Evolution à long terme des stratégies dans une tâche de comparaison phrase-dessin - article ; n°3 ; vol.87, pg 329-343

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L'année psychologique - Année 1987 - Volume 87 - Numéro 3 - Pages 329-343
Résumé
Lors de précédentes expériences portant sur les processus cognitifs mis en œuvre lors de la comparaison phrase-dessin, on a pu mettre en évidence l'existence d'une diversité de stratégies individuelles spontanées bien plus importante que ne l'indiquaient les travaux antérieurs. La question de la fidélité de ces différences individuelles s'est alors posée. On a donc demandé à un échantillon de 13 sujets qui avaient participé aux expériences précédentes, d'effectuer à nouveau, après un délai d'un an, la même tâche de comparaison phrase-dessin. L'analyse des verbalisations indique que la quasi-totalité des sujets ont retrouvé, d'emblée ou après quelques essais, la stratégie à laquelle ils étaient parvenus à la fin des expériences de l'année précédente. L'analyse des corrélations confirme celle des verbalisations en mettant en évidence une grande stabilité des relations entre les différentes moyennes individuelles de temps de traitement : quelles que soient la durée écoulée entre deux blocs d'essais ou les interventions de l'expérimentateur, les temps de traitement des phrases, d'une part, et les temps de traitement des dessins, d'autre part, forment deux groupes de variables à l'intérieur desquels existe une forte corrélation alors qu'il n'existe qu'une liaison faible entre ces deux groupes.
Mots clés : Comparaison phrase-dessin, stratégies, différences individuelles.
Summary : Long term evolution of strategies in sentence-picture verification.
Results of earlier experiments on subjects' cognitive processing during sentence-picture verification tasks indicate that spontaneous individual strategies are much more numerous and varied than the literature on this topic might suggest. To test the reliabilily of this finding, 13 subjects who had taken part in the original study were asked to participate one year later in the same sentence-picture verification task. Post-experintental verbal reports show that subjects retrieved their original strategy right from the outset of the experiment or after a few trials. Data analysis of processing times confirms verbatims. Regardless of the delay between two successive blocks of trials, or modification in instructions, the different subjects' individual mean processing times exhibit a stable pattern : sentence processing time and picture processing time form two distinct groups of variables where correlation is high; in contrast the low or null correlations across these two sets of processing times suggest they may be considered as independent.
Key words : sentence-picture verification, strategies, individual differences.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1987
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Josette Marquer
Maria Pereira
Evolution à long terme des stratégies dans une tâche de
comparaison phrase-dessin
In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°3. pp. 329-343.
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Marquer Josette, Pereira Maria. Evolution à long terme des stratégies dans une tâche de comparaison phrase-dessin. In:
L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°3. pp. 329-343.
doi : 10.3406/psy.1987.29213
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1987_num_87_3_29213Résumé
Résumé
Lors de précédentes expériences portant sur les processus cognitifs mis en œuvre lors de la
comparaison phrase-dessin, on a pu mettre en évidence l'existence d'une diversité de stratégies
individuelles spontanées bien plus importante que ne l'indiquaient les travaux antérieurs. La question de
la fidélité de ces différences individuelles s'est alors posée. On a donc demandé à un échantillon de 13
sujets qui avaient participé aux expériences précédentes, d'effectuer à nouveau, après un délai d'un an,
la même tâche de comparaison phrase-dessin. L'analyse des verbalisations indique que la quasi-totalité
des sujets ont retrouvé, d'emblée ou après quelques essais, la stratégie à laquelle ils étaient parvenus à
la fin des expériences de l'année précédente. L'analyse des corrélations confirme celle des
verbalisations en mettant en évidence une grande stabilité des relations entre les différentes moyennes
individuelles de temps de traitement : quelles que soient la durée écoulée entre deux blocs d'essais ou
les interventions de l'expérimentateur, les temps de traitement des phrases, d'une part, et les temps de
traitement des dessins, d'autre part, forment deux groupes de variables à l'intérieur desquels existe une
forte corrélation alors qu'il n'existe qu'une liaison faible entre ces deux groupes.
Mots clés : Comparaison phrase-dessin, stratégies, différences individuelles.
