Exner, Essai d'une explication physiologique des phénomènes psychiques - compte-rendu ; n°1 ; vol.2, pg 608-623

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L'année psychologique - Année 1895 - Volume 2 - Numéro 1 - Pages 608-623
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1895
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Victor Henri
Exner, Essai d'une explication physiologique des phénomènes
psychiques
In: L'année psychologique. 1895 vol. 2. pp. 608-623.
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Henri Victor. Exner, Essai d'une explication physiologique des phénomènes psychiques. In: L'année psychologique. 1895 vol. 2.
pp. 608-623.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1895_num_2_1_1596. ANALYSES 608
nach den neuesten Forschungen. (L'histologie générale des pro-
cesssus de dégénérescence et de rêgénérescence dans le système nerveux
central et périphérique d'après les recherches récentes.) Centralbl. f.
allgem. Pathol. u. Pathol. Anatom. Dec. 1895, p. 849-959.
L'auteur passe en revue un grand nombre de travaux faits sur la
dégénérescence et la rêgénérescence des éléments nerveux, il insiste
surtout sur ceux faits après 1891 ; des recherches personnelles sont
ajoutées. Pour chaque question la littérature complète est donnée.
TOMASINI. — L'excitabilité de la zone motrice après la résection des
racines spinales postérieures . Arch, italiennes de Biologie, 1895,
fasc. I, II, p. 36-40, résumé de Lo Sperimentale, an. XLVIII, fasc. 4.
Ce résumé contient l'indication du procédé opératoire, mais non
le nombre d'expériences, ce qui empêche de se rendre compte de
la généralité des résultats. Le problème était de savoir l'effet que la
section d'une racine sensitive de la moelle produit chez le chien sur
les propriétés de la racine motrice correspondante. On n'excitait
pas directement cette racine motrice ; on excitait la région motrice
du cerveau, qui n'est du reste que le prolongement de la racine
motrice dans le cerveau. Les expériences ont montré qu'aussitôt
après la section, l'excitabilité de la racine motrice, explorée par
cette méthode indirecte, augmente; si on laisse passer quelques
jours, et que le chien guérisse de son traumatisme, l'excitabilité de
la racine motrice diminue ; dans tous les cas, les mouvements qu'on
provoque sont incoordonnés, ce sont le plus souvent des convulsions
épileptiformes ; tandis que les mêmes excitations provoquent des
mouvements coordonnés quand les racines sensitives sont intactes.
Ce fait est le plus important de ceux qui ont été mis en lumière par
ce travail ; il montre la nécessité de la sensibilité pour la coordina
tion des mouvements, soit réflexes, soit volontaires.
A. BlNET
IV. — INTERPRETATION PHYSIOLOGIQUE
DE PROCESSUS PSYCHOLOGIQUES
EXNER. Entwurf zu einer physiologischen Erkälrung der psychis
chen Erscheinungen. (Essai d'une explication physiologique des
phénomènes psychiques.) 1 vol. in-8°, 380 p., 1894. Deuticke, Wien.
J.-V. KRIES. — Ueber die Natur gewisser mit den psychischen Vor
gängen verknüpften Gehirnzustände. (Sur la nature de certains étals
du cerveau liés aux processus psychiques.) Zeitschr. f. Psych. u.
Phys. d. Sinnesorgane, t. VIII, p. 1-33.
Deux physiologistes, dont les noms sont bien connus des psycho
logues, se sont proposé de ramener les processus psychiques à des ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 609 HISTOLOGIE,
processus physiologiques, l'un (Exner) y a consacré tout un volume,
l'autre n'a fait paraître jusqu'ici que quelques notes préliminaires,
promettant prochainement une étude plus complète.
