Fréquence de réponse et influence sociale - article ; n°1 ; vol.69, pg 111-126

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L'année psychologique - Année 1969 - Volume 69 - Numéro 1 - Pages 111-126
In the study of social infuence, it is very important to notice the isomorphism between the response system relative to the task and the response system relative to social influence : in tasks which involve classes of responses, we observe two classes in subjects' reactions : conformity vs independence ; in tasks which involve a continuum of responses, we obtain a continuum of convergence. But it is possible to give this fleld an unitary perspective by introducing such a quantification in the former tasks as degrees of error or frequency. By this method, it is also possible to consider problems which involve an exact response (matters of fact) and these which do not involve such a response (matters of opinion) as belonging to a same whole. The present investigation used the Crutchfleld's method (« simulated group ») and categorial tasks which involve an exact response and present various levels of difficulty, in order to study the changes in subject's responses, after communicating of a group unanimous response which is either true or false, and, in the same time, either different from (contradicting or invalidating communication) or identical with (confirming communication) the initial response of subjects. The results shows : 1) after a contradicting communication, the frequency of the contradicted response decreases ; the decreasing of a true response and of a false response which initially had an equal frequency is equivalent; « strong », or initially frequent, responses (false or true) are changed relatively less than « weak », or initially unfrequent, responses (false or true) ; 2) after a confirming communication, the frequency of the confirmed response increases ; the increasing of a true response and of a false response which initially had an equal frequency, is equivalent ; strong responses (true or false) are relatively less changed than weak responses (true or false). So it is not the « truth » of any response, but its initial frequency which is an important variable in the situations of social influence. It seems now to be useful to substitue the idea of « objective truth » (trulh for the experimenter) with the idea of « subjective evidence » (truth for the subject), which appears to be in relationship with some objective fealures of the stimulus or problem. Frequency of a response in a given sample seems to be a good index for subjective evidence.
Dans l'étude des processus d'influence, il est très important de remarquer l'isomorphisme entre le système de réponse à la tâche et le système de réponse à l'influence : avec des tâches qui impliquent des réponses catégorielles, on observe des réponses à l'influence de type catégoriel : conformité ou indépendance ; avec des tâches qui impliquent un continuum de réponse, on observe dans les situations d'influence, des convergences plus ou moins marquées qui s'inscrivent sur un continuum. Il est cependant possible de retrouver une perspective unitaire dans ce domaine, en introduisant dans les tâches catégorielles une certaine forme de quantification, par exemple des degrés d'erreur ou la fréquence initiale des réponses. Avec cette dernière méthode, on peut également considérer les problèmes impliquant une réponse exacte (affaire de savoir ou de faits) et les problèmes qui n'en impliquent pas (affaire d'opinion) comme appartenant à un même ensemble. La présente recherche utilise la technique du « groupe simulé » de Crutchfield et des problèmes à réponses catégorielles, qui comportent une réponse exacte et présentent des degrés divers de difficulté : le but est d'étudier quels changements entraîne la communication d'une réponse de groupe unanime qui est tantôt vraie, tantôt fausse, et en même temps, tantôt différente de la réponse initiale du sujet (communication contradictoire ou infirmante) tantôt identique à celle-ci (communication confirmante). Les résultats montrent que : 1) Une communication infirmante entraîne une diminution de la fréquence des réponses infirmées ; une réponse vraie et une réponse fausse diminuent de la même façon, à fréquence initiale égale ; les réponses fortes, c'est-à-dire initialement fréquentes (vraies ou fausses), diminuent relativement moins que les réponses faibles, c'est-à-dire initialement peu fréquentes (vraies ou fausses) ; 2) une communication confirmante entraîne une augmentation dans la fréquence des réponses confirmées ; une réponse vraie et une réponse fausse augmentent de la même façon, à fréquence initiale égale, les réponses fortes (vraies ou fausses) augmentent relativement moins que les réponses faibles (vraies ou fausses). Ce n'est donc pas le caractère vrai ou faux de la réponse initiale ou de la réponse communiquée, mais