Expertise et stratégies dans le résumé de textes argumentatifs - article ; n°3 ; vol.90, pg 359-380

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L'année psychologique - Année 1990 - Volume 90 - Numéro 3 - Pages 359-380
Résumé
Deux types d'experts, documentalistes ou littéraires, résument un texte argumentatif avec celui-ci sous les yeux. L'analyse des unités textuelles (idea-units) insérées dans les protocoles montre que : 1) II y a respect équivalent de la macrostructure par les deux groupes, les unités de niveau macrostructural élevé étant les plus souvent retenues. 2) Des effets interprétatifs notables se manifestent néanmoins. L'analyse factorielle des correspondances appliquée au tableau « sujets X unités retenues ou non » permet de distinguer deux types de résumés, l'un centré sur la description des faits, l'autre sur leur évaluation. La même analyse permet de situer 13 experts documentalistes sur 15 au pôle caractérisant le résumé factuel, et 25 experts littéraires sur 38 au pôle caractérisant le résumé évaluatif. La discussion de ces résultats aborde trois questions : la compatibilité entre effets macro- structuraux et tendances interprétatives, la spécificité du type de texte argumentatif, la distinction entre modèle de situation et représentation textuelle.
Mots clés : texte argumentatif, résumé, stratégies, interprétation.
Summary : Expertise and strategies in summarizing an argumentative text.
Two groups of subjects, expert in either literary or documentary text-processing, were asked to summarize an argumentative text. Analysis of the textual units (idea units) contained in the protocols showed that :
1) The two groups paid equal attention to the macrostructure, i.e. in both cases the structurally important units were more frequently preserved.
2) Nevertheless, noticeable interpretative tendencies were observed. A correspondences factorial analysis (AFC) was applied to the matrix : « subjects X units preserved or not » ; The first axis observed distinguished two types of summary, one based mainly on the description of facts, the oiher on their evaluation. The same analysis allowed 13 out of the 15 documentary-subjects to be assigned to the factual summary-type, and 25 out of the 38 literary-subjects to the evaluating summary-type. These results were discussed with respect to three questions : the compatibility between macrostructural and interpretative processing, the specificity of the argumentative type of text, and the distinction between situation model and textbase representation.
Key-words : argumentative text, summary, strategies, interpretation.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Pierre Coirier
J.-M. Passerault
Expertise et stratégies dans le résumé de textes argumentatifs
In: L'année psychologique. 1990 vol. 90, n°3. pp. 359-380.
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Coirier Pierre, Passerault J.-M. Expertise et stratégies dans le résumé de textes argumentatifs. In: L'année psychologique. 1990
vol. 90, n°3. pp. 359-380.
doi : 10.3406/psy.1990.29411
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1990_num_90_3_29411Résumé
Résumé
Deux types d'experts, documentalistes ou littéraires, résument un texte argumentatif avec celui-ci sous
les yeux. L'analyse des unités textuelles (idea-units) insérées dans les protocoles montre que : 1) II y a
respect équivalent de la macrostructure par les deux groupes, les unités de niveau macrostructural
élevé étant les plus souvent retenues. 2) Des effets interprétatifs notables se manifestent néanmoins.
L'analyse factorielle des correspondances appliquée au tableau « sujets X unités retenues ou non »
permet de distinguer deux types de résumés, l'un centré sur la description des faits, l'autre sur leur
évaluation. La même analyse permet de situer 13 experts documentalistes sur 15 au pôle caractérisant
le résumé factuel, et 25 experts littéraires sur 38 au pôle caractérisant le résumé évaluatif. La
discussion de ces résultats aborde trois questions : la compatibilité entre effets macro- structuraux et
tendances interprétatives, la spécificité du type de texte argumentatif, la distinction entre modèle de
situation et représentation textuelle.
Mots clés : texte argumentatif, résumé, stratégies, interprétation.
Abstract
Summary : Expertise and strategies in summarizing an argumentative text.
Two groups of subjects, expert in either literary or documentary text-processing, were asked to
summarize an argumentative text. Analysis of the textual units (idea units) contained in the protocols
showed that :
1) The two groups paid equal attention to the macrostructure, i.e. in both cases the structurally important
units were more frequently preserved.
2) Nevertheless, noticeable interpretative tendencies were observed. A correspondences factorial
analysis (AFC) was applied to the matrix : « subjects X units preserved or not » ; The first axis observed
distinguished two types of summary, one based mainly on the description of facts, the oiher on their
evaluation. The same analysis allowed 13 out of the 15 documentary-subjects to be assigned to the
factual summary-type, and 25 out of the 38 literary-subjects to the evaluating summary-type. These
results were discussed with respect to three questions : the compatibility between macrostructural and
interpretative processing, the specificity of the argumentative type of text, and the distinction between
situation model and textbase representation.