I
Le but poursuivi par Exner est de montrer que tous les phéno
mènes psychiques peuvent être expliqués physiologiquement, c'est-
à-dire réduits à des processus physiologiques du système nerveux
ces derniers, quoique inconnus, peuvent être conjecturés, à la con
dition de ne pas être en contradiction avec les faits connus. « Je me
suis proposé de réduire les phénomènes psychiques à des différences
dans le degré d'excitation des nerfs et des centres nerveux, et par
conséquent de faire reposer tout ce qui apparaît dans notre cons
cience comme diversité (Mannigfaltigkeit) sur des rapports quantit
atifs et sur des différences dans les liaisons de centres nerveux,
(p. 3) » On doit donc s'attendre à trouver dans ce livre une suite
d'hypothèses et de réductions des différents processus psychiques à
deux causes principales : intensité des excitations et liaisons diff
érentes ; déjà, a priori, avant d'avoir pénétré dans le livre plus avant,
■on est tenté de croire que c'est une vue bien schématique, que l'ou
vrage ressemble trop à une machine construite d'après un seul
principe, ce qui ne correspond guère à la diversité si grande des
phénomènes psychiques ; et puis pourquoi, si tout repose sur des
intensités d'excitations et sur des différences de liaisons, les centres
nerveux ont-ils cette complexité inouïe de structure ?
Le premier chapitre (p. 5-36) est consacré à une description de la
structure des centres nerveux, il est écrit « pour les psychologues
de profession » (p. 2) et peut être laissé de côté par des physiol
ogistes et des anatomistes. Les descriptions y sont très claires,
courtes et les ligures, pour la plupart prises chez Obersteiner, très
bonnes.
Dans le deuxième chapitre (p. 37-140) Fauteur s'occupe de certains
phénomènes se rapportant à la physiologie des centres nerveux ; il
rapporte d'abord les quelques données connues sur la conductibil
ité nerveuse, telles que l'oscillation négative, la vitesse de transmis
sion de l'excitation dans un nerf, etc. ; ensuite il passe aux phéno
mènes les plus simples où les centres nerveux entrent en action, ce
sont les différents mouvements réflexes. Les réflexes ne sont pas de
simples transmissions de l'excitation d'un nerf sensitif à un nerf
moteur, il se produit une transformation (Umsatz) ; en effet la vitesse
de transmission de l'excitation est plus faible lorsque l'excitation
passe d'un nerf sensitif à un nerf moteur que lorsqu'elle se propage
le long d'un nerf; de plus, la réaction d'un muscle sous l'action
ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. II. 39 610 ANALYSES
réflexe a une forme toute différente de la réaction du même muscle
sous Faction de l'excitation du nerf qui y aboutit; enfin le réflexe
est souvent plus qu'une transformation, c'est une décharge ; l'excita
tion arrivant d'un nerf sensitif à une cellule motrice y produit une
décharge d'énergie; l'auteur en voit une démonstration dans ce fait
que lorsqu'on produit une excitation mécanique d'un nerf sensitif
en laissant tomber un certain poids d'une hauteur déterminée, le
muscle qui se contracte par action réflexe est capable de soulever un
poids bien plus considérable à la même hauteur.
L'excitation nerveuse se propage avec des vitesses différentes et
aussi avec des facilités différentes dans différentes directions de la
substance grise ; tel est le fait admis par tous ; l'auteur admet que
cette plus ou moins grande facilité de transmission de l'excitation
d'une cellule nerveuse a une autre repose sur des différences de
longueur et de grosseur des fibres nerveuses qui relient les cellules
entre elles ; si cette libre nerveuse est plus longue, ou plus fine ou
enfin présente plus de ramifications, l'excitation se propagera le long
de cet élément avec une vitesse moindre que dans le cas contraire.
Les lois de transmissions des réflexes connues sous le nom de
« lois de Pflüger » sont expliquées, par l'auteur, par l'existence de lia
isons entre chaque cellule nerveuse sensitive et toutes les cellules
nerveuses motrices ; ce sont, on le voit dès le début, des hypothèses qui
ne sont appuyées sur aucun fait et qu'on ne peut maintenant ni démont
rer ni rejeter; pourquoi, en effet, ne pas admettre que les cellules
nerveuses sensitives sont liées à certaines cellules motrices et puis que
celles-là sont liées à d'autres cellules motrices? On pourrait cons
truire une dizaine d'hypothèses différentes, et il n'y aurait pas de
raison d'admettre l'une plutôt qu'une autre. Nous rencontrerons
bien d'autres hypothèses encore moins justifiées dans le courant du
livre .
