Exploration oculaire et opérations cognitives de compréhension au cours de la lecture d'un texte - article ; n°1 ; vol.86, pg 63-82

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1986 - Volume 86 - Numéro 1 - Pages 63-82
Summary : Text comprehension : analysis of eye movements.
The aim of this experiment was to study the variations in eye movement strategies as a function of some component processes involved in reading a text. The processes under consideration were those that lead to a selection and a combination of propositions in making inferences. Some of the lines of text contained the relevant propositions. There were two groups of subjects with different reading objectives : in group Tl, the Ss were informed that after reading the text they had to judge if two explicit relevant propositions were true or false ; in group T2 they had to judge if three inferred propositions were true or false. These propositions to be checked were learned beforehand by the subject. The Ss read the text twice then attempted a comprehension test. The results showed that the mean comprehension scores were not different for the two groups. However, the classification of the Ss according to their comprehension score allowed to constitute two new groups : low Cl or high C2 comprehension. Variations in eye movement parameters were analysed as a function of informative content of the lines and of comprehension scores obtained by Ss. The results showed differences between lines of the text : on the relevant lines, the fixation duration increased, the number of progressive and regressive saccades increased too, and the mean regression size was larger than on the non-relevant lines. These variations were statistically significant only for the subjects in group C2 whose comprehension scores were high. These data are in agreement with the « process monitory » hypothesis proposed by Rayner (1977).
Key words : text comprehension, reading process, eye movement strategies.
Résumé
Le but de cette expérience est d'étudier les variations des stratégies d'exploration oculaire en jonction des opérations de compréhension au cours de la lecture d'un texte. Sont considérées les opérations de sélection d'énoncés critiques nécessaires à la réalisation de la tâche et celles de mise en relation de ces énoncés dans le but de produire des injérences. Deux groupes de sujets sont distingués selon l'objectif de lecture qui leur est assigné et qui les conduit à effectuer des opérations différentes. Après deux lectures, les sujets sont soumis à une épreuve de compréhension du texte. Les résultats ne montrent pas de différence entre les scores de compréhension moyens des deux groupes. Cependant, la prise en compte des protocoles individuels permet de constituer deux nouveaux groupes de sujets : compréhension faible et compréhension élevée. On analyse les variations de l'exploration oculaire en fonction du contenu informatif des lignes du texte et des scores de compréhension atteints par les sujets. La sélection des énoncés critiques se manifeste dès la saisie perceptive par une modulation de l'activité oculomotrice : sur les lignes critiques, les durées de fixation sont plus longues, les saccades de progression et de régression sont plus nombreuses, ces dernières ayant une amplitude élevée. Ces variations en fonction du contenu des lignes ne sont significatives que chez les sujets qui atteignent un score de compréhension élevé. Les données sont compatibles avec l'hypothèse process monitoring de Rayner (1977).
Mots clés : compréhension de texte, lecture, stratégies d'exploration oculaire.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
Lecture(s) : 19
Nombre de pages : 22
Voir plus Voir moins

Marie-France Ehrlich
Jean-Pierre Rossi
Exploration oculaire et opérations cognitives de compréhension
au cours de la lecture d'un texte
In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°1. pp. 63-82.
Citer ce document / Cite this document :
Ehrlich Marie-France, Rossi Jean-Pierre. Exploration oculaire et opérations cognitives de compréhension au cours de la lecture
d'un texte. In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°1. pp. 63-82.
doi : 10.3406/psy.1986.29123
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1986_num_86_1_29123Abstract
Summary : Text comprehension : analysis of eye movements.
The aim of this experiment was to study the variations in eye movement strategies as a function of
some component processes involved in reading a text. The processes under consideration were those
that lead to a selection and a combination of propositions in making inferences. Some of the lines of text
contained the relevant propositions. There were two groups of subjects with different reading objectives
: in group Tl, the Ss were informed that after reading the text they had to judge if two explicit relevant
propositions were true or false ; in group T2 they had to judge if three inferred propositions were true or
false. These propositions to be checked were learned beforehand by the subject. The Ss read the text
twice then attempted a comprehension test. The results showed that the mean comprehension scores
were not different for the two groups. However, the classification of the Ss according to their
comprehension score allowed to constitute two new groups : low Cl or high C2 comprehension.
Variations in eye movement parameters were analysed as a function of informative content of the lines
and of comprehension scores obtained by Ss. The results showed differences between lines of the text :
on the relevant lines, the fixation duration increased, the number of progressive and regressive
saccades increased too, and the mean regression size was larger than on the non-relevant lines. These
variations were statistically significant only for the subjects in group C2 whose comprehension scores
were high. These data are in agreement with the « process monitory » hypothesis proposed by Rayner
(1977).
