Etude génétique de la reproduction de phrases relatives. I. Reproduction immédiate - article ; n°1 ; vol.75, pg 109-126

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L'année psychologique - Année 1975 - Volume 75 - Numéro 1 - Pages 109-126
Summary
An experiment on the immediate reproduction of complex relative sentences by children (5;3 to 9;6) has shown that :
a) the interruption of the main clause by the subordinate clause (embedded/derived) ;
b) the non correspondence of superficial and underlying orders in the relative clause (« QUE »/« QUI ») ; and
c) the perturbation of the canonical order SVO in the « QUE » relative (QUE V SN/QUE SN V)
were responsible for the difjiculty of reproduction. The effect of these three factors was maximum at 6;7.
On the other hand, the factor of reversibility did not play a role in the present experiment.
These results and an analysis of the incorrect responses support the hypotheses that children follow strategies (of perception and/or reproduction) that lead them to avoid interruption and reordering of linguistic units.
Résumé
Une étude concernant la reproduction immédiate de phrases complexes (relatives) réalisée avec des enfants (5;3 à 9;6) a montré :
a) que l'interruption de la phrase matrice par la subordonnée (enchâssées/ dérivées) ;
b) que la non-correspondance de l'ordre de surface et de l'ordre sous-jacent dans la relative (relatives en QUE/relatives en QUI) ;
c) que le non-respect de l'ordre canonique SVO dans les relatives en QUE (QUE V SN/ QUE SN V) constituent des facteurs qui rendent plus difficile cette reproduction. L'effet de ces facteurs est maximum à 6;7. En revanche, dans cette tâche, le caractère réversible ou non réversible des phrases n'intervient pas.
Ces résultats, ainsi que l'analyse des reproductions incorrectes, sont compatibles avec les hypothèses selon lesquelles les enfants utilisent des stratégies (de perception et/ou de production) les conduisant à éviter l'interruption et le réarrangement des unités linguistiques.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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M. Kail
Etude génétique de la reproduction de phrases relatives. I.
Reproduction immédiate
In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°1. pp. 109-126.
Abstract
Summary
An experiment on the immediate reproduction of complex relative sentences by children (5;3 to 9;6) has shown that :
a) the interruption of the main clause by the subordinate clause (embedded/derived) ;
b) the non correspondence of superficial and underlying orders in the relative clause (« QUE »/« QUI ») ; and
c) the perturbation of the canonical order SVO in the « QUE » relative (QUE V SN/QUE SN V)
were responsible for the difjiculty of reproduction. The effect of these three factors was maximum at 6;7.
On the other hand, the factor of reversibility did not play a role in the present experiment.
These results and an analysis of the incorrect responses support the hypotheses that children follow strategies (of perception
and/or reproduction) that lead them to avoid interruption and reordering of linguistic units.
Résumé
Une étude concernant la reproduction immédiate de phrases complexes (relatives) réalisée avec des enfants (5;3 à 9;6) a montré
:
a) que l'interruption de la phrase matrice par la subordonnée (enchâssées/ dérivées) ;
b) que la non-correspondance de l'ordre de surface et de l'ordre sous-jacent dans la relative (relatives en QUE/relatives en QUI) ;
c) que le non-respect de l'ordre canonique SVO dans les relatives en QUE (QUE V SN/ QUE SN V) constituent des facteurs qui
rendent plus difficile cette reproduction. L'effet de ces facteurs est maximum à 6;7. En revanche, dans cette tâche, le caractère
réversible ou non réversible des phrases n'intervient pas.
Ces résultats, ainsi que l'analyse des reproductions incorrectes, sont compatibles avec les hypothèses selon lesquelles les
enfants utilisent des stratégies (de perception et/ou de production) les conduisant à éviter l'interruption et le réarrangement des
unités linguistiques.
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Kail M. Etude génétique de la reproduction de phrases relatives. I. Reproduction immédiate. In: L'année psychologique. 1975
vol. 75, n°1. pp. 109-126.
doi : 10.3406/psy.1975.28081
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1975_num_75_1_28081psychol. Année
1975, 75, 109-126
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée1
associé au C.N.E.S.
Université René-Descartes ei E.P.H.E., 3e section
ÉTUDE GÉNÉTIQUE DE LA REPRODUCTION
DE PHRASES RELATIVES
I. — Reproduction immédiate
par Michèle Kail2
SUMMARY
An experiment on the immediate reproduction of complex relative
sentences by children (5;3 to 9;6) has shown that :
a) the interruption of the main clause by the subordinate clause (embedded/
derived) ;
b) the non correspondence of superficial and underlying orders in the
relative clause f« QUE »/« QUI r>) ; and
c) the perturbation of the canonical order SVO in the « QUE » relative
(QUE V SNjQUE SN V)
were responsible for the difficulty of reproduction. The effect of these
three factors was maximum at 6;7.