Deux phénomènes généraux ont pour l'auteur une importance
capitale, ce sont les phénomènes d'inhibition et de dynamogénie
(Bahnung) ; ils consistent dans la propriété de certaines parties du
système nerveux de pouvoir soit empêcher et diminuer les effet*
d'excitation d'autres parties du système nerveux, soit au contraire
faciliter et augmenter ces effets ; donnons quelques exemples : on
prend une grenouille non décapitée et on plonge sa patte dans une
solution diluée d'acide sulfurique, elle la relire; on marque le temps,
écoulé entre l'immersion de la patte et le mouvement ; on coupe la
tête de cette même grenouille et on recommence l'expérience ; la
patte est retirée plus vite, l'existence du cerveau ralentissait donc
la durée du réflexe, on dit que le cerveau exerçait une action inhi-
bitrice sur le réflexe. Yoici un cas contraire : on excite la patte d'un
lapin, il fait un léger mouvement réflexe ; on peut obtenir un mouve
ment analogue de la patte en excitant une certaine portion du cer
veau; maintenant produisons les deux excitations l'une après l'autre, ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 614 HISTOLOGIE,
on verra se produire un mouvement de la patte bien plus rapide
que les mouvements obtenus après les excitations isolées ; l'auteur
dit dans ce cas que la partie excitée du cerveau exerce une action
de « Bahnung » (dynamogénie) sur certaines parties de la moelle
épinière.
Ayant décrit avec beaucoup d'exemples les phénomènes de dyna
mogénie et d'inhibition, l'auteur passe à l'explication de différents
mouvements réflexes ; voici sur quels principes toutes les hypothèses
de l'auteur sont basées : l'excitation se propage le long de fibres
nerveuses ; elle se propage plus facilement si ces fibres sont plus
courtes et plus grosses ; les cellules nerveuses peuvent emmagasiner
de l'énergie, de sorte que si l'excitation arrive par une fibre à une
cellule nerveuse, celle-ci peut, suivant qu'elle contient plus ou moins
d'énergie, soit retenir l'excitation et se charger, soit au contraire se
décharger sous l'influence de cette excitation et dans ce cas envoyer
une quantité d'énergie supérieure à celle qui lui est arrivée par la
libre nerveuse ; en se déchargeant la cellule envoie de l'énergie
dans tous les sens ; les centres nerveux (les cellules uniques aussi)
peuvent exercer les uns sur les autres des actions d'inhibition et de
dynamogénie. C'est avec ces principes que tout est expliqué ; don
nons un exemple : une grenouille décapitée est posée sur la table,
si on la touche elle fait un saut et se met en position, prête pour
sauter une seconde fois ; le mouvement est brusque, il y a beaucoup
de muscles qui entrent en action dans un ordre déterminé, le mou
vement est symétrique, tels sont les faits que chacun peut constater ;
Exner les explique de la manière suivante : l'excitation sensorielle
arrive dans la moelle, là elle arrive dans certaines cellules A, qui
sont déjà chargées d'énergie, donc dès que y arrivera
une décharge brusque se produira ; ces cellules A sont reliées à des
cellules motrices qui gouvernent les muscles contractés pendant le
saut, donc en se déchargeant ces cellules A enverront de grandes
quantités d'énergie aux cellules motrices et ces dernières en se
déchargeant à leur tour produiront une contraction brusque des
différents muscles ; il reste à expliquer pourquoi les différents musc
les ne se contractent pas en même temps, mais suivent un ordre
bien déterminé; eh bien, c'est facile, il suffit de supposer que les
fibres qui relient les cellules A aux différentes cellules motrices sont
de longueurs et d'épaisseurs différentes ; l'énergie produite par la
décharge des cellules A se propagera donc plus vite suivant les fils
courts et épais que suivant les fils longs et fins ; enfin le fait que le