Abstract
Summary : Long term evolution of strategies in sentence-picture verification.
Results of earlier experiments on subjects' cognitive processing during sentence-picture verification
tasks indicate that spontaneous individual strategies are much more numerous and varied than the
literature on this topic might suggest. To test the reliabilily of this finding, 13 subjects who had taken part
in the original study were asked to participate one year later in the same sentence-picture verification
task. Post-experintental verbal reports show that subjects retrieved their original strategy right from the
outset of the experiment or after a few trials. Data analysis of processing times confirms verbatims.
Regardless of the delay between two successive blocks of trials, or modification in instructions, the
different subjects' individual mean processing times exhibit a stable pattern : sentence processing time
and picture processing time form two distinct groups of variables where correlation is high; in contrast
the low or null correlations across these two sets of processing times suggest they may be considered
as independent.
Key words : sentence-picture verification, strategies, individual differences.L'Année Psychologique, 1987, 87, 329-343
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie différentielle
Université René-Descartes Paris V1
ÉVOLUTION A LONG TERME
DES STRATÉGIES
DANS UNE TÂCHE DE COMPARAISON
PHRASE-DESSIN2
par Josette Marquer et Maria Pereira
SUMMARY : Long term évolution of strategies in sentence-picture
verification.
Results of earlier experiments on subjects' cognitive processing during
sentence-picture verification tasks indicate that spontaneous individual
strategies are much more numerous and varied than the literature on this
topic might suggest. To test the reliability of this finding, 13 subjects
who had taken part in the original study were asked to participate one
year later in the same sentence-picture verification task. Post-experimental
verbal reports show that subjects retrieved their original strategy right from
the outset of the experiment or after a few trials. Data analysis of processing
times confirms verbatims. Regardless of the delay between two successive
blocks of trials, or modification in instructions, the different subjects'
individual mean processing times exhibit a stable pattern : sentence
processing time and picture processing time form two distinct groups of
variables where correlation is high; in contrast the low or null correlations
across these two sets of processing times suggest they may be considered
as independent.
Key words : sentence-picture verification, strategies, individual
differences.
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2. Ce travail a bénéficié de moyens fournis par l'Université René-
Descartes (Paris V), le cnrs (ua 656), I'ephe (Laboratoire de Psychologie
différentielle) et le cnam (Service de Recherche de I'inop). J. Marquer el M. Pereira 330
L'étude des processus mentaux mis en œuvre pour décider
si une information présentée sous forme linguistique est iden
tique à une autre information présentée sous forme imagée a
suscité de nombreux travaux expérimentaux. Bon nombre d'entre
eux ont utilisé le paradigme bien connu de Clark et Chase (1972) :
on présente visuellement au sujet une phrase très simple, affi
rmative ou négative, du type « la croix est au-dessus de l'étoile »
ou bien « l'étoile n'est pas au-dessous de la croix » ; le sujet doit
décider le plus rapidement possible, en faisant le moins d'erreurs
possible, si cette phrase décrit correctement ou non un dessin
tout aussi simple représentant une croix au-dessus d'une étoile
ou l'inverse. L'une des principales variables dépendantes est
le « temps de réaction de vérification » (trv) qui s'écoule entre
l'apparition du dessin et la réponse « vrai » ou « faux » du sujet.