la force de la réponse initiale du sujet qui est la variable importante des processus d'influence. Il importe en conséquence de substituer à la notion de vérité objective, vérité pour l'expérimentateur, celle d'évidence subjective qui est vérité pour le sujet ; cette évidence a toujours quelque rapport avec certains caractères objectifs du stimulus ou du problème. La fréquence d'une réponse dans un échantillon donné semble un bon indice de cette force d'évidence. tantôt vraie, tantôt fausse, et en même temps, tantôt différente de la réponse initiale du sujet (communication contradictoire ou infirmante) tantôt identique à celle-ci (communication confirmante). Les résultats montrent que : 1) Une communication infirmante entraîne une diminution de la fréquence des réponses infirmées ; une réponse vraie et une réponse fausse diminuent de la même façon, à fréquence initiale égale ; les réponses fortes, c'est-à-dire initialement fréquentes (vraies ou fausses), diminuent relativement moins que les réponses faibles, c'est-à-dire initialement peu fréquentes (vraies ou fausses) ; 2) une communication confirmante entraîne une augmentation dans la fréquence des réponses confirmées ; une réponse vraie et une réponse fausse augmentent de la même façon, à fréquence initiale égale, les réponses fortes (vraies ou fausses) augmentent relativement moins que les réponses faibles (vraies ou fausses). Ce n'est donc pas le caractère vrai ou faux de la réponse initiale ou de la réponse communiquée, mais la force de la réponse initiale du sujet qui est la variable importante des processus d'influence. Il importe en conséquence de substituer à la notion de vérité objective, vérité pour l'expérimentateur, celle d'évidence subjective qui est vérité pour le sujet ; cette évidence a toujours quelque rapport avec certains caractères objectifs du stimulus ou du problème. La fréquence d'une réponse dans un échantillon donné semble un bon indice de cette force d'évidence.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1969
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G. de Montmollin
Fréquence de réponse et influence sociale
In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°1. pp. 111-126.
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de Montmollin G. Fréquence de réponse et influence sociale. In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°1. pp. 111-126.
doi : 10.3406/psy.1969.27652
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1969_num_69_1_27652Abstract
In the study of social infuence, it is very important to notice the isomorphism between the response
system relative to the task and the response system relative to social influence : in tasks which involve
classes of responses, we observe two classes in subjects' reactions : conformity vs independence ; in
tasks which involve a continuum of responses, we obtain a continuum of convergence. But it is possible
to give this fleld an unitary perspective by introducing such a quantification in the former tasks as
degrees of error or frequency. By this method, it is also possible to consider problems which involve an
exact response (matters of fact) and these which do not involve such a response (matters of opinion) as
belonging to a same whole. The present investigation used the Crutchfleld's method (« simulated group
») and categorial tasks which involve an exact response and present various levels of difficulty, in order
to study the changes in subject's responses, after communicating of a group unanimous response which
is either true or false, and, in the same time, either different from (contradicting or invalidating
communication) or identical with (confirming communication) the initial response of subjects. The results
shows : 1) after a contradicting communication, the frequency of the contradicted response decreases ;
the decreasing of a true response and of a false response which initially had an equal frequency is
equivalent; « strong », or initially frequent, responses (false or true) are changed relatively less than «
weak », or initially unfrequent, responses (false or true) ; 2) after a confirming communication, the
frequency of the confirmed response increases ; the increasing of a true response and of a false
response which initially had an equal frequency, is equivalent ; strong responses (true or false) are
relatively less changed than weak responses (true or false). So it is not the « truth » of any response,
but its initial frequency which is an important variable in the situations of social influence. It seems now
to be useful to substitue the idea of « objective truth » (trulh for the experimenter) with the idea of «
subjective evidence » (truth for the subject), which appears to be in relationship with some objective
fealures of the stimulus or problem. Frequency of a response in a given sample seems to be a good
index for subjective evidence.