mouvement est symétrique montre que les cellules A sont disposées
symétriquement dans la moelle et sont reliées entre elles par des
fibres courtes et bien épaisses. Il y a des cas où une grenouille déca
pitée étant touchée ne saute pas, mais présente des mouvements
tétaniques ; dans ces cas, dit l'auteur, les cellules A n'étaient pas
assez chargées lorsque l'excitation sensorielle y était arrivée, il ne 612 ANALYSES
pouvait donc pas se produire de décharge brusque et violente, ces
cellules A se déchargent lentement et peu, l'énergie envoyée par ces aux cellules motrices y produit à son tour une décharge
lente ; mais d'après une hypothèse posée précédemment une cellule
en se déchargeant envoie de l'énergie dans tous les sens, donc les
cellules motrices en se déchargeant envoient de l'énergie non seul
ement aux muscles, mais aussi aux cellules A ; ces cellules A, se
déchargeant lentement, comme on l'a vu plus haut, sont donc encore
chargées d'énergie, et le peu d'énergie qui leur arrive des cellules
motrices suffit pour produire une nouvelle décharge, cette dernière
se propageant vers les cellules motrices y produit des décharges de
nouveau et il en résulte des mouvements tétaniques. Tel est le type
de toutes les « explications » de l'auteur ; on ne sait pas ce qu'on
acquiert avec ces hypothèses nombreuses,' qui ne peuvent pas être
démontrées et où on peut avec le même droit dire oui et non.
Je ne m'arrête pas sur les explications toujours du même genre,
imaginées pour différents mouvements qui ne dépendent que de la
moelle : marche, galop, saut, vol, reptation, etc. ; l'auteur croit néces
saire de s'y arrêter longuement, il donne des schémas pour les
mouvements de galop du lapin décapité, pour les mouvements de
reptation du serpent décapité, etc., partout c'est l'ordre dans lequel
les différentes cellules nerveuses sont reliées entre elles et la lon
gueur des fibres qui servent pour expliquer pourquoi tel muscle se
contracte après ou avant tel autre ; les cellules nerveuses peuvent,
suivant la volonté de l'auteur, soit emmagasiner de l'énergie, soit en
décharger plus ou moins vite.
Ce chapitre est terminé par une classification des différents
réflexes ; cette classification repose sur le nombre et la nature des
éléments conscients que contient le réflexe ; voici les cas distingués :
1° ni l'excitation sensorielle ni le mouvement réflexe ne sont perçus
par le sujet ; 2° l'un des deux éléments est conscient, mais n'est pas
soumis à la volonté du sujet, l'autre n'est pas perçu ; 3° les deux
éléments sont conscients mais non soumis à la volonté ; 4° les et peuvent être influencés par la volonté.
Dans tous ces cas différents un changement de la sensibilité produit
des troubles différents des mouvements réflexes. L'auteur cite beau
coup d'exemples de chaque cas, il donne aussi quelques schémas,
mais nous ne nous y arrêtons pas, cela nous entraînerait trop
loin.
Avec le troisième chapitre nous entrons déjà dans l'étude de phé
nomènes psychiques ; il est consacré aux mouvements volontaires
(p. 141-162). Tout mouvement volontaire, nous dit l'auteur, est pro
duit pour un certain but, pour un certain effet ; on ne pense pas
aux muscles qui entrent en action, on poursuit un but.
Les mouvements volontaires sont divisés par l'auteur en deux
groupes : 1° les mouvements volontaires en partie et 2° les mouve- ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 613 HISTOLOGIE,
ments volontaires purs. Le premier groupe contient les mouvements
dans lesquels une partie seulement (le commencement par exemple)
est soumis à la volonté ; ainsi dans la déglutition ce n'est que le début
qui est volontaire, la suite des mouvements sont réflexes et on ne
peut même pas les arrêter lorsque la a commencé. Le
deuxième groupe contient les qui sont en entier sou
mis à la volonté.
