Etude expérimentale de la courbe d'apprentissage - article ; n°1 ; vol.32, pg 164-196

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1931 - Volume 32 - Numéro 1 - Pages 164-196
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1931
Lecture(s) : 102
Nombre de pages : 34
Voir plus Voir moins

A. Chweitzer
VII. Etude expérimentale de la courbe d'apprentissage
In: L'année psychologique. 1931 vol. 32. pp. 164-196.
Citer ce document / Cite this document :
Chweitzer A. VII. Etude expérimentale de la courbe d'apprentissage. In: L'année psychologique. 1931 vol. 32. pp. 164-196.
doi : 10.3406/psy.1931.5032
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1931_num_32_1_5032(Travail des Laboratoires de Physiologie des Sensations du Collège de
France et de Psychologie expérimentale de la Sorbonne.)
VII
ETUDE EXPÉRIMENTALE DE LA COURBE D'APPRENTISSAGE
Par A. Chweitzer
Dans notre premier travail x, nous avons présenté des courbes
d'apprentissage de quelques sujets s'entraînant dans une
forme d'activité psychomotrice, le test de barrage de Tou
louse et Piéron.
Nous avons examiné la forme de ces courbes et appliqué
une équation d'interpolation qui donne des résultats assez satis
faisants. -
II est évident que, tout utile que soit un tel travail, il n'a
qu'une valeur descriptive. Pour permettre un travail d'analyse
et d'interprétation, la méthode expérimentale seule peut nous
servir.
Or, on pourrait chercher à établir expérimentalement quels
sont les facteurs qui déterminent la forme de la courbe d'ap
prentissage et, en particulier, pourquoi telle ou telle activité
donne une certaine forme de courbe 2.
On pourrait essayer, en modifiant certains éléments de
l'activité considérée et en étudiant les modifications que subit
alors le phénomène, chercher à établir un schéma théorique,
rendant compte du mécanisme de l'apprentissage et du rôle
que jouent les différents éléments de la tâche.
1. A. Chweitzer, Une expérience sur dans le test de bar
rage. Année Psychologique, XXX, 1929, p. 166.
2. Il existe des tentatives théoriques intéressantes d'exprimer la forme de
la courbe d'apprentissage en fonction de différents facteurs. Cf. L. Thurstone,
^he learning function. J. of Gen. Ps., Ill, 4, 1930, p. 469, CHWEITZER. LA COURBE D'APPRENTISSAGE 165 À.
Nous avons donc cherché à introduire précisément des varia
tions expérimentales et systématiques, et avons essayé de mod
ifier certains facteurs, afin de voir comment se modifie l'allure
générale du phénomène. Ce travail est loin d'être achevé ;
nous exposons plus loin, quelques résultats de nos recherches,
et nous espérons que des expériences ultérieures nous per
mettront de pousser plus loin l'analyse du phénomène étudié,
et d'en donner une représentation plus complète.
Nous commençons maintenant l'étude des questions sui
vantes :
1° Variation de la courbe d'apprentissage en fonction des
variations de l'activité étudiée.
On peut utiliser plusieurs modèles de tests de barrage, diffé
rant entre eux par l'un des caractères suivants : signes employés,
nombre de signes différents sur une feuille, dispositions des
signes dans l'espace, nombre de signes à barrer, etc. On peut
en outre modifier considérablement la technique du barrage
même, et essayer de passer par une série d'intermédiaires à des
activités qui ne seraient plus le barrage à proprement parler.
Il serait intéressant de voir comment varie le phénomène lorsque
l'activité elle-même est modifiée dans un certain sens.
Ces expériences demandent du temps, et, ce qui n'est pas
toujours facile à trouver, beaucoup de sujets différents. En effet,
lorsqu'on veut comparer la courbe d'apprentissage pour des
activités différentes, il faut l'étudier chez des individus diffé
rents, afin d'éviter l'influence du transfert, d'autant plus forte
que l'on a affaire à des activités plus voisines.
Les expériences que nous avons faites comprennent le barrage
de deux modèles de feuilles, du test classique de Toulouse et
Piéron et du test des « ronds blancs et noirs », spécialement mis
au point pour cette recherche. Nous donnons plus loin les détails
concernant ces deux modèles.
2° La seconde question est celle du « transfert ».
Pour permettre une analyse plus serrée des faits qui inter
viennent dans l'apprentissage de l'activité étudiée, il est inté
ressant de voir comment est modifié le phénomène lorsque le
sujet a été exercé pour une activité différant par certains él
éments et ayant d'autres éléments communs avec l'activité
considérée.
