptible
d'être associée, de façon unitaire, à un contexte de récupération
défini ; b) la récupération « rétrograde », spécifique de la recon
naissance, lorsque le sujet tente, à partir d'une unité fonctionn
elle contexte-cible, de récupérer une nouvelle unité fonction
nelle intégrant la cible présentée. De tels mécanismes ne sont
évidemment pas sans similitude avec les concepts introduits par
Jones ou avec l'hypothèse de« l'information relationelle » proposée
par Humphreys (1976, 1978).
Si l'on compare systématiquement ces diverses théories, on
ne peut manquer d'être frappé par leurs très importantes conver
gences (tableau I). Elles postulent toutes l'identité de la trace
mnésique, en rappel comme en reconnaissance. Mais toutes
supposent aussi que l'information utilisée n'est pas la même dans
le rappel et la reconnaissance. Enfin, en ce qui concerne les pro
cessus mis en jeu, aucune de ces théories n'est, à strictement
parler, véritablement unitaire. Il y a toujours des processus qui
sont communs au rappel et à la reconnaissance et d'autres qui sont
spécifiques à l'une ou l'autre de ces situations de test. Nous avons, 390 Guy Tiberghien
nous-même, présenté un modèle de recherche conditionnelle en
reconnaissance (Tiberghien, 1976, 1980 b ; Tiberghien, Gauzinille,
Mathieu, 1979) qui présente de très sensibles ressemblances avec
les hypothèses de Mandler. Il en diffère, cependant, à la fois en ce
qui concerne l'information utilisée et en ce qui concerne les pro
cédures de récupération. Nous pensons, en effet, que l'informa
tion utilisée dans le rappel et la reconnaissance est partiellement
identique : la reconnaissance, il y a toujours un contexte
et une cible — ces deux éléments pouvant, mais ce n'est peut-être
pas le cas le plus fréquent, former une unité fonctionnelle ;
dans la situation de rappel, il y a toujours un contexte qui est
peut-être, plus souvent qu'on ne le dit, identique au contexte
de la reconnaissance. Notre conception des relations entre le
contexte et la cible est donc moins gestaltiste que celle de Mandler
ou même de Tulving. Cela a évidemment des implications par
rapport au processus de recherche conditionnelle que l'on peut
postuler en reconnaissance. Ainsi, pour Mandler, la recherche
rétrograde a toujours pour point d'origine l'unité fonctionnelle
constituée par le contexte de reconnaissance et la cible. Nous
pensons, au contraire, que le point d'origine de la recherche est
constitué par le contexte de lui-même, tout au
moins dans la plupart des paradigmes expérimentaux utilisés
jusqu'à présent. Dans ces conditions, l'objectif de la recherche
est de retrouver en mémoire un contexte épisodique fortement
associé au contexte de réconnaissance et susceptible d'être lui-
même « marqué » ou, si l'on préfère, d'être fortement associé à la
cible. Une telle analyse possède au moins deux implications :
a) il existe un processus de recherche spécifique de la reconnais
sance (Contexte de récupération -> Contextes générés menta
lement -> Cible) qu'il est utile de distinguer de la recherche anté-
rograde du rappel (Contexte de récupération -> Cible) ; la nature
des opérations psychologiques mises en jeu dans ces deux méca
nismes de recherche est sans doute fondamentalement la même,
mais il est clair qu'elles ne portent pas sur les mêmes informat
ions mnésiques ; b) l'efficacité de la reconnaissance doit dépendre
de la probabilité d'évocation du contexte d'encodage par le
contexte de récupération ; le degré d'association entre ces deux
contextes peut donc servir d'indicateur de l'efficacité de la per
formance en reconnaissance lorsque le contexte d'encodage est
modifié lors du test.
Dans une expérience récente (Tiberghien, 1980 b) nous avons mnésique dans la reconnaissance 391 Recherche
présenté des données expérimentales montrant que l'interaction
entre le contexte d'encodage et le contexte de reconnaissance,
prédite par le principe spécifique de Tulving, dépend
ait dans une large mesure du degré d'association existant entre
ces deux contextes. Cependant la situation étudiée était une
situation de reconnaissance immédiate favorisant beaucoup plus
les réponses issues d'un simple jugement de familiarité que les issues d'une recherche de contrôle. De plus, le matériel
verbal utilisé n'avait pu être établi à partir de normes associa
tives existantes. Nous avons donc entrepris une nouvelle investi
gation de l'effet du degré d'association entre le contexte de récupé
ration et le contexte d'encodage sur la reconnaissance mnésique
lorsque le test de rétention est largement différé (une semaine).