On the other hand, the factor of reversibility did not play a role in the
present experiment.
These results and an analysis of the incorrect responses support the
hypotheses that children follow strategies (of perception and/or reproduct
ion) that lead them to avoid interruption and reordering of linguistic units.
INTRODUCTION
L'imitation, en tant que méthode d'investigation de la compét
ence linguistique de l'enfant, n'a donné lieu qu'à fort peu de
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2. Recherche réalisée avec la collaboration de M. Léveillé. HO MÉMOIRES ORIGINAUX
recherches. Le plus souvent celles-ci se sont centrées sur la
comparaison imitation-compréhension-production pour tenter de
trouver une explication à la constatation fréquente d'une di
ssymétrie des capacités de compréhension et de production chez
l'enfant. Fraser, Bellugi et Brown (1963) interprètent la supé
riorité de la compréhension par le fait que la exige
une charge mnémonique plus grande, responsable de l'oubli de
certains traits linguistiques en production, alors que l'enfant les
intègre en compréhension. En ce qui concerne l'imitation pr
oprement dite, Fraser la présente comme une habileté perceptivo-
motrice sans relation avec le système syntaxico-sémantique. Une
telle conception est tout à fait remise en cause par Menyuk (1963)
qui, au terme de nombreux travaux expérimentaux, confrontés
avec des analyses longitudinales de corpus enfantins, affirme que
la structure syntaxique de la phrase est le facteur déterminant
le succès de sa répétition par l'enfant. Avec des phrases compor
tant jusqu'à 9 mots, ce n'est pas la longueur qui est essentielle
mais la structure, même pour les enfants de 3 ans. Toutefois,
quand la structure est bouleversée, la devient un facteur
pertinent et le succès de la répétition est déterminé par la capa
cité mnémonique. Pour Menyuk, il semble que l'enfant ne soit
capable d'imiter que des phrases qu'il peut comprendre et pro
duire. Dans une tâche d'imitation, l'enfant est engagé activement
dans un processus de comparaison de ce qu'il entend avec les
structures qu'il a intériorisées afin de générer ou de regénérer
des phrases. Si les travaux de Menyuk soulignent à juste titre
le rôle de la structure syntaxique de la phrase à reproduire, en
revanche ils ne distinguent pas clairement les différentes phases
qu'implique la reproduction et sous-estiment les problèmes per-
ceptivo-mnémoniques rencontrés par les enfants dans le tra
itement des phrases.
En effet, il se peut que l'enfant mette en œuvre des stratégies
de segmentation de la phrase présentée, bien particulières et
spécifiques d'un âge donné. La détermination de certaines de
ces stratégies primitives est au centre de l'article de Bever (1970)
qui fait l'hypothèse que l'acquisition du langage implique la
mise en œuvre de quelques mécanismes perceptifs de base et le
développement d'un nombre déterminé de stratégies perceptives
communes au langage et à la cognition. Ainsi par exemple,
l'une de ces stratégies, mise en œuvre chez les enfants de 3 ans,
consiste à interpréter toute séquence NVN comme « acteur- M. KAIL 111
action-patient ». Cette stratégie est généralisée abusivement à
des énoncés où le premier nom n'est pas le sujet (comme dans
le cas des phrases passives). Une autre stratégie qui concerne
directement notre recherche consiste à prendre la première
séquence NVN d'une phrase intégrant deux propositions comme
proposition principale et ce, même si le premier verbe est pré
cédé d'un morphème grammatical (qui ou que) délimitant la
subordonnée.
Dans la recherche présentée ici, nous nous intéressons à
l'évolution génétique du rôle des stratégies perceptives de seg
mentation dans la reproduction immédiate de phrases modèles
intégrant deux propositions simples. Ce travail, centré sur le
rôle des caractéristiques de la structure superficielle, nous a
conduit à choisir des phrases relatives présentant des degrés de
complexité différents.