On pourrait peut-être, en exerçant préalablement les sujets à
des activités ayant différents éléments communs avec l'ac
tivité étudiée déterminer le rôle et la place de chacun des MÉMOIRES ORIGINAUX 166
éléments envisagés dans le phénomène global de l'apprentis-
3° Enfin, nous avons été amenés au cours de nos recherches,
à reprendre les expériences sur des sujets qui ont interrompu
l'exercice pour un temps plus ou moins grand. Noua rapportons
quelques observations sur les phénomènes du réapprentissage,
si peu connu et si difficile à étudier, à cause des intervalles de
temps énormes qu'il faut pour que le sujet perde d'une façon
notable le degré de rendement acquis.
I. — Forme de la courbe d'apprentissage dans deux modalités
du test de barrage.
a) Test de barrage de Toulouse et Piéron.
La technique de l'application de ce test ainsi que la forme
générale de la courbe d'apprentissage sont examinées dans notre
travail cité plus haut.
Parmi les sujets dont il est question dans ce travail, deux ont
continué à être testés (sujets AetD). Les résultats fournis par
ces sujets sont représentés sur le tableau I et II et les courbes
correspondantes sur les figures 1 et 3.
UJET L
TV
test t
C5&
y t
ttsi et rouat r e r
n
SU IET A
Fig. 1.
Rappelons que ces chiffres expriment «la vitesse», o'est-à-dire
le nombre moyen de signes examinés par minute. Les courbes
1. Une méthode très intéressante, avec laquelle la nôtre a plusieurs points
communs, a été décrite en 1928 par Sirkin, in Erforschung der Uebung
und Uebungsfähigkeit nach der Methode der successiv steigenden Komp
likation. Comptes rendus de la Ve Conférence Internationale de Psycho
technique, p. 114. CHWEITZER. — LA COURBÉ D 'APPRENTISSAGE 467 A.
sont obtenues en portant en abscisse les numéros des expériences
consécutives et en ordonnée les vitesses correspondantes.
Les courbes ont la forme caractéristique des courbes d'apprent
issage qui a déjà été décrite. Une montée rapide et régulière au
début, puis ralentissement, et enfin montée lente, avec écarts
assez grands en valeur absolue, et sans courbure apparente. Les
paramètres que nous avons utilisés pour le polissage des portions
de courbes que avions au moment de la publication du
premier article ne donnent plus de résultats satisfaisants pour
les courbes prolongées. Ceci n'est pas étonnant ; il aurait été
naïf de s'attendre à autre chose.
TABLEAU I. — Toulouse et Piéron Sujet D. Test de
expéri- Valeur expériValeur expériValeur expériValeur
mentale î mentale mentale î 1 f
98 232,8 280,2 273
123,5 233,5 287,7 293
294,6 137 238,1 256,0
300,9 144,7 243,3 289,3
261 304,8 167,5 248,5
304,2 170 240,1 258,8
277 7 179 261,8 286,7
187 252 282,6
297,4 197,7 258,2 266,5
220 262,3 260,1 303,8
209 278,4 278,2 301,9
83 79 76 77 80 84 86 85 78 82 81 91 90 89 92 88 87 93 96 95 98 97 94 204,5 283,1 263,6 287,7
298,8 206,2 26 27 33 31 28 30 32 29 35 36 37 39 34 43 44 40 41 42 38 45 49 48 50 47 46 240,2 51 58 57 56 55 54 53 52 65 64 63 62 61 60 59 66 68 69 67 71 72 73 74 70 75 272,2 10 11 14 13. 15 16 12 18 19 23 20 21 17 24 22 2a 4 3 5 2 1 9 7 8 6 .