L'explication physiologique de ces mouvements est analogue à
celle donnée pour les mouvements réflexes, seulement ici les diff
érentes cellules sont reliées à l'organe de la conscience qui est la
substance corticale. Prenons un exemple donné par l'auteur : c'est
la prononciation d'un son quelconque, I par exemple ; beaucoup de
muscles entrent en action quand on le prononce, les cellules ner
veuses correspondant à «es muscles sont reliées à la substance corti
cale par des fibres nerveuses de longueurs différentes et peuvent
recevoir de celle-ci des impulsions, elles peuvent donc de cette
manière être chargées plus ou moins. Si l'enfant qui apprend
à prononcer le son I y arrive après quelques tâtonnements, il s'établit
une relation entre les parties du système nerveux qui reçoivent l'im
pression auditive et les dont dépendent les mouvements de
prononciation de I ; cette relation devient de plus en plus intime
avec la répétition, puisqu'une fibre nerveuse qui est traversée sou
vent par une excitation devient plus épaisse, comme le suppose
l'auteur ; une représentation du son I, qui produit d'après l'auteur
une excitation analogue dans les centres nerveux à celle produite par
le son même, pourra donc conduire à la prononciation du son, I.
Telle est l'explication que l'auteur donne.
En parlant de mouvements volontaires l'auteur s'arrête un peu sur
leur durée et il parle des temps de réactions. Voici comment les
réactions sont expliquées : la substance corticale, qui représente la
conscience, envoie avant chaque réaction de l'énergie dans les cel
lules motrices dont dépendent les mouvements de réactions; l'im
pression sensorielle se propageant jusqu'à ces cellules les trouve
chargées d'énergie, il se produira donc une décharge brusque et par
suite un mouvement brusque de réaction, la volonté agit donc avant
la réaction et non pendant.
A cc4é des mouvements volontaires l'auteur place l'attention
(ch. iv, p. 162-172) ; le mécanisme physiologique correspondant à
l'attention est pour lui très analogue à celui des mouvements
volontaires : lorsqu'on prête son attention à une sensation quel
conque, de l'énergie est envoyée vers certaines cellules correspon
dant à cette sensation, il se produit pour ces cellules un phénomène
de « Bahnung » ; mais en même temps il se produit un effet d'inhi
bition par rapport aux autres cellules nerveuses, c'est pour cela
que lorsqu'on prête attention à quelque chose on ne remarque pas
des excitations étrangères. Telle est l'hypothèse, on voit une fois de ■ ANALYSES 614
plus qu'elle n'avance en rien la question, puisqu'elle ne peut ni
être démontrée ni être réfutée.
L'auteur s'arrête longuement sur des exemples, donne toujours des
schémas dans lesquels des milliers de cellules sont représentées par
une cellule, où telles cellules sont réunies entre elles par des fibres
nerveuses, d'autres analogues ne le sont pas parce qu'on n'en a pas
besoin, et pourtant à d'autres endroits elles étaient réunies entre
elles; citons un exemple : pourquoi dans le scheme 48 (p. 169), qui
représente le mécanisme de l'attention, les cellules m1, m2, m3 et
a1, a2, a3 ne sont-elles pas réunies entre elles? Pourtant dans
d'autres schémas analogues (41,45, etc.), représentant les mouvements
successifs, ces mêmes cellules a', a2, a3... étaient réunies entre elles ;
c'est que dans ce dernier cas il s'agit de mouvements successifs,
l'énergie doit donc se transmettre de a1 à a2, de a2 à a3, etc. ; dans
le schéma 48 au contraire l'énergie ne doit pas passer d'une cellule à
une autre, puisqu'il s'agit de l'effet de l'attention qui consiste en ce
que l'énergie est augmentée en a1 seulement et cette augmentation
d'énergie ne doit pas se transmettre aux cellules a2, a3, etc.; si donc
les cellules étaient réunies entre elles, cela n'irait pas aussi facil
ement. On pourrait indiquer encore d'autres contradictions analogues,
mais nous ne nous y arrêtons pas, nous en trouverons bien d'autres
plus importantes.