Résumé
Dans l'étude des processus d'influence, il est très important de remarquer l'isomorphisme entre le
système de réponse à la tâche et le système de réponse à l'influence : avec des tâches qui impliquent
des réponses catégorielles, on observe des réponses à de type catégoriel : conformité ou
indépendance ; avec des tâches qui impliquent un continuum de réponse, on observe dans les
situations d'influence, des convergences plus ou moins marquées qui s'inscrivent sur un continuum. Il
est cependant possible de retrouver une perspective unitaire dans ce domaine, en introduisant dans les
tâches catégorielles une certaine forme de quantification, par exemple des degrés d'erreur ou la
fréquence initiale des réponses. Avec cette dernière méthode, on peut également considérer les
problèmes impliquant une réponse exacte (affaire de savoir ou de faits) et les problèmes qui n'en
impliquent pas (affaire d'opinion) comme appartenant à un même ensemble. La présente recherche
utilise la technique du « groupe simulé » de Crutchfield et des problèmes à réponses catégorielles, qui
comportent une réponse exacte et présentent des degrés divers de difficulté : le but est d'étudier quels
changements entraîne la communication d'une réponse de groupe unanime qui est tantôt vraie, tantôt
fausse, et en même temps, tantôt différente de la réponse initiale du sujet (communication
contradictoire ou infirmante) tantôt identique à celle-ci (communication confirmante). Les résultats
montrent que : 1) Une communication infirmante entraîne une diminution de la fréquence des réponses
infirmées ; une réponse vraie et une réponse fausse diminuent de la même façon, à fréquence initiale
égale ; les réponses fortes, c'est-à-dire initialement fréquentes (vraies ou fausses), diminuent
relativement moins que les réponses faibles, c'est-à-dire initialement peu fréquentes (vraies ou fausses)
; 2) une communication confirmante entraîne une augmentation dans la fréquence des réponses
confirmées ; une réponse vraie et une réponse fausse augmentent de la même façon, à fréquence
initiale égale, les réponses fortes (vraies ou fausses) relativement moins que les réponses
faibles (vraies ou fausses). Ce n'est donc pas le caractère vrai ou faux de la réponse initiale ou de la
réponse communiquée, mais la force de la réponse initiale du sujet qui est la variable importante des
processus d'influence. Il importe en conséquence de substituer à la notion de vérité objective, vérité
pour l'expérimentateur, celle d'évidence subjective qui est vérité pour le sujet ; cette évidence a toujours
quelque rapport avec certains caractères objectifs du stimulus ou du problème. La fréquence d'uneréponse dans un échantillon donné semble un bon indice de cette force d'évidence. tantôt vraie, tantôt
fausse, et en même temps, tantôt différente de la réponse initiale du sujet (communication
contradictoire ou infirmante) tantôt identique à celle-ci (communication confirmante). Les résultats
montrent que : 1) Une communication infirmante entraîne une diminution de la fréquence des réponses
infirmées ; une réponse vraie et une réponse fausse diminuent de la même façon, à fréquence initiale
égale ; les réponses fortes, c'est-à-dire initialement fréquentes (vraies ou fausses), diminuent
relativement moins que les réponses faibles, c'est-à-dire initialement peu fréquentes (vraies ou fausses)
; 2) une communication confirmante entraîne une augmentation dans la fréquence des réponses
confirmées ; une réponse vraie et une réponse fausse augmentent de la même façon, à fréquence
initiale égale, les réponses fortes (vraies ou fausses) relativement moins que les réponses
faibles (vraies ou fausses). Ce n'est donc pas le caractère vrai ou faux de la réponse initiale ou de la
réponse communiquée, mais la force de la réponse initiale du sujet qui est la variable importante des
processus d'influence. Il importe en conséquence de substituer à la notion de vérité objective, vérité
pour l'expérimentateur, celle d'évidence subjective qui est vérité pour le sujet ; cette évidence a toujours
quelque rapport avec certains caractères objectifs du stimulus ou du problème. La fréquence d'une
réponse dans un échantillon donné semble un bon indice de cette force d'évidence.Laboratoire de Psychologie expérimentale
et comparée de la Sorbonne, associé au C.N.R.S.
