Etudes expérimentales des petits groupes - compte-rendu ; n°2 ; vol.57, pg 524-532

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L'année psychologique - Année 1957 - Volume 57 - Numéro 2 - Pages 524-532
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1957
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G. Durandin
G. de Montmollin
2° Etudes expérimentales des petits groupes
In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°2. pp. 524-532.
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Durandin G., de Montmollin G. 2° Etudes expérimentales des petits groupes. In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°2. pp.
524-532.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1957_num_57_2_26637524 ànalVses bibliographiques
hypothétiques. Il faut se souvenir par ailleurs que les « normes » présen
tées par l'auteur avec prudence, ne sont pas transférables à d'autres
formes de vie sociale ; elles doivent, pour chaque culture, être recalculées.
G. M.
2° Études expérimentales des petits groupes
WEGNER (N.), ZEAMAN (D.). — Team and individual performances
on a motor learning task (Performances d'équipe et
individuelles dans une tâche d'apprentissage moteur). — J. gen.
Psychol., 1956, 55, 127-141. — WILLIAMS (D.). — Effects of
competition between groups in a training situation (Effets de la
compétition entre groupes dans une situation d'apprentissage). —
Occup. Psychol., 1956, 30, 85-93.
L'étude expérimentale de Wegner et Zeaman se situe dans le
domaine déjà largement exploré, mais encore bien mal connu, de la
comparaison des performances collectives et individuelles dans une
tâche d'apprentissage moteur, dont les implications pédagogiques et
« sociales » sont évidentes. Les auteurs supposent que les performances
collectives meilleures, en raison des possibilités de coopération ;
pour vérifier cette hypothèse, 76 étudiants sont divisés en groupes de 2
ou de 4, et placés devant des appareils munis de 2 ou de 4 poignées,
au moyen desquelles ils doivent faire exécuter certains circuits par
des balles. Après quelques secondes d'exercice de familiarisation, les
sujets doivent effectuer une série d'essais dont on note le temps et la
réussite ; ensuite chaque sujet effectue seul, une autre série d'essais ; le
plan expérimental prévoit l'alternance des séquences expérimentales.
Les résultats montrent que la performance est meilleure pour les équipes
plus nombreuses ; qu'il y a un effet important de transfert positif
lorsque les essais collectifs ont lieu avant les essais individuels, bien que
l'inhibition dans les groupes ait joué plus dans les groupes que sur les
sujets isolés ; certains bénéficient également de l'émergence de
conduites de commandement. Les résultats de cette recherche viennent
confirmer des études parallèles avec des tâches motrices ou intellec
tuelles : elle résout avec ingéniosité et elle est à cet égard moins
« abstraite » que d'autres recherches similaires, le problème de la coopé
ration réelle des membres du groupe, coopération spontanée, qui présente
des degrés possibles d'organisation, sans être une division artificielle
de la tâche ; on peut ainsi, dire qu'ici les termes de la comparaison sont
bien posés, parce qu'ils gardent naturellement les avantages et les
inconvénients du collectif et de l'individuel dans les deux dimensions
de la vitesse et de la précision.
Williams étudie l'effet de l'introduction d'un élément de compétition
entre des groupes pour l'apprentissage de l'ajustement d'un relai : on
peut en effet, penser que l'intérêt d'une partie des sujets expérimentaux PSYCHOLOGIE SOCIALE 525
s'en trouve stimulé et la qualité du travail améliorée ; en fait, il n'appar
aît aucune différence significative dans la qualité, mais dans la quantité
de travail des groupes expérimentaux. L'auteur pense cependant
que cette facilitation ne peut apparaître que pour des tâches d'habileté
de manipulation, mais non pour des tâches intellectuelles d'enseignement
théorique, par exemple. Il nous semble qu'il minimise la portée d'un
phénomène dont d'autres études devraient faire apparaître la généralité :
n'y a-t-il pas une « manipulation intellectuelle », un fonctionnement
instrumental de l'intelligence que la situation sociale viendrait activer
et porter à un niveau supérieur ? Le développement de l'intelligence
n'est-il pas concomitant de la socialisation chez l'enfant ?
G. M.
PHILIPS (B). — Effects of cohesion and intelligence on the problem-
solving efficiency of small face to face group in cooperative and
competitive situation (Effets de la cohésion et de V intelligence sur
^efficacité de petits groupes dans la résolution de problèmes selon que
la situation est coopérative ou compétitive). — J. educ. Res., 1956,
50, 127-132.