Des travaux (Miller et Isard, 1964 ; Blumenthal, 1966 ; Peter-
falvi et Locatelli, 1971) ont montré que l'enchâssement de la
relative dans la principale est un facteur de complexité psychol
ogique. Dans une phrase du type :
(la fille (qui pousse le garçon) renverse le bol)
PI P2 P2 PI
si l'on considère un processus de décodage linéaire de gauche
à droite, on commence le décodage de PI et avant de l'avoir
achevé on le de P2 ; il y a donc interruption
d'un processus en cours. La structure enchâssée crée un agen
cement en surface, constitué d'une séquence de noms et de
verbes qui peuvent apparaître comme les constituants d'une
proposition sous-jacente, et conduire les enfants à une segment
ation erronée (par exemple : le garçon renverse le bol). Cette
segmentation incorrecte procède d'une stratégie qui consiste à
interpréter comme faisant une phrase, toute suite superficielle
de type NVN (NVN adjacency strategy). Par conséquent, les
relatives enchâssées présentent des difficultés de traitement liées
à la détermination du début de la relative et de la continuation
de la principale. Au contraire dans les phrases dérivées à droite
(la fille pousse le garçon qui renverse le bol) si l'enfant utilise
cette stratégie, soit en partant de la proposition la plus à gauche,
soit en partant de la proposition la plus à droite, il parvient
à une segmentation correcte.
Les études (Menyuk, 1969) menées sur les productions spon- 112 MÉMOIRES ORIGINAUX
tanées de l'enfant confirment que les relatives sur le sujet
(enchâssées) apparaissent plus tardivement (vers 3 ans) que les
relatives sur l'objet (dérivées).
Slobin (1971) a proposé un principe supposé universel que
l'enfant posséderait et qui sous-tendrait l'acquisition du langage :
éviter l'interruption ou le réarrangement des unités linguistiques.
A ce principe seraient associés différents universaux : par exemple,
plus grande est la séparation entre différentes parties de la
phrase, plus le codage de celle-ci sera difficile (Universel D4) ;
ou encore : les structures qui impliquent que des éléments soient
permutés apparaîtront au début sans permutation Dl).
Les études génétiques expérimentales qui se sont centrées essen
tiellement sur la compréhension (par le biais d'images illustrant
les phrases ou par le mime) confirment cette plus grande difficulté
des relatives enchâssées (Slobin, 1971).
Toutefois, dans quelques études (Gaer, 1969 ; Brown, 1971 ;
Sheldon, 1974) on ne retrouve pas cette hiérarchie de difficulté
— d'autres facteurs pouvant intervenir, ainsi que nous le verrons.
La recherche que nous présentons ici permettra de voir si
les mécanismes qui sont à l'œuvre dans la compréhension se
retrouvent partiellement ou non dans la reproduction. D'ores
et déjà, on sait qu'il est peu légitime de faire des inferences sur
la compréhension à partir de répétitions correctes, et inversement
il est clair qu'une compréhension correcte peut s'accompagner
d'une reproduction inexacte.
Si l'on admet que les processus qui déterminent la structure
d'ordre dans une proposition simple ne sont pas différents de
ceux qui sont à l'œuvre dans le traitement de la principale et
de la subordonnée dans des phrases complexes, les phrases rela
tives où l'ordre interne des éléments est l'ordre canonique SVO
(cas des relatives dérivées et enchâssées en QUI) seraient plus
faciles à traiter que celles qui présentent l'ordre OSV ou OVS
(cas des relatives dérivées et en QUE). Cette hypo
thèse résulte de l'affirmation qu'un ordre existe en structure
profonde, tel que le SN sujet se trouve au début de la phrase.
Ce facteur « ordre des mots » a fait l'objet de quelques
recherches utilisant un autre matériel linguistique : Sinclair
et al. (1972) montre qu'à partir de 4 ans, les enfants interprètent
des triplets de mots de type NNV comme SVO, autrement dit,
tendent à prendre pour sujet le premier N de la suite (Firsl
Noun Subject strategy). De même Bever, Mehler, Valian et M. KAIL 113
Epstein (non publié) ont montré que les enfants de 3 et 4 ans
utilisent une stratégie où le premier nom est l'actant dans le
traitement de phrases passives et de phrases clivées (c'est X
qui/que V Y), ce qui explique les difficultés rencontrées dans
les phrases où le premier nom n'est pas le sujet.
En français, il faut remarquer que les relatives en QUE sont
représentées par deux formes distinctes qui sont dans une rela
tion de paraphrase stricte. QUE SN V (ordre OSV) et QUE V SN
(ordre OVS). L'ordre OSV maintient inchangé l'ordre canonique
tel que le sujet précède le verbe, alors qu'il le suit dans
l'ordre OVS. De sorte que si le facteur ordre des mots est per
tinent, on peut prévoir que l'ordre OSV sera plus simple pour
le décodage des relatives en QUE que l'ordre OVS.