FRÉQUENCE DE RÉPONSE
ET INFLUENCE SOCIALE
par Germaine de Montmollin
SUMMARY
In the study of social infuence, it is very important to notice the isomorphism
between the response system relative to the task and the response system relative
to social influence : in tasks which involve classes of responses, we observe two
classes in subjects' reactions : conformity vs independence ; in tasks which involve
a continuum of responses, we obtain a continuum of convergence. But it is possible
to give this field an unitary perspective by introducing such a quantification in
the former tasks as degrees of error or frequency. By this method, it is also
to consider problems which involve an exact response (matters of fact) and these
which do not involve such a response (matters of opinion) as belonging to a same
whole. The present investigation used the Crutch field' s method (« simulated group »)
and categorial tasks which involve an exact response and present various levels
of difficulty, in order to study the changes in subject's responses, after communic
ating of a group unanimous response which is either true or false, and, in the
same time, either different from (contradicting or invalidating communication)
or identical with (confirming communication) the initial response of subjects.
The results shows : 1) after a contradicting communication, the frequency of
the contradicted response decreases ; the decreasing of a true response and of a
false response which initially had an equal frequency is equivalent; « strong »,
or initially frequent, responses (false or true) are changed relatively less than
« weak », or initially unfrequent, responses (false or true) ; 2) after a confirming
communication, the frequency of the confirmed response increases ; the increasing
of a true response and of a false response which initially had an equal frequency,
is equivalent ; strong responses (true or false) are relatively less changed than
weak responses (true or false). So it is not the « truth » of any response, but its
initial frequency which is an important variable in the situations of social
influence. It seems now to be useful to substitue the idea of « objective truth »
(truth for the experimenter) with the idea of « subjective evidence » (truth for
the subject), which appears to be in relationship with some features
of the stimulus or problem. Frequency of a response in a given sample seems to
be a good index for subjective evidence.
MODES DE RÉACTION A L'INFLUENCE
ET SYSTÈME DE RÉPONSE DE LA TACHE
Dans les nombreuses recherches qu'ont suscitées les pro
cessus d'influence sociale, on retrouve un schéma d'une extrême
généralité qui en définit à la fois les éléments et la dynamique
(Montmollin, 1965, p. 20). 112 MÉMOIRES ORIGINAUX
Par tâche, il faut entendre toute question relative à un
objet, un événement, une personne à juger ou encore un
problème à résoudre, qui appelle soit une réponse object
ivement verifiable, soit une option subjective de type opinion
ou attitude. Le sujet interrogé donne une réponse (R 1) : c'est
le premier temps, la phase « avant » ; simultanément, en pré
sence ou non du sujet, d'autres personnes donnent à la même
question une réponse RA qui est communiquée directement ou
indirectement au sujet (trait pointillé) ; le sujet est alors inter
rogé une seconde fois sur la même question : il donne une seconde
réponse (R 2) ; c'est le second temps, la phase « après ». On dira
que le sujet a été influencé par la réponse des autres si sa réponse
après communication est différente de ce qu'était sa
« avant ».
Tâche
Or, le système de réponse du sujet à l'influence comporte
trois modalités : (1) maintenir sa réponse primitive ; (2) adopter
la réponse RA ; (3) se situer « entre »RI et RA, par une sorte
de compromis qui intègre « quelque chose » de R 1 et « quelque
chose » de RA. Dans la littérature expérimentale, la première
modalité est baptisée « indépendance », la seconde « confo
rmisme » (ou « conformité »), et la troisième, « convergence ».