Key-words : argumentative text, summary, strategies, interpretation.L'Année Psychologique, 1990, 90, 359-380
Laboratoire de Psychologie du Langage
URA CNRS 6661
Université de Poitiers
EXPERTISE ET STRATÉGIES
DANS LE RÉSUMÉ
DE TEXTES ARGUMENTATIFS
par Pierre Coirier et Jean-Michel Passerault
SUMMARY : Expertise and strategies in summarizing an argumentative
text.
Two groups of subjects, expert in either literary or documentary text-
processing, were asked to summarize an argumentative text. Analysis of
the textual units (idea units) contained in the protocols showed that :
1) The two groups paid equal attention to the macrostructure, i.e. in both
cases the structurally important units were more frequently preserved.
2) Nevertheless, noticeable interpretative tendencies were observed. A
correspondences factorial analysis (AFC) was applied to the matrix :
« subjects X units preserved or not » ; The first axis observed distinguished
two types of summary, one based mainly on the description of facts, the
other on their evaluation. The same analysis allowed 13 out of the 15 docu
mentary-subjects to be assigned to the factual summary-type, and 25 out
of the 38 literary-subjects to the evaluating summary -type. These results
were discussed with respect to three questions : the compatibility between
macrostructural and interpretative processing, the specificity of the argu
mentative type of text, and the distinction between situation model and
textbase representation.
Key-words : argumentative text, summary, strategies, interpretation.
INTRODUCTION
L'activité de résumé de texte est envisagée ici sous l'angle
de l'interaction entre deux types de facteurs : ceux liés aux
caractéristiques du texte lui-même, ceux liés aux objectifs des
1. 95, avenue du Recteur-Pineau, 86022 Poitiers. 360 Pierre Coirier el Jean-Michel Passerault
résumeurs. Le résumé est-il un reflet fidèle de l'organisation
structurale du texte ? Des stratégies particulières de résumé
vont-elles infléchir ou non les processus généraux de traitement ?
Ces problèmes sont abordés dans le cadre théorique suivant
(Coirier et Passerault, 1988a) : les choix opérés par le résumeur
quant à la sélection ou au rejet d'une information apportée par le
texte sont contrôlés par deux types de représentations :
— les représentations construites antérieurement relativement
au thème de référence : savoirs, croyances, évaluations... ;
— les élaborées lors de la lecture, et fondées sur
les caractéristiques mêmes du texte, en premier lieu le niveau
macrostructural.
L'évaluation de l'importance d'une unité textuelle, de sa
pertinence au sens de Van Dijk (1979), pourra donc se voir
établie à partir de deux sources indépendantes : l'importance
« subjective », celle qui découle des représentations antérieures
du lecteur ; l'importance « textuelle », celle qu'il détermine à
partir de la macrostructure. Mais le poids relatif de chacune
de ces sources d'importance quant aux décisions de sélection
dans le résumé dépend en outre d'un facteur global de régula
tion : les objectifs de la tâche. Ceux-ci peuvent conduire à des
compromis variables quant à la sélection d'une unité, selon que
le résumé est orienté vers telle ou telle finalité : apprendre,
comprendre, commenter, utiliser l'information dans une autre
tâche, etc.
EFFETS MACROSTRUCTURAUX
ET TENDANCES INTERPRÉTATIVES
Le résumé constitue une expression relativement fidèle de
la macrostructure, conformément à la théorie de Kintsch et
Van Dijk (1975), ou Van Dijk (1980). De même, les résumés
tendent à respecter la composition superstructurale du texte,
les constituants du schéma narratif notamment (Le Bouedec,
1985 ; McConaughy, 1985...). D'une façon très générale, les
sélections opérées dans le texte par un lecteur sont contrôlées
par la prise en compte de l'importance textuelle, quel que soit
son mode de définition (Passerault, 1984). Mais ce contrôle n'est
jamais total et il n'est observé qu'à partir de données moyennes
(sur les sujets ou sur les items). L'examen des profils individuels Résumé de textes 361
de résumé, ou celui des sélections item par item, fait apparaître
des variations importantes au plan quantitatif, ainsi que des
tendances interprétatives au plan qualitatif. Nous avons pu
montrer par exemple que les opinions des résumeurs (Goirier,
1986 ; Passerault et Goirier, 1987) ou les objectifs assignés à la
tâche (Coirier et Passerault, 1988a) pouvaient conduire à la
production de « résumés-types » nettement différents pour un
texte donné. Conformément à une idée développée par Van Dijk
(1982), le même texte peut donner lieu à des dérivations macros
tructurales variables sous l'effet du contrôle d'un schéma
subjectif intégrant les caractéristiques de la situation de com
munication.