Nous arrivons à un chapitre relatif aux sensations (ch. v, p. 172-
223). L'auteur débute par renonciation de cette loi que « toute fibre
nerveuse quelle que soit l'excitation qu'on y applique apporte dans la
conscience une sensation qui diffère de toutes les sensations que d'autres
fibres peuvent y apporter ». Voici une loi qui est contraire à ce que
l'on observe; en effet E. H. Weber a montré que le contact de deux
points voisins de la peau peut produire des sensations absolument
identiques à condition que la distance des deux points ne dépasse
pas une certaine limite ; pourtant il est certain que ce sont des
fibres nerveuses différentes qui conduisent l'excitation pour les
deux points ; enfin que peut signifier une pareille « loi », puisqu'on
n'a jamais affaire à des excitations de fibres uniques? On ne sait
même pas ce que cela veut dire qu'une fibre nerveuse excitée et
comment cette excitation d'une fibre se traduirait dans notre cons
cience. C'est pousser la loi de l'énergie spécifique des nerfs jus
qu'aux limites les plus extrêmes. Remarquons que l'auteur ne suit
pas lui-même cette loi, il dit en effet dix pages plus loin (182) que
quelquefois on ne peut pas distinguer si c'est l'œil droit ou l'œil
gauche qui voit, tellement les sensations sont égales !
Avant de dire ce qu'il entend sous le terme sensation, il définit la
qualité d'une sensation ; toute sensation, dit-il, a un certain côté sui
vant lequel elle peut être comparée à d'autres sensations relatives
au même organe sensoriel, ce côté est ce que l'auteur appelle la
qualité de la sensation. On voit combien cette définition est vague et ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 615 HISTOLOGIE,
peu précise ; on le voit encore mieux si on prend les exemples
donnés par Fauteur : la sensation d'un certain son a une certaine
ressemblance avec la d'un autre son, cette ressemblance
t'ait que les deux sensations paraissent plus voisines que la sensa
tion d'un son et celle du chatouillement, c'est cette
qui est la qualité ; deux sensations de bleu évoquées sur deux part
ies différentes de la rétine ne sont pas identiques; ce qui les rend
semblables est la qualité bleu.
On pourrait continuer avec le même droit : la sensation de bruit
produit par une boule tombant de 1 mètre est comparable suivant
un côté à la sensation de bruit produit par la môme boule tombant
de 10 centimètres de hauteur, ce côté sera la qualité de la sensation ;
et pourtant l'auteur dit quelques lignes plus loin que toute sensa
tion a une intensité, il dirait donc dans ce cas que le côté suivant
lequel on compare les deux sensations de bruit est l'intensité ; le
défaut, c'est que l'auteur ne donne pas de définition de ce qu'il
appelle intensité d'une sensation, pourtant la question est import
ante. Remarquons que 80 pages plus loin (p. 250) l'auteur oublie
complètement sa définition de qualité, il dit à cet endroit que
« deux couleurs différentes, l'excitation des deux points différents
de la rétine peuvent provoquer deux sensations aussi différentes
l'une de l'autre que la sensation d'un son et celle du sucré » !! La
contradiction est évidente.
Longuement l'auteur cherche à montrer que, lorsque l'intensité
d'une sensation change, sa qualité change aussi ; il est impossible
d'entrer en quelque critique sur ce point parce que l'auteur s'exprime
souvent d'une façon confuse et difficile à comprendre.