A partir des variations de ce temps de vérification en fonction
des variations de la phrase — essentiellement, son caractère
affirmatif ou négatif ainsi que son caractère vrai ou faux par
rapport au dessin — et en utilisant des variantes de ce paradigme,
plusieurs auteurs ont essayé d'élaborer un modèle « moyen »
unique décrivant le processus de comparaison phrase-dessin
d'un groupe de sujets (Clark et Chase, 1972 ; Carpenter et Just,
1975). D'autres auteurs ont proposé différents modèles « moyens »,
rendant compte du processus de comparaison phrase-dessin
de sous-groupes définis d'après l'adéquation ou la non-adéquation
du modèle de Carpenter et Just aux courbes individuelles de
temps de vérification. C'est ainsi que MacLeod, Hunt et Mathews
(1978) et Mathews, Hunt et MacLeod (1980) ont défini deux
sous-groupes, à l'aide de la forme « phrase en premier » du para
digme de Clark et Chase. Le premier sous-groupe, constitué
de sujets dont la courbe de trv est conforme au modèle (groupe
well-fil), a été supposé utiliser une stratégie linguistique, compat
ible avec le modèle ; cette stratégie consiste à se représenter la
phrase sous une forme linguistique, sans recodage de la négation
en affirmation, puis à recoder linguistiquement le dessin et à
comparer ensuite cette représentation linguistique du dessin à
celle de la phrase. Le second sous-groupe (poorly- fit), dont la
courbe moyenne de trv, non conforme au modèle de Carpenter
et Just, traduit un effet du facteur « vrai-faux », mais aucun
effet du facteur « affirmatif-négatif », a été supposé utiliser une
stratégie imagée qui consiste à recoder iconiquement la phrase
avant que le dessin n'apparaisse et, ensuite, à comparer cette Evolution des stratégies dans une comparaison 331
représentation imagée de la phrase à celle du dessin qui apparaît
sur l'écran.
Différents arguments, concernant en particulier la technique
utilisée pour définir les deux sous-groupes, ont conduit à s'inter
roger sur l'homogénéité du groupe poorly-fii et, donc, sur le
caractère artéfactuel de sa courbe moyenne (Marquer et Pereira,
1985, 1987 a). Aussi semblait-il nécessaire de confronter les
conclusions de l'analyse des temps de traitement à celles prove
nant d'une source d'information différente. Nous avons choisi
d'analyser les verbalisations, analyse qui constitue souvent, dans
l'étude des stratégies, la source d'information principale, surtout
lorsque les tâches sont relativement longues (Kail et Bisanz,
1982). La technique utilisée est précisée plus loin.
Nous avons reproduit l'expérience de MacLeod el al. (Marquer
et Pereira, 1987 a). L'analyse des temps de réponse a tout d'abord
permis d'aboutir aux mêmes conclusions que les auteurs précé
dents. L'analyse des verbalisations, elle, a abouti à des conclu
sions radicalement différentes : les sujets well- fit ont, d'après leurs
déclarations, utilisé des stratégies très diverses, y compris la
stratégie imagée supposée être celle des sujets de l'autre groupe.
Parmi les sujets poorly- fit, un seul a déclaré avoir utilisé une
stratégie proche de la stratégie imagée de MacLeod el al. ; les
autres sujets poorly-fit ont déclaré avoir utilisé une stratégie
linguistique avec recodage de la négation en affirmation avant
l'apparition du dessin, stratégie qui implique, comme la
imagée de MacLeod, une courbe des trv qui ne reflète aucun
effet du facteur « affirmatif-négatif ». En résumé, le groupe « bien
décrit » par le modèle, homogène du point de vue des courbes
individuelles, est apparu hétérogène du de vue des verbali
sations ; le groupe « mal décrit » par le modèle, hétérogène du
point de vue des courbes individuelles, est apparu relativement
homogène du point de vue des verbalisations, mais avec une
stratégie différente de celle supposée par les auteurs précédents.
Les résultats de ce premier travail suscitaient de nombreuses
questions, notamment celle de la validité des temps de traitement
comme indicateur comportemental prioritaire des stratégies
mises en œuvre dans une telle tâche. Nous avons donc demandé,
aux mêmes sujets, d'adopter successivement certaines des straté
gies relevées dans les verbalisations. A l'aide de tests de tendance,
nous avons montré que, dans cette tâche de comparaison phrase-
dessin, des stratégies différentes pouvaient se traduire par des 332 J. Marquer ei M. Pereira
courbes moyennes de temps de traitement présentant les mêmes
caractéristiques ; que des sujets utilisant des stratégies différentes
pouvaient présenter des courbes individuelles identiques et que
des sujets utilisant des stratégies identiques pouvaient présenter
des courbes différentes, en raison de l'existence d'idiosyncrasies
(Marquer et Pereira, à paraître). Nous avons alors conclu à une
remise en cause des conclusions des études antérieures fondées sur
l'utilisation des temps de traitement comme indice comportement
al prioritaire des stratégies mises en jeu spontanément dans ce
type de tâche.