Se pose alors le problème de la compatibilité entre le respect
global de l'importance textuelle (telle que définie par la macros
tructure) et l'émergence de tendances interprétatives notables.
Nous supposons que cette compatibilité est possible dans la
mesure où le résumeur doit le plus souvent sélectionner une
unité textuelle parmi plusieurs unités (effet interprétatif) de
même niveau d'importance (effet macrostructural).
TENDANCES INTERPRETATIVES ET TYPES DE TEXTES
Les textes argumentatifs « naturels », au sens du « raiso
nnement naturel » chez Grize (1982), c'est-à-dire ceux relevant
du discours d'opinion, présentent deux caractéristiques critiques
quant aux effets interprétatifs : les « objets du discours » (opinions,
notions idéologiques, valeurs et appréciations...) ne voient leur
signification précisément définie que dans et par le texte lui-
même. Les termes correspondants font donc nécessairement
l'objet d'opérations interprétatives de construction, et ce à
partir du texte mais aussi des représentations subjectives du
lecteur (Coirier et Passerault, 19886).
Un second aspect critique du texte argumentatif réside dans
le fait qu'il articule généralement deux types d'énoncés : ceux
décrivant des faits ou les présentant comme tels, et ceux consis
tant à organiser les faits dans un système d'évaluation argumen-
tativement orienté. Du point de vue de l'importance relative
des unités textuelles, et conformément à la finalité du texte
argumentatif, les énoncés évaluatifs et prescriptifs y apparaissent
comme plus centraux que les énoncés factuels, en production 362 Pierre Coirier et Jean-Michel Passeraull
(Espéret, Coirier, Coquin et Passerault, 1987) comme en com
préhension (Coirier, 1989).
La distinction évoquée ci-dessus s'articule à celle proposée
par Perrig et Kintsch (1985) et par Kintsch (1986) entre « modèle
de situation » et « représentation textuelle » (sur cette question,
voir également Bock et Brewer, 1985 ; Garnham, 1981 ; Johnson-
Laird, 1981). Selon Kintsch, deux représentations mentales sont
formées lors de la lecture :
— une représentation construite dans le processus de com
préhension à partir de la base de texte ; elle exprime le
contenu sémantique des propositions au niveau tout à la fois
local, microstructural, et global, macrostructural. Cette repré
sentation textuelle, si elle intervenait seule, devrait donc
conduire selon nous à des résumés reflétant assez fidèlement
les caractéristiques du texte : niveau macrostructural de
l'information, composition thématique... ;
— un modèle de situation, c'est-à-dire une représentation (éven
tuellement procédurale) de la situation décrite ou évoquée
par le texte, à partir des informations que ce texte fournit
explicitement, ou qu'il permet d'inférer, et où vont donc
éventuellement intervenir les connaissances antérieures du
sujet quant au réfèrent traité.
Bien qu'elles ne soient pas directement assimilables aux deux
types de représentations ci-dessus, nous considérons que les
composantes du texte argumentatif évoquées plus haut s'y
relient assez directement. Les unités du texte concernant la
description des faits fournissent au lecteur la base essentielle à la
formation du modèle de situation. Les unités évaluatives et
« argumentatives » au sens large de ce terme, ne constituent
pas, elles, des informations pertinentes sur ce plan ; par contre,
dans la mesure où elles renvoient très directement à la fonction
même du texte, tant leur statut fonctionnel que leurs caractéris
tiques structurales sont essentiels à la constitution de la repré
sentation textuelle.
L'hypothèse de travail examinée ici peut alors se formuler
comme suit : le traitement interprétatif du texte argumentatif
favorisera plutôt la composante descriptive, le modèle de situa
tion, dans le cas de sujets se donnant ou ayant habituellement
comme objectifs principaux l'analyse de l'information, sa trans- de textes 363 Résumé
mission... Ce traitement interprétatif favorisera au contraire la
composante evaluative dans le cas d'objectifs centrés sur l'analyse
des textes au plan de leurs aspects « littéraires traditionnels » :
comprendre la pensée d'un auteur, sa façon de l'exprimer, etc.