La cohésion est, dans cette étude, définie comme le degré d'attraction
que les membres exercent les uns sur les autres et elle est mesurée d'après
un questionnaire sociométrique : 24 groupes de 5 membres pris dans
une même classe d'élèves, sont constitués, selon les variables du plan
expérimental : deux degrés d'intelligence, deux degrés de cohésion,
coopératifs ou compétitifs. La tâche utilisée est adaptée du jeu des
20 questions : il s'agit d'identifier un animal en posant des questions ; la
performance est mesurée par le nombre moyen de questions nécessaires
à l'identification de 10 animaux. Les résultats montrent que les groupes
qui sont dans la situation compétitive sont plus efficients ; que l'efficience
est en liaison positive avec l'intelligence des membres du groupe, et en
liaison négative, mais négligeable avec la cohésion. Cette recherche
expérimentale présente l'intérêt d'étudier simultanément plusieurs
variables de l'efficience collective, ce qui n'offre pas seulement une éco
nomie considérable de moyens, mais également une garantie contre
l'artificialité d'études linéaires de variables jamais entièrement isolées ;
le plan de cette recherche constitue le prototype de nombreuses recherches
actuelles sur les petits groupes, qui utilisent l'analyse de la variance
pour clarifier les liaisons complexes de variables complexes. Nous crit
iquerons, cependant, cette étude pour avoir utilisé une mesure de la
cohésion qui se situe d'une part au niveau interindividuel et non au
niveau du groupe pris comme unité, et qui, basée sur des réponses socio-
métriques, ne reflète sans doute qu'un des aspects de 1' « attraction »
mutuelle des sujets : d'autres expériences ont montré que les problèmes
à résoudre, intellectuels surtout, appelaient une « cohésion » dépourvue
d'émotion ; les affects viennent, en effet, la plupart du temps gêner 526 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
l'unification du groupe en vue de la tâche, en transférant la motivation
du groupe de « travailler ensemble » à « être ensemble », mobilisant ainsi
une partie de l'énergie dont le groupe peut disposer.
G. M.
RAVEN (B.), RIETSEMA (J.). — The effects of varied clarity of
group goal and group path upon the individual and his relation to
his group (Effets de la perception plus ou moins claire des buts et des
moyens du groupe sur V individu et sa relation au groupe). — Hum.
Relat., 1957, 10, 29-46.
L'hypothèse des auteurs est que, lorsqu'un membre n'a pas une
connaissance claire du but et de la ligne du groupe, cela retentit néga
tivement sur sa participation et ses relations avec le groupe, et aussi
sur son adaptation personnelle. 78 sujets participent à l'expérience,
répartis en deux groupes de 39 ; chaque sujet reçoit un certain lot de
cartes dont chacune porte 6 figures géométriques ; les sujets doivent
découper des figures, les remettre à un messager qui les transmet à
trois membres du groupe situés dans une autre pièce qui construisent
des maisons ; l'un des groupes (groupe 1) sait seulement que ses 3 membres
construisent « certaines choses » ; l'autre groupe (groupe 2) sait que ses
trois membres construisent des maisons et comment ils les construisent ;
la consigne invite les sujets à découper les figures avec le maximum de
vitesse et de précision ; on mesure le nombre de figures découpées, on
interviewe les sujets et on les observe. Dans chaque groupe les sujets
entendent leurs trois camarades par haut-parleur.
Il y a 15 sujets dans le groupe 1 qui déclarent le travail agréable,
15 sujets dans le groupe 2 qui déclarent la tâche désagréable tandis
que 6 seulement déclarent l'aimer. Lorsqu'un sujet est averti des buts
du groupe, il est plus apte à percevoir les différenciations et à accepter
l'influence du groupe, du point de vue de la tâche, mais également du
point de vue émotionnel. L'évaluation que fait un sujet de lui-même
et de son groupe est également meilleure quand le sujet connaît le
but à atteindre. Les auteurs expriment les hypothèses et les résultats
de cette expérience selon la topologie lewinienne : des différences de
champ ont été créées expérimentalement, différences vagues pour le
premier groupe, différences nettes en raison du but poursuivi ; ce sont
ces différenciations plus nettement perçues qui ordonnent le compor
tement d'un sujet, et l'oriente dans le sens du groupe. Cette étude
expérimentale, ingénieuse et rigoureuse, est une application des
schémas de Lewin dont la fécondité commence seulement à être
exploitée expérimentalement en psychologie sociale. Les auteurs
soulignent l'importance des implications de leurs résultats dans le
domaine de la psychologie du travail et dans certains problèmes
pédagogiques.