On constate également que les auteurs ont tendance à opposer
indépendance et conformisme, au point que Asch (1956) ou
encore Crutchfield (1955), suivis de bien d'autres, ont cru
pouvoir définir deux types de sujets selon l'une ou l'autre
tendance, catégorisation qui rejoint la typologie du sens commun
en matière de sensibilité à l'influence. Il faut remarquer que la
troisième éventualité, la convergence, est la seule qui permette
une réelle quantification du degré d'influence subie par le sujet
et donc l'établissement d'un continuum depuis le degré 0 (ind
épendance) jusqu'à une position maximum (conformité). Mais ce
type de conduite ne peut être mis en évidence que si le système
de réponse de la tâche le permet. En effet, si la question n'appelle DE MONTMOLLIN 113 G.
que deux classes de réponse, le sujet ne peut qu'adopter les
stratégies (1) ou (2), c'est-à-dire maintenir sa réponse primitive
ou adopter la réponse des autres, laquelle appartient à l'autre
classe ; en revanche, si la question appelle un continuum de
réponses, le sujet peut adopter l'une des trois stratégies pos
sibles et l'on constate, en général, qu'il adopte la troisième, en
convergeant, à des degrés divers, vers la réponse RA. A la
première famille de tâches, appartient celle qu'utilise Asch :
on demande au sujet de désigner parmi trois lignes de longueur
variable celle qui est égale à une ligne étalon ; les différences
entre variables sont en général supraliminaires : R 1 est exactes
RA est donnée par des compères qui unanimement désignent
une ligne plus grande ou plus petite que l'étalon, donnant ainsi
une réponse fausse ; la tâche appelle donc deux classes de
réponses, la bonne et les mauvaises : on constate que les sujets
se classent également en deux catégories, les « indépendants »
et les « conformistes ». A la seconde famille de tâches, appar
tiennent les nombreuses expériences où l'on demande au sujet
une réponse quantifiée ou quantifiable : longueur de lignes,
nombre d'éléments d'une figure, etc., ou encore une réponse
qui peut s'inscrire sur une échelle (par exemple, une échelle
d'attitude ou d'opinion). Dans des expériences antérieures
(Montmollin, 1965), nous avons demandé à nos sujets d'estimer
le nombre de points dispersés dans une plage : nous avons constaté
que, après communication des réponses, les estimations des
sujets, dans leur seconde occurrence, changent presque toutes
et convergent les unes vers les autres. Ces deux exemples illus
trent l'importance de l'isomorphisme du système de réponse du
sujet à l'influence et du système de réponse de la tâche : pour
des tâches « catégorielles », influence de type catégoriel ;
des à continuum de réponses, continuum d'influence.
ÉCHELLES DE RÉPONSES ET TACHES CATÉGORIELLES
Des travaux, intéressants bien que trop rares pour permettre
d'établir une conceptualisation « unitaire » des processus
d'influence, montrent, cependant, qu'il est possible de passer
d'une conception catégorielle à une conception scalaire, en
introduisant une certaine forme de quantification des réponses
dans les tâches catégorielles. Ainsi Asch, bien qu'il ait visé
un autre objectif et fait un autre usage des résultats, montre
que certains sujets font des réponses de « compromis » : lorsque
A. PSYCHOL. 69 8 114 MÉMOIRES ORIGINAUX
la majorité désigne parmi les trois lignes variables, celle qui est
la plus différente de la ligne étalon (erreur maxima), les sujets
expérimentaux, qui parlent ensuite, ont tendance à désigner
la ligne qui est la moins différente, faisant ainsi une erreur
minima. Il y a là l'indication d'une possibilité de passer du
catégoriel au scalaire en constituant une échelle des degrés
d'erreurs. C'est ce qu'illustre le travail de Tuddenham, McBride
et Zahn (1957) qui, reprenant la méthode d'Asch, proposent
aux sujets non pas trois, mais 10 lignes variables qui diffèrent
à des degrés divers de la ligne étalon ; dans ce cas, le nombre
de réponses de compromis augmente et le nombre de sujets
indépendants ou conformistes diminue.
Pour passer du catégoriel au scalaire, on peut également
tenir compte de la fréquence des réponses avant communication.