Nous arrivons donc à la définition des sensations : toute impress
ion sensorielle peut être analysée par la conscience ; celle qui ne
peut plus être décomposée, qui ne présente plus qu'une qualité et
une intensité, est ce que l'auteur appelle sensation.
Les sensations se divisent en primaires et secondaires; les pre
mières résultent d'une seule impression, les autres sont le résultat
de plusieurs impressions sensorielles, mais qui en s'influant mutuel
lement donnent lieu à une sensation telle qu'on ne peut pas l'ana
lyser par la conscience ; ces sensations secondaires sont de trois
sortes :
1° Celles qui résultent de l'excitation simultanée de différentes
parties de l'organe sensoriel, exemple : le contraste simultané, le
fait que l'acuité visuelle est plus forte dans la vision binoculaire que
dans la vision monoculaire.
2° Celles qui résultent d'excitations successives de la même partie
de l'organe sensoriel ; exemple : production du gris par la rotation
d'un disque avec des segments blancs et noirs ; ici l'auteur parle
longuement des sensations de changement (Verändei'ungs-empfin-
dung) ; il prétend que ces sensations de changement forment un 616 ANALYSES
groupe spécifique de sensations, qui possèdent par suite des nerfs
spéciaux.
3° Celles qui résultent d'excitations successives de parties diff
érentes de l'organe sensoriel. À ce groupe appartiennent en première
ligne les « sensations de mouvement » (Beivegungsemp findungen),
c'est-à-dire les qui nous apprennent que tel corps que
nous voyons se meut; ces « sensations de mouvement > forment
aussi un groupe spécifique, l'auteur donne quelques exemples bien
curieux : lorsqu'on place un objet quelconque tout au bord du champ
visuel, de sorte qu'on ne perçoit de ce corps « ni forme, ni couleur,
ni clarté, etc. >, si cet objet vient à se déplacer on perçoit le mouve
ment et même la direction du mouvement ! Nous verrons plus loin
des cas analogues, l'auteur nous parlera d'un malade qui ne percev
ait d'une bougie placée dans son champ visuel, ni la forme, ni la
clarté, ni la couleur, mais qui percevait seulement le lieu où la bou
gie se trouvait !
Pour expliquer le mécanisme de ces « sensations de mouvement »,
l'auteur construit un schéma bien compliqué : ce sont tout d'abord
les muscles de l'œil qui sont innervés inégalement, et ces différences
dans leurs innervations se traduisent dans notre conscience par des
« sensations de mouvements » ; il reste donc à expliquer pourquoi
lorsque différents points de la rétine sont excités successivement il
se produit des innervations différentes des muscles de l'œil; ceci est
très simple pour l'auteur : les cellules nerveuses où aboutissent les
fibres venant des différents points de la rétine sont à des distances
différentes des cellules nerveuses dont dépendent les muscles des
yeux, le reste est facile à compléter. Il est bien commode de
faire de pareilles hypothèses, on dispose de tant d'éléments tous-
arbitraires et inconnus (longueur des fibres, cellules de sommat
ions, actions d'inhibition, actions de dynamogénie, manières de
réunir les éléments nerveux entre eux etc.), qu'on peut faire avec
eux tout ce qu'on veut, mais cela dépasse les limites permises pour
une explication.
La deuxième partie du chapitre v est consacrée aux sentiments ;
l'auteur appelle sentiments « les sensations liées à des organes,
internes qui se produisent sous l'influence d'excitations centrifuges
ou centripètes et qui ensuite se rendent à l'organe de la conscience-
pareillement aux autres sensations » (p. 202). Voici donc sans rien
discuter, sans môme indiquer que beaucoup de psychologues consi
dèrent les sentiments comme des éléments de conscience aussi
simples et élémentaires que les sensations, une affirmation qu'il est
bien difficile d'admettre ; il est vrai que quelques psychologues mo
dernes (James, Lange, Ribot, etc.), » arrivent après beaucoup de dis-
(1) Voir, par exemple, le compte rendu dans Y Année psychologique*
vol. I, p. 436.

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