G. M. PSYCHOLOGIE SOCIALE 527
SIDOWSKI (J.), WYCKOFF (L.), TABORY (L.). — The influence
of reinforcement and punishment in a minimal social situation
(Influence du renforcement et de la punition dans une situation sociale
minima). — J. abn. soc. Psychol., 1956, 52, 115-119.
Les hypothèses et les résultats des auteurs sont intéressants à plus
d'un titre et nous espérons qu'ils inspireront une série de travaux expé
rimentaux. En effet, ils posent la question de savoir s'il ne serait pas
possible de comprendre le comportement social dans les termes courants
du conditionnement ? Si ceci se révèle impossible, savoir à quel point
d'une échelle de complexité croissante des situations, il est nécessaire
d'introduire des concepts supplémentaires et lesquels. Ils vont donc
essayer d'inventer une situation sociale minimale qui puisse se traduire
entièrement en termes de conditionnement, et non d'attitude, de com
préhension ou de conscience, qui interviendraient seulement dans des
situations plus complexes. Ils étudient 40 sujets, placés deux par deux
dans les conditions suivantes : 2 sujets isolés l'un de l'autre ont à leur
disposition deux boutons ; l'un de ses boutons donne à sujet un
choc électrique, l'autre un point ; la fontion des boutons est inconnue
des sujets ainsi que le caractère social de la situation expérimentale ;
on demande aux sujets de presser sur les boutons comme ils le veulent,
afin d'obtenir le plus de points possibles. Si A fait une réponse (appuyer
sur l'un des boutons) qui donne à B un renforcement (un point), on peut
s'attendre à ce que B continue à presser le bouton qu'il venait de presser ;
si A fait une réponse qui donne à B une punition (un choc), B aura ten
dance à éviter le bouton qu'il vient de presser et à appuyer sur l'autre ;
de plus si B est puni (chocs), il aura tendance à élever son niveau d'acti
vité générale, ce qui entraîne renforcement et punition chez A ; ainsi A
subit les conséquences de ses propres réponses de façon indirecte, mais
non au hasard. Les auteurs introduisent par ailleurs deux degrés de
punition : chocs forts ou chocs faibles. Les résultats montrent que dans
le groupe à forts il y a plus d'activité générale (plus de chocs et
plus de points) et que la proportion des bonnes réponses (notes) y est élevée : il y a un apprentissage pour le groupe de sujets à chocs
forts, alors qu'il n'est pas évident pour l'autre ; cet apprentissage
se fait pendant les 5 premières minutes de l'expérience qui dure
25 minutes. Les réponses des sujets à un questionnaire ont montré
qu'aucun d'eux n'avaient eu conscience de la présence d'un autre sujet.
La tentative des auteurs s'avère donc fructueuse et leur hypothèse
confirmée. La situation sociale « minimale » qu'ils ont conçue n'est
cependant pas encore totalement contrôlée, car elle fait intervenir
également la lenteur ou la rapidité des sujets à répondre pour différencier
les séquences. Cette recherche n'en constitue pas moins un effort valable
pour expliquer certains phénomènes sociaux par les théories déjà
éprouvées en psychologie individuelle ; ce qui a l'avantage, ainsi que le
soulignent les auteurs, d'augmenter le degré d'objectivité des définitions
et des principes en psychologie sociale, et de réduire la conceptualisation ANALYSES BIBMOfinAPHIQUES 528
verbale en faisant l'économie de nouveaux schémas et en utilisant les
résultats déjà acquis des recherches sur le conditionnement. Cette
recherche donnera certainement beaucoup de satisfaction à ceux que
préoccupent la continuité des efforts scientifiques quand on passe d'un
niveau à un autre de la psychologie.
G. M.
Normalisation dans les groupes :
LUCH1NS (A.), LUCHINS (E.). — Discovering the source of contra
dictory communications (Découvrir l'origine de communications
contradictoires). — J. soc. Psychol., 1956, 44, 49-64.
Les auteurs se proposent d'éclaircir un point qui, selon eux, a été
trop longtemps négligé par les psychologues et les sociologues : comment
un sujet réagit-il aux contradictions qu'il perçoit ? En cherche-t-il la
raison ou se contente-t-il de les enregistrer ? Ce problème se situe à sa
place dans un chapitre de psychologie sociale, dans la mesure où il
constitue l'inverse de phénomènes comme les changements d'opinion
ou la normalisation, considérés comme le mode de réaction le plus général
aux contradictions ou aux différences qui apparaissent entre les points
de vue de différents sujets, du fait de leur communication. Auteur de
nombreuses études expérimentales sur les processus d'influence, Luchins
a depuis quelques années, essayé de rassembler des informations sur
toutes les variables possibles de ces processus ; l'étude présente peut
être considérée comme la recherche des limites de ces processus.