Cette méthode a été utilisée par Wiener, Carpenter et Carpenter
(1957) pour tenter de quantifier l'ambiguïté du stimulus. On
présente une série de dessins sans signification définie, pour
lesquels on propose deux interprétations possibles, A ou B ;
la proportion relative des réponses A et B pour chaque dessin
permet de distinguer des degrés d'ambiguïté : si la proportion
d'une des réponses est nettement supérieure à l'autre, on dira
que le dessin est moins ambigu que celui pour lequel les propor
tions sont voisines. Si l'on utilise ensuite ces dessins dans une
situation d'influence où la réponse du sujet est contredite par
celles des autres participants, on constate que le nombre de
changements est plus important pour les dessins ambigus que
pour ceux qui ne le sont pas. On voit ainsi se dégager l'idée qu'une
réponse fréquente « résiste » mieux à la contradiction. Mais
dans ce travail, le stimulus reste ambigu, c'est-à-dire qu'aucune
des réponses possibles et proposées n'est plus « vraie » que l'autre.
On peut alors envisager de traiter avec la même méthode de
quantification par la fréquence, le problème de la difficulté
des tâches qui sont utilisées dans les situations d'influence
sociale.
Lorsqu'on étudie l'impact de la difficulté de la tâche sur les
processus d'influence, on est amené à choisir des tâches qui
comportent une réponse exacte et par conséquent, un système
de réponses catégorielles. Sera difficile, l'item qui provoque de
nombreuses erreurs et facile celui qui donne lieu à de nombreuses
réponses exactes dans un échantillon donné. L'expérimentateur,
par compères interposés ou par truquage des communications,
informe alors les sujets que la réponse unanime ou majoritaire DE MONTMOLLIN 115 G.
est l'une des réponses fausses possibles ; l'on constate que lorsque
le problème est facile, les sujets sont moins influencés que lor
squ'on a affaire à un item difficile. On peut aisément remarquer
le parallélisme qui existe entre l'ambiguïté d'un stimulus pour
lequel ne se pose pas la question de l'exactitude des réponses
et la difficulté d'un item pour lequel cette question se pose,
si l'on raisonne en termes de fréquence relative des réponses
évoquées : un item facile est simplement celui pour lequel une
des réponses (l'exacte) est plus fréquente que les autres ; il se
situe donc à une des extrémités d'une échelle de fréquence des
réponses ; mais un item difficile est un problème pour lequel
il y a également une réponse plus fréquente que l'autre, cette
fois c'est la réponse fausse, et l'item s'inscrit vers la même
extrémité de l'échelle de fréquence des réponses. Et l'on peut
supposer que si la réponse exacte, quand elle est fréquente,
« résiste » à la contradiction, il en est de même pour une réponse
fausse de fréquence égale.
I. — BUT DE LA RECHERCHE
1. Notre premier but est de vérifier la similitude de l'effet
de l'influence sociale sur les réponses R 1 exactes et les réponses
RI inexactes à fréquence égale.
2. Ne tenant plus compte alors que de la fréquence initiale,
on cherchera à vérifier que les réponses RI à forte fréquence
subissent une baisse de fréquence relativement moindre en R 2
que les réponses RI à faible fréquence. La fréquence initiale
d'une réponse peut, en effet, être considérée comme un indice
de la « force » de cette réponse : plus une réponse est « forte »
et plus elle « résistera » à l'influence, plus une est « faible »
et moins elle « résistera ».
Les rapports de « force » entre les réponses R 1 et RA seront
d'autant plus nets que pour une tâche qui implique un nombre
fini et faible de réponses possibles, toute réponse « forte » ne
peut être contredite que par une réponse « faible » et toute
réponse « faible » que par une réponse « forte » ; ainsi que le
montre le schéma (a) pour un problème avec choix entre deux
réponses (voir p. 116).
3. Séparer les problèmes pour lesquels existe une réponse
exacte et verifiable, des questions pour lesquelles il n'en est
pas, a eu pour autre conséquence, dans le passé, qu'on s'est
contenté d'éprouver l'effet d'une réponse inexacte sur les réponses j
j
j
116 MEMOIRES ORIGINAUX
primitives exactes. On manque ainsi de renseignements sur la
condition complémentaire : l'impact d'une réponse exacte sur
les réponses inexactes primitives des sujets. Les réponses RI
pouvant être exactes ou fausses, on peut reprendre les hypo
thèses précédentes qui correspondent à des processus d'infir-
mation pour formuler des hypothèses qui correspondent à des
processus de confirmation.