Nous avons donc proposé une approche différente pour
l'étude des processus cognitifs mis en œuvre dans la comparaison
phrase-dessin. Cette approche est fondée sur une analyse des
verbalisations de chaque sujet qui permet d'établir des « modèles
individuels ». On regroupe ensuite les sujets pour lesquels des
« modèles » semblables ont été définis. Cette analyse des verbal
isations est alors confrontée à celle des temps de traitement :
l'analyse des stratégies verbalisées permet en effet de prédire
les variations moyennes des temps de traitement en fonction
des caractéristiques des couples phrase-dessin, pour chacun des
regroupements de sujets. Lorsque les courbes moyennes de
temps de traitement prédites pour deux stratégies différentes
présentent les mêmes caractéristiques, le recours aux relations
entre ces temps et les scores à différents tests d'aptitude permet
de les distinguer. Une telle procédure ne fait qu'appliquer la
relation, banale, suivante : tel modèle X implique telle courbe Y,
mais une courbe Y peut être compatible avec d'autres modèles,
alors que la procédure des études antérieures suppose : telle
courbe Y n'implique que tel modèle X. Nous avons utilisé cette
nouvelle procédure avec un échantillon de 100 sujets (Marquer
et Pereira, 1987 b). Elle a permis, en particulier, de confirmer,
tout en précisant leurs caractéristiques, l'existence d'une diver
sité des stratégies spontanées bien plus importante que ne le
laissaient supposer les études antérieures.
Après la mise en évidence, à travers l'analyse des verbalisa
tions confirmée par celle des temps de traitement, de cette diver
sité des stratégies, se posait la question de la stabilité des diff
érences individuelles ainsi appréhendées. Ces différences indivi
duelles peuvent être considérées à différents niveaux : celui des
stratégies verbalisées à un moment donné d'une expérience mais
également celui de leur évolution tout au long d'un ensemble Evolution des stratégies dans une comparaison 333
d'expériences. Au cours des deux expériences précédentes qui
ont porté sur les mêmes sujets (Marquer et Pereira, 1987 a et à
paraître), nous avions remarqué, sans vraiment l'analyser, l'exis
tence d'une variabilité interindividuelle de l'évolution de la
stratégie personnelle spontanée décrite par les sujets, aussi bien
dans le temps, tout au long des essais et après un délai d'une
semaine, qu'en réponse à différentes interventions de l'expér
imentateur. Au travers de leurs déclarations, certains sujets ont
paru rester immuablement fidèles à la stratégie adoptée dès le
début de l'expérience ; d'autres ont semblé passer d'abord en
revue différentes stratégies possibles appartenant à leur « réper
toire interne », en « choisir » une et y rester ensuite fidèles, quelles
que soient les interventions de l'expérimentateur ; d'autres
enfin, peu nombreux, ont fluctué continuellement entre diffé
rentes stratégies, personnelles ou suggérées par l'expérimentateur.
Ces différences dans l'aspect dynamique des comportements
pourraient être aléatoires, les sujets « choisissant » au hasard
dans un ensemble de comportements équiprobables. Ces diff
érences pourraient également être systématiques et constitueraient
alors des différences individuelles stables et d'un niveau plus
général que celui des stratégies. Confronter, un an plus tard, les
sujets des expériences précédentes à la même situation, nous a
semblé être un moyen de trouver des arguments en faveur de
l'une ou l'autre de ces deux hypothèses.
Une telle confrontation devrait permettre d'apporter ainsi
des arguments supplémentaires en faveur ou contre le recours
aux verbalisations pour identifier les stratégies dans une telle
tâche : si un sujet, un an après, demeure fidèle à ses verbalisations,
la probabilité semble faible qu'il ait répondu au hasard ; de
même, si un sujet est capable de préciser qu'il a modifié tel point
précis de sa stratégie par rapport à l'année précédente, cela
confirme le caractère contrôlé des processus en jeu.