120 enfants participent à l'expérience, constituant 3 groupes de 20 paires
qui utilisent trois sortes de matériel : 5 cartons portant une ligne à mesur
er, qui augmente de carton en carton ; 5 cartons portant chacun un
parallélogramme différent ; 5 blocs de bois portant trois lignes dessinées
en rouge sur trois côtés — Luchins a toujours fait preuve d'une grande
ingéniosité dans l'art de tromper les sujets à des fins expérimentales :
l'usage qu'il fait des compères permet évidemment les contrôles les plus
rigoureux. Dans la présente recherche, les sujets travaillent par paire
et doivent mesurer les lignes dessinées ou les côtés des parallélogrammes ;
chacun d'eux a une règle, mais l'un a une règle graduée selon le système
métrique (sujet M) tandis que l'autre a une règle graduée selon le
système anglais (sujet L) ; ils ignorent naturellement cette particularité
et annoncent tout haut leurs réponses : le sujet L annonce toujours
sa mesure le premier, qui ne concorde jamais avec la mesure du sujet M.
Les résultats montrent que le sujet M a une légère tendance à se confor
mer à la réponse donnée par L ; une seule paire de sujets n'a pas trouvé
la source des contradictions, malgré quatre interventions de l'expér
imentateur ; le sujet M était moins enclin à la recherche de l'origine de
la contradiction et moins sûr de ses résultats ; les sujets n'ont pas comp
ris qu'il suffisait de réaccorder les règles. Comme, dans la plupart des
études de Luchins, le problème des consignes est primordial, mais l'origi
nalité et la fécondité de ses recherches ne sont pas à démontrer ; on peut PSYCHOLOGIE SOCIALE .V29
aussi lui objecter d'utiliser des paires de sujets, ce qui permet l'étude
d'influence à sens unique, certainement beaucoup plus abstraite que les
études d'influence en groupe plus nombreux. Il met l'accent sur l'intérêt,
de ses résultats pour la compréhension des tensions de groupes et leur
résolution. Notons également l'importance des processus intellectuels
pour la découverte de la solution et de l'accord.
G. M.
KELLEY (H.), WOODRUFF (C). — Member's reactions to apparent
group approval of a counternorm communication (Réactions dun
membre à l'apparente approbation par le groupe dune communication
contraire à la norme établie). — J. abn. soc. Psychol., 1956, 52,
67-74.
S'inspirant des schémas de Lewin, les auteurs posent le problème de
savoir ce qui se passera si, écoutant une communication contraire aux
normes du groupe, les membres du groupe apprennent que d'autres
membres ont expressément approuvé cette ? Ils fo
rmulent l'hypothèse selon laquelle les membres qui sauront que d'autres
ont approuvé ce point de vue non conformiste seront plus influencés
par lui que ceux qui ne connaîtront pas cette approbation et supputent
en fonction de la taille du groupe et de la clarté avec laquelle les membres
ont exposé leurs opinions premières, quelle chance a une communication
non conforme à la norme de faciliter un changement d'opinion. Trois
groupes de 5 étudiants d'école normale sont ainsi étudiés : on les a
d'abord sélectionnés à partir d'une échelle de Likert à 31 items comme
étant ceux dont les méthodes pédagogiques étaient modernes et « actives »
et on leur fait entendre un conférencier de tendance contraire. Les résul
tats montrent qu'il faut tenir compte de toutes les « forces » du champ :
caractéristiques de celui qui reçoit et de celui qui expose, la nature du
groupe et sa situation, et opinions qu'on expose. Un sujet dont les sen
timents sont favorables au groupe tend à adhérer aux estimations du
groupe ; deux membres d'un qui sont plus favorables à un autre
membre qu'au groupe lui-même tendent à adhérer à ses ;
un groupe favorable à un autre groupe tend à être plus suivi lorsqu'il
estime les sentiments d'un troisième groupe ; un groupe composé de
membres très unis, très favorables les uns aux autres est plus approuvé
lorsqu'il approuve les sentiments d'un autre. On peut reprocher à cette
étude le trop petit nombre de ses observations et le caractère abstrait
des « groupes » constitués, qui sont composés de sujets ayant certes les
mêmes options, mais qui sont en fait membres d'un groupe plus « natur
el », l'école normale elle-même. Ces sujets choisis ne composent que
des collections homogènes : on peut penser que le poids d'un groupe réel,
avec des buts et des moyens d'action élaborés en communauté offrirait
plus de résistance à l'expression d'opinions contraires aux siennes, moins
de perméabilité et laisserait moins de liberté à ses membres.