OBJECTIFS DE LA TÂCHE, EXPERTISE ET STRATÉGIES
Les analyses précédentes conduisent à insister tout parti
culièrement sur le rôle des objectifs explicites ou implicites du
résumeur dans les traitements interprétatifs du texte argumen-
tatif. Les objectifs variables assignés à une tâche de lecture sont
susceptibles de modifier certains des traitements impliqués dans
la compréhension (D'Ydervalle et Van Dam, 1988 ; Lorch,
Lorch et Mogan, 1987 ; Mayer, 1984). Ainsi, un objectif de permet de retrouver plus facilement les prédicats
des propositions qu'un objectif de mémorisation (Tardieu, 1988) ;
nous avions observé pour notre part des tendances interprétat
ives beaucoup plus marquées avec une consigne de lecture
critique qu'avec une consigne de mémorisation (Coirier et
Passerault, 1988a). L'un des processus sous-jacents à ces effets
nous semble tenir au fait que les objectifs de la tâche (tout comme
l'opinion du lecteur ou la perspective de lecture) orientent
l'attention du vers les aspects du texte les plus importants
« contextuellement » : ceux appropriés à ce type de texte, pour
tel résumeur et tels objectifs.
Le d'un texte peut poursuivre des objectifs très
divers : construire une base pour la mémorisation, analyser l'i
nformation pertinente dans un document relativement à d'autres
documents ou aux informations connues par ailleurs, présenter
de façon simplifiée la pensée d'un auteur... (cf. à ce sujet les
normes proposées aux documentalistes par I'afnor2). L'expertise
du résumeur sera envisagée ici non sous l'angle du degré de
compétence, mais en termes de stratégies spécifiques, c'est-à-dire
en termes d'objectifs implicites, de procédures habituelles, volont
aires ou non, quant à la façon de résumer un texte ; en particulier
ici, quel sera le type d'information retenu prioritairement ?
Quels seront les effets de stratégies du type « documentation »
2. afnor, nf Z 44-004, décembre 1984. Recommandation aux auteurs
des articles scientifiques et techniques pour la rédaction des résumés. 364 Pierre Coirier el Jean-Michel Passerault
ou du type « littéraire » sur le traitement d'un texte argumentatif,
texte où la distinction entre faits et valeurs constitue une
dimension typologique centrale ?
EXPÉRIENCE
PRINCIPE DE L'EXPÉRIENCE
Deux types d'experts (documentalistes ou littéraires) rés
ument un texte argumentatif avec le texte sous les yeux. La
consigne est la même pour tous (rester fidèle au texte) ; seule
doit jouer, donc, leur stratégie usuelle. Les protocoles obtenus
sont analysés sous deux angles successifs : 1) Respect de la
macrostructure du texte ; 2) Présence d'effets interprétatifs
spécifiques dans chaque groupe.
Conformément au cadre théorique défini ici, nous exami
nerons l'hypothèse expérimentale suivante : qu'ils soient réalisés
par les experts littéraires ou documentalistes, les résumés ne
devraient pas se différencier principalement par le niveau macro-
structural des unités retenues. Par contre, les résumés des
documentalistes devraient privilégier les énoncés reliés à la
description du problème, les résumés littéraires retenant quant
à eux plutôt les énoncés évaluatifs, tout en restant davantage
fidèles à la composition thématique générale du texte.
MÉTHODE
Le texte (cf. annexe A) utilisé pour la tâche de résumé est un
article de 700 mots environ, paru dans Le Monde du 30 octobre 1985,
sous le titre : « Le défi de l'informatisation ». L'auteur y développe
trois grands thèmes :
1) L'incompatibilité technique entre le développement des machines
à traiter la langue et l'existence en français de signes typographiques
trop nombreux (cédille, accents...) que les claviers d'ordinateurs,
anglo-saxons, ne peuvent absorber ;
2) La réforme de l'orthographe et les problèmes sociaux et culturels
qu'elle soulève ;
3) L'évaluation sociopolitique globale de la question.
Au plan argumentatif, une caractéristique importante de ce texte
réside dans la distinction entre deux types d'énoncés : factuels et
techniques d'une part, évaluatifs à et caractère politique d'autre part. de textes 365 Résumé
Cette distinction sera particulièrement intéressante pour la description
des effets interprétatifs associés aux stratégies de résumé. C'est aussi
la présence de cette opposition entre deux types d'énoncés qui nous a
guidés dans le choix du texte ; mais notons qu'il ne s'agit pas là d'une
originalité du texte, dans la mesure où une telle opposition est une des
caractéristiques principales des textes argumentatifs.