MÉTHODE
Sujets. — Nous n'avons pu retrouver, pour cette expérience, que
13 des 15 sujets qui avaient réalisé l'ensemble des expériences de l'année
précédente3. Il s'agissait de sujets volontaires, rémunérés pour leur
3. Dans l'analyse des résultats, les sujets seront évoqués avec le numéro
qui leur avait été attribué lors de la première expérience (qui portait sur
16 sujets), afin de faciliter la comparaison entre les différentes expériences. 334 J. Marquer el M. Pereira
participation, tous étudiants de deuxième année de psychologie. Parmi
les 13 restants, 9 sont maintenant en troisième année, 2 encore en
deuxième année et 2 ont abandonné leurs études. Ces sujets, pas plus
d'ailleurs que les expérimentateurs, ne savaient, à la fin des expériences
de l'année précédente, qu'il leur serait demandé d'effectuer la même
tâche un an après. Tous ont été recontactés de telle sorte qu'il s'écoule
le minimum de temps entre cette prise de contact et la passation de la
présente expérience (parfois quelques minutes seulement pour les sujets
que nous avons pu trouver à la sortie d'un cours).
Matériel. — 16 paires phrase-dessin définies par le croisement des
facteurs suivants : phrase affirmative ou négative, sujet de la phrase
constitué par « l'étoile » ou « la croix », emploi de « au-dessus » ou « au-
dessous », caractère « vrai » ou « faux » des phrases par rapport au
dessin.
Procédure. — Cette expérience, comme les précédentes, a été pilotée
par Apple IIe ; elle a utilisé une technique identique. Le sujet contrôle
lui-même le déroulement de la consigne qui apparaît sur l'écran :
on lui présente une phrase et on lui demande de juger si elle est vraie ou
fausse par rapport au dessin qui apparaît ensuite. Le sujet procède
ainsi à quelques essais d'entraînement et pose les questions qui lui
semblent utiles. Il doit ensuite exécuter 4 blocs de 2 fois 16 essais, un
essai étant défini par la présentation d'une des 8 phrases possibles
suivie par l'apparition d'un des 2 dessins possibles. C'est le sujet qui
décide lui-même du temps de lecture de chaque phrase (temps de réac
tion de compréhension ou trc) en appuyant sur un bouton qui fait
apparaître le dessin à la place de la phrase ; c'est lui aussi qui décide
du temps nécessaire pour répondre « vrai », avec sa main dominante, ou
« faux », avec sa main non dominante, en appuyant sur le bouton corre
spondant à sa décision (temps de réaction de vérification ou trv).
L'ordre de présentation des couples phrase-dessin est aléatoire. Une
courte pause sépare les deux moitiés de chaque bloc ; une pause plus
longue sépare 2 blocs successifs.
Après chaque bloc d'essais, l'expérimentateur demande au sujet
d'expliciter sa manière de procéder pour arriver à la réponse. L'expér
imentateur intervient le moins possible et, s'il est amené à poser des
questions, il les formule de telle sorte qu'elles ne suggèrent aucune
stratégie particulière. Lorsque le sujet a fini de s'exprimer, l'expérimen
tateur lui demande de verbaliser à haute voix ce qu'il fait — mais non
pourquoi il le fait — lorsqu'il est confronté aux différents types de
couples phrase-dessin, en le faisant travailler sur quelques exemples de
chaque type. Cette technique minimise le temps écoulé entre la tâche
et la verbalisation et restreint l'activité d'inférence demandée au sujet
sur les raisons de son comportement : elle réduit donc l'effet de deux des
principaux facteurs susceptibles de diminuer la validité des verbalisations Evolution des stratégies dans une comparaison 335
(Nisbett et Wilson, 1977 ; Ericsson et Simon, 1980 ; Kail et Bisanz,
1982). A la fin de l'expérience, l'expérimentateur demande au sujet
s'il a utilisé la même « manière de procéder » que l'année précédente et,
si non, ce qu'il a modifié. Par mesure de précaution, l'expérimentateur
a pris soin de ne pas revoir les protocoles expérimentaux de l'année
précédente, pour ne pas risquer d'influer sur les réponses des sujets.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
La question principale concerne l'évolution des résultats par
rapport à ceux des deux expériences de l'année précédente, plus
précisément par rapport à certains « points cruciaux » de ces
deux expériences. Menées à une semaine d'intervalle, elles
utilisaient le paradigme défini précédemment. Dans l'expé
rience I, les sujets devaient effectuer 7 blocs d'essais, le 5e et le
7e blocs étant suivis d'un entretien. Dans l'expérience II, les
mêmes sujets effectuaient tout d'abord un bloc d'essais suivi
d'un entretien, dans les mêmes conditions que la semaine précé
dente (condition « libre ») ; on leur demandait ensuite d'adopter
successivement 4 stratégies différentes, définies par l'expéri
mentateur, chacune pendant 4 blocs d'essais, chaque bloc étant
suivi d'un entretien ; à la fin de l'expérience, les sujets effectuaient
deux blocs « libres », suivis d'un entretien.