G. M. 530 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
THIBAUT (J.), STRICKLAND (L.). —Psychological set and social
conformity (Attitude psychologique et conformisme social). — J.
Person., 1956, 25, 115-129.
Thibaut et Strickland étudient une autre variable de la pression vers
l'uniformité : l'orientation du groupe. Si le but d'un membre du groupe
est d'atteindre ou de maintenir son appartenance au groupe (group-set),
il réagira à des pressions croissantes par un accroissement de confo
rmisme ; mais si l'intérêt d'un membre du groupe se porte sur la tâche
(task-set), ce qu'il perçoit des attitudes ou des perceptions des autres
membres, servira à confirmer ou à réfuter ses propres jugements, si
donc il expose son point de vue et rend public le degré de confiance qu'il
accorde à son propre jugement, la réfutation croissante de son point de
vue par le groupe entraînera une décroissance de son conformiste.
Secondairement, on peut penser que des groupes composés d'amis
intimes, groupes « cohésifs », auront plus spontanément une « group-set »
et montreront davantage de conformisme alors que des groupes composés
d'étrangers seront plus centrés sur la tâche et manifesteront davantage
de résistance personnelle aux pressions du groupe. Les expériences
montées pour tester ces hypothèses, les confirment toutes nettement.
Dans les groupes « group-set », le conformisme croît à mesure que croît
la pression sociale ; dans les groupes « task-set » le conformisme décroît
à mesure que croît la pression sociale, les pentes sont significativement
différentes à .001. Nous tenons cette recherche pour très importante
dans la mesure où elle introduit une distinction nette dans les relations
entre les membres et le groupe : si l'appartenance à un groupe est
considérée comme le but majeur du comportement individuel, la confor
mité apparaît aux yeux du sujet comme le moyen d'atteindre ce but ;
si la tâche, ou l'opinion exprimée, est pour le sujet plus importante, le
groupe est considéré alors par lui, comme le moyen d'augmenter ses
informations, son « équipement perceptif personnel », ce n'est pas à ce
moment la relation sociale qui est le but à atteindre, mais le maximum
de clarté de connaissance ou de jugement. Cette distinction permet
d'expliquer également certains faits de déviation et de désagrégation
du groupe, phénomènes évolutifs qui restent obscurs tant qu'on imagine
que la pression sociale joue toujours dans le même sens en renforçant
toujours davantage l'unité du groupe. Notons également l'importance
de la « publication » des opinions et de l'engagement, qui joue un rôle
déterminant dans la résistance ultérieure du sujet.
G. M.
WELLS (W.), WEINERT (G.), RUBEL (M.). — Conformity pres
sures and authoritarian personality (Pressions en vue de la conformité
et personnalité autoritariste). — J. Psychol., 1956, 42, 133-136.
Les auteurs formulent l'hypothèse selon laquelle ceux qui cèdent le
plus à la pression conformiste du groupe sont plus autoritaristes que
ceux qui n'y cèdent pas. 124 étudiants, partagés en deux groupes, parti- PSYCHOLOGIE SOCIALE 531
cipent à l'expérience : on présentait à chaque groupe un dessin repré
sentant un accident de la circulation dans lequel un conducteur A était
en faute et un conducteur B dans son droit ; tandis qu'un des groupes ne
reçoit aucune pression sociale, l'autre comprenait quatre compères qui
affirmaient que le B était en faute. Dans le groupe 1, 60 sujets
sur 62 considérèrent le conducteur A comme coupable ; dans le 2e groupe,
21 sujets blâmèrent le B, et 41 le conducteur A. L'échelle
de Gough pour la mesure de l'intolérance sociale fut utilisée pour diffé
rencier les sujets autoritaristes ; ceux qui blâment le conducteur B
obtiennent une note significativement supérieure à la note obtenue par
ceux qui maintiennent leur point de vue. Si le problème est intéressant
à poser, il n'en est pas moins mal posé ici ; en effet, il ne s'agit pas à
proprement parler d'une pression du groupe, puisque quatre compères
seulement affirment une opinion contraire à la grosse majorité du groupe.