Les sujets réalisant les résumés sont des étudiants issus de deux
populations différentes quant aux consignes et aux objectifs de résumé
auxquels on les entraîne dans le cadre de leur cursus scolaire :
1) Experts documentalistes (exd, n = 15) : il s'agit d'étudiants d'un
dess de documentaliste3 spécifiquement entraînés à accorder de
l'importance à la fonction informative du texte ;
2) Experts littéraires (exl, n = 38) : ce sont des élèves de classe prépar
atoire aux grandes écoles, pratiquant régulièrement la condensation
de texte où on les incite fortement à prendre en compte la dimension
littéraire du texte (aspects stylistiques, rhétoriques, etc.).
Outre le type d'études, les deux groupes diffèrent donc quant à
leur niveau scolaire et leur âge (Bac + 1 pour les exl ; Bac + 5 pour
les exd). Il s'agit dans les deux cas d'étudiants « sursélectionnés »
dont le niveau de culture générale peut être considéré comme supérieur
à la moyenne de la population étudiante. On peut supposer que cette
sursélection constitue un facteur important d'homogénéisation quant
aux traitements textuels impliqués dans la tâche proposée ici.
La tâche de résumé est effectuée en présence du texte et non de
mémoire ; on demande aux sujets de condenser le texte en 200 mots
(procédure habituelle pour chacun des deux groupes). La consigne
précise qu'il faut faire un résumé « neutre et fidèle au texte ». Nous
supposons en effet que cette consigne, identique dans la forme pour les
deux groupes, doit à elle seule conduire à l'émergence d'objectifs impli
cites différents. Chacun des groupes réalise la tâche collectivement en
un temps limité à quarante minutes.
L'analyse des résumés4 recueillis a reposé sur les étapes suivantes :
1) La grille d'analyse des protocoles a été établie à partir des pro
tocoles eux-mêmes (et non à partir du texte) : on a dressé la liste de
l'ensemble des unités textuelles (idea units) présentes dans au moins
trois protocoles (cf. sur ce point Coirier et Passerault, 1988a, ibid.).
On obtient ainsi une liste de 71 unités, dont 49 sont directement issues
ou très proches des énoncés du texte initial, les 22 autres représentant
3. Le recueil des résumés pour les sujets exd a été effectué en collabo
ration avec D. Leroux et N. Prévôt (Centre de Documentation de l'Institut
des Sciences politiques).
4. Les différentes analyses ont été effectuées avec la collaboration de
D. Alamargot, P. Brébion, N. Gauvin et P. Larigauderie. Pierre Coirier el Jean-Michel Passerault 366
diverses transformations (synthèses, généralisations, modulations
d'énoncés du texte).
2) Une analyse macrostructurale du texte a été réalisée selon les
règles proposées par Kintsch et Van Dijk (1975) et sur la base d'un
accord entre deux juges ; cette analyse (annexe B) permet d'affecter
à chacune des 71 unités produites dans les résumés un niveau structural
d'importance variant de 1 (importance forte) à 3 (importance faible).
Le corpus des résumés comporte 18 unités relevant du niveau 1, 25 du
niveau 2, et 28 du niveau 3.
3) L'analyse macrostructurale ci-dessus permet en outre de décom
poser le texte en 21 thèmes (cf. annexe C) correspondant à des macro-
propositions synthétisant un ensemble d'unités textuelles. Ce découpage
correspond en fait à un découpage du texte en 21 sous-paragraphes.
RÉSULTATS
L'analyse des résultats présentée ci-dessous comprend deux
parties distinctes :
— une analyse des effets macrostructuraux, dans laquelle les
résumés sont considérés du point de vue de l'importance
relative des unités textuelles insérées dans ces résumés ;
— une analyse des effets différentiels, dans laquelle on tentera
de mettre en évidence des résumés typiques, éventuellement
reliés au type d'expertise des sujets.
1. ANALYSE DES EFFETS MACROSTRUCTURAUX
Pour chacune des 71 unités textuelles, nous avons relevé la
fréquence avec laquelle elle était insérée dans les résumés des
deux groupes. La figure 1 présente ces fréquences d'insertion en
fonction du niveau d'importance de ces unités.
Une analyse de variance a été réalisée selon le plan
U < I, > *E2 :
facteur aléatoire U (unités textuelles), facteurs systématiques I
(niveau d'importance) et E (type d'expertise). Dans les deux
groupes, on constate un effet sensiblement identique d'impor
tance relative (cf. fig. 1). La fréquence d'insertion des unités
dépend de leur niveau d'importance (F(2,68) = 3,21, p < .05) ;
en fait, la seule différence significative se situe entre les unités
de niveau 1 et les unités de niveau 2 (F(l,41) = 5,48, p < .025),
aucun effet significatif n'étant observé entre le niveau 2 et le

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