Nous comparerons le premier et le dernier bloc de la présente
expérience, que nous appellerons expérience III (B1/EIII : bloc 1
de l'expérience III et B4/EIII : bloc 4 de l'expérience III) au
premier et au dernier des expériences I et II (Bl/El et B7/EI,
ainsi que Bl/EII et B19/EII), moments où les sujets travaillent
toujours en condition libre. Ce choix est justifié par un certain
nombre de raisons. Habituellement, dans les travaux portant
sur les stratégies dans le traitement de l'information, le tout
premier bloc est retiré des résultats analysés car il est considéré
comme un bloc de familiarisation ; on suppose, plus ou moins
explicitement, qu'au bout de ce premier bloc les sujets ont
atteint une certaine stabilité dans leur manière de procéder.
Il nous a cependant paru important de le prendre en considéra
tion dans une étude de l'évolution temporelle des stratégies car
c'est le point de départ réel de cette évolution. De plus, c'est
pendant ce bloc que l'on assiste aux « essais » de diffé
rentes chez plusieurs sujets. Comme les verbalisations ne semblent
pas affecter le comportement des sujets (Pereira, 1985), nous 336 ./. Marquer et M. Pereira
n'avons pas retenu le 5e bloc de l'expérience I, bloc précédant
la première verbalisation, mais seulement le dernier bloc (B7/EI)
qui représente la fin du premier apprentissage. A ce moment-là,
ainsi qu'en témoigne l'analyse des entretiens, tous les sujets ont
choisi ou achevé de mettre au point leur stratégie personnelle,
sans que l'expérimentateur intervienne sur ce choix ou cette
élaboration. Pour l'expérience II, le premier bloc (Bl/EII)
permettra d'étudier les effets d'un délai d'une semaine, tandis
que le dernier bloc (B19/EII) permettra de juger des effets de
l'apprentissage de 4 stratégies différentes sur le comportement
des sujets qui se trouvent à nouveau en condition libre. Le premier
bloc de l'expérience III (B1/EIII) permettra d'étudier les
effets d'une interruption d'un an cumulés avec ceux, éventuels,
des interventions de l'expérimentateur l'année précédente. Enfin,
le dernier bloc de cette expérience III (B4/EIII) permettra de
juger de ce que l'on peut appeler le « réapprentissage » des sujets.
Il est à noter qu'un tel choix entraîne nécessairement une
simplification, voire une vue parfois un peu caricaturale de
l'évolution temporelle des résultats, mais notre but est de mont
rer générale des stratégies sur une durée très longue
et non de détailler l'évolution bloc par bloc.
VERBALISATIONS
Les verbalisations ont été analysées suivant la technique
utilisée dans les expériences précédentes. Les déclarations de
chaque sujet, après chaque bloc, ont été codées, à l'aide de caté
gories établies lors de ces expériences, de manière à établir un
« diagramme » de l'ensemble des opérations effectuées. Par
exemple, sur une phrase négative, un sujet a pu déclarer : « Je
ne lis que le début de la phrase : la croix n'est pas au-dessus.
Je me dis alors : pas au-dessus, alors dessous. Puis j'imagine le
dessin correspondant : une croix en bas de l'écran. J'appuie sur
le bouton. Je compare le dessin que j'ai dans la tête avec celui
qui est sur l'écran et j'appuie sur "vrai" s'ils sont pareils ou sur
"faux" s'ils sont différents. » Sur le diagramme correspondant à sa
stratégie verbalisée, on trouve, dans l'ordre, les opérations su
ivantes : lecture partielle unique, recodage de la négation en
affirmation par transformation de la préposition, recodage
imagé de la phrase partielle, appui sur le bouton, comparaison
de la représentation imagée de la phrase avec le dessin, décision,

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