Qu'un nombre important de sujets les suivent dans une opinion contraire
également à l'évidence pour ceux qui connaissent le code de la route
n'en est pas moins un phénomène important ; que ces sujets manifestent
par ailleurs un fort degré d'autoritarisme a certainement un lien avec leur
assentiment « déviant » ; il ne s'agit pas d'un phénomène de pression de
groupe, mais plus certainement, à un niveau individuel, d'une sensi
bilité particulière aux opinions de ceux qui expriment avec le plus
de force leurs opinions, même déviantes. L'étude de l'adaptation au
groupe des autoritaristes reste à faire.
G. M.
SCHACHTER (S.), BURDICK (H.). — A field experiment on rumor
transmission and distortion (Expérience concernant la transmission
et la distorsion des rumeurs). — J. abn. soc. Psychol., 1955, 50,
363-371.
Les auteurs ont voulu vérifier les hypothèses courantes concernant
la transmission des rumeurs, mais ceci dans les conditions de la vie
réelle et non pas en laboratoire. Les travaux d'AUport et Postman,
notamment, ont mis l'accent sur l'importance de l'ambiguïté de la
situation qui favorise la propagation des rumeurs et sur la distorsion
que subissent celles-ci en cours de transmission : déformations et nivel
lement.
L'expérience en question a porté sur 6 classes d'un collège, soit
96 collégiennes de 13 à 17 ans. D'une part, dans quatre classes on a créé
une situation ambiguë : on vient chercher, le matin, une élève de chaque
classe en disant qu'elle serait absente toute la journée, sans donner
aucune autre explication. Pour simplifier l'exposé, nous appellerons
« manipulées » les classes où on a ainsi créé une situation ambiguë.
D'autre part, dans deux de ces classes « manipulées » et dans deux autres
classes « non manipulées » on a fait courir une rumeur, par l'intermé
diaire d'une élève à qui un professeur disait, au cours d'une réunion de
travail, que « des copies d'examen avaient disparu du bureau », ceci le 532 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
matin même où l'enlèvement mystérieux d'une de leurs camarades
devait avoir lieu.
Le problème était donc de savoir : 1) si la rumeur se répandrait davan
tage dans les classes qui avaient été mises expérimentalement dans une
situation de mystère (« classes manipulées ») que dans les autres ; 2) quel
serait le volume des communications concernant d'une part l'enl
èvement, d'autre part la rumeur concernant les copies d'examen. Il est
apparu que toutes les classes étaient au courant à la fois de « l'enl
èvement » des élèves et de la rumeur. Mais la transmission de la rumeur a
été beaucoup plus active dans les 4 classes manipulées que dans les
deux classes non manipulées, bien que dans ces deux dernières classes la
rumeur ait été implantée directement. En outre, un certain nombre
d'autres rumeurs se sont répandues et ces rumeurs ont été plus nom
breuses aussi dans les classes manipulées que dans les autres. Ainsi,
c'est l'importance accordée par les sujets à la situation ambiguë, c'est-à-
dire leur degré d'implication qui a été le facteur principal de la circula
tion des rumeurs.
Les auteurs ont étudié aussi la nature des rumeurs, leur caractère
favorable ou non à l'élève « enlevée », selon les liens d'amitié qui l'unis
saient aux autres élèves.
Le résultat le plus important de l'étude est celui-ci : la rumeur
implantée expérimentalement n'a pas subi de déformation en cours
de transmission. Ce résultat diffère donc nettement de ceux que l'on a
obtenus jusqu'ici dans les expériences effectuées en laboratoire. Les
auteurs expliquent ce fait d'une part par la différence relative au matériel
transmis qui était plus simple dans la situation décrite qu'il ne l'est
habituellement dans les expériences de laboratoire, d'autre part par la
différence relative à la motivation : tandis qu'en laboratoire les sujets
sont obligés de transmettre le matériel qui leur est soumis, ici ils le font
de leur propre mouvement et par conséquent dans la mesure où cela les
intéresse. Or Higham a constaté que les sujets déforment moins une
information lorsqu'elle les intéresse personnellement.
Cette expérience paraît avoir été fort bien réalisée du point de vue
technique : elle a été effectuée dans des conditions expérimentales stri
ctement contrôlées, sans paraître pour autant artificielle aux sujets qui
y ont été soumis.
Une bibliographie de 8 titres suit l'article.
G. D.

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