HYPOTHESES
L'expérience de reproduction immédiate de phrases relatives
par des enfants d'âges différents (de 5;3 à 9;6) se propose de
voir si on trouvera vérifiées les hypothèses qui prédisent :
1) une plus grande facilité de reproduction des relatives dérivées
par rapport aux relatives enchâssées ;
2) une plus grande facilité de des relatives en QUI
par rapport aux relatives en QUE ;
3) une plus grande facilité de reproduction des relatives QUE
SNV par rapport aux relatives QUE VSN ;
4) nous voulons également tester l'hypothèse qu'en reproduction
immédiate, certaines variables sémantiques (caractère réver
sible ou non réversible des actions exprimées par les verbes)
n'affectent pas réellement la réussite à la tâche, contrairement
aux épreuves de compréhension. On ne s'attend pas à des
différences dans le traitement des relatives réversibles (R)
par rapport aux relatives non réversibles (NR).
En effet, s'il est vrai qu'en mémoire immédiate la structure
de surface de la phrase reste disponible pendant un temps bref
(Sachs, 1967), on peut s'attendre, chez les jeunes enfants, à une
reproduction immédiate exacte sans compréhension, c'est-à-dire
sans analyse des relations sémantiques qu'entretiennent entre
eux les éléments de la phrase. 114 MÉMOIRES ORIGINAUX
TECHNIQUE EXPÉRIMENTALE
LES PHRASES UTILISÉES
Deux listes expérimentales contenant chacune 14 phrases ont été
constituées ; parmi celles-ci 2 phrases sont des coordonnées destinées à
fournir un contrôle relatif du rôle de la longueur comme facteur pouvant
affecter la réussite de la reproduction, de manière à s'assurer que la
capacité mnémonique des sujets n'est pas dépassée. Chaque liste contient
12 relatives qui se répartissant en 6 réversibles et 6 non-réversibles.
A l'intérieur de cette bipartition la distribution des structures est la
suivante :
Relative en QUI Relative en QUE
1 enchâssée 1 dérivée à droite 2 enchâssées 2 dérivées à droite
/ \ / \
QUE SNV QUE VSN QUE SNV QUE VSN
Le facteur concernant l'ordre des éléments dans les relatives en QUE
(SNV et VSN) est croisé avec les listes. Les sujets sont affectés à l'une
ou l'autre liste. Des ordres différents sur la succession des phrases ont
été construits. Chaque enfant reçoit donc 4 relatives enchâssées en QUE
(EQUE), 4 relatives dérivées en QUE (DQUE), 2 relatives enchâssées
en QUI (EQUI), 2 relatives dérivées en QUI (DQUI) et 2 coordonnées.
Exemples :
— Relative DQUE réversible (R) :
« La maîtresse appelle la fille que gifle le garçon » liste 1
— — que le garçon gifle » — 2
— Relative EQUI non réversible (NR) :
« La maîtresse qui surveille l'étude punit l'élève. »
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
Chaque phrase est lue à haute voix sans accentuer les frontières
de la relative par des pauses. En effet, des recherches concernant la
compréhension des phrases (Labelle, 1973) ont montré que les pauses
constituent une aide effective, d'autant plus sensible que les enfants
sont plus jeunes. Immédiatement après la lecture de la phrase, l'enfant
doit la répéter. La consigne insiste sur le fait qu'il doit reproduire une ,
115
phrase en tout point conforme au modèle. Des phrases d'essai sont
données dans un entraînement préalable. Les réponses sont notées par
l'expérimentateur.
SUJETS
80 enfants (20 x 4) des écoles maternelle et primaire d'un même
groupe scolaire ont participé à l'expérience. Ils se répartissent comme
suit : maternelle (5;3) ; CP (6;7) ; CEI (7;8) ; CMl (9;5) (2 enfants du CEI
ont dû être éliminés).
ANALYSE DES RÉSULTATS
Dans les analyses qui suivent, on considérera comme bonne
réponse (BR) toute reproduction qui respecte les caractéristiques
du modèle en dépit de changements lexicaux éventuels (intro
duction de synonymes ou de mots du même champ sémantique).