303,0 298 266,5 219,7
273,5 226,8 265 282,6
265,4 285,2 237,6
275,3 246,8 263,6 267,3 235,6 267,5 288,2
288,2 236,6 243,6 294,6
276,8 276,8 236,5 274,4
288,2 293,8 231,3 280,2
298,8 236,8 251,5 297,4
248,6 260,1 274,4 301,9
262,3 293 238,1
239,1 280,2 269,8 168 MÉMOIRES ORIGINAUX
TABLEAU II. — Sujet A. Test de Toulouse et Piéron
Valeur Valeur Valeur X» No N« expérimentale expérimentale expérimentale
1 21 288,4 41 331 85,1
2 22 294 42 342,8 133,3
3 137 23 310,8 43 324,3
4 181 24 277,6 44 312,7
354,2 5 196 25 286,8 45
275 46 331 6 219,7 26
325 331 7 221,8 27 47
8 278,6 48 328,7 227,3 28
9 224,8 29 49 339,1 311,7
10 242,3 30 274,4 50 359,5
11 259,8 31 271,2 51 351,6
356,9 12 272,2 32 275,9 52
274,4 325,4 13 263 33 53
34 54 336,8 14 278,2 304,7
300 55 308,7 15 265 35
16 270 36 56 307 306,7
17 259 37 57 320
18 280 38 305,8 58 353
. 59 19 289 8 39 336,8 307,7
20 281 40 327,7
Mais la forme générale de l'équation se montre toujours satis
faisante.
On se souvient en effet, que nous avons trouvé que l'équation
exponentielle n'était pas suffisante pour traduire les résultats
obtenus, et avons dû employer l'équation
(1) y = A — b-e~~ax -+- px.
La seule courbe qui semblait se rapprocher de l'exponentielle
(p = 0) était celle du sujet D. Cette courbe a été polie comme
exponentielle au moment où elle ne comprenait que 33 expé
riences. Le sujet semblait être arrivé pratiquement à la «limite »
du progrès. Les 65 expériences faites depuis sur le même sujet
ont montré qu'il n'en était rien.
Le sujet dépasse la « limite » présumée et monte lentement.
La courbe de cette forme ne ressemble plus à une exponentielle,
mais a bien la forme caractéristique des courbes se rapprochant
à partir d'un certain moment d'une droite inclinée. CllWEITZER. - — LA COURBE D'APPRENTISSAGE 169 A.
L'équation
(2) 225 — 154 • 10 -°'075a; 4- 0,7556 a;
peut représenter d'une façon assez satisfaisante la courbe expé
rimentale.
Nous aurons encore à parler de cette forme de courbe car elle
se retrouve lorsqu'on étudie le barrage des « ronds blancs et
noirs ».
b) Test des ronds blancs et noirs.
Ce test est constitué par 1.600 signes, parmi lesquels 597 ronds
noirs, et 1.003 cercles noirs sur fond blanc. Une partie de ce test
est représentée sur la figure 2.
Le sujet doit barrer le plus vite possible les ronds noirs, sans
barrer les « blancs ». Les dimensions de la feuille et la disposition
des signes sont les mêmes que dans le test de Toulouse et Piéron.
Dans les expériences avec ce dernier test les sujets devaient
barrer 600 signes sur les 1.600 qui composent le test. Donc dans
les deux cas les sujets devaient accomplir sensiblement le même
travail de barrage x, mais le choix des signes à barrer est cons
idérablement simplifié dans le second cas.
En outre, d'après les observations de nos sujets, au cours du
barrage des ronds blancs et noirs, le sujet peut percevoir à la fois
un grand nombre de ronds noirs à barrer ; ces ronds noirs
forment des « groupes » que le sujet perçoit d'un coup d'œil, ce
qui est plus difficile à faire dans le test de Toulouse et Piéron.
La technique de l'application de ce test est exactement la
même que celle qui a été employée pour le test de Toulouse et
Piéron. A chaque séance le sujet examine une feuille, les séances
ont lieu, à quelques exceptions près, tous les deux jours. Parmi
les sujets auxquels le test a été appliqué deux seulement ont pu
être testés assez longtemps pour qu'on puisse parler de véritables
courbes d'apprentissage. Ces sujets sont désignés par les lettres L
et M.
Nous avons, en outre, commencé à tester deux sujets que nous
désignons par les initiales A. B. et N.-A. Voici les résultats
obtenus :
1. La différence qui est due à une erreur de dessin, est insignifiante. 170 MÉMOIRES ORIGINAUX
N°del'exp. 4 6 1 2 û 7 8
384 N.A 9 7 345 3 5 403 301, 365, 376,
A.B 5 8 320 331 7 347,8 345,3 370,6 238, 291, 319,
N° de l'exp. 9 11 12 13 14 15 16 10
N.A
5 6 6 360,9 381 A.B 360 351 , 353 378 346, 363,
TABLEAU III. — Sujet L. Barrage des ronds blancs et noirs
Valeur Valeur Valeur N°
expérimentale expérimentale expérimentale
408,5 531 ,5 1 16 524,5 31
420,2 2 17 477,6 32 547,9
3 448,1 18 541 33 551,7
4 447,5 19 510,7 34 536,9
5 460,3 20 519 35 540,5
6 462,3 21 555 36 565,3
22 583,4 7 467,8 548,5 37
8 486,2 23 541 38 575,5
9 492,3 24 558,1 538,7 39
10 473,3 25 531,5 40 510,7
11 487,4 26 555,5 41 492,3
12 487,4 27 524,5 42 592,6
13 482,4 28 545,5 43 569,8
14 473,3 29 558,1 44 555
15 502,7 571,4 30 555,5 45
Les chiffres obtenus au cours des expériences sur le sujet L.