R2 R 1 RA (communiquée)
si A forte fréquence
B fréquence de A ? alors
B faible
si A faible fréquence
alors B fréquence de A ?
B forte
3 a. On vérifiera la similitude de l'influence sociale sur les
réponses RI exactes et les réponses RI inexactes, à fréquence
égale, quand la réponse RA communiquée est identique à RI.
3 b. Ne tenant plus compte que de la fréquence initiale,
on cherchera à vérifier que les réponses RI à forte fréquence
subissent un surcroît de fréquence en R2 relativement moindre
que les réponses R 1 à faible : en effet, si les réponses
RI sont « fortes », le surcroît qu'apporte la confirmation ne
peut être que relativement faible ; si les réponses R 1 sont
« faibles », le surcroît est alors relativement fort.
Là encore, le surcroît de force apporté par la communication
d'une réponse RA identique, se complique du fait que le problème
comporte seulement un nombre limité de réponses possibles,
de sorte que réponse initiale et réponse communiquée sont
toutes deux fortes ou toutes deux faibles. Ainsi pour un problème
qui ne comporte que deux réponses A et R :
(b)
R 1 R2
si A forte fréquence
alors fréquence de A ?
B faible
si B A forte faible alorsfréquence fréquence de A ? G. DE MONTMOLLIN 117
II faut remarquer que les deux phases expérimentales
comportent chacune à la fois des processus d'infîrmation et des
processus de confirmation. Dans le schéma (a), lorsque l'on
communique B, les réponses A sont infirmées et les réponses B
sont confirmées ; dans le schéma (b), lorsque l'on commun
ique A, les réponses A sont confirmées et les réponses B sont
infirmées. L'analyse portera successivement sur les réponses
infirmées des deux situations, puis sur les réponses confirmées
des deux situations.
MÉTHODE
1. L'expérience est adaptée de celle de Crutchfield (1955)
et utilise la méthode du groupe simulé (cf. Montmollin, 1960,
p. 8) : les sujets après une première réponse non influencée,
sont amenés à croire qu'avant de donner une seconde réponse
au même problème, ils reçoivent communication de la
de leurs quatre camarades. En réalité, c'est l'expérimentateur
qui communique, au moyen de voyants lumineux, à chaque
sujet présent, quatre réponses identiques. Il y a 16 problèmes
critiques : pour chacun d'eux, dans la première situation, l'expé
rimentateur communique quatre réponses identiquement fausses ;
dans la seconde situation, quatre réponses identiques exactes. Des
problèmes supplémentaires sont également présentés aux sujets
pour lesquels ils reçoivent des réponses (1, 2, 3, ou 4 selon le cas)
qui sont vraisemblables, ceci afin d'assurer la crédibilité de la
situation.
2. Les problèmes sont de quatre types différents, mais
comportent tous une réponse exacte, qui est proposée dans le
choix multiple à côté de deux réponses inexactes : 1) indiquer
la plus petite de trois lignes de forme différente ; 2) la plus
grande de trois surfaces géométriques de forme différente ;
3) trouver entre trois définitions celle d'un mot rare ; 4) trouver
entre trois nombres celui qui complète une série1.
Ils ont été choisis dans une série plus importante sur la base
des réussites d'un échantillon pré-expérimental, comme repré-
1. Les problèmes utilisés comportent trois réponses possibles proposées
au choix des sujets, dont une exacte. Le décompte des fréquences de ces trois
réponses pour un même problème montre qu'il n'y a pas, en général, de répart
ition équitable ou proche de l'égalité entre les trois réponses ; dans la plupart
des cas, on se trouve en présence d'une préférence marquée pour une réponse,
ou en présence d'une répartition entre deux réponses. En dépit de l'erreur
ainsi introduite, nous avons analysé les résultats comme s'il n'y avait que
deux réponses, en négligeant l'erreur « la moins fréquente ».

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