Key words : text comprehension, reading process, eye movement strategies.
Résumé
Le but de cette expérience est d'étudier les variations des stratégies d'exploration oculaire en jonction
des opérations de compréhension au cours de la lecture d'un texte. Sont considérées les opérations de
sélection d'énoncés critiques nécessaires à la réalisation de la tâche et celles de mise en relation de
ces énoncés dans le but de produire des injérences. Deux groupes de sujets sont distingués selon
l'objectif de lecture qui leur est assigné et qui les conduit à effectuer des opérations différentes. Après
deux lectures, les sujets sont soumis à une épreuve de compréhension du texte. Les résultats ne
montrent pas de différence entre les scores de compréhension moyens des deux groupes. Cependant,
la prise en compte des protocoles individuels permet de constituer deux nouveaux groupes de sujets :
compréhension faible et compréhension élevée. On analyse les variations de l'exploration oculaire en
fonction du contenu informatif des lignes du texte et des scores de compréhension atteints par les
sujets. La sélection des énoncés critiques se manifeste dès la saisie perceptive par une modulation de
l'activité oculomotrice : sur les lignes critiques, les durées de fixation sont plus longues, les saccades de
progression et de régression sont plus nombreuses, ces dernières ayant une amplitude élevée. Ces
variations en fonction du contenu des lignes ne sont significatives que chez les sujets qui atteignent un
score de compréhension élevé. Les données sont compatibles avec l'hypothèse process monitoring de
Rayner (1977).
Mots clés : compréhension de texte, lecture, stratégies d'exploration oculaire.L'Année Psychologique, 1986, 86, 63-82
Laboratoire de Psychologie cognitive
de la communication, EPHE
et Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université René-Descaries, CNRS, UA 3161 de du langage
Université de Poitiers, CNRS, UA 666*
EXPLORATION OCULAIRE ET OPÉRATIONS
COGNITIVES DE COMPRÉHENSION
AU COURS DE LA LECTURE D'UN TEXTE
par Marie-France Ehrlich
et Jean-Pierre Rossi
SUMMARY : Text comprehension : analysis of eye movements.
The aim of this experiment was to study the variations in eye movement
strategies as a function of some component processes involved in reading a
text. The processes under consideration were those that lead to a selection
and a combination of propositions in making inferences. Some of the lines
of text contained the relevant propositions. There were two groups of subjects
with different reading objectives : in group Tl, the Ss were informed that
after reading the text they had to judge if two explicit relevant propositions
were true or false ; in group T2 they had to judge if three inferred proposit
ions were true or false. These propositions to be checked were learned
beforehand by the subject. The Ss read the text twice then attempted a
comprehension test. The results showed that the mean comprehension scores
were not different for the two groups. However, the classification of the
Ss according to their comprehension score allowed to constitute two new
groups : low Cl or high C2 comprehension. Variations in eye movement
parameters were analysed as a function of informative content of the lines
and of comprehension scores obtained by Ss. The results showed differences
between lines of the text : on the relevant lines, the fixation duration
increased, the number of progressive and regressive saccades increased too,
and the mean regression size was larger than on the non-relevant lines.
These variations were statistically significant only for the subjects in
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2. 96, avenue du Recteur-Pineau, 86000 Poitiers. M. -F. Ehrlich et J.-P. Rossi 64
group C2 whose comprehension scores were high. These data are in agree
ment with the « process monitory » hypothesis proposed by Rayner (1977).
Key words : text comprehension, reading process, eye movement
strategies.
Depuis une dizaine d'années, on s'intéresse de près à la
compréhension des textes. Lorsqu'on connaît la diversité des
questions posées au plan linguistique : types de textes, types de
discours, grammaires de textes, analyse de discours, stratégies
discursives, il est facile d'entrevoir les redoutables problèmes
qui ne manquent pas de surgir.
Néanmoins, les travaux se sont développés autour de deux
thèmes :
— d'une part, les études centrées sur la lecture, avec entre
autres Laberge et Samuels (1977), Just et Carpenter (1977),
qui soulignent que s'il y a plusieurs façons de lire un texte,
l'une des finalités premières de la lecture est de comprendre
le message écrit ;
— d'autre part, les recherches sur la mémorisation des textes
avec les premières études théoriques de Frederiksen (1972)
et de Kintsch (1974) qui marquent la nécessité d'envisager la
mémoire comme étroitement liée à la compréhension.