Nous avons, de plus, assuré un contrôle normatif plus rigoureux
de ce facteur expérimental. Enfin, nous avons mis en relation
cette variable de situation avec le niveau d'attention que le
sujet accorde au contexte lors de l'encodage et lors du test de
rétention. Ce facteur risque en effet d'avoir une importance non
négligeable si, comme nous le pensons, le sujet n'encode pas le
contexte et sa cible en une unité fonctionnelle.
MÉTHODE
SUJETS
Cinquante-quatre sujets (48 femmes et 6 hommes) ont participé à la
totalité de l'expérience2. Dix sujets supplémentaires ont à la
première phase de l'expérience mais ne se sont pas présentés au test
de rétention différé une semaine plus tard. Les résultats de ces derniers
ne seront donc pas pris en compte dans nos analyses. Tous les sujets
étaient étudiants dans diverses années d'étude à l'Institut des Tech
niques de Réadaptation de l'Université de Lille III et au département
de Psychologie de l'Université de Paris VIII. L'âge des sujets était
compris entre 17 et 48 ans (âge médian : 22 ans). Tous les étaient
volontaires et non rémunérés. La passation de l'expérience était col
lective.
2. Nous remercions particulièrement Pierre Lecocq et tous les enseignants
de l'Unité d'Enseignement et de Recherche des Techniques de Réadaptation
(Université de Lille III) qui ont accepté que leurs étudiants participent à
cette expérience. 392 Guy Tiberghien
PLAN D'EXPÉRIENCE ET MATÉRIEL
L'expérience comprend deux phases distinctes séparées par un
intervalle d'une semaine. Au cours de la première phase, les sujets
doivent mémoriser un matériel verbal composé de 16 paires de substant
ifs. Chaque paire est composée d'un mot cible à mémoriser et d'un mot
contexte. Après l'étude, tous les sujets doivent essayer de se rappeler
le mot cible à partir du mot contexte (rappel antérograde), puis ils
doivent essayer de se rappeler le mot contexte à partir du mot cible
(rappel rétrograde). La seconde phase intervient une semaine après la
première phase : les sujets doivent essayer de reconnaître les mots
cibles des 16 paires précédemment étudiées. Celles-ci sont mélangées,
au hasard, à 16 paires nouvelles (éventualités non pertinentes). Imméd
iatement après la fin de l'épreuve de reconnaissance, les sujets doivent
répondre à un questionnaire expérimental qui leur demande, en parti-
Tableau II. — Liste des mois à reconnaître
accompagnés de leur contexte d'étude
et de leur contexte de lest
Mots Contexte Contexte de
à reconnaître d'étude reconnaissance A2 Ax A3
I. — Items critiques :
1. Neige Montagne .18 Aigle .00 .12
2. Bien Mal .19 Douleur .00 .21
3. Lumière Electricité .00 .21 Barrage .15
4. Laine Mouton .20 Berger .00 .34
5. Pied Chaussure .25 Clou .00 .01
6. Rose Fleur .15 Pré .00 .02
7. Pomme Fruit .20 Légume .00 .04
8. Nuit Soir .17 Araignée .00 .03
II. — Items contrôles :
. 9. Reine Roi .15 Roi .15
— 10. Voiture Essence .30 Essence .30
— 11. Eruption .16 Volcan .16 Volcan
— 12. Savant Chercheur .13 Chercheur .13
— 13. Ciel Terre .11 Terre .11
— 14. Chapeau Tête .13 Tête .13
— 15. Agent Sifflet .15 Sifflet .15
16. Poule Œuf Œuf .40 .40
: Degré d'association (en %) entre le contexte d'étude et le mot à Ax
reconnaître.
A2 : Degré (en %) entre le de reconnaissance et le
mot à reconnaître
A3 : Degré d'association (en %) entre le contexte de et le
contexte d'étude.

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