figurent dans le tableau III, la courbe est représentée sur la A. CHWÈITZËR.| LA^COURBE d'apPRÈNTISSAGeJ 171
figure 1 en haut. Les expériences nos 40 et 41 ont été faites dans
des conditions défectueuses.
• o«o«o«o o • o o o o • ooo
o • • o o o O O o •
o o • 0 • ooo o • o o o o • o o •
o o o • o o • o • o o • o o •
o • o»oo»oo#ooo
• o o • o o •
• o 0 0 0 • o o • o • o o
Pig. 2.
La courbe que nous obtenons est assez irrégulière ; elle est en
outre assez « courte » (45 expériences). On peut remarquer, tout
efois, que le progrès se ralentit après la 20e expérience d'une
façon nette, tandis qu'au début il y a montée assez rapide.
La courbure au début est assez grande, on ne pourrait null
ement dire que la courbe se rapproche dès le début d'une droite.
400
300
200
-.esfexpériences faites sur les sujets A. B. et N. A. (voir plus
haut) donnent des résultats tout à fait analogues ; il y a montée
très rapide au début dans les deux cas. Dans le cas du sujet A. B. 172 MÉMOIRES ORIGINAUX
on voit, après la montée rapide du début, un ralentissement pro
gressif et une courbure très prononcée (voir figure 2 bis).
La série d'expériences faites sur le sujet M mérite une atten
tion toute particulière, car sur ce sujet nous avons pu obtenir
une série extrêmement longue, et d'une allure très
régulière.
Cette série a certains « défauts » qu'il faut préciser. Deux fois
les expériences (nos 12 et 18) ont été faites, mais la date n'a pas
été marquée sur la feuille d'expérience, de sorte que nous ne
savons pas à laquelle des deux dates appartient tel chiffre.
Nous avons placé sur la courbe le chiffre le plus bas (549) à
l'abscisse correspondant à l'expérience n° 12, et l'autre (561) à
la place de l'expérience n° 18. Si l'on change cet ordre on ne
modifie nullement nos conclusions, ni la forme générale de la
courbe. Pour n° 14 nous n'avons aucun chiffre, car
le test n'a pu être appliqué au sujet par l'opérateur et le sujet
a exécuté le test lui-même, afin de s'exercer d'une façon régul
ière ; le temps n'a pu être noté ici ; nous avons réuni sur la
courbe par une droite les chiffres des expériences voisines.
Des irrégularités de ce genre sont inévitables lorsqu'on veut
faire une grande série d'expériences réparties sur un temps très
grand : on a affaire à des êtres humains, vivant dans leur milieu
social, et non pas sous la cloche de verre du laboratoire.
La courbe du sujet M est constituée par 130 expériences, qui
donnent une courbe bien déterminée. A ce moment le sujet a
dû quitter Paris pour quelques jours ; il essaya de continuer
les expériences dans des conditions nouvelles qui étaient, d'après
lui, peu favorables, — éclairage mauvais 1, présence de plusieurs
personnes qui le gênaient, etc.
Dans ces conditions défectueuses sept expériences ont été
faites. La courbe présente ici une chute nette (voir figure 3,
expériences nos 131-137). Revenu à Paris, le sujet continue à
s'exercer au barrage (la première expérience faite à Paris, le
jour même du retour, a encore été faite dans des conditions
anormales). Là les expériences ont été encore faites treize fois.
Après quoi elles ont été interrompues pour être reprises plus tard.
1. L'éclairage semble en général avoir une influence sur l'exécution du
test. Notons ici cette remarque du sujet M : au début de l'exercice le change
ment de conditions n'a pas en général un rôle très défavorable, mais avec le
temps « on devient maniaque ». Pour que le test soit bien exécuté et le sujet
se sente à son aise, il faut que toutes les conditions, jusqu'aux plus petits
détails, soient les mêmes que dans les expériences précédentes. Cette remarque
a été également confirmée par le sujet D.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.