Initialement conduites de manière parallèle, ces deux lignes
de recherche tendent actuellement à se rapprocher dans le but
de préciser les interrelations entre lecture, compréhension et
mémoire.
Quels que soient leurs options théoriques et leurs objectifs
particuliers, les auteurs s'accordent à considérer que les activités
de compréhension mises en jeu lors de la réception d'un message
ont pour fruit un « produit mental » inséré dans le système
cognitif du sujet. Les expressions utilisées pour dénommer ce
produit : cogitatum, représentation conceptuelle, structure
interne, modèle mental... traduisent clairement sa nature psychol
ogique. L'un d'entre nous a proposé de le qualifier de
cognitivo-sémantique (ses) (Ehrlich, 1982). En accord avec
Kintsch et Van Dijk (1978), nous considérons que les structures
cognitivo-sémantiques sont organisées au sein d'une macros
tructure.
La construction de telles structures passe par la réalisation
d'opérations (ou procédures de traitement) qui mettent en jeu de texte et exploration oculaire 65 Compréhension
plusieurs dimensions : analyse perceptive, identification des
mots, accès au lexique, structurelle (syntactic parsing),
intégration sémantique des énoncés et représentation textuelle.
Tenter de caractériser en temps réel ces opérations et leur mode
d'interaction fait actuellement l'objet de nombreuses études
expérimentales (Rossi et Ehrlich, 1986).
C'est dans cette perspective que certains auteurs ont proposé
de considérer les paramètres des mouvements des yeux enregistrés
lors de la lecture comme révélateurs des opérations cognitives
sous-jacentes à la compréhension. On retrouve là une démarche
déjà ancienne dont l'intérêt est renouvelé par l'apport des études
récentes sur les propriétés de l'exploration oculaire (O'Regan et
Lévy-Schoën, 1978 ; Lévy-Schoën et O'Regan, 1979).
Ainsi, pour Just et Carpenter (1976, 1977 et surtout 1980) on
peut établir une relation quasi directe entre comportement
oculaire et activité mentale. Ces auteurs proposent un modèle
de la lecture basé sur les variations des durées des fixations
oculaires en fonction des caractéristiques des mots du texte. Le
modèle repose sur deux hypothèses. La première, immediacy
assumption, suppose que le lecteur interprète chaque mot, et
choisit le contenu qu'il doit lui attribuer au moment où il le
rencontre. Selon la seconde hypothèse, eye-mind, l'œil reste
sur le mot tout le temps que dure son traitement. C'est dire
l'importance du lien unissant les mouvements oculaires à l'activité
de compréhension.
Ces positions sont opposées à celles qui sont développées par
des auteurs tels que Bouma et de Voogd (1974) qui considèrent
que les caractéristiques des fixations oculaires, et notamment leur
rapidité, ne permettent pas de rendre compte du traitement
sémantique nécessaire à la compréhension. Les mouvements
oculaires sont considérés comme essentiellement dépendants des
propriétés perceptives du signal. Avant d'être traitées au niveau
sémantique, les informations visuelles seraient stockées dans un
buffer. Les stratégies oculaires seraient élaborées à ce premier
niveau.
L'hypothèse du process monitoring de Rayner (1977, 1978)
se situe entre ces deux positions extrêmes. L'auteur affirme que
la stratégie oculaire est en partie dépendante de processus qui
régissent l'accès au lexique et l'analyse structurelle des énoncés.
Les données expérimentales concernant les effets de la fréquence
d'usage et du contenu informatif des mots (Rayner, 1977), le
AP — 3 66 M.-F. Ehrlich et J.-P. Rossi
rôle de leurs propriétés prédictives (S. F. Ehrlich et Rayner,
1981) et l'influence de la structure syntaxique des phrases
(Holmes et O'Regan, 1981 ; Frazier et Rayner, 1982; Frazier,
1983) plaident en faveur de cette thèse. Pour ce qui est de la
mise en relation des énoncés d'un texte, K. Ehrlich (1983),
K. Ehrlich et Rayner (1983) étudient la référence pronominale en
faisant varier la distance entre le pronom et son réfèrent ; ils
enregistrent plusieurs indicateurs : la durée de la fixation qui
se situe à proximité immédiate du pronom, celle des fixations
avant et après, ainsi que la longueur des saccades. Les résultats
indiquent que les opérations de recherche du réfèrent sont initiées
pendant la fixation mais ne sont pas achevées. L'étude des
saccades de régression conduit les auteurs à affirmer que le
lecteur ne choisit pas le réfèrent d'un pronom en revenant en
arrière mais en « consultant sa représentation mentale du texte ».