I. — Les reproductions correctes
Tableau I
Pourcentage de reproductions correctes en fonction
du type de relatives et de l'âge des sujets
Enchâssées Dérivées à droite
QUI QUE QUI QUE
Mat. (5;3) 45 28,7 50 41,2
52,5 31,2 CP (6;7) 72,5 53,7
CEI (7;8) 77,7 73,6 97,2 81,9
CMl (9;6) 100 96,2 100 100
Ainsi que l'indique le tableau I, le pourcentage global de BR
augmente avec l'âge et augmente pour chaque type de phrase
considéré. L'analyse de variance effectuée sur les trois premiers
groupes, le groupe CMl étant au plafond, indique une différence
très nette entre les groupes : F(2-55) = 16,65 ; S à p < .0005.
L'évolution est caractérisée par une différence très importante
entre les enfants de 6;7 et ceux de 7;8. 116 MÉMOIRES ORIGINAUX
Pour les phrases coordonnées utilisées comme contrôle, les
pourcentages de BR sont les suivants : Mat. : 75 % ; CP : 82,5 % ;
CEI : 100 % ; CM1 : 97,5 %. Par conséquent, dans la repro
duction des phrases complexes, c'est bien la structure qui est
déterminante et non la longueur.
L'examen du tableau I montre :
— que les enchâssées en QUE sont les plus difficiles à repro
duire à tous les âges ;
— que les dérivées en QUI sont les plus faciles à reproduire
à tous les âges ;
— que les enchâssées en QUI et les dérivées en QUE diffèrent
peu à tous les âges.
1. La reproduction des relatives enchâssées
et des relatives dérivées
Sur l'ensemble des groupes, les relatives dérivées à droite sont
mieux reproduites que les relatives enchâssées (F 1-55 = 14,82 ;
S à p < .0005). L'analyse sur chacun des groupes révèle que
cette différence est maximum en CP (6;7) (F 1-19 = 8,39 ;
S à p < .01) alors qu'à la maternelle (F 1-19 = 3,20 ; p < .10)
et en CEI (F 1-19 = 3,50 ; .05 < p < .02), elle tend à
s'atténuer.
2. Reproduction des relatives en QUI
et des relatives en QUE
Sur l'ensemble des groupes, les relatives en QUI sont
mieux reproduites que les relatives en QUE (F 1-55 = 19,50 ;
S à p < .0005). Comme précédemment l'analyse menée sur cha
cun des groupes indique que la différence est surtout très nette
chez les enfants du CP (6;7) (F 1-19 = 11,07 ; S à p < .0005).
Elle est nettement moins importante chez les enfants de 5;3
(F 1-19 = 4,75 ; .02 < p < .05) ; elle tend à disparaître chez
les enfants de 7;8 (F 1-19 = 3,93 ; .05 < p < .10).
3. Reproduction des relatives en QUE SN V
et en QUE V SN
Le tableau II montre que sur l'ensemble des groupes les
relatives en QUE SN V sont mieux reproduites que les relatives
en QUE V SN (F 1-55 = 10,41 ; S à p < .005). La différence M. KAIL 117
Tableau II
Pourcentage de reproductions correctes des relatives en QUE
(enchâssées et dérivées) en fonction de l'ordre QUE SN V
et QUE V SN et de l'âge
Enchâssées
QUE SN V QUE SN V % global
32,5 25 28,7 Mat. (5;3)
25 31,2 CP (6;7) 37,5
CEI (7;8) 80,5 66,6 73,6
Dérivées à droite
QUE SN V QUE V SN % global
Mat. (5;3) 45 37,5 41,2
CP (6;7) 62,5 45 53,7
88,8 75 81,9 CEI (7;8)
n'est pas significative chez les plus jeunes enfants (F 1-19 = 1,54 ;
p < .10), alors qu'elle l'est tant en GP (F 1-19 = 4,75 ;
S à .02 < p < .05) qu'en CEI (F 1-19 = 4,62 ; .02 < p < .05).
En revanche, l'interaction de ce facteur ordre avec la structure
enchâssée ou dérivée n'est significative dans aucun groupe.
4. Reproduction des relatives réversibles (R)
et des relatives non réversibles (NR)
L'hypothèse au terme de laquelle, dans une tâche de repro
duction immédiate, certaines distinctions sémantiques telles que
la distinction phrases réversibles, phrases non réversibles ne
sont pas pertinentes, est vérifiée (aucune différence pour aucun
groupe n'est significative).
Toutefois, ainsi qu'on peut le remarquer sur le tableau III,
une légère tendance existe en faveur d'une meilleure repro
duction des phrases non réversibles, d'autant plus nette que les
enfants sont plus jeunes.
En résumé, l'analyse des reproductions correctes souligne que
dans cette tâche les caractéristiques de la structure de surface
de la phrase sont déterminantes. En effet : d'une part les relatives

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