Dans les recherches évoquées ci-dessus, ce sont des indicateurs
locaux qui sont enregistrés. Ces indicateurs sont évidemment
très tributaires des caractéristiques perceptives du message et
des propriétés de chaque mot. Leur pertinence par rapport au
problème de la compréhension de textes est discutable dans la
mesure où l'unité de traitement communément adoptée dans
ce type d'étude n'est pas le mot mais la proposition, dans son
acception d'unité predicative (Le Ny, 1978, 1980).
De façon plus générale, il nous semble qu'on ne peut clarifier
les relations entre saisie perceptive et traitement sémantique
sans se donner les moyens d'apprécier les propriétés du produit
des opérations mises en œuvre à savoir la représentation cognitivo-
sémantique construite par le sujet.
L'expérience présentée dans cet article3 a été réalisée dans
le but d'analyser les variations des stratégies d'exploration
oculaire en fonction des opérations de compréhension au cours
de la lecture d'un texte. Seront prises en considération des
opérations de sélection et de mise en relation des énoncés dans
le but de produire des inferences. Des indicateurs semi-globaux
pour chaque ligne du texte seront élaborés, les lignes étant
distinguées par le type d'informations qu'elles apportent.
Nous avons repris un paradigme utilisé dans une recherche
3. L'expérience a été conduite dans le cadre d'un contrat avec le Centre
commun d'Etudes de Télédiffusion et Télécommunication (ccett). Nous
tenons à remercier C. Pierrandrei pour sa collaboration. Compréhension de texte et exploration oculaire 67
antérieure (Ehrlich, 1982) en l'adaptant aux contraintes de
l'enregistrement des mouvements des yeux : on fait lire un texte
au sujet en lui donnant un objectif précis qui le conduit à effec
tuer au cours de la lecture des opérations de nature différente.
Dans le premier cas, les opérations doivent permettre aux sujets
de vérifier des informations qui correspondent à des énoncés
explicites du texte présentés dans certaines lignes dites critiques ;
dans le second, aux premières opérations s'ajoutent des mises en
relation d'énoncés devant conduire à la construction d'une
structure d'ordre. Après la lecture, une épreuve particulière de
compréhension permet de caractériser le produit des opérations
réalisées par le sujet.
Si les positions de Just et Carpenter qui postulent une relation
étroite entre saisie perceptive et traitement cognitif sont confir
mées, on doit mettre en évidence des variations de l'exploration
oculaire en fonction :
— du type de lignes du texte, critiques ou non critiques ;
— des opérations mises en œuvre, c'est-à-dire des scores de
compréhension atteints par les sujets.
Afin d'apprécier la stabilité des comportements oculaires,
la mise en place d'éventuelles stratégies et les modifications
entraînées par un premier traitement, on demande aux sujets
de lire deux fois le même texte dans des conditions identiques
avant d'effectuer l'épreuve de compréhension.
MÉTHODE
1. Le texte
Le texte est le récit d'une course dans laquelle quatre bateaux sont
en compétition : le Coléreux (A), le Déchaîné (B), V Excessif (C) et le
Passionné (D). Il est dérivé du texte de notre précédente recherche, en
maintenant ses composantes essentielles. Il comporte 225 mots et
21 lignes : 4 lignes d'introduction, 12 constituant le corps du texte et
5 la conclusion.
Le texte est le suivant :
UNE COURSE DE BATEAUX
A l'aube de cette journée de juillet, les hommes vérifient que tout
est prêt pour le départ de la course qui sera donné dans quelques instants.
Après l'émotion du départ, chacun s'est installé à son poste. Les
premiers jours, tous lés bateaux restent groupés. M. -F. Ehrlich et J. -P. Rossi 68
Trois jours plus tard, le 8 juillet, le Coléreux a dépassé le Déchaîné.
Le Coléreux est un bateau vert et blanc, fait d'un matériau léger. Le
Déchaîné devance Y Excessif . Le Déchaîné possède deux mâts et plusieurs
couchettes. L1 Excessif précède le Passionné. Construit en Normandie,
YExcessif a une grande surface de voile. Le Passionné, lui, sent encore
là peinture neuve, sa forme est de conception technique très nouvelle.
Le 12 juillet, quatre jours plus tard, après une violente tempête, la mer
est redevenue calme. Maintenant, YExcessif vient avant le Coléreux.
Le vent souffle légèrement, à l'ouest se profilent les îles Dorothée. Le
Coléreux précède le Passionné. Les concurrents s'affairent soutenus
par les messages d'encouragement qui leur parviennent chaque jour.
Le Passionné devance le Déchaîné.
Dans quelques jours, la course sera terminée. L'arrivée est prévue
pour le 16 juillet. Déjà parents et amis attendent les coureurs dont
certains ont été rudement éprouvés par les difficultés de la compétition.
Une fête avec de nombreuses attractions a été préparée. Tous conser
veront un merveilleux souvenir de cette course.
1.1. Dans le corps du texte sont présentés les six énoncés qui
expriment la position des quatre bateaux les uns par rapport aux autres,
lors d'un premier moment de la course puis lors d'un second moment.
On les appellera énoncés « critiques ». Ils apparaissent dans les lignes
de rang 5, 7 et 8 (moment 1) puis 12, 14 et 16 (moment 2). Ces
seront dénommées lignes critiques (L 1) alors que les autres seront les
lignes non critiques (L 2). Aux énoncés critiques correspondent des
propositions construites, dans tous les cas, avec la même relation :
« être devant », symbolisée par r ; cette relation est exprimée à l'aide
de plusieurs unités lexicales : a dépassé, devance, précède, vient avant.
Compte tenu du caractère transitif de cette relation :
a) la position des quatre bateaux peut être représentée par une première
structure d'ordre (ArBrCrD) pour le moment 1, par une seconde
(CrArDrB) pour le moment 2 de la course ;
b ) il est possible d'engendrer à partir des propositions critiques explicites
des propositions inférées d'ordre 1 et 2, ex. : ArC d'ordre 1 et ArD
d'ordre 2 pour le moment 1 ;
c) la comparaison de ces deux structures conduit à de nouvelles propos
itions inférées traduisant les variations de la position des bateaux
au cours de la course : progression ou régression.
Le texte est imprimé sur une feuille de papier, présentée à environ
30 cm du sujet4.
4. Deux typographies distinctes, l'une usuelle l'autre non usuelle, sont
utilisées pour l'impression du texte. Le rôle de ce facteur de nature percep
tive a été présenté dans une autre publication (Rossi et Ehrlich, 1985).
Ce facteur n'a pas d'effet sur les scores de compréhension et n'est pas en 70 M.-F. Ehrlich et J.-P. Rossi
3. Variables dépendantes
3.1. Temps de lecture du texte intégral à l'essai El et à l'essai E2.
3.2. Les mouvements des yeux sont enregistrés à l'aide d'un méca
nisme photo-électrique connecté à un micro-processeur acorn bbc,
modèle B (Barbin, 1982 ; Coeffé, Humbert, Jacobs, O'Regan, 1985).
La vitesse d'échantillonnage du système est de 10 ms. L'enregistrement
est réalisé pour les 16 premières lignes du texte, laissant de côté les
5 lignes de conclusion5.
Quatre indicateurs de l'exploration oculaire sont considérés. Pour
chaque ligne, on calcule :
— La durée de pause par caractère :
somme des durées des pauses
nombre de caractères
— Le de saccades de progression pour 100 caractères :
somme des de
x 100.
nombre de caractères
— Le nombre de saccades de régression pour 100 caractères, calculé
selon la même méthode que les progressions.
— L'amplitude des saccades de régression :
somme des amplitudes des régressions
nombre de régressions
On analyse ainsi des indicateurs semi-globaux qui permettent de
suivre la dynamique de la lecture ligne après ligne.
Les pondérations ci-dessus sont nécessaires du fait que le nombre
de caractères par ligne est variable : deux lignes, correspondant à deux
fins de paragraphes, ont 40 caractères, les autres lignes ont entre 76 et
80 caractères.
3 . 3. Un score de compréhension du texte est calculé. Après les deux
lectures, les sujets indiquent quel est l'ordre des bateaux au premier
moment de la course et lors de leur arrivée. Pour chaque sujet, l'ordre
produit et l'ordre attendu sont comparés à l'aide du Tau de Kendall ;
après transformation, autorisée par le fait que le nombre total d'accords
possibles est toujours le même, les scores varient de — 3 à +3. Les
deux scores obtenus sont sommés de sorte que pour chaque sujet le
score global varie de — 6 à + 6. Un sujet qui obtient le score + 6 a
parfaitement indiqué la position des bateaux à l'un et l'autre moments.
5. Nous tenons à remercier A. Jacobs qui a adapté la procédure d'enre
gistrement à notre expérience et élaboré le programmé informatique de
traitement des données.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.